Tol Orëa, la Terre de l'Aube

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 [ Aspirante Neutre ] Alrüne Larilane

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Alrüne Larilane

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MessageSujet: [ Aspirante Neutre ] Alrüne Larilane   Mar 3 Sep 2013 - 19:26

Life Chronicles - Audiomachine.

Nom : Alrüne Larilane

Surnom : Al’, le plus souvent. Parfois, quelques badauds, la reconnaissant dans la rue, l’appellent encore la Sirène Rüne, mais elle n’utilise plus ce surnom elle-même.

Âge : Printemps ( 20 ans ).

Race : Neishaane

Physique : Si l’on pouvait douter des liens familiaux de Alrüne en la voyant aux côtés de son père et de sa mère, qui n'avaient de commun avec elle que leur nom de famille, les origines de la demoiselle ne faisaient néanmoins aucun doute : elle avait tout de la Neishaane pure souche.

D’une taille moyenne, mesurant approximativement 1m65, la jeune femme est loin d’avoir une stature de combattante mais n’est pas pour autant dépourvue d’une certaine musculature. La vie du cirque forge les corps et le sien, bien qu’elle n’a été que la chanteuse de la troupe, reste élancé et plutôt athlétique, sculpté par le travail et l’itinérance, bien que restant d’apparence frêle et fragile. Une petite poitrine joliment arrondie, une taille fine et des hanches légèrement marquées, Alrüne ne se démarque néanmoins pas par ses attributs féminins mais principalement par la légèreté de sa démarche et la grâce de ses mouvements, comme une perpétuelle danse aérienne sur laquelle plus d’une personne s’est déjà retournée. Ses mains fines, ses doigts graciles sont principalement habiles pour l’art de la musique, comme peuvent en témoigner les cales discrètes sur le bout de ses doigts, mais sont également formés à des tâches beaucoup moins gratifiantes et la jeune femme ne recule nullement devant la crasse ou la saleté.

Une longue chevelure blanche aux reflets blond argenté, ordinairement ramenée en un simple chignon mais courant facilement jusqu’au creux de ses reins, encadre un visage aux traits fins, doux, épurés et assez agréables à regarder. Un petit nez en trompette surmonte des lèvres rosées, plutôt charnues, surement très douces mais peu habituées à s’étirer en un sourire depuis quelque temps.
Pour parfaire le tableau, sur une peau pâle sans être blafarde, se détachent deux orbes d’une couleur peu commune, savant mélange de bleu et de gris, d‘eau et de métal. Une auréole plus foncée entoure et souligne l’iris liquide, profond tel un étrange et inquiétant océan que l’on croirait capable de tout engloutir. Et s’ils sont le reflet de son âme, il faudra savoir se perdre un peu avant de savoir décrypter les troubles et remous de celle-ci.
Pour terminer, un étrange petit triangle marque son front de manière bien singulière. Héritage d’un passé dont elle n’a aucune connaissance, il ne s’agit ni d’un tatouage traditionnel, ni d’une brûlure ou quoi que ce soit de ce genre et les quelques érudits interrogés n’ont pas été capable d’en déterminer l’origine
exacte. Salidia, quant à elle, a préféré se taire malgré l’insistance d’Alrüne et de ses parents.

D’un point de vue purement vestimentaire, on ne peut pas dire que la jeune femme soit une victime de la mode. S’il lui est fréquemment arrivé de porter des robes et autres tenues habillées et féminines fut un temps, elle préfère de loin des ensembles plus amples et décontractés, dans lesquels elle peut bouger et s’activer librement.

Caractère : D’un point de vue caractériel, Alrüne possède moins de traits communs qu’elle n’en a physiquement avec ces congénères Neishaans.

Farouche, c’est sûrement ce que vous retiendrez d’elle en premier. Aspect de sa personnalité forgé par l‘itinérance, bien que la présence de Kelild l’a adouci et rassuré pendant de nombreuses années, les récents évènements lui ont fait perdre une bonne partie de tout ce qu’elle avait pu gagner avec lui et l’ont poussé à la prudence. Méfiante, toujours sur le qui-vive en présence d’inconnu, elle apparaît ainsi froide, distante et peu amicale aux premiers abords, sans toutefois tomber dans l’impolitesse. Non violente sauf dans des cas particuliers, comme la défense des siens, elle choisirait toujours la fuite s’il vous venait à l’esprit de la menacer d‘une quelconque façon.

Secrète, c’est le deuxième trait notable que vous serez amené à remarquer, si le premier round ne vous a pas découragé. À présent, elle vous laisse l’approcher, voir la toucher, sans s’enfuir en courant au moindre mouvement trop brusque, mais vous ne connaissez toujours rien de son passé. Et pour cause, la demoiselle est peu encline à parler de tout ce qui la touche de près ou de loin. Rongée par la culpabilité, endeuillée, une lueur de profonde tristesse s’allume dans son regard, pour qui sait la voir, lorsque l’on essaye de l’interroger sur sa vie antérieure au Kaerl et elle se renferme comme une huître si elle ne souhaite pas répondre. D’ailleurs, gare à celui ou celle qui voudrait alors insister ! La jeune Neishaane déteste particulièrement les gens intrusifs et se braquera instantanément si vous tentez d’aller trop loin malgré ses refus.

Douce, c’est comme ça qu‘elle vous apparaîtra ensuite, si vous avez passé avec brio les épreuves précédentes. Tel un animal sauvage que l’on apprivoise à force d‘efforts et de patience, la demoiselle s’ouvre de plus en plus à vous. Toujours un peu réservée, elle vous dira néanmoins avec franchise à quel point elle aime la musique, le chant, bien qu’elle se refuse désormais à pratiquer ce dernier, ou, évoquant alors ces années à vivre sur les routes au sein du Cirque, la Nature si parfaite et nécessaire à ces yeux, modèle de vie que l’on devrait tous suivre. Peut-être vous décrira-t-elle, avec fierté et une pointe d‘orgueil, son passé de Sirène ou, avec plus de timidité et de maladresse, peu familière aux choses de l‘Amour, son idylle avec le seul homme qui l‘ai jamais comprise.

Loyale, c’est ainsi que vous la découvrirez enfin. Amie fidèle à la franchise parfois désarmante, proche de la naïveté dans certains cas, elle est prête à faire tous les sacrifices nécessaires pour vous protéger. Quitte à donner sa vie ou à prendre celle d’un autre, si ça peut permettre de sauver la vôtre, elle n’hésitera pas un seul instant. Calme et peu curieuse, la jeune femme possède cette aura apaisante qui vous aidera à vous détendre et à vous ouvrir à elle, quel que soit vos tracas, mais facilement déprimée, souvent nostalgique, elle trouvera aussi un réconfort certain en votre présence, si ce n’est pas vous qui la rejoignez lors de l’un de ses exils, à l’ombre d’un arbre ou à la faveur de la nuit.

Alignement : Loyal Neutre.

Clan choisi : Le Kaerl Engloutit.

Lié(e) : /

Équipement possédé : Rien de bien notable si ce n’est une petite harpe, vieillit par le temps, cadeau de la famille de pêcheurs qui l’a recueilli après son naufrage, et sur laquelle elle prend énormément de plaisir à jouer.

Magie : Elle a le Don, ce qui est déjà bien suffisant. Néanmoins, sa capacité à créer des illusions mentales et la qualité de son chant semblent différer selon les sentiments, les émotions ou les pensées qui peuvent influer sur son état d’esprit, pouvant ainsi les améliorer ou bien le contraire.

Divers : Et bien voilà, j’ai enfin posté ma fiche. Ça faisait longtemps, très longtemps que je n’avais pas créé de personnage et j’ai eu quelques blocages … J’espère que je m’en suis bien sortie tout de même.
J’ai hésité sur son alignement, j’espère que je ne me suis pas trompée.
J’ai quelques idées quant à la provenance de la marque frontale de mon perso, une histoire de pseudo-secte/communauté isolée de Neishaans … Faut que j’approfondisse, j’écrirais peut-être quelque chose à ce sujet et vous en ferait part plus tard.
Je crois bien que je n’ai plus rien à dire, donc … Je vous laisse à la lecture de ma longue, longue histoire ! ( Et si elle l'est vraiment trop, j'essaierais de la raccourcir alors n'hésitez pas à me le dire. )
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Alrüne Larilane

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MessageSujet: Re: [ Aspirante Neutre ] Alrüne Larilane   Mar 3 Sep 2013 - 19:28

Le Chant de la Sirène.


Solyae tirait doucement sa révérence à l’horizon lorsque le continent de Tol Orëa apparut enfin sous les nuages. Enfin, selon les indications du Dragon qui la portait, car Alrüne aurait été bien en peine de différencier un continent d’un autre, fut-ce celui de cette contrée de légendes.
Le ciel s’embrasait petit à petit, donnant aux écailles du Brun de fabuleux reflets, camaïeu de cuivre et de marron. De bien chaleureuses couleurs, qui réchauffaient son cœur en peine … Mais pas son corps. Le froid, à une telle altitude, était mordant et le vent s’engouffrait dans le moindre recoin. Frissonnante, elle s’emmitoufla un peu plus dans sa cape, s’appuyant davantage contre le Maître Dragon devant elle.

- Tu as froid, petite ? Demanda-t-il en tournant la tête, arborant un léger sourire.
- Ça ira … Murmura-t-elle pour toute réponse.

La jeune Neishaane fixait l’horizon avec une certaine mélancolie. Son cœur était lourd et triste, bien qu’un merveilleux Destin, porteur de tant de promesses d’avenir, se profilait devant elle. Mais derrière, elle laissait tant de choses … Plus rien ne serait jamais comme avant, mais elle espérait sincèrement, du plus profond d’elle-même, que son choix ne décevrait pas sa famille.

