Tol Orëa, la Terre de l'Aube

Le Ciel est notre Empire ... pour Vaincre ... ou pour Mourir !
 
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 Archive - [RP] Un Monde d'Illusions

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Oracle Tol Orëanéen
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MessageSujet: Archive - [RP] Un Monde d'Illusions   Sam 31 Aoû 2013 - 13:04

Posté par Amaélis Yodera


Les gouttes de pluie tombent, c'est le ciel qui pleure. Ce sont des larmes. Les miennes ? Peut-être est-ce moi qui pleure. Toi. Qui es-tu, toi ? Un corps sans ombre, une fleur flétrie, un oiseau blessé, une mélodie silencieuse ? Un souvenir, une pensée. Une évidence. Il ne pleut pas.

Il n'y avait plus de matière. Son corps était mort, abandonné, relique perdue d'une époque trop lointaine pour être évoquée. Tout autour d'elle se confondait en un tourbillon de couleurs, d'images et de sensations diffuses. Ce qui existait n'avait plus aucun sens. Mais quelque chose existait-il vraiment ? La frontière entre le Rêve et la Réalité avait été abaissée, irrémédiablement détruite, laissant les deux Mondes s'entremêler. Il n'y avait plus de rêves, il n'y avait plus de réalité. Il n'y avait plus de sens à rien. Une seule chose était certaine : elle avait mal. Elle ne savait pas où, elle ne savait pas comment ni pourquoi, mais elle avait mal. Une douleur sourde et froide, comme un morceau de flèche oublié depuis tellement longtemps dans sa chair que la peau s'était refermée autour. L'oubli. C'était l'oubli qui avait tout ravagé, qui lui avait pris son nom et qui l'avait réduite à l'état de simple esprit. Qui était-elle ? Cette question la hantait. Dans la tourmente, elle voyait parfois surgir un visage, deux grands yeux de perle gorgés de larmes. Était-ce elle ? Pourquoi pleurait-elle ? Pourquoi se voyait-elle ? Était-elle vraiment morte, alors ? Non. Le visage lui parlait.

Ne t'inquiète pas. Je suis là, tout va s'arranger, tu verras. Reste avec moi, ne pars pas.

Qu'est-ce qui allait s'arranger ? Et partir où ? Tout cela ne faisait aucun sens. Mais il n'y avait plus de sens. Un flot continu de notes s'écoulait dans l'air, semblant venir de nulle part. Connaissait-elle cette mélopée ? Sûrement, même si elle n'en avait aucun souvenir. Des silhouettes se découpaient dans la brume blanche omniprésente. Les personnages l'observaient, lui souriaient, lui parlaient. Mais elle ne les entendait pas, elle les voyait à peine. Tout se mélangeait, se floutait, puis, soudain, c'était le noir. Un noir complet, vide et froid. Et parfois, dans cette nuit sans fin, une voix qui criait, qui appelait. La sienne ? Comment le savoir ? Il y avait aussi cette présence, qu'elle sentait lorsque l'obscurité la dévorait. Une présence vaguement chaude et réconfortante, qui était en elle comme un vieux rêve dont on se souviendrait à moitié. Elle s'y raccrochait, avec la certitude qu'elle était liée à cette présence, au-delà de l'oubli et de la mort.

J'entends des cris, des pleurs. C'est une enfant qu'on a abandonnée. Elle a froid, elle a peur. Peut-être est-ce moi ? Toi, encore. Qui es-tu ? Un souvenir effacé, une pensée rejetée, une évidence détruite ? Une orpheline, une maudite, une bannie. Un Spectre.


Il n'y avait plus de matière. Elle flottait entre deux mondes, entre deux états. Elle n'était pas vivante, elle n'était pas morte. Elle n'était pas consciente, mais restait pourtant éveillée. Sa mémoire avait été rongée par l'oubli qu'elle s'était imposée, et les fièvres balayaient de leur souffle ardent les derniers flocons de sa raison, abreuvant son esprit d'illusions. Sans s'en apercevoir, elle chantait, d'une voix éthérée et étrangement grinçante, peuplant les alentours de fantômes évanescents surgis d'un passé perdu. Quand elle les remarquait, elle regardait avec crainte ces formes floues, comme si elle avait eu peur qu'elles ne s'en prennent à elle. Mais tout recommençait bien vite à s'effacer, à tourbillonner, et le noir l'enlaçait une nouvelle fois. Le temps s'étirait à l'infini, effaçant les heures, le jour, la nuit. Il n'y avait plus de sens. Il n'y avait plus rien.

~°~

La jeune femme est recroquevillée au sol, les genoux remontés contre sa poitrine, enlaçant ses jambes de ses bras. Elle semble si pâle, presque transparente. Son visage aux traits affreusement saillants et maculé de poussière disparaît sous une épaisse crinière hirsute, grise de saleté. Ses yeux immenses, enfoncés dans leurs orbites, cerclés de cernes sombres, ne reflètent qu'un vide insondable et effrayant. Elle est pâle, si pâle. Son corps à la minceur cadavérique flotte dans une tunique trop grande pour elle, déchirée par endroits et couverte à d'autres de taches diverses. Ses mains aux doigts démesurément longs viennent soudain frapper le sol, ses ongles crasseux creusant la terre tandis qu'une grimace déforme ses lèvres parcheminées. Des ombres dansent devant ses yeux, l'appelant par son prénom. Si seulement elle pouvait entendre leurs voix, elle entendrait son nom, elle se souviendrait peut-être.

Amaélis.

Mais déjà, les formes s'estompent et s'étiolent, disparaissent dans le brouillard. Et la jeune femme demeure seule, prisonnière de son esprit.

