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 [RP] Le Sacrifice de Flarmya

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Marek d'Ardiénor
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MessageSujet: [RP] Le Sacrifice de Flarmya   [RP] Le Sacrifice de Flarmya Icon_minitimeDim 19 Mai 2019 - 17:49


~ Pleine Lune d’Eurilyaku 919

Cela faisait désormais trois jours pleins que l’Archiprêtresse de Flarmya, Avatar de la Déesse aux Larmes de Feu, Aoatea del Surion, résidait au Màr Tàralöm. Le lendemain, il le savait, elle retournerait à ses affaires à la Maison Mère, sur sa petite île Yssienne au coeur de l’Archipel des Tempêtes. La saison des pluies devait certainement y battre son plein, alors qu’ici sur Tol Orëa, la chaleur étouffante n’avait été interrompue que très brièvement, Ouranos leur faisant la grâce d’un orage nocturne, quelques jours auparavant. Inattendue, la nostalgie de sa vie passée là-bas, de son interminable apprentissage au temple, vint lui serrer doucement le coeur.

Marek soupira en silence, détournant son regard de la voûte étoilée au dessus de lui, pour croiser celui, méditatif et paisible, d’Asaleith. Trop gros pour pénétrer plus avant dans la place encombrée d’instruments d’astronomie de toutes sortes et de toutes tailles, le Brun s’était allongé devant l’entrée, la tête posée sur ses pattes. Il respectait et comprenait le désir d’isolement de son Lié, et s’il gardait pour lui – une fois n’est pas coutume – ce que sa décision lui inspirait, il avait pour autant jugé sage de ne pas le laisser seul.

Trois jours que l’Ondin faisait son possible pour éviter de se trouver en présence de sa supérieure, se voilant la face et se trouvant une foultitude de raisons aussi absurdes les unes que les autres pour justifier ses actes. Et demain, cette opportunité de la revoir, de mettre enfin à plat toutes ces choses que dans la terreur de ses insomnies, il avait ressenti le besoin urgent de lui dire, cette responsabilité qu’il fuyait depuis près de dix ans maintenant, s’effacerait, une fois de plus. Resserrant l’étreinte de ses bras autour de ses genoux dans une vaine tentative de réconfort, il toucha l’esprit d’Asaleith, lequel s’enroula un peu plus étroitement autour du sien, partageant avec lui la flamme ardente qui battait, puissante et inépuisable, en son coeur. Le dragon gardait le silence. Il savait Marek excessivement buté lorsque celui-ci le décidait, et que le brusquer ne servirait à rien d’autre qu’à le renforcer dans son entêtement. Le choix devait venir de lui.

Des méandres embrumés de la mémoire de son Lié, il lui semblait qu’elle était restée pareille à elle-même, sans qu’aucune ride ne vienne ternir son visage sans-âge. Le Brun n’était pas là lorsque, trois jours auparavant, son Lié avait rencontré Aoatea au détour d’une allée couverte, dans l’ombre fraîche qui régnait entre les colonnes de marbre du Sanctuaire. Mais il partageait avec lui la saveur douce-amère de ce souvenir, qui brûlait, encore vif, dans son âme. Sa stupeur totale lorsque son regard était tombé sur elle, car il n’avait bien sûr pas été informé de sa venue, quoi qu’elle en dise ; la sensation de son coeur remontant douloureusement dans sa gorge, lorsqu’il s’était agenouillé devant elle, respectueux et abasourdi ; la panique lorsque ses iris d’outremer avaient croisés, ceux, à l’éclat d’or malicieux, de la Torhille ; la sensation du poids résiduel de son regard sur lui, tandis qu’elle s’était détournée pour poursuivre son chemin. La promesse tacite de se revoir … qu’il n’honorerait pas.
Elle n’avait pas besoin de lui pour évoluer au sein du Màr Tàralöm, quelle que soit la mission qu'elle se soit fixée en ces lieux. Elle était ici chez elle, comme dans chacun des trois Kaerls, et nul n’oserait lever la main contre elle sans se mettre à dos une grande partie de son ordre.

Face à elle, il se sentait à nouveau prisonnier de l'image de cet adolescent renfermé et fragile qu’il avait été, comme si ces dix ans passés à servir Flarmya au sein de la citadelle ardente n’avaient jamais existé. Effacés, oblitérés, d’un simple regard.
Il lui devait tellement, que le simple fait d’y songer … Tout se mélangeait dans sa tête depuis qu’il l’avait revue, et ses pensées se brouillaient, lui donnant la nausée. Son amour pour elle – car il ne pouvait s’agir que de ça, après tout ? – était encore aujourd’hui inégalé. Toute l’affection sincère qu’il avait porté à Eirlys, toute la peine qu’il avait éprouvé lorsqu’elle avait disparu, des années auparavant, tout avait inéluctablement pâli devant la simple présence d’Aoatea.

Sans elle, qui pouvait prétendre savoir ce qu’il serait devenu ? L’Archiprêtresse avait su tendre la main à l’enfant brisé par la vie qu’il était alors, et le tirer des profondeurs obscures dans lesquelles son âme se noyait. Grâce à elle, il se savait enfin complet, ayant lié son âme à celle d’Asaleith, selon la volonté de sa Déesse, et de cela il était heureux. A ses côtés, et sous son enseignement bienveillant, il avait pu effleurer, de la pointe de ses doigts tremblants, ce qu’était la lumière. ELLE avait incarné sa lumière. Et pourtant, si elle l’avait délivré des ombres, ce n’avait été que pour mieux l’y rejeter ensuite. Le doute, dans les tréfonds de son inconscient, s’était lentement mais sûrement transformé en certitude. L’Avatar de Flarmya connaissait les Trois de Tol Orëa, tout autant que leurs caractéristiques.

Alors, pourquoi ? Dans quel but l’avait-elle envoyé ici ? Cette question aux terribles conséquences, qui le hantait depuis ses premiers jours au Kaerl, il en craignait tout autant la réponse. Face à la possibilité de briser des années d’illusions soigneusement entretenues, sans possibilité de retour en arrière, il résistait, lâchement. Ne valait-il pas mieux une souffrance connue qu’une chute irrémédiable dans un abîme sans fond ?

Percevant sur ses lèvres le goût salé de larmes qu’il n’avait pas eu conscience de verser, il prit une longue inspiration tremblante, tâchant d’éteindre toute conscience à travers la contemplation obstinée du ciel nocturne, refusant de voir ce Kaerl honni en contrebas, refusant de reconnaître la triste et muette compassion d’Asaleith. Sur un point au moins, il se savait lucide : il était inutile pour lui d’espérer parvenir dormir cette nuit. L’Observatoire lui avait paru un refuge adéquat, quand, tout au Sanctuaire, de ses alcôves secrètes jusqu’à ses autels ouvragés, lui rappelait éperdument celle dont il fuyait la présence. Il avait peur en vérité, car il craignait de ne plus être capable d’accomplir ses tâches au Màr Tàralöm, en tant que Sang et Grand Prêtre de Flarmya, jour après jour, tant le monde lui paraissait soudain s’effondrer sous ses pieds. Intérieurement, il se le répétait, comme une prière, tâchant de s'en convaincre lui-même : sa vie pourrait reprendre son cours, monotone et répété, une fois qu'elle serait partie, emportant avec elle le poids de leurs souvenirs communs.

Pourtant, lorsque le bruit de pas légers annonça la venue d’un visiteur inattendu, il ne put s’empêcher de se tendre, ne put contenir la flambée d’espoir en son coeur, tout en se trouvant soudain dépourvu de la volonté nécessaire pour porter son regard vers l’entrée. Il en était persuadé, il le sentait courir sur sa peau, il savait déjà quel serait le visage qu’il y verrait. Cette scène, il l’avait déjà vécue, il y a bien longtemps, et puis oubliée, volontairement occultée pour s’éviter la cruelle morsure des attentes déçues. Jusqu’à aujourd’hui. Alors, lentement, il ferma les yeux, se mordant les lèvres, ressentant sa main caresser la lourde tête écailleuse d’Asaleith comme si cela avait été la sienne, percevant cette chaleur enivrante, cette envolée de papillons effarouchée au creux de son ventre. Son Brun l’accueillit d’un grondement doux, inspirant son odeur familière comme s’il l’avait toujours connue, alors même que cela n’était que leur première rencontre, bien incapable sur l'instant de séparer les sentiments de l’Ondin des siens, si étroitement liés qu’ils étaient.

Elle avait toujours su où le trouver dans ces moments là … Et cela n’avait, hélas, visiblement pas changé avec les années.


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MessageSujet: Re: [RP] Le Sacrifice de Flarmya   [RP] Le Sacrifice de Flarmya Icon_minitimeJeu 22 Aoû 2019 - 15:21

[RP] Le Sacrifice de Flarmya Aoatea_del_surion_flarmya
Aoatea del Sùrion
Archiprêtresse de Flarmya pour tout Rhaëg


How I Hate The Night - Ignea


Une mère souhaitait le bonheur de ses enfants, qu’elle soit femme ou dragonne. Une mère désirait être rassurée quant à l’avenir de sa descendance, en règle générale. Cependant, toutes les mères n’étaient pas d’essence mortelle. Et lorsque l’Avatar de Flarmya faisait la grâce d’une visite, il était difficile d’ignorer le poids de son regard que ressentait chaque chevalier-dragon, tant elle frôlait la déité, tant elle incarnait la Mère par excellence qui venait jauger les progrès de ses innombrables enfants. Il ne s’agissait pas d’une créature ordinaire. Qui aurait pu prédire ses pensées ou ses actes ?

Cela faisait bien longtemps qu’elle n’avait pas foulé le sol de la Terre de l’Aube. A chaque visite, elle retrouvait ses marques, comme si elle n’était partie que la veille. Elle savourait les vibrations si particulières et étonnamment reconnaissables de chaque citadelle. Ses opales de feu parcouraient le paysage comme elles l’avaient toujours fait : avec bienveillance, amour et un respect teinté de silences. L’Archiprêtresse se mouvait dans chacun des Kaerl comme s’il s’agissait de sa propre maison. Cette familiarité excitait la révérence, parfois la méfiance mais, toujours, elle captivait l’attention.  Nul ne pouvait ignorer sa présence lorsqu’elle apparaissait en public, ni ses adeptes ni les profanes. Lorsque la nouvelle était parvenue au clergé du Màr Tàralöm que la représentante suprême du culte venait de faire escale à Tol Orëa, on n’avait plus parlé que de cela. Les rues avaient bruissé sans fin dans l’attente de son arrivée imminente. La Grande Mère au regard solaire devait être honorée dès qu’elle aurait franchi les portes du Kaerl.

Dans le silence feutré d’un Observatoire aux étages supérieurs désertés, l’Archiprêtresse sans âge montait les marches à pas réguliers, déterminés, le masque de la sagesse ornant ses traits sculpturaux. Ni  tout-à-fait Torhille ni tout-à-fait dragonne, elle portait l’empreinte d’une unité éternelle, car en elle résonnait l’âme indivisible de la majestueuse Flarmya, lui conférant une aura hors du temps. Il devenait difficile d’imaginer, à la lueur des flambeaux, que jadis une mortelle habitait ce corps dissimulé sous les lourdes robes d’apparat et les évanescents joyaux des astres se reflétant dans son regard. Avait-elle seulement été une simple mortelle ? N’était-elle pas née déjà consumée par le pouvoir investi de Flarmya, comme toutes les Archiprêtresses avant elle ? La Mère des Dragons ne se trompait jamais. Elle choisissait avec mesure la plus dévouée et la plus sage de ses émissaires à chaque génération. Celle-ci ne faisait pas exception : jamais le doute sur sa condition ne venait obscurcir son jugement. Sa place était là où elle le décidait et, pour toujours, son âme voguait dans les bras de sa déesse.