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Au sens premier du terme, ces personnes qu’elle aimait à appeler sa famille n’en constituaient pas une. Aucun lien de sang ne les reliait les uns aux autres. Pas tous, tout du moins.
C’était une communauté assez hétéroclite. Il y avait de toutes les races, de toutes les croyances, de toutes les provinces … Mais tous étaient de joyeux compagnons et il régnait, au sein de ce petit groupe, une atmosphère chaleureuse, bienveillante. Une grande et belle famille, celle du Cirque Intemporel.
Ce cirque était une première du genre en tout Rhaëg. Là où certaines troupes itinérantes n’étaient composées que de musiciens, de troubadours, parfois de jongleurs et d’acrobates, le Cirque Intemporel comptait en plus dans ses rangs des magiciens, des dresseurs et leurs animaux et se produisait sous un grand chapiteau avec, en son centre, une piste circulaire. Créé quelques années plus tôt un peu par hasard, le cirque sillonnait depuis les routes continuellement et c’est sur l’une d’elles qu’il croisa celle qui deviendrait plus tard une membre à part entière de leur joyeuse compagnie.

Alrüne n’avait jamais connu sa véritable famille. Abandonnée sous un arbre en bordure d’un chemin, pour une obscure raison, alors qu’elle devait avoir un peu plus d‘un an, elle avait eu la chance, dans son malheur, de se faire remarquer par la troupe du Cirque qui passait par là. Elle avait eu d’autant plus de chance que, en ce mois d’Isashaniku, l’hiver de cette année-là était rude et sans pitié. Quelques heures de plus dehors et son histoire aurait été bien plus courte, même protégée de la neige par les ramures du chêne entre les racines duquel elle avait été installée.
Ce fut Sionia, une elfe, mais également l’une des magiciennes du groupe, qui récupéra la petite ce jour-là. Par la suite, elle et son mari, Nadrielas, également elfe et magicien, furent désignés pour veiller au bien-être du bébé. Sionia et Nadrielas avaient toujours voulu avoir un enfant, mais leurs multiples tentatives n’avaient jamais porté leurs fruits. Par désespoir de cause, ils avaient fini par renoncer à cette idée pour se consacrer davantage au perfectionnement de leur art. Aussi accueillirent-ils l’arrivée de la petite fille comme une bénédiction, un signe divin. Ils l’adoptèrent donc, lui donnèrent le nom d’Alrüne et l‘élevèrent comme leur propre enfant.

L’enfance d’Alrüne se passa donc sur les routes, parcourant les territoires de Rhaëg au sein de cette originale compagnie de saltimbanques. Ces années d’innocence et d’insouciance purement enfantine furent des plus heureuses, chaque membre de la troupe veillant à ce que l’enfant du Cirque ne manque de rien. Elle se lia particulièrement avec un jeune Torhil, de cinq ans son ainé, qui veillait sur elle comme un frère sur sa sœur. Même si les premiers contacts furent difficiles, la petite fille faisant preuve d’une méfiance presque animale envers les inconnus, les deux enfants devinrent vite très complices malgré toutes leurs différences.
L’asociabilité de la petite fille était un vrai problème qui l’empêchait de nouer des liens d’amitié avec les autres enfants du cirque et seul ce jeune Torhil, dénommé Kelild, avait fait fi de cette froide méfiance. Il était simplement venu un jour pour la prendre par la main et l’avait emmené jouer avec lui, sans se soucier des protestations de la fillette, âgée de 6 ans à l’époque. En l’espace d’un après-midi, les deux enfants étaient devenus les meilleurs amis du monde. Il devint le pont qui l’aida à aller au-delà de ses craintes de l’inconnu et, en retour, elle apaisa de sa présence l’impulsivité du garçon, qui s’emportait parfois pour pas grand-chose. Ils se complétaient à merveille et passèrent toute leur enfance ensemble, devenus inséparables.

À mesure que la fillette grandissait, ses attributs physiques, couplés à une voix déjà exceptionnelle malgré son jeune âge, confirmaient de façon sûre ses origines : l’enfant ne pouvait être autre chose qu’une Neishaane. Bien entendu, cela ne gênait en rien ni ses parents adoptifs, ni le reste de la troupe. Alrüne, quant à elle, fut soulagée de pouvoir mettre un nom sur ces origines, elle qui se trouvait si différente des autres, étant la seule de sa race au sein du Cirque. Sa vie n’en fût que plus légère et sereine et les années suivantes s’écoulèrent aussi paisiblement que l’on aurait pu le souhaiter.

Alrüne venait de fêter ses dix ans, anniversaire de sa découverte au pied de cet arbre, quand le chef de leur petit cirque, qui n’était autre que le père de Kelild, maintes fois sollicité par Sionia et Nadrielas, engagea une barde Neishaane d’un certain âge, du nom de Salidia, afin d’enseigner à la jeune fille les traditions et mœurs de sa race, mais aussi leur art du chant si particulier. Bien que n’ayant jamais manifesté beaucoup d’intérêt à connaître davantage ses origines, ses connaissances sur le sujet que lui avaient inculqué ses parents lui suffisant alors, l’enfant fut néanmoins ravie d’en apprendre plus sur la culture de son peuple.
Par ailleurs, en compagnie de la vieille femme, qui s‘occupait de la garder lorsque ses parents étaient trop occupés, et de Kelild, qui l’accompagnait toujours où qu’elle aille, la demoiselle profitait de ses passages réguliers en ville pour tenter d’en apprendre davantage sur sa propre famille ainsi que sur cet étrange triangle qui ornait son front. Quand elle n’écumait pas les bibliothèques à la recherche d’ouvrage sur le sujet, elle prenait sur elle pour s’efforcer d’interroger des professeurs, des savants ou même d’autres Neishaans sur le sujet. Si les deux premiers avançaient quelques hypothèses sans réellement apporter de faits concrets, les derniers se refusaient à tout commentaire dès que leur regard tombait sur la mystérieuse marque et s’esquivaient bien vite aux interrogations de la petite. Même Salidia se murait dans le silence ou détournait la conversation dès qu’elle tentait de lui soutirer des informations à ce propos.
Les années passèrent sans qu‘elle ne parvienne à obtenir la moindre information solide, que ce soit sur ses parents biologiques ou sur ce fameux triangle. Au fil du temps, elle relégua ses interrogations dans un coin de son esprit pour finir par les laisser complètement de côté, cessant ainsi de remuer un passé qu’il ne valait peut-être mieux pas qu’elle apprenne un jour.

~~~~

Ce n’est qu’à partir de sa quinzième année que Alrüne prit une réelle place au sein du Cirque et de ses membres. Ne pouvant nier que sa disciple avait une voix magnifique et nettement hors du commun, même pour une Neishaane, Salidia, intelligente et malicieuse, s’arrangea pour introduire la demoiselle au sein de leur petit orchestre. Cette voix, digne des Anges, fut donc entendue par le public pour la première fois lors de la cérémonie de fermeture, lorsque les artistes étaient alors rappelés pour le salut final, simplement accompagnée à la harpe par sa vieille maîtresse. Devant l’accueil enthousiaste qui leur fut fait, le duo tenta de nouveau l’expérience le soir suivant, récoltant la même salve d’applaudissements. Il fut alors décidé que les deux Neishaanes se chargeraient désormais de l’accompagnement musical lors de ladite cérémonie de fermeture, ce qui enthousiasma beaucoup la jeune fille.
Depuis qu’elle avait commencé à apprendre les bases du chant sous la tutelle de Salidia, Alrüne ne s’arrêtait plus. Chaque jour qui passait apportait une nouvelle chanson, qu’elle soit simplement murmurée ou entonnée à pleine voix. Même si l’ensemble de la troupe se plaisait à entendre sa voix, la plupart du temps, il n’y avait que Kelild pour l’écouter chanter en dehors du Cirque et des répétitions. Comme à son habitude, celui-là était toujours avec elle. Tout du moins, quand il n’avait pas quelque chose à faire. Lui et sa famille étaient un peu les hommes à tout faire de la troupe : ils se chargeaient de réparer tout ce qu’il y avait de cassé, souvent avec les moyens du bord ou en empruntant quelques heures la forge du coin. Mais ils avaient aussi leur propre spectacle, dans lequel ils soulevaient des charges plus lourdes les unes que les autres et tordaient des barres de fer qu’ils s’amusaient à modeler de diverses façons pour ensuite en faire cadeau au public, aux enfants le plus souvent. En plus de cela, le père du jeune homme était le gérant officiel du Cirque et délaissait souvent les réparations ou les entraînements au profit de tâches plus administratives, ce qui signifiait aussi plus de travail pour lui et sa mère. Aussi, le Torhil partageait ses journées entre ses petits boulots et ses entraînements, gardant le maximum de son temps libre pour le passer avec Alrüne qui, de son côté, faisait de même. Tout le monde, plus ou moins facilement, avait remarqué l’importance que l’un/l’une avait aux yeux de l’autre, aussi étaient-ils plus permissifs avec eux. Pourtant, leur différence d’âge, d’environ cinq années, aurait pu inquiéter leurs parents respectifs, mais les voir ensemble était devenu une telle évidence que, si appréhension il y avait eu à un quelconque moment, elle avait été rapidement balayée par le bonheur de les voir heureux ensemble, même si ni l’un, ni l’autre ne semblait se rendre compte de leurs propres sentiments …

Devant le succès grandissant du duo Neishaan, un spectacle de chant et de magie mêlés fut ébauché. La jeune Alrüne venait alors de fêter son dix-septième printemps lorsque ses parents lui proposèrent ce projet. La demoiselle ne pouvait rêver mieux comme cadeau d’anniversaire, elle qui leur avait fait part plus d‘une fois de son désir d‘avoir un numéro bien à elle. Bon, ce n’était qu’à moitié son propre numéro, mais la joie était au rendez-vous, à tel point qu’elle ne put retenir quelques larmes sous l’émotion, qu’elle épongea contre la tunique de Sionia qui l’enlaça avec tendresse.
Elle s’entraîna de longues heures durant avec son père et sa mère, les deux seuls magiciens de la troupe, ainsi que Salidia, qui accompagnait toujours son chant de sa harpe, et le reste de leur petit orchestre itinérant. Elle s’exerça avec sérieux pour parfaire son chant, veillant scrupuleusement à ce que tout soit parfait, quitte à parfois rabrouer ses propres parents, ce qui amusait beaucoup tout le monde. Puis le jour tant attendu arriva, le jour de la première …

