-35%
Le deal à ne pas rater :
Pack LEGO Super Mario – La forteresse de la Plante Piranha
32.48 € 49.99 €
Voir le deal

Partagez
 

 [RP] Parmi les vestiges

Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2
AuteurMessage
Tristan Gwened
Candidat(e) à l'Empreinte
Candidat(e) à l'Empreinte
Tristan Gwened


Date d'inscription : 24/02/2019
Sexe : Masculin
Présentation : URL
Messages : 93
RPs : 47
Race : Neishaan
Maître : Sable Lewë (PNJ)
Affiliation : Maison Dalneÿs
Alignement : Chaotique Bon (Kaerl Céleste)
Ordre Draconique : Ordre Draconique de Lumière (Kaerl Céleste)

[RP] Parmi les vestiges - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: [RP] Parmi les vestiges   [RP] Parmi les vestiges - Page 2 Icon_minitimeJeu 9 Jan 2020 - 18:19

Inconscient du danger, Tristan restait aussi immobile que les statues de glace qu’il aimait créer de ses mains, et auxquelles il ressemblait de plus en plus à chaque effleurement fantomatique : comme si les spectres, eux aussi, avaient souhaité former une telle œuvre par la répétition de leurs touchers évanescents. Pourquoi se serait-il méfié de ces tristes créatures ? Elles ne cherchaient qu’un peu de chaleur, qu’un peu d’amour, comme tout être en ce monde… et il n’avait pas le cœur de refuser un tel don, face à la tragédie qu’exprimait chacun des visages éthérés. C'était si peu à leur offrir... Qu'ils soient légion et en demandent toujours davantage, cela, il était bien loin de le réaliser.

La présence de Persée avait été éliminée de son univers par la barrière des âmes en peine qui l’entouraient, et il ne perçut ses premières exhortations à la prudence que comme une composante du bruit de fond, à la manière des ruissellements d’eau et des échos profonds abrités par ce complexe souterrain dont ils étaient captifs. Curieusement, les stridulations de la petite incarnate perçaient davantage à travers le brouillard des damnés, et faisaient appel à une part de lui-même qui n’avait pas encore cédé : cette énergie rageuse qu’il n’appréciait pas beaucoup, et associait instinctivement au grand-père inconnu, responsable de l’introduction, parmi le paisible sang neishaan, de ses caractéristiques fëalocë.

Pourtant, cette puissante volonté de résister était la seule qui maintenait encore le blocus face aux esprits, et ce fut elle que termina de réveiller l’action conjointe de Persée et Eos : la lézarde rouge possédait cette même fureur de vivre, incontrôlable et incandescente comme le feu qu’elle venait d’allumer, comme les pensées qu’elle projetait vers lui. Quant à sa maîtresse, par son bref contact, elle venait de mettre en évidence le gouffre qui existait entre eux, les vivants, et ces spectres éthérés. Ils n’étaient pas du même monde, ils n’auraient pas même dû se croiser…


« Non ! »
Le hurlement de protestation du jeune sang-mêlé se répercuta en réponses infinies parmi les couloirs de pierre indifférents. Non, il ne voulait pas rejoindre ces êtres passés de l’autre côté depuis une éternité déjà, ceux-là qui avaient connu le couperet définitif de la mort. Il ne les laisserait pas prendre ce qu’ils ne pouvaient trouver dans leur morne non-existence, et qui les attirait comme la lumière captive le papillon nocturne : sa vie, cette petite étincelle trop neuve pour s'éteindre, qui avait encore tant de promesses à tenir.

« Non, »
répéta-t-il avec une conviction moins sonore, mais non moins solide, tout en se dégageant à la fois de la horde de fantômes, et de la prise de l’autre vivante. Il en fallait cependant plus pour décourager ces spectres disposant de l’éternité pour parvenir à leurs fins : après une fixité qui pouvait passer pour de l’incertitude, face à la résistance inattendue de leur première proie, ils reprirent leur approche lente, mais inexorable.

Colère et panique se mêlaient désormais dans l’esprit de Tristan, attisés par la situation inextricable et les pensées semblables de la reine miniature. Vacillant et tremblant, sans trop savoir si c’était de terreur, de froid ou de rage, il s’adossa au mur auprès de l’elfe, lui offrant un soutien chancelant autant qu’il cherchait le sien.
« Qu’allons nous faire ? Ils sont si nombreux... »
osa-t-il murmurer, les yeux agrandis d’horreur devant le cercle qui se refermait sur eux, et qu’il voyait maintenant pour ce qu’il était vraiment : un groupe de prédateurs, comme la bête qui les avait pourchassés dans les niveaux inférieurs, et dont les membres ne renonceraient pas à leur festin, que celui-ci soit de chair tangible ou d’impalpable énergie vitale.

Dans le silence des souterrains seulement troublé par trois respirations haletantes escortées d'un crépitement ténu de torche enflammée, les formes évanescentes venaient pourtant de s’arrêter. Parfois, l’une, plus téméraire, rompait leur formation en collet pour s’approcher davantage, mais quelque chose semblait la retenir à un bras de distance, et elle retournait bien vite parmi les siens. Le brandon de fortune de Persée se consumait peu à peu. Ils sauraient patienter jusqu’à son extinction totale : ils avaient le temps, et l'énergie fraîche de vivants aussi semblables à ce qu'ils avaient été, se faisait trop rare pour qu’ils laissent une seule miette de celle-ci s’échapper.