~°~

Les gouttes de pluie tombent, c'est le ciel qui pleure. Ce sont des larmes. Les miennes ? Peut-être est-ce moi qui pleure. Toi. Qui es-tu, toi ?  Un corps sans ombre, une fleur flétrie, un oiseau blessé, une mélodie silencieuse, un souvenir effacé, une pensée rejetée, une évidence détruite. Tout cela à la fois. Ou peut-être rien ?
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MessageSujet: Re: Archive - [RP] Un Monde d'Illusions   Sam 31 Aoû 2013 - 13:04

Posté par Galaad Lucis


Lam' & Eryfen
Le vent soufflait fort, sec et tiède, comme la respiration d’une bête sauvage. Lam’ se prenait parfois à rêver de son passé, les nuits agitées et si ces souvenirs lui rappelaient sa mort, ils lui rappelaient également que son hôte et amante ici présente était toujours vivante elle. Pat conséquent, elle avait des besoins à satisfaire qu’un fantôme ne pouvait lui apporter. La dragonne Airain chassait mais sa propre Liée semblait prête à attendre le jugement dernier. Pour des âmes maudites, la vie semblait si lointaine...

En voyant revenir vers elle sa fleur de givre, Lam’ n’avait pu masquer sa joie. Elle n’avait pas voulu voir la douleur qui rongeait sa bien-aimée, avait fermé les yeux sur la peine qui anesthésiait son cœur. Elle avait voulu montrer toutes les merveilles enfouies de son Màr, comme promis, maintenant qu’elle se souvenait. Oui, quand Amaélis était là, Lam’ se souvenait de tout, son passé lui revenait, les voiles de l’oubli se déchiraient presque douloureusement mais la Vagabonde ne s’était jamais sentie aussi entière. Seule Eryfen voyait bien le mal qui gangrénait celle qui procurait tant de joies à sa Liée. Elle s’était murée dans le silence, ne souhaitant pas intervenir, espérant que tout finirait par s’arranger. Lam’ avait voulu garder pour elle la vie d’Amaélis et d’Ithildin. Seulement, il avait été trop tard lorsque les choses avaient empiré. Plus le temps passait et plus sa belle se fanait, refusait de s’alimenter, délirait, se prenait pour un spectre au point d’oublier qui elle était.

Et Lam’ pleurait chaque jour la perte de son amie.

Cela aurait pu être un jour comme les autres si Eryfen n’avait soudain senti la présence d’un autre vivant et évolué dans les parages. Un point noir avançait à grande vitesse vers eux dans le ciel. Point qui se transforma très vite en une créature ailée de grande envergure. La Bleue rugit et se dressa de toute sa hauteur, ailes déployées, crocs dénudés et serres sorties. Lam’ sentit la réaction de sa Liée et détacha un instant son regard de la forme blanche et prostrée qui faisait battre un cœur inexistant. La dragonne aux écailles de mer du Vaendark observa l’arrivée de leurs visiteurs tandis que Lam’ courait la rejoindre à l’extérieur de la tour, armée de son arc.

~°~

«  La Chevalière Yodera a quitté le Kaerl. »
« Amaélis Yodera ? Connais pas. »
« Oui, une Neishaane aussi discrète qu’une petite souris avec une dragonne très tape-à-l’œil ! Elle est partie il y a... Pfff, je sais plus mais ça fait longtemps, un mois p’têtre ? »
« Chevalière Yodera introuvable. Je savais bien que la Quête des Deux Lunes lui avait dérangé le cerveau... »
« Hélas, plus de nouvelles, personne ne la recherche. Pourtant sa Liée est un sacré spécimen, ce serait dommage de la perdre. »


Le cauchemar devait prendre fin. Amaélis qui quitte le Kaerl après ma mort présumée, sa Liée qui l’emmène je ne sais où... Elle ne se serait pas suicidée, connaissant sa redoutable Liée, c’était à exclure. Et pourtant, j’étais terrifié à l’idée qu’elle fasse une pareille chose. Elle en était bien capable. Oh, Flarmya, pitié, faites qu’elles ne soient pas mortes ! Elles sont mes seules véritables amies en ce bas monde, vous n’avez pas le droit de me les retirer elles aussi !

Nous étions partis depuis hier matin. C’était notre deuxième jour passé à traquer la moindre trace des deux Englouties sur l’île des dragons. Quand je ne parvenais pas à négocier des réponses à mes questions, Elérion suffisait à faire ployer les plus récalcitrants. A peine rentré au Màr Luimë, je devais faire face à un nouveau problème, aussi terrifiant que la perspective de se retrouver bientôt en face à face avec la Mort, celle qui a une Main Noire.

Nous avions survolés la Sylve, le Delta, fouillés la Baie dans ses moindres recoins, arpentés en secret à la nuit tombée les Pics, parcourus les Chutes et ses lacs, longés le Manoir, observés les flancs abruptes de Gérikor, questionnés tout Lòmëanor à leur recherche. Sud, nord, est, ouest. Des bribes à gauches, un visage à droite. De vagues souvenirs mais nulle certitude. Au matin du deuxième jour, en sortant de l’auberge où je m’étais payé une chambre dans le village, Elérion ayant dormi dans la grange d’à côté, je compris qu’il ne me restait plus qu’un seul lieu de Tol Orëa que je n’avais pas visité. Mais pour cela, il allait falloir que j’aide mon Ame Sœur à vaincre sa répulsion naturelle et sacrée envers l’endroit.

° Je n’aime pas ton idée.
Moi non plus. Avons-nous le choix ? °


Le Bronze ne répondit rien car il savait que j’avais raison. Bientôt, la frontière maudite fut aperçue, noyée de brume et aussi grise et terne que de la cendre. Le seul lieu de la Terre de l’Aube qui fut jamais le plus inhospitalier et le plus dangereux, le lieu endroit que nous n’avions visités, c’était la mystérieuse et délétère Lande d’Eru. Nous filions entre les nuages, assez haut pour éviter tout volatile hostile et permettre à Elérion de scruter le sol à la recherche d’une quelconque forme humanoïde vivante. Roches, arbres foudroyés, geysers, bêtes difformes, une contrée abandonnée des Dieux s’étendait sous les larges ailes de mon Lié. Je resserrai les pans de ma veste, quelques mèches éparses sorties de la queue de cheval me chatouillaient le cou. Le noir demeurait toujours ma couleur naturelle, j’espérais seulement ne pas devoir porter éternellement le deuil des deux Neutres en plus de celui d’Isabeau. Je pouvais sentir dans les muscles tendus, derrière la paroi d’acier mental, toute l’aversion que causait ce vol en territoire profane à mon Bronze.