~~~~

Alrüne s’était isolée du brouhaha du chapiteau, à l’extérieur de celui-ci. Assise près de l’enclos des chevaux, les yeux clos, elle fredonnait un air aux notes apaisantes … Le stress lui nouait l’estomac, comme avant chaque passage sur la piste. Mais là, c’était différent : c’était son spectacle. Bon, c’était aussi celui de sa mère, de son père et de Salidia mais eux avaient plus l’habitude. Elle avait aussi sa part d’expérience, mais rien de similaire avec ça … Tout en fredonnant sans discontinuer, bien que son don pour le chant n’avait aucun effet sur elle-même, elle inspira et expira profondément pour tenter de faire le vide en elle et ainsi apaiser sa nervosité.
Kelild, en tenue et prêt à entrer en piste, l’observait non loin, silencieux et pensif. La nuit était claire et fraîche juste ce qu’il faut, les étoiles scintillantes semblaient briller un peu plus que d’habitude … L’occasion de se déclarer était belle. Il esquissa un sourire, amusé par ses propres sentiments qu‘il avait fini par s‘avouer il y a peu, et s’avança vers elle. Il s’assit juste à côté, ce qui la fit un peu sursauter. Ouvrant les yeux, la demoiselle se tourna vers lui et sourit, d’un air gêné.

- Je ne voulais pas te faire peur, déclara-t-il doucement.
- J’ai juste été surprise … J’étais ailleurs, répondit-elle en levant les yeux au ciel, fixant le ciel d’un noir d’encre et sa myriade de points blancs et brillants.
- Laisse-moi deviner … Tu angoisses parce que c’est bientôt ton tour.

Alrüne laissa échapper un petit soupir.

- C’est si évident que ça …?
- Disons qu’on est tous passés par là. Ne t’en fais pas, tout se passera bien … Tu vas tous les éblouir.

Il hésita un instant, juste le temps de la réflexion, avant de passer son bras autour des fines épaules de la demoiselle, dans un geste de soutien amical. Elle le fixa, lui sourit chaleureusement en s’appuyant un peu contre lui.

- Ça a l’air si simple, dit comme ça …

Et pourtant, ces simples mots, venant d’un être cher, lui avaient redonné un peu de cette confiance dont elle manquait cruellement.

- Et bien, c’est que ça l’est. Tu vas sur la piste, tu nous fais ton « Lalala », tu mets tout le monde à tes pieds et le tour est joué !

Alrüne ne put s’empêcher de rire aux plaisanteries de son ami d’enfance, un de ses rires sincères, cristallins qu’affectionnait particulièrement ce dernier. Une fois calmée, elle se tourna de nouveau vers les étoiles, un sourire apaisé flottant sur ses lèvres.

- Merci, Kel’.

Et elle se leva, époussetant ses vêtements, les lissant du plat de la main. Il suivit le mouvement.

- Bon … Je vais aller me préparer, on se voit plus tard !
- Oui … À plus tard, Al’ !


Elle fit volte-face et avança de quelques pas, dans l’intention de partir, mais se stoppa. Hésitante, elle se retourna doucement pour revenir vers le Torhil avant de déposer un timide, mais tendre baiser sur sa joue. Puis elle s’en alla en courant, le rouge aux joues, laissant sur place un Kelild immobile, les traits figés par la surprise. Le temps de se reprendre, ses joues rosirent doucement et il s’en alla, le sourire aux lèvres et la tête complètement ailleurs.

Disparu, le stress. Disparue, l’angoisse. Une multitude de petits papillons virevoltants avaient remplacé les nœuds qu’elle avait à l’estomac. Lentement, le cœur agréablement lourd d’un sentiment qu’elle connaissait à peine, Alrüne prit place au centre de la piste. Ses parents adoptifs, les magiciens, étaient déjà en place à sa gauche, prêts à commencer leurs tours. Salidia, placée à droite avec sa harpe, le reste des musiciens derrière elle, fixait la jeune Neishaane avec un sourire bienveillant. Vêtue de sa tenue de scène, une longue robe d’un léger gris clair bordée d’argent, un diadème elfique du même métal cernant son front, elle fit un discret signe de tête vers la harpiste. Les premières notes retentirent, troublant le silence du chapiteau, puis la voix claire et cristalline, douce, mais forte à la fois, d’Alrüne s’éleva à son tour …
Transformé par cet amour sincère s’éveillant au fond de son cœur d’enfant, son chant n’en fut que plus beau, plus magique, plus envoûtant. Jamais, durant ses dernières années à travailler sa voix, elle n’avait réalisé une telle performance et, à la fin de sa prestation, il y eut quelques secondes d’un silence complet avant que le public ne se lève d’une seule personne pour applaudir à tout rompre la jeune chanteuse. Même sa professeure de chant et ses parents, ainsi que l’orchestre et le reste de la troupe, se joignirent à ce nouveau concert d’une tout autre nature. Ses joues rosirent doucement de gène et de plaisir de se voir ainsi acclamée tandis qu’un sourire ému illuminait son visage. Les yeux brillants, elle s’inclina en avant à plusieurs reprises afin de saluer longuement le public pour finir par s’éclipser de la piste quelques minutes plus tard.
Kelild était là, bien entendu, à l’attendre derrière les lourds rideaux séparant la scène des coulisses. À peine son amie fut-elle à sa portée que, posant ses mains sur les hanches étroites de la demoiselle, il la souleva dans les airs pour la faire tournoyer joyeusement. Laissant échapper un petit cri de surprise lorsqu‘elle se sentit quitter terre, Alrüne ne put s’empêcher de rire, enroulant ses bras autour des larges épaules du Torhil dans une chaleureuse étreinte. Elle était euphorique, toujours sous le coup de l’émotion après ce qu’il venait de se passer, ne saisissant pas encore tout à fait l’incroyable performance qu’elle venait de réaliser ce soir.

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Cette soirée marquant un tournant dans la vie de la Neishaane, autant d’un point de vue professionnel que personnel, la jeune femme filant le parfait amour avec son ami d‘enfance, en toute innocence et malgré des débuts un peu timides, hésitants ou maladroits, Kel‘ ayant parfois du mal à exprimer avec mesure ses sentiments.
À côté de ça, le Cirque Intemporel vit sa popularité augmenter rapidement au fil des mois, à mesure que la troupe enchaînait les villes, les spectacles et que la Sirène Rüne, car telle était son nom de scène désormais, continuait ses concerts avec toujours autant de succès. Le bouche à oreille fit son œuvre à merveille tant et si bien que, après un an de plus sur les routes, leur notoriété atteignait un tel degré que le Cirque commença à recevoir des invitations provenant de communes de tous les continents. Et c’est en répondant à l’une d’elles que la joyeuse troupe se rendit, un jour, à Orën, plus précisément dans la belle ville de Tramaghel.

Ce n’était pas la première fois que leur compagnie posait pied dans cette belle ville portuaire, on pouvait même dire que, à force de venir, ils la connaissaient presque par cœur tant elle était une étape incontournable pour les artistes qu‘ils étaient. Mais c’était la première fois que la jeune fille, qui avait fêté son vingtième anniversaire quelques mois auparavant, y venait en tant que chanteuse, la première fois qu’elle s’y produisit.
Ce soir-là, la troupe du Cirque Intemporel, qui avait vu ses effectifs s’étoffer et son matériel gagner en qualité durant ces derniers mois, se donnait en spectacle pour une occasion bien particulière : aujourd’hui était un jour de fête où l’on commémorait la chute de l’ancien pouvoir ducal. De nombreuses festivités avaient lieu partout en ville tout le long de la journée, mais le spectacle de ce soir, donné par le Cirque, devait en être le point d’orgue. La joyeuse compagnie avait même, pour l’occasion, préparé un spectacle retraçant l’histoire de la grande cité à travers plusieurs tableaux, tous plus beaux les uns que les autres. Le chant d’Alrüne conclut la représentation en beauté et tous vinrent ensuite saluer leur public sous les applaudissements nourris de ce dernier.

La Neishaane avait tranquillement regagné sa chambre, une petite tente dressée non loin de celle de ses parents, et entreprenait de se défaire de sa tenue de scène. Sa frêle silhouette, sous la lueur de sa lanterne, se découpait sur la toile de coton crème tandis qu’elle se dévêtait avec soin avant d’enfiler un ensemble plus ample, plus confortable, composé alors d’un pantacourt marron en lin, retenu à sa taille par une épaisse ceinture de cuir à la boucle argentée, et d’une large chemise ocre à col bateau retombant sur ses épaules qu’elle dévoilait légèrement. Elle enfila rapidement une petite paire de bottines puis sortit, trottinant joyeusement vers la tente commune où se déroulait le dîner.
Elle entra doucement, le sourire aux lèvres, mais se stoppa à peine passé le seuil de cette dernière. Tout le monde était attablé, discutant avec entrain avec un homme blond aux yeux caramel et richement habillé qu’elle n’avait jamais vu et qu‘elle regardait à présent fixement, sans chercher à se cacher. Kelild, qui avait remarqué sa présence et l’appelait en vain, alla à sa rencontre.

- Al, ça ne va pas ? Lui demanda-t-il, non sans une certaine inquiétude.