[RP] Parmi les vestiges - Page 2 Logo_a10
Revenir en haut Aller en bas
Persée Garaldhorf
Chevalier Errant
Chevalier Errant
Persée Garaldhorf


Date d'inscription : 31/08/2013
Sexe : Féminin
Présentation : URL
Messages : 136
RPs : 36
Race : Elfe-Fëalocë
Âme-Soeur : La Bleue Vraël
Fonction : Ex-Ancalikon
Affiliation : (Maison Amberle)
Alignement : Chaotique Bon (Kaerl Céleste)
Ordre Draconique : Ordre Draconique de Lumière (Kaerl Céleste)

[RP] Parmi les vestiges - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: [RP] Parmi les vestiges   [RP] Parmi les vestiges - Page 2 Icon_minitimeVen 21 Fév 2020 - 16:17



Personne ne viendra nous sauver.

De sa posture à genoux dans la poussière, le brandon enflammé à la main, Persée esquissa assez de mouvements pour paraître revenir à la vie. A présent debout près de Tristan, la lueur du flambeau de fortune éclairant les miasmes du désespoir nappant le souterrain autant que les paisibles reflets des spectres, elle faisait face. Ses sens émoussés lui évoquaient des épines plongées dans une glue épaisse, glacée et poisseuse, celle des non-morts. A travers un brouillard tenace qui calfeutrait sa perception autant que sa maigre espérance – celle de rendre sa liberté à un Aspirant vivant -, elle osa un pas en arrière. La fuite ne servirait à rien, sa raison le lui répétait inlassablement mais son instinct de survie, lui, hurlait depuis les tréfonds de ce qui restait de son âme.

Le ballet des fantômes suivait une mélopée enivrante, celle de la faim, de la dévoration, d’un mince répit appelé l’oubli. Quand une âme en peine s’approchait de trop près, la torche cinglait l’air et déchirait le vide sur un cri muet. Bien qu’elle sache que ces souffles éthérés ne viennent pas de son monde, les yeux hantés de Persée ne cessaient d’y chercher, de redouter et d’espérer à la fois, des visages connus parmi eux. C’était un souhait absurde. Elle s’était promis de ne plus espérer en quoique ce soit. L’espoir ouvrait la porte à des légions de souffrances. La douleur, elle pouvait apprendre à vivre avec. Ne l’avait-elle pas déjà fait ? Mais l’espoir, la compassion, l’amour : ils avaient un goût de cendres et leur souvenir se ternissait déjà. Peut-être… Si le doux visage idéalisé de sa mère, ou le regard scrutateur, accusateur, d’un antique ancêtre mécontent, était apparu, peut-être… Peut-être aurait-elle pu lâcher prise sans trop de remords. Elle serait partie comme elle était venue : sur une erreur, un caprice, sans une vague, sans un bruit, telle un grain de sable s’égarant hors du désert et emporté par le vent.

La torche faiblissait. Éos, criaillant et fumant à ses pieds, s’épuisait. Ils ne tiendraient plus très longtemps. Il n’y avait aucune issue. Ils ne pouvaient que choisir la façon dont ils allaient mourir. Tôt ou tard, des bêtes les retrouveraient. Tôt ou tard, ils s’endormiraient entre les bras des non-morts. Ce n’était qu’une question de temps. Persée coula un regard coupable vers Tristan. Un tel potentiel gâché… Elle se ressaisit bien vite et serra les dents jusqu’à faire crisser sa mâchoire. La douleur la maintenait éveillée. Elle était sa plus fidèle alliée.

Je pourrais le soulager. Poser ma main sur son épaule, lui faire ressentir de douces émotions avant la fin. Ce serait plus clément.

La crispation des mâchoires s’accentua. Un lancinant aiguillon lui tailladait les nerfs tel un tisonnier chauffé à blanc remuant dans ses chairs.

Non ! Beaucoup trop dangereux. Mes pouvoirs m’échappent… Si je le touche, il risque de devenir fou. Cela fait trop longtemps que mes propres émotions sont devenues folles, je ne veux pas lui infliger mes tourments. Il a déjà assez à faire avec les siens.

Persée recula d’un nouveau pas avec un sursaut. Un spectre plus brave que les autres avait manqué se jeter à son visage. Elle le chassa d’un moulinet rageur de la torche. Toujours à se battre contre l’inéluctable, contre le destin, contre les méchants… Son existence n’avait été qu’un long combat sans répit. N’était-elle pas devenue ce qu’elle avait toujours souhaité ? Une défenseuse de la justice, une noble guerrière ? Une tueuse. Il s’agissait peut-être de sa punition. Elle ne pouvait pas être sauvée… Car elle ne le désirait pas. Ce n’était pas son rôle. Elle aurait dû être la sauveuse, la protectrice des faibles et des opprimés, comme dans les contes, chevauchant les vents en devenant une légende vivante. Elle avait échoué, elle ne méritait donc pas d’être sauvée.

