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 [RP] Aux Naufragés de l'Amer

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Zoran Cynfelyn
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MessageSujet: [RP] Aux Naufragés de l'Amer   [RP] Aux Naufragés de l'Amer Icon_minitimeVen 20 Sep 2019 - 23:48

[RP] Aux Naufragés de l'Amer Maitre-celeste-520d210 & [RP] Aux Naufragés de l'Amer Ephial11
Maîtresse Sable Lewë, Liée à la Bleue Asra – Éphialtès Chantevent, Lié à la Bleue Euthymia

Aux Naufragés de l'Amer

Rusted Apart – Frida Johansson, Henrik Oja

Eurilyaku 919, quelques jours après l'Empreinte.

Cette nuit serait encore une nuit sans sommeil. Allongée, ses longs cheveux bleu paon éparpillés comme une corolle froissée sur l’oreiller, les vagues reflets mauves et bronze des Lunes venaient jouer dans les ombres couvrant ses épaules nues. Le souffle paisible de la brise estivale froissait doucement les longs voilages du balcon, en une chorale de soupirs à laquelle se joignait l’haleine agitée de la Sang-Mêlé. Dans la clarté diffuse de la nuit, elle percevait le regard d’Asra posé sur elle ; immobile comme une statue teinte du plus sombre des bleus de guède, l’obscure Dragonne veillait sur elle, en retrait de ses songes. Sable n’en tirait aucune espèce de réconfort, ou alors uniquement la maigre consolation que pouvait offrir le silence vertigineux de vastes paysages.

Elle se tourna dans son lit, encore et encore, sans parvenir à trouver le repos. Sous ses yeux grands ouverts, elle voyait se dessiner le visage de son ancien Maître, et le son de sa voix, telle qu’elle avait sonné ce jour-là, lors de l’Empreinte, résonnait avec force dans chacune de ses pensées. Vous avez fait de votre mieux, Maîtresse Lewë. Mais le moment n’est pas encore venu pour lui. Sable savait avec certitude qu’elle ne l’avait pas rêvé, même si elle n’avait pas eu le courage de se retourner pour lui faire face. Dix-neuf années durant, elle s’était évertuée à faire son deuil, et ce qui avait été possible autrefois, quand elle avait été encore jeune et désespérée de récupérer ce qu’on lui avait arraché, ne l’était plus depuis bien longtemps. Ne restait alors plus qu’une seule explication : Éphialtès Chantevent n’était pas mort et était de retour au Kaerl Céleste.

Une telle idée la plongeait dans un désarroi sans nom, auquel se mêlait les quelques rares afflux de colère que son cœur fatigué était en mesure de créer. Elle pouvait concevoir une myriade de raisons qui auraient pu pousser l’Elfe à ne pas donner signe de vie, n’était pas suffisamment naïve pour se croire importante au point de le pousser à briser son silence – mais elle ne comprenait pas. Tremblante, Sable s’extirpa de sous les couvertures et sortit d’une démarche vacillante sur le balcon, ses mains pâles enserrant la balustrade de toute leur force, sans prêter attention aux frissons que déposait le vent sur sa peau dénudée. Elle avait toujours aimé cette vue du Kaerl, l’océan d’étoiles qui s’étendait dès qu’elle levait les yeux, et aussi loin que portait le regard. Le mouvement des astres et des nuages, si lents qu’ils paraissaient immobiles, savait apaiser son âme et lui rappeler que chaque point, aussi insignifiant soit-il, avait sa place dans l’immensité monstrueuse de l’univers.

Et puis, une forme se détacha de la toile ténébreuse du ciel, semblant aspirer la lumière des étoiles entre ses écailles aux couleurs de la nuit. Asra poussa une plainte légère, tandis que Sable sentait sa poitrine se remplir d’une peur poisseuse qui l’empêchait de respirer correctement. Des ailes larges comme les voiles d’un navire apparurent alors au balcon où la Maîtresse se tenait, et les bourrasques lui soufflèrent au visage le souvenir de temps lointains, plus durs mais plus vivants. Elle eut à peine le temps de se reculer, ses jambes fines beaucoup trop faibles pour supporter le poids de son corps chancelant, que déjà une silhouette encapuchonnée glissait des flancs de la grande Dragonne Bleue. Elle s’approcha alors, s’apprêtant à révéler son visage, mais Sable recula un peu plus, les bras levés comme pour se protéger d’une apparition démoniaque, fermant douloureusement les paupières et détournant la tête pour ne pas voir.

