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 [RP] Un Chemin de Cendres

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Amaélis Eleicúran
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Amaélis Eleicúran


Date d'inscription : 01/09/2013
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MessageSujet: [RP] Un Chemin de Cendres   [RP] Un Chemin de Cendres Icon_minitimeMar 30 Avr 2019 - 23:56

Un Chemin de Cendres.

Isashaniku 919, Sjaldgaef (Vinddalen, Vaendark).

[RP] Un Chemin de Cendres Sjaldg10

« All that you touch, you change. »
Wardruna - MannaR Liv

Le silence qui s’était instauré entre elles à lui seul était devenu un nouveau langage. Sous les ailes d’Ithildin, les interminable et sombres forêts silencieuses avaient laissé place aux plaines infinies et gelées du grand Nord, puis enfin aux chaînes enneigées qui gardaient depuis des millénaires la Vinddalen dans leur étreinte rocheuse. Là, des vents cruels charriaient des relents de neige et d’iode, hurlant entre les cimes décharnées. Les cascades estivales avaient creusé de profonds sillons dans les parois grises des montagnes – mais, en cette période de l’année, le froid retenait l’eau prisonnière. Dans le creux de la vallée, les formes sinueuses de rivières immobiles scintillaient sous les rayons timides de Solyae, étouffés par des brumes ternes, et se rejoignaient dans la courbe d’un bras de mer venu se planter dans les terres. Esseulé au milieu d’épicéas clairsemés, blotti contre un pan rocheux, le village de Sjaldgaef se dessina bientôt et Amaélis poussa un soupir tremblant.

Longtemps, elle avait poursuivi ses origines, tenté de retrouver le chemin de sa maison. Elle avait imaginé alors le sentiment que cela produirait. Elle savait pourtant qu’aucune famille ne l’attendrait sur le pas de la porte ; aucun sourire aimant ne viendrait saluer son retour. D’ailleurs, la Vinddalen, avec son paysage minéral, sa végétation sporadique et tordue, ses vents gelés, n’avait rien d’accueillant. Ithildin se posa à bonne distance du village, soulevant un tourbillon de poudreuse, puis prit forme humaine dans un fugace éclat d’argent. Sur son visage d’albâtre flottait une vague aura solennelle, noyant son masque d’indifférence dans une ombre équivoque. Son regard aux couleurs de l’ardoise effleura rapidement Amaélis avant de se perdre en direction de l’horizon grisâtre. Sans rompre son mutisme, la Dragonne fit le premier pas vers Sjaldgaef.

Il leur fallut quelques heures pour enfin rejoindre l’entrée principale. Retenant presque son souffle, Amaélis observait les bâtiments austères, dont la rusticité conférait au lugubre. De grandes toiles cirées étaient étendues pour protéger les fenêtres des intempéries ; nombre de maisons avaient été abandonnées après l’épidémie de 897 et les façades éventrées étalaient leurs entrailles de pierre dans les rues. Le long des claies étaient suspendus morues, églefins et lingues ; quelques chèvres s’échangeaient des bêlements timorés. Le jour tombait déjà, et l’arrivée du couple de Liés fut reçue avec des regards interloqués. Évidemment, en un lieu si reculé, on ne devait pas avoir l’habitude des visiteurs. Amaélis lécha le sel sur ses lèvres gercées – l’océan n’était pas loin. Elle ajusta les liens de sa cape grise d’un geste hésitant, ses yeux balayant les villageois à la recherche d’un regard amical.

Ce fut finalement un jeune adolescent à la chevelure blanche qui osa aborder les étrangères. Il avait pourtant l’air revêche, et une mince cicatrice barrait sa joue droite. Il insista pour les mener d’abord à l’abri du froid, les guidant jusqu’à une bâtisse qui devait faire office de taverne – ou, du moins, de lieu de rassemblement. Bien loin du confort des Forteresses Dragons, l’intérieur sentait la tourbe et la paille, de simples rondins de bois servaient de tabouret. Au milieu de la pièce, un foyer au-dessus duquel chauffaient des casseroles cuivrées diffusait une chaleur appréciable. Amaélis et Ithildin prirent place près du jeune homme, lequel les détailla longuement avant de déclarer :

Êtes-vous perdues ?

J’pense pas. On est bien à Sjaldgaef, Cendreuse ?

Le garçon hocha la tête, un sourcil levé en signe de perplexité. Oui. Je m’appelle Helgi. Désolé pour l’accueil… N’allez pas croire qu’on n’aime pas les visiteurs, c’est que de la timidité !

Je m’appelle Amaélis, et elle, c’est Ithildin. Mes parents habitaient ici, avant. J’ai besoin de parler à des personnes assez vieilles pour les avoir connus.  

Oh. Les traits de l’adolescent semblèrent alors s’assombrir. Oh, vous seriez pas une de ces orphelins ? Tous les ans, y’en a qui reviennent pour chercher leurs parents, malheureusement…

Ils sont morts, le coupa la Neishaane. Je sais. J’viens pas pour eux. Alors ?