Ses pensées s’emmêlaient. L’épuisement, les assauts répétés des fantômes, la résurgence de ses anciennes angoisses : elle menaçait de céder à la torpeur précédant la folie. Là où l’esprit bascule vers l’abîme. Elle se remémora sa mission. Elle devait sauver Tristan. Lui seul importait. Elle n’avait pas le droit de le condamner alors qu’il débutait tout juste sa vie dans un monde fabuleux. Elle ne lui faillirait pas. Elle n’avait pas non plus le droit de condamner Vraël sans lui avoir dit adieu de vive voix. Elle ne se le pardonnerait jamais si la plus belle âme de cette terre disparaissait stupidement à cause d’elle.

- Cela suffit…

Son murmure rauque émergeait d’une gorge sèche, serrée jusqu’à étouffer. Il s’agissait plus d’un grognement bestial que d’une parole sensée. L’ex-Maîtresse Bleue fit un pas en avant. Puis un autre. Encore un autre. Sa lézarde vint se cramponner à sa cheville et escalada sa jambe jusqu’à parvenir à sa hanche et s’y posta en gardienne.

- Cela suffit.

Quelque chose d’obscur enflait en elle. Sa voix devint plus claire. Sous les cendres s’animaient les réminiscences d’un ancien serment. Une promesse de vengeance. Les Garaldhorf n’abandonnaient jamais, même par-delà la mort. S’il y avait bien une chose qui put la distinguer aux yeux du destin et des dieux, c’était cela : elle avait la détermination inscrite dans le sang, en bien ou en mal.

Personne ne viendra nous sauver.
C’est à moi de le faire.
Il faut bien reprendre ce qui nous fut enlevé.


Sa main libre empoigna l’épaule du neishaan. Un afflux de sensations étrangères déferla en elle. Persée manqua tituber sous l’impact. Elle n’avait pas ressenti les émotions d’autrui avec elle une telle intensité, une telle sincérité, depuis des éternités. Elle aspira la peur, la colère, le dégoût et s’en gorgea jusqu’à la lie. Là, elle les sentait, les échos de ses propres émotions, en mille fois plus purs. Elle pouvait s’y abreuver à loisir, jusqu’à trier le bon grain de l’ivraie et, enfin, trouver ce qu’il leur manquait à tous deux. Rejetant ce qu’il restait de son armure psychique, si chère à sa survie, elle s’immergea dans les émotions de Tristan, y puisa la force qui lui manquait, quitte à se laisser submerger par son identité. La sienne menaçait de voler en éclats. Quelque part pourtant, pulsait un point d’ancrage lumineux comme une aube de printemps. Vraël lui prêtait sa force. La dragonne avait toujours été là, pour elle et en elle. Elle n’était jamais seule.

- CELA SUFFIT !

Éos cria de concert, cracha une ultime flamme. La vague qui engloutit Tristan, qui émanait de Persée et de sa main posée sur l’épaule de l’Aspirant, ressemblait à un dragon de feu et de glace, hurlant son envie de vivre avec la fureur des tempêtes. Invisible et dévastateur. La sang-mêlée avait temporairement repoussé ses démons pour ne livrer que l’expression la plus pure de sa force. Cette témérité insolente à vouloir survivre envers et contre tout, cette détermination sans failles qui ne souffrait aucun refus. Là résidait le véritable héritage des Garaldhorf.

Nous ne mourrons pas. Pas comme des vaincus.

Elle transmit à Tristan tout ce qu’elle put. Pour résister, pour tenir un peu plus longtemps. Elle faisait confiance à son ingéniosité d’apprenti érudit pour trouver une solution. C’était tout ce qu’elle pouvait lui léguer pour l’heure. Elle espérait que sa magie lui suffirait.

Persée sentit ses jambes se dérober sous elle. Comme dans un rêve, à peine consciente de sa chute, elle ferma les yeux au moment de toucher terre. Elle se surprit à sourire avant que l’inconscience ne l’emporte. Pour la première fois depuis des éternités, elle avait réussi à chasser les démons.
Revenir en haut Aller en bas
Tristan Gwened
Candidat(e) à l'Empreinte
Candidat(e) à l'Empreinte
Tristan Gwened


Date d'inscription : 24/02/2019
Sexe : Masculin
Présentation : URL
Messages : 93
RPs : 47
Race : Neishaan
Maître : Sable Lewë (PNJ)
Affiliation : Maison Dalneÿs
Alignement : Chaotique Bon (Kaerl Céleste)
Ordre Draconique : Ordre Draconique de Lumière (Kaerl Céleste)

[RP] Parmi les vestiges - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: [RP] Parmi les vestiges   [RP] Parmi les vestiges - Page 2 Icon_minitimeLun 23 Mar 2020 - 23:00

La divinité qui les avait fait choir tous deux dans ces souterrains leur avait ainsi accordé une faveur immense en termes de chances de survies : l'un ou l'autre eut-il été seul, qu'il aurait cédé depuis longtemps. En duo, cependant, leurs humeurs allaient et venaient de manière complémentaire, si bien que lorsque l'un se trouvait prêt à se laisser aller, l'autre restait présent avec suffisamment d'énergie pour les soutenir tous les deux. Eos, si petite soit-elle, s'avérait également une alliée de poids, dont les flammèches de plus en plus ténues maintenaient les spectres à distance. Mais pour combien de temps encore ? Les deux bipèdes se tenaient là, de nouveau vaillamment debout devant la horde éthérée, que seule la torche de Persée semblait effrayer un instant. Pourtant, elle non plus ne tiendrait pas éternellement, et chaque instant qui passait consumait davantage de branchages, tel un sablier du destin dont l'écoulement aurait réduit, grain après grain, la durée d'existence restante pour les trois créatures de surface perdues dans ces tunnels.