Elérion fut le premier à apercevoir une forme bleutée, couleur trop vive pour ne pas être un résidu vivant dans cette région. La forme bleutée remua et un rugissement draconique nous parvint. Il sommait Elérion de se présenter sans tarder et de ne pas montrer de signes belliqueux. Un spectre du Màr Dìnen. Le Bronze lui répondit par un rugissement plus grave et entama sa descente en spirales pour venir se pose à quelques mètres de la tour en ruine que semblait garder la sombre dragonne fantomatique. Elérion replia ses ailes mais banda ses muscles puissants, la tête levée et les yeux orangés, luisant de méfiance. La Bleue siffla d’un ton agressif mais refusait visiblement de s’avancer. Une adolescente efflanquée vint à ses côtés, un arc et une flèche en mains. Je glissai du flanc de mon Lié et marchai lentement vers elle, sous le regard vigilant de mon dragon.

- Excusez-moi !

Quelle phrase idiote ! J’avais cependant l’impression que je devais me faire pardonner mon intrusion.

- Je ne voulais pas vous déranger mais je suis à la recherche de quelqu’un. Je suis du Kaerl Englouti et me nomme Galaad Lucis et voici Elérion.

Je crus que le silence seul me répondrait et que je devrais faire demi-tour sans rien de plus mais la voix rauque de la jeune femme s’éleva. Mon cœur se gonfla d’espoir.

- Je suis Lam’ et voici Eryfen.
- Je cherche une amie disparue. J’ai fouillé toute l’île sauf ici. Elle s’appelle Amaélis Yodera et est liée d’une dragonne au cuir étrange, oscillant entre le bronze et l’argent. L’auriez-vous vue ?


Aux yeux écarquillés du spectre, je sus qu’elle savait effectivement quelque chose. Elle échangea un regard éloquent avec sa Liée qui rangea ses griffes. Je pus sentir les muscles se décontracter un à un chez Elérion dans mon dos.

- Suivez-nous !

Lam’ courut jusqu’à sa tour, suivie par sa Liée et je lui emboîtai aussitôt le pas. Les pas lourds du Bronze firent trembler le sol. Je distinguai la forme rutilante d’une dragonne couchée au sol mais la Chevalière Maudite prit la direction opposée quand sa Liée resta avec l’Airain. Et là je vis, recroquevillée au sol, diaphane et amaigrie, ma Neishaane.

- AMAELIS !
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MessageSujet: Re: Archive - [RP] Un Monde d'Illusions   Sam 31 Aoû 2013 - 13:05

Posté par Amaélis Yodera

Une déchirure, fulgurante et brûlante, suffocante. La pointe de flèche était retirée. Ces quatre simples syllabes, prononcées par une voix qu'elle connaissait peut-être, avaient provoqué en elle un ouragan à la violence et à la soudaineté dévastatrices. Rien n'avait changé, pourtant : la brume était toujours là, floutant les formes, engloutissant les silhouettes étranges que dessinait son esprit. Mais les souvenirs ressurgissaient en hurlant, fondaient sur elle telle une gigantesque vague et la heurtaient avec sauvagerie, la noyaient de sensations, de détails et d'informations. Elle ne pouvait lutter contre. L'assaut semblait interminable. Incapable de respirer, elle s'était recroquevillée un peu plus sur elle-même, effrayée par la clameur de sa mémoire.

« Amaélis ! » criait un homme, et elle descendait de sa chambre pour dîner.
« Amaélis ! » braillaient des enfants en grimaçant et en lui jetant des cailloux, et elle pleurait, immobile.
« Amaélis ! » disait doucement un jeune garçon, et elle le laissait la consoler.
« Amaélis... » grondait l'Empereur Noir, et elle rougissait, gênée.
Amaélis, Amaélis, Amaélis.

Elle se souvenait, et c'était quelque chose de plus triste et de plus douloureux qu'elle ne l'avait imaginé. C'était même effrayant. C'était toute sa vie qui défilait devant ses yeux, qu'elle revivait par à-coups irréguliers. La nausée aux bords des lèvres, elle se laissait faire, emportée par le flot intarissable de ses souvenirs. Elle ressentit une nouvelle fois l'affreuse solitude de l'orpheline, de l'être rejeté par tous. Elle revécut, impuissante, sa blessure au bras, le goût amer de la trahison, la fuite. Elle fut de nouveau tiraillée par la faim et par le froid, par la peur jouissive et malsaine de ne pas voir le printemps suivant. Elle revit l'intrusion de Darweel et de Ragnarök dans sa vie, l'ampleur de tout ce qu'ils lui avaient offert. Puis, ce fut le tour de sa première rencontre avec le Conseil et Dame Lalwendë Valendil, son apprentissage au Màr Luimë, Khaavren, Tachiran, le village d'Orën, les monstres de Lòmëanor, la détestable Alkhytis Doréhor, la Quête des Deux Lunes et la maladie de Darweel, Lam', son Empreinte avec Ithildin, Galaad et Elérion, l'étonnant Siegrain d'Amberle, la mort de Galaad, sa seconde fuite, l'enlèvement raté de Daala, une troisième fuite... Ensuite, ce n'était que vide et douleur.

Enfin, la vague se retira, laissant la Neishaane tremblante, les yeux révulsés. Que lui était-il arrivé ? Où... ?

