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 [RP] Parmi les vestiges

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MessageSujet: [RP] Parmi les vestiges   [RP] Parmi les vestiges Icon_minitimeLun 25 Fév 2019 - 11:17

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Sable Lewë et la Bleue Asra

Zakerielku 918


Nombreux étaient ceux, au Màr, qui auraient fortement désapprouvé les décisions de la Maîtresse Bleue Sable Lewë si celle-ci n’était pas aussi transparente qu’une brise. La Sang-Mêlé n’avait rien d’une intrépide, cependant ; elle connaissait assez ses forces et ses faiblesses pour toujours s’engager dans des chemins dépourvus de danger. La présence d’un Aspirant aussi récent que Tristan à ses côtés ne la dissuadait pas de laisser libre cours à ses envies de voyage. Son sang Ondin influait sur les élans de son cœur comme les Lunes sur les marées, et elle ne s’estimait pas assez légitime pour lutter contre l’appel – de toute manière, Flarmya ne l’avait pas dotée d’ailes sans raison. Il y avait bien plus à apprendre en allant découvrir de ses propres yeux le Rhaëg, pourquoi Tristan devrait-il se contenter d’ouvrages poussiéreux relégués aux Archives ou même attendre l’Empreinte ? Sable ne pouvait pas envisager une telle chose.

Qahra avait alors semblé une destination adéquate, qui offrirait à leur élève une expérience foncièrement différente de tout ce qu’il avait connu dans les neiges d’Ablah. S’ajoutait à l’air chaud et humide de la jungle un passé riche, empli de mystères et de savoirs noyés sous les mousses et les lianes, et qui ne demandait qu’à être exhumé. Sable n’était pas une personnalité curieuse, mais possédait une certaine affinité avec tout ce qui était caché, perdu, oublié – parce qu’elle y trouvait un étrange miroir à son existence. Elle avait développé, au fil des années, une inclination envers le vétuste, l’occulte, le bizarre, qui était perceptible jusque dans la nature même de sa magie. La Maîtresse Bleue aimait à raconter qu’elle parlait aux pierres, et bien peu connaissaient la vérité à ce sujet car, où qu’elle aille, Sable allait seule. Elle n’avait pas honte de son pouvoir, cependant, elle avait appris à en dissimuler les aspects les plus troublants. Sa fragilité ne lui laissait pas l’opportunité de se fermer au jugement des autres – ou alors, avec douleur, et elle préférait tout simplement ne pas s’y exposer.

Depuis deux jours, la Triade explorait donc les confins de ce que les autochtones nommaient le Pic aux Tigres, armée d’onguents et de bouquets de plantes préparés par les apprentis de Maître Nalesean afin de tenir à distance les fièvres tropicales. L’Hiver n’existait pas, ici, et il régnait entre les troncs éventrés par l’humidité une chaleur étouffante. Les cheveux relevés en un chignon instable afin de libérer sa nuque, Sable avait pour l’occasion troqué ses robes trop élégantes contre un pantalon en toile et une tunique fine, qui avait l’avantage de couvrir entièrement ses bras – même si les moustiques ne s’avéraient pas friand de son sang Ondin. Asra brassait l’air au-dessus de la canopée vert sombre, plus dégarnie que dans les basses terres, l’esprit tendu à l’affût d’une quelconque perturbation. Les temples, érigés en l’honneur de divinités et de phénomènes immémoriaux, avaient poussé avec plus d’ardeur que la végétation. Souvent, Sable s’arrêtait pour examiner les colonnes veinées de mousse, les statues aux yeux grouillant d’insectes ou même les pavés disloqués par le temps et les racines rebelles.

« Restez sur vos gardes. » disait-elle à Tristan. « Essayez d’écouter votre intuition, elle seule saura être votre guide en de pareils lieux. »

Parfois, aussi, elle fermait les yeux, comme pour entendre ce que la Nature chantait, au-delà du bruissement inépuisable de la faune invisible et du murmure distant des rivières. Les esprits emmêlés de la Sang-Mêlé et de la Dragonne s’écoulaient le long des ruines et du sol, se répandant partout autour, captant les vibrations de la terre, des arbres, des pierres. Quelque chose, non loin, bloquait leur vision, comme un voile posé sur une lentille de verre.

° Tu l’as senti. °
° Oui. Je crois que nous avons trouvé un mystère qui n’a pas encore été percé par les pilleurs. °


Sable fit signe à Tristan de venir à elle, et, se fiant aux indications de la Bleue, elle le mena jusqu’à l’orée d’un ravin où venaient se jeter de maigres filets d’eau. Là, Asra les rejoignit, profitant de la présence de pierres assez vastes pour l’accueillir dans toute la splendeur de ses écailles – guède, turquin et paon. Ses larges orbes d’opale s’égarèrent dans l’ombre, en contrebas, et la Sang-Mêlé glissa une main le long du cou de la Dragonne avant de regarder à son tour. Elle, malgré ses yeux d’Elfe, ne voyait rien que les ténèbres, aussi décida-t-elle de descendre directement. Des larmes tombaient au compte-goutte de la roche, glissante et friable. Un nuage noir et bourdonnant s’éleva au-dessus des flaques stagnantes quand Sable se laissa tomber pour atterrir dans la vase.

° Asra. °

La Bleue souffla des fumerolles soufrées dont l’odeur suffit à dissiper les nuées d’insectes. La Sang-Mêlé se faufila alors sous le couvert des rochers, tête baissée, en tâtant le relief de sa paume ; parfaitement dissimulée, presque avalée par le mélange de terre gluante et de pierre détrempée, se dessinaient les contours d’une porte ronde. Aucune poignée ne se trouvait là – seulement un mécanisme de plaques tournantes, semblait-il, mais qui refusaient de bouger. Elle se tourna vers ses deux compagnons restés en hauteur :

« Il y a une entrée. Malheureusement, celle-ci est scellée. » annonça-t-elle, haussant la voix du mieux qu’elle pouvait. Elle posa ses yeux sur l’Aspirant et esquissa un demi-sourire tandis qu’elle remontait. « Nous allons tenter d’en savoir plus. Ne prenez pas peur, Tristan – avez-vous souvent eu l’occasion de voir magie à l’œuvre ? »

Sable fouilla son sac et en sortit une boîte en bois sombre, parcourue d’arabesques nacrées. À l’intérieur, confortablement nichées dans du velours, plusieurs aiguilles d’argent, longues et fines, étaient disposées les unes à côté des autres. Elle sentit le regard d’Asra qui suivait chacun de ses mouvements, s’interrogeant vaguement sur les raisons d’une telle attention.

° Tu ne l’as jamais fait devant qui que ce soit. Dois-je comprendre que tu lui fais confiance ? °
° Ce n’est pas une question de confiance, mais de circonstance. °


La Dragonne gronda vaguement. Elle avait posé une question, Sable lui avait apporté une réponse – il n’y avait rien à ajouter. La Sang-Mêlé se tenait à nouveau devant l’étrange porte, la boîte serrée contre sa poitrine. Son cœur commençait à s’emballer, et elle n’appréciait guère cette sensation. Elle inspira profondément avant de s’agenouiller face à la structure minérale, mais ne parvint pas à faire abstraction de Tristan. Non, Asra avait raison, cela ne fonctionnerait pas. Elle avait besoin d’être seule pour mener à bien son rituel personnel – par manque d’habitude ou par crainte réelle de voir son pouvoir particulier mal interprété. Doucement, elle ferma les yeux, les mains tremblantes, et dirigea ses pensées vers la Bleue.

° Asra, emmène-le avec toi et allez fouiller les environs. Peut-être y a-t-il une autre porte, ou bien un objet qui nous fait actuellement défaut pour comprendre le mécanisme. °
° Comme tu le souhaites. °
déclara la Dragonne, indifférente aux changements d’humeur de sa Liée.

Elle balança ensuite sa tête en direction de l’Aspirant et le contempla d’un œil où tournoyaient de vagues nuances turquoise. Elle ne s’était encore jamais retrouvée seule avec le Neishaan, peut-être pourraient-ils enfin discuter sans le contrôle inavoué de la Sang-Mêlé.

° Grimpe sur mon dos. Sable veut que nous partions à la recherche d’une entrée plus accessible. N’aie crainte, je ne volerai ni trop haut, ni trop vite. Elle n’apprécierait pas que tu te casses une jambe, je crois. °

~°~

Sable s’empara d’une aiguille et la planta dans la pulpe de son index. Un liseré écarlate sillonna la chair pâle, et, du bout du doigt, la Sang-Mêlé traça une série de runes complexes à même la pierre, l’enjoignant silencieusement à lui révéler ses secrets et ses souvenirs.

Texte by Amaélis Yodera
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MessageSujet: Re: [RP] Parmi les vestiges   [RP] Parmi les vestiges Icon_minitimeLun 25 Fév 2019 - 11:19

Lorsque Sable lui avait exposé son projet de le mener sur le terrain plutôt que dans la bibliothèque du Mar, Tristan n'avait pu cacher son enthousiasme. Certes, les livres, il les aimait, mais il en avait vus suffisamment au cours de sa vie passée, et il aspirait désormais à découvrir plus réellement ce qu'il avait jusqu'alors imaginé, au fil des descriptions couchées en petits caractères le long de pages finalement très semblables. Le choix du continent tropical et truffé de vestiges lui convenait aussi tout à fait : un lieu entièrement nouveau, dépaysant, il n'attendait que cela. Et avec un aspect historique pour la bonne excuse pédagogique, plus un brin de mystère pour le charme supplémentaire… c'était parfait. Cela n'empêchait pas une certaine appréhension, l'inconnu suscitant autant d'attraits que de craintes, mais Asra et sa Liée seraient là, et malgré la distance que cette dernière continuait à entretenir, l'aspirant leur faisait confiance pour ne l'entraîner que dans des aventures raisonnables étant données ses capacités ou sa nature.

Cela, c'était avant le départ. Une fois rendus sur place, après le passage par l'Interstice qui ne lui sembla pas moins effrayant que la première fois, le neishaan découvrit donc la touffeur de Qahra, et ne put que louer la prévoyance de la Maîtresse Bleue, qui avait songé à remplir ses réserves de remèdes adaptés. Le premier jour fut difficile pour lui, et lui sembla interminable. Comment pouvait-on seulement respirer normalement, dans une atmosphère aussi lourde, aussi humide ? Il espérait que le soir apporterait une amélioration, mais si elle existait, elle fut si faible qu'il n'eut pas lieu de s'en réjouir. Et le lendemain, dès le réveil, la même chose recommençait, avec les nuées d'insectes piqueurs qui venaient lui tourner autour dans un bourdonnement s'assimilant rapidement à un bruit de fond constant, et partout la moiteur… repasser ses vêtements restés désagréablement humides, sentir cette brume permanente… pour le dépaysement, c'était gagné. Après tout, il n'avait jamais été mentionné que ce serait plaisant.

Avec toutes les difficultés du monde pour se concentrer sur la recherche de la Maîtresse Bleue, dont il ne cernait d'ailleurs pas très bien les tenants et aboutissants, ni même la nature, Tristan suivait donc, comme il pouvait. Sa curiosité naturelle ne savait plus sur quoi se poser, tellement chaque détail était plein de nouveauté : chaque racine d'arbre dissimulait une vieille pierre derrière laquelle se lovait un animal inconnu, chaque bouffée d'air apportait un parfum nouveau et entêtant, chaque bruissement pouvait trahir une proie ou un prédateur à l'allure étrange. Lorsque Sable stoppait, son Aspirant faisait de même, et s'efforçait de comprendre ce qui l'avait arrêtée. Lorsqu'elle se taisait, se concentrant sur quelque chose qu'il ne percevait pas, il se gardait bien de la déranger. Et lorsqu'elle lui recommanda la prudence et l'écoute de son intuition, il se contenta de hocher la tête, pas certain qu'il saurait entendre cette voix-là si elle parvenait à affleurer dans son esprit nourri de livres et de science, mais bien décidé à essayer de la percevoir.



Puis, au troisième jour, la Liée d'Asra sembla avoir trouvé quelque chose de plus notable que précédemment. Sans faire de vagues, le rouquin la rejoignit après s'être inutilement essuyé le front d'un nouveau revers de manche, mais n'osa pas poser de questions. Il avait compris qu'elle parlerait si elle l'estimait utile. D'ailleurs, la touffeur ambiante poussait à ne faire que les efforts nécessaires, et à s'abstenir des autres… Il ouvrit donc grands les yeux et les oreilles, à l'affût de ce qui aurait pu susciter l'intérêt de la semi-elfe, mais peine perdue. Pour lui, il n'y avait là qu'un ruisselet qui allait se perdre dans les ténèbres d'une combe entourée de rochers. Patiemment, il laissa le couple se mettre d'accord, supposa-t-il, sur la marche à suivre, et s'approcha bientôt de la faille pour suivre du regard la progression de sa protectrice bipède. Il ne distinguait pas bien les détails, mais devinait ses mouvements, là, en bas. Puis sa voix lui parvint, disant qu'elle avait effectivement trouvé un élément digne d'intérêt, ou un mystère à résoudre, puisque l'ouverture restait close.

Sa patience fut ensuite récompensée, au moins un peu, et Sable indiqua qu'elle avait l'intention d'user de pouvoir magique. Sa curiosité encore davantage piquée, il secoua négativement la tête :
« Jamais, je crois, »
répondit-il en toute sincérité, certain qu'il n'avait jamais eu affaire à ce type de puissance auparavant,
« les miens tiennent cela pour un élément de légende, bon uniquement pour ajouter un peu de piment aux histoires des conteurs… tout comme les dragons, »
termina-t-il avec un mélange de raillerie et d'amertume envers le pseudo-savoir de ceux d'Ablah. Mais il était tout prêt à croire la sang-mêlée si elle lui affirmait que la magie existait réellement. De nouveau, il se tut, et se contenta d'observer, appréciant la finesse de la décoration sur l'étrange accessoire qui fut exhibé. En attente, il suivit le retour de Sable auprès de la porte, mais il était évident que quelque chose ne se passait pas normalement, ou ne convenait pas.


Ce fut Asra qui s'adressa à lui, sans lui expliquer ce qui bloquait, mais en le priant de se joindre à elle pour mener les recherches d'une manière différente. Il se sentait un peu vexé d'être écarté du rituel de Sable, mais la joie de se retrouver seul à dos de dragon compensait largement. Et puis, si la semi-ondine lui permettait de rester avec sa Liée sans sa présence, c'était une belle marque de confiance, non ? Il quêta tout de même un assentiment de sa part, d'un regard vers les ombres du ravin, mais peut-être était-elle trop absorbée par sa tentative magique. Le neishaan renvoya donc un sourire à la Bleue, et acquiesça mentalement :
* D'accord ! N'hésitez pas à me dire si je ne m'installe pas correctement, je ne voudrais pas non plus vous mettre mal à l'aise. *
Il n'était pas très sûr de lui, et restait empli de révérence envers les grands sauriens. Le vouvoiement utilisé par la Maîtresse Bleue avait donc été naturellement étendu à l'être ailé, en signe de respect pour l'une comme pour l'autre. Il ne se serait pas permis de leur parler différemment sans autorisation expresse de la concernée. Mais la perspective d'une équipée en duo avec la dragonne le ravissait.

Il s'approcha donc, et attendit qu'Asra se mette à sa portée, pour entreprendre de rejoindre la base de son cou. Là, il était pratique de s'asseoir, et il y avait de quoi se raccrocher pour ne pas craindre une chute. Cette éventualité avait d'ailleurs été envisagée par sa monture, qui promettait de faire au mieux pour l'éviter.
* Moi non plus, je n'aimerais certainement pas beaucoup. Et puis, cela nous obligerait à interrompre les investigations, ce serait bien dommage. Mais ce sera aussi plus pratique de ne pas être trop haut pour voir ce qu'il y a en-dessous.*
Désormais installé, il s'agrippa aux écailles outremer et, un peu tendu malgré tout, se signala comme paré pour le départ.
* Je suis prêt, je crois. Avez-vous une idée de ce que nous devons chercher ? Je présume que vos yeux sont capables de distinguer bien davantage de détails que les miens ? *

Texte by Tristan Gwened
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MessageSujet: Re: [RP] Parmi les vestiges   [RP] Parmi les vestiges Icon_minitimeLun 25 Fév 2019 - 11:21

La lumière peine à transpercer les cimes touffues, formant une voûte impénétrable et à atteindre le sol. L’humidité conséquente favorise une nature prolifique et luxuriante mais indéniablement sournoise. Le sol moussu, spongieux, dissimule des nœuds de racines où logent serpents et insectes rampants. Les arbres séculaires sont autant d’obstacles dans la course vers le ciel que de maisons pour un tas d’animaux, pas forcément voraces mais nécessairement peu amicaux, étant habitués à vivre dans un milieu où la beauté de la flore trahie sa perfidie. Les chatoyantes couleurs sont des signaux dangereusement attirants pour l’explorateur novice. Chaque belle plante odorante, chaque animal peu farouche qui fait sa vie ici, sème le poison de la curiosité, jusqu’à ce que les mille gueules de Qahra ne se referment sur les infortunés voyageurs. Ici, la loi du plus fort n’a pas cours. Il faut être rusé pour survivre.

Le ciel lui manque. Le vent transporte des relents de moisissure, de marécages s’étendant à perte de vue et rien d’autre. Le ciel, le vrai, ce n’est pas celui-là. Cette voûte verdoyante ne ressemble en rien au ciel qu’elle a l’habitude d’arpenter depuis sa naissance. De fait, il ressemble assez peu aux souvenirs transmis par ses aïeux. Même ses mères et pères n’ont pas suffisamment aimé ce continent pour vouloir s’y perdre et apporter quelques souvenirs à leurs descendants en retour. Elle comprend facilement pourquoi. Le Jardin d’Hiver a sans doute cherché à capturer l’essence de tous les milieux naturels autour du monde, y compris celui-ci. Autant de pâles copies issues de la mémoire collective. Elle préfère mille fois ce jardin de son enfance à cet environnement hostile, sombre, stupéfiant et humide, où ses ailes ne peuvent pas se déployer correctement.

Les jours se ressemblent. Les nuits sont froides. Pourtant, faire du feu ici semble exclu. Cela risque d’attirer l’attention des populations locales, comme des prédateurs ou des brigands et c’est la dernière chose dont elles ont besoin. Elle ne se rappelle plus vraiment depuis combien de temps elles sont ici. Il leur a fallu des heures, des jours, pour se frayer un passage dans la densité de cette végétation sauvage, pour atteindre leur objectif. Parvenues devant les ruines, elles avaient cherché, attendu, persévéré, au-delà de leurs limites à toutes deux… Sans résultat. Les ruines refusaient de s’ouvrir, de libérer leurs secrets. Pire encore : personne d’autre, depuis de longs siècles, ne paraissait avoir foulé cette terre. Pas de chevalier, pas de dragon. L’espoir n’est plus permis depuis longtemps mais, contre toute attente – et parce que c’est aussi dans leur nature -, elles avaient secrètement espéré, l’une et l’autre, découvrir ce qu’elles cherchent si ardemment sans oser le reconnaître. Hélas, personne ici ne répondit à leur appel.

Elles campent sur ce qui fut jadis une petite place, entourée d’arches et de colonnes, près de portes obstinément closes. Elles sont seules depuis trop longtemps. Perdre l’esprit serait si facile. Comme se glisser dans un sommeil éveillé, relâcher la pression et laisser aller. Tout laisser aller. Elles vivent dans une longue fuite en avant, où leur quête ne cesse d’échouer. Fuir à l’autre bout du monde pour oublier la douleur, non pour retrouver le bonheur. Elles évoquent davantage des ombres, des reliquats de ce qu’elles ont été, à l’heure actuelle. Personne ne peut espérer les reconnaître. Personne ne peut se douter de leur réelle identité.

Un subtil changement dans l’air se fait sentir. Les animaux sont plus silencieux, plus attentifs. Un prédateur s’approche. De sous la cime des arbres pleurant sur son corps, au milieu des plantes grimpantes, ses yeux de verre s’ouvrent, capturant la teinte des marais jaunâtres pour marquer l’inquiétude. Un éclair de sang les traverse : ce prédateur sent le reptile. Le gros reptile. De sous les feuilles s’élève son corps massif bien que fuselé et plus malingre qu’à l’ordinaire. Des rais de lumière frappent sans douceur l’armure d’écailles, les épines osseuses, les serres acérées. Des lignes irrégulières, d’une blancheur infamante au milieu de la mer turquoise que compose sa personne, marquent son dos. Elle tremble sur ses pattes mais ne tarde pas à retrouver son assise, faisant frémir ses ailes et dérouler sa queue serpentine. Le manque d’exercice se fait sentir. Il faut pourtant qu’elle reste sur ses gardes. Elle ne doit pas dévoiler sa présence. Cependant, si le prédateur s’approche trop près du campement, elle devra le tuer.

Son odeur le trahit. En vivant au milieu de ces étranges faune et flore, elle peut désormais distinguer des senteurs individuelles au milieu des relents moisis de la jungle. Le prédateur diffuse son effluve reptilien telle la queue enflammée d’une comète traversant un ciel d’été. Il est aussi visible qu’elle-même peut profiter de la végétation pour se camoufler. Elle s’extirpe des ruines, s’éloigne du campement pour brouiller les pistes et plonge dans un ruisseau boueux, serpentant entre les racines. Un son étonnant, celui de voiles claquant dans le vent, se fait entendre au-dessus de sa tête. Elle ne peut contenir sa peur, en sentant l’espoir renaître. La menace n’est pas écartée pour autant mais qu’importe, elle le sait, elle le sent… Ce son, c’est celui des ailes d’un dragon fendant les cieux. A ce constat, elle se fige, immobile et à moitié embourbée dans le ruisseau, le museau levé pour humer l’air. Un frère, une sœur, si loin de la mère patrie. Un long frisson secoue son corps, ébranle des parois de chairs abritant la psyché qu’elle partage avec son Âme Sœur.

° Vraël… °

L’appel semble venir de loin. Peut-être sa sœur d’âme est-elle revenue de la chasse, ou de son errance quotidienne aux frontière des ruines et qu’elle cherche à la rejoindre. Peut-être n’a-t-elle pas encore remarqué la présence des intrus – ce qu’elle-même espère. Les intrus : car il ne fait aucun doute que ce dragon ne voyage pas seul.

° Vraël. °

La voix se fait insistante. Elle ne peut plus l’ignorer. Avec regret, elle joint son esprit au sien, ressentant à nouveau cette impression de malaise en approchant celle qu’elle avait toujours connue. Tant de froideur, tant de chaos habite cette petite chose fragile déterminée à survivre, elle qui partage son existence depuis la naissance. Quelque chose est brisé dans cet être étrange. Quelque chose a changé et elle peine à le reconnaître. Envolée, révolue, lointaine est l’époque où, après s’être mutuellement apprivoisées, elles pensaient d’une même voix. Elles n'étaient jamais seules. Unies dans la vie, unies dans la mort. Désunies dans la souffrance.

« La peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine mène à la souffrance ... », a dit un jour un sage. Cette leçon, elles la connaissent trop bien toutes deux.