Elle ne répondit pas tout de suite, l’inconnu, qu’elle n’avait toujours pas lâché des yeux, la fixant également à présent avec un léger sourire en coin. Les deux hommes armés qui l’encadraient, quant à eux, dardaient des regards méfiants sur la demoiselle.
Kelild suivit le regard de son amie avant de soupirer doucement, se plaçant alors face à elle de sorte à le cacher à sa vue, plantant ses yeux dans ceux de la jeune chanteuse en posant ses mains épaisses et larges sur ses fragiles épaules.

- Écoute, je sais que tu n’aimes pas les étrangers, mais …
- Ce n’est pas un nouveau membre de notre troupe, le coupa-t-elle sans ciller. Qui est-il ?
- Notre nouveau mécène, espérons-le, déclara-t-il avec un sourire empli d’espoir.

Puis le Torhil s’écarta et le reste de la troupe accueillit chaleureusement Alrüne, tentant de la mettre à l’aise, connaissant sa nature peu sociable avec les nouveaux venus. Ses parents lui firent une place entre eux, elle s’y installa sans piper mot, fixant une assiette vide posée non loin d’elle. Sa mère, après quelques instants, se pencha vers le riche invité tout en prenant la main de sa fille dans la sienne, attirant ainsi son attention.

- Monseigneur, je vous présente notre fille : Alrüne. Alrüne, voici Messire le Comte Eleras Grela qui nous fait l’honneur d’être parmi nous ce soir.
- Bonsoir …
, articula la Neishaane sans réelle envie.
- Voici donc la Sirène Rüne qui nous a enchantée, ce soir, autant par sa voix magnifique que par son exquise présence …

Il esquissa un sourire charmeur, étincelant auquel elle ne répondit pas, esquissant un léger mouvement de recul lorsqu’il lui prit la main pour la porter à ses lèvres, l’effleurant en un simple baise-main.

- C’est un honneur de vous rencontrer, Mademoiselle.
- J’aimerais en dire autant, messire, mais je ne vous connais pas
, ajouta-t-elle en toute sincérité, s’attirant quelques regards désapprobateurs.
- Vous apprendrez à me connaître, ne vous en faites pas pour ça, répondit-il sans se départir de son sourire, amusé par sa franchise.

La jeune femme continua à le dévisager quelques secondes, cherchant à lire en cet homme qui tentait, de toute évidence, de gagner ses faveurs, sinon sa sympathie, celui-ci affichant une attitude des plus amicales. En vain, pour l‘instant, Alrüne n‘étant que peu sensible aux flatteries, surtout venant de parfaits inconnus. Elle soupira discrètement puis détourna définitivement le regard, essayant de se défaire durant le reste de la soirée de ce mauvais pressentiment qui l’assaillait, tandis que le reste de la troupe continuait à faire des pieds et des mains pour plaire au gentilhomme.

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Quelques jours plus tard, le Cirque Intemporel pliait bagage. Ce qui devait être, normalement, le début d’un nouveau voyage se mua en un simple déménagement lorsqu’on lui annonça leur future installation chez Eleras Grela. Ce fut donc, pour la première fois, en traînant des pieds que la Neishaane rassembla ses affaires, loin d’être aussi emballée que les autres qui se rêvaient déjà dans une somptueuse villa. Malgré que Kelild tenta à plusieurs reprises de la rassurer en insistant sur l’aspect temporaire de la chose, elle n’aimait pas cette situation. Le cirque restait rarement plus de deux semaines au même endroit et elle avait toujours adoré cette vie d’itinérance faite d’imprévus, malgré le danger présent sur les routes. Alors emménager quelque part pour une durée indéterminée, aussi beau que soit ledit endroit, elle ne pouvait s’en réjouir et n’avait qu’une hâte : que cette histoire se termine pour reprendre la route.

Néanmoins, on ne pouvait pas dire qu’ils étaient mal lotis : la demeure du noble marchand, située dans le quartier très animé du Port-Nouvel, était l’une de ses riches et imposantes bâtisses qui ne comptaient pas moins de six colonnes en façade. La compagnie fut accueillie par de nombreux servants qui les conduisirent dans l’aile ouest, le Comte leur ayant spécialement réservé cette partie de son domaine. Cela leur fut tout à fait suffisant, ils purent tous s’y loger confortablement tandis que l’on stockait leur matériel dans un entrepôt sur les quais et que leurs animaux étaient installés dans un coin du jardin.
Pour la première fois de sa vie, Alrüne allait dormir entre quatre murs … C’était étrange, ça n’avait rien à voir avec ce qu’elle avait l’habitude de vivre. Allongée sur son lit, elle fixait le plafond en se laissant aller à ses pensées. Aucun courant d’air ne venait lui chatouiller les pieds, l’air était agréablement chaud. Aucun son venant de l’extérieur, chant d’insecte ou murmures lointains, ne troublait le silence de la pièce. Elle se redressa alors lentement et ramena ses jambes en tailleur en regardant autour d’elle, un étrange sentiment de malaise s‘insinuant en elle. Ce n’est que lorsque Kelild vint la chercher pour dîner qu’elle comprit : dans cette bulle dorée, elle se sentait seule, isolée de tout. Une première aussi … Elle fixa son ami un instant puis rassembla à la hâte ses affaires avant de le rejoindre.

- Je peux dormir dans ta chambre ? Demanda-t-elle doucement.

Le Torhil sursauta de surprise, le rouge venant colorer ses joues.

- Euh … Et bien … Je ne suis pas sûr que tes parents acceptent, répondit-il avec gène.

Mais Sionia et Nadrielas n’y voyaient pas vraiment d’inconvénient lorsque, alors qu’ils étaient tous réunis pour dîner, leur fille leur posa la question directement. Ils allaient donner leur accord lorsque le Comte intervint, installé en bout de table et qui avait suivi la conversation avec intérêt, surprenant tout le monde.

- Voyons, commença-t-il calmement, ce n’est pas une situation correcte pour de jeunes gens de leurs âges. Ils traversent une période où les sentiments évoluent, où les amourettes d’enfants passent souvent à un niveau supérieur … Qui sait ce qui pourrait arriver à la faveur de la nuit …?

Un silence gêné s’installa alors, les deux elfes se consultant en chuchotant tandis que Alrüne fixait Eleras avec insistance. Qu’un parfait inconnu puisse s’insinuer comme ça dans sa vie en lui indiquant ce qu’il était bon de faire ou non l’agaçait prodigieusement et qu’il soit possiblement le futur mécène de la troupe ne changeait rien à la façon dont elle le voyait. Elle se fichait bien de ce que lui ou le reste du monde pouvaient penser de leurs manières … Mais le reste de la troupe ne semblaient pas totalement du même avis et les messes basses s’intensifièrent de telle façon qu‘elles n‘avaient plus rien de discrètes, chacun y allant de sa petite anecdote.
La demoiselle, tremblante d’une colère mal contenue, tourna son regard vers le Comte, qui soutint ce dernier, un verre à la main et un léger sourire en coin. Une main posée sur la sienne détourna son attention et elle se calma doucement alors que Kelild se levait à son tour, ne fixant que les parents de celle qu’il aimait.

- Et si Salidia dormait dans la même chambre que nous ? Elle pourrait nous surveiller et vous auriez l’assurance que nous ne ferions rien de répréhensible, argumenta-t-il posément.

Nadrielas sembla le jauger quelques instants avant de parler le plus discrètement possible avec sa compagne.

- Et bien, j’ai confiance en toi, Kelild, mais si Salidia n’y voit pas d’inconvénient … Déclara-t-il en fixant cette dernière qui répondit par la négative avec un petit sourire malicieux. Dans ces conditions, je ne vois rien à y redire. Qu’en pensez-vous, Comte Grela ? Cette solution vous paraît-elle plus correcte ?

Et tous se tournèrent vers l’hôte de ces lieux qui fixait le Torhil sans ciller, lequel le lui rendait bien.

- Même si je le voulais, je ne vois pas comment je pourrais m’opposer à cela, finit-il par dire en levant son verre vers le jeune couple.