Elle n’en était pas capable. Pas encore, pas maintenant. Les Dieux seuls savaient, pourtant, combien elle avait prié pour qu’un tel moment arrive, et jusqu’où elle avait été prête à aller pour être enfin réunie avec ceux qui avaient compté pour elle. Mais tout cela remontait à bien longtemps, et maintenant qu’elle avait enfin réussi à avancer seule, elle ne se sentait plus capable de voir ses vieux rêves se concrétiser. Une main douce et autoritaire se posa sur son épaule, et la Sang-Mêlé fut prise de tremblements irrépressibles.

« Êtes-vous enfin venu pour me dire adieu ? » parvint-elle finalement à dire, et l’amertume de son propre ton lui écorcha la langue. Lentement, elle pencha la tête jusqu’à appuyer sa joue contre la main d’Éphialtès, en savourant le contact avec dévotion, les yeux toujours clos. L’Elfe eut un profond soupir, avant d’attirer Sable à lui, l’encerclant dans ses bras puissants, et de rétorquer d’une voix grave et vibrante : « Non, je suis venu pour t’adresser mes salutations et te dire que j’étais de retour. »

Les bras pendant lâchement de chaque côté de son corps, inutiles et fébriles, la Maîtresse Bleue enfouit son visage dans la tunique d’Éphialtès, inspirant l’odeur de la laine humide – constatant avec effroi qu’elle avait oublié celle de l’Elfe. Des sanglots secs et violents la secouaient sans qu’aucune larme ne vienne pourtant brouiller sa vision. Pendant un temps incertain, jusqu’à ce que la marée recule, Éphialtès la maintint ainsi en place, serrée contre son torse, une main dans son dos et l’autre derrière sa tête, caressant lentement ses cheveux. Dans un recoin de son âme, il sentait la désapprobation d’Euthymia ; la Dragonne, froide et fière, caustique et cruelle, n’appréciait pas plus de voir son Lié se perdre dans les bras de son passé que le spectacle infiniment triste qu’offrait la pauvre Sang-Mêlé dans la tourmente. Il balaya les pensées amères de sa Liée d’un souffle soulagé, refusant de la laisser influencer sa décision.

Il fallut quelques minutes de plus pour que Sable trouve enfin la force de se confronter au visage de son ancien Maître. Avec des gestes mesurés, comme si elle avait craint qu’il ne s’agisse que d’une chimère à même de se dissiper, elle laissa ses paumes en esquisser les contours sévères – identiques à ceux qui survivaient dans sa mémoire, mais aussi terriblement différents. La main du temps n’était douce avec aucun de ses modèles, et Sable lisait dans les profondeurs claires de ses iris une peine bien plus profonde qu’elle ne voulait l’accepter.  Alors, tandis que son regard accrochait celui d’Éphialtès, ses lèvres purpurines, frémissantes, balbutièrent des paroles évidentes – qui ne semblaient plus tellement l’être, maintenant qu’il se tenait devant elle et qu’elle pouvait percevoir la réelle chaleur de sa présence.

« J’ai cru que tu étais mort. Durant toutes ces années, j’ai cru que tu étais mort – mais les morts ne reviennent jamais. Alors… Pourquoi es-tu là ? »

Éphialtès la relâcha doucement pour mieux l’observer, et Sable se sentit rougir, flancher sous l’examen minutieux dont elle faisait l’objet. Derrière lui, la masse écailleuse de sa Bleue sembla s’agiter. « C’est une longue histoire, mais je ne t’apprends rien en disant cela. »

« Dix-huit ans… » souffla à nouveau la Sang-Mêlé, un semblant d’aigreur noyé dans l’incrédulité de sa voix, et ses traits doux se muèrent en un masque froid en même temps que ses doigts se changeaient en griffes, pressant avec force l’épais tissu qui recouvrait les bras d’Éphialtès. Péniblement, elle tentait de se soustraire à l’attraction terrible qu’exerçait sur elle l’éclat flamboyant de ses yeux à la teinte toujours changeante.

« Crois-moi, j’aurais aimé qu’il en soit autrement. Je l’ai souhaité, plus fort sûrement que tu ne l’as jamais pu. » répliqua le Maître Bleu, la mâchoire serrée. Ses mots n’avaient rien de tendre, rien d’apaisant, et Sable aurait pu le haïr pour cela si elle n’avait pas été aussi misérable. Elle refusait de l’entendre, voulut détourner le visage, mais il se saisit de son menton et la força à soutenir son regard. « Penses-tu vraiment que j’aurais abandonné ma maison, mon Màr – ma famille – mes devoirs – si j’avais eu le choix ? »

