Tol Orëa, la Terre de l'Aube

Le Ciel est notre Empire ... pour Vaincre ... ou pour Mourir !
 
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 V1 - [RP] Vers une nouvelle ère ...

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Oracle Tol Orëanéen
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MessageSujet: V1 - [RP] Vers une nouvelle ère ...   Lun 2 Sep 2013 - 17:55

[HRP : Avant toute chose, voici les consignes : Den, Jahl, Annah, Ohiro et oui, toi aussi Ktyra, vous êtes appelés à poster votre introduction à la suite de la mienne, décrivant les sentiments de vos personnages en ce jour fatidique, ainsi que leur arrivée, ce qu'ils voient, bref, brodez à votre guise. Ensuite viendra l'éclosion proprement dite, où vous recevrez d'autres consignes, en tête de post ^^ ! Que le vent gonfle vos ailes, et que les étoiles brillent sur vous, futurs Chevaliers !]


¤ Quilaïn de Lazarel ¤
Au coeur du Màr Tàralöm, le Kaerl aux laves ardentes, au plus profond de ses mystérieux dédales creusés à même la roche, dans les Cavernes Flamboyantes, la tension était à son comble. L'immense salle, où venaient pondre et couver les Reines Incarnates, vibrait littéralement sous la rumeur de la centaine de personnes assemblées là en ce jour glorieux, qui devait voir la nomination de nouveaux Chevaliers, par l'Empreinte avec les précieux petits de Lye'Den, la Dragonne aux écailles couleur de sang.

A la sortie nord des sables d'éclosion, poussant les lourds battants de métal, un Elfe, son abondante chevelure blond-cuivré lui tombant en désordre sur les épaules, venait de pénétrer dans la salle, promenant un regard d'améthyste sur l'ensemble de la scène, jusqu'à rencontrer celui d'un imposant Bronze, qui venait de faire son apparition via l'accès à ciel ouvert aménagé dans le plafond. Il le salua mentalement.

*Zadayel.*
**Il était temps que nous arrivions.**

Le ton légèrement réprobateur arracha une moue dubitative et amusée au Maitre Dragon. L'art de se faire attendre était une discipline demandant un dosage délicat, et il n'était pas particulièrement pressé. De toute manière, les oeufs en étaient encore à se balancer avec langueur, sous l'action des petits êtres qu'ils renfermaient dans leur coquille nacrée. Un sentiment d'orgueil lui parvint tandis que son lié contemplait la couvée, tout en allant prendre place sur une des corniches réservées à cet effet. Pas moins de dix orbes d'une belle taille, pour autant d'Aspirants anxieux, trônaient devant l'imposante Reine Dragon.

Tandis que le jeune homme parvenait aux premières rangées de gradins, réservées aux habitants du Màr de plus bas rangs, ses brillantes prunelles mauves rencontrèrent un instant les iris verts d'une Neishaane, fermement plantée aux côtés de sa Verte sur un de plus hauts emplacements dans la paroi rocheuse. Adossé à la pierre, à demi masqué par l'ombre diffuse du à l'éclairage, un homme de haute stature, chevelure bleu-nuit strictement attachée en une courte queue de cheval sur la nuque, bras croisés contre sa poitrine. Son imposant Brun était nonchalamment alangui près de lui, sa longue queue écailleuse pendant d'un bon tiers dans le vide, encadrant la dragonne dans un curieux duo, complété par un petit Blanc à la silhouette vive et nerveuse. Nul doute que son âme soeur, compagnon d'apprentissage de la Neishaane, devait se trouver dans les parages, lui aussi, en âme damnée amourachée qu'il était. S'inclinant avec élégance sous les six paires d'yeux scrutateurs, Quilaïn de Lazarel salua avec le respect qui lui était du – du moins en apparence – la Seconde du Màr Tàralöm, Eirlys Naeryan, et ses deux plus fidèles – et proches, d'après les rumeurs – partisans, Marek d'Ardiénor, Prêtre de Flarmya au Sanctuaire, et Elswyn Slytersin, Chevalier officiant en tant qu'aide auprès de la jeune Maitresse Verte. Il savait pertinemment que cela provoquerait au moins la colère de la Neishaane et de l'Ondin, qui semblait ne pas le porter dans leurs coeurs. Il avait plusieurs fois tenté de séduire Eirlys, et s'était heurté à un mur de politesse et d'hypocrisie mené de main de maitre – ou plutôt de maitresse, dans la situation présente –, quasi inébranlable.

*Quel dommage, tu ne trouves pas ?* Se récria-t-il mentalement, vivante incarnation de l'innocence. *Je ne leur ai pourtant jamais rien fait !*
**Humpf. Tu en fais parfois un peu trop, Quilaïn, sais-tu ?**
*Vieux ronchon ! Il faut savoir s'amuser un peu de temps en temps !*
**Tout comme savoir être sérieux lorsque la situation l'exige ...**

Le Bronze pouvait parfois se montrer rude avec son Lié, mais au fond de lui, celui-ci savait qu'il avait raison. Cependant, les apparences pouvaient se révéler bien trompeuses, et cette façade frivole et railleuse cachait un esprit à la gravité bien présente. Les gens avaient tendance à faire des erreurs et le à sous-estimer, ne se fiant qu'à ce qu'il agitait sous leur nez. A tort.

Haussant les épaules, l'Elfe rompit le contact mental, et détourna son regard vers la paroi ouest, où siégeaient littéralement une non moins disparate assemblée que la précédente. Une autre Maitresse Verte, également membre du Concile, Ioana, apparaissait présentement comme étant en pleine discussion avec Martel Dehlekna. D'ombre et de glace, tout comme son plus proche ami, Eléderkan Garaldhorf – qui lui ressemblait tant qu'on eut pu les croire frères, tous les deux, d'autant plus qu'ils étaient Maitres Bronzes l'un comme l'autre – il constituait le deuxième candidat favori des Ardents au trône de Seigneur, avec la Verte Eirlys. Un grondement méprisant résonna dans l'esprit de Quilaïn, tandis qu'il s'attardait sur Thémos et Melkor, les deux Bronzes.

**Ils ne valent pas mieux que des dragonneaux, tous les deux, tout dans les muscles et rien dans le cerveau.**

Eclatant d'un rire clair et mélodieux, sans se soucier des regards craintifs que lui jetaient les jeunes Aspirants installés non loin, il acquiesça silencieusement. Si Zadayel débordait tant d'un adorable orgueil en ce jour, c'était parce qu'il était à l'origine de la couvée de Lye'Den, ayant réussi à rattraper in extremis l'Incarnate lors de son vol nuptial, après une longue course dans les airs à poursuivre cette impossible furie, au nez et à la barbe des autres mâles. En avait résulté un agréable moment pour lui comme pour Quilaïn, malgré le dédain qu'avait bien tenté de lui porter – et lui portait encore – Darlana, la liée de la Dragonne.

Avisant une séduisante Fëalocë assise seule à la première rangée – Ktyra El'Ewyn, si sa mémoire ne le trahissait pas, formée dans la triade d'Azeleen – qui arborait une expression renfrognée en étudiant ses compagnons déjà en place sur les sables, il s'interposa juste au bon moment entre elle et un autre Fëalocë, qui s'apprêtait à prendre place auprès d'elle. Quilaïn adressa un bref, mais éblouissant sourire d'excuse au jeune homme, dont les yeux dorés étincelèrent brièvement tandis qu'il lui retournait un regard torve.

« Ah pardonnez moi, je ne vous avais pas vu. Azalam c'est bien ça ? »

L'autre lui concéda ce point d'un signe de tête un peu raide, précisant qu'il était Aspirant dans la Triade de Crimeth. Crimeth … Voyons, ce nom lui évoquait quelque chose … Une image généreusement offerte par son Bronze lui montra une Bleue massive, veillant avec une inquiétude mal dissimulée sur une mince Neishaane, couronnée d'une chevelure blanc-argentée. Levant légèrement la tête pour l'apercevoir, l'Elfe reçu une œillade glaciale de ses yeux améthystes si semblables aux siens, sinon qu'ils brillaient d'une lueur polaire, plutôt que d'être de soie et de velours chaleureux. Un petit sourire railleur s'afficha sur ses lèvres minces en réponse, faisant s'accentuer la dureté du regard mauve alors qu'il tournait soigneusement le dos à son Aspirant.

Trois des Aspirants de Eirlys avaient été appelés à se présenter sur les sables, ainsi qu'un des deux de ceux de Vilde Lordh'Dëmon. Denwall Dehar'shal, le Torhil ; Ohiro Maïtera, l'Humain dont on disait qu'il était doté d'une double personnalité ; Annah Ind'Velyn, la Fëalocë aux allures de princesse que Martel avait plus ou moins pris sous son ''aile'' ; et enfin Jahl'Reai, l'Humain à la jambe de fer, celui qui avait fait tant jaser, tant par ses ''prouesses'' scientifiques que par la tentative d'assassinat perpétrée sur sa Maitresse … Les six autres, ils ne les connaissait que de vue, pour les avoir croisés au moins une fois dans les couloirs du Kaerl … Quilaïn passa en revue les autres spectateurs, tout en souriant de façon enjôleuse à Ktyra, masquant une infime expression de dégoût lorsqu'il remarqua l'ombre assise dans un coin, la peau grise et la silhouette maladive. Civers Fendrïl. Même plus digne d'être appelé Elfe. Il s'était égaré sur de bien désagréables chemins …

« Alors, Aspirante, que me vaut cette moue triste ? Votre joli visage mériterait d'être éclairé par de moins sombres sentiments, en cette heure de liesse générale ... »

Se penchant légèrement vers elle, jusqu'à n'être plus séparé de quelques pouces de son visage, il lui souffla :

« Ne vous mortifiez pas pour si peu. Si votre Maitresse a considéré que vous n'étiez pas prête, ce n'est que partie remise. Vous brillerez de milles feux lors de la prochaine Empreinte. Peut être même vous lierez vous avec une Reine ... »

Il n'avait pas fini sa phrase qu'un grondement hypnotique naquit dans l'immense salle d'éclosion des Cavernes, se propageant de Dragons en Dragons, tandis que les oeufs, un par un, se mettaient soudain à s'agiter avec violence. Les Dragons saluaient la future naissance de leurs jeunes pairs, et les encourageaient par ce chant rituel et symbolique. L'heure était venue pour les Aspirants de faire leurs preuves, devant le Kaerl entier. Et malheur à ceux qui échoueraient …

**Quilaïn. Il serait temps que tu rejoignes ta place. Un Maitre Dragon digne de ce nom ne doit pas assister à une Eclosion assis au beau milieu des Aspirants et des Non-Liés.**
*Laisse moi encore quelques secondes, j'arrive.*
**Depêche toi avant que je ne vienne te chercher par la peau des fesses.**
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MessageSujet: Re: V1 - [RP] Vers une nouvelle ère ...   Lun 2 Sep 2013 - 17:55

Posté par Denwall  Dehar'shal

[Thème du poste]
[The Might of Rome - Gladiator OST]

L'Empreinte.
Le jour fatidique, tant attendu pour plusieurs aspirants, les remplissant d'anxiété et les mettant dans tous leurs états à la simple mention du mot « échec ». Quoi de plus normal, après tout ? Tout ce qu'ils avaient fait, tout leurs efforts passés allaient être pesés ici-même, et les candidats sauraient alors s'ils avaient fait tout cela pour rien, ou si la reconnaissance les attendait.
Nombre de gens s'étaient déjà rassemblés, impatients que débutent le petit spectacle qui verrait peut-être le destin des Aspirants basculer et celui, plus grandiose et magnifique, de la naissance de nouveaux dragons.

Denwall n'était pas arrivé dans les premiers, en se précipitant comme d'autres. En fait, il était même parmi les derniers des convives indispensables à s'être montré. Plus tôt dans la journée, il avait prit soin d'être des plus présentables, non par soucis d'apparence pour les autres habitants du Kaerl, mais par respect pour la mère de son peut-être futur lié. Ce jour ne se produirait probablement qu'une seule fois, autant marquer un minimum le coup. Bien qu'il ne se soit pas pour autant apprêté comme pour le bal, le Torhil avait tout de même sortit ce qu'il avait de mieux, mais restait tout de même dans un style très sobre et simple. Après tout, il n'avait jamais été habitué aux tenues complexes de ceux arborant le luxe sur chaque parcelle de leur corps.

Den portait donc une tenue simple, qu'il avait réussit à se faire faire au Kaerl grâce à la diversité des gens y vivant, dans des couleurs chaudes, terre et sable. Ses bottes de cuir, toutes simples, laissaient résonner un léger écho à chacun de ses pas, et semblaient avoir eut droit à une petite toilette. Par dessus tout cela, l'Aspirant avait passé son éternel manteau qui l'accompagnait maintenant depuis des années, et était déjà avec lui à son arrivée au Kaerl. Sur celui-ci était fixé la broche offerte par sa maîtresse, Eirlys Naeryan, et brillait au moindre raie de lumière passant dessus. Manifestement, il avait également eut droit à un coup de chiffon.
Les perles fixées aux mèches du jeune homme s'entrechoquaient à chaque mouvement de sa tête, produisant un léger tintement de bois. Et malgré tout, il persistait à porter sa capuche de son manteau rabattue sur sa tête, alors que le reste ne ceinturait que ses épaules, laissant librement la vue sur sa tenue et ses mains, contrairement à d'habitude.

Sa démarche, à mesure qu'il approchait des Cavernes, n'accélérait pas, comme d'autres qui le dépassaient. Denwall s'avançait d'une démarche qu'on eut put dire impériale, regardant fixement l'entrée devant lui. Là derrière se tenait son destin, dans un des œufs qu'il aurait sous les yeux. Il n'avait de cesse de se répéter qu'il ne devait pas faiblir. Il devrait rester calme, concentré et ouvert, ne pas laisser le doute s'installer en lui un seul instant. Il avait voyagé des années, s'était démené et avait fait tout son possible pour mériter de vivre cet instant et d'aller au delà. Il ne pouvait pas se permettre d'échouer, car sa plus grande chance d'atteindre son but, à savoir en apprendre le plus possible sur ces nobles créatures qu'étaient les dragons, se trouvaient dans un de ces œufs.

Arrivé au seuil des portes, le Torhil s'arrêta, s'attirant un regard noir de gens derrières lui. Il prit une grande inspiration, emplissant ses poumons d'autant d'airs qu'il pouvait, et expira lentement comme pour chasser toute parcelle d'anxiété qui pouvait subsister. Quand il fit un pas en avant et franchit véritablement la limite des Cavernes, toute tension l'abandonna. Lui qui se croyait détendu fût surprit, et comprit qu'il n'était toujours pas aussi calme et relaxé qu'il le croyait.
Arrivé au lieu dit, Denwall lança un regard circulaire dans la salle. De nombreuses personnes s'étaient rassemblées, que se soit dans les gradins où sur des corniches. Accrochant le regard de sa Maîtresse, l'Aspirant la salua d'un signe de tête respectueux, et fit de même quand il croisa celui de Vilde, la Maîtresse Bleue, avant de se rendre avec les autres aspirants en attente du moment fatidique.

Le temps lui paraissait passer trop vite et trop lentement à la fois. Il lui tardait qu'arrive le moment de vérité comme il le redoutait. D'une grande inspiration, il chassa ces impressions d'un soupir, se rappelant une fois encore qu'il ne devait rien laisser le perturber. Lui qui était réputé pour son impassibilité, son manque d'émotions, éprouvait aujourd'hui des difficultés à se calmer.