Les deux amis se rassirent en silence, vainqueurs de cette manche. Leurs deux mains serrées bien en évidence sur la table, ils se souriaient doucement tandis que le dîner reprenait son cours, dans la joie et la bonne humeur. Seul Eleras Grela ne semblait pas vraiment d’humeur sociable, tout d’un coup. Et pour cause : Il était mauvais perdant.

~~~~

Les jours passèrent les uns après les autres sans que le Comte ne se prononçât sur son mécénat, remettant toujours à plus tard sa décision et faisant preuve d’imagination pour faire patienter la troupe. Il les payait notamment pour organiser des spectacles lors de grandes réceptions qu’il donnait fréquemment chez lui et où il y invitait de riches marchands, des politiciens et autres personnages des hautes sphères. Parfois, il n’engageait qu’Alrüne et Salidia qui faisaient donc usage de leurs talents musicaux, remportant toujours un franc succès. Plus rarement encore, il arrivait qu’il ne requière que le chant de la jeune fille pour de petits concerts personnels et, bien qu’elle ait refusé les premières fois, elle avait fini par se laisser amadouer par Eleras. Ils ne vivaient définitivement pas dans le même univers, mais elle pensait, au fond, que ce n’était pas un homme mauvais, même si elle restait réservée sur ce point.
Les sommes données en échange de leurs services étaient souvent conséquentes, ce qui avait tôt fait de les calmer un peu, mais lorsque les jours devinrent semaines, l’argent n’apaisa plus les tensions qui commencèrent à naître entre les membres de cirque. Certains préconisèrent alors de prendre leur mal en patience encore un peu, qu’ils étaient logés, nourris, payés et que cela valait le coup, mais la majorité avait la désagréable impression d’être pris pour des idiots et ressentaient le besoin de plus en plus pressant de se remettre en mouvement. Tant pis pour l’argent, le mécénat et le Comte. Ils avaient réussi à s’en sortir avant de le rencontrer, ils feraient de même après l’avoir quitté.
Après une nuit de longues et houleuses discutions, il fut décidé que le Cirque Intemporel reprendrait la route au petit matin et tous regagnèrent leur chambre.
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Alrüne Larilane

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MessageSujet: Re: [ Aspirante Neutre ] Alrüne Larilane   Mar 3 Sep 2013 - 19:28

Alrüne entra dans la sienne en courant presque, tout excitée par cette décision. Elle s’activa avec énergie dans la pièce, rassemblant ses affaires en petit tas sur le lit, s’efforçant de rester silencieuse, la vieille Salidia dormant dans la pièce à côté. Kelild arriva peu après et esquissa un sourire amusé en voyant la jeune fille en action.

- Et bien, tu ne perds pas de temps …
- Que crois-tu ? Ça fait des jours que j’attends une telle décision !
Déclara-t-elle, un grand sourire illuminant son visage.

Il s’approcha et la chopa au vol alors qu’elle allait le contourner pour s‘emparer de quelques vêtements, la ramenant contre lui, posant ses grandes mains de Torhil sur les hanches fines de la Neishaane. La différence de taille et de carrure était assez impressionnante et Alrüne apparaissait encore plus petite et fragile entre les bras épais de son ami qu’elle ne l’était d’ordinaire.

- Et si tu arrêtais de t’activer comme une abeille quelques minutes pour sortir faire un tour avec moi, histoire de profiter une dernière fois de la ville ? Proposa-t-il, un brin charmeur.
- Hmmm … Je suppose que je peux bien t’accorder cela, oui … Mais c’est bien parce que c’est toi, ajouta-t-elle avec malice.

Il sourit un peu plus, desserrant son étreinte pour lui prendre simplement la main et, tels deux ombres fugaces, ils se faufilèrent hors de la demeure à la faveur de la nuit.
Les doigts entrelacés, ils vagabondèrent un moment sur les quais à profiter de la vue magnifique des nombreux bateaux amarrés au port, se balançant paresseusement au gré du courant, puis s’enfoncèrent entre les bâtiments au hasard d’une ruelle. Leur balade amoureuse les conduisit directement dans un petit parc encerclé de bâtiments, bordé par de hautes haies à la coupe quelque peu négligée. Il n’était pas bien grand, sûrement peu intéressant, mais la jeune femme lâcha pourtant la main de son compagnon pour s’y précipiter alors. Il dut courir pour la rattraper, ce qu’il fit une fois qu’elle se fut arrêtée sous un grand et majestueux saule pleureur contre lequel elle reposait son front, les yeux clos.
Il s’approcha en silence pour poser ses mains sur ses hanches. Elle eut un petit sursaut de surprise
et se retourna alors, plongeant ses yeux bleus troublés dans ceux d’encres de son ami, plus calme. Il se pencha alors lentement vers elle, comme pour lui laisser le temps de l’arrêter, et posa ses lèvres sur les siennes en un doux et amoureux baiser. Passé l’étonnement face à l’action de Kelild, elle répondit timidement à l’échange, accrochant ses fines mains à la tunique de son ami pour rester contre lui, hissée sur le bout de ses pieds.
Une fois le baiser rompu, les deux jeunes gens se fixèrent quelques instants. Les joues de la Neishaane se colorèrent d’un rose léger, une moue gênée peignant ses traits, tandis que le jeune homme se contentait de lui sourire avec tendresse, effleurant ses lèvres du pouce. Ni lui, ni elle n’étaient familiers à ces choses de l’amour et pourtant, tout apparaissait comme une simple évidence lorsque l’un ou l’une était en présence de l’autre. Et c’est avec cette même simplicité que leurs lèvres se rencontrèrent de nouveau alors que leurs mains parcouraient timidement le corps de l’autre, tâtonnant, s’accrochant, caressant. Les tissus se frottaient, se froissaient puis se relâchèrent, se défirent pour certains, formant un petit amas protecteur à même le sol sur lequel les deux amants s’allongèrent ensuite. Ils n’étaient pas particulièrement à l’abri des regards curieux, là, simplement couchés entre les racines épaisses et protectrices du saule, à peine camouflés par les quelques buissons qui lui tenait compagnie, mais ils s’en fichaient. Le monde pouvait bien s’effondrer autour d’eux que rien ne comptait plus que cet instant partagé, ce moment précis où leurs corps, leurs cœurs et leurs âmes vibraient à l’unisson sur la même mélodie avec la Nature pour seul témoin.
Ils regagnèrent leur demeure quelques heures seulement avant le lever de Solyae, les doigts entrelacés, pour retrouver leur chambre telle qu’ils l’avaient laissé. Personne n’avait remarqué leur absence, visiblement. Dans un silence complice, ils achevèrent de rassembler les affaires puis se glissèrent sous les draps de leur lit pour une dernière nuit, Alrüne se lovant alors l’étreinte chaleureuse et protectrice du Torhil.

~~~~

La troupe du cirque commença à s’affairer dès les premières chaudes lueurs de l’aurore. Lentement mais sûrement, les carrioles furent ramenées de l’entrepôt pour être rassemblées et chargées dans la cour intérieure. Bien entendu, leur remue-ménage ne passa pas inaperçu auprès des employés de la demeure qui allèrent bien vite prévenir leur maître. Être discret n’était pas vraiment dans leur intention, personne ne parût donc surpris de voir arriver le Comte Grela mais la tension augmenta d’un cran lorsque sa milice privée prit position tout autour du groupe.

- Et bien, mes amis, pourquoi un départ si précipité ? Ne voulez-vous donc plus que je devienne votre mécène ?
- Nous sommes fatigués d’attendre après votre décision
, déclara le père de Kelild d’une voix forte, du haut de ses 2m.
- Même si votre mécénat aurait grandement amélioré nos conditions de vie, il ne nous ait pas indispensable pour vivre, continua Nadrielas plus posément. Nous sommes des nomades, notre vie est sur la route et nous n’avons que trop tardé en ces lieux … Il est temps pour nous de repartir.

Eleras sembla, l’espace d’un instant, jauger la situation puis il esquissa un sourire.

- Mais vous décidez de partir au meilleur moment, alors que j’allais enfin vous signifier mon accord …

Surprise générale au sein de la compagnie. La plupart étaient plus que ravis, exprimant leur joie sans réserve, se prenant dans les bras, mais certains restaient sur leurs gardes, jetant quelques regards méfiants aux hommes armés qui les encerclaient.

- J’ai toutefois une condition, sans quoi le marché ne saurait être équitable.
- Et … Quelle est-elle ?
Demanda l’elfe.
- Pour sceller notre accord, je vous propose la chose suivante … Répondit-il, parcourant l’assistance des yeux, y repérant alors l’objet de sa convoitise. Accordez-moi la main de votre fille.

Une vague d’indignation s’éleva alors, la troupe manifestant d’un seul homme son désaccord face à ce qu’ils considéraient comme du chantage pur et simple. La principale concernée, Alrüne, restait muette de colère, dardant un regard acéré sur le gentilhomme. Kelild, à ses côtés, n’était pas en reste et fulminait d’une fureur difficilement contenue. Il serrait la main de la Neishaane dans la sienne tout en insultant copieusement l‘homme, seule façon qu’il avait trouvé pour se canaliser.
Nadrielas parvint à ramener un semblant de calme qu’il mit à profit pour répondre correctement au Comte, le visage dur et sévère.

- Si telle est la contrepartie, alors cet accord ne verra jamais le jour. Ma fille épousera l’homme qu’elle désirera et non pas celui que nous lui aurons imposé.
- Et si nous demandions son avis à l’intéressée, qu’en pensez-vous ?


Il reporta de nouveau son regard sur la Neishaane avec un sourire qui laissait augurer qu’il n’avait pas dit son dernier mot. Il fit un simple signe de la main et ses hommes dégainèrent alors leurs armes, prêt à en faire usage. Les rangs se resserrèrent immédiatement, des murmures inquiets, des exclamations de colère et des frissons nerveux parcourant la troupe.

- Ma très chère Sirène, consentirez-vous à devenir ma femme ou laisserez-vous votre famille et tous vos amis mourir à cause de votre égoïsme …?
- Espèce de sale enflure
, lâcha-t-elle rageusement.
- Voyons … Ce ne sont pas des mots à entendre dans la bouche d’une demoiselle, répondit-il en ricanant.

Elle jura entre ses dents serrées, tremblante. Le silence s’était fait autour d’elle, tous regardaient fixement leur bourreau. Ils pouvaient tenter de renverser les gardes en les prenant par surprise, ils étaient au moins aussi nombreux qu’eux … Mais cela signifiait mettre en danger les plus faibles du groupe, risquer que tout le monde ne s’en sorte pas indemne et sûrement abandonner leur matériel dans leur fuite. Non, forcer un passage pour s’en aller était beaucoup trop dangereux. Elle n’avait pas le choix, elle le savait …

- Messire Grela …, commença-t-elle le plus poliment qu’elle le pouvait, bien qu’elle se serait volontiers arraché la langue pour ne pas avoir à lui parler ainsi. M’accorderiez-vous quelques jours pour réfléchir …? Une telle décision ne se prend pas à la légère …

Il lui fallait gagner du temps, autant que possible. Ils pourraient toujours trouver une solution, un moyen de s’enfuir plus tard.
Le Comte n’était pas dupe quant à sa manœuvre, mais il acquiesça malgré tout, sûr de lui.

- Je n’y vois pas d’inconvénient … Comme vous n’en verrez aucun, j’en suis sûr, à mener votre réflexion dans le calme et la solitude. Messieurs, poursuivit-il en faisant signe à ces hommes de main, veuillez conduire Mademoiselle Larilane dans la suite Saphir.

