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 [RP] Une danse aux desseins clairs-obscurs, partie II

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Rūna Sălv
Chevalier Dragon
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Rūna Sălv


Date d'inscription : 07/06/2014
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MessageSujet: [RP] Une danse aux desseins clairs-obscurs, partie II   [RP] Une danse aux desseins clairs-obscurs, partie II Icon_minitimeJeu 7 Mai 2020 - 22:56

[Suite du RP "Une danse aux desseins clairs-obscurs"]


Mi-Ouranosku 919 *

Il y avait trois mois que Rūna avait retrouvé son weyr, laissé là à l'abandon près d'un an plus tôt.
Un étrange sentiment l'avait envahie alors : comme une sensation mêlant la mélancolie d'une existence révolue et la perspective d'un avenir riche et nouveau, loin de vieux démons primitifs mais proche de nouvelles ombres peut-être plus terribles encore. Derrière elle pesait un passé lourd et implacable, mais de tous les drames qu'elle vécut, que ce fussent ses viols répétés après avoir été vendue comme une bête de somme ou sa vengeance se soldant par l'affreux trépas de centaines de vies brûlées vives par sa main, le plus terrible était bien la perte de sa fille. De leur fille.  
Malgré la douleur, la fëalocë avait plus que bénéficié du soutien de sa Liée, et peu à peu ses maux se muèrent en une extraordinaire volonté de s'élever de cette énième épreuve envoyée par les dieux. Sa persévérance sans failles pourrait la mener loin, si la Fortune lui était favorable..
Et justement, cette dernière se présentait sous l'élégante et froide dureté d'Eléderkan Garaldhorf, Maître et Sang du Kaerl.

Durant son exil, l'elfe était parvenu à remonter la trace de la jeune femme qui n'avait pas laissé le moindre indice sur sa destination, pas même à Alauwyr dont elle était la secrète et éperdue concubine. Pourtant, il ne fut guère difficile au Maître-Espion de retrouver la présence de la sultane déchue au sein de son Ssyl'Shar natal. Il engagea alors une correspondance qui trouva réponse dans une étrange relation épistolaire qu'ils entretinrent sur plusieurs missives, jusqu'au jour où Rūna n'eut plus la force de répondre ni même de dicter ses mots à la main d'un tiers.
Longuement, elle hésita à recontacter son interlocuteur, mais Alauwyr Iskuvar la retrouva au même moment, noyée sous une profonde détresse et le souvenir de leurs lettres échangées fut vite balayé par le souffle du chagrin.
Depuis lors, énormément de choses étaient arrivées, et la Chevalière Incarnate avait abandonné ses haillons de fillette pour revêtir la stola d'une femme accomplie.

En dépit de sa relation avec le Seigneur Ardent dont la véracité de la rumeur se faisait chaque jour plus palpable, Rūna avait tenu à conserver son propre weyr en guise de bureau et atelier pour ses arts occultes, mais aussi comme chambre officielle jusqu'à un jour prochain. Ses quartiers trop longtemps délaissés s'étaient parés de poussière et de toile de soie de résidentes moins chaleureuses, plongeant la cavité creusée à même la roche dans un étrange mutisme digne d'un temple oublié mais non dépourvu de vie.

Malgré son deuil, la fëalocë s'était faite violence pour rendre sa superbe à cette demeure chargée d'histoire et prendre avec elle un même regain d'ardeur. Jour après jour, les murs austères avaient été recouverts de lourdes tapisseries du Ssyl'Shar brodées d'or, de grenat et d'ébène, épousant avec harmonie les couleurs du Màr Tàralöm. Des tentures tantôt opaques tantôt vaporeuses séparaient les différentes ailes de la caverne ancestrale. Des coussins recouverts de soie recréaient cette ambiance hospitalière si particulière du continent désertique, de pair à la pléthore de lanternes et encensoirs accrochés et posés çà et là. Les effluves de roche volcanique tiède se mêlaient aux parfums de cèdre et de fleur d'oranger des encens se disséminant en volutes d'une fragile fumée, doucement balayées par les courants d'air. Rūna avait fait purifier son weyr par des prêtresses de Gaïa, Flarmya et Mystra, leur accordant un autel commun dans une alcôve reculée et cachée des regards trop curieux. On ne pouvait en sentir que la sève d'ambre et la sauge y brûlant, et une étrange bougie qui ne diminuait jamais de taille et gardait sa flamme de jour comme de nuit.
Non loin de là se dressait une vitrine au verre fumé de jais dont on ne distinguait pas le contenu mais qui forçait les regards à s'y poser par son aura dérangeante.
Enfin, elle retrouvait une ombre de ses racines au coeur d'une cime pas si étrangère du vaste arbre que dessinait la famille Sălv.