° Vraël ! °

Elle sent son approche rapide, tandis que sa frêle silhouette musculeuse fend le rideau de la jungle, espérant parvenir jusqu’à elle avant qu’il ne soit trop tard. Les ruines sont encore loin de sa position. Son Âme Sœur mettra un peu de temps à la rejoindre malgré sa course athlétique. Alors la dragonne reprend sa progression dans l’eau fangeuse, le regard tourné vers le ciel. Un éclat bleu stupéfiant traverse la futaie. Ce n’est pas un reflet de ses propres écailles. Il s’agit de l’autre dragon. L’intrus survole sa position. L’espoir, la rancœur, l’angoisse se disputent son cœur. Elle ne veut pas affronter cette menace toute seule. Elles doivent être ensemble. Un appel ténu, faisant resurgir une identité connue d’elles seules, s’échappe de son esprit tourmenté.

° Persée… °

Texte by Persée Garaldhorf
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MessageSujet: Re: [RP] Parmi les vestiges   [RP] Parmi les vestiges Icon_minitimeLun 25 Fév 2019 - 11:23

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Sable Lewë et la Bleue Asra

Patiemment, Asra attendit que leur Aspirant ait fini de s’installer. Avec un tel fardeau, elle ne pouvait prendre aucun risque et, pour cela, la Bleue devait fournir un immense effort de mémoire, afin de se rappeler ce qui était dangereux ou non pour un être humain. Sable n’avait pas encore véritablement commencé les cours de vol à dos de Dragon, lui semblait-il, mais la Bleue se préoccupait trop peu des enseignements que dispensait la Maîtresse pour en avoir le cœur net. Tristan adoptait des comportements étranges, comme s’il avait peur de la blesser ou de l’importuner. Elle trouvait cela anormal. Dans l’ordre naturel des choses, n’était-ce pas à elle de ressentir ce genre d’appréhensions ? Le pauvre Aspirant n’avait pas d’écailles pour le protéger, ni de griffes, ni de crocs. Elle resta néanmoins muette, daignant à peine fournir un grognement d’assentiment quand il se déclara prêt à partir.

La Bleue banda ses muscles, et profita de l’espace disponible pour prendre un peu d’élan et éviter à Tristan l’épreuve d’un décollage entièrement à la verticale. Elle trotta jusqu’au bord du ravin, puis, d’un bond, s’élança dans les airs. En quelques battements d’ailes, elle dépassa les cimes épaisses.

° Une autre entrée, une structure peut-être plus en évidence et qui mènerait au même temple. Sinon, n’importe quel morceau de pierre qui servirait à débloquer le mécanisme sur lequel Sable exerce sa magie. ° Tout le bâtiment n’était sûrement pas enterré, et Asra songeait à des ruines repérées en bordure d’un marécage, plus à l’est.

° Je ne sais pas. Je ne sais pas à quoi ressemble la vision des bipèdes. ° finit-elle par déclarer, au terme d’un long débat sur la possibilité d’ignorer les questions dont elle ne possédait pas la réponse. ° Je suppose simplement que nous n’accordons pas d’importance aux mêmes choses. °

Et, en toute franchise, la Bleue brûlait toujours autant de curiosité quant à la complexité et à la bizarrerie de ses compagnons sans écailles. Leur réflexion était si particulière, et elle s’émerveillait de la façon dont les sentiments semblaient influer sur leurs actes, leurs choix et même leur existence. Et la morale ! Elle n’avait jamais réussi à en percer les mystères, mais trouvait un tel concept résolument fascinant. La Dragonne fendait l’air à une allure tranquille, effectuait de longs arcs de cercle afin de rejoindre les marécages, consciente de son passager peu expérimenté. Du bout des pattes, elle pouvait presque toucher la canopée, qui se faisait plus inconsistante à mesure que des ruisseaux déchiraient le sol de la jungle, s’infiltrant entre les vieilles racines et creusant des sillons entre les arbres. Ils ne devaient plus être très loin, maintenant.

Asra voulut entamer sa descente, car elle estimait que les recherches seraient plus aisées une fois à terre – surtout s’ils désiraient trouver un artefact, définitivement invisible depuis le ciel. Quelque chose, cependant, l’empêcha d’agir. Ses sens lui criaient qu’un Dragon rôdait dans les parages ; elle sentait ses effluves fauves, entêtantes par leur ambigüité. Se pouvait-il qu’une créature sauvage hante la jungle ? Asra ne reconnaissait rien, dans la tiédeur et la peur farouche qu’exhalait celui tapi parmi les marais, qui aurait pu s’approcher d’un enfant de Tol Orëa. Elle continua sa ronde au-dessus de la région, sans penser un instant que leur présence ait pu passer inaperçue. Il y avait quelque chose d’instable qui se dégageait de l’autre, et Asra hésitait. Souhaitait-il lui parler ou la fuir ? Elle ne jugea pas nécessaire d’avertir Tristan, même si elle percevait nettement son étonnement face à l’attitude soudain incohérente de la Bleue. Cela attendrait – elle préférait d’abord s’assurer que le Dragon ne représentait pas un danger. Elle tenta d’étendre ses pensées vers sa Liée, mais l’esprit de Sable avait disparu dans des lieux connus d’elle seule. L’inquiétude s’empara de la Dragonne à l’idée de la savoir si vulnérable, complètement exposée aux dangers de Qahra – cependant, elle n’y pouvait rien, et la Sang-Mêlé était responsable de sa décision.

° Qui es-tu ? ° Rien, dans le ton d’Asra, ne laissait transparaître ou la peur ou la menace. Elle décrivait toujours de larges rondes, frôlant les branches. ° Je ne suis pas une ennemie. Si c’est pour ton territoire que tu as peur, je partirai. Si tu me le demandes. °

Puis, à l’attention de l’Aspirant perché sur son dos, elle ajouta finalement : ° Nous ne sommes pas seuls. Il y a un Dragon, ici, mais je n’arrive pas à savoir d’où il vient. Nous n’allons pas nous poser tout de suite. Reste sur tes gardes, Tristan. Tu ne crains rien, car je te protégerai, mais si nous devons fuir, il faudra que tu sois prêt pour quelques secousses. °

~°~
Un vent lointain portait à ses oreilles effilées des murmures étrangers. Elle pouvait voir, au-delà du voile indéfinissable du Temps, des silhouettes qui s’agitaient dans les branchages – et elle sentait leur regard peser sur sa nuque, tout en sachant que ce n’était pas elle qu’ils contemplaient, car elle n’était pas là. Parfois, pourtant, la Sang-Mêlé se demandait si elle ne transgressait pas un quelconque interdit. Était-il vraiment impossible que, dans le passé, une personne possédant une magie similaire l’ait vue, de la même manière qu’elle les distinguait actuellement ? Ce genre de pensées faisait naître en elle une terreur sans nom, et des perles de sueur froide s’écoulèrent le long de son visage et de son dos. Quelque chose avait eu lieu, ici, elle en avait désormais la certitude.

Texte by Amaélis Yodera
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MessageSujet: Re: [RP] Parmi les vestiges   [RP] Parmi les vestiges Icon_minitimeLun 25 Fév 2019 - 11:24

La dragonne devait être à peu près satisfaite de sa manière de monter, puisqu'elle ne lui fit aucune demande de correction. Il la sentit se préparer au mouvement, se crispa un peu sur son dos, et retint son souffle au moment où elle quitta le sol. Puis, doucement, alors que les grandes voiles des ailes outremer s'appuyaient sur l'air pour s'élever dans l'azur, il se détendit, un sourire que personne ne verrait venant même affleurer à ses lèvres.
* Vous avez de la chance, de pouvoir voler, *
transmit-il à Asra, avec la naïveté qui ressortait de temps en temps chez lui. Il inspira amplement, profitant de la sensation de liberté procurée par l'exercice. Ce n'était pas comme se retrouver à dos de dragonne en compagnie de Maîtresse Sable : seul contre les écailles de la Bleue, l'impression que tout était possible se trouvait décuplée, et les dieux mêmes semblaient à portée de main.

Mais la Liée de la semi-elfe n'était pas sienne, il le savait bien. Et pour pouvoir être un jour digne, peut-être, de joindre sa propre âme à celle d'un grand reptile qui lui permettrait de retrouver cette ivresse du firmament offert devant lui, et davantage, il lui fallait retourner à leur mission présente. Asra n'en savait pas beaucoup plus que lui sur ce qu'ils cherchaient, et il plissa les yeux pour essayer de discerner quelque chose parmi la marée verte des cimes, parfois interrompues par une clairière ou un espace aquatique, plat ou courant. Sous eux, une nuée d'oiseaux colorés s'égaillèrent à grand renfort de communication criarde et froissements de plumes, sans doute effrayés par l'envergure de la Bleue, ou son aspect inconnu d'eux. La promesse d'un vol tranquille était tenue, et l'appréhension de Tristan s'érodait à mesure de l'avancée. Sa transporteuse avait apparemment une destination en tête, et même si le jeune neishaan l'ignorait, il percevait une certaine logique dans ses mouvements : il se garda donc de la questionner à ce sujet.

Cependant, vint un moment où cette logique sembla rompue. Terminée, l'approche progressive, Asra se mit à tourner en rond au-dessus de la même zone. Et Tristan avait beau écarquiller les yeux à s'en faire venir des larmes, il ne décelait rien qui justifie une telle attitude. Pourtant, il ne pouvait interroger la dragonne : elle devait forcément avoir ses raisons, et si elle préférait ne pas les partager avec lui, c'était son droit le plus strict. En plus d'appartenir à une race légendaire, elle était son instructrice tout autant que Sable, il n'avait donc aucune légitimité à exiger des explications de sa part. Peut-être souhaitait-elle simplement prolonger l'exercice de vol ? La dénégation arriva un moment plus tard, et l'apprenti ne put cacher sa stupeur. Un autre dragon, et donc, potentiel danger ? Il s'accrocha un peu plus fermement aux écailles d'Asra, et se pencha sur son cou pour tenter de mieux voir le paysage qui défilait en cercles en-dessous d'eux.

« Là ! »
s'écria-t-il tout haut sous le coup de la surprise, alors qu'il captait un reflet bleu, bien plus clair que la teinte de celle qui le transportait, plus pâle même. Ce turquoise affadi n'avait assurément rien de normal au milieu du brun léger de l'eau fangeuse duquel il émergeait, et l'étendue d'écailles excluait toute possibilité qu'il s'agisse d'un gigantesque poisson, même si la faune en ces lieux restait bien étrange pour Tristan.
* Pouvez-vous vous parler ? Elle nous a sûrement vus, maintenant, et nous pourrions peut-être savoir qui elle est et ce qu'elle fait là… ou au moins, s'il y a une raison de la craindre. *
Lui n'avait pas réellement tendance à se méfier dès l'abord, mais il faisait confiance à l'élément draconique de la triade pour savoir mieux que lui la manière dont il était prudent de se comporter. En attendant, il continua à s'user les yeux pour essayer d'en voir plus du côté de la grande forme au sol.

Texte by Tristan Gwened
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MessageSujet: Re: [RP] Parmi les vestiges   [RP] Parmi les vestiges Icon_minitimeLun 25 Fév 2019 - 11:25

Ses naseaux exhalaient un souffle chaud et frémissant. Des volutes de vapeur s’élevaient tout autour d’elle. Son cuir écailleux ne pouvait tromper personne. Malgré le camouflage dense de la végétation et les eaux brunâtres dans lesquelles elle pataugeait, la dragonne se savait découverte avant même que l’autre dragon ne touche son esprit. Elle se tendit dans l’attente d’une agression, du moindre signe annonciateur d’un péril évident. C’était comme si elle attendait un geste de colère envers elle pour enfin s’enfuir. D’un autre côté, elle espérait également que ce soit une invitation pacifique à quitter son refuge. Elle voulait s’échapper, disparaître, pour mieux renouer avec ses racines et sentir la chaleur du contact télépathique d’un autre dragon. Cela faisait des mois que ses ailes ne parcouraient plus les vents du Màr Menel ni même de Tol Orëa. Sa patrie demeurait le souvenir chéri de son cœur. Célestes, Engloutis, Ardents, sauvages ou errants : peu importait l’origine, tant qu’elle pouvait voir un de ses congénères en chair et en os. Pour prouver à ses angoissants rêves que les dragons existaient toujours. Qu’elle ne perdait pas le fragile équilibre de son esprit. Qu’il existait toujours, quelque part, un havre de paix pour son espèce, un sanctuaire qu’elle pourrait regagner un jour – si les dieux et son Âme Sœur lui accordaient ce vœu.

Vraël fut assaillie par un raz de marée de souvenirs évoquant la douceur de son ancien foyer. La peur faisait vibrer toutes ses cellules. L’espoir accélérait son rythme cardiaque. Son esprit se tendit, se déploya vers la dragonne inconnue, tandis qu’un frisson sinuait le long de ses ailes fatiguées – mais impatientes de goûter à nouveau à des cieux peuplés d’Enfants de Flarmya.

° Ne pars pas… °

La Bleue se tut brusquement. Son ton plaintif lui faisait honte. Elle avait pris la voix chagrine d’une dragonnelle qui se sentait abandonnée depuis trop longtemps. Que restait-il de la fière et véloce fille de Kiruna, qui avait bravé les morts-qui-marchent, une Incarnate enragée, une mort prématurée sur les sables et tant d’autres dangers ? Elle avait le sentiment de s’être perdue en chemin.

° Je n’ai plus de territoire depuis longtemps. Je ne te force pas à partir. Mais je ne peux pas non plus te garantir un bon accueil… De quel Kaerl viens-tu ? A quoi ressemble Tol Orëa aujourd’hui ? °

La solitude lui pesait plus cruellement qu’à sa Liée. Cet être sauvage qui courait dans la jungle et les ruines pour revenir au campement à toute allure… Cette femelle sans-écailles s’obstinait à vivre loin de tout et de tous. Depuis que la compagnie de mercenaires avait été démantelée, le désespoir s’était peu à peu insinué sous la peau et l’émail des deux Âmes Sœurs. L’une ne vivait plus que dans un chaos indescriptible d’émotions coupables et furieuses, tandis que l’autre se laissait lentement dépérir pour atteindre une forme de retour à l’état sauvage où son identité se fondait dans le néant.

Alors, comme enfin se présentait une échappatoire, Vraël s’apercevait qu’elle n’avait jamais totalement perdu espoir. L’arrivée de cette autre dragonne jetait des braises sur son cœur éteint. Elle voulait découvrir cette sœur. Elle craignait également de ne pas supporter son départ. Cependant, sa Liée ne comprendrait pas. Sa moitié était devenue sourde et aveugle : elle refusait d’espérer, d’attendre quoique ce soit, de peur de souffrir encore, préférant garder allumé le feu de sa colère pour la maintenir en vie. Et qui pourrait l’en blâmer ? Tant d’idéaux bafoués, tant de rêves brisés et de sacrifice au nom du plus grand bien et de la justice… Pour au final subir la perte d’êtres chers. Vraël ne se permettait pas de lui en porter rancune. Mais elle regrettait par avance la réaction de sa Liée si elle parvenait à la rejoindre. Persée n’aimait pas les intrus.

° Ton Lié et toi n’avez rien à craindre de moi. Cela, je peux le jurer. °

Texte by Persée Garaldhorf
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MessageSujet: Re: [RP] Parmi les vestiges   [RP] Parmi les vestiges Icon_minitimeLun 25 Fév 2019 - 11:27

[RP] Parmi les vestiges Maitre-celeste-520d210 [RP] Parmi les vestiges Asra_re-52ea82a
Sable Lewë & la Bleue Asra

Tristan remarqua les éclats turquoise perdus au milieu des marécages et poussa une exclamation. Un instant, Asra se demanda s’il était convenu de féliciter l’Aspirant pour son sens de l’observation, mais elle balaya rapidement cette idée lorsqu’il la questionna au sujet de l’autre Dragonne.

° Oui, nous pouvons communiquer. Mais les paroles que nous échangerons ne seront pas forcément gages de son inoffensivité. °

Pourtant, même la Liée de Sable, avec toute sa froideur et tout son manque d’empathie, n’aurait pas su prêter à la voix qui soufflait dans son esprit de quelconques mauvaises intentions. Elle ne s’émut pas pour autant de la fragilité transparaissant chez la créature sauvage. Les cercles qu’elle décrivait dans le ciel se rétrécirent à l’amorce de sa descente.

° Je me nomme Asra. Je suis née au Màr Menel, qui demeure ma maison. Tol Orëa est semblable à ce qu’elle a toujours été. Pourquoi ne vas-tu pas le constater par toi-même ? °

Ce n’était pas une accusation ; la Bleue ne pouvait pas imaginer les raisons qui poussaient l’autre Dragonne à se retirer aux confins de la jungle si elle s’intéressait encore au destin de la Terre de l’Aube. Il ne lui appartenait pas de la juger, cependant. Asra trouva une percée dans le feuillage épais – elle ne souhaitait pas s’ébattre dans l’eau fangeuse. Assurée de ne courir aucun danger, pour toute la valeur qu’elle accordait aux paroles de sa sœur d’écailles, Asra se posa en douceur afin de ne pas perturber son cavalier. Quelques branches craquèrent en rencontrant ses ailes, puis ses griffes s’enfoncèrent dans un tapis de terre humide et de mousse. Deux iris d’ambre, illuminés par la curiosité, rencontrèrent ceux de la Bleue. Plus loin, perdues au milieu de la jungle, elle perçut les vibrations d’une bipède, et qui se rapprochaient, bravant la flore labyrinthique. Quelques étincelles méfiantes parcoururent son regard.

° Ce petit homme n’est pas mon Lié. ° crut-elle bon de préciser. ° Il n’est encore qu’un Aspirant. °

Elle éleva l’une de ses ailes sombres comme pour protéger la silhouette frêle de Tristan. Inutile de chercher à avertir Sable de leur trouvaille ; la Sang-Mêlé sillonnait toujours les mers houleuses du Temps, sans amarre et sans phare pour la guider. Du fond de sa mémoire, Asra chercha un nom, un souvenir qu’aurait pu lui évoquer sa sœur d’écailles. Si elle ne se mêlait guère à ses congénères, elle aimait observer – et surtout, se tenir au courant des affaires des bipèdes. La couleur remarquable de la Bleue n’avait rien d’incongru. Pourtant, et en dépit de tous ses efforts, il lui était impossible de se rappeler qui était sa Liée.

° Tu as juré que nous n’avions rien à craindre de toi… Qu’en est-il de ton Âme Sœur, qui court maintenant à notre rencontre ? °

Un grondement sourd souleva ses flancs. Curieuse et dépourvue de compassion, elle n’hésita pas une seule seconde avant de la questionner à nouveau :

° Que faites-vous toutes deux si loin de la Terre de l’Aube ? De qui cherchez-vous à vous cacher ? Que craignez-vous dans le jugement de vos frères ? ° Si la Bleue s’était enquis en de tels termes de la situation sur l’Île aux Dragons, elle et sa Liée n’étaient pas simplement en mission pour leur Kaerl. Jamais Asra n’aurait trahi un quelconque secret qui aurait retenu les deux exilées ici, mais il ne lui vint pas non plus à l’idée de rassurer la Dragonne à ce sujet. Elle se contenta de la vriller de ses deux orbes aux couleurs de l’aube nouvelle, entièrement subjuguée par l’aura de mystère dont cette rencontre était entourée.

~°~

[RP] Parmi les vestiges Nagendra-50b0629 [RP] Parmi les vestiges Llyr_test-52ea84b
Nagendra Tuncay & le Bronze Llyr

Plus loin, et même bien plus tôt, un peuple au nom oublié entamait une cérémonie complexe, avec pour témoin un être dont la place n’était résolument pas parmi eux – ni même, par conséquent, en pareille époque. Ses yeux attentifs détaillaient chaque mouvement, chaque son, qui lui parvenait comme brouillé par des filtres dépassant l’entendement des mortels. Et parce qu’elle se trouvait là-bas, elle ne prêta pas attention à l’ombre glissant entre les branchages, le bruit de ses pas amorti par les mousses et la terre humide. Cette ombre fut surprise de ne provoquer aucun signe de méfiance, aucune sorte de réaction chez cette femme assise en tailleur, toute aussi immobile que les anciennes idoles veillant sur les ruines.

° Llyr… °

Une main en suspens au-dessus de la garde sertie d’ivoire de son poignard, tout habillé de noir, l’Humain s’arrêta, surplombant la Magicienne oublieuse. Il retint sa respiration, tendant l’oreille pour écouter celle de sa proie, lente et rythmée, tandis que ses doigts se resserraient autour du manche pâle.

° Llyr. °

Cette fois, son ton s'était fait plus insistant, et une masse à l’éclat violent du crépuscule vint éventrer la canopée pour se poser sans considération sur les rochers aux abords du ravin. Le fracas éveilla Sable de sa transe, qui eut alors un haut-le-cœur avant de rouler sur le côté et de hurler en esprit le nom de sa Liée. Prestement, l’Humain fit glisser son poignard hors de son fourreau et son bras autour de la taille de la Maîtresse Céleste. Il la maintint ainsi fermement, le dos plaqué contre son torse, et le Bronze fit planer son ombre sur leurs silhouettes emmêlées. Écartant du doigt quelques mèches outremer, l’agresseur porta sa bouche au niveau d’une oreille effilée, l’esquisse d’un sourire venant étirer ses lèvres :

« Shh, gardez votre calme. Gardez votre calme et aucun mal ne vous sera fait. »

Sable haussa les sourcils, incrédule, mais décida de faire ce qu’on lui demandait. La caresse de l’acier contre la chair offerte de sa gorge, plus que les mots de l’Humain, ayant suffi à la convaincre. Des pensées affolées se heurtaient dans les moindres recoins de son âme, en provenance d’Asra. Elle envoya vers sa Liée une vague d’apaisement, puis plus rien. La Bleue comprendrait que la Sang-Mêlé était en danger, mais que tenter de la secourir ne serait qu’une prise de risque inutile au regard de leur devoir. Avec calme et sang-froid, Sable posa une main sur celle de l’Humain – celle qui tenait le poignard – et lui imprima sobrement un mouvement d’abaissement. Ce faisant, elle darda sur lui un regard à peine troublé par l’animosité. Ce genre de situation ne lui était pas inconnue.

« Il est communément admis qu’on est plus à même de garder son calme lorsque l’on n’est pas menacé de la sorte. Lâchez-moi d’abord, et discutons après. »

L’Humain eut un bref éclat de rire avant de s’exécuter, sans trop de réticence. Il rangea son arme et leva les mains, jetant un bref coup d’œil en direction du Bronze. Ce dernier faisait encore claquer ses mâchoires, les prunelles dévorées par des flammes sanglantes.

° Trouve la Liée de cette donzelle, et assure-toi qu’elle ne m’interrompe pas pendant que j'interroge celle-là. °

° Asra… Où que tu sois… Vous allez recevoir de la visite. Ardente. Protège Tristan avant toute chose. Ne cherche pas à me retrouver – pour l’instant. °


~°~
L’inquiétude avait retroussé les babines d’Asra, révélant une rangée de crocs acérés et éclatants. Les yeux frottés de jaune terne, elle se mit à scruter les cieux, tous les sens aux aguets. Pourvu que les étrangères ne les estiment pas coupables d’un mauvais tour… La Bleue préférait pouvoir compter sur leur soutien – ou même sur une simple supériorité numérique.