° ITHILDIN ! °

Son cœur battait à tout rompre, elle le sentait pour la première fois depuis une éternité. Elle voulut bouger en ne percevant aucun signe de vie de la part de l'Airain, mais elle n'y parvint pas. Chaque muscle la brûlait férocement, son ventre n'était que flammes d'acide, sa raison se perdait à nouveau dans le brouillard. Seulement, la douceur de l'oubli s'était envolée. La réalité était là, en face d'elle, plus monstrueuse que jamais. Darweel était sûrement morte aujourd'hui, Khaavren avait disparu et ne reviendrait pas, Galaad n'était plus de ce monde, Lam' resterait à jamais un Spectre. Tous ceux à qui elle avait commis l'erreur de s'attacher n'existaient plus. La Mort les avait pris, un à un, ou alors, c'était l'Oubli. Elle était seule, plus que jamais. Avec un sursaut de dégoût, Amaélis se pencha en avant, comme pour vomir, mais rien d'autre ne vint qu'une toux étranglée.  

Elle releva péniblement son visage, et si elle était incapable de verser des larmes, tous ses traits pleuraient pour elle. Se découpant dans la brume, il y avait deux silhouettes bipèdes familières, et, derrière elles, celle plus massive et floue d'un Dragon. L'une des silhouettes s'approcha d'elle, se laissant tomber au sol pour être à la hauteur de la Neishaane. Ses lèvres bougèrent, mais un étrange bourdonnement dans ses oreilles l'empêcha d'entendre ce qu'il disait. Amaélis ressentit un coup au cœur en reconnaissant le visage de celui qui était la cause de sa déchéance. Galaad. Elle observa sans oser y croire le Neishaan. Non, il était mort. Elle ne s'en souvenait que trop bien.

La colère remplaça la tristesse, et elle repoussa le jeune homme avec le peu de forces qu'il lui restait. Il n'était qu'une nouvelle illusion, une nouvelle chimère, née de ses souvenirs. Sa voix s'éleva alors, vulnérable et vacillante, résonnant comme un instrument mal accordé.

Allez-vous en ! N'avez-vous rien d'autre à faire que de revenir me hanter ? N'avez-vous pas pitié de moi ?

Elle tenta de se concentrer pour faire disparaître l'apparition cruellement réaliste, mais aussitôt, la tête lui tourna, et elle dut se résigner à affronter le fantôme, qui semblait peu enclin à la laisser en paix.

Va-t'en, répéta-t-elle faiblement, le ventre tordu de chagrin. Je sais que tu n'es qu'une ombre, que tu n'es pas réel, que tout ceci ne passe que dans ma tête... Alors, je t'en prie, laisse-moi. Va-t'en.
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MessageSujet: Re: Archive - [RP] Un Monde d'Illusions   Sam 31 Aoû 2013 - 13:05

Posté par Galaad Lucis

Oh, douleur, que de voir dans un état pareil mon amie, ma sœur. Pourquoi fallait-il que nos deux âmes soient marquées du sceau de la Mort ?

La dénommée Lam’ renifla près de moi et tomba à genoux à mes côtés, sa main flottant près des mèches filasse au lustre éclatant de blancheur auparavant. En sentant l’air froid qu’elle dégageait, je craignis soudain de mourir ici, aux mains des spectres qui peuplaient les légendes. Une vague de répulsion me saisit à l’encontre de cette fille diaphane qui semblait si proche d’Amaélis... Au point qu’un tison de jalousie s’alluma en moi un bref instant. Que diable lui avait fait ce spectre pour autant la transformer ? Mais comment douter de sa sincérité en voyant le chagrin sur le visage du fantôme ? Je reportai mon attention sur mon amie. Sa voix rauque et grinçante me fit mal. Derrière moi, Elérion agita sa queue monumentale – tout est digne des titans chez lui de toute façon – avec nervosité.

- Je ne suis pas un mirage !

J’avais crié avant de me rendre compte des mots qui franchissaient mes lèvres. J’étais blessé de ne pas être reconnu pour ce que j’étais mais qui aurais-je pu blâmer ? Pendant plus d’un mois, j’avais été porté disparu et déclaré mort. Mais Amaélis, qui semblait vivre parmi les fantômes, ne pouvait-elle pas m’accepter ?

- Qu’est-ce que tu lui as fait ? m’enquit-je d’une voix basse et sourde à l’intention du spectre de la Chevalière Maudite.

Lam’ se retourna d’un bloc dans ma direction, ses yeux de perle mêlés de larmes me foudroyant.

- Je n’ai rien fait du tout ! J’ai pris soin d’elle quand toi, tu n’étais pas là !

La douleur m’égarait. Je voulais fuir, partir loin de ce lieu abandonné, me sauver des griffes du désespoir. Lam’ dû sentir mon fatalisme car elle cria à nouveau après moi.

- Aide-moi, pauvre crétin !

Je fus étonné de ne pas sentir de mouvement d’humeur de la part de mon Lié. Elérion restait figé comme une statue de glace, paralysé par je ne sais quel sentiment d’horreur profond. Je tendis la main vers mon amie, hésitant à lui toucher le bras, sachant qu’elle n’aimait guère les contacts mais priant pour qu'elle réagisse.
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MessageSujet: Re: Archive - [RP] Un Monde d'Illusions   Sam 31 Aoû 2013 - 13:06