Mais revenons-en à notre intrigue initiale.
La fièvre de Sărzeghnet à enfin retrouver son univers n'avait fait qu'accentuer sa glaçante fierté de Reine. Ayant quitté son Kaerl sous la forme d'une dragonne juvénile à l'égo meurtri et à peine capable de porter sa Liée, l'Incarnate arborait enfin une magistrale taille d'adulte pâmée d'une effrayante puissance malgré sa cécité. Loin d'être une géante dépourvue de superbe, elle avait déjà légèrement dépassé la taille des autres Reines sans pour autant manquer de la finesse de ses pairs, et si ses yeux morts fussent dépourvus de leur capacité, ses autres sens trahissaient une incroyable adaptation à sa tare. Elle s'était trop longtemps laissée abattre par la honte qu'elle causait à ses ancêtres et sa bipède, mais aujourd'hui la terrible saurienne faisait de sa faiblesse une force. Elle n'hésiterait pas à dévorer humains et dragons pour rappeler sa condition de Reine, et faire taire les bouches trop avides de répandre la calomnie.
Tout cela pour dire qu'elle avait plus que sciemment omis la discrétion lors de son retour avec Rūna. Un grondement digne du tonnerre fendit les cieux du Màr Tàralöm, ébranlant ses fondations avec des airs de malédiction divine. Par ce fait, le retour du duo de liées s'ébruita le jour même.

Après avoir pris le temps de retrouver ses repères et s'être réappropriée son weyr, Rūna envoya son perfide petit lézard de feu Zhavorsô quêter invitation écrite de sa main au Maître Bronze, Eléderkan. La fëalocë, bien que respectueuse de l'étiquette et des protocoles, joua de son caractère à tout oser pour entreprendre d'inviter un membre du Concile dans les "modestes" appartements d'une "simple" Chevalière. S'il déclinait, qu'importait.. Mais son fort intérieur laissait présager du contraire, du moins l'espérait-elle.

Citation :
Au sieur et Sang Eléderkan Garaldhorf,

Vous êtes au fait de mon retour en ces lieux.
Je serais plus que ravie de vous rencontrer de chair au sein de mon weyr afin que nous reprenions, si vous le désirez, le fil de nos discussions d'encre.
Je ne saurais vous imposer de date, sachez seulement que ma porte vous sera ouverte, à votre convenue.
Avec toute l'assurance de ma considération,

[RP] Une danse aux desseins clairs-obscurs, partie II Sign

Plusieurs jours s'écoulèrent sans que la fëalocë ne se soucia de recevoir de réponse ou de visite.
Le début d'après-midi s'annonçait doucement alors qu'elle était assise à son office et lisait son courrier. Soucieuse, elle s'était plongée dans les nouvelles émises de son frère cadet resté au Ssyl'Shar afin de gérer au mieux les affaires familiales.
La servante de Rūna vint se présenter à elle pour lui indiquer la venue du Maître Garaldorf, ce qui sembla étonnamment illuminer le visage de la fëalocë. Elle rangea promptement ses lettres dans une boîte destinée à cet effet posée devant elle et se leva avec un certain entrain visible malgré toute sa noble décence inculquée depuis son plus jeune âge.  

- Entrez, cher Maître, entrez et prenez vos aises. Déclara-t-elle avant même de l'avoir entraperçu.

Maniaque, d'un rapide balayement de l'oeil elle vérifia que son weyr était en mesure de recevoir un Sang, quand bien même ce fusse au moins la dixième fois qu'elle s'en assura depuis ce matin. Depuis l'envoi de sa missive, elle avait fait briquer le moindre centimètre de ses quartiers.
Loin d'être aisément perturbée par la venue d'un invité de marque, étant plutôt coutumière de ce fait dans sa vie précédente, Rūna voulait faire en sorte que tout se déroule au mieux et donner la meilleure impression possible. Eléderkan Garaldhorf était un atout - si ce n'était le meilleur - de grande valeur pour le Kaerl, et par conséquence insidieuse pour elle également.
La fëalocë avait enquêté auprès de plusieurs de ses pairs, écouté les ragots, questionné qui de droit.. Nulle tache ne souillait la manteau de soie du Maître Bronze. Certes elle ne pouvait connaître ses pensées profondes qui lui demeuraient propres, mais de ce qu'elle avait pu apprendre, cet homme ne cherchait que la pérennité du Màr. Il n'appartenait qu'à elle de se méfier du reste.