Aoatea del Sùrion parvint au sommet de l’Observatoire sans hésiter, sans faillir et elle sourit, contemplant un tableau qu’elle n’espérait pas et qu’elle se plaisait à revoir, même après tant d’années. L’enfant d’autrefois n’était plus seul. Sa main caressant le cuir écailleux d’un dragon signifiait la plénitude de l’âme et c’était plus que tout ce que les mères pouvaient souhaiter à leurs enfants. Elle n’avait jamais douté de la réussite de son élève, pas plus qu’elle n’avait été certaine de son fait ou même inquiétée par un possible échec. Elle accomplissait la mission que lui donnait, jour après jour, sa déesse. Elle ne faisait ni promesses ni serments qu’elle ne puisse tenir, car seule Flarmya décidait de l’avenir de ses enfants après tout.

Pourtant, lorsqu’elle s’avança dans le dos de Nezvan, elle semblait plus femme que déité. Aux côtés de chacun de ses apprentis, Aoatea s’animait et évoquait presque une Torhille ordinaire, tant elle paraissait chaleureuse, réelle pour qui savait regarder. Le regard qu’elle posa sur le Brun transportait sa joie sincère de reconnaître l’éclat d’un soleil impétueux dans cette âme unie. Le Màr Tàralöm avait exaucé sa prière. Son élève n’était plus seul. Avait-il grandis pour autant ?  Le voilà qui se cachait, comme du temps où il arpentait leur temple, fuyant les regards et plus encore elle.

- Marek d’Ardiénor, je suis heureuse de te revoir.

Elle ne s’enquit pas de sa santé ni de son bien-être. Le corps parlait bien mieux que ne le feraient les mots, plus encore pour cet ondin ombrageux et mélancolique, sans cesse tourmenté par ses propres démons. Elle ne le connaissait que trop bien, son Nezvan. Il ne changeait guère.

Elle vint s’accouder à la plus grande fenêtre de l’Observatoire, ouverte sur le ciel, laissant les lunes caresser son visage de leur clarté. Offrant son profil altier et l’obscure magnificence de sa chevelure à Nezvan, elle inspira à pleins poumons. Elle songea à ses visites aux Kaerls Céleste et Englouti, quelques jours plus tôt. Chaque Màr occupait une place particulière dans son cœur. Aucun ne possédait la saveur particulière de cet endroit, ni ne pouvait rivaliser avec celle de son ancien apprenti, parmi ceux qu’elle avait étreint et dont elle se souvenait clairement.


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MessageSujet: Re: [RP] Le Sacrifice de Flarmya   [RP] Le Sacrifice de Flarmya Icon_minitimeVen 30 Aoû 2019 - 18:53


Aussitôt que son visage s’était émancipé de l’ombre du porche, la sensation familière de sa présence, l’odeur ambrée de son parfum, l’aura divine qu’elle semblait irradier inexorablement, tout cela à la fois avait soudain envahi la pièce. Sa chevelure d’un brun soyeux s’écoulant librement sur ses épaules, et ses iris à l’éclat solaire brillant d’un plaisir serein, c’est d’un pas léger qu’elle s’était avancée, après avoir salué Asaleith d’une bien fugace caresse. Alors que son visage sans âge n’exposait au regard qu’une joie sincère, le Brun ressentait en elle comme une forme d’immensité, de dualité indéfinie dans son âme, qui le laissait passablement confus. Quand bien même sa mémoire ancestrale lui apportait toutes les réponses dont il avait besoin, il devait sans cesse lutter contre les sentiments et conclusions contradictoires que les souvenirs d’elle apportés par son Ondin faisaient resurgir. Elle était ce qu’elle paraissait, oui, mais tout en étant pourtant bien plus encore.
Incarnation divine, dragonne, et … femme. Parmi ses multiples facettes, toutes expressions à la fois véritables et cruellement incomplètes de son être réel, c’était cette dernière qui avait capturé le coeur de son malheureux Lié, pour autant qu’il voulait bien l’admettre. Son amour pour elle, unique et vertueusement protégé durant toutes ces années, enfoui dans les sanctuaires mystérieux de son intériorité, préservé dans ce jardin secret qu’il ne partageait avec nul autre, même avec lui … L’amour que Marek éprouvait pour Aoatea dépassait la pure et simple adoration mystique, religieusement platonique. Cela, Asaleith le comprenait seulement maintenant, car il n’était désormais plus possible pour son Ondin de le garder pour lui. Il pouvait bien persister à vouloir se voiler la face, le dragon pressentait que tôt ou tard, ses sentiments le rattraperaient, dans toute la violence de leur expression. Il craignait ce qui arriverait une fois le moment venu, pour lui, pour eux, et les lourdes conséquences qui en résulteraient. Et pourtant, il se tenait prêt, prêt à les accueillir, prêt à accompagner son âme-sœur dans ses choix, quoi qu’il advienne.

Partageant la foi de son Lié, il choisit alors de faire confiance en la Déesse Mère, car, quoi qu’Elle aie décidé pour le jeune Prêtre, il était trop tard pour y changer quoi que ce soit. Ainsi, poussant un long et profond soupir, reposant la tête sur ses pattes, écoutant la voix de la sagesse en lui, le Brun se prépara à assister à cette rencontre, ces retrouvailles qui semblaient avoir été prédestinées.

A chaque pas qui l’avait rapprochée de lui, comme dans un rêve, Marek avait senti son coeur se serrer un peu plus, ses battements s’accélérer et se démultiplier à l’infini, le sang rugir à torrent à travers ses veines. Vacillant sur ses jambes, le souffle coupé, il s’était hâtivement levé, avant de plonger dans une courte révérence, mains croisées sur son coeur et doigts amplement écartés. Il y avait là une façon de masquer le trouble évident qu’elle lui inspirait, de chercher, une ultime fois, à éviter son regard par trop bienveillant, tenter d’échapper à la contemplation de la plénitude qui transparaissait sur son visage mûr. Sur ses joues creuses, il pensait encore ressentir la brûlure honteuse des larmes qu’il avait versé peu auparavant. Qu’était-ce donc, ce sentiment qui lui tordait le ventre, cette joie, cette angoisse amère et pourtant délicieuse, de l’introverti fuyant le contact, tout en espérant désespérément être retrouvé ?

- Marek d’Ardiénor, je suis heureuse de te revoir.

A l’image d’un vent invisible, ces simples mots, pourtant anodins, balayèrent toute résistance en lui. Il releva lentement la tête, et ses iris d’outremer trouvèrent inévitablement les siens, à la topaze magnétique, comme irrésistiblement attirés. Aoatea était proche, trop proche, magnifique et auréolée de lumière lunaire car accoudée à la fenêtre voisine, en apparence plongée dans l’observation attentive du ciel étoilé. Il lui était devenu inutile de se cacher à présent. Elle qui l’avait éduqué, le connaissait trop bien pour se laisser prendre à quelque indésirable subterfuge qu’il pourrait lui présenter. Par dessus tout, elle restait sa supérieure hiérarchique, l’Archiprêtresse de Flarmya, et il lui devait le respect. Elle qui s'était donné la peine de venir le chercher, il ne pouvait s’estimer en droit de se soustraire à sa volonté. Il lui fallait faire face. Ce moment qu’il avait attendu, souhaité, autant qu’il l’avait repoussé, refoulé au plus profond de lui-même.

Une main agrippant son propre bras, crispée sur le tissus bleu sombre de sa chemise de lin, Marek esquissa alors un pauvre et faible sourire, masque factice prêt à s’effriter à tout moment, l’obscurité envahissant ses yeux. Il sentait monter en lui, irrésistible, le désir de se porter à sa rencontre, d’enfouir toute sa détresse et son mal-être dans ses bras comme il le faisait lorsqu’il était encore enfant, il voulait désespérément sentir sa chaleur contre sa peau, effleurer ses lèvres, rien qu’une fois, une dernière fois. Cela remontait à si longtemps … Se dévoilant en lui petit à petit, l’ampleur véritable de son amour pour elle l’effrayait. Il la craignait car il savait qu’il suffirait de quelques mots, de quelques chimères brisées, pour que, sous l’effet de cette noirceur rampante et corrompue se lovant en son âme, ses démons ne le dévorent, transformant ce sentiment en une haine viscérale et terrible. C’était trop soudain, trop grand, trop fort. Aveuglant. Pourquoi maintenant, après dix longues années de séparation ?
Et tout à son angoisse grandissante, luttant pour contenir l’incontrôlable, frissonnant, les mots, la demande trop longtemps retenue, menaçaient de franchir les barrières qu'il leur imposait. Pire encore, la toxine ondine s’accumulait en lui, perlant à ses doigts au mépris de sa volonté. Il lui semblait être implacablement déchiré entre son corps et son esprit, entre son coeur et sa raison. Quel meilleur moyen de se tenir loin d’elle que de craindre de lui faire du mal ? Il était tout simplement indigne de poser la main sur elle, elle qui était l’Avatar de Flarmya sur Rhaëg.

*Pourquoi … Pourquoi m’avoir abandonné pendant si longtemps ? Pourquoi revenir après tout ce temps ? Que suis-je finalement à tes yeux ? Pardonne-moi, pardonne-moi d’avoir douté de toi … Dis-moi que j’ai accompli ici ce que tu attendais de moi, quoi que ce soit !*

« J’en suis heureux également, Archiprêtresse. Le Kaerl Ardent a été honoré de votre visite. »

Depuis combien de temps ne s’était-il pas retrouvé dans un tel état d’impuissance ? Ses mâchoires se contractèrent douloureusement. Il se haïssait tellement pour ces platitudes ridicules qu’il venait de lui servir. Elles n’étaient qu’une fuite de plus. N’avait-il pas plus important à lui dire ? Alors, pour échapper un tant soit peu à l’intensité de sa présence, à cette soif indésirable de son étreinte réconfortante, recherchant le calme à travers la tempête, Marek se laissa aller contre le mur derrière lui, bras serrés contre son torse, reposant sa tête contre l’épaisse muraille, sans se soucier du froid qui s’infiltrait dans ses muscles à travers ses vêtements.

« Aoatea ... »

D’une voix difficile et étranglée, il reprit doucement la parole, trouvant force et confiance à travers le regard inébranlable, quoi qu’infiniment triste, qu’Asaleith posait sur lui. Le Brun aurait pu intervenir, mettre un terme à ses souffrances d’une façon ou d’une autre, mais il en avait la certitude, cela n’aurait apporté aucun soulagement à son Lié. Il était des épreuves qu’il devait affronter seul.