Plein d'une volonté farouche de survivre, d'un instinct animal qui le poussait à se battre malgré le caractère désespéré de leur situation, le neishaan resta côte à côte avec l'elfe, reculant quand elle reculait, en s'efforçant de ne pas songer au futur. Ils avaient déjà eu droit à un miracle, quand étaient apparus les échelons salvateurs au fond du tunnel en cul-de-sac qui retentissait déjà des cris de la bête : selon toute probabilité, aucune autre intervention de la sorte ne viendrait les sortir de l'impasse actuelle. Et qu'auraient-ils pu faire face à la marée fantomatique, qui progressait lentement, mais sûrement, reculant parfois, mais seulement pour revenir à l'assaut l'instant suivant, telle l'onde elle-même, dont l'éternelle patience la faisait se retirer régulièrement, avant de se relancer plus haut encore ?

Lorsque l'exilée volontaire reprit sa marche vers l'avant, tel un défi au nuage éthéré qui les entourait avec un bourdonnement de voix ténues et indistinctes, il resta également à ses côtés, raide face à l'inéluctable, mais déterminé. Sans doute que personne ne saurait jamais ce qui leur était arrivé... Sa récente Maîtresse dragon prendrait-elle rapidement un nouvel aspirant ? Il avait déjà disparu pour ceux d'Ablah, et pas encore eu le temps de nouer beaucoup de contacts au Màr Menel : son effacement définitif ne causerait guère de bouleversement en Rhaëg. Et pourtant, il voulait tenir jusqu'au bout, au coude à coude avec Persée, autre ombre déjà presque oubliée, dont toute l'attitude hurlait également, avec une force minérale, la négation de leur fin programmée.



La main attrapant son épaule ne lui inspira d'abord pas grand chose. Bien sûr, le geste était un peu étonnant après la froideur affichée par sa camarade d'infortune, mais au point où ils en étaient, l'aspirant n'allait certainement pas s'en formaliser. Rien de tel que des épreuves communes pour rapprocher deux êtres solitaires... D'autant que dans le cas présent, et selon toute probabilité, ils les achèveraient en même temps et également côte à côte, ces épreuves. Pourtant, dans la poigne de l'elfe, il sentit que, pas davantage que lui, elle n'était résignée. Que sa silhouette émaciée cachait elle aussi une puissance volcanique, laquelle n'attendait qu'une occasion de se libérer. Et quoi de mieux qu'une situation inextricable pour donner la pleine mesure de soi-même ?

Tristan ne comprit pas ce qui suivit, ni la soudaine éruption d'une nécessité vitale, celle de poursuivre une existence emplie de promesses, qui était trop forte pour ne venir que de lui, ni l'éveil conséquent d'un don dont il ignorait être à l'origine. Submergé par cette puissance sauvage, incapable de résister au raz-de-marée brûlant et glacé, il le lança instinctivement vers l'évanescence de leurs ennemis, le laissant poursuivre seul son œuvre destructrice. Dans le boyau de pierre, ce fut d'abord la torche qui, dans un feulement furieux, cracha une langue de flammes puissante comme celle d'un feu de joie, avec un crépitement irrité lorsqu'elle rencontra la roche humide du plafond. Les deux formes qui s'étaient trouvées sur son passage, et n'avaient pu s'écarter à temps devant la brutale explosion de puissance, furent un instant illuminées par son rougeoiement. Puis leurs traits doux et tristes furent gagnés par l'ignition purificatrice, leur tirant un cri à vriller les tympans de tout être de chair - et, plus encore, ceux du neishaan dont l'ouïe appréciait tant les délicats accents musicaux de son peuple.

Le feu... le feu détruisait donc ces âmes en peine, les mettait hors d'état de nuire à l'étincelle de leur vie persistante. Ainsi s'expliquait leur recul devant le brandon de Persée ou les lances incandescentes d'Eos. Au cœur de Tristan, naquit la volonté de voir la flamme grandir encore, emplir la cavité toute entière pour en déloger les spectres. Non qu'il leur ait réellement souhaité du mal, mais leur survie, à eux qui n'avaient pas encore passé la barrière de l'au-delà, était à ce prix. Et puis, alors que les deux premiers disparaissaient sous la flambée, il lui avait semblé, au dernier instant, percevoir un changement sur leurs masques tragiques : comme un soulagement, un apaisement ultime. Peut-être n'attendaient-ils que d'être ainsi délivrés de leur non-existence dans un monde auquel ils n'appartenaient plus, pour pouvoir enfin goûter au repos des trépassés ?

Le rouquin n'imaginait pas non plus un instant que sa volonté puisse influencer l'ange exterminateur aux brûlants reflets, et pourtant, l'impalpable brasier gagna davantage de terrain, produisant un chœur de brefs cris de banshees alors que les ectoplasmes disparaissaient les uns après les autres. Spectateur impuissant mais émerveillé par ce second miracle, Tristan fut ramené à ses abords immédiats par un mouvement du côté de l'elfe, qui retombait au sol. Il eut juste de temps de la rattraper à demi pour qu'elle ne se cogne pas, mais le loisir de s'interroger sur l'étrange satisfaction qu'elle affichait, comme en écho à la sérénité terminale des fantômes, lui fut dénié : l'animal fou qui les avait sauvés menaçait de se retourner conte eux.