La fëalocë se leva avec la légèreté d'une plume soulevée par le vent, faisant bruisser la laine et la soie de sa tenue. Une lourde et complexe tresse andrinople dévalait son dos, rappelant presque la queue de sa Liée pour mieux évoquer son statut de Chevalière Incarnate.
Rūna ouvrit les bras en s'inclinant légèrement - assez pour marquer le respect, mais trop peu pour signifier une quelconque forme de soumission, donnant ainsi corps à son invitation à prendre place. L'extraversion chaleureuse des Ssyl'Shariens détonnait avec la distanciation plus marquée des membres du Màr, mais elle n'en n'avait cure et se montrait entière.
En silence, elle s'en trouva ravi de pouvoir enfin poser les yeux sur cet homme qu'elle eut tout au plus croisé vaguement. Il allait sans dire qu'il ne manquait pas de charme au regard de la princesse Ssyl'Sharienne, voyant en lui une forme moins rustre que son cher et tendre Alauwyr. Si son coeur n'avait pas été déjà pris, elle aurait aisément pu badiner avec l'Inquisiteur Suprême.. Un bref rictus lui fit chasser cette pensée, bien que poussée par sa Liée non réfractaire à l'idée de tisser de plus amples liens avec pareil statue du Kaerl.
Les mains jointes sous la poitrine, les yeux d'or vieilli de la fëalocë n'hésitèrent pas à rencontrer les iris d'émeraude de l'elfe aux traits princiers. Un sourire énigmatique et mesuré étirait avec grâce ses lèvres peintes d'un baume aux pétales de coquelicots, alors qu'elle montrait les signe d'une retenue polie malgré une certaine forme d'excitation rassérénée.

- Je vous remercie d'avoir favorablement répondu à mon invitation. Si vous voulez bien me suivre...

Rūna le précéda d'un pas mesuré et noble avant de lui présenter le salon où siégeait une table basse en marqueterie fine incrustée d'argent, elle même entourée de trois divans des plus confortables. Le sol n'était pas apparent, masqué par des tapis aux motifs abscons, le tout conférant une apaisante chaleur dans les ténèbres de la cavité.
Par politesse, elle ne trouva place avant qu'il n'eut choisi la sienne, selon son goût. Mais avant même de réellement entamer leur discussion, elle s'adressa à lui avec une certaine douceur, tant dans les traits du visage que dans le regard.

- Je suis navrée de ne pas avoir pu vous recontacter plus tôt. Sachez seulement qu'il ne s'agissait pas d'une forme d'ignorance de ma part, des raisons personnelles me gardèrent au lit et dans l'incapacité de répondre.
Mais vos mots ont su faire revenir une Incarnate et sa Chevalière au Kaerl.. Et je vous suis grée pour cela.
Ceci étant enfin dit, prenez place. J'espère que nous aurons beaucoup à nous dire.


La servante s'inclina respectueusement avant de déposer un plateau en laiton où reposait une bouilloire en fonte d'où émanait une douce odeur de thé noir fumant...

[HRP/ J'ai pris la liberté qu'Eléderkan avait accepté l'invitation mais si ça rentre pas dans son BG, pas de soucis, hésite pas à me MP pour que je modifie quoi que ce soit qui n'aille pas. Je suis désolée si ça n'apporte pas beaucoup d'opportunités de réponse mais j'ai fait au mieux x)]


.:: Qu'ils nous haïssent pourvu qu'ils nous craignent ::.
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Eléderkan Garaldhorf
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MessageSujet: Re: [RP] Une danse aux desseins clairs-obscurs, partie II   [RP] Une danse aux desseins clairs-obscurs, partie II Icon_minitimeVen 26 Juin 2020 - 11:05