Helgi, bien que pris au dépourvu par l’étrange attitude de la jeune femme et par le regard scrutateur de sa compagne, se mordit les lèvres le temps de réfléchir, observant les personnes présentes. Il pointa discrètement du doigt un groupe de trois Neishaans assis dans le fond de la salle. Là-bas. Dites que vous voulez parler à Sindri. Il n’est pas si vieux. Il a perdu sa fille pendant l’épidémie.

Amaélis remercia le garçon. Un sentiment indéfinissable, mélange de peur, de peine et de culpabilité comprimait sa poitrine, rendant sa respiration difficile. D’un pas lourd, elle se dirigea vers les trois silhouettes courbées, Ithildin sur ses talons.

Sindri ? demanda-t-elle sans préambule, les bras résolument croisés autour de son corps frêle et tremblant. L’un des Neishaans leva doucement la tête, posant sur les deux inconnues un regard doux aux nuances mêlées d’azur et d’argent. Il tenait entre ses grandes mains une chope fumante. Une barbe blanche clairsemée couvrait son menton et ses joues, et sa voix sonnait comme le roulement sourd des vagues du Nord.

C’est ainsi qu’on me nomme.

Je m’appelle Amaélis Yodera, et voici Ithildin. Un éclat de surprise traversa les iris pâles du Neishaan, puis un sourire étira sa bouche en même temps qu’il tendait une main pour toucher le front de la jeune femme, laquelle eut un mouvement de recul.

Yodera ? Par Ouranos, tu es la fille de Minë ? Les deux autres Neishaans assis à côté de lui levèrent les yeux à leur tour, et Amaélis sentit la panique la gagner. Peut-être ne l’avaient-ils pas attendue, mais ils se souvenaient de son nom – et cela la plongeait dans des abysses de terreur.

Après toutes ces années, tu es finalement rentrée chez toi. C’est tout bonnement incroyable... Incroyable, oui. Quel dommage que ton père ne soit plus des nôtres… Tu es le portrait craché de ta mère… Allons, Minë n’était pas si maigre !

Des vertiges la saisirent alors, et elle n’entendit plus qu’un bourdonnement incessant. Le cœur au bord des lèvres, elle dut prendre appui sur Ithildin pour ne pas défaillir. Elle ne désirait rien tant que de s’enfuir.

Fermez-la ! glapit soudain la Dragonne, une main protectrice posée sur la tête de sa Liée vacillante et les yeux luisant de hargne. Les trois anciens interrompirent leurs réminiscences, et Sindri afficha un air désolé. Il se leva, salua ses compagnons et fit signe aux deux femmes de le suivre.

Je suis navré, je ne voulais pas… Vous savez, Sjaldgaef est un lieu bien solitaire. Nous avons tous perdus des amis, une partie de notre famille. Ce village a tant souffert. Certains d’entre nous ont même oublié le visage de la jeunesse. Minë et Ásgeirr étaient… de bonnes personnes. Mais je n’en parlerai pas plus, si leur évocation vous est douloureuse.

Ithildin jeta au Neishaan une œillade sévère, tandis qu’Amaélis se redressait enfin, les yeux rougis. Y’a pas de mal. J’étais pas prête, c’est tout. Vous savez où est-ce qu’ils habitaient ? … J’ai peut-être un oncle, une tante ?

Non. Enfin… Les deux frères d’Ásgeirr ont disparu en mer avec leur père. Je peux vous mener à leur ancienne maison. Ne nous tenez pas pour responsables… Beaucoup de familles ont été emportées par la maladie, et nous vivons une vie austère.

Sindri laissa planer ces paroles sans en concrétiser le sens. Dehors, la neige s’était mise à tomber, occultant le peu de luminosité dispensé par le crépuscule. Le vent hurlait dans la vallée, entre les sommets escarpés. Je peux vous offrir l’hospitalité pour cette nuit, si vous le souhaitez.

La Neishaane déclina froidement l’offre, insistant pour découvrir l’endroit où Veyre avait grandi. Comme à contrecœur, Sindri les escorta à travers les ruelles en terre battue de Sjaldgaef, puis plus loin, à l’écart, passés les séchoirs à poisson et les enclos, et puis plus loin encore. Il s’arrêta devant une bâtisse faite de bois et de pierre, au toit recouvert d’herbe. La porte d’entrée était tombée, ou avait été arrachée. Un pan de mur s’était écroulé, laissant le vent, la pluie et la neige pénétrer à l’intérieur. Les murets entourant la propriété avaient été soigneusement démontés pour récupérer les plus belles pierres.

Voilà.