Ne reconnaissant ni allié, ni ennemi, le feu avait en effet pris dans le bout de cape qui traînait à terre, et progressait en direction de la forme inconsciente qui s'en drapait. Délaissant son fardeau sans hésiter, le fils d'Ablah utilisa son propre vêtement pour tenter d'étouffer les flammes, mais elles se montraient d'une vigueur surnaturelle, et leur rugissement continuant de libérer les âmes enchaînées au monde des vivants indiquait une faim encore immense, une proximité qui faisait peser sa menace sur eux aussi. Ils n'avaient échappé au monstre des profondeurs que pour tomber dans les impalpables griffes des spectres : n'allaient-ils être débarrassés de ces derniers qu'en terminant rôtis tous vifs ?

Le manteau du neishaan se trouva à son tour gagné par quelques fleurs orangées qui le grignotaient à toute allure. Cette fois encore, il n'eut pas le temps de réfléchir et, réagissant dans l'instant, il mobilisa ses forces pour saisir l'elfe sous les aisselles. Ainsi chargé, il se projeta en arrière, plus loin dans le tunnel, lâchant l'autre sous l'impact de la pierre inébranlable contre sa fragile chair. Ignorant les bleus qui ne tarderaient pas à marbrer sa peau pâle, il se roula et se tortilla comme un vermisseau terrorisé, dans l'espoir d'étouffer les braises restantes.

Parmi l'odeur de laine et de cheveux brûlés qui flottait autour d'eux, l'obscurité revint brusquement, et avec elle, se réinstalla le silence ponctué d'échos lointains et de ruissellements vagues propre aux souterrains. Le brasier s'était éteint, et semblait avoir emporté avec lui les esprits damnés, dont plus rien ne signalait la présence. En même temps qu'un improbable souffle d'air, passa une bouffée de fumée, qui obligea Tristan à se plier en deux, recroquevillé qu'il était déjà sur le sol de pierre, pour tousser de tous ses faibles poumons. Était-ce à cause du retour de l'humidité ? Le froid s'insinua en lui, comme pénétrant par tous ses pores, et il se mit à frissonner tandis que sa main tâtonnait à la recherche de l'autre bipède.

« Il faut... bouger d'ici... partir... vite. »
Un soupçon de panique teintait sa voix étouffée. Qui savait ce qui se terrait encore dans l'ombre des boyaux de pierre ? Et l'aspirant pressentait qu'il ne serait pas en mesure de triompher d'un danger supplémentaire. Le salut ne pourrait venir que d'une sortie prompte, s'ils avaient la chance d'emprunter un chemin plus sûr que celui précédemment parcouru. En silence, le neishaan pria la douce Kishi de veiller sur eux, de les dissimuler derrière le voile sombre de ses cheveux, le temps qu'ils s'évadent de ce piège mortel qui n'attendait que de se refermer définitivement sur eux.


[RP] Parmi les vestiges - Page 2 Logo_a10
Revenir en haut Aller en bas
Persée Garaldhorf
Chevalier Errant
Chevalier Errant
Persée Garaldhorf


Date d'inscription : 31/08/2013
Sexe : Féminin
Présentation : URL
Messages : 136
RPs : 36
Race : Elfe-Fëalocë
Âme-Soeur : La Bleue Vraël
Fonction : Ex-Ancalikon
Affiliation : (Maison Amberle)
Alignement : Chaotique Bon (Kaerl Céleste)
Ordre Draconique : Ordre Draconique de Lumière (Kaerl Céleste)

[RP] Parmi les vestiges - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: [RP] Parmi les vestiges   [RP] Parmi les vestiges - Page 2 Icon_minitimeLun 11 Mai 2020 - 16:57

[RP] Parmi les vestiges - Page 2 Rny0
Éos, lézarde Incarnate


Le vide n’avait rien de rassurant. Il n’était pas modelé à partir des ténèbres, pas davantage qu’il vous enveloppait dans une douce léthargie, fatale jusqu’au dernier souffle. Il n’y avait pas d’oubli, pas de silence et encore moins d’absence de sensations.

Il y eut d’abord la chaleur. Une vague d’incendie déferla sur sa peau – sur ses écailles, avec la force d’un torrent. Le souffle d’un dragon adulte aurait eu le même effet. Elle ne put s’empêcher de piailler de peur. Le monde devint rouge. Des flammes dévoraient les spectres et les murs, venaient lécher les vêtements des bipèdes, y compris leurs cheveux. Le brasier évoquait un monstre vorace, jamais rassasié, surgi de nulle part et incapable de se contrôler. Le feu échappait à ses maîtres.

Jamais elle n’avait vu pareilles flammes. Ce n’était pas les siennes. Ni celles de la torche. Parfois, certains sans-écailles se prenaient pour des dragons et crachaient du feu par leurs pattes. Elle savait que sa Liée ne possédait pas un tel talent. Ce pouvoir venait d’ailleurs…

Après le feu vint la glace. Un vent glacé, si mordant après la fournaise précédente, la gela jusqu’aux os. Ses épines frémirent et elle se drapa dans ses ailes, en tremblant sans discontinuer. Lorsqu’elle rouvrit les yeux, le monde était de nouveau plongé dans un ballet mouvant d’ombres. Elle redoutait ce spectacle. Elle était faite pour voler sous la lumière des astres, pas dans des souterrains où seule la mort ne craignait pas le noir. Elle poussa un couinement plaintif avant de se musser plus étroitement contre sa Liée. Cette dernière ne réagissait pas. Les yeux clos dans son visage émacié lui donnaient l’air d’une morte. Un frisson d’horreur parcourut son échine. Sa maîtresse ne pouvait pas avoir trouvé le trépas !