Une main blanche et élégante, marquée par une balafre émaillée de minuscules écailles cuivrées, lissa les pans de la veste bleue brodée d’argent. Avec expertise, elle accrocha la broche de bronze et d’émeraude pour retenir les bords de la tunique d’intérieur. Un grand souffle d’air balaya la douce tiédeur du weyr comme un dragon venait de se poser sur le balcon. Un regard mi moqueur mi approbateur étincela dans la lumière tamisée de la vaste salle, en couvant l’elfe qui s’apprêtait avec soin. La vêture paraissait, comme toujours, trop sobre, aux yeux d’un être aussi extravagant que le Bronze. Il fut néanmoins satisfait de discerner l’éclat de la broche offerte par une certaine Chevalière Incarnate, bijou qui lui plaisait tant. Son Lié étira un demi-sourire railleur. Le dragon pouvait parfois se montrer si vaniteux… En effet, celui-ci avait été ravi de voir que Rūna Sălv ne l’avait pas oubliée dans ses cadeaux.

Le front barré d’un pli soucieux, Eléderkan Garaldhorf ressassait la longue et abruptement inachevée correspondance qu’il avait entretenue avec la jeune femme. Il dansait sur la corde raide avec elle, il le sentait. Car même si elle lui paraissait devenue plus mature, pleine d’une calme et digne assurance – ce qu’il supposait à la lecture des lettres et d’après les témoignages -, il la savait également imprévisible, ambitieuse. On ne domptait pas un incendie en lui jetant de l’huile, comme il l’avait savamment fait, à petites doses, durant leur échange épistolaire. La Chevalière avait beau s’être assagie durant son exil et probablement grâce au lien avec sa dragonne, il se devait de conserver sa méfiance et, surtout, de ne pas tout miser sur le même pion. Seuls les dieux connaissaient les pensées qui avaient traversé l’esprit de la jeune femme depuis son retour au Màr et causant soudain son silence. Il valait mieux plusieurs leviers pour faire pression avec le pouvoir. Il gardait quelques cartes dans sa manche. Ce n’était pas au maître des araignées que l’on apprenait à tisser sa toile.

Le malin dragon qui se jouait sa conscience et connaissait ses désirs secrets susurra à son esprit morose :

° Tu pourrais devenir le nouveau roi de cette terre avec autant de forfanteries et de ruses dans ta besace, mon frère… °

Eléderkan se dérida quelque peu sous le murmure moqueur de sa conscience. Il répondit sur le même ton :

° Une couronne bien inconfortable que tu me proposes là… Je n’ai pas refusé le trône de mes ancêtres à Nar’Lid pour m’enchaîner ici en faisant l’erreur de croire que je ferai un bon souverain. °

Avec un ricanement, Thémos se retint d’assurer, avec son sempiternel aplomb, qu’il était bien plus digne du trône que n’importe lequel des traîne-savates du Màr. Dans le cœur rougeoyant du Bronze germaient les secrets de l’elfe retors qui œuvrait pour le Màr – et lui-même.

Accueilli comme il se doit dans le weyr de la jeune femme, il eut d’abord la tenace impression d’être salué par une sultane du Ssyl’Shar que par une Chevalière du Màr Tàralöm. Le confort chaleureux et l’accueil presque familier, exubérant l’étourdit une fraction de seconde, lui rappelant en un coup d’œil les origines de son hôtesse. La pression insoucieuse et trop curieuse de Thémos dans sa poitrine s’allégea tandis que le grand mâle s’envolait à la recherche d’une jeune Incarnate aux yeux laiteux.
La créature qui faisait face à l’elfe semblait avoir piégé toute l’intensité d’un regard draconique dans ses propres prunelles, comme pour compenser un défaut de la nature chez sa Liée. Les orbes d’or de la fëalocë brillaient, éblouissant, prêts à capturer sa proie en l’épinglant tel un papillon sur un panneau de bois. De tels regards pouvaient foudroyer un cœur, il n’en doutait pas. Il comprenait d’autant mieux, qu’il avait enfin la jeune femme devant lui, à portée de son jugement, l’attrait que ce fauve rouge pouvait susciter chez un homme tel qu’Alauwyr Iskuvar. Il ne s’y laisserait pas tromper. Dans les boucles rubescentes de la damoiselle s’attardaient les souvenirs d’autres femmes, au regard d’onyx ou de cendres, toutes aussi vipérines et destructrices qu’un volcan trompeusement endormi.

- Je vous remercie pour cette invitation, dame Sălv. C’est un plaisir que de l’honorer.

