Tol Orëa, la Terre de l'Aube

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 [Aspirante] Ruri Ravin

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Ruri Ravin

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RPs : 5
Date d'inscription : 07/09/2013

MessageSujet: [Aspirante] Ruri Ravin   Sam 7 Sep 2013 - 16:10

Nom : Ruri Ravin
Surnom : Ruru, La sibylle
Âge : Aurore, 15 ans
Race : Neishanne

Physique : D’une corpulence relativement modeste pour son âge (un mètre cinquante pour quarante kilos), Ruri est une jeune fille fluette, amaigrie par les épreuves. Son visage fin et délicat contraste avec la dureté de son regard argenté. Son nez surmonte ses lèvres charnues rosées.  Elle aime les mettre en valeur, aussi bien en les blanchissant qu’en les rougissant. Ses cheveux argentés sont comme les étoiles dans la voûte céleste. Ses cils, fins et longs, trahissent un regard ponctué de haine à l’égard de ses semblables, d’une volonté de supériorité. Son corps est frêle et mince. Ses bras ne sont pas très musclés et ses jambes longues et fines supportent un buste aux charmes féminins qu’elle aime mettre en valeur même s’ils sont peu développés.

Elle prend soin de son corps et de ses ongles notamment qu’elle aime porter long. Elle aime porter des vêtements amples comme des robes. Sa garde-robe est dévouée au blanc, couleur qui rappelle sa tignasse et ses yeux. Elle aime les tenues courtes, dévoilant ses épaules et ses bras. Toutefois, elle porte des gantelets de soie blanche. Lorsqu’il fait plus froid, elle porte un voile léger couvrant ses épaules, voile transparent. La plupart du temps, la jeune Sibylle se tient droite pour montrer sa supériorité, du moins elle s’en persuade.

Sa voix est douce mais ses mots tranchants comme un rasoir. Elle ne paraît pas très impressionnante au premier abord mais elle maîtrise l’art du regard. Ainsi, Ruri arrive à provoquer des frissons comme de la joie, mais ceci n’est qu’un cinéma. Mais elle peut également faire ressentir de la confiance. Après tout, il s’agit d’une enfant.


Caractère : La jeune Sybille a un caractère semblable à du métal en fusion. Elle est dure avec les autres, se fiche pas mal de ce qui peut lui arriver à elle ou à quelqu’un d’autre. Elle se reproche la mort d’Eorlund mais à tendance à se conforter en se disant que c’était un mal nécessaire à sa survie. Elle déteste les hommes qu’elle compare à des animaux en rut. En outre, elle préfère être seule et a du mal à canaliser sa colère. Elle a des accès de violence contre elle-même. Elle n’est cependant jamais passée à l’acte.

Elle est sujette aux cauchemars, fréquents, pendant lesquels elle revit son passé. Elle ne s’est jamais remise de ce qu’elle a subi. Chaque cauchemar la rend de mauvaise humeur. Lorsqu’elle s’est levée du mauvais pied, elle ne pipe mot. Si jamais on la force à parler, alors il faudra s’attendre à une réponse digne d’un rasoir bien aiguisé tout en restant polie. Elle ne se laisse aller aux violences verbales que très rarement. Elle privilégie le plus souvent une forme de déférence, respectant l'ordre établi uniquement dans son propre but. Elle est polie et aime attirer l'attention sur elle.

C’est également une jeune fille manipulatrice qui n’hésite pas à utiliser son jeune âge pour avoir ce qu’elle désire. Elle a d’ailleurs si peu d’estime pour elle-même qu’elle est prête à vendre son corps pour réussir son objectif. Elle déteste d’ailleurs ce corps qu’elle cherche à rendre attirant. Paradoxalement, elle cherche à se mettre en valeur pour confirmer le fait que les « mâles », comme elle aime appeler les sujets masculins, ne sont que des porcs. Ruri reste relativement prudente lorsqu'elle rencontre des étrangers. Elle a, le plus souvent, un a priori négatif. Pour autant, le souvenir d'Eorlund lui rappelle qu'il existe des gens moins intéressés par son corps que par ce qu'elle est réellement.