Posté par Amaélis Yodera

Prostrée, tremblante, les lèvres remuant sans qu'aucun son n'en sorte, Amaélis fouillait désespérément en elle à la recherche d'Ithildin. Elle sentait leur Lien battre faiblement, au rythme lent d'un cœur vieux et fatigué, d'une marche funèbre. Où était cette flamme bizarre qui la brûlait autrefois ? Ce feu de Dragonne qui ne parvenait pas à s'accorder avec les neiges de la Neishaane ? Elle avait mal de ne plus sentir cette douleur familière dans ses entrailles ; elle se sentait vide, froide et sombre comme les nuits d'Hiver. Ce constat balaya à lui seul les souffrances physiques et le trouble de son esprit. Déchirant la brume et l'obscurité, avec cet éclat propre aux derniers sursauts de l'espoir, toute son âme se tendit vers l'Airain, s'insinuant au plus profond d'elle, comblant les moindres recoins de son être. La Neishaane tentait presque inconsciemment de reproduire le sentiment de l'Empreinte, voulait le rappeler à Ithildin. Elle se mit à chanter –  mais avec son cœur, sans produire un seul son. C'était la pulsation intemporelle de la Terre, celle du sang dans les corps, de la sève sous l'écorce, du souffle qui gonfle les poitrines, de la marche infinie du Temps, c'était la pulsation intemporelle de la Vie. Et il sembla à Amaélis que leur Lien se remettait à battre ce rythme, que le cœur de la Dragonne s'éveillait une nouvelle fois. Leurs deux esprits à nouveau étroitement enlacés, la Neishaane, comme Ithildin une éternité plus tôt, souffla les quelques mots qui avaient scellé leur Empreinte :

° Dors, dors sans crainte, Larme de Soleil, car désormais, je veillerai sur tes songes. °

Quittant à regret l'osmose totale avec son Âme Sœur, Amaélis prit conscience de la main du Galaad-illusion sur son bras. Un sursaut la secoua, trop faible encore pour se reculer. La sensation était bien trop réelle ; elle sentait la morsure froide de sa paume contre sa peau, un picotement électrique coutumier. Yeux écarquillés, bouche bée, la Neishaane accrocha le regard pourpre du Chevalier. Par tous les Dieux, quel était donc ce nouveau tour qui lui jouait la folie ? D'un mouvement extrêmement lent, elle saisit la main du Neishaan, l'examina, la toucha, en proie à une incompréhension et à un ébahissement grandissants. Pouvait-elle prendre le risque d'y croire ?  Précautionneusement, elle effleura du bout des doigts la joue pâle et tiède de son ami. Pouvait-elle vivre parmi les Spectres et les Ombres ? Pourquoi pas.

Une lueur de compréhension illumina alors ses prunelles noyées dans le brouillard.

Je suis morte. C'est pour cela que tu es là, hein ? Nous sommes morts.

Il n'y avait pas d'autre explication. Étrangement, la Neishaane n'éprouvait rien à cette idée. C'était si simple que c'en était presque risible. Tant de craintes, tant de superstitions, de légendes, de chants, de poèmes, tant de pleurs... Et, au final, rien que cela. La brume, ciel et terre indiscernables, le silence et tout un défilé d'illusions, de souvenirs et d'ombres. Elle regretta simplement que même la Mort n'avait pu la libérer des chaînes de son passé.


[HRP : La machine est un peu rouillée, mais ça va revenir]
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MessageSujet: Re: Archive - [RP] Un Monde d'Illusions   Sam 31 Aoû 2013 - 13:06

Posté par Galaad Lucis

La main pâle et amaigrie d’Amaélis effleurant ma joue, je sentais vaciller ma force, comme aspirée dans un tourbillon de néant, qui m’entraînait vers ce que j’avais cru disparu. Une terreur sourde, une douleur presque physique, un chagrin qui ronge le cœur. J’en avais trop vu, j’avais trop survécu, pour laisser des êtres chers se perdre dans la tourmente. L’orage que je craignais depuis tout petit éclatait dans mon âme. Elérion était aussi secoué que moi, tout tremblant face à tant de peine – sans compter l’horreur légitime de se trouver en pareil lieu.

° Sa Liée. Il faut réveiller sa Liée. °

Les mots trouvèrent un écho dans ma pensée. Si Amaélis se croyait morte, dans je ne savais quel paradis infâme, le lien de l’Empreinte devait pouvoir la ranimer un minimum. C’était peut-être le seul moyen ! Ma Neishaane semblait perdue, le regard hagard, se fixant difficilement sur moi. Dans un geste purement instinctif, je m’emparai de sa fragile main, la serrait dans la mienne et écartait doucement quelques mèches volages du visage livide de mon amie. J’avais la gorge serrée mais les larmes ne voulaient pas couler. Je jetai un coup d’œil à la Chevalière spectrale. Ses yeux gris comme une mer tourmentée paraissaient immenses dans son visage défait, sous les cheveux noirs en bataille. Elle souffrait de concert avec Amaélis, se balançant lentement d’avant en arrière, telle une petite poupée abandonnée. Je revins à Amaélis, la nausée au ventre.

Je sentis les pas lourds d’Elérion qui s’éloignait, faisant le tour de la tour de guet en ruines. Ithildin, la fière et féroce, la mutine et redoutable Airain, devait également être mal en point vu son manque de réaction à leur arrivée. Près de la forme pâle était couchée une autre dragonne, d’un bleu transparent qui suivit des yeux la progression du Bronze. Elle-même ne bougea pas, elle n’avait pas le droit d’intervenir auprès des vivants.

° Ma sœur… °


A moi de jouer maintenant. Un mythe nordique me revint en mémoire et me fit inexplicable sourire.

- Si j’étais mort, je ne serais pas blessé, des filles danseraient sur des tables et la bière coulerait à flots ! Si je peux te toucher, c’est que nous ne sommes pas morts.