Elle lui mordit la main, la gifla de ses ailes mais rien n’y fit. Refusant d’abandonner tout espoir, elle reporta sa frustration et sa peur sur l’autre bipède. Elle lui rugit dessus, les pupilles dilatées, les yeux plus rouges encore que ses écailles. Tout était de sa faute ! Et de la faute du dragon étranger qui avait capturé la bipède qui ressemblait à sa Liée ! Où était Grande-Sœur quand on avait besoin d’elle ?

Le souffle d’air qui traversait le couloir ressemblait à la respiration laborieuse d’un monstre issu de profondeurs chtoniennes. Elle frissonna, autant de peur que de froid. Le vent forcit de manière surprenante. Des bourrasques s’engouffrèrent dans le boyau de roche avec la violence stridente d’un blizzard. Le museau au vent, elle se dressa sur ses ergots. Une très faible luminosité provenait du couloir qui s’étendait droit devant. Un cri jaillit de sa gorge. Elle prit son envol en laissant les bipèdes derrière. A demi dissimulé dans une végétation rampante et poisseuse, un trou s’ouvrait dans le plafond du souterrain. Assez large pour permettre le passage d’un dragon adulte de taille moyenne, le puits présentait un escalier de marches étroites serpentant tout le long de ses parois. Une clarté verdâtre plongeait vers les profondeurs des ruines.

Elle piailla avec davantage de force, revint sur ses pas et fouetta l’air devant le visage du bipède encore éveillé. Elle fondit ensuite sur sa Liée et l’assaillit d’images mentales lui montrant la sortie. Il ne fallait plus tarder…

~¤~

… Une brusque inspiration galvanisa son corps fourbu. Elle eut l’impression que ses côtes cédaient sous le violent afflux dans ses poumons. Une forte odeur de cendres emplit ses narines. Elle fut secouée d’une quinte de toux qui la plia en deux. Ses ongles – ou ses griffes ? – raclèrent le sol alors qu’elle tentait de se relever. Ses yeux s’ouvrirent sur un monde poussiéreux, sombre, où elle peina à se remémorer pourquoi ses ailes l’avaient quitté. Pourquoi elle était obligée de ramper sur le sol comme un ver de terre.

Une lézarde de feu – la sienne – lui criait de se dépêcher, l’avertissait du danger qui menaçait de les engloutir. Elle chercha le regard de la silhouette couverte de cendres, couronnée de cheveux roux, qui l’accompagnait. Elle y sema ses interrogations, sa confusion, son impression de ne plus être tout-à-fait elle-même.

A tâtons, les jambes flageolantes, elle emboîta le pas à la lézarde incarnate. A peine deux pas peu assurés plus tard, elle s’effondra. Elle s’approcha du puits, leva les yeux vers un ciel indistinct. Un air frais lui caressa le visage. Son cœur se serra d’une pression familière. Dans son esprit fragmenté venait de se réveiller l’âme de Vraël. Elle sourit.
Revenir en haut Aller en bas
Tristan Gwened
Candidat(e) à l'Empreinte
Candidat(e) à l'Empreinte
Tristan Gwened


Date d'inscription : 24/02/2019
Sexe : Masculin
Présentation : URL
Messages : 93
RPs : 47
Race : Neishaan
Maître : Sable Lewë (PNJ)
Affiliation : Maison Dalneÿs
Alignement : Chaotique Bon (Kaerl Céleste)
Ordre Draconique : Ordre Draconique de Lumière (Kaerl Céleste)

[RP] Parmi les vestiges - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: [RP] Parmi les vestiges   [RP] Parmi les vestiges - Page 2 Icon_minitimeVen 5 Juin 2020 - 7:44

Malheureusement pour Tristan, sa camarade d'infortune était dans l'impossibilité totale de lui répondre, ou de réagir à ses paroles. Saisi par un sentiment d'abandon, encore renforcé par la froidure  que chaque instant rendait plus présente en lui, le neishaan jeta un regard presque aveugle aux ombres qui les entouraient de nouveau, maintenant que toute flamme avait disparu. Dans le silence sépulcral, il frissonna en considérant les -maigres- options qui s'offraient à lui : il était incapable de transporter le corps inconscient de Persée, ce qui lui laissait donc deux choix. Soit il patientait là jusqu'à ce que quelque chose, fut-ce la fin qui risquait de faire de lui une âme errante telle celles auxquelles ils venaient d'échapper, mais qu'y avait-il d'autre à espérer ? Que la semi-elfe s'éveille ? Mais dans quel état se trouverait-elle ? Un nouveau miracle ? Ils en avaient déjà eu davantage que leur dû. Une nouvelle horreur ? Celle-là aurait sans doute raison de lui. Non, rester à attendre risquait fort de ne rien lui apporter de bon. Alors, partir... mais en abandonnant sa compagne de malheurs à la merci de tous les dangers qui rôdaient dans ces souterrains ? Inconcevable, surtout après tout ce qu'ils avaient déjà traversé, et dont ils étaient sortis suffisamment indemnes grâce à leur soutien mutuel. Et puis, s'il se décidait tout de même à s'aventurer dans le reste du dédale, qu'y trouverait-il, et comment s'en sortirait-il, seul ? Il risquait plutôt de finir, comme dans le premier cas, en spectre errant pour l'éternité - ou presque - dans ces couloirs antiques oubliés du reste du monde.