« Comment … Pourquoi as-tu pris la peine de venir me trouver ? »


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MessageSujet: Re: [RP] Le Sacrifice de Flarmya   [RP] Le Sacrifice de Flarmya Icon_minitimeJeu 5 Déc 2019 - 16:19

[RP] Le Sacrifice de Flarmya Aoatea_del_surion_flarmya
Aoatea del Sùrion
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Inhalant à pleins poumons l’air frais de la nuit, sentant presque la caresse des étoiles sur son épiderme, Aoatea levait des yeux songeurs vers les deux lunes. D’aussi loin que remontassent ses souvenirs, elle se savait différente, duale, unique. En elle s’était logée, dès ses premières inspirations en ce monde, un éclat divin, une parcelle de l’âme infiniment grande et magnifique de la Déesse aux Larmes de Feu. Un fragment d’éternité, transmis entre Archiprêtresses depuis des siècles. Lorsqu’elle avait été assez âgée pour comprendre ce que cela signifiait, elle n’avait guère posé de questions. Ou, du moins, elle n’avait pas cherché à savoir pourquoi, ni comment cela était possible. Elle avait été choisie, c’était un fait et elle l’acceptait pour ce qu’il était : ni bon ni mauvais. Elle ne voyait pas la destinée comme un fardeau, davantage comme un cadeau, une incommensurable chance offerte par Flarmya d’œuvrer en son nom et de protéger les dragons – sa famille à bien des égards. Elle ne redoutait ni l’avenir, ni le passé car son essence avait la semblance d’un rêve. Figée par le temps, bien que son corps vieillisse, lui-seul étant encore rattaché au monde mortel, elle avait l’impression de se mouvoir dans une autre réalité, où elle faisait et défaisait les fils des destins telle une immortelle tisseuse, changeant de visage au gré des générations, ses mains guidées par Flarmya sur la trame du temps.

- A ce jour, le Màr Tàralöm est le plus chaotique des Trois, déclama-t-elle sans se détourner de sa contemplation. Il l’a toujours été, dans sa gloire, dans sa grandeur, comme dans sa misère. Il ne se base pas sur la raison, ni sur les rêves mais sur le cœur. Et ce que le cœur désire avec ardeur peut faire autant de mal que de bien. Je suis contente de savoir que le Sanctuaire a été remis entre de bonnes mains.

Un léger frisson parcourut la peau nue des épaules dévoilées par l’ample robe d’apparat. Et soudain, noyée par la clarté des astres, Aoatea sembla davantage mortelle et tangible. Ancrée dans la temporalité actuelle par ce sursaut imposé par la fraîcheur nocturne, elle redevint torhille dans presque son entièreté et tourna son regard vers son ancien élève. Dans la pénombre jetée sur ses traits luisaient des opales de feu, tels deux soleils miniatures, qui dévisageaient le Grand Prêtre du Kaerl Ardent comme elles le faisaient rarement. D’étranges flammes dansaient dans son regard sans âge.

- N’ai-je pas le droit de venir trouver l’un de mes importants émissaires sur Tol Orëa ? Ne crois-tu pas que je puisse avoir envie de revoir mes apprentis, mes pairs ?

Car elle considérait chaque membre de son clergé comme sa famille, au même titre que les dragons et leurs reflets humanoïdes, elle voyait en ses élèves des enfants. Ses enfants. Ceux que son enveloppe charnelle ne porterait sans doute jamais. En chacun d’eux, elle avait établi sa maison. Son propre sanctuaire dans leur cœur battant, empli de vie, violent dans leurs émotions, si doux dans leur amour. Chacun de ses enfants était unique et aimé d’une manière toute aussi simple et inimitable.

Lorsqu’elle contemplait le jeune ondin et son reflet écailleux, elle voyait Nezvan. Rien que lui. Elle songeait à l’enfant venu se réfugier dans ses bras suite à un cauchemar mais aussi le jeune homme, aimé sous les lunes, à qui elle avait donné l’étreinte rituelle, avec la même sincérité que pour tous ses autres enfants. Dans les deux perles marines qui la fixaient intensément, éperdument, dans ce corps endurci et tremblant, elle reconnaissait l’écho du passé. Nezvan avait mûri et, malgré tout, il restait un enfant. Et bien qu’elle-même ait vieilli, l’Archiprêtresse ressentait la même affection, inchangée, pour lui.

- Tu es et tu seras toujours Nezvan pour moi.
° Tu es et tu seras toujours Nezvan pour moi. °


Ses mots résonnèrent autant dans la pièce que dans l’esprit d’Asaleith. Son regard englobait Marek et le dragon couché dans l’ombre. Ils étaient un désormais.
Chaque âme double se sentait irrésistiblement attirée par son contraire de chairs. Il s’agissait d’une règle immuable en ce monde. L’un de ses meilleurs élèves avait trouvé ce qu’il cherchait, sans réellement le savoir, entre ces murs de souffre et de lave. Il ne pouvait pas le nier. Flarmya ne promettait pas le bonheur – c’était à chacun de le trouver par soi-même – mais elle avait réuni deux moitiés d’âmes séparées par le temps et c’était tout ce qu’elle-même, en tant qu’Avatar de la déesse, pouvait promettre. Elle était heureuse d’avoir mené à bien sa mission.

Sa perception se rétrécit subitement. Ses sens décuplés captèrent la fragrance du poison. Jetant un regard aigu et quelque peu confus au Brun, comme s’il avait pu être à même de faire quelque chose, Aoatea reporta tous les feux de son regard sur son ancien élève. En un instant, douloureux telle une flèche perçant son cœur, elle sut que son Nezvan n’avait pas trouvé la paix au Màr Tàralöm. En dépit du présent de Flarmya qui avait réuni son âme à celle d’Asaleith, les mêmes tourments qu’autrefois, voire davantage, lui dévoraient le cœur. Il n’avait pas seulement la semblance d’un errant en peine livré aux flammes : il en possédait aussi la saveur douce-amère. La tempête couvait derrière ses yeux d’outremer et menaçait de submerger sa raison.

- Marek d’Ardiénor, qu’as-tu appris au Màr Tàralöm ? Quels sont les démons qui te hantent encore ?

La sérénité cédait le pas à l’inquiétude sincère sur les traits finement ciselés de l’Archiprêtresse. Redevenue la mère souveraine, Aoatea s’avança vers Marek presque jusqu’à le frôler, sans toutefois oser le toucher. Lui-seul déciderait de la suite, s’il se sentait prêt à renoncer à ses chaînes ou, au contraire, s’il choisissait de les chérir jusqu’à la mort…


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MessageSujet: Re: [RP] Le Sacrifice de Flarmya   [RP] Le Sacrifice de Flarmya Icon_minitimeSam 28 Déc 2019 - 17:52


« … Et ce que le cœur désire avec ardeur peut faire autant de mal que de bien. »

Face à sa déclaration, l’Ondin avait eu un sourire douloureux, presque un rictus, contraint, teinté d’amertume. Ses paroles sonnaient beaucoup trop juste en lui pour qu’il ne puisse contenir l’émotion qu’elles lui inspiraient. Elle savait sans savoir, comme toujours, quels tourments le hantaient. Comme si elle le ressentait, instinctivement. Sa visite d’aujourd’hui lui avait-elle été soufflée par Flarmya ? La Déesse lui avait-elle dicté ces mots, en toute connaissance de cause ? Il se força au silence, la laissant poursuivre, lèvres closes, appuyant avec force son dos contre la muraille de pierre, comme s’il avait voulu pouvoir y disparaître et s’y fondre, comme pour échapper à l’aura de flammes vivantes, dévorantes, qui émanait d’Aoatea.
Déchiré et confus, il priait, vainement, pour que l’Archiprêtresse ne le laisse seul, tout en aspirant à ce qu’elle se tourne enfin vers lui, qu’elle réalise ce qu’elle lui inspirait, qu’elle le voit pour ce qu’il était devenu. Mais qui était-il exactement, à ses yeux ? Un simple pair, un ‘‘important émissaire’’, était-ce ainsi qu’elle le définissait ? Un rire moqueur, proche d’un aboiement, menaça de le déborder lorsqu’elle le tança, avec une gentillesse désarmante qui amena un goût métallique sur sa langue, le faisant réaliser, étourdi par sa respiration hachée, qu’il s’était mordu la lèvre au point d’y imprimer la marque sanglante de ses dents. Bien sûr, après dix ans passés sans paraître se préoccuper de lui, elle prétendait avoir le droit – pour ne pas dire le devoir – de venir visiter ses anciens disciples. N’était-ce pas un peu trop tard à présent pour se préoccuper de lui ? Comment pouvait-il encore y croire, alors qu’il avait renoncé à toute légitimité de la revoir depuis bien longtemps ?

Percevant les ombres qui croissaient en lui, ressentant dans sa chair vive la douleur lancinante qui meurtrissait celle de son Lié, Asaleith laissa échapper un gémissement sourd, ses griffes raclant le sol de pierre en un pénible crissement. Impuissant, il ne pouvait qu’assister à ce qui ne manquerait pas de suivre, espérant qu’à travers la tempête qui faisait rage, Marek ne céderait pas, rassemblerait la force nécessaire pour se raccrocher à la raison, ainsi qu’il l’avait toujours fait. Aoatea … Représentait bien trop aux yeux de son Ondin. A chaque seconde passée en sa présence, remontaient les souvenirs confus de leur histoire commune à la Maison Mère, en Ys, de tout ce qu’ils y avaient partagé … De tout ce qui n’était, et ne serait, sans doute plus. Aoatea envahissait implacablement, petit à petit, chaque interstice de ses pensées, chaque volute de son souffle tremblant, faisant rugir et se déchaîner dans ses veines, l'essence mortelle propre à sa race, lui interdisant toute étreinte salvatrice.

Comment pouvait-elle les contempler ainsi, sans frémir, son regard de topaze emplit d’un soucis et d’un amour … qu’il était difficile de qualifier autrement que de maternel ? Ainsi était après tout l’Archiprêtresse de Flarmya, incarnation divine de la mère des dragons. Tous ici, dans ce Kaerl comme ailleurs sur la Terre de l’Aube, étaient ses enfants, et peu importait qu’ils ne soient pas nés de son ventre. Mais qu’en était-il de la femme derrière le masque de l’Avatar ? Etait-elle seulement encore pleinement mortelle ? Brisant le cours de ses pensées, son affirmation, adressée tant à lui qu’à son frère d’âme, lui fit l’effet d’un coup de poignard en plein cœur, et, ses lèvres se tordant, ses doigts blanchis contractés sur le brocart de sa chemise, il redressa soudain la tête. Mensonges. Dans ses iris outremer, la pupille s’était dilatée, pulsant faiblement, dévorant peu à peu l’océan paisible sous les nuages sombres de l’ouragan, noyé par l’angoisse et la désolation. Il l’aimait tellement ! Comment pourrait-il seulement la haïr ? Et néanmoins ...

« Nezvan est mort le jour même où j’ai posé le pied dans le royaume des Enfers. »

*Le jour où tu m’as abandonné à mon triste sort, sans un mot ni un regard en arrière.*

La tonalité de sa propre voix, rauque et gutturale, lui arracha un frisson égaré. Il ne le pensait pas ! Faire preuve d’une telle dureté envers elle … Cela ne lui ressemblait pas. Et pourtant au fond de lui, il voulait voir son expression marquée par la même peine qu’il ressentait à présent. Il voulait voir la compréhension s’afficher sur son visage parfait. Que pourrait-il y lire d’autre alors ? Dégoût, gêne, ou pire, l’amusement attendri que l’on réserverait à un enfant chéri … ? Sa bouche se referma brutalement, dans un claquement de dents. Par Flarmya ! Il ne voulait pas, n’avait pas le droit, ne pouvait pas se permettre de lui faire du mal, elle qui était pour lui, plus chère que sa propre vie !