° Nous allons être rejoints par un invité indésirable. Navrée d’avoir troublé ta retraite, petite sœur. °

Sa voix avait des sonorités équivoques, à mi-chemin entre l’ironie et la menace, tandis qu’elle repliait un peu plus son aile autour de Tristan.

Texte by Amaélis Yodera
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MessageSujet: Re: [RP] Parmi les vestiges   [RP] Parmi les vestiges Icon_minitimeLun 25 Fév 2019 - 11:29

Tristan fronça les sourcils à la réponse d'Asra, plus ennuyé que gêné de ne pas savoir s'être fait mieux comprendre, mais plus gêné qu'ennuyé de devoir expliciter dans le détail ce qu'il avait voulu suggérer à la dragonne.
* Pardonnez-moi, Asra, mais je voulais dire qu'en lui parlant, vous pourriez savoir qui elle était, et peut-être avoir une idée de ses intentions… *
De toute façon, il était désormais trop tard, les présentations étaient faites, et ce qui semblait sourdre de la bleue pâle n'était pas l'hostilité, non. Aux yeux de Tristan, ce qui se dégageait du tableau, c'était plutôt une sorte de détresse rampante, insidieuse. Pas de celles qui fait passer un être fort et debout en position de loque agenouillée en l'espace d'un battement de cœur, mais plutôt, de celles qui lui fait parcourir le même chemin en prolongeant la dégénérescence plusieurs années durant, sapant lentement et systématiquement un petit élément après l'autre, pour un résultat qui n'était pas moins sûr que la méthode fulgurante.
* Pouvez-vous être malades, vous, les dragons ? Celle-ci n'a pas l'air très en forme, *
s'inquiéta-t-il auprès de la Liée de Sable. Il n'eut pas le temps de réfléchir davantage, concentré sur le délicat moment de l'atterrissage, qui se passa heureusement sans trop de heurts ni de remue-ménage, pour autant que cela soit possible avec une créature de la taille d'Asra.

« Je m'appelle Tristan, »
indiqua-t-il à voix haute, plein de bonne volonté et de bons sentiments envers le grand reptile inconnu, dont l'inquiétude envers leurs propres intentions, toute naturelle, ne lui semblait pas mériter les répliques glaciales de la bleue sombre. Il commençait certes à la connaître, mais n'était pas véritablement habitué à sa manière de réagir. Peut-être ne le serait-il jamais vraiment. Un mince sourire désabusé vint se peindre sur son visage alors que Vraël le prenait pour le Lié de sa congénère. Aurait-ce pu être possible ? Il faudrait qu'il demande à l'elfo-ondine, quel genre de cas particulier avait pu apparaître par le passé, parmi la myriade de cas ordinaires. Mais pour l'heure, il préféra ne pas trop penser à ce que pouvait signifier la rapidité avec laquelle sa tutrice draconique avait avancé sa dénégation, pour plutôt entreprendre de glisser à terre avec précaution, non sans avoir préalablement précisé :
« Je suis Aspirant dans la triade d'Asra et Sable. »

Tout à sa descente, il en suivit néanmoins les échanges entre les deux filles de Flarmya, mais sans rien ajouter dans un premier temps. Rassuré d'avoir de nouveau les pieds au sol, même s'il admettait qu'en terme de sûreté, le dos de la Bleue pouvait faire office de refuge de manière infiniment plus efficace, il se redressa pour considérer les deux sauriennes. Le rapport de force entre elles, instauré par la plus proche de lui, semblait vouloir faire passer la plus pâle pour l'intruse. Alors que, n'était-ce pas l'inverse ? C'est pourquoi, dans une volonté d'apaisement, il sortit de son mutisme à la suite de la salve de questions, pour en ajouter une. Il l'espérait apporter une terminaison plus douce que l'interrogatoire mené par Asra, et l'appuya d'une main tendue, paume tournée vers la destinataire :
« Avez-vous besoin d'aide ? »
Sa proposition devait avoir quelque chose de ridicule, lui, petit neishaan, aspirant depuis moins d'un mois, entre les deux bleues adultes, capables de puiser dans la mémoire de leurs ancêtres, mais elle venait du cœur. Les dragons n'étaient pas censés vivre hors de Tol Orëa, de ce qu'il avait compris. Et s'il en existait quelques-uns pour faire durer une existence malheureuse en solitaire, les fameux dragons sauvages, il n'était pas possible qu'il s'agisse de cela, si celle-ci était effectivement Liée. Alors ?

Et puis, d'un coup, Asra s'agita, sans que rien, dans l'attitude de Vraël, n'ait semblé en être la cause. Il n'en fallut pas beaucoup plus à Tristan pour conclure : les crocs dénudés et la couleur de l'angoisse dans les yeux, ce n'était pas pour l'autre. Il avait dû se passer quelque chose du côté de l'entrée des ruines. Gagné par le sentiment de la plus sombre, il effleura le cuir fin qui semblait vouloir se dresser comme un bouclier entre lui et le reste du monde. Il n'était pas certain de souhaiter cette protection, fierté adolescente oblige, mais pas plus assuré de ne pas en avoir besoin, car conscient de ses propres incompétences.
* Sable va bien ? Est-ce que c'est quelqu'un que vous connaissez ? *

Cette impression d'impuissance n'était pas nouvelle pour lui, mais la question sans réponse qui l'accompagnait, sur ce qu'il pourrait ou devrait faire, n'amenait jamais la tranquillité. Ne trouvant, pour l'heure, d'autre possibilité que de se préparer à la venue de cet autre intrus en concertation avec les dragonnes, il s'adressa d'abord à celle qu'ils avaient découverte là :
* Avez-vous une idée de qui il peut s'agir ? Qu'allez-vous faire ? *
Sans bien s'en rendre compte, il avait instinctivement dirigé ses pensées vers Vraël, sans pour autant en exclure Asra, plutôt que d'utiliser sa voix comme précédemment. Il commençait donc à avoir quelque pratique de ce mode de communication, et même, à en apprécier la rapidité directe, malgré son goût pour les mots. En vérité, il les préférait bien choisis et réfléchis, avant d'être immortalisés de quelques traits d'encre, plus que spontanés et possiblement impulsifs, jetés à perte dans l'immensité d'un oubli certain.

Indécis, il considéra son entourage. Les dragonnes pourraient difficilement passer inaperçues, mais pour lui, il n'en était pas de même. Puisqu'il était descendu de la forteresse que constituait le cou de la Bleue sombre, ne pouvait-il pas mettre à profit son état de bipède ? Et puis, la saurienne serait plus à l'aise si elle n'avait pas besoin de faire attention au moustique accroché à elle, elle pourrait se mouvoir plus naturellement, et plus vivement si le besoin s'en faisait sentir, sans passager novice à épargner.
* Asra ? Je peux me cacher quelque part. Dans cette forêt, ce ne sera pas difficile. L'autre ne sait pas que je suis là, n'est-ce pas ? *
Il s'était efforcé de penser tout bas, des fois que l'intrus serait déjà à proximité, en train de les épier. Il ignorait ce qu'il pourrait faire, ainsi dissimulé, mais ce serait toujours mieux que de jouer les poids morts pour la Liée de Sable.

Texte by Tristan Gwened
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MessageSujet: Re: [RP] Parmi les vestiges   [RP] Parmi les vestiges Icon_minitimeLun 25 Fév 2019 - 11:30


Les grandes opales de Vraël luisaient d’un éclat plus lumineux de seconde en seconde. L’espoir gonflait son cœur. Son regard embrassait avec tendresse et nostalgie les lignes pures, gracieuses, draconiques, de cette Bleue inconnue qui venait de prudemment se poser devant elle. Son imagination devait lui jouer des tours car, dans le clair-obscur de cette jungle inhospitalière, elle croyait distinguer des éclairs dorés parcourir ces écailles d’un sombre azur. Elle voulait y voir la marque du lieu de sa naissance – de leur naissance à toutes deux. Le Màr Menel était toujours debout. Elle l’avait toujours su, au fond d’elle. Son foyer était toujours là-bas à l’attendre.

Les mots d’Asra l’écorchèrent. Sa question avait beau être légitime, elle ne pouvait pas y apporter de réponse simple. De fait, elle ne voulait pas envisager d’y répondre. Personne ne pouvait comprendre la souffrance qui faisait battre leur cœur. Personne ne possédait assez de compassion, même parmi les Célestes, pour accepter leurs choix. Ni elle, ni sa sœur d’âme n’avaient jamais fait le choix de la facilité. Pour certains, il s’agissait d’une preuve de bravoure. Pour beaucoup, simplement la marque de l’infamie de quelques éléments déviants du Kaerl.

Vraël s’extirpa du ruisseau fangeux dans lequel elle pataugeait, grimpant sur la rives à la force de ses serres et de ses muscles affaiblis, pour exposer aux regards la maigreur de ses flancs, la blancheur de ses cicatrices dorsales, la ligne frémissante et acérée de sa silhouette de bête traquée. Elle éluda la question de sa sœur. Tol Orëa restait hors de sa portée : c’était un mirage après lequel on court en plein désert. Un reste d’amour-propre moucheta d’écarlate ses prunelles avant de rapidement se dissiper dans des nuances ocres. La honte avait soudain effleuré son cœur alors que, sans nul doute, dans pareille situation, cela n’avait plus d’importance. Peu importait son aspect. Comparée à elle, toute dragonne se révélait magnifique. Elle ressemblait davantage à ces dragonneaux mal nourris et malaimés de Chevaliers malgré eux qui refusaient l’Empreinte. Asra, la fille du Màr Menel, pouvait prétendre correspondre à l’image que l’on se faisait des dragons célestes. Vraël était une sauvageonne – ce qu’elle était devenu au fil des mois. Inutile de se leurrer sur la réalité des choses.

° Un Aspirant… °

L’aile d’Asra vint presque entourer le jeune homme, lequel semblait plus curieux que réellement inquiet. Ce geste, cette attitude lui en rappelaient d’autres. Lorsqu’elle-même, il y avait longtemps, lors d’une expédition en Ys, elle avait voulu protéger un Aspirant de la colère d’autrui en étendant ses ailes autour de lui. Un Aspirant… Nathaniel. Leur Aspirant, à sa Liée et elle. A l’époque où la place d’une bonne Maîtresse Dragon était au Màr Menel. A l’époque où tout était encore si simple.

° Tristan. °

Par ce nom, elle acceptait sa présence, sa réalité et le saluait. Il se présenta de lui-même comme faisant partie de la triade d’Asra et d’une certaine Sable – certainement la bipède du couple. La Bleue fouilla sa mémoire en quête d’un visage, une rumeur, n’importe quoi qui put la rassurer et lui donner l’impression que le Màr Menel faisait encore partie intégrante de son univers.

° Besoin d’aide ? °

La question la prit au dépourvu. Elle eut envie de rire. Un sursaut de rire amer, douloureux, suintant un flot noir d’ironie comme une coulée de poix obstruant tout espoir. Sa queue fouetta l’air. Sa ligne d’épines le long de la colonne vertébrale frémit. Cela faisait si longtemps qu’elle ne réclamait plus l’aide de quiconque. Et pourtant, Flarmya seule savait à quel point elle en aurait eu besoin…
Elle retourna un regard de cendres à Asra. Enfin, elle comprenait la souffrance de l’errante Dealra, cette intrigante traîtresse à la réputation sulfureuse qui pourtant était née d’une couvée de Dorée. Cette souffrance était aujourd’hui la sienne. Sa Liée approchait à grands pas. Dans quelques minutes, cette pacifique conversation deviendrait une véritable poudrière. Il restait peu de temps à Vraël pour faire la paix avec son passé.

° Le Màr Menel est… Etait ma maison. Je ne peux pas rentrer. L’exil était le seul choix possible. °

Livrer son nom, c’était se livrer soi-même. Se condamner au jugement d’Asra et du reste du monde.

° Je suis Vraël, fille de Kiruna. °

L’âme sœur de Persée-Morian Garaldhorf, l’ancienne Ancalikon du Màr Menel, l’infâme chef de toutes les forces armées durant le règne de l’Usurpateur, la félonne sans cœur vendue à l’ennemi, la fille d’un Ardent, le poing de fer dans un gant d’acier.

Vraël ferma les yeux. La douleur l’assourdissait, qu’elle soit dans ses membres ou dans son âme. Dans quelques secondes, tout serait perdu. Il est bien plus facile de maudire quelqu’un une fois qu’on possède son nom. Ces injures, ces malédictions, peut-être les méritait-elle. Pourtant, s’il avait fallu réécrire l’histoire, elle n’aurait pas voulu changer ses choix ni ce qu’elle avait accompli. C’était la seule manière qu’elle connaissait pour faire le bien.

Le basculement ne vint pas de là où elle l’attendait. Persée n’était pas encore apparue. Asra ne l’ensevelissait pas sous les reproches. Une tension nouvelle emplissait l’air moite et vicié de la jungle. Tristan et sa protectrice se tendaient dans l’attente, l’anxiété transpirant par tous les pores. La Bleue, particulièrement, vibrait de peur et de rage, ses yeux jaunes tournés vers le ciel en quête d’elle ne savait quoi. Captant tour à tour les pensées d’Asra et celle du jeune neishaan aux cheveux de flammes, Vraël resta d’abord sans réaction. Des intrus… Des intrus indésirables. Danger. La brèche s’ouvrit de plus belle autour de son esprit et la marée furieuse que représentait sa Liée l’atteignit de plein fouet. Impossible de cacher la vérité plus longtemps.

° Quels intrus ? Où sont-ils ? Ont-ils fait du mal à ta Liée ? Vous avez été suivis ? °

Une peur sourde faisait trembler ses pattes. Elle secoua ses ailes par à-coups quelques instants, comme prête à s’envoler ou à nouveau se laisser engloutir par les eaux troubles. Dans la grisaille de ses prunelles dansait le feu ténu et néanmoins vivace de la guerre.

° Ma Liée arrive. Elle ne sera pas contente… Je vous promets qu’aucun mal ne vous sera fait. Mais en tant que fille du Màr Menel, vous devez me jurer que ce n’est pas un piège ! °

La foudre aurait pu frapper la clairière que tout se serait déroulé de la même façon. Surgissant d’entre les murs de végétation, une forme vaguement humanoïde atterrit aux côtés de la dragonne turquoise. Elle se déplia en position de combat comme si elle avait fait ça toute sa vie, un mauvais couteau effilé dans chaque main, l’oriflamme de sa chevelure d’argent blond, sale et terni, l’environnant d’un pâle halo couronné d’oreilles pointues. Des yeux devenus des puits d’obscurité, creusés par le désespoir, flamboyaient dans un étroit visage. A travers les lambeaux d’une tenue jadis de bonne facture, on apercevait les entrelacs mordorés des runes virevoltant sur l’épiderme d’un blanc de poussière. Sur son épaule crachait et feulait une lézarde de feu aux écailles aussi rouges que le sang.

° Persée… °

La sang-mêlée ignora l’appel plaintif de sa moitié d’âme pour avancer d’un pas agressif vers Asra et son Aspirant. Son regard luisait d’un éclat cruellement désenchanté, tel le sourire d’une lame ébréchée par trop de vains combats. Une voix rauque émergea du chaos évoquant l’ancienne Maîtresse Bleue du Kaerl Céleste.

- Peu importe qui vous êtes et ce que vous voulez. Partez.

Texte by Persée Garaldhorf
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MessageSujet: Re: [RP] Parmi les vestiges   [RP] Parmi les vestiges Icon_minitimeLun 25 Fév 2019 - 11:32

[RP] Parmi les vestiges Maitre-celeste-520d210 [RP] Parmi les vestiges Asra_re-52ea82a
Sable Lewë & la Bleue Asra

Sa curiosité à l’égard de la mystérieuse Bleue n’avait fait que croître. Une écume frissonnante avait éclaboussé ses écailles, sujettes à un examen minutieux. Si Asra avait été autre chose qu’une éternelle absente, peut-être aurait-elle reconnu une sœur – non pas de cuir, mais de cœur. Il n’en était rien, cependant, et elle s’était contentée de remuer doucement le bout de sa queue, chassant les mousses épaisses qui abondaient près du marais, laissant Tristan s’avancer sans trop de crainte. Son âge lui soufflait que la créature sauvage, malgré la boue et l’odeur fauve du regret, traînait encore derrière elle de vieux oripeaux d’or et de mauve à l’éclat terni.

Le nom de la Dragonne inconnue avait été avoué avec peine et appréhension. Dans le regard brumeux de la Bleue, Asra avait reconnu la souffrance de l’errance. Elle-même en était familière, car c’était celle qui étreignait l’âme de sa Liée depuis la naissance. De la compassion, elle ne pouvait ni en ressentir, ni en offrir l’illusion à Vraël. Elle n’avait rien à déclarer concernant l’histoire, sans doute tragique, qui avait poussée l’ancienne Ancalikon à l’exil. Persée Garaldhorf était seule maîtresse et juge de ses choix – elle en était également l’unique responsable. Comment, alors, Asra aurait-elle pu les condamner ? Elle eut l’envie soudaine de rassurer sa petite sœur, mais elle en fut incapable ; mentir ne faisait pas partie de ses talents.

Et, tandis qu’elle vrillait toujours Vraël de ses iris opalins, aussi lisses qu’un miroir, la présence de l’intrus se faisait plus imposante. Il approchait, tout comme la furie blonde. La panique de l’autre Bleue rendait l’air tout autour opaque, instable. Asra pétrit le sol de ses griffes, un vague grondement enflant depuis ses flancs.

° Le Dragon arrive. Son Lié est avec la mienne. Nous n’avons pas été suivis. °

L’esprit de Sable était hors de sa portée, mais elle parvenait à percevoir quelques rares et fugaces effluves d’apaisement. Asra avait une entière confiance envers son Âme Sœur, qui lui avait confié la vie de Tristan. Elle ne trouva pas le temps de répondre aux interrogations du Neishaan, maintenant son aile levée à la manière d’un bouclier d’azur, trop occupée à tenter de calmer sa consœur.

° Ce n’est pas un piège, Vraël. Cela, je peux te le promettre. °

Lorsque Persée apparut entre les ombres végétales et marcha d’un pas bien trop guerrier vers Asra et Tristan, la Dragonne répondit par l’instinct, et, abaissant le cou, découvrit ses crocs perlés, l’une de ses antérieures passant devant l’Aspirant pour le protéger. Des étincelles rougeoyantes éclairèrent brièvement son large regard nacré.

° Baisse tes armes, petite. Tu te trompes d’ennemi. °

La confrontation ne s’éternisa pas. Asra redressa soudainement la tête, un nuage mêlé d’ambre et de poussière assombrissant ses iris, et poussa un rugissement d’alerte. Aussi délicatement que le lui permettaient sa taille et l’urgence de la situation, elle écarta Tristan, juste avant d’accueillir dans ses ailes déployées une comète sanglante, à l’éclat du bronze, qui s’écrasa contre elle avec violence.

~°~

[RP] Parmi les vestiges Nagendra-50b0629 [RP] Parmi les vestiges Llyr_test-52ea84b
Nagendra Tuncay & le Bronze Llyr

La corde entamait cruellement la chair de ses poignets délicats, mais ce n’était sans doute pas là le plus gênant. À quelques pieds de la prisonnière, l’Humain examinait avec attention le passage scellé. De nombreuses questions lui traversaient l’esprit, cependant, aucune réponse ne lui avait été accordé. Pour l’instant. Tout en effleurant du bout des doigts la pierre antique, Nagendra haussa une nouvelle fois la voix :

« Qu’y a-t-il derrière cette porte ? Le savez-vous seulement ? »

Un soupir à peine audible s’échappa d’entre les lèvres de la Sang-Mêlé et le goût du sang, qui s’échappait d’une coupure infligée plus tôt par la main de l’Ardent, s’infiltra dans sa bouche sans qu’elle puisse y remédier.

« Non, je ne sais pas. J’ai été intriguée par une Magie que je ne connais pas, et j’ai voulu en savoir plus. Voilà tout. »

La Maîtresse Bleue suivait du regard le moindre déplacement du Chevalier, la poitrine soulevée par une respiration rythmique, sereine. Pourquoi cela l’intéressait-il ? Que faisait-il ici ? Ce n’était pas elle qui menait l’interrogatoire, et elle savait que sa curiosité ne serait pas satisfaite. Elle ne pria pas non plus son agresseur d’épargner Asra et Tristan. Un accident était vite arrivé, ici, et le Kaerl ne serait pas long à la juger coupable d’avoir embarqué un si jeune Aspirant avec elle. Des doigts fins s’emparèrent de son menton, forçant son regard aigue-marine à rencontrer celui, or liquide, de l’Humain.

« Je sais reconnaître un menteur, et vous n’en êtes pas une. Je n’en suis pas un non plus. Je sais également reconnaître lorsque l’on me cache quelque chose. Alors ? »


Sable fronça les sourcils, les lèvres closes en une fine ligne frémissante. Nagendra la lâcha avec une expression de dégoût affichée, avant de la frapper à nouveau, et le relief acéré d’une bague à l’effigie draconique érafla la joue pâle de la Sang-Mêlé. Dans un coin de son esprit, elle sentit la peur et la douleur de sa Liée. Et Tristan… Elle n’avait pas le choix. Elle aurait laissé sa Liée se battre, si elles n’avaient été que deux à être menacées. Elle refusait de mêler l’Aspirant à cette histoire. Un sourire étrange flottait sur le visage du Chevalier.

« Soit. J’ignore où se trouve l’artefact, mais je vais vous dire ce que j’ai vu… »

~°~
Crocs et griffes mêlés au milieu des éclaboussures d’eau fangeuse, Llyr fut prompt à abandonner la lutte, les pupilles allumées d’un feu inquiétant. Asra s’ébroua avec un grondement de rage, cherchant instinctivement son Aspirant. Le Bronze se redressa, maculé de boue et les cornes comme trempées de sang, un éclat de rire au fond de la gorge.

° Ta compagne est entre les mains de mon Âme Sœur. Si j’étais à votre place, je ne tenterais rien d’extravagant. °

Texte by Amaélis Yodera
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MessageSujet: Re: [RP] Parmi les vestiges   [RP] Parmi les vestiges Icon_minitimeLun 25 Fév 2019 - 11:34

La dragonne azur ne se montrait pas très coopérative pour leur fournir des explications, mais son aspect inspirait plus de pitié qu'autre chose à l'Aspirant. Elle devait avoir traversé des épreuves dont il n'avait pas idée, qu'il ne pouvait pas même imaginer, pour s'être transformée ainsi en une ombre pâle et hésitante, alors que sa naissance l'avait destinée à la glorieuse maîtrise des cieux dans laquelle se joignaient et se reconnaissaient ceux de son espèce. Asra, elle aussi, semblait captivée par sa consœur, trop pour porter grande attention à ce qui intriguait son Aspirant. Il confirma d'un hochement lorsque son nom fut répété, mais baissa la tête alors que sa proposition, certes candide, reçut seulement un traitement en tant que telle. Et pourtant, il aurait sincèrement voulu trouver un moyen d'aider la silhouette diminuée dont la seule vue lui serrait le cœur. Au lieu de cela, il n'arrivait visiblement qu'à la troubler davantage. Les enfants chéris de Flarmya auraient dû rester hors d'atteinte des querelles et sentiments de ces minables terriens de bipèdes, ne pas en être affectés, c'était du moins ainsi qu'il s'imaginait les choses, avec l'immense piédestal sur lequel son esprit posait les dragons. Mais était-ce possible, Liés comme ils l'étaient chacun à un rampant ?