Alors que le contrecoup de la magie qu'il avait utilisée sans s'en rendre compte, gagnait peu à peu la totalité de son corps en l'engourdissant de froid, il fut abordé par la lézarde incarnate. Agressé serait presque plus exact, car c'était toute la violence du kaerl auquel il associait cette couleur qui s'exprimait dans le hurlement d'Eos, toute la panique liée à leur situation inextricable, aussi. Il reçut son accusation mentale sans plaisir, mais sans étonnement non plus. Après tout, il en était arrivé à la même conclusion, lors des rares moments où il avait pu penser tranquillement.
« Je sais. C'est toujours comme ça, »
souffla-t-il pour la dragonne miniature, avec une conviction tranquille. Tout ceci avait-il encore une quelconque importance ? Aussi soudainement qu'elle s'était dressée contre lui, la petite reine se tournait d'ailleurs vers autre chose, attirée par un détail que ses faibles perceptions de bipède ne pouvaient appréhender. Le vent était venu ajouter au froid, mais Tristan considérait tout cela avec une certaine indifférence, désormais. Il était trop glacé, trop impuissant. C'était terminé, ou sur le point de l'être. Le départ final de l'Incarnate ne faisait que le confirmer. Il n'y avait donc plus qu'à laisser faire le temps...

Mais pourquoi revenait-elle tout soudain, l'air surexcitée ? Ces lézards de feu... D'ailleurs, celle-ci se retournait déjà vers sa maîtresse, qui reprit finalement connaissance, péniblement. Debout tel un somnambule, le rouquin croisa ses yeux reflétant les infinis doutes qui le hantaient lui-même. Quand elle se releva, il fit un pas avec elle, tout frissonnant, davantage pour ne pas rester seul dans l'obscurité, que par réelle conviction. Quand elle s'effondra de nouveau, il en fit un second, tandis qu'il réalisait brusquement l'anormalité de la luminosité pour ce monde souterrain tout en teintes de ténèbres. Il n'osait croire qu'il s'agisse là de la voie du salut.

Le froid qui maintenait son emprise sur lui vint d'ailleurs lui rappeler qu'il n'allait pas abandonner la partie pour si peu. Incapable de contrôler ses tremblements, le rouquin retomba à genoux, et ses bras se tendirent pour amortir le choc. L'une de ses paumes rencontra un objet dur, ses doigts se refermèrent instinctivement, enserrant la solidité glaciale d'un morceau de minerais. Son regard, lui, dériva vers le haut. S'agissait-il de l'extérieur ? Ou d'une dangereuse illusion ? Mais comment le savoir sans s'y rendre ? Cependant, l'oculus s'ouvrait si loin, si haut, et il se sentait si las, si glacé... Sable. Asra. Son esprit ralenti avait formulé un faible appel, mais il n'obtint aucun écho, sa technique peu éprouvée alliée à l'amortisseur psychique auquel il s'agrippait lui coupant, avec une efficacité féroce, toute chance de parvenir à contacter sa tutrice à écailles. Même s'il ignorait ses propriétés, il empocha la pierre en la glissant dans une profonde poche, et l'action du minéral s'atténua suffisamment pour qu'il puisse, confusément, percevoir l'approche d'un dragon qu'il avait déjà rencontré. Il ne pouvait cependant en dire davantage, et songea que, peut-être, ses sens lui jouaient des tours. Ces tunnels glauques et maudits n'étaient pas des lieux pour les glorieux maîtres des cieux...


[RP] Parmi les vestiges - Page 2 Logo_a10
Revenir en haut Aller en bas
Persée Garaldhorf
Chevalier Errant
Chevalier Errant
Persée Garaldhorf


Date d'inscription : 31/08/2013
Sexe : Féminin
Présentation : URL
Messages : 136
RPs : 36
Race : Elfe-Fëalocë
Âme-Soeur : La Bleue Vraël
Fonction : Ex-Ancalikon
Affiliation : (Maison Amberle)
Alignement : Chaotique Bon (Kaerl Céleste)
Ordre Draconique : Ordre Draconique de Lumière (Kaerl Céleste)

[RP] Parmi les vestiges - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: [RP] Parmi les vestiges   [RP] Parmi les vestiges - Page 2 Icon_minitimeJeu 6 Aoû 2020 - 18:23

[RP] Parmi les vestiges - Page 2 Biew [RP] Parmi les vestiges - Page 2 9na7
Vraël la Bleue

Le puis s’enfonçait dans le sol jusqu’à absorber la lumière. Il exhalait un souffle putride, aux relents de moisissure et de poussière rance. Vraël avait beau se pencher au bord de l’ouverture, ses yeux à l’acuité extraordinaire ne discernaient rien. Pas le moindre indice de la présence de deux bipèdes piégés au fond du gouffre. Pourtant, elle en était certaine. Elle sentait son cœur battre avec plus de vigueur et le sang circuler avec plus d’ardeur dans ses veines. Elle ressentait la proximité de sa Liée avec d’autant plus de force, presque jusqu’à la douleur, qu’elle en avait été brutalement séparée, comme lors de l’événement avec les pirates et Alauwyr Iskuvar. Ses sens exacerbés vibraient en chœur avec ceux de sa Liée. Elle la sentait si fragile, en cet instant, telle une chandelle face au vent, qu’elle en avait envie de hurler.