Enfin, une once de consternation vint troubler sa contenance sereine, lorsqu’elle réalisa le poison que contenait désespérément celui qui avait été son ancien apprenti, celui pour qui elle avait été bien plus qu’une mère. L’effluve subtile, menaçante, qui émanait de la toxine ondine perlant à ses doigts. Et lorsqu’elle se tourna vers Asaleith, comme s’il avait pu être responsable, il sentit à nouveau les larmes, trop longtemps retenues, venir piquer ses yeux. Ridicule. Tout ceci menaçait de tourner au ridicule. Le Brun gronda, sourdement, un avertissement désolé, dont il ne sut définir s’il s’adressait à lui ou bien à cette Torhille en qui reposait un infini fragment de grandeur divine.
L’inquiétude, douce-amère dans son ingénuité honnête, recouvrit ses traits sans âge alors qu’elle reportait à nouveau son attention sur Marek, et lentement, en dépit de la supplication qu’elle devait pourtant pouvoir observer dans ses iris orageux, elle se rapprocha de lui. Séparée de l’Ondin d’à peine de la largeur d’une main, impériale, elle lui murmura, finalement, la question fatidique, qu’il avait espéré autant que redouté.

« Marek d’Ardiénor, qu’as-tu appris au Màr Tàralöm ? Quels sont les démons qui te hantent encore ? »

Détournant le regard, en une bien maigre échappatoire, sentant son cœur menacer d’exploser, battant péniblement entre ses côtes, il avala difficilement sa salive, et c’est d’une voix faible, atone, qu’il lui répondit ... Là où il aurait voulu crier sa rage grandissante, lui asséner, impitoyablement, toute l’adoration, aussi fervente que terrible, qu’il ressentait pour elle. Acculé, mis au pied du mur, à la manière d'un animal sauvage, il n'avait plus qu'autre choix que de se battre.

« J’y ai trouvé l’orgueil, l’ambition, la folie, la haine, la souffrance et la mort. J’y ai rencontré le reflet de mon âme, et pourtant bien des nuits sans pouvoir trouver le repos. J’ai essayé. D’être fidèle à ce que tu attendais de moi. D’apporter un peu d’ordre à ce chaos. Mais je n’ai pas été assez fort. »

Sans pouvoir s’en empêcher, il releva les yeux, provocateur, les fixant à ceux, à l’or ondoyante et soucieuse, d’Aoatea, sentant tout son corps trembler face à la chaleur enivrante qu’elle dégageait, aussi tendu qu’une corde prête à rompre, prêt à se déverser en un torrent aussi ravageur qu’avide. Loin, bien au-delà des limites de ce qu’il considérait encore comme son esprit, il sentait Asaleith s’agiter, anxieux, cherchant à le ramener à lui, mais, d’un simple haussement d’épaules, comme on chasserait un insecte, il s’écarta de lui.

« Je n’ai jamais su pourquoi tu m’y avais envoyé. Si j’avais fait quelque chose pour te déplaire, après toutes ces années passées à tes côtés. Pourquoi tu avais souhaité te débarrasser de moi. »

Un sourire obscur, grimaçant, n’atteignant pas l’outremer de ses iris, étira doucement ses lèvres pleines, et, donnant vie à ces rêves oubliés qui avaient si longtemps peuplé son sommeil, il se pencha pour aller effleurer celles de la femme qu’il désirait plus que tout, sans toutefois oser lui imposer un contact franc. Car au fond de lui résidait toujours la crainte de lui transmettre ses propres ténèbres, de la souiller de sa toxine, dernier et ultime bastion le séparant du désespoir. Alors, durement, froidement, il lui livra la vérité que son cœur recelait depuis ce jour où leurs âmes s’étaient reconnues pour la première fois, un aveu destiné à la blesser plus qu’à signer sa capitulation devant elle.

« Je t’aime Aoatea. Je t’ai toujours aimée. Mais cela, tu ne l’as jamais compris. »


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MessageSujet: Re: [RP] Le Sacrifice de Flarmya   [RP] Le Sacrifice de Flarmya Icon_minitimeMer 8 Jan 2020 - 12:24

[RP] Le Sacrifice de Flarmya Aoatea_del_surion_flarmya
Aoatea del Sùrion
Archiprêtresse de Flarmya pour tout Rhaëg


Chaque inspiration dans ce monde mortel devait être un cadeau. Un présent inestimable, que celui de la vie, un souffle ténu remuant des pantins de chairs, ceux-là mêmes dont la volonté et les rêves façonnaient l’univers visible et invisible. Et il y avait mieux encore. Chaque battement d’un petit muscle palpitant, trompeusement souverain sous la fragile ossature de la mortalité, qui défiait les dieux par sa simple existence, puisque lui-seul était capable de cette puissance sauvage que les immortels jalousaient, redoutaient, tout en le recherchant sans cesse. L’amour. Il était le moteur de la vie, son vecteur le plus sacré et le plus dévastateur. Toute créature le ressentait un jour dans son existence, soit parce qu’il l’éprouvait inopinément, soit parce qu’il en était frôlé de sa caresse brûlante au contact d’autrui. Il n’y avait pas de sentiment plus doux, ni plus cruel, que celui-ci. Mêmes les dieux le savaient.

Dans le regard sans âge d’Aoatea del Sùrion se reflétaient l’enfant tourmenté caché sous les oripeaux de l’adulte. Il n’avait pas changé. Ce constat ne lui apportait ni satisfaction ni déception car elle n’avait rien espéré, rien promis, qui put modifier le destin de son ancien apprenti. Parmi tous ceux qu’elle prenait sous son aile – et ils étaient nombreux car, si elle l’avait pu, elle aurait enseigné à l’ensemble de ses fidèles -, elle se souvenait parfaitement de Nezvan, de son histoire, de ses angoisses, de son étreinte. Dans les perles chamarrées d’or et d’ambre de l’Archiprêtresse se mêlaient la clarté, froide et sévère, des astres ainsi que celle, plus douce et frêle, des quelques chandelles éclairant les lieux. Ni vraiment mortelle, ni vraiment divine, une âme pleine et entière semblable à celle d’un dragon. Tour à tour femme, déesse et dragonne ; inaltérables natures qui faisaient d’elle une aberration dans le tableau de la vie. Que savaient véritablement d’elle ses partisans, ses élèves, ses enfants à travers le Rhaëg ? Qui pouvaient prétendre connaître l’une des figure les plus immuables et les plus mystérieuses de cette terre et d’ailleurs ? Pouvait-elle, elle-même, donner la couleur de son passé ou se remémorer l’origine de son nom ? Droite et fière, drapée dans la lourde robe de brocart aux constellations enflammées, sa riche parure de fils d’ébène croulant dans son dos telle la bannière de son ordre, le visage aussi lisse et déshumanisé que le masque parfait de la plus belle idole, la voix charriant des commandements comme d’avares conseils avec toute la majesté d’une reine millénaire… Qui était Aoatea del Sùrion ?

Si la comparaison du Màr Tàralöm avec le triste royaume d’Isashani – ou celui plus funeste de Kaziel si l’on en croyait la rancœur sourde dans les paroles de Marek – la fit tiquer, elle réprima pourtant un mouvement de désapprobation. Elle reconnut là un dérisoire geste de défense, de la part d’un enfant qui, enfin, prenait le temps d’exprimer ses doutes et ses peurs. Marek d’Ardiénor était un homme lucide, sans doute trop et réfléchi, encore une fois beaucoup trop pour son bien. Là où les épreuves qu’il avait subis auraient dû lui apporter la sérénité et faire infléchir les tourments de son âme en une docile légion de démons, il n’avait fait que se murer dans le silence, fermant la porte à quiconque essayerait de se rapprocher de lui. Il avait bâti une forteresse dont il s’était constitué seul prisonnier. Les derniers mots sonnèrent le glas d’une décennie de souffrance. La dernière salle de l’Observatoire parut en tressaillir.

Aoatea prit une profonde inspiration, laquelle fut loin d’être un soulagement, ce qu’elle ressentit comme un terrible déchirement. Qu’il était à la fois mirifique et horrifiant de vivre sous le joug de son cœur !

- Je regrette qu’aucun de nous n’ait compris plus tôt…

Si elle avait été entièrement dragonne, ses ailes se seraient étendues dans toute leur envergure, noyant la pièce de couleurs impossibles, ses yeux tourbillonnant jusqu’à engloutir  la conscience de son ancien apprenti vers des horizons apaisés. Si elle avait été déesse jusque dans son essence incarnée, sa forme physique aurait implosé pour révéler toute la gloire de sa personne, la faisant resplendir jusqu’à détruire l’enveloppe de ce jeune homme sous le feu de sa puissance et mieux réconforter son âme, enfin libre, au creux de ses bras. Si elle avait été femme jusqu’au bout de sa raison, elle aurait pu aimer Marek d’Ardiénor, cela ne faisait aucun doute pour elle. Elle l’aimait profondément, d’un amour ineffable de mère et d’amie, de confidente et ne connaissait rien d’autre.
Si elle avait été femme… Peut-être aurait-elle su apporter la paix à son Nezvan.

- Je t’ai causé tant de douleur, se désola l’improbable torhille. Ce n’est pas ce que j’ai voulu.

Une larme se cristallisa à la pointe des cils d’Aoatea. Le silence qui s’étira ensuite ne fut brisé qu’à l’instant où cette perle rare franchit le rideau des possibles pour venir s’égarer le long d’un visage désespérément vivant et mortel.

- Notre Grande Mère ne fait pas d’erreurs, pas plus que je n’en fais. Il y a ce qui est, ce qui doit être et ce qui fut. Flarmya a voulu que tu sois mis à l’épreuve, Nezvan, pour que tu te bâtisses ton propre avenir. Tu ne pouvais pas grandir si tu restais au temple. Tu devais affronter le monde. Alors Nous  - et dans ce « nous » résonnait la présence de la déesse - avons choisi. Je suis désolée d’apprendre que tu t’es égaré en chemin.

L’étonnement avait laissé place à la tristesse. Toute émotion était sincère chez l’Archiprêtresse. Elle ne masquait aucun sentiment et, à sa façon, se révélait plus vraie que la plupart des créatures. Il n’y avait nulle fêlure dans sa voix, malgré la peine visible qu’elle ressentait pour le Grand Prêtre. En cet instant, Aoatea paraissait plus fragile, plus réelle que n’importe qui d’autre. Les ombres donnaient à son corps l’impression d’être perdu, tel une étoile tombée du ciel, ou un papillon accroché à une toile d’araignée. Elle ferma brièvement les yeux. Ce mouvement modifia considérablement sa physionomie. Ainsi, sans les soleils irradiant de son regard, elle ressemblait à n’importe quelle torhille.

- Le Màr Tàralöm requérait notre aide.

Lorsqu’elle rouvrit les yeux, la radiance de ceux-ci transfigura à nouveau sa personne. La torhille avait cédé le pas à la mirifique Archiprêtresse, ultime représentante de la Déesse aux Larmes de Feu. Une rumeur circulait depuis des années, faisant des prunelles de l’Avatar des larmes de flammes insérées dans le corps d’une femme. On racontait, parmi le bas peuple, que le simple fait de croiser son regard pouvait enflammer les esprits.