À ces mots, la colère fit bondir les membres de la troupe qui firent immédiatement barrage de leurs corps pour empêcher les soldats de saisir leur camarade. Et au milieu de toute cette agitation, la frêle silhouette d’Alrüne se retrouvait fermement entourée par les bras de Kelild qui ne semblait pas décidé à la lâcher, la serrant tellement qu’elle en suffoquerait presque. Elle était touchée de voir sa famille, ceux qu’elle aimait tant se soulever et être prêt à se battre pour la protéger. Mais elle ne pouvait pas laisser les choses empirer simplement pour elle. Avec habilité et souplesse, elle échappa à l’étreinte du Torhil, bousculant les personnes, s’esquivant tant bien que mal face aux mains qui tentaient de la retenir pour finalement atterrir dans les bras de l’un des miliciens qui l’empoigna alors fermement pour l‘attirer rapidement en arrière.

- Laissez-la partir, gronda le brun, menaçant, se dressant de toute sa hauteur en avant du groupe.
- Arrête, Kel’ ! S’il te plaît …
- Vous devriez écouter votre amie au lieu de vous mettre stupidement en danger
, ajouta le Comte avec un sourire satisfait.

Serrant les dents et les poings, ses veines saillant sur ses tempes sous la rage qui l’habitait, il posa son regard noir sur sa bien-aimée, laquelle le suppliait silencieusement de ne pas chercher à la reprendre. Il finit par se résigner et recula de quelques pas, se retrouvant happer par les siens qui lui adressèrent des gestes et des murmures de réconfort. Impuissant, il regarda la Neishaane s’éloigner avec Eleras et ses hommes tandis qu’eux-mêmes étaient lourdement escortés jusqu’aux sous-sols de l’imposante bâtisse où ils furent enfermés.
La suite Saphir, telle qu’elle avait été nommée en écho à sa riche décoration bleutée, était de loin beaucoup plus confortable que la sombre cave humide dans laquelle avait été enfermée la compagnie du Cirque Intemporel, mais, aux yeux de la Sirène, ce n’était rien de plus qu’une cage dorée. Lentement, le regard vide, elle s’approcha de l’une de grandes fenêtres et s’assit contre elle, ramenant ses genoux contre sa poitrine avant de les entourer de ses bras. Calant sa tête contre la paroi transparente, elle laissa s’échapper une larme, perle de désespoir, qui coula de son œil océan, roula sur sa joue, effleura le coin de ses lèvres pour aller mourir dans son cou … Mais aucun sanglot ne vint troubler le lourd silence de sa prison.

~~~~

Les jours passèrent et traînèrent en longueur. Le Comte Grela venait quotidiennement s’enquérir personnellement de la réponse d’Alrüne, laquelle coupait court à ses espoirs en lui signifiant simplement qu’elle n’avait pas encore pris sa décision. Mais au fond d’elle-même, le désespoir la gagnait de plus en plus et elle avait beau retourner le problème dans tous les sens, elle ne voyait pas de solution à la situation actuelle …
Elle tournait en rond dans la pièce close, devenait nerveuse au fur et à mesure que le temps passait et qu’elle demeurait enfermée, loin des siens, sans réussir à glaner la moindre information quant à leurs conditions de vie. Elle avait songé à en finir définitivement, à mettre fin à ses jours avec l’espoir que sa disparition entraînerait leur libération … Mais elle ne connaissait pas suffisamment Eleras pour pouvoir prévoir sa réaction. Ils pouvaient très bien les relâcher comme passer sur eux sa colère et les massacrer jusqu’au dernier … Elle avait donc vite abandonné cette idée au résultat incertain et n’en avait plus eu aucune depuis. Les journées se succédaient et la possibilité d’accéder à la requête de son bourreau se faisait de plus en plus forte dans son esprit, ne serait-ce que pour pouvoir avoir de nouveau l’occasion de poser ses pieds nus sur l’herbe du jardin.
Puis un soir, alors que Kishi venait à peine d’étendre sa longue et obscure chevelure sur le monde et que la jeune femme s’apprêtait à nouveau à passer une nuit difficile, Kelild usa de sa force et donna un coup sec sur la poignée qui céda facilement dans un craquement sec, ouvrant ainsi la porte avec une facilité déconcertante. Il était couvert de poussières, avait quelques ecchymoses et semblait essouffler mais il était là … Alrüne ne mit pas bien longtemps à se précipiter dans ses bras, s’agrippant à lui aussi fort qu’elle le pouvait, comme si elle avait peur que ça ne soit qu’une illusion de son esprit tourmenté. Mais il répondit tout autant à son étreinte et elle fut rassurée, s’abandonnant contre lui en toute quiétude …

- Kel’ … Je suis tellement soulagée que tu sois là … Mais comment …?
- Peu importe
, répondit-il en la détachant de lui pour lui prendre la main. Il ne faut pas rester ici plus longtemps.

Et il l’entraîna à sa suite dans les couloirs, elle le suivit en trottinant rapidement. Tous deux s’efforçaient d’être rapides et discrets pour ne pas alerter les employés de la villa, mais ils durent malgré tout stopper leur course et se cacher à plusieurs reprises, afin d’éviter les miliciens patrouillant dans l’enceinte, mais également tout autour de la demeure du Comte. La force du Torhil vint rapidement à bout de la plupart des obstacles se dressant sur leur chemin, de telle façon qu’ils se retrouvèrent vite dans les rues du quartier de Port-Nouvel. Ils ne se détendirent pas pour autant et continuèrent de progresser le plus possible à l’abri des regards jusqu’à atteindre les quais.
À l’ombre de l’un des nombreux entrepôts présents sur le port, le reste de la troupe attendait patiemment et accueillit l’arrivée des deux amoureux avec beaucoup de joie et d’enthousiasme. Nadrielas et Sionia enlacèrent leur fille tendrement et chaleureusement, terriblement heureux et soulagés de la retrouver, sentiments que partageait également cette dernière.
Lorsqu’elle les interrogea sur la façon dont ils étaient parvenus à s’en sortir indemnes, il lui fut simplement répondu que les parents de Kelild avaient pas mal de relations depuis le temps qu’ils venaient ici en tant qu’artistes itinérants. Grâce à eux, ils avaient pu convaincre et soudoyer l’un des hommes de main de Eleras qui les avait alors aidés à s’évader sans se faire remarquer de qui que ce soit. À présent, il leur fallait trouver un endroit sûr où passer la nuit en attendant d’embarquer et de voguer loin de cet endroit. Il fut décidé qu’ils se sépareraient en plusieurs petits groupes qui iraient chacun dormir dans une auberge différente, afin d’éveiller le moins l’attention, tandis que leur matériel et leurs animaux seraient placés dans l’entrepôt d’un ami où ils seraient en sécurité. Ils se donnèrent tous rendez-vous à ce même endroit dans 3 jours, date à laquelle un bateau pourrait les emmener loin de cette ville.
Puis chaque groupe s’en alla de son côté. Celui de la Sirène était composé d’elle-même, de ses parents et de la vieille Salidia toujours présente avec son éternel sourire malicieux. Celui qu’elle aimait devait lui-même rester avec son père et sa mère, tel que cela avait été décidé. Laisser sa chère et tendre ne le rassurait pas, bien qu’elle soit entre de bonnes mains, mais il ne pouvait pas faire autrement. Il la regarda partir, emmitouflée dans une longue cape noire et entourée de ses deux parents, priant pour que rien ne lui arrive …

~~~~

Les trois journées qui les séparaient de leur liberté s’écoulèrent sans le moindre incident et tous étaient à présent embarqués sur le bateau qui s’éloignait lentement du port. Leur destination n’était autre que le continent de Vaendark, plus précisément le port de Wurm sur les terres Kaachen dans un premier temps, puis ils aviseraient. Ils suivraient simplement la route, elle les mènerait bien quelque part …
Alrüne se tenait à la proue du navire et fixait l’horizon avec sérénité. Ils étaient partis tôt ce matin et à présent, Solyae, haut dans le ciel, illuminait leur chemin de ses chaleureux rayons. Elle esquissa un sourire en sentant deux mains familières se poser sur ses hanches, comme elles avaient souvent l’habitude de faire. Elle se retourna lentement tandis que les bras l’emprisonnèrent un peu plus, plongeant son regard dans celui de sa moitié. Se hissant sur la pointe des pieds, elle alla nouer ses bras derrière la nuque de Kelild et l’attira à elle pour sceller leurs lèvres en un doux et amoureux baiser.

Les heures passèrent tranquillement, les deux Lunes éclairaient désormais le monde endormi. La houle était douce, mais l’atmosphère s’était considérablement rafraichi, signe que l’Hiver n’était pas tout à fait partit. Après avoir joyeusement dîné avec toute leur troupe, la jeune Neishaane avait préféré s’isoler de ses camarades et était montée sur le pont du bateau. Appuyée sur le rebord, elle fixait les sombres vagues qui venaient lécher les flancs du navire.
Les derniers évènements qu’ils avaient vécus l’avaient particulièrement marqué, d’autant plus qu’elle se sentait responsable de ces malheurs. Elle se souvenait du Comte lui rendant visite dans sa chambre, elle revoyait son regard et cette lueur effrayante de folie chaque fois qu’il la regardait, de celui dont le cœur désire quelque chose que le corps ne peut obtenir. Elle se rappelait de cette obsession qu’il avait pour son chant, pour sa voix … Était-ce possible qu’elle l’ait rendu complètement fou ? La voix de son peuple avait-elle de telles propriétés ? Elle l’ignorait, Salidia ne lui avait jamais parlé d’un cas pareil … Elle soupira doucement, incapable de répondre à cette question puis frissonna longuement. Resserrant le châle autour de ses épaules, elle resta encore quelques instants sur le pont, les yeux levés sur la voûte céleste parsemée d’étoiles comme en quête d’une quelconque réponse à toutes ses interrogations, puis, soupirant de nouveau, se décida à regagner sa cabine.
Elle referma doucement la porte derrière elle, posa son châle sur le pied du lit avant de s‘y allonger. Les cabines n’étaient pas bien grandes dans ce genre de petit bâtiment de commerce, aussi étaient-ils peu nombreux par chambre. Sans étonnement, elle partageait la sienne avec Kelild, qui avait longuement pesté contre son étroitesse après s’être cogné la tête en entrant. Elle pouffa un peu en y repensant, fixant le plafond, tandis que la porte de la chambre s’ouvrait de nouveau. Elle sourit doucement.