Pour l'heure, les deux Bleues échangeaient sans vraiment faire cas de lui. Sans doute était-il trop jeune, dans l'univers qui était le leur, si ce n'était dans l'absolu, pour avoir une opinion qui puisse compter à leurs yeux. Il ne se manifesta pas, ni en paroles, ni en mouvement, mais sa mémoire classait méthodiquement chacune des informations concédée, à la manière d'un collectionneur, et même lorsqu'en l'état, elles ne lui évoquaient rien. Une fois de retour au Kaerl, une visite aux Archives s'imposerait, et il ne manquerait pas de traquer toute référence à la saurienne couleur d'azur nommée Vraël, pour tenter de comprendre les circonstances qui l'avaient amenée à sa situation présente. En lui persistait un mince espoir, sans doute bien vain : celui qu'il pourrait faire quelque chose pour contribuer à lui offrir, ou lui rendre, une place meilleure que celle qu'elle occupait présentement. Qu'il pourrait apporter ne serait-ce qu'une pincée de réconfort à cette merveilleuse créature, qu'il voyait descendue si bas avec consternation.


Ses tranquilles réflexions ne résistèrent pas face au bouleversement qui les atteignit tous avec l'annonce d'Asra. Et qui, pour le neishaan, ne fit que se renforcer alors que surgissait la Liée de Vraël. Il aurait voulu se montrer plus brave, ne pas manifester aussi ostensiblement sa couardise, mais la silhouette de sauvageonne qui émergea de la jungle, toute prête à frapper au premier geste un peu vif de ceux qui lui faisaient face, à la manière des reptiles serpentins qui se dissimulaient dans les ombres de l'atmosphère étouffante, lui inspira une réaction instinctive de repli. Les griffes tendues de l'arrivante, luisantes dans leur métal poli, semblaient refléter la lueur d'un regard qui pouvait faire douter de la santé de l'esprit les habitant. Et là, avec elle, n'était-ce pas une minuscule incarnate ? La Bleue avait pourtant évoqué le Kaerl Céleste comme son foyer historique… Les liens avec un lézard de feu n'obéissaient certes pas forcément aux mêmes règles que celui avec un dragon, mais la présence de cette couleur propre aux Ardents n'inspirait pas la moindre confiance au tout frais Aspirant.

Tristan avait donc reculé de quelques pas, en même temps qu'Asra, en farouche protectrice, positionnait sa patte devant lui. Il était déçu, surtout de lui-même, en constatant que ses réactions ne pouvaient que confirmer à la saurienne de la Triade qu'il devait juste être traité comme une petite chose encombrante et inutile, sur laquelle il fallait veiller comme sur un tout jeune enfant incapable de se défendre seul. Dans un sursaut de fierté, il se redressa, et après un effleurement apaisant sur les écailles outremer de son ange gardien, avança de côté pour, au moins, faire un peu face à l'épave agressive dont Vraël semblait avoir fait sa Liée. La Bleue n'avait-elle pas promis qu'aucun mal ne leur serait fait ? Et puis, après tout, il n'était pas si démuni que cela. Il allait le montrer. Piqué par le refus adamantin de Persée envers toute forme de discussion, mais aussi vaguement inquiet de la tension qui s'accumulait de toutes parts, dans la peine fataliste de la dragonne plus pâle, comme dans la nervosité défensive de la plus sombre, il prit une inspiration, et commença à chantonner, sur le rythme d'une ritournelle traditionnelle d'Ablah :

 " Nous ne sommes pas ici pour vous,
nous ne cherchons nulle querelle,
et n'avons en rien mérité
votre courroux.
Nous ne sommes pas vos ennemis,
ne faisons que passer céans,
pour ces instants préservons donc
toute courtoisie. "


Sa voix était juste et claire, chaque note exactement posée, liée à celle qui la précédait et la suivait, en des nuances qui, sur chacune des strophes, semblaient monter, puis doucement s'incliner vers une conclusion apaisée, auréolée de tranquillité à la manière dont Solyae, les jours de temps clair et glacial, caressait tendrement les pics enneigés des lieux où était né le neishaan. Tout naturellement, le don de sa race s'était exprimé par l'entremise de son chant. Devait-il continuer ? Les autres protagonistes ne sauraient sans doute jamais s'il en avait eu l'intention, et ne s'en soucieraient certainement pas plus. L'avertissement d'Asra, trompette d'apocalypse, préluda au surgissement d'un troisième saurien, et Tristan, plutôt que de résister à la poussée de la dragonne qui tentait une fois de plus de le préserver, en profita pour se glisser avec célérité derrière un tronc titanesque. Le géant, couvert de lianes serpentiformes, n'aurait aucun mal à dissimuler sa mince silhouette aux yeux du nouvel intrus.


Il n'y avait rien qu'il puisse faire pour la Bleue, alors que des crissements de cuir et d'écailles entrechoquées, de griffes et de dents affrontées, sur fond de froissements de feuilles mêlées d'éclaboussures de matière molle, lui indiquaient clairement à quel jeu sans pitié se livraient les deux seigneurs des cieux. Assister à leur pugilat ne présentait pour lui rien d'alléchant, il ne pouvait donc que prier silencieusement Flarmya, pour qu'Asra s'en sorte sans plus de dommages que quelques égratignures promptes à disparaître. Lorsque le tumulte de violence s'apaisa, il risqua subrepticement un regard vers la scène, et remarqua la recherche visuelle inquiète à laquelle semblait se livrer sa protectrice.
* Je suis là, Asra. Je vais bien. J'espère que vous aussi, *
émit-il avec sincérité, en mettant en application du mieux possible tous les conseils qu'avait pu lui prodiguer Sable les jours passés, pour réussir à émettre vers une seule âme, plutôt que de diffuser ses pensées à travers tout l'environnement. Il préféra cependant rester bref : avec le peu d'assurance qu'il avait dans ses jeunes capacités à ce sujet, autant ne pas tenter Kaziel.

Sur la masse qui était en train de se redresser non loin de la Bleue, des éclats de bronze avaient frappé son œil, aussi Tristan attribua-t-il naturellement à ce grand mâle inconnu, la voix mentale qui lança un rire sinistre, assorti d'une menace qui ne l'était pas moins. Si son Lié s'avérait aussi amical que lui, il y avait de quoi s'inquiéter pour Sable… mais quelles étaient donc ces manières, dès leur première sortie du Kaerl Céleste, de vouloir leur chercher querelle à chaque rencontre, avant même de savoir à qui ils avaient affaire ? Ils ne se trouvaient pourtant là que pour un innocent voyage d'études… Réprimant un soupir, le neishaan se déplaça silencieusement pour se placer dans l'ombre d'une feuille épaisse qu'il aurait peiné à entourer de ses bras, étant donnée son immensité. Là, il s'accroupit pour infiltrer son regard entre deux dentelures du végétal géant, dans l'attente angoissée d'une probable exigence de la part du Bronze.

Texte by Tristan Gwened
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MessageSujet: Re: [RP] Parmi les vestiges   [RP] Parmi les vestiges Icon_minitimeLun 25 Fév 2019 - 11:35

Oh, comme elle voulait croire cette Asra ! La dragonne lui inspirait des sentiments contradictoires car une prudence paranoïaque se disputait au besoin irrépressible de croire en la bonté du cœur d’autrui. Dans les veines creuses de Vraël se distillait une confiance amère, cruelle car elle ravivait tant de souvenirs de trahison, aux multiples noms et visages, qu’il était difficile de ne pas croire que cette même confiance s’apparentait à un poison.

Le chant de l’Aspirant lui parvint et elle tourna vivement son museau vers lui, davantage par surprise que par peur d’une attaque faite de maligne magie. Au son cristallin de sa voix, malgré ses cheveux roux, elle le devinait neishaan – au moins en partie. Même si les notes légères étaient apaisantes, jamais elles n’avaient parues plus désuètes qu’ici et maintenant, après des mois d’exil loin de toute civilisation, dans les profondeurs d’une jungle puante. La mélodie renvoyait les échos de la splendeur du Màr Menel sur le décor terne et fade de Qahra.

Plus tendue que la corde d’un arc, Vraël demeurait figée face aux arguments qu’on lui exposait. Dragonne et Aspirant semblaient de bonne foi. Son regard allait et venait de l’un à l’autre. Elle aurait voulu les croire. Cependant, il y avait Persée. Sa Liée qui n’accordait plus aucun crédit à quelque être vivant que ce soit. Lentement, elle fit le tour de son esprit, jaugeant son état mental. La sang-mêlée avait érigé une muraille épaisse, sordide, autour d’elle, dans l’espoir de ne plus rien ressentir, de taire les voix de son passé, de détruire toute espérance d’aucune sorte. La dragonne connaissait les failles de cette forteresse comme s’il s’agissait de la sienne. Elle-seule pouvait la traverser sans risques. Derrière ces murs spirituels rugissait une tempête prisonnière de ses propres défenses.

- Allez-vous-en. Ça ne nous concerne pas.

Persée lui apparaissait plus instable que jamais. Revoir des gens du Kaerl Céleste, avoir la preuve que son ancien foyer perdurait malgré tout, signifiait que rien n’était pardonné. Dans ses cauchemars, elle aurait voulu que la cité se soit écroulée, ainsi que ses idéaux bafoués, pour se croire enfin en paix. Rageusement, amèrement, elle aurait souhaité la fin de son monde pour être délivrée de cette minuscule parcelle d’espoir qui piquait encore son cœur et la faisait souffrir depuis des mois. N’avait-elle donc pas fuis assez loin ? Tol Orëa ne pouvait pas la laisser tranquille ? Elle avait choisi l’exil plutôt que l’humiliation et le déshonneur. Elle avait désiré le bannissement volontaire, pour vivre en proscrite, aux confins de cette terre, pour ne plus avoir de responsabilités envers qui que ce soit, si ce n’était elle-même. Elle voulait oublier.

L’alerte lancée par la Bleue Asra ne fut pas suffisante pour empêcher la stupeur de frapper les occupants de la clairière. La belliqueuse comète à la queue ardente s’abattit avec le fracas de la foudre sur la dragonne. Le combat fut bref, assez toutefois pour alourdir davantage l’atmosphère et la saturer d’hostilité. Un parfum de souffre flottait autour de la silhouette du Bronze inconnu. Son exigence reflétait toute la malice et la cruauté d’un Ardent, à n’en pas douter.

Vraël retint un mouvement de recul, préférant plutôt baisser la tête vers le mâle pour protéger la fragile armure recouvrant son cou. Dans le même temps, elle découvrit ses crocs en un feulement rauque. A ses côtés, Persée n’avait pas changé de position. Sans trembler ni cligner des yeux, elle avait observé la scène avec l'attitude d’une spectatrice dans l’arène. Tout ce remue-ménage ne la concernait pas. Mue par un réflexe, elle resserra néanmoins sa prise sur ses lames. Son rythme cardiaque s’accéléra en dépit de sa volonté de conserver du recul sur la situation. Elle imputa aussitôt ce surplus d’empathie à son pouvoir défaillant depuis de longs mois d’exil, loin de toute âme… Ainsi qu’à sa Liée.

Le regard de Vraël allait et venait entre les différents protagonistes avec angoisse. Elle brûlait de l’envie d’ajourner ce duel de force, tant physique que mentale et de fuir. La fuite était devenue sa spécialité ces derniers temps. Si elle avait pu mettre un terme à cette situation inextricable, si seulement elle avait pu endiguer la menace et disparaître à nouveau avec sa Liée entre les pattes, loin de tout… Il en était hors de question. Nulle échappatoire n’apparaissait pour la fille de Kiruna en ce jour. Des enfants du Màr Menel étaient en danger. La vie de sa propre Âme Sœur était indirectement menacée. Elle ne pouvait pas fuir.

- Je refuse d’intervenir dans votre querelle, déclara l’ancienne Ancalikon.

Jamais plus elle ne serait l’instrument d’autrui. Jamais plus elle ne serait l’esclave d’un idéal illusoire. Il n’existait plus personne pour ranimer la flamme de sa ferveur et de sa loyauté en ce monde. L’Interstice avait avalé son cœur aussi bien que son sens du devoir.

Cette déclaration transperça d’une lance de glace le cœur de sa Liée. Le carmin rougeoyant de ses prunelles chancela un bref instant pour se parer de nuances d’un ocre triste et inquiet. Elle fit un pas de côté, ouvrit à demi ses ailes et posa une antérieure devant Persée, prête à la défendre. Sans quitter des yeux son adversaire, elle entendait également détourner l’attention de ce dernier. Elle voulait attirer son regard, pour qu’ainsi il laisse Asra reprendre son souffle et que l’Aspirant Tristan ne soit pas tiré hors de sa cachette.

° Si le nom du Màr Menel signifie encore quelque chose pour toi, s’il t’importe encore un tant soit peu… ! °

La peine mêlée d'ire de Vraël vrilla l’esprit de la sang-mêlée. Sa rancœur, à l’égard de la cité qui avait détruit ses rêves et son amour, était-elle assez forte pour laisser des injustices, ou des meurtres, se produire sous ses yeux ? Persée retint une grimace. Aucune émotion ne parvint cependant à rider l’eau sale de son visage. A contrecœur, elle donna quelques indications mentales à Eos. La lézarde de feu quitta son épaule en bondissant dans l’Interstice, à travers une fenêtre ouverte dans le dos de sa maîtresse. Envoyée à la recherche de deux bipèdes en difficultés, il ne restait qu'à espérer qu'elle ne se fasse pas remarquer en chemin.

- C’est mon territoire. Allez-vous-en, insista Persée sans desserrer les poings.

Texte by Persée Garaldhorf
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MessageSujet: Re: [RP] Parmi les vestiges   [RP] Parmi les vestiges Icon_minitimeLun 25 Fév 2019 - 11:36

[RP] Parmi les vestiges Maitre-celeste-520d210 [RP] Parmi les vestiges Nagendra-50b0629
Sable Lewë & Nagendra Tuncay

Sous le regard attentif de Nagendra, la Maîtresse Bleue, les poignets toujours liés, longeait doucement les parois gravées de l’ancien temple, ses doigts effleurant le relief émoussé de bas-reliefs trop blessés par le temps, étranglés par les lianes et transpercés de radicelles. Plus il l’observait, et plus sa première intuition la concernant perdait en crédibilité. Les yeux aigue-marine de la Sang-Mêlé luisaient d’un éclat curieux, sincèrement émerveillés par les ruines qui s’étalaient devant eux. Elle semblait presque avoir oublié les liens qui l’entravaient. Lors de leurs rapides interactions, elle ne lui avait pas paru posséder l’étoffe d’une comédienne. Fallait-il croire, alors, à un simple hasard ? L’idée ne lui plaisait pas, mais il n’était pas assez fou pour imaginer que son Kaerl l'avait envoyée – avec un Aspirant – sur les traces du Seigneur Iskuvar. Le Màr Menel avait sûrement des affaires bien plus urgentes à régler, ces temps-ci. Son esprit s’élança vers Llyr, chez qui il avait senti s’élever, plus tôt, la hargne d’un affrontement :

° Cesse. Ne fais pas de mal à son Aspirant, ni à sa Liée. J’ai besoin d’eux en bonne santé si je veux négocier avec elle. °

Une fois assuré que son virulent Bronze ne s’en prendrait pas plus aux Célestes, le Spectre des Cendres se porta au niveau de sa prisonnière, encore absorbée dans la contemplation de la paroi. Au-delà d’une simple coïncidence, il percevait aussi une opportunité : si la Maîtresse Bleue parvenait à les faire entrer dans ce temple, peut-être comprendrait-il mieux ce qui avait retenu le Seigneur Iskuvar loin de ses obligations.

« Ma Dame, je vous suis reconnaissant d’avoir bien voulu partager vos connaissances avec moi. Néanmoins, je ne suis guère familier de toutes ces histoires ésotériques, et mon esprit est sans doute trop humble pour en saisir les mécaniques subtiles. » Il se fendit d’un sourire que la Sang-Mêlé ne lui retourna pas. « Pour autant, ma curiosité est piquée au vif. Comment savoir ce qui se cache derrière ces portes ? »

Sable dévisagea longuement le Chevalier, les lèvres pincées par une appréhension qu’elle ne pouvait simplement pas contenir. Dans les moments les plus sombres de son existence, elle s’était imaginée sur le dos d’Asra, une mer de flammes dans leur sillage dans laquelle tout le peuple Ardent se noyait – mais si elle l’avait imaginé, elle n’y avait jamais trouvé aucun réconfort. Jamais sa main n’aurait pu prendre la vie d’autrui, ou alors seulement pour défendre la sienne. Et lorsque ce jour arriverait, une infime partie d’elle, secrète et sauvage, espérait encore qu’elle arracherait cet autre à une famille aimante, à un amant sincère, à des enfants trop jeunes. Alors, tandis que son regard glissait le long des traits saillants de Nagendra, devant l’éventualité de le voir recourir à la violence pour obtenir ce qu’il voulait, elle s’interrogeait : était-il un solitaire, ou pensait-il à quelque visage chéri qui l’attendait chez lui ?

« Moi qui pensais vous avoir endormi avec mes discours... Qu’ai-je donc bien pu dire qui aurait retenu votre attention ? » s’enquit la Sang-Mêlé avec une insolence pleine de fraicheur innocente, et Nagendra, qui n’était pas vraiment dupe, fronça doucement les sourcils.

« Rien. Rien n’a changé. Je souhaitais déjà obtenir des réponses avant même que nous n’ayez commencé à me conter vos récits. » D’un geste rapide, il vérifia que les poignets de la Sang-Mêlé étaient toujours bien attachés. « Si vous ne voulez pas que je devienne violent, je vous conseille d’aller dans mon sens. Allons, votre Kaerl ne sait même pas que vous êtes ici – une collaboration, au nom de l’histoire et de la science, n’a absolument rien de répréhensible. »

« Votre Lié a attaqué la mienne. Je n’emploierai pas le terme collaboration aussi facilement que vous ne le faites. »

« Llyr est jeune... » contra le Chevalier en haussant les épaules d’un air quelque peu amusé. « … et bien moins patient que moi. Plus susceptible, aussi. Flarmya sait de quelle manière il recevra votre rejet. »

~°~

[RP] Parmi les vestiges Asra_re-52ea82a [RP] Parmi les vestiges Llyr_test-52ea84b
la Bleue Asra & le Bronze Llyr

Asra ne releva pas la provocation du Bronze, principalement parce que ses paroles pouvaient tout aussi bien être interprétées comme un simple fait. La voix timide de son Aspirant lui parvint de derrière les feuillages, portée par son esprit encore peu assuré, et la Bleue nota silencieusement son emplacement. Elle ne prit pas la peine de lui répondre, cependant, car elle n’en voyait tout simplement pas l’utilité. Quelques entailles au niveau des antérieures et du flanc la tiraillaient. Le cuir maculé de boue, elle s’évertuait à étendre les ailes pour les débarrasser des racines arrachées dans sa chute. Sable ne lui donnait toujours aucune indication, craignant, sans doute, de voir ses pensées arrachées à leur intimité. Les grands iris de la Dragonne, tout en nuances d’ocre et de cuivre, se posèrent sur la silhouette droite et fébrile de Persée Garaldhorf. L’ancienne Ancalikon n’avait pas esquissé un seul mouvement, mais sa posture évoquait celle d’un félin prêt à bondir.

° Il n’y a pas de querelle. Le jeune Dragon devrait nous dire ce qu’il veut, exactement, et ce que son Lié attend de Sable. ° déclara-t-elle finalement, reportant son attention sur Llyr. Le Bronze pétrissait la vase, et un tonnerre de frustration faisait vibrer ses flancs.

S’il avait pu, nul doute qu’il aurait affronté les deux Bleues – l’autre Céleste, avec ses relents de douleur sauvages, venait d’ailleurs de se faire le bouclier de sa Chevalière. Babines retroussées, le Bronze sortit sa langue bifide pour caresser l’air et savourer les effluves de tension qui s’y déposaient. L’Aspirant était proche, dissimulé dans l’ombre et les plantes. Qui était assez ignorant pour vouloir se cacher d’un Dragon ? Un éclat de jade brilla dans son regard, juste avant d’être recouvert par des nuées plus rougeoyantes.

° Nous allons vous aider à chercher l’artefact. Ta Liée restera avec le mien – en gage de votre bonne volonté. Il te la rendra quand tout sera fini. °

Un long feulement d’ennui, semblable à un soupir, s’échappa d’Asra. Les Dragons du Màr Taràlöm n’avaient jamais fait que creuser sa morosité ; ils brûlaient comme des astres trop empressés, se consumaient de l’intérieur. Elle, qui avait vu se lever plus de vingt hivers, ne parvenait même plus à comprendre leur fougue. Quel plaisir trouvaient-ils dans cet embrasement constant du cœur ? C’était un mystère éprouvant. Elle souffla quelques lambeaux de fumée par les naseaux, puis balança son long cou, dans un mouvement vide d’entrain, en direction de ses consœurs. Persée tentait de chasser ceux qui avaient troublé sa retraite, arguant que ces terres étaient siennes – et la Bleue pouvait comprendre ce langage bien mieux que celui des sentiments. Elle laissa tomber sur la Sang-Mêlé un regard nacré qui semblait, néanmoins, lourd comme l’orage.

° Une si petite chose ne saurait défendre son territoire face aux griffes, et aux crocs, et aux flammes des Dragons. ° Près d’elles, le Bronze commençait à s’impatienter, aussi Asra tourna-t-elle la tête en direction de son Aspirant. ° Tristan… Tu peux sortir de ta cachette. Nous reprenons les recherches. °

Puis, à l’attention unique de Vraël, la Dragonne ajouta : ° Je ne troublerai pas plus votre retraite. Je ne comprends pas les raisons qui vous retiennent loin du Màr Menel ; si vous avez peur du jugement de vos pairs, je ne peux pas vous blâmer. Néanmoins, le salut demeure, je pense, ailleurs que dans l’exil. Il faut bien reprendre ce qui nous fut enlevé. °

Les mots n’étaient ni agréables, ni sentencieux. Ils évoquaient la vérité de la Bleue comme on parlerait du temps qui passe, ou du temps qu’il fait.

~°~
Plus loin, à quelques pas du ravin où se trouvaient encore Nagendra et Sable, plongés dans leur altercation courtoise, une Lézarde aux écailles écarlates observait avec attention la scène qui se déroulait sous ses yeux vifs.

Texte by Amaélis Yodera
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MessageSujet: Re: [RP] Parmi les vestiges   [RP] Parmi les vestiges Icon_minitimeLun 25 Fév 2019 - 11:37

Tristan se sentait de trop dans cette querelle qui n'avait rien à voir avec lui, et dans laquelle il n'avait aucune place, ainsi que les événements s'évertuaient à le lui prouver à chaque instant. Rien de ce qu'il tentait ne se montrait capable de faire avancer quoi que ce soit, et si personne n'osait se moquer ouvertement de ses vains efforts, il lui semblait sentir de la condescendance à son égard, pour le moins, si ce n'était du mépris. Oui, il n'était qu'une petite chose insignifiante. Pire même : un poids mort. D'accord. Eh bien, il n'aurait qu'à rester là, les horreurs de la jungle auraient tôt fait de se charger de lui, et personne ne se rendrait compte de rien, sa disparition passerait aussi inaperçue que le reste. A reculons, il commença à s'éloigner lentement des protagonistes, précautionneusement pour ne pas produire de bruit, pour ne pas déranger ceux pour qui il n'était rien, mais sans se soucier de ce qu'il pourrait réveiller aux confins du royaume tropical.