- Notre clergé souffrait de l’incompétence de ton prédécesseur. Il était nécessaire d’envoyer quelqu’un de valeur pour redresser la situation avant qu’elle ne devienne critique. Ma confiance en tes talents ne s’est jamais tarie. Je suis fière de voir ce que tu as accompli ici. Tu as toute ma gratitude. C’est un honneur de t’avoir eu pour apprenti. Ne te prive pas du droit de jouir de ta réussite. Ne renies pas ce que t’ont apporté les ans. Admire comme le reflet de ton âme est magnifique ! Nul ne peut prédire où et quand la grâce de Flarmya nous touche. Je suis seulement heureuse de voir que tu as trouvé Asaleith au travers des épreuves.

Un fin et énigmatique sourire incurva les lèvres de l’Archiprêtresse. Son regard aimant englobait Marek et son Brun dans leur entièreté, incluant les ténèbres qui émanaient de leurs pensées les plus amères. La souffrance était parfois inévitable, certes mais elle ne devait pas faire oublier la beauté ou les joies de la vie. Un curieux pincement d’envie lui vrilla le cœur. Eternellement seule en dépit de sa nature plus que duale, Aoatea comprenait toutes les formes de l’amour mais ne les ressentirait probablement jamais. Ce que partageaient Asaleith et Marek lui échappait. Voulait-avoir posséder leur semblance ? Désirait-elle connaître un amour impossible ? Pouvait-elle souhaiter quelque chose pour elle seule ? Elle expira un soupir étranglé. L’émotion quitta son cœur aussi fugacement qu’elle était venue.

- M’aimerais-tu…

Sans malice, sans compassion, le regard d’Aoatea paraissait vouloir transpercer l’âme de Nezvan.

- … Si je devais ressembler à n’importe quelle femme ?*

Sa voix n’avait été qu’un souffle, son timbre vibrait d’une clameur assourdissante dans un silence trop oppressant. Il ne restait plus rien de la torhille derrière ce faciès hiératique, sculptural, d’une beauté terrible à contempler car hors de cette réalité, tandis que l’Elue de la Déesse dardait l’entière flamboyance de ses iris sur celui en lequel elle avait placé, malgré elle, des espoirs qu’elle n’avait réservé à personne d’autre.

- Ne t’es-tu jamais dit que cet amour était peut-être le fruit immature et confus d’une dévotion sincère envers notre déesse ?  

Une lame aussi affûtée que la langue d’Aoatea del Sûrion n’aurait pas tranché plus nettement la trame du destin.


*Citation de Pirates des Caraïbes : Calypso à Davy Jones


L'on rencontre souvent sa Destinée
Par les chemins que l'on prend
Pour l'éviter
***

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MessageSujet: Re: [RP] Le Sacrifice de Flarmya   [RP] Le Sacrifice de Flarmya Icon_minitimeDim 2 Fév 2020 - 22:17


Dans l’instant de tension qui suivit son âpre confession, leurs yeux se rencontrèrent, turquoise contre topaze, la Torhille posant sur son ancien apprenti son regard sans âge, semblant percer les voiles illusoires de la matière, contemplant son être même. Derrière cette apparente évaluation, silencieuse, se lovait une intolérable compassion, une fallacieuse compréhension qui, il en était persuadé, ne se serait révélée que chimères si seulement il avait possédé le courage de la confronter encore à ce sujet. Aoatea pensait peut-être connaître son âme, pour l’avoir modelé, pour avoir fait de lui ce qu’il était maintenant … Mais il y avait bien longtemps, cependant, que Nezvan, cet adolescent taciturne et pourtant si naïf, avait été consumé par les flammes insatiables du Màr Tàralöm. Que restait-il de lui, à présent, fusse-t-il hanté par les mêmes démons qu’alors, sinon cet attachement vertigineux, cette accablante, suffocante adoration, qu’il éprouvait pour elle ? L’amour, dans toute sa violence, n’était pas une chose que les Dieux pouvaient saisir. Dans son champ de vision, entièrement dévoré par la présence souveraine de son Archiprêtresse, la silhouette de cette dernière fluctua soudain, et ses paupières se serrèrent en réponse, son corps se plaquant un peu plus contre la roche froide, vaine tentative pour lui échapper. Perdu dans l’obscurité, il entendit ses mots sans en saisir le sens.

Si près l’un de l’autre, bien trop douloureusement proches, et pourtant, il semblait à Marek qu’ils n’avaient jamais été si éloignés. Vivante statue de marbre, figée dans cette terrible perfection que l’on pouvait rencontrer chez ces idoles représentant Flarmya éparpillées à travers le Sanctuaire, elle ne reprit pas immédiatement la parole. Et le silence s’étira, ses griffes invisibles écorchant sa chair et réduisant à néant toute force qui pouvait encore subsister en lui. Avait-il réellement attendu une toute autre conclusion à ses aveux, à ces sentiments qu’il lui avait craché à la figure, dans l’espoir, peut-être, de la voir fléchir et chanceler ? Folie. Etait-il devenu fou, à l’instar de ceux qui peuplaient depuis trop longtemps ce royaume de sang et de cendres ? Tiraillé, déchiré, entre deux désirs opposés, il ressentait la nécessité oppressante de fuir son regard, avec cette aura de divinité qui y luisait sombrement, et pourtant, brûlait de de venir s’abandonner, s’offrir entièrement, à ses flammes vengeresses et purificatrices, à cette promesse muette de souffrances enfin abrégées … Pour ne plus faire qu’un avec elle, avec Flarmya même. En réalité … Il désirait désespérément briser ce masque impassible et sacré qu’elle arborait face à lui, pour révéler enfin la femme mortelle derrière lui, seule à même de le comprendre, de le voir pour qui il était réellement.

Aoatea ... La blessure qu’elle lui avait infligé, près de dix ans auparavant, pouvait-elle être compensée par cette peine, cette douleur douce-amère, qu’il venait de lui causer en lui livrant ses pensées les plus inavouées ?

La morsure impitoyable d’Asaleith sur son cœur lui arracha un sursaut effaré, et la gorge prise dans un étau, tuant dans l’oeuf toute autre réplique cinglante qu’il aurait voulu lui adresser, ses iris d’outremer s’élargirent en contemplant la perle cristalline, solitaire, qui frangeait maintenant les cils d’Aoatea. Qu’avait-il fait ? Devant ses regrets, si malheureusement évidents, saisi par une angoisse nauséeuse, l’Ondin sentit la bile, âcre, venir remonter dans sa gorge, tandis qu’à ses doigts, crispés comme des serres, la toxine refluait lentement. De ceci, de cette désolation sincère et si librement exprimée, il était pleinement coupable. A cette constatation, quelque chose se brisa en lui, nettement, et il détourna le regard, incapable de soutenir celui de cette femme qu’il aimait plus que tout autre être au monde, peut-être même plus encore que sa propre moitié d’âme. Tremblant, il essaya, vainement, de puiser dans la sage impétuosité de son Brun, mais leur lien paraissait étrangement insaisissable, lui échappant à chaque fois qu’il tentait de s’en approcher.

Alors, la tête baissée comme un enfant pris en faute, il ne répondit pas non plus lorsque l’Archiprêtresse lui démontra les raisons cachées derrière chacune de ses décisions le concernant. Tout ce qu’il avait désiré savoir, tout en craignant de l’apprendre, d’apprendre cette vérité qui pouvait le détruire, réduisant en cendre la moindre de ses croyances. Il laissa échapper un souffle difficile, muselant le gémissement de désespoir qui frémissait sur ses lèvres. Lorsqu’elle soupira, elle aussi, presque à l’unisson, il releva les yeux, hésitant, contemplant un instant son visage apaisé, privé de la radiance pétrifiante de ses iris dorés. Il entrouvrit la bouche, sans savoir pourtant ce qu’il pourrait bien lui offrir comme réconfort, ni s’il pouvait encore s’estimer légitime pour lui demander, la supplier, de lui accorder une nouvelle chance. Elle semblait ainsi si vulnérable, si humainement faillible … En la voyant, il ne pouvait contenir cet espoir aveugle, puéril, si vaniteux, que lui, entre tous, serait capable de l’atteindre, de toucher le cœur vif de la femme derrière l’avatar divin. Ne la connaissait-il pas mieux que personne ? N’avait-il pas été l’ombre derrière chacun de ses pas pendant tant d’années ? Ne méritait-il pas plus de considération de sa part ?

Lorsque ses délicates paupières se rouvrirent, laissant à nouveau libre cours à toute la flamboyance royale de la topaze, la mâchoire du Maître Brun se contracta imperceptiblement, infime signe de la colère mouvante qui rampait toujours en lui, et il se raidit devant ses compliments et la gratitude dont son paisible exposé s’auréolait. Valeur. Confiance. Honneur. Fierté. Avait-il réellement de quoi s’en vanter ? Cela ne lui inspirait malheureusement aucun réconfort. Que pensait-elle lui apporter, en lui présentant ses accomplissements comme une réussite, lui qui avait à peine su maintenir l’influence du Grand Prêtre de Flarmya au sein du Concile ? Durant toutes ces années, tout ceci n’avait été qu’une futile fuite en avant pour lui. Un vertige le balaya soudain, et il chancela, s’appuyant lourdement contre le mur derrière lui, luttant contre l’envie de l’embrasser, de sceller ces mots sur ses lèvres avant qu’ils ne soient prononcés. Il ne lui infligerait pas cette nouvelle humiliation. Mais que lui resterait-il à quoi se raccrocher, une fois qu’ils se seraient quittés, peut-être définitivement ? Ce n’était pas … Ce n’était pas ce qu’il voulait entendre, ce qu’il avait besoin d’entendre. Il ne voulait pas en arriver là.

Pressentant la question qui suivrait, redoutant la souffrance qui accompagnerait le dénouement de leur rencontre, il lui jeta un regard éperdu, presque implorant … Mais, implacable, elle poursuivit pourtant dans un murmure, lui adressant un sourire doux et mystérieux qui ravagea son âme comme une tempête d’hiver cinglant les côtes. Rejetant cette fugace parcelle d’humanité, Aoatea s’était à nouveau glissée dans la peau de l’Archiprêtresse, parfaite incarnation de Flarmya, examinant avec détachement le cas de conscience de celui qui avait autrefois été son apprenti bien aimé.

« M’aimerais-tu … Si je devais ressembler à n’importe quelle autre femme ?  Ne t’es-tu jamais dit que cet amour était peut-être le fruit immature et confus d’une dévotion sincère envers notre déesse ? »

Se mordant les lèvres pour contenir les larmes de rage et d’angoisse mêlées qui menaçaient toujours de le déborder, il secoua la tête, refusant d’entendre le véritable questionnement derrière ses paroles. Comment pouvait-elle remettre en doute la nature, l’objet même de ses sentiments ? Il s'était durant si longtemps questionné, jusqu'à l'écoeurement, refusant d'admettre la vérité, sur ce que pouvait réprésenter la Torhille à ses yeux, qu'il en était sûr, enfin. Ainsi, à travers toute sa détresse et sa confusion, c’est un éclat de rire froid et amer qui lui échappa, tandis qu’il se détachait lentement de la muraille pour l’affronter, un poids lourd et dévorant sombrant dans ses entrailles.