Les mains d’Amaélis se crispèrent autour du col de sa cape tandis qu’elle s’approchait de l’entrée, hésitante. Presque comme une caresse, elle laissa sa paume effleurer l’encadrement, et ses yeux s’habituer à l’obscurité. Sur le sol recouvert de neige, ses bottes ne faisaient aucun bruit. Doucement, elle avançait entre ces murs, sidérée, avec au bout de ses doigts le désir brûlant de toucher chaque angle, chaque pierre – pour s’imprégner de leur existence ou pour tenter d’en comprendre l’histoire. Sa bouche tremblante formait en silence des paroles confuses. Un tel délabrement emplissait son cœur d’un chagrin immense, et, à nouveau, un terrible sentiment d’injustice et de culpabilité manqua la faire mettre à genoux. Dire qu’elle n’était pas habituée aux ruines aurait été un mensonge et, en vérité, elle ne savait pas vraiment à quoi elle s’était attendue. Vingt années d’abandon avaient été bien assez pour effacer les traces du passé ; il ne restait rien, à l’intérieur, qui aurait pu évoquer la chaleur d’une famille. Tout le mobilier avait été emporté par les survivants ; ne subsistait alors qu’une carcasse délabrée, soigneusement et inéluctablement mise en pièces par les intempéries et le temps, vidée de son essence. Des traces noires couraient le long de la charpente, là où les effets personnels des Yodera avaient été brûlés dans une tentative désespérée de ralentir la contagion. La Neishaane s’agenouilla dans la cendre.

° Amaélis. Nous ne pouvons pas rester ici. °

Près d’elle, Ithildin observait d’un œil terne le grand trou dans la toiture, les bras résolument croisés. Elle n’aimait pas cet endroit, bien trop immobile – elle n’aimait pas ces ruines, figées dans le temps, à la manière d’un autel bizarre dressé en l’honneur de ce qui n’était plus. Déjà, elle sentait au fond d’elle rugir le besoin de tout embraser, de tout détruire. Elle pressa légèrement l’épaule d’Amaélis, qu’elle devinait prête à sombrer encore.

° Tout est mort. Il n’y aura plus jamais personne, ici. Veyre ne reviendra pas. Et toi… Ta place est ailleurs. Dis-moi, qu’est-ce que tu fais là, Amaélis ? °

° Je… je sais pas. °

Ce voyage était un pèlerinage, un chemin de croix au bout duquel, à défaut de rédemption, l’attendait peut-être une vérité. Après son séjour dans les abysses, elle s’était trouvée si démunie. Nue comme à la naissance, sous une infinie pluie de cendres, le corps et l’âme également brisés, elle s’était tournée vers le dernier souvenir qu’elle gardait de sa précédente vie. Elle ne savait plus ce qu’elle cherchait, ni pour quelle raison. Elle sentait qu’un vide s’était ouvert dans la structure de son existence – une brèche vers des ténèbres interdites, impossibles – une faille étrange qui engloutissait le temps et la matière – et que tout cela se répandait peu à peu sous ses yeux, dans chaque fibre de son être, déconstruisant le réel.

Autour d’elle, la nuit s’étalait sur le monde, et la danse des flocons se faisait plus folle, suivant la cadence erratique de son souffle. Sindri avait disparu. Il n’y avait plus qu’elle, à genoux dans la neige, recroquevillée dans l’une des larges empreintes laissées par Ithildin. Elle contempla ses paumes, encore à vif.

Le feu aura laissé la cendre
, déclara-t-elle dans un murmure à peine audible, tandis que, soudain, un flot de flammes se déversait du ciel. Des gerbes massives s’élevèrent alors comme un millier de mains pour une prière. Nimbée d’or et de cuivre, la Neishaane observa l’incendie, l’éclat des braises se reflétant dans ses iris vitreux avec une violence à faire pâlir d’envie les étoiles.  

~°~

L’aube les trouva enlacées, sous un drap de neige et de cendres. Blottie contre les écailles de l’Airain, Amaélis ne dormait pas. Toute la nuit, elle avait regardé les flammes brûler et étouffer dans leur étreinte ces souvenirs qu’elle ne possédait pas. Elle avait ri, en pensant à tout le temps passé à chercher ses origines pour finalement les détruire en l’espace d’une seconde. Elle avait pleuré, aussi, en se demandant de quel droit elle avait décidé du sort de ce qui ne lui appartenait pas, un arrière-goût désagréable, lancinant, de culpabilité planté dans sa gorge comme des bouts d’ongles rongés. Puis, lentement, le feu s’était éteint, et il n’était plus resté alors que du charbon et de la pierre, un linceul d’obscurité et de froid pour recouvrir les débris fumants. Ithildin avait fermé ses grands yeux, satisfaite de son travail, plongeant Amaélis dans le silence tourmenté qui venait toujours avec sa solitude.

L’aube les trouva enlacées, mais elle ne fut pas la seule. Un baluchon de vivres sur ses épaules, aussi discret qu’une ombre, tout vêtu de blanc dans l’immensité blanche, Helgi ne pouvait détacher son regard de l’immense créature qui semblait endormie. Bouche bée, un sentiment de peur révérencieuse enflant depuis le fond de sa poitrine bloquée, il laissa tomber tout ce qu’il tenait – éveillant ainsi Ithildin, dont l’œil s’ouvrit en un tourbillon cramoisi pour se poser immédiatement sur lui. La Neishaane émergea de sous la Dragonne, et fixa à son tour le jeune adolescent. Elle croisa les bras, dans une posture vaguement défensive, mais, en vérité, elle donnait plutôt l’air de soutenir son propre poids. Derrière elle, presque nonchalamment, l’Airain fit onduler sa queue dans la neige.

Qu’est-ce que tu fais là ?

Je… je suis désolé. Sindri m’a dit que vous n’étiez pas rentrées de la nuit... Je voulais simplement m’assurer que tout allait bien… et vous apporter de quoi manger, aussi.

Il n’y avait aucune espèce de malice derrière ces paroles. Le jeune Neishaan tremblait comme une feuille, visiblement troublé par cette rencontre inattendue, et effrayé aussi, par ce qui allait lui arriver maintenant. Amaélis poussa un profond soupir, s’écartant de sa Liée pour se rapprocher de Helgi, lentement, le pas mesuré. Elle n’était pas sûre de ce qu’elle s’apprêtait à faire, mais ressentait un besoin de plus en plus urgent, un appel pressant venu du fond de son âme, d’agir. L’adolescent n’osa pas reculer. Alors, la Maîtresse Déchue lui fit face, et il se demanda comment un être si frêle pouvait dégager une telle aura de puissance et de ténèbres. Elle lui semblait changée, différente sans qu’il puisse l’expliquer.

Je pensais que les Dragons étaient juste une légende… fit-il, balbutiant, et son regard sautait désormais de l’Airain aux ruines, qui ne pouvaient pas mentir.

Moi aussi, répondit la Neishaane avec un sourire énigmatique.

Elle ne le connaissait pas ; elle ne pouvait pas lui faire confiance et il était donc hors de question de le laisser partir ainsi. Qu’irait-il raconter aux aînés de Sjaldgaef ? Elle savait, elle savait ! Il se ferait d’abord passer pour son ami afin qu’elle lui laisse la vie sauve, et puis, ensuite, il la trahirait ! Dans un coin de son âme, elle sentit que sa Liée acquiesçait, mais la fière Dragonne n’alla pas jusqu’à lui donner son avis. Alors, guidée par une espèce d’intuition singulière tout autant que par une paranoïa sourde, Amaélis plaça la paume de sa main droite – froide, sèche – sur le front du jeune homme.

Ánin tana lab zii, lab olosi, lab burzaz áyar ! Montre-moi ton âme, tes rêves, tes peurs les plus noires !

Les mots roulaient sous sa langue, impérieux et terrifiants, résonnant étrangement entre les parois de ce présent dont ils avaient été bannis, altérant jusqu’à la texture de sa propre voix. Elle ne se rappelait plus qui les lui avait enseignés – peut-être n’avait-elle jamais su, ou peut-être les connaissait-elle depuis toujours. Ils étaient une anomalie dans le cours du temps et des choses, c’était une certitude – la seule, sans doute. Sous la pression infime de ses doigts, toute couleur avait quitté le visage de Helgi, et ses yeux s’étaient couverts d’un voile opaque. Le cœur d’Amaélis se gonfla d’un sentiment ambigu, fait d’excitation, de dégoût et de remords. Pourtant, dans le secret de son esprit, quelque chose lui soufflait qu’il ne pouvait en être autrement ; elle possédait le Savoir, et lui, rien – pas même une vie méritant vraiment d’être vécue. Comme un charognard, elle se reput avec une avidité répugnée de ses craintes les plus inavouables, de ses cauchemars d’enfant, de toutes ces choses qui lui collaient à la peau et le rendaient faible, si faible…

Ensuite, elle chanta – jusqu’à ce que le jeune Neishaan s’affaisse avec un bruit sourd et se retrouve prostré dans la neige, les genoux remontés contre sa poitrine et les bras levés au-dessus de sa tête pour se protéger de ce qu’il voyait. Lorsqu’elle réalisa ce qu’elle lui avait fait, il était déjà trop tard.

Le souffle court, Amaélis se retourna vers Ithildin, qui l’observait d’un air impénétrable, son long cou négligemment appuyé sur un rocher recouvert de lichen gelé. Frissonnante, la jeune femme s’emmitoufla dans sa cape grise, et s’éloigna rapidement de sa victime, incapable de demeurer en sa présence plus longtemps. Elle contourna les ruines, puis se fraya difficilement un chemin jusqu’au bord de l’eau. Là, elle laissa son regard se perdre dans le brouillard de l’aube, tentant de calmer les battements effrénés de son cœur.