A côté de moi, immatérielle mais douloureuse présence, Lam’ renifla et se balançait toujours, le regard fixé à mon amie Engloutie. La Maudite priait en son âme de toutes ses forces pour qu’un miracle se produisît. Pour qu’Amaélis lui soit rendue, pour qu’elle et sa Liée vivent. Des mots qui lui avaient parus sans importance de son vivant jaillirent de ses lèvres, départis de toute rancœur pour la malédiction de son Ordre, au contraire empreint de ferveur désespérée :

- Oh, Dieux ! Sauvez-là…
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MessageSujet: Re: Archive - [RP] Un Monde d'Illusions   Sam 31 Aoû 2013 - 13:06

Posté par Amaélis Yodera

Aux côtés de la spectrale Eryfen dormait Ithildin. Bien fin observateur était celui qui aurait pu dire que la Dragonne Airain n'était pas un Spectre du Màr Maudit, tant elle leur était semblable. Ses écailles avaient perdu leur lustre, leur éclat si particulier ; la Dragonne paraissait effacée, éteinte. Seul le léger gonflement régulier de ses flancs trahissait le souffle et la vie qui la traversaient encore. Tant bien que mal, elle survivait. Si, au début de ce long Hiver de l'esprit, elle avait pu chasser, elle n'avait plus eu la force, par la suite, de voler au-delà de la Lande. La défunte Plaine de Daranis – autrefois synonyme de retraite et de liberté – était apparue à Ithildin comme l'Enfer que craignaient Célestes, Neutres et Ardents. Les poumons souillés par la poussière et les vapeurs toxiques, le sang affaibli par l'absence de soleil, le corps tordu par la faim et la soif, la Dragonne avait cru mourir plus d'une fois. Elle avait avalé la terre poudreuse, s'était rongé griffes et écailles dans l'espoir de calmer son ventre. En vain. Son seul échappatoire avait été le sommeil.
Mais, même lorsque l'obscurité l'enveloppait, elle avait senti la folie d'Amaélis s'insinuer dans son être, douloureuse et glacée, elle avait vu les cauchemars de la Neishaane danser devant ses paupières closes, et son agonie s'était mêlée à son propre déclin. Le pire avait été de croire leur Lien disparu. A plusieurs reprises, elle s'était réveillée, submergée par la peur de découvrir le corps sans vie de la Neishaane, pour se rendormir quelques minutes plus tard, terrassée par la fatigue.

Et maintenant, ce même Lien pulsait de nouveau avec force, se répercutant dans son corps et dans son âme, signe que quelque chose avait changé. Ses paupières s'ouvrirent doucement, et la Dragonne crut être victime des hallucinations de sa Liée en voyant la silhouette connue du Bronze Elérion, le Lié de Galaad, les Disparus, devant elle.

° Ma sœur… °

Ithildin releva des yeux d'un jaune sale vers la face triangulaire du Bronze. Vivants. Les morts étaient vivants. Pourtant moins naïve que la Neishaane, l'Airain sentit son cœur bondir de joie. Un cauchemar, tout cela n'avait été qu'un cauchemar, un terrible cauchemar, et l'aube était finalement venue ! Incapable de bouger tant les sentiments contradictoires se disputaient avec violence en elle, tout ce qu'elle parvint à dire fut :

° Amaélis... ? °

La Neishaane luttait contre l'évanouissement. La présence de son Âme Sœur dans son esprit, la main de Galaad emprisonnant la sienne, ses paroles réconfortantes comme une fourrure animale... La Vie qu'elle percevait autour d'elle – en elle ! – dans ce lieu si mort et si froid l'étourdissait.

Pas morts, répéta-t-elle avec ahurissement.

Il lui sembla qu'un voile se levait, qu'elle voyait à nouveau. L'ombre qui avait recouvert son cœur des semaines durant se leva, la laissant à découvert, vulnérable, et elle en voulut soudain au Neishaan d'être venu détruire son refuge de lâcheté et de désespoir. Elle savait : il lui faudrait quitter la Lande, retourner au Kaerl, retrouver la civilisation, vivre aux côtés de ses peurs. Des larmes amères et brûlantes dévalèrent ses joues creusées, et elle tomba dans les bras de son ami, le corps secoué de violents sanglots, ses mains s'accrochant à ses épaules avec la cruauté de serres.

Comment ? Pourquoi ?

Comment était-ce possible ? Pourquoi les avait-on cru morts ? Comment avaient-il pu lui infliger cela ? Pourquoi étaient-ils revenus la tirer de son abri d'illusions ? Comment avait-elle pu faire du mal à Ithildin ? Pourquoi n'étaient-elles pas mortes ? Tant de questions qu'elle n'avait pas le courage de poser, pas envie d'en entendre les réponses.
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MessageSujet: Re: Archive - [RP] Un Monde d'Illusions   Sam 31 Aoû 2013 - 13:07

Posté par Galaad Lucis

Elle avait plongé dans mes bras. Je pouvais la sentir trembler contre mon torse et je l’entourai de mes bras, comme si j’eu voulu la faire disparaître aux yeux du monde. Non, personne ne me la prendrai. Personne ne me ravirait encore un être qui m’était cher. Peut-être dus-je la serrer trop fort car ses mots peinèrent à s’extraire de ses lèvres. Amaélis. Elle ne comprenait pas pourquoi elle était encore en vie. Moi non plus, à vrai dire, j’ignorai pourquoi je sentais encore mon cœur battre si vite et si fort. Quand la Main Noire viendrait-elle le prendre ?

Je déglutis et me mis à bercer doucement ma Neishaane, la sœur que je n’avais jamais eue, pour la rassurer. Je ne savais pas quoi dire. Qu’aurais-je pu y changer ? J’ignorai aussi pourquoi elles étaient là, pourquoi l’Airain avait laissé pareille infamie se produire mais peut-être n’avait-elle pas eu le choix ? Je ne comprenais pas. Qu’est-ce qui avait pu les pousser à quitter le Màr Luimë, leur véritable foyer – quoiqu’en dise cette rusée d’Ithildin, s’exiler ainsi dans cette contrée délétère ? Je tournai mon regard inquisiteur vers Lam’. La Chevalière Maudite y était-elle pour quelque chose ? Elle se balançait toujours, les yeux désespérément accrochés à mon amie comme une naufragée à son sauveur. Nos regards se croisèrent. Le sien était farouche, brillant de larmes fantômes mais chargé d’une émotion proche de la folie que je ne pouvais comprendre sur le moment. Je saurais lorsque je la reverrais et Flarmya savait que je la reverrais bientôt, dans des circonstances inattendues.