« Non, même encore maintenant tu ne comprends pas, Aoatea. S’il est évident que j’adore Flarmya et que je ne renoncerai en aucun cas à la servir, l’amour que j’éprouve pour elle n’est pas comparable à celui que je ressens pour toi. J’aime la femme que tu es, toute entière, corps et âme, et j’aime la Déesse que tu représentes. Mais ceux-ci, sont deux choses bien distinctes. Ne me fais pas l’affront de prétendre que je suis incapable de faire la différence. »

Ses lèvres pincées en une ligne fine, Marek se détourna finalement, et, la frôlant de l’épaule, fit quelques pas hors de la sphère écrasante de son influence, ne pouvant supporter une minute de plus de s’y soumettre, au risque d’y perdre définitivement la raison, de se laisser aller à des actes qu’il regretterait éternellement. Flarmya aie pitié de lui ! Lui tournant le dos, bras étroitement croisés sur sa poitrine, glacé jusqu’au plus profond de son être en dépit de la chaleur de cette fin d’été, il murmura sourdement :

« Il semblerait que ma tâche au Màr Tàralöm soit achevée. Tu l’as toi-même sous-entendu. Je n’ai plus rien à faire là. Je suis désolé ... »

Alors, sans oser se retourner pour lire sur son auguste visage le chagrin que sa déclaration avait très certainement provoqué en elle, il se força à se remettre en marche, à s’éloigner d’elle, à lutter contre cette attraction magnétique qui le retenait prisonnier auprès d’Aoatea, qui le poussait à vouloir se jeter à genoux, à ses pieds, pour l’implorer de le pardonner. Ses jambes aussi lourdes que du plomb, il tituba à demi, un pas après l’autre, de plus en plus rapidement, hanté par la seule idée de fuir la Torhille, le plus loin, le plus vite possible. N’importe où, n’importe où ferait l’affaire, tant que ce n’était plus ici, tant que ce n’était plus au Màr Tàralöm, où tout lui rappellerait éternellement ce à quoi il avait du renoncer.

Et pourtant, se dressant face à lui, crocs dénudés, Asaleith lui barra la route. Lui qui s’était tenu silencieux, en retrait, durant toute la durée de sa confrontation avec Aoatea, pourquoi son Brun choisissait-il ce moment précis pour intervenir ? Il ne comprenait pas, ne comprenait plus.

« Laisse-moi passer, Asaleith ! »

**Je ne croyais pas avoir lié mon âme avec celle d’un lâche. Est-ce ainsi que tu affrontes ton destin, que tu espères gagner le cœur de celle que tu désires ?**

Ses iris s’agrandissant sous le choc, toute couleur se retirant de son visage déjà bien trop pâle, c’est presque en criant qu’il lui répondit :

« Il n’y a plus rien à gagner, lorsque tout est perdu ! C'est terminé ! Ma place n’est pas ici, toi comme moi, nous l’avons toujours su ! »

Rien, alors, n’aurait pu le préparer à la colère de son Lié, qui, les prunelles se teintant d’un rubis agressif, darda sur lui un regard menaçant, se rapprochant de lui jusqu’à le repousser en arrière, sans délicatesse quoi que sans violence inutile. Asaleith ne pouvait plus, à présent, se contenter d'être spectateur, il lui fallait agir, sans quoi son Ondin s'égarerait pour de bon dans de bien dangereux chemins.

**Tu abandonnerais donc sans un regard en arrière, sur un misérable coup de tête, tout ce que tu as mis des années à construire ? Ton rang, ton statut au sein du Màr Tàralöm, le respect dont tu jouis ? Et où irais-tu ? Je te pensais plus raisonnable que ça, mon frère.**


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MessageSujet: Re: [RP] Le Sacrifice de Flarmya   [RP] Le Sacrifice de Flarmya Icon_minitimeMer 18 Mar 2020 - 14:52

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Aoatea del Sùrion
Archiprêtresse de Flarmya pour tout Rhaëg


The Christening - James Newton Howard
(Maleficent OST)


- Je t’ai déçu, n’est-ce pas ? En ne répondant pas à tes attentes.

Le jugement était sans appel. La voix de l’Archiprêtresse vibrait telle la corde d’un arc. Chaque mot était une flèche perçant les fragiles chairs de cet ondin habité par des ténèbres autrement plus solides que celles dont se targuaient les Fondateurs du Màr Tàralöm des siècles auparavant. Le sang ne coulait pas. Le fluide invisible et inaltérable des émotions emplissait davantage la pièce, jusqu’à menacer la clarté des astres nocturnes et étouffer le vol de quelque lucioles solitaires. Sous ses paupières à demi-baissées brillaient la radiance de ses prunelles. Et dans l’or liquide se reflétaient les songes d’une existence rêvée où il n’y aurait eu ni dragon ni déesse en ce monde. Les assauts répétés du Haut-Prêtre Ardent auraient fait frémir la femme, auraient ému le cœur et serré la gorge à l’étouffer de toute âme mortelle, au moins un petit peu par leur éclat virulent…
Dans les replis cachés de son cœur, Aoatea n’y nourrissait que des regrets. Dans le maelstrom de paroles qui se voulaient blessantes, qui devaient heurter l’armure de l’Avatar de Flarmya, elle sentait la douleur sourdre de vieilles plaies jamais guéries et dont elle se savait partiellement coupable.

- Oses-tu m’accuser de n’être pas ce que tu désires et espères ? Ne peux-tu te contenter de moi, et moi-seule, telle que je suis, pleine et entière ? Alors même que tu refuses la part intrinsèque de divin en moi ? Je crois… Ce n’est pas cela, l’amour. La frustration qui te ronge, c’est toi-même qui l’alimente. Je ne peux te donner ce que tu souhaites. Et tu le sais depuis longtemps.

La fureur d’une femme blessée enflait en Aoatea. Le venin de Marek d’Ardiénor ne faisait qu’alimenter l’incendie prêt à tempêter au sommet de l’Observatoire. Derrière ses yeux plissés et les traits figés de l’Archiprêtresse soufflaient le vent de la colère et de l’indignation. Un instinct fort, d’une possessivité destructrice à l’image d’une Reine Dragon ou d’une déesse bafouée, balayait l’eau de pluie d’une quiétude savamment étudiée durant des années. Si son ancien élève semblait vouloir en finir au plus vite et avait jeté ses derniers maux dans la bataille, Aoatea ne s’avouait pas vaincue pour autant. Cette guerre des sentiments, car ainsi l’avait-il déclarée malgré lui, ne faisait que commencer.

Ce fut son tour de déverser la marée de ses émotions sans la barrière de la pudeur ou de l’étiquette, sans prendre garde aux blessures qu’elle pourrait causer. Dans l’air résonnait la musicalité dangereuse du véritable pouvoir. Impérieuse dans son courroux, l’Archiprêtresse n’avait pas bougé et, cependant, elle emplissait la pièce de toute son écrasante majesté.

° Comment oses-tu me tourner le dos ? Je ne t’ai pas donné la permission de quitter mon service, pas plus que d’emprunter ces escaliers. C’est moi qui jugerai le temps venu pour te libérer de ta mission au Màr Tàralöm. Si tu ne peux voir à sa juste valeur les immenses bienfaits que tu as accompli dans ce Kaerl, je saurai te guérir de ta cécité. Tu sers un plus grand dessein. Ne l’oublie jamais. Regarde-moi, Marek d’Ardiénor ! °

Aoatea était un vaisseau, celui inaltérable et immaculé de la puissance de trois facettes extraordinaires, réunies en une seule incarnation en apparence bien fragile. Si la tempête paraissait s’apaiser et la lumière surnaturelle du pouvoir quitter peu à peu son regard, celle qui était plus qu’une torhille fit quelques pas en avant, accorda ce qui ressemblait à une caresse mentale à Asaleith pour le remercier de son secours, regarda d’un air tranquille le dos frémissant de rage et d’angoisse de son protégé.

- Ecoute ton Lié. Il est plus sage et clairvoyant que tu ne l’es aujourd’hui. Pourtant, il est ton parfait reflet. Si tu refuses de l’écouter, tu t’amputes d’une grande partie de toi-même. Tu romps ton équilibre intérieur… Tu ne risques rien si tu n'engages aucune force dans la bataille comme tu le fais maintenant !... Tu n’as rien perdu. Tu ne m’as pas perdue. Je t’ai toujours aimé, Nezvan.

Les lèvres tremblantes de larmes retenues, elle avança d’un dernier pas. Il lui aurait suffi de tendre la main pour toucher l’épaule du Haut-Prêtre. La lueur dansante des flambeaux se courbait docilement sur les traits chéris de l’un de ses meilleurs apprentis. Egarée dans sa contemplation, elle demeura silencieuse quelques instants.

- Je regrette que nous ne nous soyons pas parlé plus tôt. Tant de peine aurait pu être évitée. Laisse ta souffrance derrière toi. Ce fardeau, que tu as créé et dans lequel tu t’es emmuré, que j'ai refusé de voir pendant des années... Je t’en libère.

Sa main se posa sur les chaudes écailles du poitrail d’Asaleith. Sous ses doigts roulaient les muscles noueux du dragon. Son cœur puissant palpitait en échos du sien. Sous l’émail métallique, elle percevait la couleur de son âme, le brasier de ses origines et le lent ressac des eaux ténébreuses de l’enfant perdu se mêlant à ces flammes. Par ce geste anodin et pourtant intime, elle étreignait autant le Brun que l'ondin.

° Je t’aimerai toujours... °

Jamais elle n’oubliait ni ne cessait d’aimer ses protégés : voilà quelle était la plus grande fêlure dans l’âme d’Aoatea del Sùrion.


L'on rencontre souvent sa Destinée
Par les chemins que l'on prend
Pour l'éviter
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MessageSujet: Re: [RP] Le Sacrifice de Flarmya   [RP] Le Sacrifice de Flarmya Icon_minitimeJeu 2 Avr 2020 - 16:39


Là où il aurait voulu fuir, chercher à échapper, vainement, à cette emprise que ses propres sentiments maintenaient sur son cœur, déchirant une par une ses certitudes en lambeaux frémissants, il avait été arrêté par celui-là même qui partageait, jour après jour, le fardeau de sa vie. Pourquoi son frère d’âme, son dernier rempart contre l'anéantissement, se dressait-il contre lui ? Son regard d’outremer élargi par l’incompréhension, il esquissa quelques pas chancelants en arrière, repoussé par la force virulente d’Asaleith.

A chaque pulsation du sang à travers ses veines, enflait en lui un atroce sentiment de trahison et de défaite, lui laissant un goût amer au fond de la gorge, comme la nausée menaçait de le submerger. Il avait perdu oui, car, comment aurait-il pu gagner une guerre menée contre lui-même ? Il ne lui restait plus à présent qu’à subir les conséquences de ses actes, de ses paroles, de ce venin dont il les avait volontairement enduites.
Figé, tremblant de tant de tension contenue, il ne pouvait que sentir croître derrière lui, impuissant, la vertueuse colère de la femme qu’il avait aimé au point de la blesser. Il la ressentait sur sa peau, ramper le long de sa colonne vertébrale, cette puissance inhérente à celle qui recelait en son sein un fragment de divinité … Et avec elle, toute la peine, la douleur et la menace qui auréolait ses mots, tandis qu’elle se rapprochait lentement, chaque pas resserrant l’étau qui empoignait sa gorge. Il ne pouvait à cet instant voir son visage, mais l’imaginait sans mal, ce maëlstrom dévorant toute autre lumière que celle qui irradiait de l’Avatar de Flarmya, comme un astre égaré sur terre, comme si son éclat pouvait à lui seul éradiquer les ténèbres dans lesquelles il se noyait désespérément. Un brasier aveuglant, dévorant, qui ne tarderait pas à l’engloutir lui aussi, et pour de bon, cette fois.

Abattu par une fulgurante résignation, ses mains retombèrent à ses côtés, s'affaissant à l’image d’une marionnette dont on aurait soudain coupé les fils.