- Enfin fini de t’empiffrer, Kel’ ?
Dit-elle en se redressant. Tu vas finir par faire couler le bateau en mangeant aut …

Sa phrase restant en suspens tandis qu’elle fixait le nouveau venu, qui n’avait rien à voir avec son bien-aimé. Il abaissa la capuche de sa cape, révélant une tignasse blonde, qui n’avait pas vu de peigne depuis quelques jours, ainsi que deux yeux couleur caramel bien trop familier à son goût. Elle esquissa un mouvement de recul qui arracha un sourire moqueur à Eleras.

- Où penses-tu aller, ma chère petite Sirène ? Déclara-t-il avec un calme qui l’effraya un peu plus. Tu ne peux plus t’enfuir, maintenant … Abandonne et accepte de te lier à moi.
- Vous n’avez aucun pouvoir ici
, répondit-elle en se reprenant un peu, se levant pour lui faire face. Jamais je n’accepterais de vous épouser. Jamais …

Il sembla réfléchir un instant, prenant son menton entre ses doigts dans un geste pensif en fixant un point que lui seul semblait voir. Alrüne était clairement sur la défensive, ses poings serrés tremblaient autant de peur que de colère, sachant parfaitement qu’elle ne faisait absolument pas le poids face à un homme comme lui.
Puis le visage du noble parût s’illuminer et il regarda la jeune femme avec ce même regard fou qu’elle lui connaissait. Non, c’était même pire qu’avant …
Il s’avança vers elle, elle recula autant que possible, mais se retrouva vite acculé contre le mur. Tendue, elle ferma les yeux lorsqu’il amorça un geste vers son visage, attendant le coup qui ne vint pas, le blond se contenta d’effleurer sa joue du bout des doigts, ce qui la révulsa profondément.

- Si je ne peux t’avoir, ma magnifique Sirène
, commença-t-il avec une voix étrangement douce, alors personne ne t’aura.

Et il fit volte-face, sortant de la chambre avant qu’un bruit de clefs ne se fasse entendre dans la serrure. La demoiselle se jeta sur la poignée pour tenter de l’ouvrir, mais il était trop tard, la voilà enfermé dans sa propre cabine. Elle se mit à tambouriner contre la porte en criant, espérant que quelqu’un passe non loin et l’entende. Elle passa de longues minutes à frapper le bois de toutes ses forces en appelant à l’aide, mais la porte ne bougea pas d’un pouce et personne ne vint la sortir de là. Elle s’apprêtait à abandonner et à retourner s’asseoir sur le lit en attendant le retour de Kelild, qui lui ferait céder la serrure en forçant à peine, lorsqu’une odeur de brûlé vint titiller son odorat. Elle baissa le regard à ses pieds pour constater avec une horreur muette que des volutes de fumée noire s’infiltraient par-dessous la porte, ce qui l’encouragea grandement à ne pas abandonner. Elle s’acharna avec ses poings, avec ses genoux, avec ses pieds, frappant quitte à se blesser en hurlant, mais personne ne venait. Désespérément personne. Et la fumée qui devenait de plus en plus épaisse, l’odeur de bois brûlé qui prenait de plus en plus à la gorge et qui la faisait tousser …

- Écarte-toi, Al’ ! Cria la voix familière tant attendue.