° Je n’ai fait que prendre soin d’elle. Elle m’a sauvée de l’oubli ! Quand elle est arrivée, il y a quelques semaines, j’étais si heureuse... que je n’ai pas vue à quel point elle allait mal. Je suis morte, je ne pouvais rien faire si ce n’est la veiller ! °

Ses paroles cinglantes, d’une voix rauque d’alto me parvinrent par télépathie, écorchant mon esprit mais je ne fis rien pour la repousser. Lam’ ne voulait manifestement pas qu’Amaélis l’entende, sans doute pour ne pas la perturber davantage ou lui faire peur.

° Je l’aime ! Peux-tu comprendre cela ? °

Par delà l’envie de me savoir vivant, la jalousie de me voir toucher Amaélis alors qu’elle ne pouvait qu’être spectatrice, il y avait cette flamme dans ses yeux de perle, derrière cette cicatrice ignoble qui barrait son visage, derrière tout cela se cachait celle qui serait capable de tout pour une seule personne. Comment aurais-je pu la blâmer, en sachant que j’avais manqué me suicider pour la mort d’Isabeau ? Je lui répondis par un bref hochement de tête auquel elle répliqua par un reniflement et détourna les yeux. Elle sembla se radoucir mais je voyais son corps translucide trembler. Je caressai els cheveux sales de la Chevalière Engloutie qui avait animé mon premier séjour au Kaerl Neutre, cherchant mes mots.

- Je ne sais pas. Je suis vivant, nous sommes vivants, c’est tout ce qui importe. Elérion et moi avons disparu un moment pour faire notre deuil d’une ancienne amie mais je n’imaginais pas... Peu importe ! Il est temps de rentrer chez nous. Et je te jure qu’il ne te sera plus jamais fait de mal.

Je réprimai un sanglot convulsif. Mes paroles s’achevaient sur la flamme de la détermination et je craignis qu’elles paraissent trop dures à entendre pour Amaélis, que cela déclenche une crise d’hystérie ou de pleurs. Il fallait partir au plus vite, la réchauffer, qu’elle se nourrisse, qu’on prenne soin de sa Liée... Sa Liée !

Elérion poussa gentiment du museau celui de l’Airain. Elle était plus grande que la dernière fois que nous l’avions vue mais elle semblait si fatiguée. Ses écailles scintillantes ne reflétaient plus que des cendres. Et elle laissait ses magnifiques ailes traîner au sol. Le Bronze allongea le cou pour le glisser délicatement sous celui de sa petite sœur, pour qu’elle puisse y prendre appui. Il n’avait pas besoin de mots. Les dragons savaient mieux parler avec leur corps. La Bleue spectrale se redressa soudain, mue par une tendresse instinctive longtemps enfouie. Elle ne pouvait toucher les vivants mais elle pouvait encore envoyer sa force et son amour, même à faibles doses, vers Ithildin.

° Vis. Pour ne pas nous oublier et pour chérir les morts. Vis. Pour ta Liée qui doit voir le monde et grandir. °
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MessageSujet: Re: Archive - [RP] Un Monde d'Illusions   Sam 31 Aoû 2013 - 13:07

Posté par Amaélis Yodera

Les larmes se tarirent, et son corps se détendit, reposant mollement dans les bras de Galaad comme une vieille poupée de chiffon. Un flottement vague et ahuri succéda à l'éblouissante avalanche de questions et d'émotions contradictoires ; la Neishaane n'avait même plus la force de penser. Elle cligna des paupières pour chasser l'engourdissement qu'elle sentait dans ses membres et dans son esprit. Les paroles du Chevalier Bronze lui semblaient venir de loin, très loin. D'outre-tombe, peut-être. Mais non, il était vivant, bien vivant, et elle aussi était vivante, tout comme Ithildin était vivante, tout comme Elérion était vivant.

Et il était temps de rentrer, de quitter cet environnement létal et délétère, dont les poussières, les vapeurs et les illusions avaient failli avoir raison d'elle.

… Et je te jure qu’il ne te sera plus jamais fait de mal.

Amaélis leva vers Galaad un regard trouble, où se mêlaient à la fois une gratitude désespérée, une tristesse, et surtout, un amour et une foi illimités. Ses paroles trouvaient cependant un écho douloureux dans son cœur, tant elles lui rappelaient les innombrables mais éphémères promesse de Kiël, ce frère jamais tout à fait pardonné, si bien que les yeux de tempête de la Neishaane se remplirent à nouveau de larmes. Ah ! Si seulement cela pouvait être vrai ! Si seulement la souffrance pouvait juste s'envoler, s'évaporer, à l'image des fantômes de la Lande ! Si seulement elle pouvait enfin être libre et légère !

Ce n'est pas là ce que tu souhaites. Sans cette douleur, la joie et le bonheur te sembleraient bien fades, et tu ne tarderais pas à les haïr à leur tour.

Un nouveau vertige la saisit, et la conscience de la brûlure de ses poumons et de son estomac se fit plus vive. Il fallait qu'elle mange, n'importe quoi, même encore de la terre ou ses propres ongles, déjà rongés jusqu'au sang. Et Ithildin aussi. La Neishaane tenta de balbutier quelques paroles, mais ses paupières se fermèrent d'elles-mêmes, et elle retomba, inanimée.

L'Airain, usée, fatiguée, se mouvait avec autant de lenteur que si elle avait eu mille ans. Une force nouvelle pulsait néanmoins dans son sang, celle de l'amour de la spectrale Bleue Eryfen, celle de la chaleur du bien vivant Bronze Elérion.