« Aoatea ... »

Sa voix s’était brisée à peine son nom avait-il franchit la barrière de ses lèvres, pitoyable supplique  autant qu’appel au secours. Il ne la méritait pas. Il regrettait … Il regrettait tellement, mais savait pourtant que, si on lui offrait la possibilité de tout effacer, de revenir en arrière, à cet instant précis où ses yeux d’enfant avaient croisé ceux de la Torhille pour la première fois … Il ferait à nouveau ce choix, il suivrait à nouveau cette voie, avec tout ce que cela impliquerait pour lui, pour eux. Pour elle, pour son amour et son absolution, il serait capable de subir mille maux, de damner jusqu’à son âme.
Incapable de poursuivre devant le jugement silencieux qu’il lisait dans les prunelles rougeoyantes de son Lié, ses entrailles s’étaient nouées d’une vive terreur lorsqu’avait éclaté dans son esprit l’avertissement de l’Archiprêtresse. Ses mots, à chacune de ses respirations, il les avait senti se graver et s’inscrire, un par un, dans sa chair, au plus profond de ses os. Elle n’avait pas ouvert la bouche. Quel besoin aurait-elle eu de le faire quand elle pouvait simplement projeter ses pensées et ses émotions, dans le creux de sa conscience ?
Jamais encore, réalisa-t-il, il n’avait connu à Aoatea un tel courroux. Jamais encore une telle peur ne l’avait-elle glacé face à la Torhille. Et il dû lutter, de toutes ses forces, pour ne pas se jeter face contre terre, pour ne pas se prosterner devant la vivante incarnation de la Déesse aux Larmes de Feu, lutter pour ne pas répondre à cette envie, ce besoin irrépressible de s’oublier une dernière fois dans ces iris de topaze et d’or. Puisqu’il était destiné à n’être qu’un pantin entre ses mains, qu’elle fasse de lui ce qu’elle entendait. Il avait renoncé à se battre. Il suivrait les desseins qu’elle tracerait pour lui.

**Marek … Pourquoi t’obstines-tu ? Pourquoi t’infliger tant de souffrances inutiles ?**

Chez Asaleith, la colère avait finalement partiellement cédé face à l’inquiétude, et il s’en ouvrit anxieusement à la Torhille. L’admonestation d’Aoatea, quoi que amplement méritée, n’avait certainement pas eu pour but de le briser. Et pourtant, à voir les larmes commencer à rouler librement, presque paresseusement, le long des reliefs agités de son visage hâve, une profonde angoisse balaya le dragon. Son regard se plongea dans l’océan déchaîné sous l’orage et la tempête, cherchant une prise, n’importe laquelle, cherchant à saisir ce qui faisait l’essence de son Lié pour le ramener à lui. Rien, il n’y avait rien, rien d’autre que les complaintes tourmentées du vent et le jaillissement des vagues. Comment un être pouvait-il souffrir autant dans son âme, dans son cœur, sans qu’aucun sang ne soit versé, sans que sa chair vive ne soit atteinte ?

Le Brun ne bougea pourtant pas, offrant sans un mot sa confiance à l’Avatar de la Mère des Dragons. Sans doute n’y avait-il qu’elle pour pouvoir cicatriser ses plaies, pour le tirer de cette obscurité dans laquelle il s’était perdu, dans laquelle elle l’avait tout autant rejeté qu’il y avait plongé de son plein gré.

Un pas, un dernier pas, et elle fut à son côté, offrant à Asaleith une caresse mentale, tranquille et chaleureuse, qui lui inspira une fugitive bouffée de gratitude, rayon de soleil perçant les nuages qui étreignaient son âme. Marek n’avait pas bougé, n’avait esquissé aucun mouvement, mâchoire contractée, sourd et muet, ses iris d’outremer fixés sur les flammes de la torche, droit devant lui, sans toutefois sembler les percevoir réellement. Et ses larmes, pures perles cristallisant le deuil à présent inévitable de ce qui ne serait jamais, elles, continuaient à couler en silence, sans que l’Ondin ne cherche à les arrêter. Peut-être n’en avait-il même pas conscience, de ce qu’elles faisaient écho à celles qui frémissaient sous les paupières de la femme qu’il aimait ... Leur flot grossissant, encore, et encore, inexorable, alors que l’Archiprêtresse lui affirmait doucement ses regrets et tout l’amour qu’elle lui portait. Ô combien douce-amère était leur saveur !

« … Tu n’as rien perdu. Tu ne m’as pas perdue. Je t’ai toujours aimé, Nezvan. »

Un gémissement sourd, presque un soupir, échappa au Brun, et il se tendit, appuyant ses rudes écailles contre la paume tiède qui courait sur elles, s’offrant au baiser tendre de ses doigts qui l’effleuraient. L’espace d’un instant, Asaleith comprit, enfin, cette émotion vertigineuse, tout ce que pouvait représenter Aoatea pour son Ondin, la place qu’elle occupait, et avait toujours tenu dans sa vie … Et pourquoi l’expression de son affection pour lui, réelle et sincère, était si douloureuse à entendre. Incompatible avec les espoirs inavoués qu’il avait nourrit dans les jardins secrets de son âme pendant toutes ces années. Au fond de lui-même, Marek le savait déjà, il l’avait su avant même que cette confrontation ait lieu. Et ses dernières paroles sonnaient bien trop comme un adieu, comme les prémisses d’une séparation, pour ne pas l’atteindre, même là, en ce lieu inaccessible pour son Lié, où son cœur en peine s’était replié.

° Je t’aimerai toujours... °

Vacillant sur ses pieds, il se tourna doucement vers elle, ses iris d’outremer hantés par une ombre bien plus terrible qu’elle ne l’aurait du. S’emplit de la vision de son profil fier et altier, de l’aura de divinité qui l’auréolait encore. Tenta, désespérément, de fondre à nouveau en une seule et même image, la femme, la dragonne, et la déesse qui se partageaient ce corps, ce visage aimé. Et enfin, lui offrit un sourire, difficile, tremblant, accompagnant son murmure rauque et désolé :

« Pardonne-moi, Aoatea, je t’en prie. »

Une infime crispation parcouru ses doigts, avant qu’ils ne se contractent en un poing serré, comme pour s’empêcher de se tendre vers elle.

« Penses-tu pouvoir réussir là où dix ans d’éloignement, dix longues années sans que je ne cesse un seul jour de penser à toi, ont échoué ? Toi qui porte en toi un fragment de notre Déesse, dis-moi, comment pourrais-tu seulement accomplir ce miracle ? Je ne peux pas cesser de t’aimer. Je n’y survivrai pas, tu sais. »

Et derrière les larmes renouvelées de l’homme qu’il était devenu, se terrait encore l’enfant éploré qui avait tant perdu, celui qu’Aoatea appelait tristement Nezvan, celui qui s’était si difficilement reconstruit par dessus ces cicatrices, qu’il ne survivrait pas à une nouvelle fragmentation de son être, à ce nouveau naufrage. Alors, face à cet aveu d’impuissance honteuse et égoïste, Asaleith se tendit, entourant son frère d’âme du voile pudique de son aile, le masquant ainsi un temps à la vue de cette femme, qui constituait une part si fondamentale de sa vie, qu’elle et lui ne pouvaient envisager de se résoudre à cette ultime solution … A sacrifier au nom de Flarmya ce qui les liait tous deux.


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MessageSujet: Re: [RP] Le Sacrifice de Flarmya   [RP] Le Sacrifice de Flarmya Icon_minitimeJeu 7 Mai 2020 - 12:08

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The Curse Won’t Reverse - James Newton Howard
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Dans les iris de l’Archiprêtresse dansait un ciel incendié par une aube toujours renaissante. Son cœur palpitait en échos sourds, grondant tels de lointains coups de tonnerre, en rythme avec celui du dragon brun. La voix d’Asaleith vibrait dans son esprit, chaude et enivrante, charriant le souffle ardent d’une âme qui réclamait son aide. Elle n’avait jamais refusé sa compassion ni ses bienfaits, à qui que ce soit. Flarmya était une hôte accueillante, fidèle et puissante. Elle aimait chacun de ses enfants avec la même force, du plus prodigieux au plus faible, en passant par le plus abject.

Ses aïeules avaient-elles également passé cette épreuve ? Avaient-elles toutes été confrontées à pareil déchirement ? Comment devait-elle agir ? Elle n’avait pas appris à dire adieu. Elle ne connaissait pas ce mot. Elle savait que chaque chose avait une fin. Une fin qui appelait un recommencement, au-delà du temps et de l’espace, lors de la réunion des âmes après la mort. Car la mort n’était pas une fin en soi. Ici et maintenant, son enseignement se trouvait foulé aux pieds par un enfant qui ne rêvait que de l’aimer, sans que ni l’un ni l’autre ne comprenne comment ni pourquoi.

- Il n’y a rien à pardonner !

Les mots avaient jaillis sans pouvoir être retenus. Interloquée, aussi surprise sans doute que Marek d’Ardiénor lui-même, elle écouta le son de sa propre voix se répercuter sur les hauts murs de l’Observatoire. Le sommet de la tour touchait presque les nuages. Et le son se réverbéra avec d’autant plus d’audace qu’un silence plaintif l’avait précédé. Aoatea s’aperçut de l’emballement de son rythme cardiaque avec stupeur. Elle se força à reprendre son calme, caressant le poitrail d’Asaleith pour espérer retrouver un peu de sérénité. Les yeux grands ouverts sur le monde et tout ce qu’il recelait de plus beau, elle contemplait son meilleur élève comme au premier jour de leur rencontre. Avec tendresse et curiosité.

Un léger éclat de rire s’échappa de sa gorge comme elle se laissait soudain tomber au sol, telle une fleur purpurine veinée d’or et à la corolle de nuit. Un éclat teinté d’innocente malice brillait dans son regard. La douleur qui sourdait de son Nezvan fut balayée par le carillon de son rire. La pièce sembla alors rayonner d’une douce lueur. Ses deux bras enserrant amoureusement, chastement, le large cou du Brun, elle reposa sa tête sur ses fraîches écailles et ferma un instant les yeux. En silence, elle apprécia l’harmonie qui se dégageait de son âme. Elle rouvrit les yeux sur le jeune ondin. Son visage arborait une expression tranquille, digne d’une mortelle ordinaire qui accepte l’irréfutable.

- Pourquoi chercher à guérir d’une blessure qui peut être effacée ? Pourquoi aimer le mal quand on peut en être libéré ? L’amour ne doit être ni un fardeau ni une obligation. Ne désespères pas, Marek d’Ardiénor. L’amour que tu me voue, je le chéris comme un trésor et je le préserverai tant que durera mon existence sur cette terre. Si tu ne peux cesser de m’aimer, je ne le peux pas davantage. Est-ce une raison pour nous faire souffrir l’un l’autre ? Cet amour que tu ne peux assouvir deviendra ta force, la lumière de ta foi en Flarmya… Et en moi. Il sera ton étendard autant que ton bouclier.

Dans les opales d’or céleste de l’Avatar ne se reflétaient plus la lumière des flambeaux ou de sa propre grâce. L’éclat de la déesse transparaissait derrière la fragile barrière de la chair.