Il avait répondu aimablement, d’un ton posé et respectueux sans trop en faire. Il préférait garder une certaine distance, presque austère, avec la chaleureuse hospitalité du Ssyl’Shar. Il aurait été aisé de reprendre ses habitudes de pirate d’Ys, tant la sensation d’être prêt à marchander un secret ou un négoce l’étreignait à évoluer ainsi devant l’ancienne sultane. Il prit place parmi les coussins sans se laisser décontenancer en prenant bien soin de garder la porte ainsi que Rūna elle-même dans sa ligne de vue.

- J’ai accompli mon devoir, ni plus ni moins et ne mérite pas davantage d’honneurs que n’importe qui. Et ce ne fut pas une tâche désagréable, répliqua-t-il avec un fin sourire mais sur un ton grave.

Derrière le sourire de la jeune femme se dissimulait la bête. Il sentait la fièvre de l’impatience sourdre de son lien avec Thémos, tandis que le dragon cherchait à attirer l’attention de la reine. Eléderkan s’inquiéta brièvement que la nouvelle Incarnate au Màr ne l’excite un peu trop pour qu’il pousse sa chance plus loin que ne l’exigeait la bienséance. Mais il ne servait à rien de tergiverser avec le Bronze en cet instant, il n’était certainement pas d’humeur à parlementer.

- Je crois aussi que nous avons beaucoup de choses à nous dire.

Le maître-espion se dépouilla d’une partie de sa solennité pour poursuivre poliment, avec légèreté :

- Comment trouvez-vous le Màr à votre retour ? Le reconnaissez-vous après si long départ, vous plaît-il ?
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Rūna Sălv
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MessageSujet: Re: [RP] Une danse aux desseins clairs-obscurs, partie II   [RP] Une danse aux desseins clairs-obscurs, partie II Icon_minitimeJeu 2 Juil 2020 - 0:04


D'apparence plus ouverte à cette rencontre que son invité - qui s'efforçait de maintenir une distance cordiale entre eux deux -, la fëalocë avait l'approche d'une vipère à la tête immobile mais au corps se courbant lentement en second plan pour mieux se donner la force de bondir avec exactitude, misant sur l'hypnose produite par ses yeux pour fourvoyer la souris sur ses intentions. Pourtant, Rūna n'était pas en chasse, et malgré toute l'audace qui bouillonnait en son ventre depuis son premier jour, jamais elle n'aurait osé s'en prendre à une proie telle qu'Eléderkan Garaldhorf. Même elle avait conscience qu'il valait mieux se méfier du Père des Secrets, par la seule renommée le précédant.
Néanmoins, non départie de son insupportable culot, la jeune femme appréhendait cette rencontre de chair avec autant d'excitation et d'intérêt qu'un lionceau explorant la plaine pour la première fois, mais avec l'expérience d'un fauve déjà béni d'une longue vie. Cette effervescence était seulement dénoncée par le pétillement de ses orbes de feu, posées sur l'elfe avec la franchise d'une dague au tranchant appuyé contre sa gorge.
Une fois de plus, une grande symbolique d'opposition régnait : d'un côté se tenait une jeune et hypnotique fëalocë posée là comme l'incarnation d'une flamme sanglante balayée par la brise, de l'autre trônait avec fierté et rigidité un elfe couronné d'une chevelure d'étain et drapé d'atours nobles tissés de froideur et ourdis d'un orgueil digne de l'acier. Eléderkan dégageait ce magnétisme propre aux individus dont il fallait expressément se méfier mais qui avaient pourtant une déconcertante aisance à vous attirer dans leur toile. Ceci dit, l'aura de son Lié l'enveloppait en silence, possiblement malgré lui, ne faisant qu'appesantir davantage son parfum aux notes de péril ponctué du faste qui habillait le Bronze Thémos. Cela était d'ailleurs trahi par les quelques écailles qui se mêlaient au derme pâle de l'elfe, à quelque endroit çà et là de ce qui était apparent. D'une certaine façon, Eléderkan se muait lui aussi en dragon, refermant ses plaies d'où fuyait possiblement son humanité.