Puis, Den posa les yeux sur la mère de la portée. Personne de lui avait donné son nom, et il ne le devina pas. Il la regarda quelques instants, admirant la majesté, la grâce et la force d'une matriarche, d'une Reine Incarnate. Comme si elle se sentait observée, elle tourna un instant son regard vers lui, être fragile et minuscule à côté d'elle. Le Torhil ferma les yeux et s'inclina devant la majestueuse créature avec autant de déférence et d'humilité qu'un simple paysan devant son roi. Il s'en fallu de peu qu'il ne s'agenouille pas, en fait, par pur réflexe. Comme lors de la première fois qu'il avait vu un dragon, le brun de Maître Marek, il avait eut l'irrépressible impression que le noble reptile méritait largement cette réaction de sa part.
Quand il se redressa, il croisa un bref instant le regard de la Reine Incarnate avant qu'elle ne porte son attention ailleurs. Avait-elle prêté attention à sa marque de respect ? Rien ne pouvait le laisser deviner.

Quand le chant des dragons s'éleva, peu après, Denwall fût frappé de plein fouet. Il aurait put qualifier cela d'hypnotique sans trop se tromper, et n'éprouva aucune surprise lorsqu'il eut le réflexe de fermer les yeux et d'abaisser sa capuche pour lever quelque peu le visage et profiter du chant des créatures assemblées ici pour l'occasion. Concentré sur la musicalité de leurs voix, l'Aspirant sentit sa tension et son anxiété le quitter. Quand les dragons se turent, il rouvrit les yeux, calme et détendu. Jamais il n'aurait cru entendre pareils sons, mais il était heureux d'avoir vécu cet instant.

Ne restait qu'à attendre l'éclosion, maintenant, et à saluer l'être avec qui il partagerait sa vie sans restriction, sans questions inutiles et sans conditions.
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MessageSujet: Re: V1 - [RP] Vers une nouvelle ère ...   Lun 2 Sep 2013 - 17:56

Posté par Annah Innd'velyn



Annah n'était pas à proprement parler une fille superstitieuse. Sa pieuse inquiétude envers la mère des Dragons incombait toute entière au rêve qui l'éveilla ce matin là. A son grand dam, il ne lui sembla pas surgi des bribes de souvenirs de ses journées passées. La rumeur de l'éclosion prochaine s'était répandue plus vite que l'étincelle sur une traînée de poudre, mais la Fëalocë persistait à penser que son songe relatait davantage que ses puériles espérances d'aspirante. Là où son esprit avide et curieux se serait attaché à l'instant où se craquellent les oeufs, où dragons et aspirants se confrontent et où se tisse le lien, son rêve ne lui avait présenté qu'Eirlys Naeryan et Martel Delehkna, tous deux figés, tous deux de glace, leur chevelure immaculée accentuant la froideur spectrale de leurs silhouettes de noir vêtues et la cruauté de leurs expressions bien plus qu'inamicales. Elle se revoyait déchiffrer leur visage, l'incompréhension lui tiraillant le cœur, mais elle ne recevait rien de plus à quêter leur attention, qu'un regard oblique et méprisant de la part de l'Elfe, tandis que la Neishaane demeurait silencieuse, les lèvres résolument serrées, retenant quelque parole acerbe ne pouvant librement s'exprimer en publique. Et baissant les yeux, honteuse, Annah apercevait, lovée contre ses jambes, une dragonne aux écailles d'un blanc terni d'une froideur sépulcrale. Le sable sous ses pieds se faisait givre, hostile, miroitant et poisseux comme nappé de sang... Et elle s'éveillait.

Aucun cri ne marqua son éveil. Ce n'était pas l'horreur qui la cisaillait mais la hâte, l'urgence de dissimuler son crime et par la même ses mains maculées de sang. Le dos trempé de sueur, il lui avait fallu plusieurs minutes pour se raisonner et admettre que ses doigts ne pouvaient pas ruisseler de sang, juste par l'entremise d'un rêve. Et force fut d'admettre que ses phalanges effilées demeuraient aussi délicates et diaphanes que la veille, tandis que les cals qui torturaient ses paumes s'étiolaient lentement. Elle aurait volontiers prié Flarmya des heures durant si cela avait pu apaiser la terreur qui lui rongeait les entrailles devant ce sombre présage, mais elle n'était pas de ces lâches qui se réfugient pour pleurer dans les jupes des dieux sitôt que leur existence tourne au vinaigre. Si Flarmya était à moitié aussi puissante que ce que se plaisaient à le narrer les prêtres, alors elle ne se laisserait pas amadouer par une si fallacieuse ferveur.

~°~

Le contenu de sa malle éparpillé dans la pièce, Annah laissa choir une nouvelle parure, le satin glissant sur sa peau nue, spectacle à laquelle sa mine excédée ôtait toute lascivité. La garde-robe impressionnante de la Fëalocë jonchait le sol et les lits, les velours délicats rivalisant ça et là avec les dentelles raffinées, une robe de taffetas noyant sous ses pans voluptueux une veste bordée de petit gris. Semée au hasard comme autant de rameaux brillants, scintillaient les bijoux qu'elle avait délaissés, se déclinant du grenat ostentatoire aux minuscules diamants sertis dans un fin collier d'or.

Et rien, rien de tout cela ne convenait! Annah arpentait la pièce, faisant les cent pas tel un fauve en cage. Elle qui se galvanisait d'être la perle rare au milieu de pimbêches écervelées incapables de se contrôler, elle se sentait aussi frivole et risible qu'une jeune Fëalocë au jour de ses noces. Au détail près que son mariage lui avait causé bien moins de tracas. Hôte raffinée en toutes circonstances, elle avait d'instinct su quoi revêtir pour satisfaire aux convenances. Une robe d'un rouge soutenu soulignant et masquant à la fois ses formes naissantes, nappant un jupon blanc froufroutant soulignant sa pureté virginale de future épouse, voilà qui lui avait valu les regards admiratifs et entendus qu'on lance aux jeunes époux.
Mais une dragonne... Ou pire encore, rien! Car lors de son mariage, il était exclu, ne serait-ce qu'aux yeux de merlan frit dont son tendre épousé la couvait, qu'il lui fit faux bon. Mais quoi de plus capricieux, de plus subtilement traître qu'une dragonne... !

Torturée entre l'idée de s'habiller de ses plus riches atours et celle d'arborer une parure humble, seyant à son rang d'aspirante, la Fëalocë tournoyait, en proie à un désarroi presque tangible. L'humilité était louable mais elle ne se faisait pas grande illusion sur cette solution de facilité. Elle en avait fait l'expérience lors de ses entraînements avec Eirlys, et le souvenir de la fosse la hanterait encore longtemps. Semblable à ces rapaces que l'on dresse pour la chasse, une fois libérée, son enseignement reprenait le dessus, et elle se comportait ainsi qu'on l'avait éduquée. Affable et précieuse, se défilant face au danger pour se réfugier au plus vite sur son propre territoire, où elle était libre à loisir d'imposer ses propres règles. L'affubler d'une robe miteuse ou d'une épée de fer ne changeait rien à l'affaire. Elle serait alors aussi ridicule qu'un oiseau auquel on aurait taillé les rémiges, incapable de voler, et bien moins encore d'avancer dignement. Elle n'était elle-même que lorsqu'elle parcourait avec assurance les couloirs de son domaine. Elle s'inclinait devant maître Naeryan, saluait avec déférence maître Delehkna, mais lucide, elle craignait de ne faire en cela qu'accepter les règles de l'hôte généreux qui l'accueillait. Une part d'elle, ne pouvait être aspirante. Sa chance résidait dans le fait que nul ne s'en était jamais avisé, et sa perte, dans le fait qu'on ne trompait pas si aisément un dragon...
Elle n'échouerait pas. Non pas qu'elle soit assurée de se lier. Mais Annah était certaine que si rien ne l'attendait sur les sables, elle patienterait quelques temps puis gagnerait Orën à la première occasion, et sur sa terre natale, nul n'aurait jamais vent de la rumeur de son échec, qui là où les dragons se faisaient rumeurs, n'avait pas lieu d'être.  

Arborer ses plus somptueux habits attirerait les regards, et la raillerie de sa liée à venir peut-être, qu'elle osât espérer la devancer en matière de compliments. Et si aucune liée ne se présentait pour elle, il lui faudrait partir dignement, empêtrée dans ses habits flamboyants, tandis que d'autres, moins bien nantis mais bénis par Flarmya auraient trouvé leur moitié. Intolérable! D'un geste furieux, elle arracha une chemise, allant jusqu'à déchirer l'étoffe qui sombra en lambeau telle l'agonie d'un étendard en berne.

Elle affronta son propre regard dans le miroir ouvragé, seul présent de Martel qu'elle ait jamais toléré et fit la moue, peu certaine d'apprécier le résultat. Ses iris d'aventure d'un gris indéchiffrable flamboyaient d'une chaleureuse teinte d'ambre cerclé d'un noir intense, marquant le réveil des braises tapies sous la cendre. Ses cheveux tombaient sur ses épaules en une opulente chevelure savamment négligée, qui aurait fort convenu à un rendez-vous galant, mais ce n'était pas Martel, Ohiro, ou Quilaïn, qu'elle voulait conquérir ce jour mais une dragonne !
Nue comme un ver, elle n'imaginait pourtant pas non plus se présenter à l'Empreinte dans le plus simple appareil... Voilà qui ferait jaser et serait du plus mauvais effet dans ses chroniques. Accrochée le long de sa cuisse, le contact froid de sa dague, sa complice des mauvais jours, apaisait quelques peu ses émotions douloureuses. Elle ne pouvait espérer la tirer du fourreau pour venger l'affront qui lui serait fait là-bas sur les sables sans le payer de sa propre vie. Et pourtant, la perspective la séduisait d'imaginer que, le cas échéant, elle serait liée dans la mort à la créature qui l'aurait rejetée de son vivant.

Peut-être serait-il aussi simple qu'elle ne s'y rendit pas. Elle pouvait feindre l'ignorance. Seule l'effervescence du Màr Tàralöm et son rêve terrifiant l'avait avertie de l'Empreinte à venir. Si ni Martel, ni Eirlys ne la jugeaient prête, si aucun d'entre eux n'alertait la Fëalocë retranchée dans ce dortoir abandonné depuis des lustres, si...
Trois coups brefs résonnèrent, trouvant échos dans la caverne aux murs désolés, anéantissant les rêves insoupçonnés d'Annah.
Le destin ne se faisait pas attendre.

~°~


Figée dans l'attente, malgré la brise légère qui cherchait à défaire son chignon cuivré fixé par des épingles d'or, Annah gardait les yeux humblement baissés en une posture de profond respect. La vérité avait néanmoins de multiples causes. D'une part, elle craignait, en laissant ses prunelles divaguer sur l'assistance, d'apercevoir Martel ou Eirlys tels qu'elle les avait vus dans son rêve. Croiser le regard incandescent de Lye'Den, la reine incarnate la déstabilisait plus encore que si elle avait du croiser le fer avec l'aspirant Torhil à la carrure impressionnante à quelques pas d'elle. Il lui semblait que la dragonne intensifiait son malaise, se saisissant de ses tourments pour les exposer plus avant, aussi profondément qu'elle essayât de les noyer dans son esprit. Y'avait-il une liée pour elle dans les oeufs regroupés là? Ils s'agitaient déjà, cherchant à se dérober à la prison qui les enserrait. Qu'aurait-elle donné pour avoir un nom à scander pour appeler de ses vœux l'être qui gisait là, prisonnier, et lui aussi, condamné à l'expectative!

Au lieu de quoi, elle demeurait les bras ballants, les yeux rivés au sol de sable tendre pour dissimuler l'éclat flamboyant qui les animait toujours, seule indice subsistant des émotions déchaînées qui foisonnaient dans son cœur, quelques heures auparavant. Elle avait pu, s'armant de patience, dompter sa chevelure rousse, draper son corps dans la robe satinée, qu'elle avait maintes fois délaissée, d'un rouge intense bordé de larges bordures dorées, auxquelles faisaient échos les rubans qui ceignaient sa taille et ceux qui se perdaient dans le drapé élaboré du jupon vermeil. Un châle aux tons cuivrés, rappelant la teinte subtile de ses cheveux, drapait ses épaules pour les préserver tant du froid que d'un excès d'impudence. L'ourlet de sa robe effleurait le sable dans un doux chuchotis d'étoffe, elle y avait savamment veillé, ne tenant pas à draguer dans son sillage tout le sable des cavernes au premier faux pas.

Se réfugiant dans un profond mutisme, ne laissant rien filtrer tant de son appréhension que de son enthousiasme, fermant son esprit aux clameurs de la foule et aux grondements des dragons, usant de la peur que lui inspirait l'effroyable reine pour serrer la bride à son impatience, elle ne s'autorisait en cet instant crucial, que les dérives propres à tous les aspirants. Se lierait-elle? Où était passée Cersei? Nul doute que l'aspirante maladive n'était pas encore prête, mais Annah en conçut néanmoins une pointe de regret. Elle avait bien aperçu Quilaïn, pavanant comme une bécasse, mais il était seul, autant qu'elle ait pu en juger. Qui était ce sombre personnage à la jambe de ferraille, était-ce lui, celui dont parlaient les rumeurs? Martel la regarderait-il? Elle chassa aussitôt cette pensée inepte. De quelle couleur serait sa liée? Elle rit intérieurement, tant ces interrogations puériles lui donnaient l'impression d'être une fillette hésitant sur le parfum d'une friandise. Cela n'avait pas d'importance. Ce n'était pas un choix qu'elle avait à faire, mais l'accomplissement de sa destinée.

Et pourtant, le contact glacé de la dague sur sa cuisse, malgré le fourreau de cuir qui l'enserrait se fit soudain douloureux. Et réajustant son jupon, feignant de changer de pied d'appui, elle aperçut l'éclat neigeux d'une chevelure blanche, et aussi vite qu'elle en détournât le regard, elle n'en fut pas moins gelée, transie jusqu'aux os, malgré l'atmosphère suffocante des cavernes flamboyantes à mesure que son rêve lui revenait en mémoire, plus oppressant que jamais.
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MessageSujet: Re: V1 - [RP] Vers une nouvelle ère ...   Lun 2 Sep 2013 - 17:57

Posté par Ohiro Maïtera

Non.
Si.
Non.
Si, c'est moi qui y vais.
Pas question, c'est mon corps, c'est moi qui dirige, c'est moi qui y vais.
Ohiro... Si je n'y  vais pas, je vais te le faire royalement regreter. Et de toute façon, tu arriverais encore à tout gacher, en insultant un Maître, voire même carrément un dragon.
Gnagnagna...
Laisse-moi y aller où je drogue Maïtre Marek pour passer ma nuit avec.
C'est bon, c'est bon... Vas-y. Mais laisse moi en profiter aussi.
Evidemment.


Après une discussion de près d'un quart d'heure approximativement du même accabit, Osake parvint enfin à prendre le contrôle sur leur corps commun. Depuis que Marek leur avait annoncé que leur empreinte était pour bientôt, que eux aussi allaient enfin être liés à une de ces nobles créatures que sont les dragons, Osake, ainsi qu'Ohiro, bien que dans une moindre mesure, passait par des phases de doutes et de certitude, et ressantait un mélange de peur et d'exitation. L'un primant parfois sur l'autre.

Restait cependant, ,à ses yeux, une question essentielle, avant de partir enfin vers les cavernes ou l'attendait, peut-être, celui avec qui il vivrait et serait lié, à jamais. Etalé devant lui, l'ensemble de leur tenue commune, de celle de comabt d'Ohiro, à celle qu'ils avaient mis pour le bal. Choisir n'était pas simple, puisqui'l leur fallait une tenue commune aux deux êtres vivant en ce corps. Son choix se porta finalement sur une simple tunique et un simple pantalon en toile , blanc tous deux. Il se recoiffa de manière semblable à celle du bal et, après une brève hésitation, y rajouta la plume que Vilde lui avait donnée à l'époque. Qu'elle y voie ce qu'elle souhaite.