L’ouverture béante avait été creusée par des bipèdes, aucun doute là-dessus. Ancienne et pourrissante, elle était peu à peu érodée par les ans, les intempéries et une végétation bien décidée à reprendre ses droits sur ces lieux. Le trou était profond. Elle aurait pu descendre en s’agrippant le long des parois ou en se laissant tomber avec les ailes le long du corps. Malheureusement, le diamètre du puits ne le permettait pas. Il y avait à peine la place pour une Verte les ailes repliées. Vraël renâcla et hérissa sa collerette d’épines d’un air revêche. Elle scruta avec davantage d’intensité les ténèbres verdâtres devant elle et finit enfin par apercevoir ce qu’elle cherchait. Des marches irrégulières, transformées en barreaux d’échelle, s’alignaient sur un côté. Vraël contraignit sa forme originelle pour ressembler bientôt à une jeune femme au teint de lait, aux longs cheveux noirs moirés de reflets bleutés, de silhouette svelte et racée qui, en simple tenue de voyage, plongea sans hésiter dans l’obscurité.

La descente aux enfers ne dura guère. La Bleue suivait le tracé lumineux qui partait de son cœur et allait rejoindre celui de Persée, au plus profond des souterrains. Parvenue aux dernières marches, elle sauta lestement à terre et laissa passer une fraction de secondes pour laisser ses yeux draconiques s’habituer à la faible clarté des lieux. Ce fut pour y trouver Éos, voletant avec euphorie devant son visage, l’Aspirant d’Asra et sa chère moitié à genoux, recroquevillée dans la poussière.

Vraël se jeta aussitôt sur elle. Après l’avoir examinée sous toutes les coutures, elle fut bien obligée d’admettre que Persée était mal en point. Sa forteresse mentale avait cédé sous les assauts répétés des terreurs dans les souterrains. Elle la soupçonnait d’autant plus d’avoir usé de manière trop poussée de ses pouvoirs d’empathie. Le cœur battant plus vide, elle espéra que le point de non-retour n’avait pas été franchi. Lorsque la dragonne croisa le regard vide et hanté de sa Liée, elle n’y vit que le reflet de ses propres démons, de ses peurs et de ses angoisses, sans parvenir à y reconnaître l’étincelle qui caractérisait la personnalité de Persée-Morian Garaldhorf. Elle était partie trop loin… Extrêmement fragilisée, rendue perméable à toutes les émotions environnantes, elle était plus proche de la coquille vide, prête à tout recevoir, qu’à la sang-mêlée fougueuse qui refusait qu’on lui dicte sa conduite. En ce instant, elle était à peine consciente d’être une créature pensante et entière.

° Persée. Tu es Persée, ma Liée. Je t’ai trouvé sur les sables et tu m’as accepté. Nous sommes liées pour la vie, par-delà la mort et les limbes. Ne m’oublie pas ! N’oublie pas qui tu es. Reviens-moi. °


Les yeux dans les yeux, Vraël enserrait le visage de Persée entre ses mains, sans faire cas de Tristan ou de l’agitation d’Éos.

° Reviens-moi ! °

Amorphe et silencieuse, la métisse ne réagit que par un long tremblement. Elle cligna des yeux, inspira plus fort et vacilla. Vraël passa un bras autour de sa taille et la remit sur ses pieds.

- Tu n’as rien ? Tu n’es pas blessé ? s’enquit-elle auprès de Tristan tout en le détaillant des pieds à la tête.

Elle brûlait d’envie de lui demander ce qu’il s’était passé mais quelque chose, rôdant autour de l’esprit du jeune homme, la retint. Les lèvres blanches et serrées, elle tenta une approche en douceur, presque indiscernable, de l’esprit de Tristan. Un mur de froideur et de silence, voilà tout ce qu’elle trouva. Elle eut beau faire le tour de son esprit, il n’y avait aucune brèche. Ce n’était pas normal. Elle avait pu parler avec lui plus tôt, pourquoi ne le pouvait-elle plus ? Son regard erra dans le couloir à la recherche d’un objet lui rappelant leur mésaventure avec les trafiquants d’armes et de reliques mais rien ne put la mettre sur la piste. Finalement, avec un soupir, elle indiqua l’échelle.

- Il faut grimper sans tarder. Ça va aller ? Je vais avoir besoin de ton aide pour porter ma Liée.
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé



[RP] Parmi les vestiges - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: [RP] Parmi les vestiges   [RP] Parmi les vestiges - Page 2 Icon_minitime

Revenir en haut Aller en bas
 
[RP] Parmi les vestiges
Revenir en haut 
Page 2 sur 2Aller à la page : Précédent  1, 2

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Tol Orëa, la Terre de l'Aube :: [RPG] Rhaëg - Ensemble du Monde :: Les Continents Extérieurs :: Qahra-
Sauter vers: