Tol Orëa, la Terre de l'Aube

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 Légende du Sceptre de Flarmya

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Oracle Tol Orëanéen
Eminence Grise
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MessageSujet: Légende du Sceptre de Flarmya   Dim 1 Sep 2013 - 11:43


°°°°
~°~°
Légende du Sceptre de Flarmya  °~°~
ou la véritable origine de la Malédiction des deux Lunes
[/size]            
 




Chapitre I : La révélation de Flarmya  


         
 

Eneylinn- Saaria, jeune apprentie prêtresse au temple de Flarmya
         

         
Les temps étaient troublés en cette veille de célébration à la  Gloire de Flarmya. Eneylinn- Saaria, la jeune prêtresse, frissonna en  resserrant les pans de son manteau pourpre contre son corps gracile. Ses  frères se dressaient les uns contre les autres, les uns ayant  l'indécence de s'ériger contre les Dieux, de prétendre en être une  alternative, de s'affirmer comme leurs égaux, les autres essayant de  retirer le maximum de pouvoir ou de profit du chaos émergeant et enfin,  une petite poignée plus lucide que les autres, conscients que cette  hérésie ne resterait pas sans effet ni rétorsion des Dieux, tentant de  sauvegarder ce qui pouvait l'être. Ces derniers avaient bien essayé de  mettre en garde leurs frère de la folie qui s'était emparée d'eux  mais  toutes leurs paroles de bon sens s'étaient heurté soit à une mégalomanie  sans borne soit à une avidité sans nom. En désespoir de cause, les  lucides s'étaient regroupés en une petite communauté toujours fidèle aux  Dieux et éloignée des motivations égocentriques et démesurées de leurs  frères. Eneylinn en faisait partie. Prêtresse de la mère des Dragons,  elle la servait depuis son enfance avec dévotion.

Elle longea le bâtiment sobre mais néanmoins magnifique qui avait  été érigée à la gloire de la mère de la Terre de l'Aube par les Valherus  à l'époque où ils se souvenaient devoir reconnaissance à la Déesse pour  le Don de ses enfants aux simples mortels. Puis un jour , leur  condition éphémère les avait fait jalouser les Dieux au point de vouloir  les supplanter. Il avaient accumulé puissance et gloire, mettant à  profit leur supériorité mentale et intellectuelle pour asservir les  autres formes de vie. Grisés par le pouvoir que leur conférait les  Dragons, ils avaient perdu tout sens de la pondération et toute bonté  d'âme. Les plus virulents avaient rallié le Mar Dinèn et y fomentaient  des  projets d'une terrible noirceur. Cette nuit-là, la petite prêtresse  avait eut une vision de sa Divinité aimée qui se lamentait sur les  projets fous de ses protégés d'antan. Elle lui avait demandé de venir  aux aurores au temple pour y recevoir ses recommandations. La jeune  femme aux longs cheveux bruns et à la peau pâle s'était donc hâté des le  lever du jour. Elle poussa les lourds battants du temple et  s'agenouilla devant la si belle statue de la Mère du Premier Dragon. Les  yeux fermés, elle inspira profondément cherchant la communion avec  celle qu'elle servait fidèlement. Une douce chaleur bienveillante  l'envahit doucement alors qu'elle ouvrait son coeur devant l'autel.

- Ma fille... Ouvre les yeux...

- Mère … Soyez honorée pour l'amour que vous portez encore à vos enfants malgré leur ingratitude …

- Tous ne le sont pas, mon enfant … Et ceux-là, il faut les sauver de la folie de leurs frères...

- Comment faire , ma Mère ? Je ne suis qu'une enfant, une de vos humbles servantes .

- Ton coeur  est si pur dans cet océan de vilénie. D'autres viendront t'aider, tout  aussi vaillants que toi. Laisse-moi à présent te conter ce qui menace  plus précisément votre monde et l'équilibre cosmique également  actuellement, ma fille. Il te faudra beaucoup de courage pour déjouer ce  péril mais tu es forte et tu aimes les Dragons mes enfants , tu aimes  ta Mère Divine et ce monde qui est notre.

- Oh oui ma Mère...

- Un petit  groupe de tes frères est à la tête de la rébellion qui vise à abolir le  règne des Dieux. Ce groupe galvanise une grande partie de la population  en lui faisant miroiter une puissance infinie, une gloire éternelle.  Cette petite poignée d'hommes, si brillante soit elle, n'a pas eu cette  idée seule.
L'instigateur de départ de toute cette agitation est un dément, un  mage , ancien prêtre d'Ouranos qui fut refoulé des ordres pour sa  défaillance mentale déjà avérée. Cet homme a moult noms et peut prendre  nombre d'apparences. Sa magie est très puissante... Sa magie cosmique  surtout … Il a employé sa vie à repousser les limites de la mort et à  commander aux astres, à influer sur mes semblables les plus sensibles.  Ainsi sa magie a-t-elle convaincu certains des miens de la nécessité  d'éradiquer l'équilibre actuel de nos mondes. Il veut dresser les  simples mortels contre les Valherus et les Valherus contre leurs Dieux.  Mes frères et soeurs, Ouranos et Gaïa eux -même, sentent venir le chaos  mais ne peuvent intervenir sous peine d'entrainer la fin de toute chose.

La petite Prêtresse ouvrit de grands yeux emplis de larmes.

- Sommes-nous perdus, ma Mère ?

- Un faible  espoir demeure... Ce mage a pour projet de modifier la course de mes  soeurs, Eurylia  et Iolya en les persuadant par un enchantement éphémère  du bonheur qu'elles auront à s'étreindre enfin et de la force que leur  puissance conjuguée offrira au monde qu'elles aiment. J'ai honte de le  dire mais elles ne seront pendant la période d'une révolution que le  jouet de ce monstre. Notre messager, Zakeriel, est venu nous rapporter  ses agissements. Le rituel est déjà en place et il aurait été efficient  si je n'en avais eu vent à temps. J'ai pu déjouer le sortilège fort  heureusement.

- Mais alors, Mère … Si vous nous avez sauvés de cela …

- Las, ma  fille, je n'ai écarté le péril que pour cette fois et je ne pourrais  éviter que d'autres fous et  monstres avides de pouvoir n'entrainent tes  frères à leur perte... Leur destin semble déjà fixé par le courroux des  autres Dieux qui grondent.

- Nous allons tous mourir, alors ?  

- Je puis  intercéder pour que la vie ne soit pas éradiquée dans son ensemble de  Rhaëg. Seules les formes de vie les moins néfastes seront épargnées mais  je doute que les Valhérus dans leur ensemble en fassent partie.  Cependant , je sais ton attachement à tout ce qui est vie mon enfant...  et je veillerai, si tu parviens à mener la mission que je vais te  confier, à exaucer un voeu . Tu pourras me demander protection et vie  devant la vindicte des miens.

- Et tous mes frères innocents devront périr ? Tous ne sont pas coupables d'hérésie, ma Mère...  

- Certains  trouveront peut-être arrangement avec d'autres Dieux … Après, tu seras  libre d'utiliser ton voeu pour l'un d'entre eux … mais je voudrais que  tu le gardes pour toi. Je sais ta noblesse de coeur mon enfant.

- Mère,  c'est trop d'estime … Vous disiez que vous n'aviez écarté le péril que  momentanément … Ne pouvez-vous pas sceller à jamais l'action de ce  sortilège ?

- Las, non ma fille. Dit la Déesse en effleurant la joue d' Eneylinn. Il sera récurrent, lié au cycle de mes deux soeurs et réactivé tous les cent ans.  

- Mais comment le déjouer ? Ne pouvez-vous intervenir chaque fois ?

- Non, mon  enfant … Ce qui a été fait par un mortel ne peut être défait directement  par un immortel qu'une fois. Ainsi va la loi des Dieux. Si la folie  frappe deux fois parmi les non divins alors qu'un Dieu les a sauvé déjà  une fois, cela signifie pour Ouranos qu'ils ont méprisé l'aide et la  mansuétude des Dieux  dans ce cas précis et ne pourront plus y prétendre  une seconde fois.

- Alors notre monde est voué à destruction dans cent années ?  Que produira l'enlacement des deux lunes ?  

- Il  abolira les frontières entre les mondes en engendrant un déséquilibre  cosmique. Le monde des morts entrera dans celui des vivants, celui des  spectres dans celui des tangibles, le monde des Dieux se refermera à  jamais sur lui-même ignorant sa création et laissera Rhaëg livré à  lui-même. Le cours du temps et le climat seront modifiés, l'incarnation  de Gaïa entrera dans une activité chaotique privée de l'influx divin de  sa créatrice. Ce sera lentement mais sûrement, la fin de toute chose sur  votre monde, mon petit...Dit la Déesse d'une voix brisée. Et la fin de  mes enfants … les Dragons, en tant que tels, même si Ouranos le Grand  leur permettra de devenir de purs esprit pour leur grande sagesse.  

- Je ne  puis m'y résoudre , Mère … Même si je ne suis plus là pour le voir,  ayant rejoint depuis longtemps les bras d'Isashani. Ne pouvons-nous rien  faire pour l'empêcher et briser cette malédiction. Si nous  contraignions ce mage à l'inverser.  

- Il n'est  rien que nous ne puissions faire pour l'inverser ou la contrer dès à  présent. Impossible de contraindre le mage à le faire car il a pris peu  après l'apparence d'un minéral pour échapper à notre vigilance. Il est  plus que probable qu'il se réveillera et reprendra sa forme initiale le  moment venu. C'est esprit est malfaisant et machiavélique, il a  tellement bien étudié la cosmogonie qu'il sait les moyens d'échapper  même au courroux d'Ouranos. Notre père à tous pourrait le détruire en  bombardant  Rhaëg de ses éclairs mais il réduirait en poussière la  création de son épouse aimée  et toute vie créée par les Dieux .

- Comment est-ce possible, Mère ? Un simple mortel qui se joue de tous les Dieux réunis ?  

- L'histoire  regorge de mortels qui nous ont tenus tête un moment, mon petit .  Nous  en sommes toujours venus à bout à notre échelle temporelle qui est  différente de la votre mais pour le moment, cet individu a réussi à nous  tenir en échec. Pour nous ce n'est qu'un contretemps fâcheux. Pour vous  c'est l'annonce de votre possible fin dans une centaine d'année.  

- Possible ? Y aurait-il donc un espoir ?

- L'amour  que je voue à mes enfants et aux plus purs d'entre vous qui s'y sont  liés, mais aussi ma pitié envers les vivants asservis par tes frères  m'ont poussé à implorer la magnanimité de mon père Ouranos et il m'a  accordé le droit de créer un artéfact de protection.

- Un artéfact de protection ?  

- Oui une création concrète que l'un de vous, un mortel,  pourra invoquer le moment venu pour écarter la malédiction.  

- Ohh Mère !  Merci … soyez honorée à jamais ! Ô Divine Flarmya ! Je savais que vous  ne pourriez nous abandonner à une fin si funeste. S'exclama la jeune Prêtresse en se jetant sur la dalle en signe de gratitude.

- Relève-toi, mon enfant ! Ecoute à présent ce que je vais te dire avec attention car tout repose désormais sur toi. Répondit la Déesse avec gravité.  

- Je suis prête, Mère ... Répondit Eneylinn en se redressant et essuyant furtivement ses larmes.

- Je vais  te confier l'Artefact que tu devras mettre en lieu sûr dans un grotte  souterraine dont l'accès est immergé sous un Lac. Ce lac se trouve à  l'Orée de la Sylve de Norui, il porte le nom de Lac Immortel. Je te  nomme Prêtresse des Deux Lunes et dépositaire de l'Artefact. Tu pourras  chercher refuge chez tes soeurs Prêtresses d'Eurilya et de Iolya  avec  ce sceau. Ajouta-elle avant de disparaître.

Sur l'autel un  sceptre de pierre en forme de Dragon  et une bague elle aussi à  l'effigie de l'enfant sacré de Flarmya étaient apparus. La jeune fille  s'en empara avec précaution et dissimula l'objet lourd sous sa cape  tandis qu'elle glissait fébrilement l'anneau à son doigt.  

* Divines de la Nuit, Eurilya et Iolya, aidez-moi à être digne de la  volonté des Dieux et à  maintenir votre course immuable pour les  siècles. Aidez-moi à être digne de vous et de Flarmya . *

La fragile silhouette s'élança en dehors du temple. Il lui tardait  de se rendre au bord de ce Lac Eternel. Elle ne vit même pas l'ombre  furtive qui s'éclipsait entre les colonnes ...


*************
           






Chapitre II : Villám-Árnyék un Valheru parmi d'autres
           
 

         


Préambule        

Ici seront couchés tous les souvenirs d'un guerrier Valheru parmi  d'autres. Une âme égarée et vouée à n'être bientôt plus qu'un spectre  pour expier les fautes de sa race. J'ai échoué dans la quête qui a porté  ma vie, j'ai manqué à une promesse faite à l'être qui a compté le plus  pour moi. Par mon échec,  la vie de ceux qui viendront après moi est  rendu incertaine. Ces lignes que vous lirez peut-être, lecteur de  fortune, sont celles d'un homme brisé qui a perdu ses rêves et sa  dignité en échouant. Je te demande pardon, lecteur, pour cette lecture  qui sera doublement pénible par ses aveux et par sa forme car je ne suis  ni scribe ni érudit, juste un simple guerrier lié à un Dragon. Est-ce  que celui qui lira ces lignes comprendra que cela ait existé, que des  êtres volants si magnifiques furent nos compléments d'âmes, à nous  Valherus. Lié si magnifique que mes frères ont spolié en l'entachant de  cupidité et de démesure. Peut-être même, lecteur, as-tu cessé déjà ta  lecture de ces lignes et jeté au feu ce carnet  en découvrant simplement  la nature de son auteur. Pourtant si tu continues … si la curiosité est  plus forte que le dégoût dans ton coeur, alors lis et laisse-toi porter  par l'histoire d'Eneylinn- Saaria, Prêtresse de Flarmya  et de  Villám-Árnyék, simple guerrier, lié à un Dragon. Le veux-tu ? Si tu me  lis, c'est que tout espoir n'est pas perdu  et que tu peux chercher ce  que je n'ai pas su trouver, peut-être sauver encore ce qui peut  l'être... Je t'en supplie, au nom de ce monde qui est peut-être  différent du mien  mais héritage, survivance de ce que nous fûmes, nous  qui luttions pour  sa survie, au nom de celle qui donna sa vie pour que  demeure l'espoir, lis-moi; moi qui te parle à travers les âges et ne  sois pas étonné de sentir ma présence alentour car spectre je suis  devenu à présent- comme tellement d'entre nous- et spectre j'attends  depuis des lustres qu'une main se pose sur ces écrits.  

***********
       
Je sortais juste de la salle de réunion secrète pour un  rassemblement d'une poignée d'entre nous qui avait été un triste point  d'orgue à la résolution de notre petit groupe, mes frères pondérés et  sensés, opposés à la déraison de la majorité des Valherus, ayant décidé  d'abandonner tout espoir de les raisonner, en trop petit nombre devant  la montée du délire collectif et de se réfugier en différents  points du  Rhaëg dans l'hypothétique espérance d'y semer une survivance de ce que  nous étions. Je n'étais qu'un simple guerrier mais voir les plus avisés,  les plus sages, les plus lettrés et philosophes se résigner m'avait  choqué. Peu d'entre eux avaient suggéré de ne pas abandonner encore, de  ne pas baisser les bras mais leur voix avait été faible face à la peur  bien légitime des coeurs bons dont les rangs se voyaient chaque jour  décimés par les assassinats perpétrés par les plus sanguinaires des  nôtres. Des nôtres ? Pouvait-on ainsi les qualifier, ces êtres abjectes  qui se vautraient depuis des générations dans la luxure et  l'esclavagisme, s'érigeant à présent en Dieux vivants contre la volonté  desquels nul ne devait se dresser, pas mêmes les Dieux ?

Je ne me  reconnaissais aucun parenté même éloignée  avec ces êtres abjectes même  si beaucoup étaient de plus haute lignée que moi. J'étais né dans la  barrière de Nightfall, fils de Valhéru de petite lignée. J'avais grandi  dans les cimes enneigées, appris à nager dans les chutes, couru la  Sylve. Ce continent, la Terre de l'Aube, terre des Dragons coulait dans  mon sang aussi vrai que la sève coule dans le jeune sapin qui borde la  forêt. J'aimais ma terre, j'honorais mes Dieux, mon âme soeur était leur  plus beau témoignage de la confiance qu'ils mettaient en moi et me  dresser contre eux aurait signifié pour moi renier une moitié de  moi-même... Kalanyth … Dragon brun, bien modeste parmi les empereurs  noirs et le élégantes petites blanches. Ses couleurs se fondaient aux  tons de l'automne et j'affectionnais sa voix un peu cassée qui chantait  des complaintes étranges. Moins fort que ses frères mais tellement  vaillant.  

Aux premières heures des batailles fratricides, sa bravoure m'avait  plusieurs fois sauvé la mise. Mes parents furent  au nombre des  premières victimes. Un Valheru guérisseur qui parlait aux animaux et une  petite magicienne esclave, quel couple illicite dans le monde  dominateur des Grands Valhérus. Leur mort scella définitivement ma  volonté de ne pas plier au vent de folie qui soufflait sur notre monde.  Si aimer devait être soumis à quelque loi et illicite alors ceux qui  avaient promulgué cette loi ne pouvaient avoir mon allégeance. Je me mis  à haïr les miens, me retirant des grandes cités qu'ils avaient  construites et vivant avec mon lié de chasse et de cueillette. Pourtant  de nobles voix s'élevaient encore souvent réduites au silence par la  lame meurtrière des assassins et Kalanyth vivait l'extinction de ses  frères , leur agonie suite au meurtre de leur Lié comme autant de  petites morts. Il ne disait rien, ne me reprochait rien mais cela me  minait de le voir, de l'entendre entonner plusieurs fois par jour le  chant d'adieu. Je me vis bientôt comme un lâche face à ce fratricide qui  durait depuis des années et un matin je m'envolai pour prêter ma lame à  la poignée de Valherus sensés qui se dressait encore contre la folie  presque généralisée. Je ne dégainais jamais mon glaive qu'à contre coeur   contre des êtres qui partageaient une communauté de sang avec moi mais  affichaient une telle divergence d'aspiration, qu'il me fallait bien  défendre les vies de ceux avec lesquels j'étais en accord. Nos forces  s'amenuisaient au fil des saisons bien qu'il sembla que cette guerre  civile ne devait jamais prendre fin.


C'est donc à l'issue de cette dernière réunion durant laquelle  quelques uns seulement avaient manifesté leur volonté toujours vive de  faire rempart à cette folie – un jeune mage, notamment, pondéré et  aux  propos pleins de sagesse – et n'avaient pas réussi à convaincre les  autres à ne pas renoncer, que je la rencontrai ou plutôt que je la  heurtai alors que je sortais de la taverne  qui nous servait de quartier  général . Elle semblait perdue, affolée serrant contre elle un objet  enveloppé dans un châle en soie. Elle poussa un cri en se reculant après  avoir percuté mon torse de plein fouet et tomba sur les fesses son  paquet toujours contre elle. Lorsque nos yeux se croisèrent alors que je  l'aidai à se relever je sentis que cette rencontre était guidée par  quelque chose qui nous dépassait tous deux. Elle balbutia quelques mots  incompréhensibles et à peine avais-je eu le temps de m'excuser que trois  silhouettes sortaient de l'ombre et fondaient sur nous lame au clair.  Je dégainais promptement en appelant Kalanyth  à la rescousse et comprit  rapidement que ma personne intéressait peu les agresseurs."



*************        


Nous avons fuit sur mon brave Kala après que j'eus mis hors combat  deux des agresseurs. Je ne savais pas qui elle était, ni même pourquoi  ces hommes lui en voulaient mais je savais voir quand un combat était  déséquilibré ou déloyal et il m'avait toujours paru lâche de s'en  prendre à plusieurs à un seul individu, a fortiori une femme qui  semblait sans défense. Je n'avais donc pas réfléchi lorsque je la  hissais sur mon Lié, lui demandant de nous emmener loin. Consciemment ou  pas, il choisit les hauteurs de Nightfall et la modeste demeure de mes  défunts parents. Nous y restâmes plusieurs jours, cachés sans sortir.  Plusieurs fois, elle tenta de me fausser compagnie mais chaque fois  Kalanyith la rattrapait et la ramenait, fulminante boudeuse, en rage.  

Elle nous maudissait, affirmant que par notre bêtise nous mettions Rhaëg  en son entier en grand péril mais je ne pouvais la laisser partir. Les  informations que percevait mon brun n'étaient que trop alarmantes. Des  dragons et leurs Liés patrouillaient par dizaines à la recherche d'une  "voleuse de relique sacrée" qui avait souillé l'honneur de Flarmya. Je  pensais avoir trouvé celle dont la tête était mise à prix et mon honneur  me criait de la remettre aux autorités alors que mon coeur me soufflait  déjà tout autre chose. D'autre part, je n'avais aucune confiance dans  les "autorités " en place, les capitaines de garde étaient tous  compromis et à la solde des ambitieux Valherus qui commençaient à jeter à  bas les symboles de notre panthéon.

Pourquoi leur livrerai-je une  voleuse qui avait dérobé un objet sacré afférant à ce qu'ils voulaient  détruire ? D'ailleurs, pourquoi, si leurs intentions étaient si honnêtes,  ne pas avoir envoyé  la garde pour l''intercepter aux portes du temple  plutôt que ces sbires masqués ? Tout cela  me  faisait penser que  l'histoire n'était pas si simple qu'il pouvait y paraître. De là à la  cacher et à l'aider, il y avait un pas que mon éducation rigoureuse et  droite ne pouvait accepter. Alors qu'elle en était à sa dernière  tentative lors de laquelle mon âme soeur la cueillit en train de  traverser la Sylve de Norui en direction du Lac immortel, j'entrai dans  une violente colère, une colère telle que je faillis la gifler. Ce fut  la première et dernière fois que j'en éprouvai l'envie à son égard et à  l'heure où j'écris ces lignes je le regrette encore amèrement. Je lui  arrachai de force le paquet qu'elle ne quittait jamais, le serrant  contre elle même lorsqu'elle dormait, d'un oeil seulement, comme j'avais  eu l'occasion de m'en apercevoir en voulant le lui dérober pendant son  sommeil.

Elle finit par m'avouer qu'elle était une prêtresse de Flarmya et  qu'elle devait partir sans délai sans quoi un grand malheur s'abattrait  sur le futur si l'objet tombait entre de mauvaises mains. Elle me  supplia à genoux et en pleurs de le lui rendre et de la laisser aller  vers son destin. Perplexe, je refusai sans avoir plus de précisions sur  ce qu'elle commençait à peine à me dévoiler, arguant de ce que la rumeur  des Liés laissait peser sur elle, voleuse, fugitive, recherchée pour un  sacrilège gravissime. Au pied du mur, elle me conta alors la mission  dont elle avait été chargée et me montra la bague, sceau que la Déesse  en personne lui avait confié.

A travers son récit et ses yeux voilés de  larmes, je voyais révélée toute la noblesse d'une âme que j'avais déjà  soupçonnée en l'observant à la dérobée. Rien dans sa façon d'être  n'était le reflet d'une âme cupide ou avide de pouvoir ou de richesse.  Lorsqu'elle me supplia une dernière fois de la laisser partir avec son  précieux leg, je crois que c'est à ce moment là que je commençais à  prendre conscience vraiment de ce qui m'avait retenu depuis le début de  la livrer. Je refoulai au fond de mon coeur cette révélation et arguai  de mon honneur, de ma droiture et de mes convictions pour lui offrir mon  aide. Troublée de ma proposition, elle me sonda un instant qui me parut  une éternité et devant les arguments que j'avançai presque timidement ,  un peu honteux, elle convint que si je l'avais tirée des griffes de ses  poursuivants, hébergée chez moi et cachée malgré ce que mon lié m'avait  rapporté, c'est que je croyais en sa "mission" et en sa foncière  honnêteté.


*************          


Nous partîmes en pleine nuit, espérant sans doute notre envol moins  visible, moins détectable mais il était illusoire d'espérer échapper à  une escouade de dragons et leurs liés quadrillant le ciel à notre  recherche. Nous nous enfonçâmes toutefois dans la Sylve sans trop de mal  et y progressâmes assez vite. Je la connaissais comme ma poche pour y  avoir chassé depuis mon adolescence. A couvert des arbres nous étions  relativement à l'abri . Nous traversâmes les clairières et les buissons à  marche forcée et nous n'interrompîmes notre progression qu'à la tombée  de la nuit pour monter un bivouac sommaire. Je ne sais comment cela  arriva, ni pourquoi Flarmya le permit mais lors de cette nuit froide et  humide sous les frondaisons, alors qu'elle frissonnait je refermai mes  bras sur elle et dans la chaleur de nos capes nous nous unîmes. Ce  devait être notre première et dernière nuit ...

Le lendemain, l'aube nous cueillit enlacés mais la réalité nous  rattrapa bien vite. Nous nous remîmes en route et arrivâmes bientôt à  l'orée de la Sylve face à laquelle miroitait au bout d'une vaste plaine  parsemée d'arbres le Lac Immortel. C'est à ce moment là que des  battements d'ailes déchirèrent le ciel au dessus de la Sylve. Je  demandai alors à Kala de reprendre sa forme première et échangeai un  regard avec elle. Elle comprit sans que j'eus à parler et se mit à  courir à travers le pré, serrant son précieux trésor contre elle tandis  que je sautait sur mon lié pour m'interposer. Nous prîmes notre envol au  dessus de la forêt où cinq dragons vinrent à notre contact.

Le combat  s'engagea, féroce et d'une violence rare. Le but de ces chevaliers  impossibles à identifier car masqués, n'était pas de nous capturer  vivants. Je jetais fréquemment des regards en arrière pour tenter  d'apercevoir Eneylinn. Cela me valut quelques coups reçu alors que je  baissais ma garde mais Kala compensait ma préoccupation par sa bravoure  face à la vindicte de deux petits blancs, d'une verte, d'un brun et d'un  bronze plus grand que lui. Alors que je voyais celle que je protégeais  arriver à mi chemin du but près d'un bosquet, un des blancs et son lié  ainsi que le bronze étaient déjà en pitoyable état. Kalanyth souffrait  lui aussi de multiples blessures mais, féru de chasse au dessus de la  Sylve , il savait à merveille préserver l'intégrité de ses ailes des  attaques et des meurtrissures occasionnées par les branches d'arbres.  Nos deux adversaires n'avaient pas eu ce bonheur et tandis que l'un  partait en vrille, une aile complètement déchirée, l'autre se débattait,  aux prises avec un lierre grimpant qu'il avait croisé en survolant un  vieux chêne de trop près. Restaient les trois autres, plus coriaces, le  blanc et la verte attaquant de concert et le bronze représentant un  adversaire puissant. J'étais pourtant confiant car il me semblait que  j'arrivais à les contenir mais mon Lié et moi-même commencions à nous  affaiblir.

Alors que je faisais face aux rudes attaques du bronze sur  lequel était certainement juché un tohril tant la force de ses coups  rayonnait dans mon bras lorsque je parais, les deux petits dragons se  désengagèrent de la lutte. Mon étonnement fut de courte durée. Nous  fûmes assaillis par un empereur noir qui arrivait par l'arrière. Je  compris que le combat prenait une autre tournure ... J'allais mourir...  je me refusais à laisser le champ libre et à les laisser passer. Alors  que Kala, très habilement, se glissait sur le dos sous le grand dragon  de nuit et plantait ses griffes sous le poitrail du noir, lui arrachant  des cris de douleur et m'offrant une vue tête à l'envers, je vis le pré vide. Ma tendre prêtresse avait disparu ... Mais de curieux remous  agitaient le lac sacré, comme si les eaux venaient de se refermer.  J'aperçus les deux petits dragon, le vert et le blanc qui tournoyaient à  la surface du lac. Mon lié exultait. "Elle a réussi, elle est passé  sous les eaux, le sceptre est en sécurité... et elle aussi tant qu'elle  reste dans la caverne"...


*************          

La suite, je n'ai fais que l'imaginer en pleurant, les longs soirs et les longues nuits ou je ne serrais que du vide de mes bras .
Eneylinn avait couru, éperdue, à travers le pré, perdant son voile de prêtresse dans sa course folle. Elle serrait très fort contre elle le Sceptre précieux lorsque le dragon vert et le blanc la rattrapèrent. Ce dernier la fit tomber en lacérant ses frêles épaules. Elle chut face contre terre et sentit le talisman protecteur se briser en quatre morceaux sous son ventre. Ses mains fiévreuses essayèrent de rassembler les fragments dans un pan de sa robe. Elle s'était agenouillée fouillant avec angoisse les touffes d'herbe mais le vert avait fondu sur elle à son tour et l'avait fait rouler sur la berge du lac. En larmes elle avait invoqué Flarmya avant que les flammes ne viennent lécher ses cheveux. Les eaux s'étaient ouvertes et refermées derrière elle sitôt qu'elle était entrée dans le couloir luminescent. Arrivée dans la grotte, elle vit le dragon quadricéphale et présenta devant lui le sceptre incomplet. Une niche s'ouvrit doucement sous le cou de pierre et elle y déposa les morceaux. La petite paroi minérale se referma aussitôt avec un bruit sec. Elle n'avait plus rien à faire ici.

Il lui fallait ressortir pour mettre la main sur le morceau manquant et le mettre à l'abri avec les autres parties. Elle avait failli à sa mission et brisé ce trésor sacré que lui avait confié sa Déesse mais si elle retrouvait le quatrième fragment, le mal serait moindre. La magie n'avait pas déserté l'artéfact malgré qu'il fut brisé. Elle pourrait rouvrir les eaux et la niche avec si elle le retrouvait. Elle soupira longuement, il lui fallait affronter à nouveau les tueurs qui les traquaient elle et Villàm. Son Villàm... Pourvu qu'ils soit sorti victorieux de leurs griffes. Elle s'avança vers l'affleurement d'eau  dans la grotte et l'eau s'écarta à nouveau. Sur la berge ses bourreaux l'attendaient en arpentant l'herbe d'un pas rageur. Ils l'attrapèrent aussitôt et la trainèrent sur le sol en la sommant de leur donner ce qu'elle avait. Elle dit qu'elle avait eu peur et l'avait perdu dans les eaux profondes du lac. Ils ne la crurent pas et commencèrent à la malmener, à la gifler mais ils ne voulaient pas encore la tuer. Il fallait qu'elle parle. Ils la laissèrent s'enfuir pour mieux lancer leurs dragons à sa poursuite. Ils voulaient la terroriser pour qu'elle les supplie d'arrêter et qu'elle parle enfin mais elle ne parla pas...

Nous avions enfin réglé leur compte à nos attaquants Kalanyth et moi. Nous nous élançâmes au devant des dragons qui tournoyaient au dessus de la prairie. Mon lié était plus grand que les deux petits mais très affaibli.Pourtant il se battit avec rage , jetant ses dernières forces dans la bataille, certainement galvanisé par ma colère et ma détresse de voir celle que j'aimais en péril.

Eneylinn était allongée sur le dos, une main appuyant contre son flanc lacéré, le souffle court et le regard fiévreux lorsque j'arrivai auprès d'elle. Je m'agenouillai éperdu voulant la serrer dans mes bras mais elle retint mon geste. Sa voix faible avait du mal à se faire entendre dans le râle d'agonie des dragons. Elle passa doucement son bras autour de mon cou pour m'obliger à pencher mon oreille sur ses mots.

" J'ai échoué, je n'ai pu mette le spectre en lieu sûr en son entier car lors de ma course, il m'a échappé et s'est brisé en quatre morceaux , mon valeureux chevalier. J'ai pleuré mais Flarmya dans sa grande bonté m'est apparue et m'a dit que ce n'était pas grave , que tout n'était pas perdu et que tant que les quatre morceaux demeuraient en un même endroit ils suffirait de les assembler pour contrer la malédiction puisqu'elle a doté chaque morceau d'un aura particulier. Notre puissant Mar, le Màr Dinèn, va sombrer dans l'oubli, ainsi est écrit l'avenir lointain qu'a vu Flarmya  et ainsi en décideront les Dieux  dans un avenir lointain. Le péril premier  concerne les Valherus qui périront tous . Ainsi en ont décidé les Dieux courroucés par la démesure de nos frères mais ma Déesse, mère des Dragons, dans son infinie sagesse va donner une autre chance aux mortels. Trois autres Kaerls émergeront pour réparer le mal d'un seul. En chaque morceau du sceptre est recueilli l'essence de chacun , mais les quatre doivent être réunis pour inverser le cours de la malédiction. "

Je voulus l'interrompre et la forcer à se reposer mais elle posa sa douce main sur mes lèvres et continua, le souffle haletant. " Je n'ai plus le temps de me reposer .. j'ai failli Villam ... Dans sa chute un morceau du sceptre a disparu ... j'ai ramassé les trois autres pour empêcher que le tout ne tombe en leurs mains néfastes mais sans le quatrième, les vivants des temps futurs ne pourront empêcher la catastrophe ... Promets-moi, ... tu dois le retrouver et par n'importe quel moyen, le joindre aux autres morceaux ... "

Je ne comprenais rien... Les larmes brouillaient ma vue tandis que je bredouillais " j'ai besoin de toi .. seul , je n'y arriverai pas ... Elle répondit d'une voix si faible" "Ecoute-moi, tu comprendras en voyant ... Une fois que tu auras replacé le morceau manquant , tu devras enlever les yeux et les cacher ... De façon à ce que seuls les plus braves, guidés par Flarmya , les retrouvent  Qu'ils  restent sur leur support et de mauvaises mains pourront avoir accès au sceptre et  ruiner son effet protecteur... Promets-moi, promets- moi ... que tu le feras ... à ma place ... pour tous ceux qui viendront , pour moi ... pour Rhaëg , pour Flarmya ..."
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Légende du Sceptre de Flarmya
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