La fëalocë prit à son tour place, s'asseyant dignement à l'opposé de son interlocuteur, la table entre eux faisant office d'une hypothétique séparation. Ses instincts l'alertant d'ordinaire d'une source de danger ne tintèrent guère, mais crépitèrent d'un bois similaire à la sève plus douce : la machination d'intrigues enfin dignes de celles pour lesquelles elle naquit.
D'une nature pourtant méfiante même envers de simples domestiques, elle se trouva fort à l'aise en compagnie du Sang. Et cela se voyait. Nulle mimique gênée ne se manifestait, que ce fusse par ses gestes, son air ou ses propos à venir.
Refreinant la ferveur qui pulsait en sa poitrine, elle tâcha d'accorder son instrument à la clef donnée par son convive, lui répondant d'un même ton en espérant que la mélodie sonnerait juste.

- Le Màr est actuellement à l'image d'une tortue en pleine hibernation... Selon moi il végète, mais pas dans une bonne dynamique. Je ne pressens rien qui l'aide à se ressourcer ou sortir grandi de sa torpeur. Certains disent que ce calme est appréciable, mais ils ne voient guère au delà de l'instant présent.
J'ai appris la disparition de certains noms connus, ce qui ne va pas arranger l'état du Kaerl qui souffre déjà d'une insidieuse anarchie...
Pour le reste, les détracteurs de ma Liée sont désormais bien silencieux, ce qui ne m'arrange pas nécessairement mais a le mérite de me satisfaire.
Le Kaerl en lui-même me paraît plus beau qu'en mon souvenir... La faute revient peut-être à l'amour que porte mon âme-soeur pour sa terre natale.
Un sourire apaisé égaya son visage dur malgré une présumée chaleur. Alors que ses iris d'or coulèrent sur le buste de l'elfe, elle repéra avec une satisfaction peu dissimulée qu'il portait la broche offerte de sa part, bien des mois plus tôt. Alors qu'elle voulut commenter ce fait, elle fut interrompue par l'arrivée de sa dame de compagnie.

La jeune servante servit avec calme deux tasses de thé, présentant la première à l'invité dans le respect de l'étiquette, puis la seconde à sa maîtresse. Rūna la remercia d'un regard bref soutenu d'un hochement de tête avant que cette dernière ne s'inclina pour poliment disparaître.

- Je suis ravie qu'elle vous ait plu. Elle désigna d'un bref signe du menton la broche épinglée au manteau d'un bleu polaire. Vos présents ont également été appréciés à leur juste valeur. Rūna présenta alors sa main droite au majeur serti de la bague offerte par Eléderkan, la pierre d'un brun doré y brillant doucement alors qu'elle s'empara délicatement de la tasse de thé devant elle.

Un air ouvert pendu au visage avec autant d'attrait qu'une fleur de belladone dissimulant la toxicité de son arôme, la fëalocë lui offrit pourtant un enchantement sincère mais pondéré pour ne pas trahir sa ferveur. Elle ne doutait certes pas de sa capacité à attirer l'intérêt d'un Sang tel que l'Inquisiteur Suprême - pas sans une contrepartie à l'évidence encore incertaine - mais s'en trouvait tout de même agréablement surprise d'avoir suscité assez de curiosité dans son esprit pour mériter de le voir ainsi face à elle, en dehors d'un affrontement verbal ou d'une moquerie.
Par l'infirmité de sa dragonne, Rūna n'avait que trop subi les brimades des uns et des autres, tantôt de la part de simples aspirants tantôt de Maîtres au nom pilier du Màr.  Si sa fierté en avait pris pour son grade, plus d'un an auparavant, elle savait désormais quelles armes sommeillaient dans ses veines. Et sa revanche personnelle s'articulait par son officieux statut de soupirante du Seigneur Ardent de-qui elle était bien plus qu'une concubine de passage, de pair à l'appel qu'Eléderkan avait lancé pour tenter de la ramener au Kaerl. Même si ce second détail concernait d'abord et surtout le retour d'une Reine Incarnate au Màr Tàralöm plus que la valeur qu'avait la jeune femme seule.
Qu'importait ! La sultane déchue avait mûri, délaissant l'impatience impulsive de la jeunesse au profit du plaisir de traquer l'objet de ses désirs pour l'obtenir d'une approche maîtrisée et plaisamment sournoise...