Là-bas, où l'on traitait entre grandes personnes, la Liée de l'autre bleue s'efforçait de les convaincre qu'elle était légitime à les chasser purement et simplement. Elle en semblait persuadée elle-même, dans la semi-folie qui l'habitait manifestement. Et l'autre dragon qui lançait des exigences auxquelles il ne comprenait rien... de quoi parlait-il donc ? Il n'allait certainement pas se risquer à poser la question devant une telle assemblée, et se contenta de faire quelques pas de plus en arrière. Aussi, lorsqu'Asra requérit de lui qu'il reprenne sa place à ses côtés comme si rien ne s'était passé, eut-il un temps qui pouvait passer pour de l'hésitation. En vérité, il se sentait désorienté. Rien de ce qui s'était déroulé ne faisait sens pour lui, il avait réussi à se convaincre que là non plus, il n'était bon à rien, alors, pour quelle raison répondrait-il à l'appel de la dragonne céleste ? Pourquoi insister encore, alors qu'il serait tellement plus simple de s'abandonner à un oubli définitif ?

Pourtant, sans bien savoir pourquoi, il s'avança hors de son refuge, comme un gentil petit aspirant obéissant, quoique trop stupide pour prendre des initiatives capables d'influer sur les événements. Ou trop couard pour donner réellement suite à la décision qui s'était imposée à lui juste avant. Il avait conscience de leur donner tous raison en agissant ainsi, de justifier leur jugement à son égard, mais il était incapable d'agir différemment. Il ne pouvait pas désobéir à la Liée de sa maîtresse, ce qu'il lui devait l'en empêchait, malgré ses sentiments contradictoires. Un sursaut de rébellion parvint tout de même à lui faire déclarer, à l'adresse de la blonde aux oreilles pointues :
« Nous partons. »
Il conservait un flegme apparent qui contrastait avec la tension de celle qui semblait toute prête à se jeter sur eux s'ils ne dégageaient pas les lieux dans l'instant, et ne se hâta pas le moins du monde pour se hisser sur le dos de la dragonne. C'était une bien piètre tentative de s'affirmer, et il en avait conscience, avec son habituelle intransigeance envers sa propre personne, mais cela l'apaisait au moins un tout petit peu.

Les blessures et l'aspect d'Asra le consternaient, et il chassa, d'un revers de main léger, doux même, les débris qui se montraient à sa portée, et qui souillaient la gloire de sa saurienne protectrice. Il regrettait de ne pas pouvoir prendre le temps de lui rendre l'aspect lustré qui lui était dû, mais nul doute que le bronze allait les serrer de près dans la quête qu'il leur avait imposée, et que la Bleue elle-même n'était pas prête à perdre des instants qui pourraient s'avérer précieux pour sa Liée. Seul témoignage de son état d'esprit, avec la léthargie qui semblait présider à ses mouvements, des fleurs de givre se formèrent brièvement là où ses mains s'étaient posées sur les écailles de la dragonne. Rapidement, elles disparurent comme si elles n'avaient été qu'illusions, un rêve de glace résistant le temps d'un battement de cœur, au milieu de la chaleur humide des jungles de Qhara.

Texte by Tristan Gwened
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MessageSujet: Re: [RP] Parmi les vestiges   [RP] Parmi les vestiges Icon_minitimeLun 25 Fév 2019 - 11:38



Peut-être ses ancêtres avaient-ils vécus dans la cité de souffre qu’était le Màr Tàralöm, ou dans le souvenir du désert de Ssyl’Shar, car Éos ne ressentait aucun des effets d’une chaleur trop suffocante pour la plupart des êtres vivants. Elle volait librement en évitant les pièges de la jungle seule guidée par son instinct. Sa maîtresse voulait qu’elle fasse le tour du temple et de l’ancienne ville qui jadis siégeait à ses pieds. Fidèle à sa promesse, même s’il lui répugnait de laisser sa famille à la merci de ces étrangers, elle plongeait dans les ruines avec une vélocité due à sa hâte de rentrer. Elle finit par trouver ce qu’elle cherchait, au bord du ravin et des anciennes portes.

Postée à l’écart, affadissant l’éclat rubescent de ses écailles par la mousse humide qui proliférait sur ces vieilles corniches, elle grava la scène dans son esprit avec méthode. Une bipède façonnée dans la nacre et l’aigue-marine, les mains liées, tenait tête à un homme de belle stature aux yeux dévorés par un feu jaune de mauvais augure. Les épines dorsales d’Eos se hérissèrent et la lézarde incarnate retint un sifflement de colère. Avec ses cheveux pâles et ses oreilles pointues, et même si elle savait pertinemment qu’il ne s’agissait pas de sa Liée, l’inconnue ressemblait pourtant beaucoup à cette dernière ; suffisamment pour qu’Eos l’associe à une amie.

Sans plus attendre, Éos bondit dans l’Interstice avec toute la hargne et la majesté d’une reine indignée.

***
Les poings serrés sur ses lames, le regard plus dur et sombre d’une étoile morte tombée du ciel, Persée n’esquissait pas un geste. Rien ne pouvait trahir un quelconque changement d’humeur dans cette posture aussi raide que celle d’une statue. Une statue néanmoins prête à attaquer à tout moment. Le mouvement défensif amorcé par Vraël n’avait imprimé aucune ride d’inquiétude sur son visage figé dans la tourmente. Ses prunelles abyssales avaient quitté la Bleue Asra pour détailler le Bronze qui émergeait du ruisseau. La nuance rougeoyante de son armure évoquait un incendie. Et ses ailes nappaient la jungle d’un voile malsain. Plus que tous les autres, le dragon représentait l’intrus le plus problématique. Sans même avoir à vérifier son allégeance, Persée le devinait belliqueux de nature, une simple machine de guerre au service d’une intelligence trop développée pour ne pas devenir un danger pour tous – y compris lui-même. Avant de songer à se débarrasser des Célestes, il lui faudrait en premier lieu éliminer la menace que cet Ardent faisait peser sur sa retraite.

Malgré elle, la sauvageonne reporta brièvement son attention sur la dragonne azurée. Ses doigts frémirent compulsivement autour de ses mauvais couteaux de chasse, les phalanges blanchies par une tension subitement accrue. Si elle avait été elle-même enfant de Flarmya, elle aurait feulé de rage et ses yeux se seraient enflammés dans un formidable brasier de haine ainsi que de douleur. Cette Asra piétinait ce qu’il restait de fierté dans le corps malingre de l’ancienne Maîtresse Dragon. Elle lui jetait en pleine figure sa propre faiblesse. Le coup aurait pu être fatal si elle n’avait pas été aussi proche de l’animalité depuis trop longtemps. Persée n’acceptait plus la faiblesse, encore moins quand il s’agissait de la sienne. Plutôt que de pleurer ou de riposter, elle traquait et détruisait systématiquement les failles dans son âme, étouffant toute rébellion qui aurait pu lui rappeler sa vie d’avant. Celle qui avait vécue au Màr Menel et s’appelait Persée-Morian Garaldhorf n’existait plus. Les morts ne revenaient pas à la vie, c’était bien connu.

° Ne t’avise pas d’oublier qui je suis ! °

La supplique de Vraël lui coupa le souffle. Cette brèche ouverte par Asra, la dragonne esseulée l’avait sentie. Mue par l’instinct autant que par un désespoir rageur, elle sautait dans le cercle de flammes autour de la brèche et s’engouffrait sans hésiter dans l’imprenable forteresse. Les murs étaient encore si hauts qu’elle doutait de pouvoir les faire tomber un jour. Cependant, enfin, elle atteignait sa Liée. Suivant le fil ténu de leur symbiose, flairant la souffrance comme s’il s’agissait du plus mirifique des parfums, elle n’avait pas reculé devant le danger. Peut-être avait-elle attendu trop longtemps, par ailleurs. Ne laissant pas le temps à sa Liée pour balayer les cendres devant sa porte, la dragonne s’imprégna des ténèbres qui habitaient cette dernière. Elle raffermit aussitôt son emprise sur son esprit.

° Tu peux renier tout ce qui constitue ton identité, ton passé et tes choix. Mais ne t’avise jamais de m’oublier, moi ! Je suis Vraël, fille de Kiruna et d’Ixion ! Je suis une fille du Màr Menel, descendante d’une longue lignée de Reines Dorées et je compte bien mourir en tant que telle, en restant fidèle aux valeurs que l’on m’a enseignées. Je ne permettrai pas que des Ardents mettent en péril mes pairs. Voilà ce que je crois ! Et toi, pauvre ombre de ce que tu fus jadis, que crois-tu ? Me trahiras-tu ? Es-tu réellement digne de moi ? °

Consciente qu’elle risquait de broyer la conscience de son Âme Sœur en forçant davantage, elle relâcha légèrement sa prise sans pour autant libérer sa Liée. Persée était un soldat de plomb entre ses griffes mentales. Vraël aurait voulu lui hurler qu’elle voulait rentrer chez elles. Le chemin vers le Kaerl Céleste se dessinait dans son esprit aussi clairement qu’au premier jour. Elle désirait si ardemment retrouver son foyer qu’elle en perdait la tête. S’il existait une seule chance de pouvoir regagner le Màr, elle la saisirait sans hésiter.

« Il faut bien reprendre ce qui nous fut enlevé. »

Alors, des reliquats de leur âme entremêlée s’éleva un vent de révolte, soufflant sur les braises d’une grandeur passée, dépoussiérant les arêtes acérées de la féroce héritière des Garaldhorf et de la véloce Vraël fille de Kiruna. Réparer les injustices avaient été auparavant leur plus dur et fervent combat. Aujourd’hui, remontant lentement la piste vers leur vie passée, la première offense soumise à leur jugement serait la leur. Elles reprendraient ce qui leur avait été volé si injustement. Rien ne les en empêcherait.

- Je connais un souterrain, amorça la créature parée des runes de l’Oracle d’un ton sans chaleur. Il contourne une partie du temple et de la vieille ville, serpente à l’intérieur des bâtiments communs pour rejoindre l’aile nord de ce sanctuaire.

Ni dragonne ni sang-mêlée n’avait rangé ses lames mais un souffle nouveau flottait dans la clairière. Vraël fit un pas en arrière, ses opales de feu toujours rivées à celles de Llyr. Le jeune Bronze ne savait rien des deux exilées. Il pouvait ne pas croire qu’elles s’étaient alliées aux Célestes et c’était cela qu’elles espéraient. Aux côtés de sa Liée, Persée décrispa lentement les muscles de ses épaules et, sans égard ni pour les uns ni pour les autres, elle déclara de sa voix monocorde et rauque de fauve méfiant :

-  Votre conflit ne nous intéresse pas. Je vous indique le passage et vous partez. Nous n'avons plus rien à nous dire.

Elle effectua quelques pas en arrière, reculant avec souplesse, sans quitter ses adversaires des yeux ni relâcher sa vigilance. Vraël l’imita, quoique son esprit volât vers celui de son aînée. Une détermination nouvelle coulait dans les veines de la Bleue. Dans ses prunelles valsaient des couleurs indéfinissables sur une toile sanglante.

° Nous n’oublions pas qui nous sommes ni d’où venons. Un jour, nous reprendrons ce qui nous a été arraché. Et quand ce jour arrivera, nos ennemis craindront notre vengeance. Mais ce jour n’est pas arrivé. Nous ne vous accompagnons pas. Il nous faut nous éloigner pour mieux vous porter assistance. Ma Liée va aider la tienne, si elle le peut. Quant à moi, je m’occuperai du Bronze. J’aurai peut-être besoin de ton aide, ma sœur. C’est tout ce que je peux te promettre. Après tout, nous sommes toujours des enfants du Màr Menel. °

Une brève descente dans les entrailles noueuses du marécage, sise entre deux colonnes érodées par le temps et les griffes de quelques gros prédateurs, s’offrait à leur vue une petite porte anodine. Sous la pression brutale du pied de Persée, le bois pourri céda sans résistance. Des insectes d’une taille remarquablement troublante s’enfuirent dans toutes les directions. Le souterrain s’engageait droit dans cette obscurité de poix, en une pente douce, là où la lumière ne parvenait pas à entrer. Sans un mot, Persée se mit de côté, libérant le passage si la petite compagnie décidait de prendre son demi-mensonge pour un fait acquis. A vrai dire, elle ignorait où menait ce couloir étroit sentant le renfermé. Depuis leur arrivée en ces lieux, Vraël et elle n’avaient pas osé explorer les profondeurs de ces ruines, préférant la surface et les quelques rayons de soleil que la jungle ne pouvait totalement faire disparaître.

° Aspirant Tristan °, appela la Bleue à demi-sauvage qui serpentait aux côtés d’Asra et Llyr en essayant de ne pas paraître trop menaçante, l’échine courbée, un mètre en retrait. ° Tu es faible, comme tous les bipèdes. Tu peux profiter de l’absence de visibilité dans ce souterrain pour t’enfuir et te cacher. Personne ne t’en voudra. Laisse agir les dragons. Nous te protégerons. °

Hélas, ce que personne n’avait prévu fut le retour d’Eos à cet instant précis. La fatalité aimant jouer de vilains tours, la lézarde rouge se trouva incapable de rejoindre discrètement l’une ou l’autre de ses grandes sœurs, la première étant en tête de l’étrange cortège et la seconde entourée de deux dragons aux regards alertes. Eos jeta alors son dévolu sur le jeune neishaan aux cheveux de flammes. Elle s’accrocha au dos de son vêtement, repliant ses ailes pour ne pas dépasser et vint lover une partie de son corps autour de son cou. Plantant ses serres jusqu’à transpercer le tissu et atteindre la chair, elle s’agrippait désespérément à ce renfort de fortune. Elle bombarda d’images l’esprit de l’Aspirant. Ces mêmes images qui provenaient de cette cachette improvisée, là elle avait observé les négociations houleuses entre la Maîtresse Bleue et le Chevalier Bronze. Les lieux de la prise d’otages, ainsi que quelques fragments de conversation, furent transmis. Elle lui communiqua également son sentiment d’urgence en lui mordillant légèrement le lobe d’oreille.

Texte by Persée Garaldhorf
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MessageSujet: Re: [RP] Parmi les vestiges   [RP] Parmi les vestiges Icon_minitimeLun 25 Fév 2019 - 11:39

Alors qu'Asra s'apprêtait à redécoller, le neishaan agrippé à son dos, voilà que l'agressive elfe décida d'ajouter son propre assaisonnement à la recette déjà bien compliquée qui se trouvait en préparation dans cette clairière de la jungle. Il y aurait donc une autre manière de pénétrer dans les ruines ? C'était justement ce que Sable leur avait commandé de rechercher, avant que les événements ne commencent à dévier en toutes directions comme un pendule rendu fou... avant la rencontre d'autres êtres pensants, qui s'étaient sentis menacés de leur présence ou, pour le dernier en date, qui avait jugé bon de les menacer lui-même. Toujours bien dépassé par les circonstances, Tristan comprit cependant que l'accès devant leur être révélé ne nécessitait pas de vol draconique, et donc, avec l'assentiment de sa protectrice, il glissa de nouveau depuis le cuir et les écailles outremer, jusqu'au sol herbu.

Comme si elle craignait de s'abaisser en révélant la moindre étincelle d'humanité, la blonde lâcha presque négligemment une justification qui portait le coup de grâce à toute possibilité d'implication de sa part. Eh bien, si cela l'arrangeait de se débarrasser d'eux, tout en les guidant sur la voie qu'ils cherchaient, tant mieux, après tout. Conservant une distance prudente, l'aspirant commença à suivre celle qui s'était posée comme propriétaire des lieux, et le trio de dragons ferma la marche. Pataugeant dans la fange, il eut bientôt rejoint, lui aussi, la fameuse porte qui, à vrai dire, ne payait pas de mine. Mais derrière, s'ouvrait la gueule sombre d'un boyau dont les remugles longtemps confinés promettaient la réalisation de tous les cauchemars d'enfants.

Son hésitation à y pénétrer était-elle si manifeste ? Certes, elle avait été encore renforcée par la fuite de créatures habituellement trop petites pour qu'on les remarque, mais qui cette fois, semblaient justement atteintes de gigantisme... Mais oui, il fallait croire que ses défaillances étaient clairement visibles, d'autant plus à des sens de dragon, si supérieurs à ceux des bipèdes. Ainsi, cette Vraël lui conseillait presque de s'effacer, de disparaître momentanément pour laisser le champ libre à ceux qui savaient, qui pouvaient faire réellement quelque chose. Un curieux mélange de révolte et de défaitisme se levaient en lui à cette idée : d'un côté, il brûlait de prouver que si, il pouvait se montrer utile, qu'il ne serait pas qu'un poids mort. Mais d'un autre, il savait n'avoir jamais encore affronté semblable situation, et craignait de ne réussir qu'à déranger les plans des autres s'il tentait quelque chose, qu'il risquait fort de rater.



Le destin se chargea de le faire réagir par un tout autre moyen. Sans qu'il ne comprenne ce qui se passait, Tristan sentit soudain un poids contre son épaule, bientôt accompagné d'une douleur du même côté de son cou, ainsi que d'images où il ne put que reconnaître sa Maîtresse d'apprentissage... N'ayant encore jamais fait l'expérience de la communication telle que la pratiquaient les lézards de feu, frais arrivant qu'il était en Tol Orëa, le neishaan pensa tout d'abord, avec ce contact froid, aux horribles insectes qui s'étaient échappés un instant plus tôt du souterrain. A moins qu'il ne s'agisse d'une de ces chauves-souris vampires, et que Kishi le protège si leur taille avait évolué de la même manière... Mais comment avait-il pu rater son approche ? Et puis, un coup d’œil lui révéla la teinte carmin de ce qui s'agrippait ainsi à lui avec une sorte de frénésie. Cette couleur, il l'avait vue un peu plus tôt, sur la petite créature accompagnant l'elfe blonde, et la réalité s'imposa à lui, même s'il ne concevait pas la raison pour laquelle le dragon miniature l'avait élu, lui, comme perchoir.

Furieux de se voir imposer une scène qu'il n'avait pas choisi de recevoir, et tout à la fois mortellement inquiet de ce qui était en train de se dérouler pour Sable du côté de l'entrée principale, l'aspirant fit un mouvement brusque dans l'espoir de chasser son parasite, sans autre succès que de sentir s'enfoncer plus profondément les serres aiguisées de la petite reine.
« Mais, ça suffit ! »
grogna-t-il fort peu élégamment et, comme ses efforts lui faisaient perdre à demi l'équilibre, son coude cogna contre une pierre bordant la porte, qui se trouvait subtilement en retrait des autres. Un déclic se fit entendre, et presque immédiatement, s'ouvrit un abîme béant sous ses pieds.

Il tenta bien de se retenir au chambranle de la porte, et le temps d'un battement de son cœur affolé, il lui sembla que cela allait réussir. Mais, comme il pestait intérieurement sur le fol enchaînement d'événements qui le mettait dans une telle situation, le bois à demi vermoulu s'embrasa, à une vitesse exceptionnelle, compte tenu de l'humidité ambiante. Un observateur attentif aurait pu remarquer que le feu avait pris depuis la position des doigts du neishaan, mais lui se contenta, par réflexe, d'écarter sa main... chutant ainsi dans une galerie pentue où aucune aspérité ne se montrait suffisante pour le stopper. N'était-il pas en train de tomber droit dans la gueule d'un piège destiné à écarter les curieux et les profanateurs de ce lieu de culte ? Il craignit, le temps d'un instant d'intense terreur, de voir sa course folle se terminer sur des piques acérées, déjà porteuses de restes à demi décomposés. Ce serait une bien douloureuse et bien piteuse fin...



Pourtant, un autre danger menaçait plus immédiatement, car la structure du tunnel supérieur se trouvait atteinte par la combustion du portillon au-dessus de l'infortuné rouquin, autour duquel tombaient quelques débris enflammés. Bientôt vinrent s'ajouter de petites pierres issues du passage, puis de plus grosses dont, par miracle, aucune ne fit davantage que le frôler. Dans un « plouf » retentissant, la dégringolade incontrôlée de Tristan Gwened s'acheva en bordure d'un inoffensif terre-plein partiellement inondé, dont l'épaisse couche de vase amortit son arrivée, non sans ajouter d'entêtantes odeurs au moindre de ses vêtements. Oubliant toute dignité, le neishaan rampa en hâte le plus loin possible de la zone où il avait atterri, pour s'éloigner au maximum des rochers qui dévalaient toujours la pente du souterrain caché, et menaçaient de l'ensevelir s'il restait statique. Pourvu qu'il n'y ait pas trop de bestioles dans ce bourbier...

Il ne s'arrêta qu'une fois confronté à un nouveau mur et, prenant appui sur les pierres garnies de mousses et de lichens gorgés d'eau, se releva avec une lenteur précautionneuse. Malgré d'innombrables écorchures et quelques contusions, il pouvait féliciter sa chance d'être encore en un seul morceau, sans atteinte grave. Bien... Ses yeux s'habituaient peu à peu à la semi-obscurité ambiante, lui apprenant qu'il se trouvait dans une pièce dont les murs parfaitement rectilignes dénotaient d'une construction intentionnelle, et pas des moins soignées, avec un nouveau boyau s'ouvrant dans le coin le plus proche de sa position. A l'opposée, une bonne partie du passage supérieur avait dû s'écrouler dans la brèche qui l'avait avalé, mais son inspection lui apprit aussi qu'il n'était pas seul à s'être fait prendre au piège.

En surface, on avait pu constater la propagation presque instantanées de flammes paraissant nées de nulle part, puis l'effondrement du souterrain visible, dans celui qui s'était ouvert sous les pieds de l'aspirant. Tout passage précédemment possible depuis l'extérieur avait ainsi été comblé, et l'espoir offert par Persée venait de se refermer sur lui-même, emportant avec lui les deux-pattes tous proches de l'entrée. Pire, Asra aurait beau tenter d'atteindre Tristan de toutes les forces de sa pensée, elle ne ferait que se heurter à un mur de vacuité. De son côté, l'aspirant, ayant repris ses esprits, s'était lui aussi efforcé de contacter sa protectrice, mais toute sa concentration ne parvenait pas à percevoir la dragonne. N'osant pas crier de peur de provoquer un nouvel éboulement, il lança cependant, sans grand espoir :
« Asra ? Je n'arrive pas à vous sentir... »

Texte by Tristan Gwened
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MessageSujet: Re: [RP] Parmi les vestiges   [RP] Parmi les vestiges Icon_minitimeLun 25 Fév 2019 - 11:41


Animée d’une lassitude mortifère, d’un fatalisme moribond que seuls connaissaient les âmes errantes, la Sans-Destin fit ses premiers pas dans le souterrain à la suite de l’Aspirant. Le jeune homme aux cheveux de feu avait été désigné volontaire pour servir d’éclaireur. Cette utilité ne semblait convenir à personne mais qui se risquerait à émettre d’objection ? Aucun argument valable ne suffirait à rendre caduque l’implicite menace qui planait au-dessus de leurs têtes. Aucun autre, ni mortel ni dragon, ne s’était résolu à accorder suffisamment de confiance en les autres protagonistes, pour éprouver l’envie de se porter volontaire. L’ouverture béante, face à eux, exhalait les relents fétides de l’oubli et de la trahison. Certains connaissaient ce parfum mieux que d’autres. Et quelques-uns n’auraient pas la folie de croire à la première main secourable présente, fut-elle parée de l’honneur ou couverte des furoncles de la vilenie.

Sous bien des aspects, la silhouette déliée de la sauvageonne, silencieuse telle une ombre faite chairs, évoquait un cadavre articulé. La récente altercation avec la Bleue Asra avait ranimé des braises qu’elle aurait crue définitivement éteintes. Si les folles espérances de sa Liée ne s’en étaient pas mêlées, peut-être aurait-elle pu étouffer cette dernière poche de résistance en son âme. Cependant, quelque chose s’était réveillé. Le spectre de l’ancienne Maîtresse d’Amberle se propageait dans son sillage. Des pensées, des souvenirs, débris de l’âme engendrés par des émotions émoussées par la douleur. Trop de lumière quand elle n’aspirait qu’au silence. Au vide. Que n’aurait-elle donné pour fouler aux pieds sa propre ombre, la faire disparaître à jamais, l’envoyer là où elle avait sa place désormais : dans les limbes…

Lorsqu’elle sentit le sol se dérober sous ses pieds, elle ne chercha pas à reculer ni davantage à se protéger. La longue chute dans le noir qui allait suivre, elle la connaissait. Toute son existence l’y avait préparée. Sa vie d’exilée ressemblait à cette dégringolade dans les abysses. Elle tendit néanmoins la main pour tenter d’attraper celle de Tristan, essayant de le retenir, pestant contre le stupide instinct de conservation des vivants. Elle-même était déjà morte. Qu’avait-elle à craindre de cette chute-ci quand celle qui consumait son être tout entier évoquait de plus bien plus délétères ténèbres ? Le mouvement désordonné de Tristan, sitôt franchi le seuil du couloir dédaléen, provoqua l’éboulement, déclencha le piège, retourna la situation. De fugaces flammes éclairèrent l’obscurité poisseuse des lieux. Tristan lui échappa. Puis vint la descente. Un enfer pour un autre.

° Vraël ! Je tombe ! ° s’écria une adolescente esseulée qui avait peur du noir, peur de se faire mal, d’être oubliée. ° Retrouve-moi à la sortie du temple ! Vraël… °

Une stridulation de dragonne horrifiée lui fit écho. La lumière s’amenuisa jusqu’à ne devenir qu’un trou minuscule, empoussiéré, alors qu’elle se laissait avaler par les profondeurs. Il fut ardu de ne pas céder à l’envie de tendre les bras, de chercher à atteindre un point d’appui, de s’agripper à quelque chose, n’importe quoi qui put arrêter cette chute irrésistible vers l’inconnu. Son petit cœur racorni battait à se rompre les côtes. Giflée par les racines, griffée par les pierres et engluée dans la boue, son âme semblait s’être détachée de la réalité. Elle voyait une autre tomber sans fin. Elle ne ressentait ni crainte ni doute. Elle ferma les yeux. Au moins avait-elle pu prévenir Vraël avant d’être emportée à son tour.

L’eau froide plus que le choc la fit revenir à elle. La pestilence des lieux lui sauta au visage. Mue par l’instinct, les yeux grands ouverts dans la pénombre et les muscles endoloris, elle s’extirpa de la fosse aux remugles entêtants pour tâtonner en direction du mur. Sous ses doigts s’élançait une construction tout sauf naturelle, d’une pierre lisse et sans saillie. Le piège parfait. Tandis qu’elle habituait sa vision à la faible clarté, la voix de Tristan résonnait timidement. Elle n’en fit d’abord pas grand cas, se contentant de vérifier qu’ils étaient deux suffisamment éloignés du trou d’origine pour ne pas risquer de recevoir un éboulis sur la tête. Ils venaient – ironiquement – d’échapper à la mort pour tenter de la rejoindre encore. Elle constata l’entrée d’un autre souterrain, non loin du neishaan. Puisqu’il n’y avait aucune autre issue visible et qu’il était exclu de remonter par où ils étaient tombés, ce serait la seule voie possible.

- … Inutile.

Même à ses oreilles, ce rauque filet de voix lui paraissait être celui d’une étrangère. Elle se racla la gorge, osa un regard vers l’Aspirant désœuvré à travers la longue corde tressée et désordonnée de cheveux filasses qui lui masquait à demi le visage. Elle avala péniblement sa salive, laquelle tomba dans sa gorge tel un amas de sable dans une grotte et renchérit sans plus de douceur :

- Inutile d’appeler. Tombés trop profonds. Et  ce métal un peu partout… Le temple est bâti sur une ancienne mine. Les esclaves des Valherus extrayaient un minerai… Spécial. Bloque temporairement les connexions télépathiques et empathiques. Aucun dragon ne pourra nous retrouver si nous restons près de ce métal.

Un grand froid l’habitait. Son corps tremblait, gelé jusqu’aux os, jusqu’à la psyché. Dans une autre vie, elle se souvenait qu’un tel métal avait été la cause d’une grande souffrance. Ce lieu n’avait pas été le résultat d’un complet hasard. Pour sa retraite, en tant que bannie et proscrite de la civilisation, ce temple aux multiples excavations, perdu au milieu de la jungle, lui avait semblé l’endroit idéal pour établir un camp, pour une durée indéterminée. Ici, personne ne se risquerait à la venir la chercher. Et les dangers pernicieux que recelaient ces ruines en faisaient un repaire où tout bon criminel pouvait se cacher. Ses prunelles semblaient rougeoyer de colère et de rancœur en examinant Tristan. La désillusion n’en était que plus grande.
Puis, se redressant brusquement, elle aboya :

- Éos !

Il y eut un bruissement d’ailes, un couinement et ce qui aurait pu passer pour une chauve-souris de taille conséquente descendit depuis le mince puits de lumière. Dans leur chute, la lézarde rouge s’était séparée de son perchoir improvisé pour mieux voleter à sa guise, effarouchée par tout ce grabuge. La petite reine vint se lover dans le cou de sa maîtresse, tout en dardant un regard accusateur sur l’Aspirant.

- Ne restons pas là.

Avec plus d’agilité que ne le laissaient suggérer ce corps malingre et fiévreux, la métisse longea le mur et pataugea jusqu’à l’ouverture du tunnel. D’une image mentale, elle convainquit Éos de quitter le refuge entre ses épaules pour mieux voler en amont. De ses sens aiguisés, de son feu s’il le fallait, elle révélerait la voie à suivre. Alors qu’elle s’apprêtait à emboîter le pas à sa lézarde, elle osa un regard en arrière. Elle hésita, confuse de ne plus savoir comment manier les mots correctement. A nouveau, ce quelque chose remua en elle, la poussant à articuler, à penser ses paroles dans le dessein de se faire comprendre. Un phrasé haché, sans subtilité, suintant la déshumanisation plutôt que la véritable bestialité, s’échappait de ses lèvres sèches. C’était inédit. Un vieil apprentissage à refaire.

- On ne peut pas remonter par là. Il faut marcher. Les dragons nous retrouverons à l’extérieur.

Ses premiers pas dans le nouveau souterrain lui confirmèrent qu’il y faisait une obscurité de poix et qu’Eos serait leur seule clarté dans ce gouffre. Elle sut aussi qu’ils n’avaient pas d’autres choix que d’avancer. Elle cherchait à tâtons les murs, le bas plafond, l’air saturé de poussière et de putréfaction, sans jamais regarder en arrière. Elle se fiait à l’écho des pas, derrière elle, pour s’assurer qu’on la suivait bel et bien. Elle n’éprouvait ni antipathie ni compassion pour ce jouvenceau perdu en territoire hostile. Vraël aurait su trouver les mots. Vraël connaissait les secrets du réconfort mieux qu’elle ne l’avait jamais compris. Au moins avait-elle dit nous, incluant Tristan dans son plan pour sortir de ces ruines. Il s’agissait déjà d’un pas de géant vers la résurrection de la Maîtresse du Màr Menel.

- Quel genre d’Aspirant… Es-tu ? Pour être parti en expédition sans être formé aux arts de la survie ? Quel genre d’Aspirants éduque-t-on… Au Kaerl, maintenant ?

La fissure. Elle était là. Un frisson dans le maintien, un tremblement dans le ton, une féroce graine d’espoir luttant pour la survie dans ce corps dévoré par la haine et les ténèbres. Derrière l’animosité latente, la largesse de son comportement territorial, émergeait la voix d’une défunte. Plus aucune larme ne pouvait franchir le rempart aride de ses yeux. Et pourtant, Persée-Morian Garaldhorf pleurait, un peu plus à chaque seconde, sans un bruit, pour son retour à la vie.


Dernière édition par Persée Garaldhorf le Lun 25 Fév 2019 - 16:20, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [RP] Parmi les vestiges   [RP] Parmi les vestiges Icon_minitimeLun 25 Fév 2019 - 12:58

Arvest : Nozioù diloar
pourquoi :
 


Seul l'écho répondit tout d'abord à ses timides appels. Et puis, une voix, semblant peiner à sortir d'une gorge trop peu utilisée, se fraya un chemin jusqu'à lui. L'elfe sauvage s'était elle aussi faite prendre au piège. Ce n'était pas la compagnie dont aurait rêvé le jeune neishaan, mais bah, c'était toujours mieux que le dragon furieux, le brun qui avait attaqué Asra sans raison apparente. Malgré l'inutilité de son geste, Tristan leva le regard vers l'endroit où se trouvaient encore, sans doute, les trois sauriens. Comment allaient-il réagir à la disparition des bipèdes ? Puis l'image de Sable, telle que la lui avait transmise la lézarde de feu, le frappa comme un coup de bélier. Sa Maîtresse était en danger, et lui ne trouvait pas mieux à faire que de faire écrouler un souterrain par-dessus lui, le coupant de tout contact avec la surface, et ajoutant assurément un sujet d'inquiétude pour sa Liée... Décidément, il était piètre aventurier, et sans doute pas meilleur aspirant.

Malgré cela, les mots prononcés par l'exilée se frayèrent un chemin jusqu'à sa conscience, fournissant une explication à l'inquiétant silence venant de sa protectrice Bleue. De nouveau, il était impuissant, cette fois avec la complicité d'un événement extérieur, dont il portait cependant l'entière responsabilité du déclenchement. Et seul, davantage qu'il ne l'avait jamais été, car il ne fallait assurément pas compter l'autre bipède comme compagnie réelle. La confirmation du lien qui rattachait celle-ci à la teigne incarnate - celle-là l'avait lâché il ne savait trop quand - vint dans les attitudes de l'une et l'autre, qui partageaient un manifeste ressentiment à son égard... en plus d'un caractère particulièrement hargneux qui seyait à la couleur de l'écailleuse.
« Oh, c'est bon, j'avais rien demandé, moi... »
maugréa-t-il devant cette accusation sans mots à laquelle il ne voyait nulle justification. Comme s'il avait demandé à la lézarde de venir lui labourer l'épaule... Il la fit jouer prudemment, en silence. De toute manière, le pansage des sillons carmins que lui avait laissés le dragon miniature allait devoir attendre que l'urgence de leur remontée vers la surface soit réglée.

Tandis qu'il passait les mains sur les murs suintant d'humidité, fasciné par leur perfection rectiligne et leur miraculeux état de conservation, une fois qu'on avait passé outre l'aspect croulant que leur donnait la couche de vase, l'aspirant fut de nouveau interpellé. Sa compagne malgré elle se remettait en route, et s'il caressa bien un instant l'idée de rester là, par pur esprit de contradiction, la perspective de se retrouver seul, perdu dans ces souterrains sombres et gorgés d'eau exhalant des relents de tombeau, suffit à le faire revenir à la raison. Sans presser le pas - après tout, il ne lui devait en rien obéissance, à celle-là - il gagna donc à son tour l'entrée du boyau. Inconscient de l'effort consenti par l'autre pour lui adresser la parole, il n'y entendit qu'un renouvellement de son enfoncement dans le statut d'incompétent, d'inutile et d'irresponsable.
« J'avais compris, »
lâcha-t-il avec une mauvaise humeur évidente et l'espoir de faire avorter cet indésirable échange, tandis que l'accent rocailleux de ses montagnes natales se faisait bien plus notable qu'à l'habitude au passage de ces quelques mots.


S'enveloppant comme d'une cape d'oubli dans le silence sépulcral entrecoupé de bruissements d'eau, gouttes tombant une à une dans une régularité de métronome ou écoulements de ruisselets croisant leur chemin, le noyant parfois, Tristan entama l'avancée aveugle dans le souterrain qui constituait leur seul espoir de retour sous le firmament. Devant, un bref éclair illuminait parfois les austères parois qui se penchaient sur eux, lorsque la lézarde émettait un jet de flammes, avant que la noirceur de ce monde d'en-dessous ne se referme implacablement sur leur étrange compagnie. La voix de la sauvageonne, de nouveau, le tira de ses songes solitaires, le faisant sursauter, et stopper son avancée un instant. Il haussa les épaules, ne sachant que répondre, ne souhaitant pas non plus faire de grands efforts envers la blonde. Cependant, quelque chose dans son ton, à moins que ce n'ait été un subtil changement dans la forme de l'ombre qui le précédait, vint toucher une corde sensible, et le pousser à expliciter sa réponse, alors qu'il réalisait que son geste précédent n'avait pu être perçu.

« Je ne saurais vous répondre. Tous ne me ressemblent pas, loin de là, si c'est ce que vous souhaitez savoir. Mais, Maîtresse Sable ne pouvait pas deviner ce que nous trouverions, il ne devait s'agir que de... de prendre contact avec un continent étranger. Rien de plus. »
Sa prononciation s'était radoucie, porteuse d'un dépit qui ne visait que lui-même, avant de retrouver ses aspérités alors qu'il s'efforçait de défendre le choix de la semi-ondine qui l'avait amené là. Il avait beau ne pas la connaître depuis bien longtemps, frais arrivant au kaerl qu'il était encore, restait qu'une loyauté s'était déjà formée envers son instructrice, et qu'il supportait mal ce qu'il prenait comme une critique à demi-mot de ses décisions. Elle méritait sa gratitude, au moins pour avoir accepté de se charger de lui, alors que son cas était loin de se montrer encourageant, rat de bibliothèque désespérément inadapté à toutes les activités physiques comme il l'était.

« Quant aux autres Aspirants... ils me semblent tous différents, tous uniques. Peut-être que je ne vois simplement pas ce qui les rassemble. Je ne suis qu'une nouvelle recrue. Il aurait mieux valu poser ces questions à Asra. »
L'écho de sa voix, peu à peu modifié, leur apprit que le boyau allait en s'élargissant. A la lueur d'une lance incandescente projetée par Eos, ils purent s'apercevoir qu'ils venaient d'aborder une minuscule antichambre, pièce circulaire de quelques mètres de diamètre, d'où partait une paire de tunnels semblables à celui dont ils arrivaient. Dans la courbe de la paroi, les ouvertures sombres se détachaient à intervalles exactement identiques. Le rouquin avança vers la plus proche, ses doigts suivant toujours le mur minéral, jusqu'à sentir sur sa peau une texture légèrement différente, en bordure de l'arche d'ombres. Ce changement inattendu tira un hoquet de surprise au neishaan, qui tâtonna de plus belle, y mettant les deux mains pour mieux appréhender ce qui ressemblait à des symboles gravés dans la roche.


« Il y a quelque chose, ici. Comme une écriture... »
Appréhender sa forme se montrait compliqué en se fiant uniquement au sens du toucher, d'autant que les sillons présentaient une érosion soutenue, il ignorait si le seul passage du temps, ou la constante humidité, devaient être mis en cause, ou si d'autres facteurs étaient venus dégrader l'inscription. Pourtant, il lui semblait reconnaître quelque chose, un élément familier qu'il n'arrivait pas encore à identifier, comme un mot resté sur le bout de la langue. Pris d'un soudaine inspiration, il revint au couloir qui les avait amenés jusque-là, et promena ses paumes autour de la bouche obscure.
« Là aussi, »
fit-il à mi-voix, un soupçon de victoire dans le ton. Oui, ce passage était également accompagné d'une gravure arrachée au minéral. Et la disposition des groupes de traits se présentait différemment, malgré la parenté évidente entre les deux œuvres.

En toute logique, et sans se préoccuper le moins du monde des réactions de l'elfe, tout pris qu'il était dans cette nouvelle découverte, il tourna ses pas vers le troisième tunnel, et n'eut guère à chercher cette fois : à la même hauteur que dans les cas précédents, à savoir, juste un peu au-dessus de ses épaules, et à droite du porche lapidaire, était tracé un nouvel ensemble de signes, s'inscrivant dans les mêmes règles globales que les deux précédents, mais unique dans ses particularités.
« Des signes valherus ? »
souffla-t-il à mi-voix, pour lui seul, même si Persée ne manquerait pas de l'entendre au milieu des ténébreux échos de ces galeries désertes.
« Si seulement je pouvais les déchiffrer... il y a sûrement un indice sur la destination des tunnels. »


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Persée Garaldhorf
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MessageSujet: Re: [RP] Parmi les vestiges   [RP] Parmi les vestiges Icon_minitimeVen 3 Mai 2019 - 11:09



Ce périple dans les abysses commençait pourtant si bien…

Le silence dans ces souterrains évoquait davantage le brouhaha diffus d’une cathédrale de pierres et de lichens qu’une véritable tombe. En dépit des siècles d’abandon, le temple perdu n’avait pas oublié ni de respirer ni de parler. Il relâchait des vapeurs de moisissures, de poussière d’os et de sable, sans plus se préoccuper de son haleine fétide où se mêlaient chairs en décomposition et remugles marécageux. Il étreignait voracement ses visiteurs impromptus dans ses tentacules de lianes, de mousses et d’immondices innommables que la flammèche d’Eos ne suffisait guère à identifier grâce à sa maigre clarté. Il noyait les couloirs chtoniens de son babillage incessant, impatient, presque irritable, un chapitre important apparaissant au détour d’un embranchement, d’une saillie rocheuse, d’un éboulis… Ou même d’une inscription sibylline à demi effacée. Ce vieux mausolée d’un culte obsolète n’avait jamais été si loquace !

Avalés par l’obscurité et seulement guidés par le vol erratique des flammes crachées par la lézarde rouge, les deux silhouettes humanoïdes, incroyablement vivantes dans un lieu aussi désolé, cheminaient dans un silence tacite, rampant quoique vaguement hostile. Il avait fallu une dangereuse faille pour que l’ancienne Maîtresse Dragon prenne la parole pour proférer autre choses que des menaces aussi évidentes qu’absconses. Dès qu’il s’agissait de dévier de ses habituelles mises en garde, minutieusement apprises par cœur, sa langue perdait de sa fluidité. La mécanique était, pour l’instant, irrémédiablement rouillée. Il aurait sans nul doute fallu un miracle – ou la fin des temps – pour qu’une quelconque forme de bienveillance transparaisse dans ses propos à l’égard de l’Aspirant. Pour l’heure, Tristan bénéficiait d’une indifférence feinte, ainsi que d’une pointe de curiosité fort encombrante. Un petit pas pour un Céleste, un grand – que dis-je ! immense - pour le spectre de Persée-Morian Garaldhorf.

L'antichambre qui se dessinait devant eux, la sang-mêlée n'y voyait qu'un énième détour vers des ténèbres plus indicibles encore. Le chaos qui rugissait en permanence dans sa psyché, qui émoussait ses pouvoirs empathiques, ne lui permettait pas de totalement se fermer au monde. Elle sentit la piqûre aiguë de l'espérance, provenant de Tristan et serra les dents jusqu'à réveiller de vieilles douleurs dans son visage plusieurs fois abîmé. Elle retint sa langue comme l'Aspirant achevait sa tirade pleine d'humilité.

Ce qui les rassemble ? Leur ignorance...

Dans l'air frais et lisse tel la peau d'un serpent assoupi, leur respiration s'élevait en volutes humides devant eux, que le vol frénétique d'Eos suffisait à dissiper. La sauvageonne marquée par l'Oracle fit quelques pas dans l'antichambre, son regard parcourant les différents tunnels en plissant les paupières, de défi davantage que de méfiance. Ces souterrains la mettaient à l'épreuve. Voulait-elle trouver la sortie et sentir le soleil sur son visage ? Ou seulement sombrer plus bas encore dans ce dédale inextricable ? Elle seule connaissait la réponse. Mais jamais elle n'en ferait part à son compagnon d'infortune. Qu'elles étaient lourdes ces chaînes de la raison !

- J'lis pas le Valheru.

Elle s'approcha dans le dos de Tristan, aussi silencieuse et souple d'un lion des montagnes prêt à fondre sur sa proie. Une étrange lueur animait ses prunelles à la teinte indéfinissable. Les flammes de la reine lézarde éclairaient par intermittence leurs visages, les lieux, les inscriptions.

- Mais je sais que les Valherus aiment les énigmes. Au moins autant que le pouvoir absolu. Et ils n'aiment guère révéler leurs secrets.

Elle imaginait fort bien les anciens Seigneurs Dragons rire de l'audace de leurs piètres descendants, les narguant avec leurs fabuleuses connaissances pour mieux les leur retirer ensuite. Promettant monts et merveille, pour ne donner que la mort et d'infinies souffrances. Persée en rirait presque. Les Valherus savaient s'amuser, jadis.

Elle se détourna du neishaan aussi furtivement qu'elle était apparue derrière lui et se mit à longer les parois rugueuses de la cavité. Le plafond, un peu plus haut dans le couloir précédant, évoquait la voûte d'un berceau renversé sur ses propres enfants. Où que sa main aille, sur ces murs épais et sans échos, la sang-mêlée sentait des aspérités minimes, la jointure des pierres mal entretenues, des traces de griffures à même la roche. Marques de pattes féroces, ou celles d'ongles désespérés ? Persée préférait éviter de se poser la question.
Loin de la surface, elle préférait lentement s'abandonner dans les ténèbres générées par sa propre folie, dans l'espoir de tout oublier, de bannir toute souffrance, de disparaître enfin... Cependant, paradoxalement, la présence de Tristan narguait son âme tourmentée et de mutines étincelles, venues excitées sa détestable empathie, la tiraient de la noirceur à laquelle elle aspirait ardemment. Une part d'elle refusait de voir Tristan mourir, oublié de tous, car il était un Aspirant du Màr Menel, un joyau brut qui ne méritait que la réussite. Mais pouvait-elle le ramener à la lumière sans se perdre elle-même et céder à l'espérance, encore une fois ? Ne pouvait-elle pas disparaître en paix ? Loin de Vraël, qui la rattachait à la vie d'odieuse et merveilleuse manière - sans qu'elle ne puisse lui porter rancune -, il aurait pourtant été si facile de s'abîmer dans un fatal désespoir, au milieu de ces souterrains...

Mais il y avait Tristan.

A combien d'Aspirants s'était-elle attachée au cours de sa vie ? Combien d'entre eux avait-elle considéré, à son corps défendant, comme ses protégés, ses petits frères et sœurs ? Combien d'entre eux avait-elle réussi à sauver, à mener jusqu'à l'Empreinte et à voir s'épanouir au Kaerl ou ailleurs ? Si peu... Et déjà beaucoup trop. L'amour lui avait fait perdre la raison. L'Oracle aurait dû prévenir sa mère, lors de sa prière au Mont Gérikor, qu'il lui envoyait un cadeau empoisonné. Car Persée était un poison. Insidieux, instable, aussi fou et destructeur que celui de l'amour. Elle aurait voulu s'arracher la peau pour faire disparaître les runes du Dragon Primordial.

- Il y avait un animal ici. Gros. Et...

Elle souleva sa botte, examinant l'odeur de déjection animale. Eos illumina l'obscurité de son feu, révélant de petits os blancs et des touffes de poils. Un frisson parcourut l'échine de la Maîtresse Bleue déchue. Elle ne parvint pas à identifier l'émotion qui lui étreignait la poitrine. Excitation ? Crainte ?

- … Carnivore.

Persée écouta le silence pendant quelques instants. Dans son âme gelée jusqu'aux os, où l'absence de Vraël – même factice – la torturait, le doute s'immisçait et venait réveiller de vieilles peurs. Elle pouvait mourir, même si l'idée de faire souffrir sa Liée lui était intolérable mais elle ne laisserait pas un Aspirant se faire dévorer à l'autre bout du monde sans renier qui elle avait été. La Maîtresse Garaldhorf du Màr Menel était peut-être condamnée ; toutefois, elle se souvenait...

- Ne restons pas ici. Choisissons un chemin.

... Et ce qui avait été perdu pouvait peut-être être retrouvé.
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MessageSujet: Re: [RP] Parmi les vestiges   [RP] Parmi les vestiges Icon_minitimeMer 4 Sep 2019 - 14:02


De nouveau, celle qui l’accompagnait dans cette exploration non voulue fit claquer sa voix dans le climat glauque et faussement apathique de ces tunnels obscurs. Tristan frémit à peine sous ce qui ressemblait à un soufflet : bien sûr, qu’il ne s’était pas attendu à ce qu’elle soit capable de déchiffrer ces signes étranges, mais… avait-il osé espérer un rien de bienveillance ? Fou qu’il était... Il fut tout aussi surpris lorsqu’elle poursuivit, comme pour le dissuader de persister dans ses réflexions sur cette voie, dont les louvoiements serpentaient assurément bien au-dessus de tout ce qu’il pourrait jamais appréhender. Si les Valherus étaient bien les constructeurs de ces lieux, et il ne voyait aucune raison de le contester, alors il fallait être sacrément ambitieux pour espérer percer leurs secrets, cela, il l’admettait aisément.

Pour autant, croire qu’il renoncerait aussi rapidement était mal connaître sa fascination toute ablahienne pour les langages et les mots, y compris, et peut-être surtout, inconnus, et d’autant plus s’ils étaient aussi chargés de romantisme que ces signes venus des mythiques concurrents des dieux. Peut-être que le ridicule neishaan qu’il était pourrait, malgré tout, parvenir à glaner quelques miettes issues du festin spirituel de ces légendaires ancêtres, peut-être que le maigre débris de ce qu’il comprendrait les aiderait, ne serait-ce qu’un tout petit peu ? Il ne pouvait se résoudre à rester là dans son inutilité totale, pas plus qu’à abandonner un mystère aussi vénérable autant qu’exaltant pour son âme de lettré. Aussi continua-t-il à "lire" les caractères en posant ses doigts dessus, lentement, pour s’imprégner de leur forme, jusqu’à l’interruption de Persée.


Sursautant tant il s’était absorbé dans son examen, le rouquin suivit le regard de l’elfe. Les quelques restes fugitivement révélés par la flamme de la lézarde suffirent à faire apparaître une brusque sueur glacée au dos de son vêtement. Était-ce très ancien ? Cette fois, il ne tenait pas à le savoir, curieusement… Immobile pour ne pas déranger la concentration de celle qui, dès le début, était apparue comme une chasseresse, Tristan reprenait péniblement contact avec cette réalité dont il s’était évadé le temps d’une énigme. Oui, il se trouvait toujours dans de turpides souterrains dont l’organisation labyrinthique avait été conçue par des êtres bien supérieurs, coupé de tout contact avec son duo d’instructrices Célestes qui, elles aussi, devaient avoir fort à faire avec les haineux intrus. Et, en plus de ça, quelque monstre de dessous de lit rôdait manifestement dans les environs. Magnifique.

Il hocha la tête à la suggestion de vider les lieux, plutôt d’avis de s’exécuter en vitesse et, la voix tout juste perceptible, osa émettre une suggestion :
« Celui-là ? L’autre est juste en face de… »
Il ne parvint pas à achever, désignant seulement la direction des résidus témoignant de la présence de la bête, en un geste d’ombre pâle presque invisible parmi toutes ces autres ombres, autrement plus ténébreuses et imposantes. Déjà, il se dirigeait vers le tunnel choisi, situé à droite de leur boyau d’arrivée. Les pièces à conviction n’en étaient pas bien éloignées, mais l’apprenti de Sable faisait le pari que, si la créature était vraiment de taille, elle pourrait bien avoir plus de facilités à foncer droit devant, plutôt qu’à se glisser dans la voie de côté.

Effleurant tout de même au passage les symboles anciens gravés dans la pierre, avant d’en retirer ses doigts à regrets, Tristan s’engagea donc sous une voûte de pierre en tous points semblable à celles qu’ils laissaient derrière eux. Il se retournait pour voir ce qu'il en était de Persée, quand un grondement fit trembler l’air saturé d’humidité, et ricocha sur les parois séculaires qui l’amplifièrent, faisant se dresser les cheveux de l’aspirant sur sa nuque. Cela tenait à la fois du feulement et du hululement, assurément issu d’une gorge puissante et qu’on n’avait aucun mal à imaginer garnie de dents nombreuses et acérées. Le neishaan se prit à espérer qu’il s’agisse du même être dont ils venaient de croiser les reliefs de repas : ce serait toujours mieux que de se retrouver coincé entre deux des cauchemars ambulants qui peuplaient ces cavernes oubliées...



Un seul regard partagé avec sa compagne d’infortune suffit cependant à le décider, et il bondit sur ses pieds, se lançant dans une course folle au sein de ce dédale souterrain. En écho à son propre piétinement, celui de l’elfe lui parvenait, tout proche, même s’il ne savait plus bien si elle le suivait ou le précédait. Quelle importance ? Plus lourd et plus lointain, un galop sensiblement différent leur parvenait aussi, régulièrement ponctué d’un cri lancé dans l’obscurité, signe d’hostilité et de dépit à mesure que la poursuite s’éternisait.

A chaque nouvel embranchement, qui se constituait invariablement de trois ouvertures également réparties autour d’une petite antichambre comme celle où ils avaient trouvé l’excrément de monstre, ils prenaient alternativement à gauche, puis à droite, ralentissant à peine le rythme dans l’espoir de semer leur poursuivant. A l’issue d’un long passage rectiligne, Tristan eut pourtant l’impression d’apercevoir un unique œil phosphorescent luisant d’une couleur verdâtre et irradiant d’une lueur féroce, mais il ne s’attarda pas pour vérifier s’il s’agissait ou non d’une hallucination. Il lui semblait aussi que les hurlements se rapprochaient, lentement, mais sûrement…

Courir, encore et encore, sans plus penser à rien d’autre. Son cœur battait à tout rompre, mais il lui fallait tenir, continuer, avancer, ne pas laisser le traqueur gagner davantage de terrain sur eux. La stratégie du changement de direction payait pourtant, ralentissant la créature à chaque embranchement, mais les bipèdes se montraient inférieurs dans les lignes les plus droites, ce qui faisait souffler alternativement crainte et espoir en leur âme. Et ils continuaient à fuir, s’enfonçant toujours plus profondément au cœur de la mine Valherue, l’un de ses gardiens à leurs trousses.


Leur fuite effrénée trouva sa fin brutalement, face à l’inébranlable impassibilité d’une paroi rocheuse. Un cul-de-sac, ils avaient atterri dans un cul-de-sac ! Tristan ne put retenir un bref gémissement de désespoir, auquel répondit bientôt le cri du monstre, dans lequel il crut percevoir des accents victorieux. Pourtant, tout son être se rebellait : non, ce ne pouvait pas se terminer ainsi, enterré vivant dans un souterrain de leurs mythiques ancêtres, puis dévoré par une créature improbable qu’il n’aurait même pas véritablement aperçue. Il ne valait peut-être – certainement – pas grand-chose, mais tout de même, il devait exister une autre voie, une autre solution, un autre épilogue.

Comme il l’avait fait à la première intersection, il se mit, en désespoir de cause, à palper frénétiquement les murs, depuis leur base jusqu’à la hauteur maximale atteinte en se haussant sur la pointe des pieds. C’est depuis une de ces inconfortables positions, qu’il sentit une incision dans la roche, dont le tracé était trop complexe pour tenir son origine dans les hasards des fissures minérales ou des fureurs animales. Le cœur cognant dans sa poitrine comme s’il cherchait à s’en échapper, il posa ses deux mains sur les rainures, dans l’espoir fou d’en tirer quelque chose.

Les feulements se rapprochaient toujours, et ses doigts s’appuyèrent plus fort contre le mur de pierre, ainsi que ce qu’il reconnaissait comme, sans doute, un mot, dans le même alphabet que celui rencontré plus tôt. Un discret cliquetis résonna dans le lourd silence, et Tristan se retrouva à terre dans une exclamation d’étonnement, sans avoir compris de quoi il retournait, à part que quelque chose l’avait percuté. En réalité, c’était leur salut qui s’offrait à eux, par des échelons métalliques qui venaient d’émerger de la pierre, un peu brutalement, certes, ce qui, conjugué à l’état de terreur de l’aspirant, l’avait précipité sur le sol rêche et glacé.


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MessageSujet: Re: [RP] Parmi les vestiges   [RP] Parmi les vestiges Icon_minitimeMar 17 Sep 2019 - 16:32



Leurs mots et leurs souffles vaporeux s’envolaient sans retour vers la voûte de pierres. Dans le faux silence des souterrains abandonnés, tout écho persistait, aussi prisonnier que sa source. Curieusement, l’air ne se raréfiait pas autant que l’on put l’espérer dans une mine vieille de presque un millénaire. Cela signifiait qu’il existait quelques aérations, quelques cavités cachées, dans ces ruines et, que peut-être, elles mèneraient à la sortie.

Persée n’espérait rien si ce n’était une morte rapide. Ses jambes l’élançaient depuis leur chute dans la première caverne et son eau glacée. Ses yeux reflétaient les jets de flammes d’Éos à quelques mètres plus loin devant eux. A ses tempes chantaient des tambours de guerre qui la laissaient pantoise, haletante, frémissante dans l’attente… D’elle ne savait quoi. Elle s’aperçut avec beaucoup de retard qu’il ne s’agissait que des battements de son propre cœur. Cette perte de maîtrise sur son corps la plongea dans la honte. Elle avait patiemment mis des mois à apprendre à taire sa souffrance, à étouffer sa conscience et à s’enivrer de la douleur physique, laquelle lui rappelait monstrueusement qu’elle était toujours en vie alors que d’autres ne l’étaient plus. La seule chose qui la rattachait encore à cette existence et l’empêchait de mettre fin à ses jours se nommait Vraël. Et pour le salut de la dragonne, elle aurait vendu son âme si cela pouvait la libérer de son asservissement par le lien de l’Empreinte. La vérité, nue et cruelle, était qu’elle ne voulait plus vivre en sachant que seule Vraël payait pour ses propres crimes. La vengeance s’avérait une déesse aveugle et toujours insatisfaite, à laquelle Persée n’avait pas cédé jusqu’à présent mais qu’elle invitait, lentement, insidieusement, amoureusement, à se nicher dans sa psyché.

Le plus dur à accepter résidait dans sa propre perte de sang-froid. Une simple excursion dans les ruines transformait la redoutable exilée en jouvencelle effarouchée. Les dieux devaient allégrement se moquer d’elle. Les paroles de la Bleue Asra lui restaient en travers de la gorge. Elles avaient rallumé une étincelle qu’elle pensait définitivement éteinte. Quant à l’Aspirant Tristan, maintenant que son sort dépendait d’elle, la sang-mêlée s’apercevait que ses pouvoirs d’empathe, déjà instables par le passé, se rebellaient d’autant plus fortement qu’ils avaient été mis en sommeil pendant des mois, lorsqu’elle errait seule aux frontières des civilisations. Maudit soit ce Tristan ! Sa peur transpirait par tous les pores de sa peau, la contaminait, elle, sans que rien ne l’arrête. Elle n’avait pas le droit de le laisser mourir alors que sa terreur faisait écho à la sienne. Ils étaient liés par le même sort.

- Je ne connais pas ces mines, renchérit Persée, impavide malgré les tourments de son âme. Je ne suis pas assez stupide pour y avoir mis plus qu’un pied. Le temple à la surface est bien plus sûr. Nous ne devons pas nous séparer…

Comme Tristan se décidait à choisir une direction, au hasard ou non, la source de leur récent effroi se fit entendre. Le rugissement provenait des entrailles souterraines et exhalait un souffle putride, que les deux égarés ne pouvaient qu’imaginer  l’heure qu’il était… Mais l’imagination s’avérait bien suffisante. Persée ne tenait pas à tomber nez à nez avec un fauve géant, ou un serpent à plumes enragé parce qu’ils auraient pénétré sur son territoire sans y prendre garde. Bien qu’elle vive près du Pic aux Tigres depuis quelques mois, la faune locale lui réservait encore des surprises dont elle se passerait volontiers.

Un sentiment d’urgence lui noua les tripes. Ses cheveux se hérissèrent sur sa nuque.
Cours, petit rat. Cours.
Un seul regard suffit entre les deux infortunés pour se lancer dans une course éperdue. Chaque pas en appelait un autre. Et si leur élan haletant les précipitait dans une direction inconnue, c’était toujours préférable au silence factice évoquant une respiration lourde qui leur sifflait aux oreilles. Malgré sa fragilité apparente, Tristan était rapide. Il filait tel le vent, tournant sans cesse dans l’espoir de dévier la course d’un hypothétique monstre lancé sur leurs traces. Ce qui inquiétait davantage l’exilée, plutôt que de risquer d’être semée par l’Aspirant, c’était de savoir par instinct que la Bête – car il y avait forcément une bête – les repérerait à l’odeur. Cela, ils ne pouvaient guère le masquer. Si leurs pas se fondaient dans l’obscurité et que les sons s’étouffaient par intermittence dans la mousse suintant des parois, leur alléchante odeur de viande sur pattes équivalait à un chemin clair, tracé au fer rouge, dans les souterrains. Persée déploya toutes ses forces pour rester à la hauteur de Tristan.

Elle avait menti. Quelques années auparavant, elle n’aurait pas cru cela possible. Le mensonge lui avait toujours apparu comme l’arme des faibles, le poison insidieux qu’utilisaient les Ardents pour semer chaos et discorde. Elle n’aurait pas jugé honorable de masquer une information sous prétexte qu’elle pouvait faire du mal. Petit à petit, elle avait dévalé la pente douce menant vers de ténébreuses ruses en accédant à un haut poste. Et aujourd’hui, elle pouvait se montrer particulièrement fière de pouvoir mentir sans broncher. Née des cendres d’une Maîtresse Dragon brisée, la sauvageonne se souvenait encore de ce qu’était un mensonge.
Si elle ne lisait pas le Valheru, elle était néanmoins capable de reconnaître certains glyphes. Elle avait suffisamment évolué dans ces ruines pour comprendre que le temple ne constituait que la partie émergée d’un gigantesque complexe souterrain, comportant principalement des mines. Elle avait longtemps soupçonné que ces carrières servaient à extraire un minerai spécifique, sans pour autant avoir la foi d’aller vérifier par elle-même… Jusqu’à présent. Maintenant qu’elle se trouvait au cœur des décombres, il lui fallait se rendre à l’évidence : il s’agissait bien du minerai qui coupait les communications télépathiques. Et peut-être d’autres choses dont elle ne voulait rien savoir… Elle n’en pouvait plus d’avoir raison.

Au détour d’un énième embranchement, Persée se demanda subitement depuis combien de temps ils fuyaient. Elle perdait la notion du temps dans cette obscurité poisseuse. Lorsqu’elle trébucha sur des pierres irrégulières, elle tomba à genoux, le souffle coupé et la vue brouillée. Elle marqua un temps d’arrêt, incapable de comprendre pourquoi elle avait perdu l’équilibre. Tristan ne s’était pas arrêté pour vérifier qu’elle se trouvait derrière lui. Les piaillements affolés d’Éos, qui voletait autour d’elle, s’effacèrent lentement pour laisser place à un sifflement strident, lancinant, emplissant tout l’espace sous son crâne. Une faim dévorante fit remonter un jet de bile depuis sa gorge asséchée. Un râle s’échappa de ses lèvres gercées. Ses muscles tremblaient.

Faim. Tuer.

A demi consciente que ces émotions ne lui appartenaient pas, Persée rampa le long du mur, s’écorcha la paume des mains en se redressant et reprit sa course, foulée après foulée. Elle chercha désespérément la trace du lien avec Vraël mais la dragonne était inatteignable. Sa seule ancre dans le monde réel, la seule créature capable de la comprendre et de la protéger de ses propres pouvoirs se trouvait à des lieues d’ici. Ravalant un sanglot, elle poursuivit sa route, seulement éclairée par Éos qui suivait sans relâche la piste du neishaan.

- Tristan ! voulut-elle crier mais elle ne parvint qu’à émettre un son étranglé.

La Bête était proche. Elle pouvait sentir sa faim, sa colère, son envie de déchiqueter et de dévorer les intrus, aussi sûrement qu’il se serait agi de son propre instinct. Persée redoubla d’efforts. Elle manqua percuter Tristan en trouvant celui-ci face à une impasse. Il perdait encore une fois du temps à tâtonner le long des murs, comme à la recherche d’un nouveau signe laissé par les anciens habitants. Persée chancelait, les flancs palpitants et dût s’appuyer contre la paroi pour ne pas s’effondrer. En elle se disputaient toujours ces sensations étrangères. Elle devait lutter pour ne pas céder à ce raz-de-marée vorace. Ses yeux brûlants de fièvre se fixèrent sur le dos de Tristan.

On n’a pas le temps de jouer !

- La Bête s’approche, émit-elle dans un grognement. Quoique tu fasses, dépêche-toi de…

Le neishaan tomba sur son séant à l’instant où des barreaux apparaissaient dans les rainures du mur face à lui. Durant un court instant, la sang-mêlée se retrouva maîtresse d’elle-même, la vague d’espoir émanant de Tristan ayant balayé la fureur carnassière de l’animal. Ingénieux, l’Aspirant ! L’admiration reflua hélas rapidement et Persée gronda de plus belle comme les émotions de la Bête prenaient le pas sur toutes les autres. Maudits soient les vivants ! Au moins, les morts ne la faisaient pas tant souffrir à la contaminer avec leurs sentiments parasites.

- Grimpe, jappa-t-elle abruptement, les dents serrées. Vite !

Elle ne savait plus vraiment si elle devait tuer Tristan ou le garder en vie. Mieux valait qu’il s’éloigne. Éos lui mordilla la main jusqu’au sang. La douleur éclaircit son esprit et Persée se retourna à temps pour voir une ombre titanesque se mouvoir parmi la noirceur de poix du corridor. Ça serpentait, ça mugissait sourdement, ça avançait avec la lenteur nonchalante du prédateur qui sait que ses proies ne lui échapperont pas.

- Grimpe ! hurla l’ancienne Céleste.

Persée emboîta aussitôt le pas à Tristan. L’ascension parut durer une éternité. Quand enfin ils parvinrent au sommet, la bannie s’écroula dans la poussière. Elle sentait encore la Bête gronder dans ses entrailles, sa fureur ramper sous sa peau et distiller l’envie de tuer dans son cœur mais la distance dissipait les nuages dans son esprit. Elle parvenait à aligner des pensées claires et concises. C’était mieux que rien.

- On ne peut pas rester là. Elle… La Bête. Je peux la sentir... Elle finira par nous retrouver.

Comme une évidence, tel un pantin soulevé par la main du destin – très ironique pour la Sans-Destin -, Persée se releva sans grâce et offrit une main efflanquée, couverte de sang séché et de runes indélébiles, à l’Aspirant près d’elle.
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MessageSujet: Re: [RP] Parmi les vestiges   [RP] Parmi les vestiges Icon_minitimeMar 24 Sep 2019 - 19:11

Inconscient de ce qui pouvait agiter l’elfe, que ce soit physiquement ou, plus encore, mentalement, Tristan avait lancé toutes ses forces dans cette fuite effrénée, la peur lui donnant des ailes. Dans d’autres circonstances, il aurait reconnu la justesse des réflexions de Persée sur la nécessité de s’approcher de la surface, et de rester ensemble. Mais là, il n’y pensait même pas. Tout ce qui comptait, c’était courir, le plus vite possible, s’éloigner de ce prédateur inconnu et monstrueux. Même une fois arrivé face au mur – littéralement – il ne savait pas trop ce qu’il cherchait, bien trop conscient de l’approche de la créature. Il trouva pourtant, que grâce soit à rendre au hasard ou aux Dieux.

Alors qu’il avait crue sa dernière heure arrivée lorsque les barreaux métalliques avaient surgi de la paroi de pierre, c’était finalement la voie du salut que leur apparition miraculeuse annonçait. Il fallut bien les aboiements de Persée pour qu’il réalise l’action à mettre en œuvre, et la hâte avec laquelle s’y atteler : le neishaan s’exécuta donc, gravissant les échelons un à un en parvenant, par il ne savait quel prodige, à n’en rater aucun, ni ne trébucher sur leurs tiges vaguement glissantes. Mais la bête était là, en bas, à grogner sa frustration de voir son repas lui échapper, et rien qu’à l’entendre, Tristan saisissait chaque degré qui l’en éloignait avec une ferveur renouvelée. Dans ce passage vertical, chaque pas l'éloignait davantage du cauchemar ambulant et des inquiétantes ombres d'infinies galeries labyrinthiques…


Le rouquin perdit la notion du temps alors qu’il enchaînait machinalement les gestes, ses mains s’agrippant au barreau supérieur, ses pieds avançant à leur tour d’un cran, puis de nouveau monter les mains, puis monter les pieds, et ainsi de suite dans l’obscurité de ce boyau duquel ne se révélaient, lors des quelques jets de flammes de la lézarde, qu’une paroi pierreuse identique à celle traversée auparavant. Presque en transe, il ne comprit tout d’abord pas ce qui se passait quand, à un moment, sa main qui tâtonnait au-dessus ne trouva que le vide. S’accrochant cette fois à la bordure de pierre, il se hissa sur la corniche, qui se révéla davantage que cela : la zone était étendue, une véritable pièce en réalité.

L’aspirant comprit alors qu’ils étaient arrivés au bout de leur échelle de fortune. Il avaient échappé au monstre ! Il étouffa presque de soulagement, subissant brusquement le contrecoup de sa course folle et de son ascension tout aussi frénétique : il trouva seulement la force de ramper à distance raisonnable du puits d’ombre dont il venait de sortir, et ferma les yeux un instant. Les derniers événements, même s’il les avait vécus, lui apparaissaient comme difficilement croyables. Et qu’il soit en vie après cela n’était pas la moindre des incohérences. Pour s’en convaincre, il se pinça le dos de la main, mais ne provoqua rien d’autre que la désagréable sensation : non, il ne rêvait pas, et oui, il devait bien avoir traversé les dernières épreuves, dans la réalité.

~~~

La voix de Persée lui rappela, avec un sentiment certain de honte, qu’il n’était pas seul en ces lieux. Il avait été si accaparé par la poursuite, qu’il en avait même oublié Sable et Asra, au-dehors. Il les espérait dépêtrées des griffes du dragon bronze et de son arrogant Lié, mais depuis combien de temps avait-il disparu à leurs yeux et leurs esprits ? Auraient-elles poursuivi les recherches, ou seraient-elles rentrées seules, la tête basse, au Màr Menel ? Ne serait-ce que pour elles, pour qu’elles cessent de se faire un sang d’encre, il devait trouver la voie vers la lumière de Solyae. Et, pour cela, il pouvait compter sur l'elfe, ainsi qu’en témoignait son dernier geste. Vraiment ? Elle qui s’était montrée si sauvage, distante et cynique, se penchait maintenant sur lui ? Il glissa un regard incrédule vers le visage tendu de sa compagne d’infortune, et accepta finalement la main tendue – au sens propre comme au figuré.

Retrouvant la station debout en même temps qu’il intégrait les dires de l’ancienne Céleste, puisqu’il n’avait pas de raison de douter des capacités qu’elle affirmait posséder, Tristan s’efforça d’évaluer leur situation présente avec impavidité. Ils avaient donc un féroce prédateur aux trousses, mais pouvaient compter l’avoir semé pour l’instant. D’autres pouvaient tout aussi bien traîner au niveau auquel ils étaient parvenus, mais il ne servait à rien de s’en inquiéter pour l’instant. Ils ne pouvaient pas rester terrés dans le trou à rats qui les avait sauvés une fois.

« Nous avons beaucoup grimpé, avec cette échelle, »
continua-t-il à voix haute, même si l’écho de ses propres paroles dans ces cavernes sombres le fit presque sursauter,
« et donc, nous nous sommes sûrement rapprochés de la surface. »
La pièce où ils avaient abouti, quant à elle, ressemblait fort à celle d’où ils étaient partis pour leur ascension de la dernière chance : en-dehors du passage vertical, un seul couloir ouvrait sa gueule obscure, ne leur laissant que peu de choix.


Ils reprirent donc leur progression parmi les tunnels, aboutissant sans grande surprise à une croisée de trois passages, semblable elle aussi à celles déjà rencontrées bien plus bas. Ici également, d’antiques runes striaient la roche en bordure de chacune des arches, mais le fils d’Ablah eut beau mettre toute son attention dans la lecture tous doigts déployés qu’il en fit, il ne parvint pas à en tirer quoi que ce soit, ni par elles-mêmes, ni par la comparaison à son souvenir déjà évanescent de celles du niveau inférieur.

Ah, s’il avait eu quelque chose pour les copier, les garder afin de les étudier plus tard, à tête reposée, dans la tranquillité de son appartement des Spires… Mais il n’avait rien de cela, seulement la vague menace de la créature qui les cherchait depuis son antre au creux des galeries. Il ne lui restait que sa mémoire, dans laquelle il tenta de graver les signes aussi solidement qu’ils l’étaient dans la pierre, et un sentiment d’urgence, celui de s’échapper définitivement des rets immémoriaux tissés par les anciens occupants de ce complexe minier.

De nouveau, il leur fallait prendre une décision, choisir une voie, sans le moindre indice. A moins que… Alors que la minuscule Incarnate continuait de jeter ses lances de flammes à intervalles irréguliers, il sembla à Tristan que quelque chose avait brièvement brillé depuis le côté gauche. Ou était-ce seulement le reflet d’un éclat plus lointain encore ? Dans tous les cas, il y avait là-bas un peu plus quelque chose qu’ailleurs. Il fit un pas dans cette direction, puis s’arrêta, soudain pris de doutes, pour s’enquérir auprès de l’autre bipède :
« Vous avez vu ? Le scintillement ? »


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MessageSujet: Re: [RP] Parmi les vestiges   [RP] Parmi les vestiges Icon_minitimeMer 13 Nov 2019 - 17:20



Les yeux de Persée s’étaient depuis longtemps habitué à la pénombre obligatoire qui nimbait les ruines. Cependant, sous le couvert de la surface, elle était plus que ravie d’avoir près d’elle Éos et ses flammes. L’obscurité figurait ici une purée de pois, qu’une lame aurait pu fendre sans pour autant créer une percée de lumière. Le bon air lui manquait. Suffisamment en tout cas pour se rappeler qu’il n’en allait sans doute pas de même pour son compagnon d’infortune. Tristan avait beaucoup plus besoin de la lumière du jour. Il risquait de rapidement dépérir ou, pire, de devenir fou, à errer dans les ténèbres poisseuses de ces anciennes mines. Le regard de Persée glissait régulièrement sur les aspérités de l’Aspirant, essayant de le jauger d’un œil neutre, espérant peut-être retrouver en son image celle des Aspirants de la Maîtresse Bleue de jadis. Ou bien le reflet des belles étoffes vendues sur la Grand’Place au Màr Menel. N’importe quoi qui put raviver le passé, son foyer. De quoi ranimer les braises de son âme morcelée.

- Le temple…

Elle ravala subitement ses paroles. Si l’écho de sa propre voix ne la faisait pas autant sursauter comme ça avait le cas pour Tristan, elle n’aimait toutefois pas l’entendre. Elle ne lui paraissait plus tout-à-fait celle d’une vivante, ou alors elle ne ressemblait pas assez au souvenir qu’elle gardait de Persée-Morian Garaldhorf.

- Le temple n’est qu’une infime partie des ruines. Au moins, il est stable et ne risque pas de s’effondrer à tout moment… Mais les ruines sont très anciennes. Je pense qu’elles ont été bâties à l’époque des Valherus. C’est peut-être une ville, construite près d’importantes mines. Ça expliquerait beaucoup de choses sur ces souterrains… Beaucoup d’esclaves ont dû mourir pour bâtir tout ceci.

Elle détourna le regard des murs, au risque de s’aveugler au feu que crachait par intermittence sa lézarde et ralentit un peu son pas. Elle ne voulait pas croiser le regard de Tristan. Ressentir ses émotions lui suffisait. Au moins, avait-il la décence de ne pas émettre d’envies suicidaires ou meurtrières, ce qui lui facilitait grandement la tâche pour garder les idées claires. Ou, du moins, aussi claires que possibles. Maintenant que ce qu’il restait de son armure émotionnelle pulsait faiblement sur les contours de son âme, elle pouvait à loisir humer les émotions des créatures rôdant dans les environs. Rien de très distinct, pour commencer. Ce qui ne l’empêchait pas de se tenir aux aguets. Elle aurait peut-être senti l’approche de la Bête de tout à l’heure, si elle n’avait pas autant prêté attention au seul neishaan.

- C’est tout ce que je sais, conclut-elle avec amertume.

Elle se renfrogna, coupant court à toute tentative pour la faire parler davantage à ce sujet. Elle venait de vendre le peu de savoir qu’elle possédait sur cet endroit à un apprenti chercheur. Peut-être avait-elle condamné leur périple vers la surface avec ce surplus d’informations. Mais Tristan n’avait pas l’air de perdre de vue son objectif – la survie – en dépit de sa contraignante curiosité. Tout n’était pas joué.

La sauvageonne avala péniblement sa salive. Sur le côté gauche de la croisée, loin derrière l’arche du troisième passage, avait scintillé quelque chose. Une sueur glacée se confondit à un frisson d’excitation. Elle trembla de la tête aux pieds avant de se ressaisir.

- Oui… Je l’ai vu, moi aussi. Allons par là.

Ce n’est pas comme si nous avions le choix…

Le scintillement provenait du sol. Une poussière d’argent jonchait la roche. Elle accrochait la lumière d’Éos et paraissait suivre un chemin s’enfonçant dans les profondeurs du passage. Impossible de savoir s’il menait à la surface ou non. Au moins ne tombait-il pas à pic vers le fond des mines. Etait-ce des traces de ce fameux métal bloquant les capacités psychiques des chevaliers-dragons ? Par principe, elle refusa d’y toucher.
Un brusque afflux d’adrénaline fit vibrer le corps, tendu comme la corde d’un arc, de la sang-mêlée. Une impression de chaleur l’envahit, de même que la sensation d’une faim dévorante. Sa perception se rétrécit subitement. L’instant avait été aussi bref qu’intense. Cela signifiait-il que la créature à qui appartenaient ces émotions se trouvait loin d’ici ? Il fallait l’espérer.  

Se redressant, Persée passa devant, les mains tendues sur les murs de chaque côté du passage, cherchant à y déceler des glyphes ou simplement les traces des travailleurs. La brillance de la poudre argentée les guidait dans les ténèbres. Dans le lointain résonnaient de manière diffuse des coups sourds, tels de gigantesques battements de cœur, ou tout simplement le roulis des vagues. L’atavique froid qui enserrait son âme lui rappelait de désagréables moments, à lutter contre le Seigneur Ardent manipulé par un fou, ou même la course d’obstacles dans les souterrains piégés de la citadelle céleste. Tiens donc… Ce souvenir n’avait pas refait surface depuis très longtemps. Pourquoi y pensait-elle maintenant ? Que pouvait-il y avoir de commun entre ces deux périples, si ce n’était qu’ils se passaient dans un dédale situé sous une cité ? Ce n’était ni l’étrange clarté qui sourdait de manière évanescente des murs saupoudrés de poussière brillante, ni le chant des tambours réguliers provenant des entrailles de ces ruines, encore moins l’impression d’être observée de tous côtés. Où était le lien ?  

Les flammes d’Eos éclairèrent des os blancs qui s’effritèrent sous les pas de la sang-mêlée. La respiration de celle-ci s’envolait en volutes vers le plafond. Persée comprit subitement en entendant un cri, si court et si indistinct qu’il ne pouvait évoquer qu’une rémanence. Elle ne pouvait pas sentir les émotions des morts. Or, ils étaient partout les maîtres des lieux. Voilà pourquoi elle ne sentait plus l’approche de la Bête. Elle se retourna lentement vers Tristan et remua les lèvres en silence à son intention :

- Nous ne sommes pas seuls.


HRP : Désolée du retard ! A la fin j'ai tablé sur des fantômes. Mais ça peut être autre chose ^^


Dernière édition par Persée Garaldhorf le Mar 17 Déc 2019 - 11:06, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [RP] Parmi les vestiges   [RP] Parmi les vestiges Icon_minitimeMer 4 Déc 2019 - 18:24

Sans que Tristan ne s’y soit attendu, l’elfe délivra sa théorie sur les origines du complexe où ils s’étaient trouvés piégés. En d’autres circonstances, il l’aurait peut-être assaillie de questions pour en savoir davantage sur ce qui lui permettait d’avancer l’hypothèse d’une cité valherue, si seulement elle ne s’était pas montrée aussi fermée. Cependant, leur situation présente ne se prêtait guère aux études ethnologiques, si passionnantes qu’elles paraissent : ils devaient déjà réussir à se sortir de ce labyrinthe souterrain, quels qu’aient été ses bâtisseurs. Plus tard, peut-être, il serait possible de revenir, mieux équipés, pour en apprendre davantage au sujet des mystères de ce temple et ses annexes.

L’autre approuva de se laisser guider par la trace argentée, et bientôt, ils pouvaient l’examiner de plus près. Le neishaan, lui, ne résista pas à la tentation d’éprouver le contact de cet étrange minerais sous ses doigts. Il fut presque déçu de ne rien ressentir de particulier… Pour autant, ce qui ressemblait presque à de la poussière d’étoile formait un chemin à leur intention, une ligne à suivre, qui semblait se renforcer lentement, à chaque pas, comme pour confirmer qu’ils se trouvaient sur la bonne voie. Mais bonne pour qui ? Telle restait la question, il pouvait tout aussi bien s’agir d’un leurre les amenant droit dans la gueule d’un nouveau monstre, lequel aurait alors la satisfaction d’assouvir sa faim avec des mets de choix qui devaient se faire bien rares dans les environs...

La brillance du minerais laissait pourtant supposer une appartenance à la voie de la lumière, et Tristan voulait s’accrocher à cette option. Comme les astres nocturnes perçant la noirceur de la nuit, et permettant au voyageur de se guider, ils devaient pouvoir se fier à ces éclats métalliques. Le sinistre craquement sous les pieds de l’elfe ne suffit pas à souffler cet espoir, même si la vision des restes tombant en poussière immobilisa l’aspirant sur le champ. Comprenant la communication silencieuse de sa compagne d’infortune, il jeta des regards suspicieux à l’entour, mais ne décela tout d'abord rien de particulier, rien qui semblât les menacer directement. Avait-il rêvé le bref et strident cri, à l’instant où les antiques ossements étaient retournés à une matière indistincte, s’approchant du néant dont ils semblaient tout droit sortis ?


La même impression d'irréel le saisit lorsqu'il crut voir briller des contours évanescents dans l'obscurité, tels des reflets de ces éclats argentés qui couraient parmi la noirceur de la roche. Clignant des yeux et craignant de se trouver en proie à des hallucinations, le neishaan reconnut tout de même, au gré des fluctuations de ces formes sans cesse en train de disparaître pour mieux réapparaître, des silhouettes humanoïdes. Et même s'il aurait été bien en peine de les dénombrer tant elles passaient de l'état visible à l'invisible, sans la moindre logique ou coordination, il lui sembla clair qu'elles affluaient au lieu précis où ils se trouvaient, depuis absolument toutes les directions : des deux côtés du tunnel, certes, mais aussi du haut, du bas et des autres côtés où l'on aurait cru la sécurité assurée par la paroi de pierre massive.

En réalité, les formes mi-transparentes, mi-luminescentes se concentraient plutôt sur l'aspirant, resté à quelques pas en retrait de l'elfe et sa mini-dragonne. Elles se mouvaient lentement, mais sûrement, et le fils d'Ablah était trop figé par ce nouveau prodige qui ne suintait pas autant le danger que la bête monstrueuse les ayant pris en chasse auparavant, pour penser à s'écarter. Plusieurs âmes en peine vinrent jusqu'au contact, et pour chaque, un poinçon glacé s'enfonça dans ses chairs, terminant de l'immobiliser totalement en l'amenant très lentement en direction d'un long sommeil, où ses fonctions vitales auraient peu à peu ralenti, puis ralenti encore, jusqu'à partager la non existence de ces êtres du passé.

Il y avait une étrange douceur dans le baiser plus hivernal qu'aucun bloc de glace du Vaendark, et pourtant si progressif qu'aucune douleur ne l'accompagnait. A la beauté diaphane de ces créatures qui semblaient danser autour de lui, son âme d'artiste ne pouvait résister, et ce d'autant moins que leurs visages se montraient maintenant fugitivement à lui. Ils étaient là, tous différents, tous magnifiques dans leur délicate désincarnation, et pourtant unis par le sentiment qu'ils semblaient crier tant leurs traits l'exprimaient avec force, n'exprimaient que lui : une tristesse infinie se dégageaient d'eux. Pour cette raison, le vivant aux cheveux de feu ne pouvait se soustraire à leurs éteintes douces et glacées. Leur besoin de réconfort était si insondable, qu'il ne pouvait leur refuser ce contact.


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Persée Garaldhorf
Chevalier Errant
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MessageSujet: Re: [RP] Parmi les vestiges   [RP] Parmi les vestiges Icon_minitimeLun 23 Déc 2019 - 17:34

Persée se maudit en silence. Ses sens exacerbés par la magie empathique, dont elle était dotée depuis sa naissance, n’avaient cessé de l’alerter sur le danger imminent. Et voilà que celui-ci venait de fondre sur leur trio comme un aigle fonderait soudain sur un lapin inconscient. Elle aurait dû réagir bien plus tôt. Son instinct l’avait dupé et elle s’en mordait les doigts.

Sous ses yeux hagards s’étiolaient dans l’air des formes vaporeuses, qui s’étiraient en un brouillard munis de doigts gourmands, prêts à vous happer en leur pouvoir. Elle fit un pas de côté, espérant bêtement les éviter mais cette brume blanche n’avait que faire d’elle. Ou de la lézarde rouge qui, épuisée par tant d’efforts répétés, venait de lourdement se poser sur l’épaule de la sang-mêlée. Une maigrelette flammèche d’Éos repoussa l’assaut curieux d’un doigt de brume. La menace latente qui émanait de cette forme éthérée ne leur était pas destinée. Le regard de Persée s’étrécit, luisant de méfiance, tandis qu’elle pivotait sur ses assises pour mieux suivre la brume du regard.

Tristan était cerné. Le brouillard s’épaississait et tourbillonnait follement autour de lui. En plissant les yeux, la sang-mêlée parvint à distinguer des silhouettes virevoltant devant l’Aspirant. Des choses vaguement humanoïdes qui l’horrifièrent bien plus que la perspective de la mort. Elle pouvait s’imaginer le hurlement d’effroi que Vraël pousserait à contempler pareil spectacle. Les yeux agrandis par une terreur sans nom, elle recula d’un pas. Éos pesait sur son bras et elle attrapa la lézarde dans ses bras. Le petit cœur palpitant de son amie faisait écho au sien. Serrer quelque chose de vivant tout contre elle la rasséréna.

- Tristan !

Sa voix n’avait été qu’un murmure. Un odieux chuchotis sorti de lèvres tremblantes. Le neishaan ne paraissait pas l’avoir entendue. Il ne bougeait pas, son regard concentré sur les fantômes qui réclamaient sa chaleur et sa vitalité. Que pouvaient-ils leur susurrer pour tant accaparer son attention ? Persée avait connu les pires spectres de cette terre, à n’en pas douter, durant son court séjour dans la Lande d’Eru. Et même la brièveté de cette rencontre avait été de trop. Elle n’accordait nullement sa confiance à ces créatures tournoyant autour de Tristan. Elles ressemblaient beaucoup trop aux spectres fous du Kaerl Maudit. Les morts n’auraient pas dû pouvoir côtoyer les vivants de cette façon.

Éos frissonnait entre ses bras. Sa propre respiration s’élevait en volutes dans l’air poussiéreux. L’atmosphère était glacée tel un soir d’hiver en Vaendark. Il venait toujours plus de fantômes ; Quelques-uns d’entre eux osèrent s’approcher de la sauvageonne et sa lézarde de feu, offrant leurs visages figés sur une atroce agonie. Un malveillant espoir enflait dans son cœur enténébré depuis trop longtemps : les fantômes ne pouvaient pas se concentrer sur Tristan comme auparavant ?

Elle baissa les yeux sur sa petite Liée. De la fumée sortait des naseaux d’Éos mais elle manquait d’énergie. Elle dardait des yeux furieux sur les spectres sans pour autant se décider à cracher le feu. L’étreinte des fantômes évoquait les multiples morsures de l’hiver. A chaque contact de ce brouillard délétère, milles aiguillées glacées lui pénétraient le corps. Ses muscles s’engourdissaient. Son souffle ralentissait. S’arrachant à la contemplation de sa propre dévoration, elle chercha frénétiquement une issue. Du bout du couloir sombre qui s’étendait devant eux venait les fantômes. Et à l’autre extrémité, il y avait le tunnel menant à la Bête qui rôdait encore dans les souterrains à la recherche de son prochain repas.

- Tristan, ne les approche pas ! le pressa-t-elle avec plus d’aplomb.

Les images mentales, mélange chaotique d’effroi et d’ire, dont Éos lui martelait l’esprit lui faisait perdre toute contenance. Sa bruyante respiration, entrecoupée des murmures diffus suintant des murs, représentait la seule musique des lieux. Elle n’avait jamais aimé les souterrains. Sans repères, son sens de l’orientation s’égarait dans son imagination prolifique en matière de tragédies. Son corps céda avant sa raison. Persée sentit qu’elle glissait, dos au mur, prête à se recroqueviller sur le sol tel un animal blessé. Animée d’un étrange sentiment de détachement, comme si elle observait la vie de quelqu’un d’autre se dérouler sous ses yeux, elle s’aperçut que sa peur des non-morts valait bien plus que la peur de la mort elle-même. De précédentes épreuves au contact de fantômes, des visions d’êtres chers disparus, avaient hanté ses nuits pendant des mois, voire des années.

Elle pouvait tout arrêter. Vivre donnait trop de souffrances, sans avoir pour autant la garantie qu’elles se payeraient un jour en récompenses acceptables. Vivre, ce n’était plus acceptable. Comme ces spectres enlaçant sa carcasse frémissante d’un reste de vie, elle avait tout perdu. Rien ne pourrait réparer le passé. Elle survivait, navigant sur des mers d’horreur et de désespoir, depuis trop longtemps. Elle avait l’impression d’étouffer. Tout ce temps perdu à s’accrocher à une existence qui n’avait pas de sens, à chercher des êtres aimés avec de vains espoirs jusqu’à succomber à la folie, à croire que quelqu’un viendrait la sauver de son errance… Sans résultats. La seule chose qui valait la peine de s’arrimer à cette vie ne pouvait plus l’entendre ni même la ressentir, piégée qu’elle était à la surface et elle-même ignorait son sort. Au moins, elle comptait pour la dragonne. Éprouverait-elle quelque douleur si elle la perdait, elle aussi ou le maléfice des ruines la priverait-elle aussi de ce réconfort ?  

Pardonne-moi, Vraël.

Elle ferma les yeux, serra résolument sa lézarde dans son giron, laissa son souffle filer. Elle intima le calme à Éos, laquelle réagit en la bombardant mentalement avec plus d’acharnement. Elle piaula, mi apeurée mi rageuse et déploya ses ailes jusqu’à griffer les bras de sa maîtresse avec ses minuscules couperets.

Un Garaldhorf n’abandonne jamais, clama sèchement, un rien dédaigneux, un elfe blanc à l’altier visage détesté et aux yeux inquisiteurs.
Il faut bien reprendre ce qui nous fut enlevé, arguait Vraël avec une fataliste détermination, en reprenant les mots de la Bleue Asra. Tu n’as pas le droit de m’abandonner ! Et dans ses opales ruisselaient des pluies de feu et de sang.

Éos lui échappa avec un hululement strident. Persée retint une grimace et rouvrit les yeux. La petite Incarnate se tenait à ses pieds, vrillant ses prunelles mi ocre mi grenat sur les émanations spectrales, la gueule fumante. Il fallut une éternité à la sang-mêlée pour déchirer un pan de sa tunique pour la présenter à la lézarde de feu, laquelle renifla le tissu avant d’y cracher quelques étincelles. La torche improvisée en main, elle tenta de se relever, Éos postée devant ses jambes et qui tentait d'atteindre l'esprit de Tristan.

- Tristan, réveille-toi ! gémit Persée en rampant vers l’Aspirant. On doit s’en aller d’ici... Les fantômes sont en train de nous tuer !

Elle parvint à attraper la cheville du neishaan. Sa peau lui parut glaciale sous sa paume.
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