° Je ne peux pas t’appartenir. Si ton amour est pur et véritable, il te sauvera. Il te mènera là où ton destin t’attend. Garde foi en toi. N’oublie jamais qui tu es. °

Sous l’aile d’Asaleith, laquelle ombrait de délicats reflets leurs visages, Aoatea n’aurait eu qu’à tendre le bras pour toucher son ancien apprenti. Elle aurait pu le prendre dans ses bras, essuyer ses larmes et l’étreindre jusqu’à dissoudre ses doutes et son identité. Encore une fois, elle ne le ferait pas. Nezvan était bien trop précieux pour ce monde – et pour elle. La dragonne donnant corps à une partie de sa psyché préféra raffermir sa prise autour du cou d’Asaleith. Frotter sa peau satinée sur son émail automnal. A travers cette partie de leur âme, elle voyait dans le dragon un symbole de renaissance. Car à l’égal de la saison pluvieuse, il incarnait l’approche de la saison morte et le renouveau du cycle de la vie. Car il fallait d’abord emprunter une voie pavée de ténèbres pour mériter la lumière, pour se découvrir soi-même.

Lorsqu’Aoatea del Sùrion relâcha son étreinte et se redressa pour venir se porter à la hauteur de Marek d’Ardiénor, un fin sourire énigmatique ourlait ses lèvres. Son regard englobait avec fierté l’ondin. Si ce dernier ne pouvait pas voir, dans cet instant de perdition, tout ce qu’il avait accompli et tout le chemin parcouru, elle-même n’en doutait pas. Jamais. Ce n’était qu’un au-revoir.


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MessageSujet: Re: [RP] Le Sacrifice de Flarmya   [RP] Le Sacrifice de Flarmya Icon_minitimeDim 10 Mai 2020 - 12:58


"Il n’y a rien à pardonner !"

Défiant le lourd silence de l’Observatoire comme le tonnerre sous un ciel d’orage, résonnant en échos infinis contre les parois épaisses de la salle, sa réplique avait fusé, paraissant la surprendre elle-même. Lentement, pourtant, la juste colère de la Torhille semblait refluer.

Pressé tout contre les fraîches écailles d’Asaleith, son corps entier, le moindre de ses muscles contracté par les larmes muettes qu’il tentait vainement de contenir, Marek n’avait pas esquissé le moindre mouvement. Parviendraient-ils un jour à retrouver cette compréhension intuitive qui les liaient si bien auparavant, cette même volonté qui les poussait vers l’avant, durant toutes ces années passées à la Maison Mère en Ys ? Pourtant, il le réalisait, cette faculté de se comprendre à demi-mot, n’avait-elle pas toujours été uniquement du fait d’Aoatea ? Avait-il seulement, un jour, tenté de s’extraire de cette image idéalisée dans laquelle il l’avait enfermée, pour essayer d’appréhender, de percevoir ce qu’elle était réellement, ce que représentait pour elle d’être l’Avatar de Flarmya, les conséquences inévitables que cela impliquait ? Jamais, sans doute, trop obnubilé par cette adoration aveugle, ce désir égoïste qui le caractérisait encore aujourd’hui. Sans toutefois totalement saisir les drames qui se jouaient dans le cœur de son jeune disciple, Aoatea l’avait su. Elle l’avait su, mais n’en avait rien dit, n’avait rien fait pour le remettre dans le droit chemin.

Pouvait-il lui en vouloir ? Non. Non, de cela, il était bien incapable. Et ces caresses tendres et aimantes, dont elle gratifiait son frère d’âme, il ne voulait pas, ne voulait plus les ressentir. Un ronronnement doux et apaisant, à peine perceptible, s’échappait de la gorge du Brun, qui s’offrait pleinement, librement, à l’étreinte de l’Archiprêtresse. A chacun de ses souffles, le parfum si particulier qui s’échappait d’elle venait titiller sa mémoire ancestrale, effleurant sa conscience aussi légèrement qu’une plume, lui échappant aussitôt qu’il se décidait à se saisir de son souvenir. Par delà la prison de sa chair mortelle, il reconnaissait là une mère, une sœur, mais il y avait là aussi la femme que son Ondin aimait, aimait à en perdre le sommeil et la raison … Et pour laquelle il refusait de perdre celui qui représentait la moitié vitale et indissociable de son être. Asaleith ne pouvait tout simplement pas la laisser le détruire, même involontairement.

Il croisa le regard de la Torhille, ses prunelles se teintant d’un rouge-orangé douloureux d’avertissement, et recelant toujours, toujours, cet appel à l’aide informulé. Une dernière fois, rien qu’une dernière fois, pouvait-elle le tirer de l’obscurité dans laquelle il se noyait ?

Et, comme pour répondre à la prière éperdue du dragon, son rire argentin éclata, ses notes chaleureuses et inattendues se propageant à travers son vaste poitrail tandis qu’Aoatea se laissait choir à terre, son regard d’or brillant de cette malice bienveillante qui lui était propre. Fille de Solyae était-elle en vérité. C’était comme si le soleil s’était soudain incarné, écartant impitoyablement les ombres de la nuit pour faire régner sa lumière, aussi éblouissante, magnifique et tranchante que celle de l’astre du jour. Sous le voile protecteur de son aile, Asaleith sentit Marek frémir, vaincu, blessé à vif par cette joie tranquille que l’Archiprêtresse irradiait à présent. Et il suffit d’un murmure, d’une pensée, ses bras affectueusement enroulés autour de son cou, pour que cèdent enfin les barrières qu’avait si difficilement érigé son Ondin. En un torrent grossissant, le flot de ses larmes s’affranchit alors de tout contrôle, tandis que des sanglots hoquetant le secouaient. Il y avait eu une promesse tout autant qu’un renoncement dans ses mots. Que son amour ne la quitterait jamais. Qu’elle le chérirait toute sa vie durant … Et ce, même s’il ne pouvait pas, et ne pourrait jamais advenir. Un statu-quo, en attendant, que peut-être, un jour, ce sentiment grandisse, et mûrisse, pour se transformer en quelque chose de plus beau encore.

Il ne la perdrait pas.

Pendant d’interminables secondes, minutes, à moins qu’il ne s’agisse d’heures, ses larmes coulèrent librement sur ses joues pâles, les perles cristallines s’égarant sur l’émail brun de son Lié avant d’y disparaître, comme absorbées par le cuir rude du dragon. Ils restèrent ainsi tous les trois étroitement enlacés, en une communion silencieuse et bien plus précieuse que ce que de vulgaires mots, vecteurs imparfaits, auraient pu transmettre … Le cœur battant d’une même harmonie, de celui qui, acceptant la réalité de son deuil, décide de s’y abandonner, pour commencer à en guérir les plaies laissées à vif. Le deuil de ce qui avait été, et le deuil de ce qui ne serait pas. De cet amour secret et amer, qui serait leur trésor inavoué.

Épuisé, la tête bourdonnante et les yeux rougis, Marek s’écarta maladroitement d’Asaleith pour faire face à Aoatea, la contemplant pour s’emplir de son image, une nouvelle résolution gravée sur son visage dont toute dureté s’était envolée, lavée par le chagrin et l’affliction, le faisant paraître bien plus jeune qu’il ne l’était réellement. Les lèvres tremblantes, il dressa une main hésitante, s’arrêtant bien avant que la pointe de ses doigts ne puisse frôler la joue de la Torhille, puis, avec autant de renoncement qu’un enfant, fit un pas en avant, un simple pas, pour l’entourer de ses bras. Une dernière fois, rien qu’une dernière fois. Une étreinte douce-amère, mais sans ambiguïté, maternelle, et qui ne dura que le temps de quelques battements de cœur, tant il craignait, au fond de lui, de la faire se prolonger. C’était sa façon à lui de lui dire aurevoir, de lui dire adieu, scellant le serment muet de ne la revoir que lorsqu’il aurait rencontré la voie que lui destinaient les Dieux. Que lorsque son âme, détachée des affres du désir terrestre, aurait retrouvé sa paix au service de Flarmya, que lorsqu’il aurait compris … Ou peut-être choisi, qui était-il et où appartenait-il vraiment. Décidé par lui-même si oui, ou non, le Màr Tàralöm était sa véritable maison. Les regrets chevillés au corps comme tout autant de boulets, il n’avait plus d’autre choix que de tourner la page.

L’expression solennelle, il s’inclina profondément devant sa supérieure, devant l’Archiprêtresse de Flarmya, devant cette femme qu’il aimait, et aimerait toujours sans espoir de retour.

« Archiprêtresse, je requiers votre permission de me retirer. »


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MessageSujet: Re: [RP] Le Sacrifice de Flarmya   [RP] Le Sacrifice de Flarmya Icon_minitimeJeu 11 Juin 2020 - 21:28

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Aoatea del Sùrion
Archiprêtresse de Flarmya pour tout Rhaëg


Aoatea voyait le changement s’opérer peu à peu chez son précieux ami. La tempête refluait et une lumière claire, radieuse, pointait timidement sous les lourds nuages de la tourmente. Cette éclaircie était encore chétive et tardait à percer les frimas de l’hiver ; elle ne pouvait laisser présager de l’avenir. Il était trop tôt. De nombreux bouleversements risquaient de balloter la psyché de l’ondin et de son dragon dans les années à venir. Ce frêle esquif connaîtrait encore quelques écueils avant de trouver un rivage sûr où y puiser sa sérénité.

Le geste de Marek ne la surprit pas mais elle eut préféré qu’il s’en abstienne. Elle craignait qu’il ne cède à l’appel tentateur des sirènes, ces monstresses aux émotions vives dans la passion comme dans la haine et ne puisse plus se séparer d’elle ensuite. Elle savait son ancien apprenti fort et solide, tel un roseau qui plie mais ne se rompt face aux vents. Mais parce qu’elle connaissait aussi depuis son enfance, elle pouvait mettre un nom sur ses angoisses et ses faiblesses, sans avoir la force de les lui épargner. Elle ne pouvait qu’espérer, à son tour, qu’il aurait la présence morale de s’accrocher à la lueur tenu qu’elle avait vu s’allumer en lui quelques instants plus tôt. Qu’il ne s’oublierait pas dans cette étreinte en y cherchant un réconfort factice, en ranimant sa douleur.

Un fugitif éclair de peur fit briller les orbes d’or de l‘Archiprêtresse. Comme la mer paraissait calme, elle plia face à son espérance et sourit, d’un sourire de plénitude, en refermant ses bras sur le Prêtre de Flarmya. Lorsque ce dernier se recula, la vive brûlure de sa souffrance trop longtemps contenue semblait affadie. Elle était toujours là, en opacité noire marquée dans sa chair et son âme : impossible de l’ignorer. Néanmoins, elle ne régentait plus la raison de son protégé. Marek n’était pas encore libéré de ses chaînes mais la voie qui s’ouvrait à lui se ferait plus claire au fil du temps. Son cœur apprendrait la leçon. Aoatea n’en doutait pas.

- Permission accordée. Ce fut un honneur, bien-aimé Prêtre du Màr Tàralöm et Asaleith fils de Takhasya. Que les dieux vous gardent.

° Comme je vous garde en mon cœur. Nous nous reverrons. °


Mon amour ne connaît pas la honte.*
Il n'y avait pas d'adieux au sein des Enfants de Flarmya. Ce mot d'ailleurs n'existait pas. Il avait été inventé par des créatures mortelles qui ne comprenaient goutte au cycle étrange du temps et de la réincarnation des âmes. Pas par les dragons ni leurs alters egos.


Black Sails

-- FIN --


L'on rencontre souvent sa Destinée
Par les chemins que l'on prend
Pour l'éviter
***

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