« Je m’en fiche, Éphialtès ! » le coupa Sable d’un ton étouffé et suppliant, des éclairs blessés dansant dans ses iris lisses. « Je me fiche de tes devoirs ! Tu m’as abandonnée ! Je t’aimais, et tu m’as abandonnée… Pendant dix-huit ans, j’ai vécu avec ton fantôme. Je ne t’ai jamais oublié. Et toi ? »

Un grondement sourd l’avertit que son comportement dépassait les limites de ce qui était acceptable pour Euthymia, mais son Lié leva le bras comme pour empêcher la Dragonne d’intervenir. Quant à ce qu’ils pouvaient bien échanger dans l’espace partagé de leurs esprits, Sable ne pouvait décemment pas y participer. De son côté, Asra restait immobile et silencieuse, toujours égale à elle-même, se contentant d’accueillir et d’étudier les émotions contraires qui traversaient son Âme Sœur, de les disséquer avec la distance indifférente d’un chirurgien.  

« Je suis désolé, Sable. Je ne peux guère imaginer tout ce que tu as dû traverser. Pour autant, je n’étais pas ton seul fantôme. » déclara l’Elfe avec plus de douceur qu’auparavant, effleurant lentement une mèche de cheveux qui encadrait son visage. « Je ne suis pas revenu pour te tourmenter. Un mot de toi, et je ne viendrais plus te déranger. »

« Non ! » s’écria Sable, se laissant tomber dans les bras du Maître Bleu, de la même manière que si elle avait été soudainement prise de vertiges. « Non, je ne veux plus que tu partes. Je ne veux plus que tu me laisses – plus jamais. » Éphialtès la recueillit et l’étreignit brièvement, humant avec une affection non dissimulée la fragrance qu’exhalait son opulente chevelure défaite, frissonnant légèrement au contact de sa peau nue sous ses paumes hésitantes. Euthymia pouvait bien le condamner, rien ne lui paraissait plus important en cet instant que la Sang-Mêlé.

Il aurait menti en affirmant n’avoir jamais pensé à elle durant son exil, mais il aurait menti en affirmant également qu’il ne l’avait jamais oubliée. Comment aurait-il pu en être autrement, après toutes ces années, et si loin de sa terre natale ? Avant la Guerre, il avait désiré la jeune femme avec ardeur, n’avait pas ignoré que ce désir avait été réciproque. Mais Éphialtès était alors un homme engoncé dans son honneur et dans les codes de sa famille, dont il était l’Héritier. Qu’avait-il pu faire, à part repousser les avances de celle qui avait été son élève et étouffer la voix de son cœur qui menaçait de troubler sa raison ? Aujourd’hui, quand bien même le temps lui avait permis de se reconstruire, Éphialtès était un homme de regrets. Ils avaient tous deux vieilli, changé – sans aucune possibilité de revenir en arrière. Pourtant, Sable lui semblait encore plus belle, encore plus désirable que dans ses souvenirs flous – et, en réalité, il avait été surpris de réaliser à quel point la forme de son visage lui avait manqué.

« Si tel est ton souhait, alors je ne partirai plus. J’ai… J’ai abandonné mon statut d’Héritier au profit de Silindiel, la fille de ma tante. Elle est jeune, pleine d’espoirs et d’ambitions ; moi, je n’ai plus rien à apporter à cette Maison. »

Si sa confession pouvait paraître banale, Sable le connaissait trop bien pour s’y tromper. Elle haussa les sourcils, battant des cils pour chasser la perplexité qui l’envahissait, rapidement suivie par l’étreinte déchirante de l’espoir, puis leva les yeux vers l’Elfe. La fatigue qu’elle ressentait l’empêchait de prêter trop attention aux remous tortueux qui agitaient ses entrailles lorsqu’elle posait le regard sur lui. L’écrin discret de la nuit étouffait les regrets et les peurs ; ne demeuraient alors en son centre que des promesses insensées et fugitives, bordées par le velours immuable, protecteur de l’obscurité.

« Tu ne pensais tout de même pas revenir au Kaerl, après dix-huit longues années d’absence, et espérer reprendre tout ce que tu as laissé derrière toi ? » chuchota la Maîtresse Bleue avec un brin de malice, dissimulant aisément l’ironique amertume que charriait son ton de reproche. Quelque chose comme un sourire fit trembler les lèvres d’Éphialtès, tandis qu’il laissait tomber sur Sable un regard où affleuraient les plus infimes étincelles d’amusement.

« Ah ? Et qu’entends-tu exactement par là, Sable ? » La Sang-Mêlé ne répondit rien, eut à peine un sursaut rieur avant de se réfugier dans le creux de son cou. Puis, dans un mouvement aérien, presque assoupie, elle entraîna leurs deux corps enlacés en direction de sa chambre.

Demain révélerait bien si tout cela n’avait été qu’un rêve.


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