° Comment me juges-tu, maintenant, Ithildin ? J’avais pas le choix… Mais je voulais pas… Il dort, maintenant, mais, comme moi, il aura l’impression de vivre dans un cauchemar dont il pourra jamais se réveiller. °

Seul le silence lui répondit, troublé uniquement par le clapotis des vagues, le cri lointain des oiseaux marins et le craquement du bois brûlé. Elle resta là un long moment, immobile, puis la faim finit par avoir raison de sa culpabilité, et elle retourna auprès de Helgi pour fouiller dans le baluchon abandonné à la recherche de nourriture. L’adolescent était resté dans la même position, un flot de prières plaintives et de sanglots s’écoulant de sa bouche tordue. Elle allait l’abandonner ici. Elle allait l’abandonner ici, et la neige finirait par l’ensevelir – le froid par anesthésier sa conscience – et avec de la chance, il mourrait sans souffrir. Peut-être que sa famille s’inquiéterait, peut-être qu’on se lancerait à sa recherche. Si on l’interrogeait, elle dirait qu’il n’était jamais venu à sa rencontre. Oui, et aussi, il lui faudrait jeter le sac quelque part sur le chemin du village afin de rendre son mensonge plus plausible.


Dernière édition par Amaélis Yodera le Sam 4 Mai 2019 - 19:53, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [RP] Un Chemin de Cendres   [RP] Un Chemin de Cendres Icon_minitimeSam 4 Mai 2019 - 19:53

« The past is never dead; it is not even past. »

Les jours étaient courts, aussi loin dans le Nord. Discrète et fuyante, Amaélis errait sans but distinct dans les ruelles de Sjaldgaef. Tout, ici, n’inspirait qu’un sentiment éreintant de vide et de mort. La maladie pouvait bien avoir disparu, elle avait laissé derrière elle des marques profondes ; les maisons abandonnées, désertes fixaient de leurs grands yeux noirs la routine des vivants, comme un éternel rappel du sort funeste qui attendait tous les hommes, comme des miroirs éteints où se reflétait le passé. Ithildin, qui ne pourrait plus utiliser sa forme humaine avant quelque temps, arpentait les montagnes, à l’abri des regards, parmi les nuages qui venaient se déchirer contre les roches acérées et qui flottaient alors, à l’instar de vieux étendards. Certains s’interrogeaient sur l’absence de Helgi, mais aucun n’eut le courage d’approcher la Neishaane – ses yeux brillaient comme seuls ceux d’un fou savaient briller, et sa silhouette famélique, pâle et grise, lui donnait des allures de spectre. La nuit venue, des courants d’air froid s’infiltraient sous les portes fermées, chargés d’une peur superstitieuse, et auprès des âtres, on parlait de l’étrangère comme d’une créature surnaturelle.

Des légendes, les habitants de Sjaldgaef semblaient en compter par centaines, peut-être en raison de leur environnement si particulier, où la mort, le froid et les brumes étaient partout. Après le coucher du soleil, Amaélis allait s’asseoir dans la maison-mère et demandait, chaque soir, qu’on lui narre un nouveau conte. En hommage à mes parents, arguait-elle d’un ton pourtant dénué d’émotion, et les Neishaans chantaient pour elle, prisonniers de la peur. Une fois, il fut question d’un grand Dragon aux écailles rutilantes comme le métal des astres et dont le vent portait parfois les rugissements jusqu’à Sjaldgaef. On disait qu’il avait été aperçu à l’est d’ici, et que son squelette gisait maintenant auprès d’un glacier, gardien éternel d’une grotte où reposait peut-être encore son inestimable trésor. Quelques hommes vaillants s’étaient risqués à approcher le lieu, mais jamais aucun n’était revenu. Amaélis avait laissé cette histoire se nicher doucement au creux de son esprit, se répandre jusque dans ses rêves. Pouvait-il s’agir du Lié de la Renégate ? L’hypothèse semblait hasardeuse – mais la curiosité était plus forte que la raison. Le lendemain, la Neishaane avait disparu, et les habitants de Sjaldgaef furent secrètement soulagés de son départ.

Ithildin la retrouva aux pieds des montagnes. L’Airain, malgré le feu insensé qui brûlait au fond de sa vaste poitrine, semblait souffrir du froid perpétuel, mordant, de ces régions reculées et de leur soleil trop timide. Un instant, Amaélis fut tentée de caresser son cuir gelé en signe de réconfort, avant d’être retenue par la crainte et la rancune. Elle se hissa sur son cou sans mot dire, et les deux Liées s’envolèrent vers l’est. Comme un serpent bleu et blanc, étouffé entre des mains de pierre, le glacier s’offrit finalement à leur vue. Celui-ci, haut perché entre les sommets abrupts et étriqués, parmi les neiges éternelles, était résolument inaccessible sans l’aide d’un Dragon. Dans les cieux clairs, parés de jais et d’indigo par l’approche de la nuit, les précieux rubans du Vaendark se déployaient doucement, et leur bruissement léger tombait en poussière irisée dans les paumes ouvertes d’Amaélis. Elle battit très lentement des cils, se figurant que cela ne devait être qu’une illusion – mais jamais elle n’avait su en créer qui soient si belles, ou même seulement dépourvues de peur et de douleur. Alors, qui ? Qui, parmi les entités peuplant les nues, celles-là même qui l’avaient mille fois maudite, avait bien pu la juger digne de contempler un tel spectacle ?