° Rentrons. Rentrons maintenant, ou il sera trop tard, je le crains. °

Ses yeux au jaune fané se posèrent sur la silhouette décharnée de sa Liée et la peur l'étreignit. Était-il possible qu'elle meure, là, ici, maintenant, sans crier garde, sans qu'elle ait le temps de la sentir partir ? Un grondement rauque fit vibrer ses flancs, et son regard se porta alors sur Galaad, qu'elle fixa avec désespoir teinté de rage.

° Sauve-la, ramène-la. Pour l'amour de Flarmya, nous n'allons pas rester ici à attendre que la Mort l'emporte ! °
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MessageSujet: Re: Archive - [RP] Un Monde d'Illusions   Sam 31 Aoû 2013 - 13:08

Par Galaad Lucis

Le regard jaunis de la jeune Airain me cloua sur place. Sa voix télépathique prenait des accents durs et tranchants, poussée par la peur qu’elle était. J’eu une seconde d’absence, où mon esprit refusa de revenir à la réalité puis me levai brusquement. Je pris soin de prendre dans mes bras Amaélis, qui venait de s’évanouir, exténuée sans doute par tant d’émotions et de vicissitudes. Reposant dans mes bras, serrée contre ma poitrine comme un chaton perdu, je marchai d’un pas flageolant vers mon Lié. Elérion tenait toujours son large cou sous celui de la dragonne bronze-argent, pour la maintenir et lui communiquer sa chaleur. Alors que je m’approchai de lui, je pus sentir de nouveau, sous sa carapace de tendresse et de calme, toute son angoisse à se trouver en pareil lieu abandonné des Dieux. De son Ardente de mère, il tenait la mémoire de ses aïeuls et leurs souvenirs emplis de terreur et de sang ne lui plaisaient guère. Il fallait partir et vite, où tous nous ne serions bientôt plus que des fantômes, des ombres glissant sur l’écume du temps*.

J’étais prêt à m’installer entre les omoplates du Bronze lorsque s’éleva la voix de Lam’. Je l’avais presque oublié. La Chevalière Maudite s’était également relevée et nous dévisageait, de son regard vieux comme le monde dans son visage d’adolescente échevelée. Incapable de pleurer, elle faisait visiblement des efforts surhumains pour se maîtriser et ne pas céder à la panique. Elle affichait un masque neutre mais ses lèvres tremblaient lorsqu’elle parlait.

- Quand vous serez partis, nous oublierons. (Son intonation donnait à penser que c’était là un blasphème envers son amour.)
° Mais nous survivrons dans vos cœurs. ° répliqua avec orgueil la Bleue Eryfen en déployant ses larges ailes translucides, comme si elle énonçait une vérité inébranlable.

Moi je savais en tout cas que je ne pourrais pas les oublier, même si je le voulais. Ces spectres-là ne sont pas ceux des contes, de ceux qui dévorent les imprudents : ils protègent tout ce qui leur reste, c’est-à-dire pas grand-chose. Mais comme Elérion me l’avait fait remarquer au moment de survoler la Lande d’Eru, tous les contes ont une part de vérité et tous les spectres n’ont pas réussis à conserver leur humanité.

- Prend bien soin d’elle, Chevalier Lucis, dit encore Lam’ avec raideur, presque avec dureté.

Son regard flamboyait toujours de cette folle flamme en se posant sur Amaélis. Je hochai la tête, ne sachant que répondre. Cela parut satisfaire la vagabonde car son expression se détendit et la tristesse qui la ravageait se matérialisa sur ses traits déchirés par la balafre. J’installai mon amie, ma sœur de cœur sur mon Lié puis vint m’asseoir juste derrière, pour la conserver contre moi et l’empêcher de tomber durant le voyage. Mon cher Bronze planta ses grandes prunelles dans celles d’Ithildin.

° Petite sœur, peux-tu voler ? Tu peux venir t’accrocher sur ma queue si tu le souhaite. °


Si nécessaire, elle saurait passer outre sa fierté, pour la survie de sa Liée. Nous étions prêts à quitter ce lieu infâme quand le brouillard se leva soudainement, nous enveloppant dans sa masse voltigeuse et aussi épaisse que de la purée de pois. Elérion releva la tête, aux aguets. Une silhouette humanoïde traversait le brouillard pour venir vers nous, marchant d’un pas léger et silencieux. Oh non ! Pas encore un autre spectre, s’il vous plait !

A la place émergea une grande femme aux cheveux clairs, qui semblaient absorber la lumière. Ses yeux changeants, sa longue robe blanche et son teint délicat disait d’elle qu’elle était issue de la noblesse. Pourtant, tout dans son apparente douceur éthérée reflétait quelque chose de plus dangereux et de puissant. Son expression était peu amène, un masque froid et implacable alors que sa voix prenait des accents improbablement mélodieux.

- Je ne sais si je vous autoriserais, toi et ton dragon, à revenir ici et à écarter les habitants de vous. Votre ancêtre Valherue appartenait au Màr Luimë. La leur est une sœur, acheva-t-elle sur un léger geste de sa main pâle vers Amaélis et Ithildin, tandis que je frissonnais des pieds à la tête. Si vous décidez de revenir, vous devrez le mériter.

Souvent, jadis, au temps de la gloire de son Kaerl adoré, parce qu’elle s’ennuyait, elle inventait des défis infaisables et ridicules pour faire réfléchir les chevaliers-dragons. Ses paroles sibyllines ne suffisaient plus, aujourd’hui, à la distraire de son éternel malheur. Ainsi devait être la Gardienne Aubiade Del Cirth.

- Bon retour.

Un fin sourire sur ces lèvres trop parfaites et elle disparut avec la brume tourbillonnante qui s’étiolait dans l’air puant le souffre. Lam’ et Eryfen restées en retrait s’avancèrent de nouveau pour nous regarder partir. Refusant de m’interroger plus longtemps, je ne pus m’empêcher de penser que je les reverrais un jour. L’Interstice nous engloutit sur un dernier salut des Maudites.


* Stéphane Beauverger, dans son roman Le Déchronologue.
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