Il ferma les yeux un instant, inspirant profondément, et tentant de voir qui, parmis les autres aspirants pourraient être là également. Annah, la première personne à qui il avait parlé, serait sans nul doute là. Et à part elle? Il se rendit rapidement compte du peu de connaissance qu'il possédait parmi ses semblables. Une chose qu'il devrait régler, rapidement. Maître Marek, ainsi qu'Asaleith, seront sans nul doute présent également.  De même que Vilde et " Cime". Et tant d'autre, présent pour assister à leur triomphe...  ou leur lamentable échec.


~o~

Il y étaient, en compagnie des autres aspirants. Anxieux, nerveux, mais surtout émerveillés. Osake, comme à son habitude en présence de dragons, ne put s'empécher de marquer ce qui, pour lui, étaient les plus grandes marques de respect possible à ces crétures ailées, les saluant au plus bas. Pour finalement en arriver où il devait être, en compagnie des autres aspirant, attendant le moment fatidique au enfin, les oeufs écloreraient pour eux. Ou ne le feraient pas.

Parmi les aspirants cependant se trouvait quelque ayant déjà connu cette épreuve. Osake ne l'avait point encore rencontré formellement, mais le connaissait de vue, et surtout, de réputation. Maître Quilaïn. En compagnie d'une aspirante, évidemment. Osake soupira, se demandant comment l'on pouvait se comporter de telle façon en cette occasion, et en présence de temps de noblesse assemblé, qu'elle soit humanoïde ou non.

Levant la tête, Osake apperçut celui qu'il voulait voir plus que tout autre en ce jour, croisant un bref instant son regard. Son coeur bondit dans sa poitrine à cette vision de Marek d'Ardiénor. Il avait beau savoir que ce dernier ne partageait pas, et ne partagerait  jamais ses sentiments, il ne pouvait pas s'en empécher. Et pour une fois, Ohiro ne fit point de comentaire.

Un grondement retentit du fond de la caverne, se propageant de dragon en dragon. Osake oublia Quilaïn, Marek, ses doutes pour ne plus que plonger dans l'audition de ce son. Le chant des dragons... Merveille des merveilles. Et surtout, symbole que tout allait enfin commencer...
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MessageSujet: Re: V1 - [RP] Vers une nouvelle ère ...   Lun 2 Sep 2013 - 17:57

Posté par Isathiel Melraë

Le Màr Taralöm débordait en ce jour d'une activité plutôt rare, comme si l'air s'était électrifié, comme si une tension se manifestait de façon presque palpable. Car aujourd'hui devait se dérouler un évènement important, qui verrait à la fois l'ascension de nouveaux chevalier et la venue au monde de nouveaux dragons: l'empreinte. Isathiel y portait un intérêt modéré, n'ayant pas encore d'aspirant devant se trouver sur les sables d'éclosion aujourd'hui. Malgré tout elle devrait y aller, car les aînés se devaient d'assister à un tel évènement, selon un code qui n'avait rien d'écrit mais qui pourtant semblait respecté par tous.
Et puis...l'elfe était d'un naturel curieux, d'autant plus que la couvée à venir était celle de Zadayel, le bronze lié à son ancien maître. Les chances de le croiser, lui ainsi que bien d'autres, étaient fortes, suffisament pour la pousser à se faire violence. Après tout elle n'aurait qu'à feindre un intérêt poli au cours de cette cérémonie, et peut-être y aurait-il quelques surprises dignes d'intérêt.
Cela, seule Flarmya pouvait le savoir, et la déesse des dragons garderait le suspens jusqu'au dernier moment, jusqu'à l'éclosion des œufs.
Alors que l'heure approchait, Isathiel revenait des bassins ignés en boitant, ce qui était le cas depuis maintenant bien des semaines. Il s'agissait là d'une blessure importante, et d'un souvenir marquant du défi que lui avait lancée la maîtresse Vilde Lordh'Dëmon, un défi où malgré une résistance coriace elle avait été forcée de s'incliner. Son orgueil en avait pris un grand coup, de même que sa jambe sévèrement touchée par son propre sabre, et Isathiel commençait à peine à pouvoir marcher sans le soutien d'une canne. Les guérisseurs l'avaient assurée qu'elle retrouverait une mobilité presque complète, mais du temps était nécessaire, et au vu de la blessure la chevalière se considérait presque chanceuse de ne pas avoir perdue sa jambe.

Arrivée dans ses appartements, l'elfe se débarrassa de son ensemble de bain et commença ses propres préparatifs à la fête. Elle revêtit une longue robe, assez simple, mais dont le noir profond se mariait à perfection avec les écailles de Risranath. Puis elle se para avec une certaine coquetterie: bagues, bracelets faisaient partie des bijoux qu'elle allait porter, mais surtout le magnifique pendentif offert par Quilaïn à l'occasion de son empreinte réussie.
Ainsi coiffée, parée et habillée, Isathiel acheva sa préparation lorsque l'heure de se rendre aux Cavernes Flamboyantes arriva finalement. Comme bien d'autres elle se mit en route, sa jambe encore raidie l'empêchant toutefois de marcher à une allure normale.
Risranath elle se trouvait déjà dans la caverne, en compagnie des siens, détaillant l'assemblée ainsi que la couvée d'un œil curieux. C'était pour elle la première fois qu'elle assisterait à une empreinte dans le rôle de spectatrice, et ne pouvait que se demander quels seraient cette fois-ci la couleur de ses frères et sœurs à venir.
Lorsqu'elle entra dans la caverne, Isathiel se trouvait à peu de choses près dans le même état d'esprit que sa liée. Ce n'était pourtant pas la première fois qu'elle posait les pieds dans cet endroit habité par la l'Incarnate Lye'Den, mais elle demeurait stupéfaite devant un tel rassemblement. Lors de son empreinte, elle n'y avait pas véritablement portée une grande attention, s'étant alors focalisée bien d'avantage sur les œufs et sa liée qui était venue la rejoindre alors. Le reste n'avait été qu'un vague amas de bruits et de sensations annihilé par le stress mélangé à l'excitation de l'elfe. Elle rentrait désormais avec un état d'esprit plus serein, et avait l'impression de véritablement découvrir cet endroit dans toute son ampleur.
Des estrades et des balcons creusés à même la roche étaient déjà occupés par bien des personnes, visages connus ou inconnus d'elle, soigneusement placés selon leur rang au sein du Kaerl.
Parmi eux se trouvaient Quilaïn de Lazarel, qui justement ne se trouvait pas à sa place, en pleine conversation plus ou moins privée avec une aspirante Fëalocë dont le nom lui échappait. Son maître ne changerait donc décidément jamais, et c'est en secouant légèrement la tête de droite à gauche, avec un sourire ironique sur les lèvres, qu'elle se demandait si l'aspirante serait ou non la prochaine idiote à tomber dans les pièges du maître bronze.

Puis son regard s'égara, parcourant la caverne et ses occupant. Il s'y trouvaient les aspirants appelés à l'empreinte, dont les noms lui échappaient majoritairement à l'exception d'un...dont le nom était connu de tous, et à qui elle devait indirectement la raison de sa blessure: Jahl'Reai. Peu de temps après, elle croisa le regard de la maîtresse Vilde Lordh'Dëmon, à qui elle adressa un léger signe de tête respectueux avant de s'éclipser. Ses sentiments à l'égard de la Neishaane étaient confus, et formaient un étrange mélange entre la gratitude pour l'avoir laissée en vie, et la soif de revanche face à son orgeuil blessé.
Bien d'autres se trouvaient là, entre autres les deux candidats au trône du Màr qui étaient entourés respectivement de leurs plus grands soutiens, et qui formaient ainsi deux castes bien à part, scindant le Kaerl en deux. Mais ses pensées sur la politique s'arrêtèrent là, car soudainement une Litanie magnifique s'éleva dans la caverne, reprise en chœur par des dizaines de dragons, et qui avait une signification que Isathiel connaissait très bien: l'éclosion était proche.
Elle rejoignit donc sa place parmi les estrades taillées dans la roche, et se contentait à présent de suivre le fil de cette empreinte. La nouvelle génération de chevaliers allait arriver...
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MessageSujet: Re: V1 - [RP] Vers une nouvelle ère ...   Lun 2 Sep 2013 - 17:58

Posté par Marek d'Ardiénor

[HRP : Avis aux futurs Chevaliers, vous pouvez désormais raconter votre Empreinte avec le Lié qui vous a été attribué, décrivant la sensation nouvelle d'être enfin complet, et annoncer à tous le nom de votre désormais âme soeur ! J'invite également tous les habitants du Màr Tàralöm à poster, et à venir féliciter nos promus ^^ !]

Sombre, bien sombre était le gouffre qui était en train de l'engloutir petit à petit, et tout aussi menaçants les démons terribles qu'il devinait tapis au fond, attendant la moindre faute d'attention pour s'abattre sur lui. Et il avait beau tendre la main, désespérément, vers la lumière salvatrice qui brillait vivement dans le lointain, tentant d'atteindre ce qu'il devinait être sa sauvegarde, et dans laquelle il lui semblait distinguer une forme, comme un visage chaleureux et paisible, qui lui souriait. A peine audible, à la fois immatérielle et englobant tout l'espace, le bruit de la mer résonnait, inlassablement. Et le visage continuait de lui sourire, murmurant doucement une fine mélodie, qui se mélangeait au friselis des vagues venant lécher le sable.

*Mère !*

Cri déchirant embrasant le cocon de silence qui entourait son âme, un simple mot, qu'il aurait aimé hurler, encore et encore, pour évacuer la sensation de perte infinie que cela évoquait en son sein, mais qui ne parvint pas à franchir ses lèvres étrangement scellées. Un dernier espoir embrasant son coeur et redonnant ultime force à son corps, il s'efforça de s'extraire de cette ombre envahissante et mauvaise, pour aller vers la lueur vivante qui s'éloignait imperceptiblement de lui, et qu'il ne devait en aucun cas laisser s'échapper.

Alors la scène changea, emportée par un tourbillon de vie vers une époque lointaine, vers un jeune adolescent, qui venait d'être ordonné Prêtre, respectueusement agenouillé, tête inclinée vers ses mains, devant ses supérieurs. Chevelure et barbe grisonnante, des rides dues à de nombreux sourires creusant les coins de sa bouche et de ses yeux, le mentor du garçon venait de poser une question à une dame à l'abondante crinière d'ébène, de haute stature, dont l'apparence même laissait transparaitre l'autorité dont elle était établie. L'Archiprêtresse en personne s'était penchée sur le sort de son jeune protégé, et pourtant, l'inquiétude creusait les traits de l'aîné. Nataos … Son vieux mentor, qui l'avait recueillit alors qu'il n'était qu'un gamin des rues, avait été le Père qu'il n'avait jamais connu. Oui, c'était bien son nom, et celui de la femme, Aoatea. Un nom que tous prononçaient avec une crainte révérencieuse. Incarnation même de Flarmya sur terre, pour lui, comme pour les autres, elle avait été comme… une seconde Mère ... Et voilà qu'il devait les abandonner, pour aller au devant de son Destin, vers une nouvelle vie. Au Màr Tàralöm. Quel qu'il soit, ce nom avait provoqué une vive réaction chez son mentor.

*Mère ...*

Mais qu'en était-il de sa véritable génitrice, celle qui l'avait élevée avec tendresse mais fermeté ? Un nouveau tourbillon de folie emporte sa conscience vers le passé, les années défilent à rebours sous ses yeux ébahis, la colère et la haine qui entachaient son âme s'effaçant peu à peu. Il revit sa rencontre avec Nataos, au détour d'un chemin, alors qu'il venait de s'enfuir, épouvanté, de chez lui, et qu'il s'était effondré dans la poussière, après des heures de course effrénée, plus mort que vif. « Flarmya elle même t'a sans doute placé sur ma route en ce jour. Je serais bien indigne de la servir si je ne prenais pas en compte ses signes ... » lui avait-il dit, l'aidant à se relever. Une immense gratitude avait envahit son être à ce moment là.

Contrairement aux adultes – et même aux autres enfants, qui le traitait de bâtard sans père – qu'il avait pu côtoyé dans le passé, il s'était montré aimable et gentil avec lui. Pas d'insultes, pas de menace, ni de moqueries sous-entendues. Juste calme et sans volonté de violence. Pas comme ce sous-homme, ce monstre dépendant de la boisson, qu'il avait découvert, ronflant et cuvant son mauvais vin à côté du corps sans vie … de sa mère. Ivre, l'assassin avait exigé de la voir, et voyant qu'elle refusait, arguant qu'il ferait mieux de rentrer se reposer, avait forcé le passage et l'avait battue à mort, pour avoir osé, elle, pauvre catin des bas quartiers, s'être refusée à lui, marin honnête et travailleur ! Son méfait accomplis, sans plus de considérations pour ce qu'il avait fait, il s'était écroulé.

Quand le gamin l'avait découvert … Cela avait été si facile de contrôler l'ouverture des pores de sa peau, pour laisser, tel le venin d'un serpent, les toxines mortelles agir … Passant rapidement dans le sang du soûlard, elles avaient paralysé un à un tous les muscles de son corps, jusqu'à son coeur … Et le regard qu'il lui lança, lorsqu'il s'aperçut qu'il ne pouvait plus respirer, ni bouger, les yeux affolés qui ne trouvaient même plus la force de se détacher de la silhouette agile et vengeresse qui lui faisait face, un rictus sauvage sur le visage … « Je ne te ferais pas l'honneur de te laisser supplier, tu ne le mérites pas ». Alors l'avait-il regardé agoniser, une sombre satisfaction emplissant ses sens. Sensation tellement enivrante que celle de posséder un pouvoir de vie et de mort sur ses anciens ''tortionnaires'' !

L'âme de l'adulte qu'il est désormais se débat, cherchant à ne pas se laisser submerger par cette ombre terrible qui venait d'éclore en son coeur après des années de croissance insidieuse. Ce n'est pas bon, il ne faut pas ! S'il venait à sombrer définitivement, il pressentait que quelque catastrophe atroce frapperait les rares personnes en qui il avait confiance.

Petit à petit, la prise de conscience de ce qu'il venait de faire, bafouant tous les principes que lui avait inculqué sa défunte mère, avait fait jour dans son jeune esprit, et une terreur sans-nom remplaça progressivement sa soif de vengeance, enflant indéfiniment, angoisse inextinguible occultant tout autre sentiment … Et le regard sans vie de sa mère, réprobateur, jusqu'à ses lèvres qui se meuvent pour lui transmettre sa déception.

« Prend garde à ton sang, mon fils. Accorde lui ton attention, car viendra un jour où il te faudra le retrouver. »

Au paroxysme de la douleur psychique, il s'éveilla, en sursaut, reprenant difficilement pied dans la réalité. Haletant, l'Ondin ne remarqua pas immédiatement les gouttes d'eau salée qui venait humidifier ses mains, plaquées sur ses yeux couleur d'océan. Un rêve, cela n'avait été qu'un rêve, comme toutes les autres fois. Depuis le soir où Asaleith avait fait venir Eirlys Naeryan dans leur weyr, ce songe, sous différentes formes, revenait régulièrement le hanter, délivrant toujours, il le comprenait intuitivement, un message identique.

Dans la vaste caverne qui lui tenait lieu d'appartement, tout était calme. Le souffle régulier et puissant de son Lié s'élevait et diminuait rythmiquement. Dormait-il ? Malgré les apparences qui semblait indiquer que oui, une paupière se souleva paresseusement, révélant une pupille teintée d'un bleu serein. Comme une onde bénéfique, cette quiétude se déversa en lui, apaisant son esprit et son corps. Il remarqua seulement alors, éperdu, que les gouttes d'eau était en réalité des larmes. Un dégoût profond de lui même enserra son coeur. De quel type de faiblesse était-il en train de faire preuve ?
Mû par quelque appel silencieux du grand Brun, Marek se leva de son lit, démêlant les draps qui l'entravait, pour aller rejoindre son âme soeur, s'asseyant dos contre la fine membrane de son aile gauche. Sans bouger pour autant, Asaleith resserra possessivement sa lourde queue brune autour du Demi-Sang, un ronronnement quasi imperceptible faisant vibrer ses côtes.

*Un jour ces rêves finiront par me tuer. La potion d'Eirlys a réussi à diminuer leur régularité et leur intensité mais ...*
**Ne sois pas si fataliste, mon frère. Tant que je serais à tes côtés, ce ne sont pas de vulgaires images qui nous vaincrons. Tu devrais essayer de dormir maintenant, Lye'Den m'a prévenu que ses oeufs ne tarderaient pas. Demain verra certainement l'avènement de nouveaux couples de chevalier dragon. Sois en paix, je veille sur toi.**

Dans un soupir, Marek se laissa aller contre son Lié, baigné par la semi-pénombre régnant dans le weyr. Asaleith faisait rarement preuve d'une telle délicatesse, préférant le remettre en place par une pique verbale bien placée. Paraissait-il si fragile qu'il ressentait le besoin d'agir ainsi ? Comme en réponse, une phrase moqueuse qu'il avait bien souvent entendu lui revint en mémoire :

« Tu n'es pas à ta place au Màr Tàralöm. »

~*~*~*~*~ *~*~ *~*~ *~*~ *~*~ *~*~ *~*~ *~*~

**Ton corps est présent, pourtant ton âme est ailleurs. Ne pourrais-tu pas te concentrer sur l'Eclosion en cours ?**
*Pardonne-moi ... Je réfléchissais.*

Sorti de ses pensées par le soudain démarrage du chant hypnotique des Dragons, annonçant que les oeufs avaient commencé à bouger enfin, Marek fixa son regard sur les sables en contrebas, où patientaient les candidats. Peu avaient daigné accorder ne serai-ce qu'un coup d'oeil à leur supérieure hiérarchique, la Seconde Eirlys Naeryan, pourtant personne la plus gradée au sein de l'Ordre d'Ombre, et cela le chiffonait. Le Torhil, Denwall, qu'il se souvenait avoir ramené il y avait de cela quelques mois, avait adressé un signe de tête respectueux à sa Maitresse avant de s'incliner profondément devant la Reine Incarnate, et Ohiro, son propre Aspirant, lui avait lancé un regard enflammé, vibrant d'espoir. Encore maintenant, même avec la confirmation d'Asaleith qu'il y avait bien deux âmes enfermées dans ce corps, il ne parvenait pas à concilier les deux personnalités de l'Humain, chacune étant aussi exécrable que l'autre !

Celui qui disait s'appeler Ohiro faisait montre d'une insubordination notable et d'une volonté de domination digne des pires membres du Kaerl Ardent, tandis que l'autre, Osake, s'il se montrait cultivé et obéissant, semblait nourrir quelques sentiments inavoués pour son Maitre … En l'occurence … Marek lui même. Peut être est-ce là la raison pour laquelle il lui retourna un regard cynique et froid, souhaitant tout de même intérieurement qu'il parvienne à se lier, rien que pour être débarrassé de lui et de ses attentions malvenues et déplacées.

Un peu plus loin, la petite princesse aux trompeuses allures d'ange, Annah, jeta un regard agacé à Quilaïn, qui se trouvait inévitablement en situation où il pouvait exercer son ''charme ravageur''. Une moue de mépris tordit un instant le visage de l'Ondin, tandis qu'il apercevait Darlana, la liée de Lye'Den, s'approcher à grand pas et apostropher violemment – du moins c'est qu'il en déduisit au vu de son attitude, ses paroles étant inaudibles – l'Elfe aux prunelles d'améthystes, qui se fendit en réponse d'un baise-main élégant. Durant quelques secondes il sembla que la Torhille allait se laisser faire ; elle se fendit même d'un sourire éclatant, qui pris brusquement une teinte cruelle lorsque sa main alla heurter, dans un claquement retentissant, la joue imberbe de Quilaïn. Elle se prépara apparemment à lui asséner une seconde gifle, mais le Maitre Bronze saisit le poignet au vol, son regard s'étant assombrit, de même que son expression. Envolées les minauderies et l'ironie mordante, l'Elfe révélait en cet instant sa véritable personnalité. Peut être était là le but de Darlana, car elle dégagea d'un geste sa main, et s'en fut sur un ultime sourire triomphant.

Haussant un sourcil, Marek reporta songeusement son attention sur la Neishaane à son côté, qui observait elle aussi les sables de ses iris de feuille.

« Dame Naeryan – n'était-elle pas leur Dame après tout, même si elle n'en possédait pas le titre ? - peut-être serait-il bon que vous leur adressiez quelques mots à tous. Officiellement aux Candidats à l'Empreinte, pour les encourager, leur rappeler dans quoi ils s'engagent et l'honneur qui leur est fait, mais officieusement à tous les habitants du Màr Tàralöm, pour leur rappeler qui détient la véritable autorité. »

**Si elle n'est pas capable de prononcer un discours devant le Kaerl tout entier, comment peut-elle espérer se faire respecter ?**
*Leith !*

Le Brun, nonchalamment alangui sur la corniche de pierre, avait prononcé ces mots de sorte que tous les occupants du ''balcon'' puissent les entendre.

{ HRP => Insert dialogue Eirlys-Marek + Discours ^^'' }


Alors qu'Elswyn dardait un regard outré sur l'Ondin – qui ne se priva pas de lui rendre froidement, peu ému -, le silence se fit soudain dans la haute caverne, le brouhaha provoqué par les paroles d'Eirlys s'éteignant rapidement, tandis que les premiers craquements tant attendus se faisaient entendre. Ils provenait apparemment de l'oeuf le plus gros, certainement un oeuf de Reine au vu du soin avec lequel l'Incarnate le couvait du regard. Puis, en même temps, deux ou trois coquilles commencèrent à se fendiller, libérant une ravissante petite verte, en même temps qu'une blanche à l'aspect frêle et aux écailles étrangement rosées. D'un même mouvement, suivant leur instinct, les Candidats commencèrent à avancer, chacun dans une direction différente, les filles scrutant avec anxiété l'oeuf de Reine qui tardait à s'ouvrir.

Indifférente à ses frères et soeurs, la Verte commença une inspection en règle des aspirantes présentes sur les sables, s'arrêtant tour à tour devant chacune d'elle, les fixant avec une intensité presque comique, la tête légèrement inclinée sur le côté. Son désappointement se faisait de plus en plus grand tandis qu'elle approchait de la dernière candidate en lice, jusqu'à atteindre une incrédulité parfaite alors qu'une Bleue à peine sortie de sa coquille venait lde la ui ravir sous le nez. Perplexe, son inquiétude commençant à croître, elle s'assit sur son arrière train, un gémissement s'échappant doucement de sa gueule, jusqu'à ce que son regard croise celui de l'Humain à la chevelure crème. Elle se redressa alors tel un ressort, et mue par une certitude imparable, moitié sautillant moitié voletant, se précipita vers Ohiro – ou bien Osake ? - pour lui bondir littéralement dans les bras, roucoulante de bonheur et d'amour, le faisant dangereusement vaciller.

De son côté, sa soeur blanche s'était paisiblement lancée, sans se presser, vers Annah, gardant ses yeux opalescent fixés sur son objectif. Le doute subsistait en son coeur, et elle hésitait encore, mais la Fëalocë était la plus proche d'elle aussi … Ne vit-elle pas arriver, ses ailes impérialement drapées sur son corps aux écailles d'un rouge sang éclatant, la petite Incarnate, qui avançait également droit vers Annah, n'hésitant pas à repousser d'un coup de patte rageur ceux qui osait se dresser sur son chemin, Candidats comme Dragonneaux. C'est ainsi qu'elle heurta sans précaution sa frêle petite soeur, déchirant sur un bon pouce l'aile de cette dernière mais semblant ne pas s'en préoccuper, pour aller se planter aux pieds de la jeune femme. Son regard fier semblait crier au reste de la couvée : « Cette mortelle m'appartient ! ».

Quelques pas plus loin, tachant de remettre en ordre ses ailes après le passage orageux de sa soeur Incarnate, un jeune Bronze, grognon d'avoir été si facilement détourné de son chemin, alla enfin heurter avec une certaine force les genoux d'un Torhil abasourdi, ne lui laissant aucun doute sur le fait qu'il s'agissait bien de lui qu'il voulait. Il avait tourné un moment autour de Jahl'Reai, cherchant à percer le mur qui s'étendait derrières ses yeux couleur de terre, avant d'abandonner, pour se diriger avec plus d'assurance vers Denwall, certain à présent d'y trouver son Lié – et de la nourriture, surtout, car il avait vraiment faim ! – , devait-il pour cela se faire marcher dessus par une petite Incarnate indélicate.

L'Humain à la jambe de métal, qui se croyait Dieu, regardait sombrement les Dragonneaux passer devant lui sans lui accorder la moindre attention depuis que le Bronze avait reporté son choix sur le Torhil. Comment osaient-ils l'ignorer, lui, qui avait été jusqu'à défier les portes de la mort et en était ressorti vivant ? Croyaient-ils le punir d'une quelconque façon ? Vibrant d'une fureur contenue, il restait néanmoins planté, droit et fier sur les sables, tournant ostensiblement le dos à la corniche où avait pris place son ancienne Maitresse, qui l'avait repêché alors qu'il aurait du mourir, et qu'il avait tenté d'assassiner en retour.

Seule restait non liée une petite dragonnette de couleur indéfinissable, qui arborait la taille courante aux vertes, mais dont les écailles ne semblaient pas pouvoir se décider entre qui du vert ou du bleu elles voulaient véritablement être. En résultait un ensemble plutôt harmonieux d'une teinte pâle mêlant habilement bleu et vert, semblable aux opalines qui ornaient les bijoux Ondins ...
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MessageSujet: Re: V1 - [RP] Vers une nouvelle ère ...   Lun 2 Sep 2013 - 17:59

Posté par Vilde Lordh'Dëmon

Elle se rappela sans le moindre mal de ce jour, le Chant des Dragons fut un rappel.

Flash Back
***

Elle n’avait pas peur, étrangement. Seule Ioana hantait ses pensées, et l’idée de la décevoir faisait d’elle une petite fille tourmentée qui cherchait des réponses à des questions stupides.

Une fois entrée dans les Cavernes, elle s’était sentie… désemparée. L’immensité des lieux la submergea de toutes parts, tout autant que le regard dédaigneux de la majestueuse Reine Incarnate Lye’Den lui avait adressée. Vilde n’avait même pas oser jeter un œil aux œufs blancs nacrés encore immobiles, de peur de… voilà, justement, ça y était, elle avait peur. Peur d’échouer. Peur de navrer sa Maîtresse. Peur de rester seule, comme elle l’avait presque toujours été. Et ces regards lourds que lui lançait l’assemblée, tout comme à les autres Aspirants d’ailleurs. Elle eut un sourire fin et discret : parmi les élèves présents, deux étaient les plus toisés, Anàrion Arkalin, le fils illégitime du Seigneur, assez mal-vu dirons nous, et elle-même. Certains susurraient à l’oreille de leurs compagnons des choses bien outrageuses sur le jeune homme aux cheveux de la teinte des pétales des coquelicots, tandis que lui se contentait de regarder droit devant lui, préférant ignorer des propos qu’il avait bien trop entendu.
La Neishaane l’avait longuement détaillé, prenant en compte qu’il s’agissait – il fallait l’avouer – d’un bel homme, malgré son sang croisé et les représailles encourues. Il semblait cependant aussi froid que Vilde elle-même, malgré ses aspects « chaleureux » de Fëalocë. Ils ne s’échangèrent aucun mot pour le moment, ils se rencontrèrent dans un regard à la fois gêné et curieux, comme deux personnalités célèbres qui se retrouvent au hasard d’un détour. Vilde ne comprenait pas vraiment. Outre le fait que sa chère Maîtresse était en haut du classement de la dureté. Et elle en avait fait les frais, notre jeune Neishaane… Être l’Aspirante de la Dame Verte avait ses avantages, elle semblait… rejetée. Tant mieux, elle préférait cela, être exclue du lot, tant est si bien qu’elle ne connaît quasiment personne de son gré, seulement par Ioana.
Vilde frémit. Les opales des Dragons présents posées sur elle lui faisait encore plus d’effet, et la chose augmentait au fur et à mesure du temps. Serait-elle dénigrée à ce point par sa Liée ? Serait-ce si dérangeant ? Elle se mordit la lèvre inférieure, reportant son attention sur les précieuses enveloppes de blanc doux et totalement lisses qui rappelaient les perles. La tension grimpa en flèche lorsque le Chant s’éleva… Ses omoplates, serrées par un corset, devinèrent une caresse de vent froid les parcourir. Vilde fixait les œufs désormais frémissants de ses iris améthystes, elle sentit l’Hymne s’évanouir de ses oreilles, elle ne voyait plus que ça, que les coquilles blanches qui se fendaient, son cœur battait, si bien qu’elle cru sentir ses artères se décrocher, qu’il s’expulserait de sa poitrine. Doucement, les frêles créatures quittaient leur enveloppe de nacre et cherchaient celui ou celle avec qui elles devraient finir leur vie. Des murmures s’élevèrent lorsqu’un tout jeune Bronze se rendit aux pieds d’Anàrion qui n’osait le prendre dans ses bras.
Alors, c’était ça, cette torture dont on lui avait parlé si souvent ? L’attente ?
Oui. Vilde observait les deux derniers œufs avec angoisse… il restait trois aspirantes : un Elfe aux cheveux noirs et d’élégante allure, une jeune humaine à la crinière blonde et la Neishaane.
Un dragonneau blanc jaillit de sa coquille et se précipita à lui. Horrible. C’était le mot juste pour la situation. Vilde adressa un regard haineux à sa camarade candidate, qui lui rendit un sourire moqueur. Et cette attente, languissante attente. Déjà, les Maîtres se demandaient si l’œuf n’avait « pas survécu ». Lye’Den dardait son dernier œuf avec inquiétude. Le blanc immaculé se fendit d’un seul coup d’un seul, laissant enfin respirer une magnifique petite Bleue… qui penchait légèrement la tête, hésitant entre l’humaine et la Neishaane.
Lye’Den fit un dernier regard apaisant à sa progéniture avant que celle-ci ne vienne, d’un pas hésitant, se jeter dans les jambes de l’une des deux jeunes filles. L’autre, dépitée, partit rapidement, laissant une Vilde attendrie pour la première fois, portant avec douceur cette petite merveille aussi sombre qu’une nuit d’hiver.

* Crimeth, un énième flocon dans ta vie. *

***

Ce si bon souvenir… Elle en fut tirée par une demande de sa Liée, justement.

* Tu le connais lui, là, aux oreilles pointues et aux yeux similaires aux tiens ? *

La Murmure ne répondit pas à sa Dragonne, jetant un regard glacial à celui qui tentait de l’apercevoir, avant qu’un « C’est le fameux Maître Quilaïn » ne soit prononcé par sa Liée. Elle tenta de l’apercevoir, en vain, il avait disparu de son champ de vision.
D’autres nombreuses autres personnes remarquèrent sa présence : ce très cher Denwall Rozen Dehar’Shal, un Torhil avec qui elle s’était plus ou moins liée, subjuguée par la personne en elle-même. Il semblait assez peu serein… ; Ohiro Maïtera … elle eut un merveilleux et rare sourire. Etait-ce véritablement la plume qu’elle lui avait offert au Bal ? Par Flarmya, qu’elle fantaisie ! Vilde secoua négativement la tête en souriant légèrement à la vue de ce drôle, sujet sur lequel elle et sa Liée s’étaient « disputées », l’une ayant rencontré Ohiro, l’autre Osake ; Par suite, vint s’ajouter un humble signe de reconnaissance de cette merveilleuse Elfe aux iris d’émeraude à qui elle avait eu la bonté de laisser la vie. Pourquoi ? La Neishaane ne savait pas non-plus… Isathiel Melraë s’était vue bien handicapée après leur combat dans la fosse, mais n’avait pas sembler vouer une haine immédiate et sans faille à son adversaire.

Curieuse, elle regardait les membres présents sur les balcons autour d'elle et fut dérangée – pas forcément négativement - par la présence d’une femme aux cheveux blancs et aux traits purs… Elle pensa à celle qui avait chanté en l’honneur de Flarmya au Bal et se dit qu’il était fort probable qu’elles ne soient qu’une seule personne. D’autant plus, une Neishaane. Une Neishaane qu’elle avait déjà croisé en dehors du Kaerl, il y a longtemps désormais. Cette pureté pâle vêtue de noir allait à Vaendark, tandis que Vilde quittait le continent… Elle prendrait soin de s’adresser à elle, avant de se rendre compte qu’il s’agissait tout de même de la Seconde du Kaerl… Elle préféra ne pas se concentrer sur le problème maintenant et écouta son discours.
Son actuel aspirant se tenait.. ah ! Non loin de ce cher Quilaïn, qu’elle détailla d’où elle était, faisant de même avec la jeune fille aux cheveux similaires à ceux d’Azalam, qu’elle avait entraîné ici sans qu’il y prêta une grande réticence.
Un homme aux cheveux d’argent de la même longueur que les siens, et au visage découpé de façon sévère attira particulièrement son attention : Martel Dehlekna. Elle ne l’aimait pas, elle ne l’avait jamais aimé, sans aucune raison apparente. En revanche, d’après les rumeurs, elle lui ressemblait et marchait dans ses traces. Peu plausible. Ioana non-plus n’avait pas compris les ressentiments de l’aspirante, qui lui avait rétorqué quelque chose ressemblant à « J’ai une mauvaise intuition de lui. » Peut-être également le fait qu’il utilise Anàrion comme un pantin à son avantage la gênait, après tout, il était son « frère d’Empreinte ». Elle considéra brièvement un homme qui lui ressemblait – pour ne pas dire trait par trait – et qui avait pris place à côté de lui. Eléderkan Garaldhorf, lui semblait-il. Elle le découvrait et fit une mine désintéressée.
Et, bien évidemment : Jahl’Reai…
Ses dents grincèrent à la simple idée de penser à son nom. Lorsqu’il croisa momentanément son regard, elle le snoba royalement, presque dégoûtée de sa personne. Le pire était qu’il lui avait fait des excuses pour avoir attenté à sa personne… excuses qu’elle n’a jamais trouvé. Le malheur était bien là. Qu’il se lie, qu’elle soit débarrassée et point. Elle se renfrogna, l’air boudeuse peut-être, mais plutôt noyée d’amertume intérieurement.

Les œufs éclorent et les nouveaux-nés se rendaient déjà au près de leur Lié respectif : Une merveilleuse petite Verte pour Ohiro – ou son double – ; un malicieux Bronze pour le mystérieux Torhil ; et … deux Liées pour une seule personne… Annah ? Elle ne l’avait jamais rencontrée, des dires, de simples dires. Pleine de dédain et d’orgueil, avait-on marmonné. Une pauvre Blanche fut devancée par une – déjà bien – hargneuse Incarnate… Quel prestige !

* Dis tout de suite qu’une vulgaire Bleue ne te plaît pas ! *

* Je ne répondrai rien à ton ironie, Crimeth. *


La « fille aux allures de princesse comme Vilde les détestait tant » promettait déjà à un bel avenir… Et après cela ? Vilde se retint à la fois de pleurer et de rire… Qui n’était pas Lié ? Son Aspirant… Un dégoût encore plus fort la saisit à la gorge. Elle n’attendit pas et demanda à Crimeth de la déposer plus bas. Une fois sur les Sables, elle se rendit d'un pas pressé jusqu'aux devants de Jahl'Reai. Elle le regarda directement dans les yeux, lui faisant face, une tête de moins en taille. Sa main pâle et fine se posa sur la joue de celui-ci, presque tendrement :

« Qu’est-ce que ça fait d’échouer, Jahl ? Qu’est-ce que ça fait d’être un raté ? »

Elle n’attendit pas la réponse, lui tourna le dos et fut surprise des regards que nombreux lui avaient lancée.

« Oui, je suis la Maîtresse d’un recalé. » Et elle s’inclina, comme une forme de provocation explicite. Elle savait pertinemment que sa réputation empirerait après cela – si c’était possible.

D’un pas assuré, elle se dirigeait vers Isathiel…
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MessageSujet: Re: V1 - [RP] Vers une nouvelle ère ...   Lun 2 Sep 2013 - 18:00

Posté par Annah Innd'velyn

Le discours d'Eirlys, bien qu'il fut indubitablement adressé à l'ensemble du kaërl, et non simplement prononcé pour son seul bénéfice, rasséréna Annah, la replongeant dans un univers où consensus et convenances réglaient le monde, et où la solennité et l'usage dictaient la conduite des uns et des autres. Annah était aspirante. Elle se lierait, ou non. Tout se limitait à cela, elle n'aurait qu'à agir en conséquence, jouant son rôle avec grâce, appliquant les préceptes qu'on lui avait inculqué. Attendre. Tendre son esprit vers son lié et énoncer son nom à haute et intelligible voix, voilà qui n'était pas si compliqué.

Un silence de circonstance envahit la caverne, telle une brume intangible figeant le temps et l'espace. La Fëalocë eut le curieux sentiment que si elle avait risqué un pas sur les sables elle se serait égarée. Un crissement caractéristique la tira de ses étranges interrogations et, captivé, son regard se riva sur les coquilles branlantes. Sans se soucier de l'expectative dont ils étaient l'objet, les œufs se balançaient, certains une vélocité déconcertante, d'autres avec une lenteur obséquieuse. Une coquille se brisa pour libérer une Verte, une autre sur une blanche, telles des fleurs s'épanouissant sous la rosée du matin. La première évoquait la douceur printanière des premières feuilles, la seconde les pétales voluptueux d'un iris, et sa blancheur veloutée délicatement irisée ne manqua pas de capturer le regard avide de la Fëalocë, brillant plus que jamais d'une brûlante curiosité.

Elle eut un regard pour la coquille imposante qui s'agitait encore, mais bien vite ses yeux revinrent à l'étonnante dragonne blanche. Ainsi que nombre de ses camarades d'Empreinte, certainement, elle s'était abreuvée des récits des chevaliers et des maîtres dragons, et pourtant rien ne l'avait préparé à ça. D'une taille bien moindre que leurs aînés, les dragons justes éclos arpentaient les sables d'un pas chancelant, en un spectacle aussi saisissant qu'attendrissant. Car malgré leur faiblesse apparente, elle n'aurait pas dédaigné leur capacité à éventrer un bipède de leurs griffes, la chair cédant sous la corne effilée avec plus de facilité qu'une étoffe par un fil effiloché.

La dragonne verte déambula, et passa sous le nez d'Annah sans même lui adresser un regard, à son grand désarroi. Elle avait été si proche qu'elle aurait pu la toucher, sentir la fraîcheur des écailles se dérobant à son contact, tel un poisson filant se cacher entre deux pierres. Une dragonne bleue attira son regard, mais à peine l'eut-elle remarquée qu'elle dama le pion à la Verte pour rejoindre une aspirante radieuse, et avec elle s'envola, l'éventualité pour la Fëalocë de se lier à une dragonne arborant la puissance du fond intangible des mers. Le feulement désarçonné de la Verte l'affecta, écho de sa solitude, mais doléances n'étaient pas en ce jour l'apanage des aspirants, et il leur faudrait faire contre mauvaise fortune bon cœur, si nul ne venait pour eux. Une pointe de jalousie la titilla néanmoins, lorsqu'elle vit la Verte se jeter avec ravissement sur Ohiro, choix qui la laissa pour le moins perplexe, d'après l'aperçu qu'elle avait pu avoir de la voracité de ses appétits charnels.

Sans plus attendre, les yeux de la Fëalocë, braises et de cendres mêlées, couvèrent d'un regard aimant la dragonne blanche dans sa digne avancée. Un frémissement infime la gagna lorsque leurs prunelles se croisèrent. Quelle joie elle se serait faite d'accueillir dans ses bras cette frêle créature, de lui offrir la protection et l'affection dont elle aurait besoin jusqu'au jour où, resplendissante, ses écailles blanches relevées comme d'un léger soupçon de violine, elles dévoreraient toutes deux le ciel, dans un vol plus formidable encore que celui qu'elle avait partagé avec le lié d'Elswyn. Elle se surprit à espérer que peut-être...

Et les espoirs d'Annah furent impitoyablement piétinés et hachés par l'arrivée inopportune d'une Incarnate odieuse, tels autant de fripes désuètes envoyées aux rebuts. La Fëalocë étouffa un hoquet d'indignation. La dragonne avançait sans fléchir, bousculant sans vergogne tous ceux qui avaient le malheur de se trouver sur son chemin, apparemment fortement contrariée de croiser résistance. Mue par instinct, la Fëalocë eut un mouvement de recul, craignant elle aussi d'être de ceux que la dragonne, ses ailes sanglantes résolument plaquées contre son corps renverserait sur son passage. Lorsqu'elle perçut la sottise de sa réaction, elle rattrapa son pas en une feinte révérence, et si elle trompa les spectateurs de cette scène singulière, elle eut la détestable impression que la dragonne raillait sa maladresse, l'amusement se lisant dans ses yeux d'ambre placide.

Aussi Annah attendit-elle, se mordant la langue pour rester de marbre, que la dragonne la toise et la rejette à son tour, et qu'elle puisse enfin porter secours à la Blanche, qu'elle devinait blessée au glapissement que lui avait arraché l'indélicatesse de l'Incarnate. Au lieu de quoi, la dragonne aux écailles d'un écarlate profond se campa résolument à ses pieds, tête dressée, allant même jusqu'à faire jouer ses ailes autour d'elle, pour en laisser admirer l'envergure. Allons donc, elle croyait l'impressionner.

Annah retint un éclat de rire, et les yeux de la dragonne arborèrent la teinte exacte de ses écailles, à la stupéfaction d'Annah. C'était comme si...

La dragonne s'agita, impatiente, avant de glisser un regard d'un vert très pâle à la Fëalocë, tel un animal qu'on appâte avec une friandise. Revinrent en mémoire à cet instant précis tous les discours des maîtres et chevaliers, Martel, Eirlys, Elswyn, comme si leurs belles paroles s'étaient tenues jusqu'alors tapies aux limites de sa conscience. Leurs propos émus sur la symbiose incroyable que scellait l'Empreinte, sur les portes qu'ouvraient le lien, tant par la puissance des dragons que par la confiance née de cette compréhension innée de l'autre, plus prodigieuses que les trésors de richesse que déployait une fois ouverte la malle à vêtements d'Annah, tout cela lui revint de plein fouet, et elle le ressentit comme une gifle implacable. Mensonge. Elle ne s'était pas liée, elle n'avait pas trouvé de moitié, cette dragonne... cette chose lui avait arraché une partie de son âme, l'avait dépouillée du choix qui lui appartenait. Sans les milliers de paires d'yeux que recelaient le kaerl, elle aurait battu en retraite.

Il lui semblait que la dragonne partageait son irritation, et pourtant ses yeux scintillaient d'une douceur céruléenne, celle d'un ciel au beau fixe.

°Ne sois pas effrayée, Fëalocë.° roucoula-t-elle, osant un pas vers dans une démarche lascive, les muscles roulant sous les écailles, mosaïque agencée à la perfection, dans des camaïeux d'un rouge profond, allant de la teinte délicate d'une goutte de sang née à fleur de peau à celle sombre et lugubre d'une effusion mortelle, selon la fantaisie que prenait les lumières lointaines et mouvantes à éclairer la scène.

°Je n'ai pas peur de toi.°
répondit Annah, et elle aurait juré que les yeux de l'Incarnate s'était imperceptiblement assombris.

La petite dragonne changea de tactique, et darda sur Annah un regard envoûtant, d'une couleur indéfinissable sans recourir à moins de trois couleurs.
°Je serais ta fierté, ta gloire.° susurra la dragonne, avançant d'un amble altier en tournant autour de la Fëalocë, ses griffes juvéniles étincelant sur les grains de quartz poli.

°Mon esclavage. Ma perte.° riposta la Fëalocë, tandis qu'elle se remémorait douloureusement, les questions sur l'Empreinte qu'avait laissé sans réponse Elswyn.

°Ton soleil, ton foyer.°
poursuivit la dragonne sans se laisser démonter.
Hypnotisée, Annah suivait le moindre de ses mouvements, tandis que d'un regard acéré elle faisait revoir ses prétentions à une Verte aux teintes étranges, ou une Bleue peut-être, Annah n'aurait pas su le dire, et de toute manière, elle avait d'autres chats à fouetter que de tergiverser sur des interrogations chromatiques.

°L'astre qui éclipsera les froides flammes de mon ascendance. L'ombre dans laquelle je serais à jamais condamnée de me tenir.° rétorqua-t-elle, acerbe.

Depuis sa plus tendre enfance, elle avait lutté pour une once de reconnaissance. Née gracieuse et bien nantie, on tenait respect à son père pour sa bonne éducation, à sa mère pour son physique avenant, quand on ne lui reprochait pas purement et simplement de l'avoir emporté dans la tombe. Le fruit de ses talentueuses négociations revenait toujours à son père, quand bien même il était alité et incapable de s'extraire de sa chambre qu'il gardait jour et nuit, et n'était plus en état que d'ânonner des bribes de phrases inintelligibles. Son époux ne l'avait estimée que pour sa fortune, il ne valait en cela pas mieux que Martel, qui n'avait vu en elle qu'une pouliche avec une selle d'or. La palme revenait peut-être à Eirlys, car bien qu'elle eut pu comprendre la détestable situation de la Fëalocë, elle l'avait toujours vu comme un jouet de Martel et rien de plus. L'amertume la saisit en même temps que la frappa l'évidence. Elle ne serait jamais Annah. Annah Innd'velyn, digne héritière de son illustre maison. Elle se demanda s'il subsistait une seule personne dans le kaerl à même d'écrire son nom.

°On ne me connaîtra que par toi, ne me respectera que par ton nom. Je serais la "liée de la Reine Incarnate"!° se désola Annah.

La teinte seule des yeux de la dragonne trahissait quel honneur incommensurable aurait dû être pour Annah que de l'avoir pour liée.
°Petite impertinente! Sais-tu combien tuerait pour cet insigne privilège?°
Après le regard furibond que lui lança la dragonne, Annah admit qu'il devait exister plus de teintes de rouge qu'elle n'en connaissait.

Pourtant elle ne flancha pas devant cette invective, telle une lance fondant vers son âme et s'en saisit au vol. Annah était de celles qui ne rechignent pas à tuer pour parvenir à leurs fins. Le poignard plaqué contre sa cuisse la picota légèrement, comme si brusquement l'acier affamé n'était plus sa place. Si elle tirait l'arme au clair et tuait la dragonne, il y avait fort à parier qu'elle ne se lierait plus jamais. Il n'était plus ici question de noces fallacieuses, qui se répètent à loisir pour peu que l'un des époux ait laissé son corps à la terre ou la mer. Jamais il n'avait été question de seconde chance. Mais cela n'avait pas d'importance, Annah n'avait jamais tant craint la solitude que l'aliénation. Une fois libre, elle fuirait pour Orën, si le temps lui en était donné.

~°~

Vrillée par le regard incandescent de l'Incarnate, sa tête lui parut plus lourde que jamais lorsqu'elle se baissa pour attraper son poignard. Leurs regards se cherchaient, se jaugeaient, comme si elles avaient voulu se copier l'une l'autre, s'inspirer de la colère de leur liée pour la retourner contre elle. L'acier jaillit, étincelle blafarde au milieu des lumières qui dansèrent, tel un ballet de lucioles, incapable qu'était la Fëalocë de discerner les halos des torches et les visages lointains qu'elles nimbaient de lumière. Concentrée sur sa tâche, n'existait plus pour elle que le gouffre sanglant des prunelles de la dragonne, et le seul son qu'elle perçut fut celui, aigu et plaintif, de la lame perforant les écailles encore tendres pour déchirer muscles et viscères dans un écœurant bruit de succion. Par flots, le sang s'écoula de la plaie, ne laissant plus qu'une épave sans vie aux pieds d'Annah. Les yeux morts la fixaient, accusateurs et peinés, figés à jamais sur ce reproche muet. Les membres du cadavre s'étaient raidis, livides et sanguinolents, et maintenant que toute vie l'avait quitté, la dragonne lui évoquait celle de son rêve, blanche et glacée.

S'effondrant à genoux auprès de celle qui aurait dès lors dû partager son existence, Annah serra contre elle la dragonne en sanglotant, berçant la pauvre créature dans son dernier sommeil. Les larmes brillèrent, lavant le sang qui maculait les blanches écailles, révélant un reflet rosé qui capturait la lumière dans de délicieuses irisations. Annah resta interdite, le cœur perclus de douleur. La Blanche entre ses bras était bien plus petite que l'Incarnate, comment avait-elle pu se tromper de la sorte. La dragonne lui glissa des mains et elle fit un bond en arrière, horrifiée, et manqua de peu de se briser la nuque. Car tout autour d'elle se dressait un mur hostile de dragons aux couleurs sombres. Gigantesques, respirant l'animosité, scandant un grondement donc elle ne comprenait pas le sens, mais que leurs yeux écarlates retranscrivaient à merveille. Terrorisée Annah tournoyait inutilement, cherchant une issue pour leur échapper, tel le fauve pris dans un piège dont il ne s'extraira jamais, le ciel raillant sa perte, lui laissant entrevoir une dernière fois le ciel. L'écho d'un rire terrifiant glaça le sang d'Annah. Ce n'était pas tant un rire que sa parfaite parodie. Grinçant et crissant, l'éclat humiliait la joie même des bipèdes, le bonheur qu'ils chérissaient dans leur fugace existence, et tout ce qu'il prenait la peine d'apprécier en ce monde, il le mettait à nu pour mieux le démentir. Annah n'eut pas besoin de voir l'Incarnate pour savoir qui assiégeait ses pensées.
 
~°~

°Non, tu ne me tueras pas.°
énonça calmement la dragonne, sur le ton patient de qui entend inculquer un semblant de savoir vivre à une fillette indisciplinée.

Fichée sur son ventre, confortablement installée sur le satin rouge et or, la dragonne la fixait d'un oeil inquisiteur, où se disputait moquerie et avertissement.

Il fallut quelques instants à la Fëalocë pour trier ses souvenirs. La dragonne ne s'était pas contentée de se pencher sur le fil tumultueux de ses pensées. Non, elle l'avait tout bonnement arraché, et telle une marionnette aux fils brisés, la fëalocë avait sombré au sol, sa conscience brusquement étiolée. Annah s'empourpra de honte, et se redressa avec dignité, bien que sa chute eut certainement été des plus pathétiques.

°Et ma fierté, dans tout ça?°
persifla Annah.

La dragonne dansa d'un pied sur l'autre, vexée de s'être fait prendre à son propre jeu.
°Tu n'as pas réfléchi à ce que signifiait exposer une lame en ces lieux. Je n'ai pas envie d'être seule... Pas encore.° précisa-t-elle avec un sourire carnassier.

°Tu aimes les faibles Annah, mais tu finis toujours par les tuer. Tu te délectes de tes pions jusqu'au jour où tu les brises. Grandis Annah, l'Empreinte n'est pas un caprice d'enfant. Je suis la seule à pouvoir te résister, et je suis née pour toi.°


°Non.°
protesta Annah indignée, d'un de ces "non" qui veulaient dire "oui" mais que l'hypocrisie ou la honte entendaient camoufler.

La dragonne ne s'y trompa pas, et Annah rougit de nouveau, de ne pouvoir se détourner de ce regard hypnotique.

°Ce malgré quoi...°
poursuivit la dragonne, sur le même ton charmeur.

°Malgré quoi?°

La dragonne se délecta d'avoir captivé son attention. Et ne répondit pas, savourant la frustration de sa liée, et la supériorité que le savoir lui conférait.

°Ne veux-tu pas savoir mon nom?°

°Si tu veux que nous soyons liées, officiellement j'entends, il faudra bien que tu me le donnes.° soupira Annah, qui n'avait jamais fait grand mystère des appellations, ou des pouvoirs mystiques qu'on leur donnait soi-disant.

°Je n'en ai cure. Mais si tu entends accéder au privilège d'être la liée d'une prodigieuse Incarnate, il faudra bien que tu me le demandes.°


A son grand dam, sa défaillance n'était pas passée inaperçue, et elle avait conscience d'avoir dépassé le délai imparti pour se lier, quand bien même quelques dragons restaient encore en lice. Humiliée, elle en vint même à regretter de n'avoir pas réellement tué la Blanche, mais demeurait consciente que ce n'était pas là, le spectacle attendu.

°Moi aussi, je regrette, moi aussi.°
chuchota la dragonne, laconique, faisant jouer ses griffes sur le sable comme dépeçant quelque invisible adversaire.

°Quel est ton nom?°
se résigna la Fëalocë.
Annah avait toujours été affable et courtoise, ce n'était pas de s'incliner devant les vœux de la dragonne qui la dérangeait, mais le plaisir manifeste et malsain que celle-ci y trouvait.

°Veovis.°
répondit la dragonne, avec un plaisir non dissimulé.

Et l'Incarnate jaillit dans ses bras, exposant à tous la vision fugitive de ses ailes flamboyantes, puis reployant dignement ses ailes pour se lover contre sa liée.

"Veovis." répéta Annah d'une voix claire, que fit trembler l'émotion qu'elle prétendait ne pas ressentir.

Elle retint un cri lorsque les griffes de la dragonne labourèrent la paume de sa main, le sang affleurant à ses doigts comme l'eau vive naissant d'une source souterraine. Annah ne lâcha pas sa liée, ses yeux hantés d'une question silencieuse brillant de douleur. La Fëalocë serra les doigts pour contenir tant le sang que la douleur. Elle s'était bien assez ridiculisée pour ne pas se permettre le privilège d'une plainte.

°Pour que tu te souviennes.°
se justifia effrontément Veovis, face à sa liée offusquée.

°Me souvienne de quoi?° lâcha Annah, exaspérée, consciente de tresser la corde qui la pendrait.

°Ce malgré quoi...°


°Malgré quoi?°
répéta la Fëalocë, agacée.

°Je serais ta seule faiblesse.°

D'un grognement furieux, l'Incarnate fit détaler la petite blanche qui s'était approchée de la scène curieuse.  Elle trébucha contre les pieds d'Annah, glissant sur les grains poisseux du sang de la Fëalocë, la fraîcheur de son corps frêle réveillant le souvenir du rêve qui déjà s'effaçait. Veovis fit jouer sa mâchoire, mâchonnant le néant pour laisser entrevoir ses crocs menaçants, et Annah eut une vague idée, de ce qu'il adviendrait désormais de ses autres "faiblesses".
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MessageSujet: Re: V1 - [RP] Vers une nouvelle ère ...   Lun 2 Sep 2013 - 18:01

Posté par Denwall Dehar'shal

Dés lors qu'il eut rouvert les yeux après le chant des dragons, Denwall eut visiblement l'air de ne plus faire partie du même monde. Ignorant ostensiblement ce qui l'entourait, jusqu'au discours de sa Maîtresse auquel il ne porta qu'une oreille semi attentive, les yeux du Torhil fixaient intensément les œufs. Il les regardait vibrer de vie, remuer à l'occasion sous le coup d'un dragonneau éveillé par l'appel de ses aînés. Sous une de ces coquilles se trouvait celui avec qui il aurait l'insigne honneur de partager le reste de son existence, il le savait. Il le sentait.
Les prunelles d'or se tournaient tour à tour vers chacun des œufs en quête d'une intuition, d'un signe, mais rien ne vint. Rien d'autre qu'un vague agacement en raison du bruit de l'assistance, derrière et autour de lui, parlant vivement entre eux en réponse au discours de la Seconde du Kaerl. Quand ils se turent – enfin – et que les premiers craquements de coquille firent écho, ce qu'il restait d'anxiété tomba net. Comme si des vannes avaient été ouverte, toute tension fuit le corps de l'aspirant, ne lui laissant que l'instant présent. Il en oublia les autres candidats autour de lui, les gens amassés derrières et sur les balcons, tout le monde. Les ténèbres auraient aussi bien pu se rassembler autour de la scène et ne laisser que lui et les œufs, cela aurait eut le même résultat.

Le premier museau brisant sa coquille fit naître, dans la poitrine du colosse, un sentiment qu'il ne connaissait pas. Ce simple petit détail lui semblait plus beau que tout ce qu'il lui avait été donné de voir jusqu'alors, battait n'importe quel coucher ou lever de soleil, n'importe quel paysage enchanteur, n'importe quel chant hypnotique.
Rien, il le su alors, je dépassait la beauté de la naissance d'un être d'une telle perfection.

Tour à tour, les jeunes dragons sortirent de la prison de leur naissance. Une verte, une blanche, une aussi rouge que sa mère, une bleue et un bronze qui, lui, mit plus de temps à sortir. Petit à petit, alors que ses deux billes d'or passaient d'un petit à l'autre, le masque de Denwall s'effrita. Son air fermé, neutre et imperturbable laissait un peu plus voir, à chaque seconde qui passait, son admiration et ses émotions. À chaque dragonneau qu'il regardait, l'une d'elle dominait.
La curiosité l'emportait quand il regardait la petite Incarnate au caractère apparemment déjà bien trempé.
Le même air scrutateur quand il regarda la Verte, examinant chaque candidat.
L'air vaguement impressionné quand il vit l'assurance de la Bleue à choisir sa partenaire.
La peine quand il vit le traitement que la petite Blanche avait subit de la part de sa sœur rouge, malmenée sans ménagement pour qu'elle ne lui vola pas sa liée.
L'étonnement en voyant le bronze faire les cent pas devant Jahl – ah, oui, il était là aussi, lui. Celui qu'il avait, par un transfert mental involontaire de la part de Vilde, vu juché sur cette dernière à tenter de l'étrangler.

L'effarement, la peur et la peine se disputèrent son visage alors, quand il constata, les yeux agrandis, tout en regardant autour de lui, qu'il ne restait aucun autre jeune dragon. Avait-il échoué ? N'avait-il pas été choisit, lui dont le cœur brûlait aussi ardemment que le souffle d'un dragon à l'idée de se voir accorder l'honneur de prendre soin de l'un des leur ? Lui qui avait passé des années à espérer, et qui s'était donné à fond depuis son arrivé au Kaerl pour mériter d'être lié ? Comment tout ses efforts, tout ses sacrifices, pouvaient-ils être vains ?

Un choc contre ses genoux le ramena à la réalité et lui fit baisser les yeux. Le petit Bronze n'avait pas ménagé sa force et, si le colosse n'avait pas été aussi solide, il aurait probablement ployé sous le coup. Leurs yeux se croisèrent presque immédiatement, alors que le jeune dragon s'asseyait tranquillement et que le Torhil essayait de comprendre. Un instant plus tôt, il avait vu ce petit tourner autour de Jahl, et maintenant...

* Je suis Dalkeith. Souviens-t'en. J'en ai marre de marcher, et j'ai faim. *

Un coup d'œil à l'odieux homme autour duquel le dragonneau tournait quelques secondes plus tôt, puis plongeant de nouveau son regard dans celui du petit Bronze, Den fût lentement affranchit de ses doutes et de ses peurs. Il n'avait pas été recalé, n'était pas passé à côté de l'honneur qu'il attendait. Un simple contretemps, une frayeur passagère, rien de plus. Et pourtant, quelque chose d'autre prenait presque toute la place dans son esprit et son propre cœur. Un sentiment étrange, inconnu, comme s'il avait retrouvé quelque chose de trop longtemps perdu ou, à défaut, avait comblé un manque. Il se sentait...

« Entier... »

Le mot avait traversé ses lèvres dans un souffle, un murmure à peine audible sinon par le petit être auprès duquel il s'était, il en prenait à peine conscience, mit à genoux. Il y avait autre chose. Il pleurait. Denwall Rozen Dehar'shal, le colosse, le Torhil qui avait, auprès de nombre d'aspirants, obtenu une réputation de bloc de pierre indomptable, indompté et sans la moindre parcelle de sentiment ou de pitié, était contre toute attente logique en train de pleurer. Pas bruyamment, sans reniflement ni sursaut de sa respiration, rien de tout cela. Non, les larmes coulaient, simplement, le long de ses joues.
Tout cela lui paraissait si beau, si diamétralement magnifique comparé à ce qu'avait été son enfance, qu'il avait l'impression de gagner une faveur divine sans s'y être attendu. Ce petit être, si parfait mais pourtant si chétif pour l'instant, avait choisit de se placer sous sa garde, à lui et lui seul, de ne faire qu'un avec lui, et partager sa vie et son âme avec lui.
La maigre éducation de Den ne lui donnait aucun mot pour signifier ce qu'il ressentait.

Alors qu'il descendait son avant-bras à hauteur du dragonneau – qui lui semblait d'ailleurs plus petit que ceux des autres aspirants, ce qui devait probablement tenir à ses propres dimensions supérieures aux leurs, puisqu'il était né Torhil – ce dernier s'installa comme un roi sur son trône. Dans le même temps, d'un revers de manche, le colosse sécha son visage. Il ne savait même pas qu'il était resté de longues, longues secondes à regarder son lié ainsi, sans que ce dernier ne dise rien. Il avait beau être jeune, le petit Bronze n'en avait pas moins eut assez de jugeote pour comprendre la puissance des émotions de celui qu'il avait choisit et pour le laisser les éprouver sans trop le presser. Même s'il avait faim...

Le visage sec, son lié allongé comme un pacha sur son bras, Denwall se releva et se tourna vers Jahl, dont la maîtresse – Vilde elle-même – venait de s'éloigner après lui avoir lancé une pique qu'il jugea magistrale et avoir invité l'assistance à oser lui faire un seul commentaire. Quand leur regard se croisèrent, le Torhil prit conscience de la réalité qu'il avait jusque là occulté : cet homme se retrouvait le seul sans lié, le seul à avoir été dédaigné par les jeunes dragons. Alors que leurs yeux ne s'étaient pas encore quittés, un large sourire s'étira sur ses lèvres. Un rictus mauvais, à la fois triomphant, suffisant, railleur, moqueur... Den jubilait. Oh ça oui, il jubilait totalement que le petit Bronze se soit détourné de cet être qu'il détestait – sans pour autant le connaître, l'image transmise par Vilde ayant suffit – pour se tourner vers lui. Si des yeux avaient pu s'enflammer spontanément, nul doute que ceux du Torhil l'auraient fait. Il peinait déjà à réprimer une envie d'éclater d'un rire triomphant, voir dément, qui trahirait sa jubilation.
Qui aurait cru à un tel résultat ?

* Qui est-ce ? Et pourquoi le regardes-tu de cette façon ? *
* Un des hommes que je hais le plus, après mon défunt père. *
* Ah ? Pourquoi donc ? *
* Tu vois cette jeune femme, qui s'éloigne de lui ? Celle qui semble toute faite de blanc ? *
* Oui. *
* Il a cherché à la tuer. *


Dalkeith ne répondit pas mais, à part lui, n'en pensait pas moins. Question sentiments, il avait plus de jugeote que son lié et avait déjà comprit que la jalousie reniait dans l'opinion de Denwall envers Jahl.
Den jeta un coup d'œil rapide à sa maîtresse pour la situer. Il ne faudrait pas qu'il tarde à lui présenter son lié. D'une certaine façon, sans elle, il ne serait pas parvenu jusqu'à l'Empreinte et, quand bien même l'identité de son mentor lui était d'une totale absence d'intérêt, il lui devait au moins la reconnaissance de lui avoir permit d'en arriver là. La jugeant trop loin pour l'instant, le colosse se contenta de dépasser Jahl, ralentissant volontairement à sa hauteur sans pouvoir s'empêcher de laisser libre cours à son humeur jubilatoire.

« Pas de chance, hein ? Tu peux considérer ça comme ta récompense pour avoir fait une connerie telle qu'essayer de tuer ta Maîtresse... »

Den avait à grand peine dissimulé un ton moqueur et le dégout que lui inspirait le personnage, même si un peu transparaissait tout de même.
Il reprit sa route, son expression passant de la jubilation malsaine à un simple sourire heureux, et s'éloigna de l'homme pour croiser Vilde avant que celle-ci n'atteigne la personne vers qui elle semblait se diriger. Il la salua d'une de ses habituelles petites inclinaisons, quoique moins marquée puisqu'il tenait son lié, cette fois.

« Dame Vilde. Pardonnez-moi de vous interpeller ainsi, mais je voulais au moins vous saluer correctement et vous présenter mon lié, le jeune Bronze Dalkeith. »

Le concerné leva son cou sinueux, fixa la jeune femme et, d'un mouvement de tête, singea l'inclinaison de son lié comme s'il s'amusait de saluer de la même façon. Dans le fond, c'était le cas. Jeune, uniquement préoccupé par son sommeil, ses repas et la propreté de ses écailles, le petit dragon - aubrun plus que bronze en fait – ne comptait se contentait que du strict minimum en matière de relation sociales, fusse avec des humains et ses frères et sœurs. Du moins pour l'instant.

* Enchanté, Dame. La première discussion entre mon lié et moi portait en partie sur vous. Oh, tant que j'y pense. (Dalkeith planta ses yeux dans ceux de la Neishaane.) Et si vous vous posez la question, votre apprenti, là – Jahl, c'est ça ? - je ne l'ai pas choisit parce qu'il y a quelque chose en lui que je trouve désagréable. Comme s'il y avait un mur, comme s'il cachait quelque chose de malsain, pour un lié... *

Un frisson remonta le dos de Denwall, qui ne s'était pas attendu à ce que le dragonneau soit d'une telle franchise et ait cette tendance à mettre les pieds dans le plat. Au moins s'était-il abstenu d'en dire davantage. Il n'aurait pas voulu que son jeune lié ne froisse, n'énerve ou ne blesse Vilde par trop de mots déplacés. Cependant, il n'en adressa pas moins une légère réprimande à Dalkeith, même si ce dernier avait parlé du ton calme de celui qui donne une simple explication, sans chercher à réprimander ou blesser.

* Enfin, ce n'est que mon avis. *

Les joues rougies d'une gêne devenue évidente – puisqu'il n'avait toujours pas reconstitué son masque habituel, ses émotions se lisaient d'autant plus facilement -, Denwall s'éclaircit la gorge comme s'il voulait par là même mettre fin à l'indélicatesse du jeune Bronze.

« Enfin, je ne vais pas vous retenir plus longtemps, vous sembliez avoir quelqu'un à voir... »

Den marqua de nouveau une petite inclinaison, toujours singé par Dalkeith, mais resta planté là au lieu de s'éloigner, laissant à son interlocutrice le choix entre répondre, que se soit à lui ou au dragonneau, ou poursuivre son chemin, auquel cas le Torhil n'aurait plus qu'à tenter de rejoindre sa maîtresse pour lui présenter son indélicat petit lié, lequel se tourna d'ailleurs brièvement vers lui.

* J'ai faim. *
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MessageSujet: Re: V1 - [RP] Vers une nouvelle ère ...   Lun 2 Sep 2013 - 18:01

Posté par Malleÿn

Assis au milieu des rangs inférieurs dévolus aux aspirants, Malleÿn rongeait son frein. Oh, il n'avait pas été insensible au remue-ménage qui régnait dans le Màr depuis des jours, il avait surpris les jeunes recrues du kaërl chuchoter et pointer des dragons du doigt, se perdant en louange sur le compte d'un lié dont il n'avait pas encore aperçu l'ombre d'une écaille. Les plus jeunes n'avaient sûrement pas connu d'autres vols que celui qui les avait fait gagner la forteresse souterraine, et pourtant, cette certitude le minait jour après jour, ils avaient plus de chance que lui de se lier. Echouant à retrouver un maître pour le prendre sous son aile, l'elfe s'affairait à de menus travaux aux cuisines ou ailleurs, tâchant de gagner son pain sans passer pour une bouche de plus à nourrir, évitant toujours les couloirs qui pourraient le mener à croiser sa mère. Les vastes corridors offraient de nombreuses corniches, des portes condamnées ou d'autres s'ouvrant sur des excavations abandonnées encore jonchées de gravats. Exécutant ses tâches avec une ardeur presque mécanique, il devenait lentement l'ombre de lui-même comme s'il avait été un serpent aux jours de sa mue mais que la conscience avait quitté son corps fluide pour s'ancrer plus durablement sur la peau morte qu'il aurait dû laisser derrière lui.

Il avait vu bien trop peu d'Empreinte que ce que son âge laissait présager, et pourtant, il se sentit griser par l'événement. Que certains des chevaliers ou pire des maîtres soient ses puînées le mortifiait, et il s'engonçait et se rétractait davantage sur son siège de pierre, à chaque fois qu'une silhouette passait à sa portée. Il ne frémissait plus devant les ragots et les railleries, mais il ne s'était pas moins lassé d'en être l'objet. Peut-être aurait-il dû se rendre au temple de Flarmya, le silence ayant été de meilleure compagnie que l'excitation de ses comparses, mais il redoutait qu'un prêtre le voyant là, l'imaginant rendu pour quelque corvée lui confia quelque sale besogne. Et être présent ici assouvissait l'une de ses vengeances secrètes, envers son dernier maître et l'Empreinte qu'il lui avait fait manqué par sincère cruauté. Et si dans ces coquilles frémissantes il y avait un lié pour lui? Sans y croire, Malleÿn s'attacha à contempler la scène, inventoriant qui parmi les prétendants auraient pu se lier à lui, éliminant d'instinct les dragonnes qui se disputaient les aspirantes, ou que les aspirantes se disputaient, il ne savait pas vraiment, tant les lumières de la salle se réfugiaient dans leurs yeux dévorés de curiosité. Il ne prêta pas un regard à la furie flamboyante qui jaillit de son oeuf, mais son cœur se serra lorsqu'il fut avéré qu'un Bronze s'était lié à un Torhil. Un autre lien qu'il n'avait pas vu se former s'était créer entre un Neishaan supposa-t-il à la vue des cheveux blancs d'Ohiro.

Un plaisir malsain l'envahit lorsqu'il vit une maître dragon, à en croire l'insolence de sa démarche, humilier un aspirant, raillant son échec à gorge déployée. L'explication vint d'elle-même lorsque sa vue affutée reconnut Vilde Lordh'Dëmon, et l'aspirant qui avait attenté à ses jours. Ses mésaventures alimentaient les ragots des cuisines, et s'il avait s'agit de véritable chère, on aurait pu dresser un buffet des rumeurs circulant sur la maîtresse bleue. Bien sûr, l'elfe prêtait toujours une oreille méfiantes à ces racontars, sachant que plus une nouvelle était croustillante, plus elle était pérenne, et les prouesses que l'on prêtait parfois à Vilde ou même à Eirlys auraient eu de quoi faire rougir une putain. Ou Quilaïn peut-être, bien que la chose ne se fut certainement pas vu, écarlate qu'il était déjà de la gifle de Darlana. Le maître dragon le laissait songeur, son talent à gagner les cœurs égalant celui qu'il avait à se faire détester.

Quelques dragons erraient toujours. Malleÿn se désintéressa de l'horrible dragonne aux écailles d'un blanc rosé, songeant que le mauvais goût de Flarmya atteignait parfois des sommets. Il ne put s'empêcher de se demander si les dragons par leurs yeux étranges percevaient les couleurs avec la même sensibilité que les bipèdes, si telle n'était pas le cas, peut-être aurait-ce pu expliquer pourquoi il se trouva incapable d'identifier la couleur de la dragonne bleu-vert. La Blanche se lia finalement, ne restait plus que l'étrange créature aux teintes d'algues placides ondulant dans les flots. Malleÿn n'ignorait pas quel était le lot de ceux qui réalisait ces liens inhabituels, les regards impudiques dont ils étaient l'objet n'avait rien pour le séduire. Et pourtant, d'aussi loin qu'il se tenait des sables et de la frêle dragonne, il tendit son esprit vers elle, cherchant un nom par lequel l'appeler sans en connaître aucun.

*Et pourquoi pas moi?*
demanda-t-il plus pour lui que pour elle.

Lorsque la dragonne serait liée ou morte, il n'aurait plus qu'à attendre la fin de son calvaire. Essayer de trouver un maître aussi peut-être. Il raya mentalement Vilde des potentiels candidats, la démonstration de sa sévérité l'avait quelque peu refroidi.
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MessageSujet: Re: V1 - [RP] Vers une nouvelle ère ...   Lun 2 Sep 2013 - 18:02

Posté par Ohiro Maïtera

Comment aurait-il put réellement écouter une chose aussi triviale qu'un discours en cet  instant? Comment, alors que ce qu'il attendait depuis sa rencontre avec Aldera, mais surtout Mieka était sur le point d'arriver? Osake ne pouvait quitter les oeufs des yeux, et il sentait qu'Ohiro était dans le même état que lui. Pendant un bref instant, ce qu'ils craignaient tant tous deux faillit arriver : leur deux âmes se mèlèrent pour ne faire plus qu'une seule, toute à l'attende du moment où, enfin, ils rencontreraient celui avec qui ils vivraient, à jamais. Cela cessa dès que le premier oeuf émit son premier craquement.  

Osake sentit son coeur bondir dans sa poitrine, il lui sembla pret à exploser. De quelle couleur serait celui qui brisait maintenant cette oeuf? Serait-ce celui qui lui était destiné? Ces questions prirent fins lorsque le bout d'un museau blanc fit son apparition. Il fixa son regard dessus, observant comment elle se sortirait de là, voulant l'aider mais n'osant pas le faire. Toute son attention était fixée sur ce nouveau né,qui  aujourd'hui rencontrerait sans nul doute celui qui serait son lié. Comment aurait-il pu en être autrement?


Sans nul doute est-là la raison pour laquelle il ne vit pas venir la petite boule verte, fonçant à toute vitesse dans sa direction. Ce ne fut que grâce à un commentaire d'Ohiro qu'il eut le temps de se retourner pour acueillir la petite dragonne dans ses bras. Elle le fixa, ses yeux brillant d'une intense couleur verte, avant de toucher son nez de son museau et d'éclater d'un rire cristallin, qui résonna dans l'esprit des deux frères. Leur coeur explosa, simultanément, sous l'ensemble des émotions qu'ils ressentaient : joie,contentement, sensation d'être enfin content, et amour pour cette petite, dont ils  ignoraient le nom, mais qu'il savaient ne pouvoir jamais quitter.

Mais il y avait également de l'étonnement. C'était une verte, et il était un homme. Il aurait du avoir un mâle, et non une femelle, malgré tout le bonheur que cette rencontre lui procurait. Comment cela était-il possible?


C'est possible, parce que je t'ai choisi, et que je t'aime. Rien d'autre n'a vraiment d'importance.


Rien d'autre n'a d'importance? Serait-ce vraiment si simple? Comme pour répondre à cette question silencieuse, la dragonnette se roula en boule dans ses bras, se frotta contre lui et ronronna de plus belle. Osake sourit, et se rendit compte qu' après tout, elle avait raison. Homme ou femme, dragon ou dragonne, face au lien qu'il sentait se tisser entre-eux, cela n'importait pas. Qu'aurait-il put souhaiter de plus?

De connaitre mon nom peut-être? intervint la petite, d'une voix amusée.En tout cas, moi je voudrais les votres... Et aussi pourquoi vous êtes deux là dedans. C'est pas franchement courant . Enfin, moi en tout cas, je m'appelle Errya. Serre-moi un peu plus fort s'il te plait.

Osake obtenpéra, tout en prononçant à voix haute le nom qu'elle venait de lui donner, tentant ainsi de transmettre les sentiments qui le traversaient: Errya...

Je me nomme Osake, et lui s'appelle Ohiro.

Salut ma toute belle.

Riho!

Bah quoi? j'lui dis bonjour...


Errya éclata à nouveau de son petit rire cristallin, suivit rapidement par les deux frères. Ils avaient enfin trouvé ce qu'il leur manquait, et étaient enfin complet... Les trois moitiés d'un seul être, enfin réunies. Osake se retourna, pour que tous puissent bien la voir, tout en ne la quittant pas  lui-même des yeux, exeption faite de son bref regard vers les grains, à la recherche de l'apporbation de celui qui occupait une place privilégiée en son coeur.  

Au fait Sake, c'est de TA faute si on a pas un mâle,maintenant que j'y pense...

Je te plait pas alors? Mais moi c'est toi que je veux, et personne d'autre

Mais si, mais si! c'est juste que... Naoooon, rien, c'est bon.

Ohiro, abstient- toi si c'est pour dire des bêtises...

Mais toi tu m'aimes aussi ?

Evidemment. Je n'ai jamais rien aimé tant que toi voyons...

On est train de sombrer dans une mauvaise histoire d'amour là. Si on allait manger plutôt?


Comme quoi, même à trois, certaines choses ne changeront jamais...
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MessageSujet: Re: V1 - [RP] Vers une nouvelle ère ...   Lun 2 Sep 2013 - 18:03

Posté par Galaad Lucis

Il détestait ça, les Empreintes.

Il avait haï son Maître de l’avoir fait venir de force sur les sables chauds, il y avait un an de cela. Il avait traîné les pieds, avec dignité espérait-il, lorsque qu’Eléderkan l’avait amené devant l’entrée des Cavernes Flamboyantes. Il l’avait haï pour l’avoir bousculé par derrière et fait tomber dans la poussière, aux pieds de la somptueuse et redoutable Reine Incarnate Lye’Den, parce qu’il n’avançait pas assez vite. Il l’avait haï pour l’avoir confronté à son destin sans lui demander son avis. Il l’avait haï pour ce jour tant haï.

Et, alors que jaillissait d’un œuf de nacre un dragonneau bronze aux ailes véloces et à l’air fier, il avait haï cette petite créature reptilienne qui l’avait forcé à accomplir sa destinée en se liant avec lui.

° Et bien, mon cher… Que fais-tu là, à te vautrer dans le sable ? ° avait lancé le dragonneau avec une lueur verte dansante dans le regard.

Il avait avancé vers lui d’une démarche certes un peu maladroite à cause de ses grandes ailes encore humides mais avec détermination. Son museau avait été si près du visage du Neishaan qu’il aurait put se perdre dans les profondeurs tourbillonnantes des yeux du dragon. Puis, il avait recouvré subitement sa lucidité. Vexé, il s’était relevé d’un bond, époussetant le sable noir de sa tunique sombre et de sa veste. Il vit son Maître dans les gradins qui le contemplaient avec un sourire narquois et la tête de Thémos, le Bronze puant l’arrogance à plein nez et manquant singulièrement de tact. Cette vue l’enragea. Ils ne pouvaient être témoins de son échec et de son humiliation ! Il se lierait, si telle était la volonté de Flarmya.

° Alors, pourquoi ne dis-tu pas mon nom ? ° avait questionné le Bronze miniature assis devant lui en le couvant d’un regard qui se voulait protecteur mais ressemblait plus à un chat surveillent l’oiseau qui ferait office de son prochain repas.

Le jeune homme se détendit et laissa s’ouvrir sa perception à cette voix masculine qui résonnait mélodieusement à son esprit. Une foule d’images, de sensations, d’émotions, venus du passé, de son passé, l’envahirent jusqu’à ce qu’il tomba à genoux devant le dragonneau. Il était sous son pouvoir, sous sa coupe. Il ne pouvait rien faire pour s’en libérer et, étrangement, ne voulait pas de cette libération. Compatissant à l’effort fourni par son Lié pour ouvrir les portes de son âme et endurer toutes les anciennes blessures du passsé du même coup, il lui révéla son nom par le lien inaltérable qui les unissait désormais.

- Elérion… Tu es Elérion.

Par ce simple fait, il acceptait d’être lié et reconnaissait Elérion comme son Lié, à jamais.



~°~
Galaad secoua la tête pour chasser ses souvenirs. Tel un fantôme, il alla se placer dans les gradins en silence et vint se poster juste derrière Maître Garaldhorf. L’Elfe à la chevelure immaculée lui jeta un regard froid et teinté d’ironie qui réveilla aussitôt son ancienne blessure. Son Empreinte… Dédaignant son Maître et le coup d’œil impassible que lui lançait Thémos par-dessus la tête de son Lié, il reporta son attention sur l’éclosion en cours. Une Verte joyeuse vint se nicher dans les bras d’un Humain. Un Bronze – encore un – buta avec obstination dans les jambes d’un Torhille abasourdi. Une Blanche bien frêle et aux écailles légèrement rosées se fit bousculer sans pitié par une Reine Incarnate de feu qui vint réclamer une Fëalocë vêtue comme une princesse. Une Bleue bondit vers sa Liée un peu plus loin, laissant derrière elle une petite dragonnette mi-bleue mi-verte pour le moins insolite.

Son regard de sang passa dans les rangs des gradins. Il reconnut la Seconde Naeryan, la Neishaane autoritaire et sûre de son pouvoir. Il vit également le célèbre Maître Quilaïn, ce bourreau des cœurs, se prendre une volée mémorable qui lui arracha un sourire méprisant. Et là-bas, il y avait cet Aspirant qui n’avait jamais voulut se lier et changeait de Maître régulièrement. C’est alors que son regard s’attarda sur une autre Neishaane, celle aux yeux d’améthystes, la Maîtresse maudite. Elle proféra des paroles humiliantes à l’encontre de son Aspirant – celui qui avait tenté de la tuer de surcroit – un Humain aux yeux aussi sanglant que ceux de Galaad. C’était étonnant.

Bientôt, il finit par se lasser d’un tel spectacle et entreprit de descendre les gradins, passant à travers les Aspirants non-appelés sur les sables, où il se sentait peu à l’aise pour rejoindre son Lié dans le sable. Elérion le regarda d’un air impénétrable, les yeux opalescents.

° Tu pars déjà ? L’Empreinte n’est pas finie.
Je refuse de rester une minute de plus. Ma place n’est pas ici… Et si nous allions faire un tour, toi et moi ? °



Galaad avait pris une voix enjôleuse pour dissiper son malaise mais son Lié ne fut pas dupe. Trop de souvenirs désagréables résidaient en ces lieux.
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MessageSujet: Re: V1 - [RP] Vers une nouvelle ère ...   Lun 2 Sep 2013 - 18:04

Posté par Isathiel Melraë

Se retrouver pour la première fois de sa vie sur les gradins, et non pas face aux sables d'éclosion, avait quelque chose d'étrange. Cette effervescence qui l'entourait emplissait la grande caverne de manière presque palpable, alors que les oeufs commençaient à éclore, et que chacun semblait parier pour soi même sur la couleur des dragons qui en sortiraient.
Les yeux d'Isathiel allaient respectivement des oeufs aux aspirants, dont elle avait fini par connâitre les noms grâce aux murmures qui circulaient parmi ses comparses. L'elfe de son côté n'était pas véritablement intéressée par tout cela, et n'était venue que par pure politesse, et aussi dans l'espoir de croiser un Quilaïn apparament très débordé en ce moment, et donc indisponible. Son ancien maître n'avait même pas daigné lui accorder un regard, et elle s'en était sentie vexée, à tel point que comme d'autres elle n'avait pas pu s'empêcher de sourire lorsque la maîtresse Darlana lui avait fait cadeau d'une très belle gifle. Voilà qui allait encore encourager de nouveaux ragots à naître.
Mais malgré tout, l'empreinte en elle même ne fût un moment dénué d'intérêt, car Flarmya semblait avoir décidé de jouer quelques tours, en bien ou en mal, aux aspirants présents sur les sables. Elle vit notamment cette petite Incarnate sortir de son oeuf démeusuré en comparaison des autres, comme l'avait été celui de Risranath, puis se frayer un chemin en bousculant ses frères et soeurs jusqu'à une Fëalocë richement vêtue. Une verte avait quand à elle décidé de jeter son dévolu sur, ce qui était suffisament rare pour attirer l'attention de l'elfe, un jeune homme aux cheveux blancs: Ohiro. Le Thoril, Denwall, s'était quand à lui lié à un bronze, et au final presque tous les jeunes dragons avaient trouvés leur âme soeur.
Presque...ce qui ne manqua pas de faire s'élever de nombreux murmures au sein de l'assemblée, car l'un des aspirants était resté seul: le très connu Jahl'Reai. Des murmures, on passa bien vite à quelques exclamations très audibles lorsque Vilde descendit à dos de dragon pour aller "féliciter" elle même son élève pour son échec.
Amusement ou honte ? Que pouvait-il bien s'échapper des lèvres de la Neishaane ? Isathiel n'en savait rien, et ne tarderait sans nul doute pas à le savoir d'ici les prochains jours. Il était difficile de maintenir quelque chose secret au sein de ce vaste endroit qu'était le Kaerl Ardent, d'autant plus lorsque la chose concernée venait de se produire devant une très grande foule.

*Risranath, cette comédie est terminée, allons nous-en.*

Si l'empreinte avait été moins ennuyeuse que ce à quoi l'elfe s'était attendue, elle ne l'avait pas été pour qu'elle juge digne d'intérêt de rester plus longtemps que nécéssaire. Il allait sans doute s'en suivre un nouveau discours, ainsi qu'une cascade de félicitations non gratuites envers certains aspirants. En d'autres termes, des paroles pompeuses dont elle ne voyait pas le moindre intérêt.
Risranath, même si elle n'avait pas dit le moindre mot, acquiessait aux pensées de sa liée, et prenait congé de ses semblables pour venir se poser près des sables, attendant qu'Isathiel vienne la rejoindre. La foule et son handicap ne l'aidant pas, l'elfe mit un certain temps avant d'arriver à destination, maugérant intérieurement contre sa jambe endolorie.

*Sans doute y réfléchira-tu à deux fois avant de sur-estimer tes capacités.*

Sa dragonne se moquait d'elle, et pour toute réponse, seul un silence mental aussi froid qu'une lame d'acier lui parvint de l'esprit de l'elfe. Elle ne prêtait aucune attention aux personnes qui se trouvaient dans les environs, sa seule priorité était de rejoindre ses appartements et de s'allonger. Un rêve utopique qui se trouva être à nouveau brisé par sa liée.

*Je crois que...quelqu'un viens vers nous Isathiel...*

En temps normal, et vu les circonstances, Isathiel n'aurait même pas daignée accorder un tant soit peu de crédit à cette déclaration, mais la haine palpable avec laquelle Risranath venait de formuler ces pensées avait de quoi troubler. L'elfe se retourna, et parmi la foule, dinstingua la silouhette  de Vilde Lordh'Dëmon qui s'approchait droit vers elle.
Instinctivement, Isathiel se crispa, craignant d'être à nouveau la victime d'un des caprices de la neishaane qui venait tout juste de déverser son fiel sur son aspirant défaillant...jusqu'à ce que sa dragonne, pour une fois, ne la rassure.

*N'oublie pas que je suis près de toi, et que cette fois-ci nous ne sommes nullement dans la fosse ma chère. Si elle te cherche querelle, cette Neishaane goûtera à mes crocs !*

Isathiel en doutait, mais au plus profond de son esprit tout comme dans ses environs, elle sentait la présence de sa dragonne qui avait encore grandie, et atteignait presque sa propre taille. Ainsi lorsque Vilde se présenta à elle, Isathiel l'acceuillit avec la révérence de coutume, bien qu'un peu raidie du fait de ses blessures.

Maîtresse Lordh'Dëmon, heureuse de vous voir à nouveau dans des circonstances moins...tendues. Je vous présente mes condoléances pour l'échec de votre aspirant, mais nul doute qu'il fera mieux la prochaine fois, du moins nous l'espérons tous.

Le ton de sa voix n'était pour une fois, nullement empli d'ironie. L'elfe ne faisait que tenir un discours passablement neutre face à une maîtresse qui avait vu l'un de ses protégés échouer, une "honte" qui retombait toujours en partie sur le formateur du recalé. Vu la réputation de la Neishaane face à elle, et aussi au vu de ses expériences personnelles, elle considérait cela comme la meilleure façon d'engager la conversation, même si elle se demandait encore les raisons de cette venue à elle.
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MessageSujet: Re: V1 - [RP] Vers une nouvelle ère ...   Lun 2 Sep 2013 - 18:04

Posté par Galaad Lucis

Galaad s’apprêta à regagner la sortie lorsqu’il sentit l’esprit d’Elérion se tendre brusquement. Il ferma les yeux et poussa un profond soupir. Son Lié voulait attirer son attention sur quelque chose mais il n’avait qu’une envie : quitter ces maudits sables noirs.

° Que veux-tu ?
Je suis surpris que tu n’es encore rien remarqué, mon cher.
Remarqué quoi ?
Tu es observé... °


Le jeune Neishaan tourna la tête vers ce que lui montrait son Lié. Le superbe Bronze s’était figé à mi-chemin des portes des Cavernes Flamboyantes, la queue se balançant à un rythme régulier. Ses grands yeux opalescents chavirèrent brièvement vers un vert aussi vif que la petite Errya qui s’était lié à un Humain aujourd’hui. Il tourna son regard vers l'Aspirant qui restait seul sur les sables. L’Humain gardait un visage fermé, les sourcils froncés et les yeux étrécis après la déclaration de sa Maîtresse. Il ne passait pas inaperçu. Au-dessus de lui, assise dans les gradins avec les autres Non-Liés, une jeune Fëalocë, plus jeune que Galaad lui-même et vêtue avec un soin méticuleux dans une pose qui se voulait désinvolte, frémissait d’impatience. Ses yeux brun-rouge étaient élargis par l’angoisse indicible qui devait lui étreindre le cœur et menaçait de la faire chavirer dans la noirceur du désespoir. Elle attendait, tendait tout son être vers son hypothétique Liée... qui n’était pas censée apparaître aujourd'hui. Il remarqua alors ce qu’Elérion avait vu grâce à son don d’observation.

La Fëalocë lui jetait des regards frénétiques. Apparemment, en quittant les gradins en pleine Empreinte, il avait attiré son attention. Elle était plutôt jolie et même très séduisante à bien y regarder. Mais ce n’était pas son genre de femme. Oh ! ça non. Il n’y en avait qu’une et il n’y en aurait toujours qu’une. De ça, il en était certain. Aussi sûr qu’un jour la Mort le prendrait et étendrait ses ailes silencieuses sur lui.

La vieille blessure se rappela soudain à son souvenir. Le gouffre béant du chagrin s’ouvrit de nouveau en lui, menaçant de l’engloutir et de l’entraîner vers la folie. Il réprima l’envie de fuir à toutes jambes de cet endroit maudit qui avait jadis scellé son destin. Non. Il devait faire face. Il n’était pas un lâche. Il n’était plus seul non plus, maintenant. Ses yeux sanglants s’attardèrent sur Elérion avec tendresse puis se reportèrent sur la jeune fille. Celle-ci sentit son regard peser sur elle et leva les yeux vers lui. Leurs regards se croisèrent. Voilà. Galaad n’avait plus le choix. Il était obligé d’aller la voir et d’engager la conversation pour ne pas passer pour un idiot.

Il alla d’un pas vif et décidé vers elle tandis qu’elle continuait de le dévisager intensément, comme si elle avait voulu lire dans son âme. Il s’arrêta à quelques pas d’elle et, plaquant un sourire indulgent et pourtant teinté de suffisance sur son visage étroit :

- Pourquoi cet air torturé, damoiselle de feu ? Votre Liée ne doit pas être bien loin.

Derrière lui, il sentit Elérion qui le rejoignait. Pour l’empêcher de causer un trop grand préjudice à l’orgueil de l’Aspirante ou pour mieux jouir du spectacle ? Il enchaîna sur ces propos pour capter définitivement l’attention de la Non-Liée.

- Ne craignez rien. Flarmya ne vous laisserait pas seule en ce jour, non ? Elle ne vous ferait pas l’affront de vous trahir maintenant... A moins que vous ne l’ayez mérité...

Il la reconnaissait à présent. C’était elle qui avait rendu à moitié fou le dortoir des Aspirants par son effervescence, sa nervosité et son excitation. La pique ricocha dans les yeux désormais écarlates de la jeune fille. Il n’avait pas pu s’empêcher de la provoquer. Il s’en délectait à présent, espérant l’avoir suffisamment remuée pour la faire réagir et sortir de son mutisme douloureux.

Sentant quelque chose se passer derrière lui, il se retourna lentement pour voir de quoi il en retournait. Une Elfe blonde et élancée descendait des gradins en boitant. Elle se dirigea vers une Noire déjà de belle taille. Une Neishaane et sa Liée Bleue de nuit la rejoignit et elles engagèrent la conversation. Une conversation pour le moins tendue d’ailleurs apparemment. Galaad reconnut aussitôt la Maîtresse maudite Lordh’Dëmon. Son sourire s’effaça tandis qu’un violent aiguillon d’une curiosité intense le poignardait. Que n’aurait-il pas donné pour savoir ce qui s’était passé entre elles et savoir ce qu’elles disaient en ce moment ! Il croisa leurs regards verts et violets. Le visage de marbre, il leur adressa un bref mais courtois hochement de tête pour les saluer.

° Galaad, la petite est un vrai volcan ! ° s’exclama alors avec hilarité le puisant dragon bronze.

Le jeune homme fit volte-face et un sourire en coin ironique vint enrichir son visage d’albâtre. La jeune Fëalocë était vraiment intéressante à observer, décidément.
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