Alignement : Neutre mauvais
Clan choisi : Ardent
Lié(e) : Aucun



~ Premières Années ~



Il est de certaines sociétés, majoritaires, qui sont fondées sur un chef, qu'il soit élu ou non. Ces sociétés ont des régimes très différents selon les époques, selon les lieux. Ainsi, on trouve des monarchies, des oligarchies, des démocraties. Mais le village dans lequel est née Ruri est différent. Non pas fondé sur un chef, mais sur un binôme composé d'un oracle et d'un Ancien, l'homme le plus âgé du village. L'oracle était voué à la solitude, vivant dans un temple à l'effigie des dieux. Elle seule recevait le message divin et elle seule était chargée de le transmettre à son peuple. La vie de Ruri n'a pas été simple, loin de là. Sur elle s'est abattue un fardeau que ses épaules ne pouvaient porter.

Son village se situait sur le continent d'Undòmë, à la jonction des plaines centrales et du Djevelens Tenner, niché au creux d'une vallée bordée à l'est par une magnifique chute d'eau et à l'ouest par des pics acérés. Composé de maisons en pierre et aux toits de chaume, le village était conçu sur une organisation en anneaux. L'extérieur était réservé aux fermiers, pâturages et récoltes qui s'étendaient sur plusieurs hectares à la ronde. Ensuite venait l'anneau central. Il était occupé par les marchands qui achetaient les produits de l'agriculture pour les revendre sur les marchés. On y trouvait également des boulangers qui se fournissaient en farine auprès des moulins à l'extérieur. Au centre, se trouvait le coeur de la cité. Un magnifique temple dédié à Zakeriel - le messager des Dieux et du destin - en pierre rare et aux tuiles argentées. C'était un spectacle magnifique que d'observer le coucher du soleil de la place centrale. Les rayons de l'astre brûlant se reflétaient sur les hauteurs du bâtiment tandis que les astres célestes dardaient de leurs rayons blancs l'autre pan du toit. Un spectacle que peu d'étranger ne pouvait se vanter d'avoir vu une seule fois dans leur vie. D'une part, car l'accès au village était relativement difficile - il fallait en effet traverser plusieurs ravins sur des ponts de bois et le brouillard masquait la vue à un mètre - et d'autre part, car la cité s'autosuffisait pour l'instant. A côté du temple se trouvait la demeure de l'Ancien. Une bâtisse somme toute classique, ressemblant en tout point à celles du deuxième cercle. C'est dans ce cadre qu'est née Ruri. Nul ne savait vraiment grand-chose sur sa famille, si ce n'était qu'elle était présente dans ce village depuis la nuit des temps. Le nom de « Ravin » s'était formé par déformation. Nous ne pouvons en effet parler de Ruri sans parler de son ascendance que personne ne connaît, Tol Orëa excepté.

Il faut remonter à des temps immémoriaux, avant même l'an zéro. Malakesh-Rae'vinkshash (Eclat de la lune couchante) était une Valherue, vivant sur la montagne la plus haute de Vaendark. Son dragon était un magnifique reptile noir d'une taille honorable. Elle était connue pour être impitoyable et obstinée. Ce passage, ni Ruri ni sa famille ne le connait car il s'agit d'archives conservées dans un lieu qu'on ne soupçonne pas d'exister. Toujours est-il que lorsque les Valherus furent bannis de ce monde, Malakesh-Rae'vinkshash s'était reproduit avec Zakeriel. Un acte avilissant qui devait en tout état de cause servir son propre but. Malakesh-Rae'vinkshash était une Valherue aux cheveux pourpres et aux yeux couverts d'un tissu. On la représentait comme une femme aux attributs généreux enveloppée dans des bandes de tissu. Bien que sa puissance physique n'était pas digne de célèbres Valherus comme Zoheir-Kelig, son verbe pouvait se montrer aussi tranchant que n'importe quelle lame. Elle n'avait d'ailleurs aucun scrupule à utiliser son corps comme un outil pour arriver à ses fins. Manipulatrice, elle tenta à de nombreuses reprises, sans jamais réussir, de charmer le Messager.