La fëalocë porta la tasse en grès laqué d'ébène à ses lèvres, sirotant une gorgée de thé noir malgré les apparentes fumerolles témoignant de son caractère quasi-brûlant dont elle ne soufra pas.
Reposant cette dernière de la même façon qu'elle s'en saisit, Rūna s'avança un peu sur son assise, s'inclinant légèrement en avant. Sous les riches atours de sa tenue, sa jambe gauche passa par dessus sa jambe droite afin de se croiser, et ses mains par ses doigts entrelacés vinrent se raccrocher à son genou surélevé.
Son ton se fit franc et net malgré le timbre chantant de sa voix à l'accent à peine marqué.

- J'ai pour habitude d'habiller mes paroles de miel afin d'atténuer l'âpreté de mon verbe, même si les imbéciles à qui je sers ce met se laissent aisément prendre sans que je n'ai réellement besoin de feindre l'ingénue douceur de la femme que je suis.
Je ne vous ferai pas l'affront d'une telle insulte... Etant donné que j'ai face à moi une personne intelligente et je pense même érudite en la matière, je vais vous épargner de vaines flatteries et de fades palabres.
Avant les erreurs commises par mon ancêtre Tahserya Sălv qui menèrent ma famille au rang de parias du Màr Tàralöm, du moins jusqu'à mon arrivée et celle de mon frère aîné, le Kaerl et les Sălv entretenaient un accord commercial dans le seul intérêt de la pérennité de cette cité. Nous possédons les deux seuls filons d'or du Ssyl'Shar, la mine d'émeraude qui a permis de façonner votre broche et la seule source de rubis connue du continent.


Rūna se redressa à peine, battant lentement des paupières tout en poursuivant.

- Je ne dis guère cela pour vous faire étal de mes richesses. Simplement pour vous montrer le caractère dommageable qu'à eu la rupture de ce contrat pour le Màr. Je sais bien qu'il s'agit normalement de Maître Fawkes qui gère ce genre de doléances, mais je n'ai pas encore eu loisir de le rencontrer. Je me rapprocherai de lui le cas échéant.
Les tenants et aboutissants exacts qui liaient le Kaerl et les Sălv me sont encore flous, mais je vous dirais honnêtement que ce que nous offrirons ne nous manquera pas. Je ne réclamerai rien qui ne sera pas mérité clairement, et je répugne à obtenir quoi que ce soit par un simple accord commercial et... Senakht !


Le lézard de feu, si petit et peint d'obsidienne, lorgnait sur la broche accrochée à la riche tenue de l'elfe. Le frêle fourbe était arrivé avec le silence d'un chaton... Il ne fallait guère en voir plus pour comprendre ses intentions au moment où ses ailes juvéniles battirent pour se mettre à hauteur de l'objet de sa convoitise, les orbes orangées luisantes d'avance de sa bêtise.
La fëalocë se leva prestement et attrapa la petite créature au vol avant que celle-ci ne tentât de croquer le bijou. Senakht émit un couinement mécontent, à l'image d'un bougonnement insatisfait d'avoir été interrompu dans son calembour, mordillant la main de sa maîtresse sans réellement mettre de coeur à l'ouvrage. La Chevalière le réprima sans plus de démonstration, offrant un sourire un peu gêné à Eléderkan.

- Pardonnez les fougues de la jeunesse... Elle inclina le visage en portant le lézard de feu sur son épaule, lui montrant un doigt réprobateur. Ce dernier sembla maugréer avant d'entrevoir la boucle d'oreille de sa maîtresse qui remplaça avec bonheur la chose clinquante qui brillait sur le torse de l'inconnu et qui lui faisait tant envie.

Tâchant d'ignorer la petite gueule écailleuse qui s'amusait à croquer la perle de rubis pendante à son oreille, Rūna reprit d'un ton calme.

- Comme je vous l'ai écrit il y a maintenant plusieurs mois, mes intentions envers le Màr Tàralöm n'ont pas changé, je ne cherche que son maintien et bien-sûr sa possible élévation. Et que les choses soient claires et dites : je n'entends en rien acheter une place quelconque par mes richesses. Pas si je peux l'obtenir en prouvant ma valeur ou mes ressources propres, en dépit d'une tierce personne.

Autrement dit : le piston n'avait pas vraiment de saveur à son goût. Elle avait été sultane par mariage, il était hors de question pour elle d'obtenir encore une fois un rôle par ses accointances avec la hiérarchie, à savoir le Seigneur Alauwyr Iskuvar. Sa fierté maladive avait au moins le mérite de la relever de la fange où s'épandaient ceux qui auraient vendu leur âme pour à peine un peu de reconnaissance.