° Là-bas. Est-ce que tu le vois ? °

Décrivant de larges cercles, la Dragonne entama sa descente en amont du glacier. La Maîtresse Déchue dut plisser les yeux pour enfin l’apercevoir. À moitié encastré dans la glace, les os noircis par l’épreuve du temps, tordu dans une position éprouvante et la gueule encore ouverte sur un hurlement silencieux, l’immense squelette d’un Dragon surplombait le paysage désolé. Le cœur d’Amaélis, tandis qu’elle sautait à terre, se serra face à cette étrange vision. Elle n’avait jamais vu une telle chose, auparavant – la vie des Enfants de Flarmya était si longue, si étroitement entrelacée à celle de leur Lié, qu’elle n’avait jamais pu envisager l’apparence de leur mort, ni même la vérité de celle-ci. Elle sentit l’Airain se tendre, en proie à de furieuses réminiscences, maculées de folie et d’agonie, gronder puis s’effacer lentement de son esprit. Une pointe de culpabilité se planta en travers de sa gorge, mais elle l’ignora, marchant avec difficulté en direction de l’immense créature et de sa tombe singulière. Sous ses griffes imposantes, un passage s’ouvrait à travers la glace, aspirant la lumière dans ses profondeurs secrètes. Une main posée contre la paroi veinée de turquoise, la Neishaane jeta un regard à son Âme Sœur par-dessus son épaule. La Dragonne avait le sien fixé sur son frère mort, incapable, semblait-il, de s’en détourner. Ce qu’elle pouvait bien ressentir, Amaélis préféra n’y accorder aucune importance.

L’entrée de la grotte prenait la forme d’une fissure étroite, dans laquelle elle s’engagea sans trop de mal, pressée entre les murs de glace. À l’autre bout, le tunnel s’élargissait enfin, se séparait en de multiples boyaux creusés par la fonte du glacier. L’atmosphère environnante provoquait chez la Neishaane un frisson d’extase ; les couleurs, le silence se reflétaient contre son âme de cristal. Et si elle avait pu chanter…  Des heures durant, comme dans un rêve, elle déambula au cœur de ce temple immaculé et brillant, sentant peu à peu le froid remonter le long de ses membres pour les engourdir. Au cours de son errance, elle trouva une salle plus grande, où reposaient épars de bien vieux vestiges d’une présence humaine : une couche sommaire, une table, des tissus rongés. Les couvertures empilées sur le lit donnaient l’impression que quelqu’un dormait là, en ce moment-même ; elle n’osa pas les soulever, le ventre tordu à l’idée de découvrir un visage figé. Elle examina plutôt les lieux, mais ne trouva rien d’intéressant. Puis, ses yeux furent attirés par une petite cavité qui paraissait diffuser une nébuleuse aura nacrée. La Neishaane introduisit ses mains à l’intérieur pour en retirer deux pierres jumelles.

° De l’Ambre-Âme. ° songea-t-elle en faisans tourner les gemmes entre ses doigts bleuis. Alors, comme au Màr Agarwaen, elle plongea son regard au cœur des volutes opalescentes, laissant les barrières de son esprit s’affaisser.