Puis, le sang de la Valherue s'est distillé lentement. S'il est constant que les membres de la famille de Ruri ont été des visionnaires hors pairs - même si leurs capacités ont eu tendance à apparaître de plus en plus tardivement, ils n'ont pas été toujours bien traité. Une malédiction s'était abattue sur eux. Chaque famille ne pourrait avoir qu'un seul enfant et ce serait une fille. C'était ainsi. Les Rae'vinkshash, qui furent renommés Raevink, furent bannis de village en village, effrayant les populations par leurs pouvoirs de divination. Ils étaient devenus des nomades, vivant de leurs dons autant que possible. Malheureusement, lorsque le bébé naissait, le pouvoir quittait la mère. Ainsi, seul l'enfant pouvait avoir des visions. C'est ainsi que, les siècles durant, chaque fille devenait l'oracle et était vouée à perdre son pouvoir à la naissance.

Neuf siècles et quatre ans se sont écoulés depuis que la malédiction a touché la famille de Ruri. Le nom de Raevink est devenu Ravin par commodité d'usage. Neuf siècles et quatre ans marquent le début de la vie de Ruri. Elle est née au temple, sa mère étant Oracle, tout comme sa grand-mère et son arrière-grand-mère. D'aussi loin que les villageois s'en souviennent, la famille de Ruri s'est installée dans ce village il y a trois siècles. Les dons de la voyante étaient vus comme une bénédiction divine et on pensait alors qu'elle était liée de près ou de loin à Zakeriel lui-même. Le prêtre supposait également qu'elle possédait une moitié de sang divin.

Plusieurs générations étaient nées, de chacune naissait le pouvoir de prédire l’avenir, rien de plus. Mais depuis ces trois siècles, à chaque naissance, la vie quittait la mère comme pour marquer avec plus de profondeur le passage du flambeau. Cela tenait surtout au fait que les herbes médicinales utilisées pour calmer la douleur de l’accouchement étaient très toxiques, provoquant la mort à court terme. Voilà pourquoi la durée de vie d’un oracle n’excédait que très rarement les trente ans. Si les jeunes filles étaient nubiles relativement tôt, elles n’étaient autorisées à se donner à un homme qu’après l’âge de vingt-cinq ans. Les traditions avaient la peau dure.

Ruri avait donc pris la vie de sa mère comme s’était devenu la coutume. Mais loin d’être suffisant, l’enfant était enlevé à ses parents pour être éduqué et élevé par des prêtresses dont c’était le rôle. Le spectacle, si tant est que ce terme pouvait être utilisé, était public. Le bébé était plongé dans un bain d’eau froide pour le nettoyer de son sang, après que le cordon ombilical ait été sectionné par l’Ancien, puis présenté au peuple. Enfin, on le recouvrait d’un linge puis on l’emmenait dans ce que serait plus tard ses appartements. Le cadavre de la mère était ensuite recouvert d’un linceul noir qu’on aspergeait d’huile et qu’on faisait brûler au centre du village. Généralement, le mari ne supportait pas cette scène et s’en allait ou se suicidait. Mais jamais l’oracle ne savait qui était son père ni sa mère, le secret était préservé par l’Ancien. L’histoire de Ruri n’y ferait pas exception.

Jusqu’à ses quatre ans, l’enfant ne gardait aucun souvenir. Sa naissance restait un mystère ainsi que l’identité de ses parents. L’enfant ressentait une profonde solitude, marquée par la froideur des relations qu’entretenaient les prêtresses avec elle. Ses journées étaient semblables, rythmées de la même manière. Ablutions matinales, apprentissage de la lecture, de l’écriture, des saints textes, déjeuner, sieste, sortie, ablutions du soir, dîner, repos. Le réveil était le plus difficile car le soleil n’était pas encore levé qu’il fallait sortir, par le froid, se baigner sous les chutes d’eau à une demi-heure de marche. Trois prêtresses l’accompagnaient.

La sortie du village se faisait sans encombre. Puis il fallait suivre un petit chemin de terre, parfois humidifié par la rosée, avant de contourner un lac et de se rendre aux chutes. L'endroit était magnifique. Mais la raison de la vue de Ruri ôtait le charme du lieu. Les prêtresses se hâtaient de lui ôter ses effets personnels, de la conduire sous la chute et de la frotter avec soin et douceur. Elle se trouvait semblable à une princesse - quoi qu'elle n'eut aucune idée de ce que ce mot évoquait réellement - mais en prison. Elle qui avait envie de jouer avec les enfants de son âge, ce qui lui était impossible. Elle était « l'espoir du futur » comme le rappelait ses nourrices. Lorsque ses ablutions étaient terminées, c'est-à-dire lorsqu'elle eut fini de réciter ses saintes écritures, elle était séchée puis rhabillée. Elle revenait ensuite au temple pour travailler.

Cela dura des années. Des années pendant lesquelles elle ressentit une profonde solitude, mais aucune trace de son pouvoir de divination. C'était ce qui inquiétait le prêtre, car, déjà, à six ans, sa mère avait prédit un hiver rude avec des neiges épaisses. Mais là, rien ne se passait. Elle était une petite fille normale, du moins en apparence. Rien ne présageait ce qui suivrait quelques années plus tard, lorsqu'elle eut huit ans.

~ Esclave ~



Le temps s'écoulait, et rien ne se passait. Le prêtre attendait la révélation, la dardant de questions : « n'as-tu rien vu de l'avenir ? », « pas de vision ? », « as-tu vu des choses qui n'existaient pas ? ». Non, rien. Toujours la même réponse qui plongeait Ruri dans une angoisse sans nom. Devait-elle inventer des prédictions de peur qu'on ne l'abandonne ? Devait-elle dire la vérité, qu'elle ne voyait rien, qu'elle ne savait pas comment si prendre ? Elle doutait d'elle-même, tout comme les prêtresses. Finalement, à ses neuf ans, une décision fut prise. En l'absence, dans l'année, d'une seule prédiction, la jeune fille serait rejetée. C'était une position délicate de la part de l'Ancien et du prêtre, mais il n'avait guère le choix. Si aucune vision n'envahissait l'esprit de Ruri, l'autorité du village courait droit à sa perte. Cela signifiait également que la bénédiction de Zakeriel n'était plus. En effet, les prêtres successifs considéraient que c'était le messager des dieux qui conférait ce pouvoir aux oracles. Tant que les prédictions allaient, Zakeriel conservait un oeil bienveillant sur la Cité. Mais maintenant qu'il n'y avait plus de message divin, Zakeriel s'était détourné, comme s'il maudissait à présent la population entière. Des possibles remises en question du passé pouvaient survenir. On déclarerait qu'elle se serait échappée, voire qu'elle serait morte, tombée dans le lac. Ainsi, rien ne serait bouleversé.

L'année se terminait. Les neiges avaient envahi les rues de la cité, les récoltes avaient été moins bonnes. Ruri était recroquevillée dans un coin de la pièce. Elle se doutait au fond d'elle-même de ce qui allait se passer et, pourtant, elle voulait continuer de croire en son pouvoir absent, de croire qu'elle était vraiment un oracle. Le prêtre et l'Ancien ne prirent pas la peine de frapper à la porte de sa chambre. Ils l'ouvrirent sans ménagement et se dirigèrent vers le coin de la pièce où se trouvait la petite fille. Le vieil homme à la barbe blanche, Maelgern l'Ancien, se dressait devant elle, les poings sur les hanches. Govan le prêtre se trouvait derrière lui, s'appuyant sur sa canne mystique d'une main.

« Tu n'es pas celle qui nous apportera le bonheur, qui nous ôtera du doute de demain. Tu n'es pas un oracle, tu n'es pas digne d'en être une. Tu n'es plus rien. Nous allons te conduire en un lieu où plus jamais tu n'entendras parler de nous. » S'exprimait Maelgern d'une voix rude. Son émotion le trahissait quelques peu. Sous sa barbe hirsute, ses joues avaient rosis. Fallait-il réellement mettre cela  sur le compte du froid environnant ? Ruri ne répondit rien. Qu'y avait-il à répondre ? De toute évidence, son destin n'avait et ne serait jamais entre ses mains. Non, pas même le sien. L'Ancien posa sa main calleuse sur l'épaule de la jeune fille et l'obligea à se lever. Déjà des larmes perlaient le long de ses joues. Elle avait peur, elle ressentait de l'incertitude, elle ne voyait rien qu'un chemin sombre. Le prêtre les accompagna jusqu'à la porte de la ville. Il faisait nuit, les lunes étaient hautes dans le ciel. A l'extérieur du village, des hennissements se firent entendre. Une carriole attendait à l'extérieur.

Trois hommes attendaient dans le froid. Ils étaient vêtus chaudement, portant des effets laineux et des capes épaisses. Ils portaient également un heaume. Ruri se disait qu'elle était sûrement envoyée dans un village voisin. Mais le symbole qui était sur le dos des gantelets de ces soldats ne lui disait rien. Pourtant, elle connaissait les marques de bien des royaumes dans le continent. Elle tenta de se rassurer en pensant qu'elle ne les connaissait pas toutes. L'emblème était composé de deux griffes noires entrecroisées. L'un des hommes, le plus grand, s'approcha. Son heaume était différent de ceux des deux autres restés à l'écart. Il était pourvu de cornes. Sûrement le symbole du chef. Il portait à sa ceinture une épée large. La jeune fille ne pensait plus à rien. Elle attendait. Puis le chef porta une main à sa ceinture, en dégota une bourse et la lança à l'Ancien.

« Tu peux dire à tes villageois qu'elle est dans le fleuve. Plus jamais ils ne la verront. » Le ton de l'homme avait quelque chose d'ironique. Sa voix était masculine, rocailleuse. Il semblait âgé mais moins que Maelgern. Ce dernier ne répliqua rien, se contentant de pousser Ruri vers les trois hommes. Il se détourna sans plus de mots et retourna à grands pas chez lui. C'était la fin d'une époque, d'une vie. La jeune fille commença à regretter son passé, elle sentait que quelque chose n'allait pas. Le soldat la prit par le poignet et la traîna vers la carriole. Là, l'un des deux sbires en descendit une chaine qu'il attacha aux chevilles de l'enfant puis aux mains et enfin au cou. Elle était devenue esclave.

Le trajet sembla durer une éternité. Le chef était monté sur son propre cheval et devançait la charrette. L'un des deux sbires conduisait le véhicule qui emmenait Ruri vers un destin inconnu. L'autre sbire la tenait par la chaine qui pendait à son cou. Il la regardait de ses yeux glacials. Pas un mot, rien. Pas même un arrêt. La route était tantôt sinueuse et cahoteuse, tantôt droite et moins rugueuse. Parfois la route montait, parfois elle descendait. La jeune fille avait perdu tous ses repères. Elle avait l'impression d'avoir été projetée contre son gré dans un couloir au bout duquel l'attendait un gibet ou une guillotine.

Lorsque la carriole s’arrêta, elle sentit sonner le glas. Pourtant, si son esprit lui hurlait de courir, ses jambes flageolantes lui désobéissaient. Le sbire la tira plusieurs fois de suite pour qu’elle daigne faire quelques pas. Il la fit même tomber de la charrette en tirant trop fort. Elle pleurait, lâchait des larmes, incapable d’avancer plus. Elle était terrifiée. Le chef s’avança vers elle et la saisit d’une main par le menton. Il lui leva la tête avec tant de force qu’elle crut qu’elle allait se désolidariser du reste de son corps.

« Ecoute-moi bien petite. Ici, c’est moi qui donne les ordres. Primo, t’arrête de chialer. Secundo, tu m’as été vendue, tu m’appartiens. Tertio, tu vas faire ce que je vais te dire, que cela te plaise ou non. ». Sur ces mots, il la jeta au sol et s’en détourna avant de rajouter en chemin « Mettez-là au travail avec les autres ».

Elle avait parcouru une centaine de mètres, descendant des escaliers en bois dans une pénombre certaine. Elle traversa des boyaux de roche, croisant au passage des vieillards, des personnes d’âge mûr et des enfants, comme elle. On lui attacha ensuite sa chaîne à un anneau au mur et on lui lança une pioche. « Creuse en silence » lui avait-on intimé. Puis le garde s’en alla faire sa ronde. Ruri avait énormément de mal à se mettre au travail. Elle avait pris la pioche de ses deux mains puis avait fondu en larme. « Ça fait toujours ça la première fois » lui lança un adulte non-loin d’elle. « Malheureusement, pleurer ni changera rien. Tout ce que l’on peut espérer, c’est qu’on nous relâchera une fois qu’ils auront trouvé ce qu’ils cherchent ». C’était sans grande conviction que l’enfant avait acquiescé. L’outil était bien plus lourd qu’elle ne le pensait et creuser la roche s’avérait très difficile.

Les jours passèrent. Elle avait maigri, son visage s’était émacié. Ses cheveux argentés s’étaient empoussiérés de charbon, devenant noirs. Son visage était sale et ses petits yeux ne laissaient entrevoir que de la tristesse. Elle avait fait la connaissance de l’homme qui travaillait non loin d’elle. Il s’appelait Eorlund. Il était un fermier avant qu’il ne soit vendu par son seigneur pour une forte somme d’argent. Lorsque l’homme lui demanda la raison de sa présence ici, elle mentit. Elle ne voulait pas révéler son passé, qu’elle devait être un oracle. D’une part, la plupart des gens ne croyaient pas à ses choses-là, d’autre part elle voulait oublier ce qu’elle devait être, ou du moins ce que l’Ancien avait cru qu’elle était. Méprise profonde. Ruri n’avait plus aucune notion du jour et de la nuit. Toutes ses habitudes s’étaient envolées. Plus d’ablution matinale. Au réveil, elle mangeait un bol de gruau infecte et travaillait jusqu’à n’avoir plus de force. Deux repas par jour. Le même bol à chaque repas.

Vint un jour où elle n’avait plus assez de force pour se lever. Elle avait faim, était incapable de travailler et de soulever une pioche. Elle arrivait à peine à changer de côté lorsqu’elle était allongée. Eorlund l’appela, tenta de lui donner de la force en lui insufflant du courage. Mais rien n’y faisait. Elle se sentait mal. Lorsque les gardes l’apprirent, ils s’approchèrent de la cage où était retenu Eorlund, Ruri et trois autres personnes. Deux soldats se chargèrent d’écarter les esclaves du corps de la jeune fille, le troisième donnant des coups de bottes dans la coquille inanimée qu’était devenue l’enfant. Après s’être questionné de la marche à suivre, n’ayant à l’évidence pas l’habitude qu’un enfant décède dans sa cage, l’un des gardes alla trouver le chef. Celui-ci descendit rapidement. Il toucha le front de la jeune fille.

« Ce n’est rien. Donnez-lui la ration des autres de sa cellule. Ça devrait la requinquer. »

Lorsqu’un garde apporta les rations et les posa face à la jeune fille, Ruri s’était assise face à lui. Son regard était différent, assuré et froid.

« Tu vas mourir ce soir. ».

Lorsque ses paroles fut dite, la sibylle perdit connaissance. Il lui fallut près de dix minutes pour reprendre connaissance avec un mal de crâne horrible. Effectivement. Le soir-même, l’un des gardes le tua lors d’une rixe alcoolisée. Il fut transpercé d’une dague dans la gorge. C’était sa prédiction. Eorlund n’en revenait pas. Il tenta de questionner la jeune fille sur son mystérieux pouvoir. Mais elle n’en dit rien, refusant d’admettre ce qui s’était passé. « Je voulais l’impressionner, c’est tout ». Mais en réalité, elle ne se souvenait pas de ce qu’elle avait dit. C’était lorsque l’homme lui avait expliqué la scène avant de la questionner qu’elle avait compris. Elle était donc bel et bien l’oracle. Plus que l’oracle, la Sibylle. Elle devenait l’espoir d’être un jour libre.

~ La Sibylle ~



Les années continuèrent de passer sans que les choses ne changent. Son pouvoir n'avait pas refait surface. En réalité, elle ne se souvenait que de bribes de ce qu'elle avait vu. Des passages flous, en noir et blanc, de la mort d'une personne. Une dague, du sang, son visage. Elle en déduisait donc que le rêve qu'elle avait fait venait de son don. Mais pourquoi continuait-elle de le faire alors que le garde était mort ? Le traumatisme était-il encore si important ? Puis ce fut un autre rêve qu'elle fit, éveillé. Elle était en train de creuser dans le mur lorsque le temps sembla se dilater. Elle vit le chef des esclavagistes arriver dans le tunnel. Eorlund saisissait sa pioche et le frappait avec violence. Ruri prenait les clés et s'échappait. Puis tout redevint normal. A ceci près que le chef des esclavagistes arrivait. Elle revit la scène dans toute son horreur. Eorlund prit sa pioche à deux mains et éclata le crâne de l'esclavagiste.

« Prend les clefs à sa ceinture Ruru et cours. ». Paniquée, Ruri se pencha tant bien que mal et pris le trousseau qu'elle fit tomber à deux reprises. Elle essaya une clef. Elle ne rentra pas. Une autre. Puis encore une autre. Et enfin, le verrou de sa chaine céda. Elle enleva ceux de ses chevilles endolories et de ses poignets. Enfin, elle libéra Eorlund qui lui criait de s'échapper. « Je ne veux pas partir sans toi, Eor. » disait-elle, au bord des larmes. Mais déjà les gardes se précipitaient dans le couloir. « Cours !! » cria l'ancien fermier. Instinctivement, elle prit la pioche à ses pieds et le lança sur un garde et esquiva tant bien que mal. Ruri se mit à courir comme jamais, puisant dans ses dernières réserves. Elle tourna à droite, puis à gauche, puis encore à gauche. Raté. C'était la salle de repos des gardes. Elle fit demi-tour et emprunta divers chemins avant d'arriver sur l'escalier de la liberté.

« Retrouvez-là » hurlait un homme. « Tuez-là si nécessaire, mais ne la laissez pas s'échapper ! ». C'était trop tard. Ruri s'était échappé. Mais c'était sans compter sur la vivacité du second qui remplaçait le chef. Il dégaina son épée et la pointa vers la jeune fille avant de se précipiter vers elle et de la bousculer violemment. Elle se massa le crâne et se releva d'un geste. Il fallait faire vite. Elle tenta de faire marche arrière, mais déjà des voix de gardes se faisaient entendre. Elle tenta de se précipiter vers un bosquet non-loin. Les brumes se levaient et entourait peu à peu la scène. On n'y voyait plus rien. Puis le temps semblait se dilater encore une fois. Elle vit l'homme se précipiter vers elle l'arme au poing. Elle semblait prendre ses marques. La prescience faisait partie intégrante de son pouvoir divinatoire. Cependant, ce qu'elle omit de remarquer, c'est que la scène était déjà terminée lorsqu'elle remarqua le cadavre du chef, empalé sur sa propre épée. Des ombres s'approchèrent et sa tête lui faisait mal. Le monde tournait tout autour d'elle à une vitesse affolante.

« Elle l’a tué. Elle a osé tuer notre chef et son second. On va la dépecer » lança un premier soldat. « On va même jouer avec son corps, tiens. ».

Cela dura une éternité. Une éternité de souffrance pendant laquelle elle n'avait plus prise sur elle-même. Son corps se déchirait de l'intérieur. Elle ne pouvait pas résister contre ces intrus. Ses poignets étaient fermement tenus, plaqués au sol. Du sang s'épanchait d'entre ses jambes. Elle trouva la force de hurler. Puis ce fut le noir complet. Les soldats, après s'être défoulé sur elle, la laissèrent pour morte au milieu de la prairie. Sa robe blanche, devenue grise et noirâtre par endroit s'était tâchée de sang. Son visage avait des bleus et la pointe de ses cheveux se paraît du liquide épais et chaud. Elle avait perdu conscience.

« Finalement, le commerce d'esclave est une vraie plaie. Dire que ce vieux fou d'Ancien croit toujours qu'on a sa fille pour qu'il ne dise rien sur notre petite affaire ... il est vraiment idiot. Et puis, pour ce que ça nous coûte... »

Quarante-cinq minutes. C'est le temps qu'il fallut à Ruri pour reprendre ses esprits. Horrifiée, seule dans le froid, sa robe déchirée par endroit dévoilant son corps frêle et pâle, la Sibylle était allongée dans l'herbe. Puis les larmes montèrent et Ruri se mit à pleurer. Elle les haïssait, tous. Ces hommes n'étaient que des porcs qui n'avaient vu en elle qu'une chose, une poupée qu'on utilise puis que l'on jette. Elle leur ferait payer, d'une manière ou d'une autre. Elle renverserait l'échiquier. Elle les utiliserait puis les jetterai. Non, les torturerai. Ce serait infiniment plus plaisant ainsi. Oui, elle verrait le sang qui coulerait le long de leur corps, leur souffrance déformer leur visage, lui suppliant d'arrêter. Oui, elle changerait.

Equipement possédé : Rien.

Magie : Ruri peut faire usage de la prescience mais ce pouvoir s'exerce en dehors de toute volonté. Elle se déclenche avant un évènement qui pourrait l'atteindre, de manière négative généralement. Elle réagit ensuite de manière la plus appropriée (elle essaie si elle à le temps de réfléchir). Ce pouvoir la fatigue, lui cause des vertiges et peut, dans une minorité des cas, l'évanouir.
Elle possède le Don.

Je souhaiterai jouer ma rencontre avec mon maître/ma maîtresse en RP si possible !
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