***

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Sărzeghnet

Par l'écho créé entre les arêtes de roche coupante des Dôl Nàrë, le fracas des os pulvérisés entre ses crocs se répercutait dans un périmètre plutôt vaste. La puissante mâchoire de Sărzeghnet terminait de broyer un jeune mouflon tout juste attrapé aux Pics de Cendre.
Sous son apparent détachement, la Reine Incarnate se tenait prête à rejoindre sa bipède en cas de besoin, faisant face à l'emplacement du Weyr qui s'élevait au loin.
Après avoir chassé une Bleue audacieuse qui ne tarda pas à déguerpir sous la menace de la dragonne peinte de sang, Sărzeghnet s'était attribuée la plus haute place des lieux, là où Solyae frappait en premier lorsque pointait l'aube. Baignée par l'éclat et la chaleur du soleil, ce dernier ne faisant que rendre plus étincelant l'andrinople de sa robe écailleuse, elle termina son repas pour étendre son corps sur la pierre tiédie. Les pattes avant allongées devant elle sans se croiser, le cou galbé et replié sur lui même avec la grâce d'un cobra, l'Incarnate semblait toiser le Kaerl bien que ses yeux fussent dépourvus du don de voir.

Elle huma paisiblement l'air, déchiffrant la moindre particule d'odeur qui fourmillait alentours. Aveugle, elle ressentait pourtant tellement plus de choses que ses pairs, toute être et objet émettant des sons ou des vibrations significatives d'un état global. Elle flairait avec une déconcertante aisance ses frères et soeurs près d'elle, tantôt calmes tantôt excités par la présence d'un ou une rivale.
En dehors d'Estenir avec qui elle ne s'entendait pas si bien que ça, la dragonne n'avait que trop peu côtoyé les siens, tant en raison de ses errances dans les exils de sa bipède que de son propre manque à s'intéresser à autrui. Ils étaient pour la plupart indignes de sa simple présence, comment pouvaient-ils espérer qu'elle leur adressât la parole ?
Sa froide fierté suffisait généralement à calmer les ardeurs des dragons plus sociables qu'elle, qu'elle expédiait le plus souvent d'un claquement de sa majestueuse gueule, le tout couplé à sa taille d'adulte déjà dépassée de quelques centimètres. Tout comme sa Liée, Sărzeghnet avait su apprécier le silence qui régna à son retour au Kaerl, elle qui l'avait quitté sous les moqueries concernant son regard de neige inerte.

Faisant mine d'avoir oublié ces temps difficiles, tant au regard des siens qu'à celui de son âme-soeur, la Reine en restait pourtant profondément blessée. Pas blessée dans le sens d'une plaie qui vous peine par sa douleur, non... Blessée dans celui qui vous incitait à tout réduire en cendres pour prouver votre valeur. Sărzeghnet n'avait guère plus que du mépris pour ses comparses qui n'entrevoyaient même pas la profondeur de son attachement à sa terre natale, bien que celle qui était vouée à donner la vie à son tour s'y refusait de peur d'engendrer une descendance présentant la même infirmité qu'elle.
Alors, aussi digne que l'exigeait sa couleur, elle faisait face en silence.

L'Incarnate étira ses pattes avant pour dégourdir ses griffes, faisant crisser la roche sous elles dans un tintement sinistre et prédateur. Son souffle régulier s'apaisa peu à peu et elle s'abandonna un instant à un moment de paix méritée après le tumulte que fut pour l'heure sa brève existence.
Puis l'air changea. Il sembla devenir plus chaud, faisant à peine frémir ses épaules, et un parfum qui ne pouvait être que celui d'un Bronze alourdit l'atmosphère environnante. Un peu ironiquement, ** Il aura beau pavaner par une virevoltante approche, je bénirais presque Flarmya de m'éviter ce piètre spectacle ** pensa-t-elle.
Comme pour se rendre plus imposante encore, par un instinct propre aux sauriens, Sărzeghnet déploya de moitié ses larges ailes, s'offrant alors d'autant plus de moyens sensoriels de capter l'arrivée possible d'un comparse.
Bien que mimant l'absolu rejet de sympathiser, une partie secrète d'elle-même chérissait l'idée de discuter avec un frère ou une soeur digne de sa magnificence.


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