La Neishaane s’exécuta prestement sans réfléchir, reculant de quelques pas pour voir ensuite la porte se faire littéralement arracher du mur. Kelild entra alors dans la pièce, le visage noircit par la cendre, tandis que la fumée, qui avait complètement envahi le couloir derrière lui, fit de même. Sans un mot, il attrapa la main de la jeune femme et l’entraîna à l’extérieur. Les flammes rongeait le bois avec une telle vitesse qu’on pouvait les croire vivantes et avides de se nourrir, de sorte que les deux amoureux durent avancer prudemment afin de contourner les zones rendues fragiles par l’incendie ou encore d’éviter les débris qui menaçaient de leur tomber sur le crâne. Le navire craquait et grinçait de toute part et l'on pouvait entendre, au loin, les cris des matelots s’affairant à limiter la propagation du feu vorace.
Ils arrivaient tout juste sur le pont lorsqu’un effroyable craquement résonna tout près d’eux. Dévoré par les flammes, le mât commença à s’affaisser, projetant des éclats de bois sur le pont tandis que l’équipage et les passagers s’affolèrent en criant et en se mettant à courir dans tous les sens. Puis il s’écroula bel et bien, droit sur le jeune couple. Leurs mains se lâchèrent par réflexe et le Torhil se jeta en avant tandis qu’elle bondissait dans le sens opposé, dans l’espoir de l’éviter. Le mât incandescent se coucha alors avec violence en travers du bateau, qui remua sévèrement sous le choc, embrasant un peu plus le pont et séparant les amoureux. Alrüne, projetée au sol par la chute du mât, se releva prudemment. Elle était couverte d’égratignures, mais ne semblait pas avoir de graves blessures, elle était simplement un peu étourdi. Une fois debout sur ses deux jambes, elle se trouva être la seule de la troupe à se trouver de ce côté-ci du pont. Il y avait bien quelques matelots avec elle, mais ils semblaient tous aussi paniqués. Elle s’approcha autant que possible du mât et appela Kelild, sa mère, son père. Elle entendit vaguement des voix familières lui répondant, qui furent soudainement couvertes par le son devenu sinistre du bois qui craquait, immédiatement suivi de hurlements d’effrois … Puis plus rien. Elle les appela encore tout en cherchant une solution des yeux lorsque le navire tangua violemment, gémissant et cédant de toute part, s’enfonçant de plus en plus dans l’océan noir. Les marins, par désespoir, abandonnèrent leurs postes et traversèrent les flammes pour se jeter à l’eau. Ne trouvant aucun moyen de rejoindre les siens et ne sachant même pas s‘ils étaient encore là après ce qu‘elle venait d‘entendre, elle se résolut à les suivre et plongea à son tour. Elle remonta rapidement, se maintenant à la surface tant bien que mal malgré la houle, le souffle court et saccadé. Elle parvint à attraper un tonneau flottant non loin, vestige de ce qui fut la cargaison du bateau sur lequel ils avaient embarqué, et s‘y accrocha désespérément tandis que le courant, déjà, l’éloignait de l’épave en flammes. À moitié hissée sur la barrique, tremblante sans savoir si le froid en était la seule cause, elle la regardait sombrer lentement. Ses larmes se mêlèrent à l’eau de mer ruisselant sur son visage et elle se laissa emporter par les vagues …

~~~~

Lorsqu’elle se réveilla difficilement, elle était allongée sur le sable, le visage contre le sol. Le va-et-vient régulier des vagues léchant ses pieds la tira lentement de sa torpeur et elle se redressa douloureusement, le corps parcouru de courbatures. Une fois debout, incapable de savoir pendant combien de temps elle avait pu dériver; elle balaya les alentours du regard. Quelques débris et des restes de cargaisons avaient suivi le même chemin qu’elle et parsemaient la plage blanche sur laquelle elle avait échoué. Il n’y avait pas âme qui vive, elle était seule … Toute seule. Cette simple constatation fut un véritable électrochoc pour la jeune femme qui se mit à marcher d’un pas rapide tout en appelant son bien-aimé, ses parents, chaque membre de la troupe à tour de rôle, mais seuls les cris des mouettes moqueuses lui répondaient.
L’épuisement eut raison d’elle, elle s’écroula peu de temps plus tard … Complètement abattue, encore sous le choc du drame qui venait de se dérouler, elle se remit à pleurer son désespoir face à la disparition de ceux qui étaient tout pour elle, qui constituaient sa vie, son univers. Elle avait tout perdu en l’espace d’une nuit, d’une seule et unique nuit qu’elle ne pourrait jamais oublier …

Elle fut trouvée, quelques heures plus tard seulement, par un pécheur et son fils qui rentraient de leur sortie, chargés de poissons. Ils la ramenèrent chez eux où toute la famille prit soin d’elle. Le temps passa, la Neishaane se rétablit lentement au milieu de cette gentille et hospitalière famille. Les premiers jours furent éprouvants et délicats pour tout le monde, la jeune rescapée refusant purement et simplement de s’alimenter, rejetant avec violence la moindre tentative d’approche de la part de qui que ce soit. Un vrai animal blessé, qui ne fit que pleurer et crier sa rage, son désespoir à la face du monde, seule, dans cette petite pièce qu‘ils avaient spécialement réaménagé pour l‘installer le plus confortablement possible. Puis, d’elle-même, poussée par son instinct, elle se résolut à manger … Par petite quantité d’abord puis de plus en plus par la suite, reprenant les kilos perdus, elle qui n’était déjà pas bien grosse à la base. Son visage, marqué par la fatigue, creusé par ses larmes, était devenu incapable du moindre sourire mais elle persistait à survivre, à s’en sortir. Si les évènements lui avait fait apparaître la mort de ses proches comme une affreuse évidence, elle n’arrivait plus à y croire. C’était impossible, irréel, inconcevable … Ils allaient réapparaître du jour au lendemain, souriant, comme si de rien n’était. De ça, elle en était persuadée. Alors elle décida de les attendre patiemment.
Des semaines s’écoulèrent … Et personne ne vint.
Son corps guérit, elle se mit à participer aux tâches quotidiennes en guise de remerciement, s’adaptant doucement à cette vie sédentaire. Elle aidait la femme du pêcheur à la cuisine, jouait de la musique à leurs deux enfants le soir, sur une petite harpe usée qui était sûrement passée dans les mains de plus d’une génération. Elle ne chanta néanmoins plus. Elle se refusait à pratiquer de nouveau cet art qu’elle avait tant affectionné, tant perfectionné et qu’elle jugeait à présent responsable des évènements de cette funeste nuit. La culpabilité la rongeait de l’intérieur, l’accablant de cauchemars où elle revivait la scène encore et encore, où elle voyait tous ceux qu’elle aimait périr … Où elle voyait Kelild mourir, avalé par les flammes tandis que le Comte l‘accablait de reproches. Elle se réveillait toujours brusquement, en sueur et haletante, et peinait à se rendormir. Ses nuits s’en retrouvaient souvent raccourcies.
Parfois, elle avait l’impression de ne pas être seule et qu’une partie de lui était là, avec elle, quelque part. Cette fugace sensation la réconfortait un peu dans ces moments les plus sombres où elle se laissait aller à la déprime, mais rien ne parvenait à apaiser la douleur sourde qui lui vrillait le cœur.
Son deuil se faisait doucement et elle commençait à abandonner l’idée de les revoir un jour. Parfois, elle avait encore un peu d’espoir … Après tout, elle ne les avait pas vu mourir des ses yeux, elle avait simplement entendu leurs cris, suivit de ce silence alors qu’elle les avait appelé. Cette possibilité la tourmentait régulièrement et elle n’arrivait pas complètement à la repousser. Elle désirait les revoir, de tout son cœur … Ou simplement savoir ce qu’ils leur étaient arrivés, ce qu’ils étaient devenus … Si oui ou non, ils étaient en vie. Mais elle ne parvenait pas à trouver la force pour se mettre en route, pour trouver la réponse à cette question. Elle n’arrivait pas à trouver le courage d’affronter ce qu’elle pourrait trouver au bout de son périple … Alors elle restait là, à vivre dans l’incertitude, s’enfonçant un peu plus dans cette spirale infernale autodestructrice.

Un mois s’était écoulé depuis cette fameuse soirée et Alrüne vivait toujours chez cette famille qui semblait l’avoir complètement adoptée. Ce n’était pas parfaitement réciproque mais elle se surprenait à se sentir bien, parmis eux. Elle trouvait en leur présence un doux et chaleureux réconfort, qui apaisait pendant un temps sa douleur et allégeait le fardeau de ses épaules, même si, hélas, son répit était généralement de courte durée … Mais elle ne pouvait le nier : elle s'était attaché à eux.
Un matin, alors qu’elle était sortie faire un tour sur la plage afin de faire passer une de ces nausées qui l’assaillait quotidiennement depuis plusieurs jours déjà, sans qu’elle en détermine la cause, une ombre gigantesque passa sur elle tandis qu’une voix, puissante et caverneuse, résonna dans son esprit.

° Jeune Neishaane qui porte le Don, nous sommes venus pour t’ouvrir les portes de ta Destinée. °

Clouée sur place par la surprise, elle observa, les yeux ronds, l’imposant dragon aux écailles brunes se poser à seulement quelques mètres d’elle. Si son instinct lui ordonna de détaler dans les premières secondes, la curiosité et l’émerveillement l’emportèrent finalement bien qu’elle resta suffisamment sur ses gardes, les muscles tendus, prête à leur échapper à tout moment … Ou, tout du moins, à tenter le coup.
L’imposante créature arqua son cou vers elle tandis que le cavalier de cette singulière monture bondit à terre pour aller la rejoindre. Sa méfiance s’accrut en apercevant ledit cavalier, qui semblait avoir plus en commun avec les voleurs et autres bandits qu’elle avait déjà eu l’occasion de croiser au cours de sa vie qu’avec ce noble animal. Un sourire malicieux étirant les lèvres sous sa moustache brune, il adressa un signe de main avant d’arriver à sa hauteur.

- Salut, gamine. Je m’appelle Doryl et voici Anduras, mon Lié, déclara-t-il d’un ton tranquille et sans se départir de son sourire, se qui tranquillisa un peu la demoiselle.
- Bonjour …, répondit-elle toujours sur ses gardes, jetant de petits coups d’œil nerveux vers le saurien. Je suis Alrüne …
- Et bien, c’est un plaisir Alrüne. Bon, je vais être bref car nous sommes assez pressés par le temps. As-tu entendu, dans ton esprit, la voix de mon grand ami ici présent ?


Elle acquiesça lentement.

- Bien ! Ça signifie que tu portes en toi le Don, une capacité qui te prédestine à te lier un jour à un Dragon qui sera ton âme sœur. Seulement si tu décides de me suivre, bien sûr … Je t’emmènerais sur Tol Orëa, un continent de légendes où les Dragons vivent en symbiose avec nous. Tu pourras y trouver la deuxième moitié de ton âme, devenir une chevalière et accomplir rien de moins que ton Destin. Qu’en penses-tu, petite ?
- Mais … Pourquoi moi …? Je n’ai rien d’exceptionnel …
- Pourquoi toi ? Simplement parce qu’on passait par là et que Anduras a perçu ton Don, rien de plus !

° Ce que mon Lié tente de t’expliquer, commença le dragon avec un certain amusement, c’est que tu n’as pas besoin d’être exceptionnel, Alrüne. Tu es toi, tu as le Don et c’est amplement suffisant. °

Devant la moue perplexe de la jeune femme, il ajouta :

° Tu as le droit de refuser. Si c’est la voie que tu choisis, tu oublieras tout de cette rencontre et tu retourneras à ta vie d’avant, sans te douter de quoi que ce soit … Mais c’est une occasion unique qui s’offre à toi, une opportunité pour construire une nouvelle vie. °

Elle eut un instant de réflexion pendant lequel les deux compagnons firent silence. Refaire sa vie sur un continent inconnu, entourée de créatures semblant tout droit sortit de ces vieilles légendes que lui avait appris la vieille Salidia … Elle peinait à y croire. Tout cela lui semblait irréel, malgré l’imposante et vivante preuve qu’elle avait sous les yeux. Prise au dépourvue par cette situation, elle ne savait plus vraiment quoi penser et ses pensées s’embrouillaient entre sa raison, qui l’appelait à la prudence envers ces inconnus et leur proposition, et son cœur … Qui ne faisait que l’aider à se souvenir de ceux qu’elle avait perdu. Et si elle tenait là, suspendu à sa décision, le moment qu’elle attendait depuis des semaines, celui de prendre son courage à deux mains pour obtenir des réponses ? Pour obtenir la réponse à l’unique question qui la tourmentait depuis des semaines : Qu’étaient devenus ceux qu’elle aimait ?
Bien sûr, seule, elle n’avait toujours pas la force et le courage d’affronter cette épreuve mais peut-être arrivera-t-elle à acquérir ce qu’il lui manque là où Doryl et Anduras voulait l’emporter ? Peut-être trouvera-t-elle en cette âme-sœur draconique qu’ils lui promettaient le soutien nécessaire pour enfin aller au bout des choses et découvrir la vérité ? Encore et toujours des suppositions, des incertitudes … Mais cette fois-ci, elle se sentait prête à prendre le risque. Même si de nombreuses questions avaient fleuris dans son esprit quant à sa destination, ce qu‘elle deviendrait une fois sur place et autres interrogations du même acabit, elle n’avait pas besoin de plus de précision pour prendre sa décision. Son esprit lui était plus clair maintenant que son but était fixé. Bien que l’idée de quitter cette famille qui l’avait tant aidé l’attristait, elle n’était pas faite pour vivre ainsi, dans tous les sens du terme. Elle l’avait toujours su, d’une certaine façon … Elle avait besoin de mouvement, de changement, de renouveau … Elle ressentait le besoin d’agir, de se reprendre en main et d’aller de l’avant. Rien qu’à cette idée, elle se sentait plus apaisé et c’est empreint de sérénité et de détermination qu’elle dit ces mots :

- C’est d’accord, je vous suis.
- Bonne nouvelle !
S’exclama alors Doryl. Bon, ne traînons pas, nous sommes déjà en retard, donc si tu as des affaires à prendre, des adieux à faire, c’est maintenant ou jamais. Nous t’attendons ici.

La jeune Neishaane ne se le fit pas dire deux fois et s’en alla d’un pas rapide vers la petite maison en bordure de plage qui avait été son refuge ses dernières semaines. La séparation fut triste et douloureuse, bien qu’ils lui aient souhaité le meilleur, et les larmes coulèrent des deux côtés. Elle avait pourtant tenté de garder ses distances avec eux, de ne pas trop s’attacher en sachant qu’elle devrait un jour repartir, mais la douceur et la patience dont ils avaient fait preuve à son égard avaient eu raison d’elle en cette période où elle avait tant besoin de réconfort …
Elle n’avait que peu d’affaires personnelles, ayant tout perdu lors du naufrage, qu’elle rassembla dans un simple baluchon. Elle prit également avec elle la petite harpe sur laquelle elle avait pris l’habitude de jouer et qu’ils lui offrirent chaleureusement. Ce cadeau lui alla droit au cœur et elle enveloppa l’instrument avec mille et une précautions. Puis elle s’en alla en les saluant longtemps par de grands signes de main, rejoignant le chevalier et son Dragon. Elle grimpa sur le reptile et s’installa derrière Doryl, s’accrochant à ce dernier pour se rassurer, un peu inquiète à l’idée de ce premier vol.
Lorsque Anduras prit enfin son envol, Alrüne, posant la main sur son ventre en un étrange réflexe, adressa une dernière et silencieuse prière à Kelild avant d’entamer son voyage vers les lointaines et légendaires terres de Tol Orëa.
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