Les grandes statues de marbre l’effraient. Elle ne les aime pas car leurs yeux ne changent jamais. Elle déteste quand Mère la laisse seule, même si elle lui chante toujours que ses ancêtres la protégeront des cauchemars. Les draps de satin glissent doucement contre ses épaules, puis contre ses jambes. Elle sent le contact des dalles sous ses pieds nus, et elle tente de s’enfuir. De fuir ces grands visages d’adulte qui la dévisagent. La lumière d’une chandelle guide ses petits pas. Bien vite, des mains fortes, gantées, l’attrapent et la soulèvent. Père… Je suis désolée… Est-ce que tu as peur des statues ? Oui… Il serre sa tête contre son cœur. Elle est bien, ici. Elle ne voit plus rien d’effrayant. Elle s’endort dans sa chaleur, entre ses bras …
… Dehors, le ciel est d’un azur violent, brodé d’étoiles scintillantes : bronze, bleues, noires, vertes et améthyste. Toutes ces couleurs dansent au fond de ses yeux d’enfant. Perchée sur les épaules de sa mère, elle fouille la foule de silhouettes encapuchonnées à la recherche de son père. Tout est d’or, de feu. Ils chantent dans une langue qu’elle ne comprend pas … Son regard croise celui d’une Reine, et le monde bascule …
Du bout des doigts, elle effleure les pétales veloutés, blancs, des grands lys. C’est son endroit préféré du jardin. Sa tante s’avance entre les allées végétales. L’une des Lunes s’est réfugiée dans son ventre. Son sourire est doux, triste comme le crépuscule. Elle se penche pour déposer un baiser sur sa joue. Son cou, ses épaules et ses poignets sont mangés par des ombres violettes et rouges. Eir se met à pleurer, et elle tente maladroitement de l’enlacer, mais ses bras sont trop courts. Les larmes mouillent ses cheveux. Mère ne sera pas contente…
… Un bébé hurle dans la nuit. Elle n’est plus seule dans sa chambre. Elle sait que lui aussi a peur des statues, mais rien ne change. Père ne vient plus. Elle se demande pourquoi.
Cette nuit, le ciel est allumé comme en plein jour. Les flammes, dehors. Il y a trop de bruit. Elle se couvre les oreilles, récupère sa petite sœur. Père les saisit, crie, les enferme dans une pièce au sous-sol. Il lui ordonne de n’ouvrir à personne, de ne pas tenter de s’enfuir. Elle pleure. Elle déteste être enfermée. Elle déteste être enfermée. Elle déteste être … La porte vole en éclat devant elle, et la large tête d’Yngvarr défonce le mur de pierres. Ses yeux sont aussi rouges que la nuit. Tout autour, le monde s’écroule. Le rugissement des flammes masque celui de l’horreur. Mère est là, sa chevelure blanche et son manteau de fourrures trempés de sang, le visage déformé, en pleurs. Elle l’attrape par le col et la jette sur le cou d’Yngvarr, elle s’empare de la petite et saute à son tour sur le Dragon. Le Kaerl n’est plus qu’un monstre informe, un abysse vociférant, vomissant ses flammes…
… Il fait froid, ici. Le silence est partout. Il y a cet homme, entre deux âges, des clochettes s’entrechoquant dans ses mèches d’ivoire. Il a l’air gentil et doux. Un grand Bronze garde l’entrée de sa grotte. L’Ermite lui tend une petite pierre, translucide. Elle regarde à l’intérieur, et elle se voit-même…

Elle se sourit.


Rejetant la tête en arrière, Amaélis reprit son souffle, comme émergeant hors de l’eau. Ses yeux étaient humides, sans qu’elle puisse vraiment se l’expliquer. Elle serra la Pierre à Souvenirs dans sa main, prit un instant pour se remettre de ce qu’elle venait de vivre, puis fixa son attention sur la deuxième gemme. Celle-ci lui conta l’histoire de la Renégate – et elle comprit, enfin, ce qui l’avait poussée à fuir le Kaerl Sanglant, échappant de peu à la Malédiction. Un sourire sans chaleur se dessina sur son visage. Fallait-il vraiment l’en remercier ? La Neishaane songeait qu’il aurait mieux valu que son sang damné périsse dans les fumées de la Lande. Nous ne pouvons en rien réparer ce qui a été brisé – mais l'avenir, lui, nous pouvons le sauver. À quoi, à qui ce sacrifice avait-il bien pu servir ? Dans la solitude de la pièce de glace, Amaélis vit apparaître la silhouette de Laimë-Ninquë, puis celle de Grimhilde, et enfin celle de Siobhán. Péché, folie et rédemption. Et elle, n’était-elle qu’un point sur la roue infernale de leur destinées liées ? D’un mouvement de la main, apathique, elle dissipa les formes fantomatiques de ses aïeules. Elle quitta ensuite la grotte, n’emportant avec elle que les deux pierres.

Dehors, Ithildin s’était transformée en statue de gel. La Neishaane pressa ses paumes contre ses écailles, percevant le froid délétère qui les rongeait doucement. ° Partons. ° déclara-t-elle simplement, et la Dragonne ne s’y opposa pas.  ° J’ai eu c’que je voulais. °

~°~

L’Airain, portée par le vent violent du Nord, vola jusqu’au bout du continent. Là-bas, la brume ne se levait jamais. Des blocs de banquise dérivaient dans l’océan glauque, presque gris. Sur une plage de sable noir que bordaient des falaises à pic, où venaient s’écraser les vagues fatiguées avec un profond soupir d’agonie, à la frontière du monde, la Maîtresse Déchue prit la décision de se débarrasser des Pierres à Souvenirs. Une part d’elle-même en était venue à les craindre. Elle avait toujours fui son passé, pourtant, l’idée de le cristalliser à l’extérieur de son âme l’emplissant d’une espèce d’effroi indicible. Le sacrifice de Siobhán avait été vain. Toutes ces mémoires, même si elles ne lui appartenaient pas, avaient toujours fait partie d’elle. Toutes ces souffrances, elle les avait portées en elle. Elle avait été modelée par l’Hiver et la glace, par la peur et le désemparement, par le vide – et par la haine, aussi.

Le passé meurt jamais.

Un souffle brûlant embrassa alors son visage, ses traits figés semblant soudain s’animer et reprendre vie, léchés par la lueur des flammes que son Âme Sœur vomissait sur les deux Pierres. Ses grands yeux clairs piqués de braises, elle observa le cristal fondre. Des formes éthérées, sinueuses, s’en échappaient progressivement, se mêlant au brouillard ; illusions inachevées, esprits sans corps et corps sans esprit, peuplant l’espace, s’étalant le long de la grève comme un cortège rituel, une procession. Était-ce ici que les âmes venaient mourir ? Sur les bords du monde, là où l’horizon ne reculait plus, au milieu de l’Hiver éternel qui les protégeait du regard de toute chose vivante ? Amaélis se sentait insignifiante mais aussi, plus puissante qu’elle ne l’avait jamais été. Elle leva les bras pour se joindre à leur danse, fermant les paupières pour mieux apprécier le contact de la Mort sur sa conscience mise à nue, sur ses épaules graciles et sur son cœur ardent. Le brasier la parait d’ombres et d’or ; elle rayonnait, mais personne n’aurait pu dire si c’était là la naissance ou la mort d’une étoile. Au sein du chaos originel, ces deux étapes formaient sans doute un tout. Elle rayonnait, se dispersait en une myriade de particules solitaires, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien. Rien que poussière.

Le vent, le froid et le sable finirent par avoir raison du feu de la Dragonne. L’obscurité reprit ses droits sur son royaume. Amaélis gisait sur le sol, sa chevelure comme une corolle autour de son corps immobile, tordu, proscrit. Son souffle ne dérangeait plus l’ordre du temps. Le roulement sourd des vagues du Nord grondait doucement, et quelques fragments d’écume venaient baiser ses chevilles trop fines.

° Il y a un monstre à l’intérieur de moi, Ithildin. ° fit son esprit, qui se souvenait. ° Depuis toujours. Parfois, je l’ai appelé malédiction, parfois j’ai cru que j’étais malade. J’ai cru que c’était ta faute, aussi, souvent... Beaucoup trop souvent.  J’ai cru que la vie avait une dent contre moi, alors je l’ai maudite en retour.

J’ai avancé les yeux fermés. Tout ce temps, j’ai fui – tout. Même toi. Mais… Il y a un monstre en moi, Ithildin. Il aura jamais de nom. Je pourrai jamais le fuir. Et c’est étrange, parce que j’ai l’impression qu’il… qu’il m’a jamais fait de mal… Enfin, pas vraiment – je crois ?

Je suis tellement fatiguée de tout ça. Sans moi, tu… tu aurais été si belle, si libre. Et je te hais parce que tu me rappelles à quel point tout se flétrit sous le toucher de l’Hiver, à quel point chaque caresse n’est qu’une blessure. J’aimerais… j’aimerais pouvoir t’aimer.

C’en est fini, maintenant. J’arrête de fuir. De me réfugier dans la promesse d’une mort que je peux pas résoudre à embrasser parce que ton existence est trop sacrée pour être gâchée par une créature comme moi. Et si tu devais ne jamais me pardonner… Si jamais on n’arrivait jamais à surmonter cette haine qui nous unit…

Je suis désolée. Pour tout le mal que je t’ai fait en voulant me punir. Et celui que je t’ai fait parce que je voulais tant te punir d’être là.

Excuse-moi. °


Les pensées de la Neishaane, maladroites, confuses, affleuraient dans l’esprit de la Dragonne. De son vaste regard où se noyaient les origines du Monde, elle fixait la forme inerte de sa Liée. Elle brûlait d’un amour féroce, destructeur, envers cet être qui n’avait pas su l’accepter, qui lui avait tout arraché – sa fierté, sa confiance, son affection. Qui lui aurait ôté sa propre vie. Cet amour qui consumait son âme était le dernier cadeau de sa divine Mère, la plus humiliante des chaînes, forgée dans des flammes de douleur et de haine. Sa malédiction personnelle.

° Et moi, j’aimerais pouvoir te haïr. °

L’Airain déploya ses larges ailes, faisant craquer la glace qui recouvrait ses écailles, et s’enroula autour d’Amaélis. Elle posa sa tête sur le sable noir glacial, près de celle de sa Liée, son souffle soulevant quelques mèches immaculées. La Neishaane émit un son étranglé, évoquant vaguement un rire, puis saisit les cornes bordant la mâchoire de la Dragonne entre ses mains tremblantes. Délicatement, ses lèvres fanées embrassèrent les crocs d’ivoire, puis elle pressa son front contre le museau damasquiné. La neige s’était mise à tomber avec une lenteur solennelle et triste, perçant l’épais brouillard – flocon après flocon, les deux Liées disparurent sous un infini drap blême.
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