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 [RP] Une danse aux desseins clairs-obscurs, partie II

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Rūna Sălv
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Rūna Sălv


Date d'inscription : 07/06/2014
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Ordre Draconique : Ordre Draconique d'Ombre (Kaerl Ardent)

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MessageSujet: [RP] Une danse aux desseins clairs-obscurs, partie II   [RP] Une danse aux desseins clairs-obscurs, partie II Icon_minitimeJeu 7 Mai 2020 - 22:56

[Suite du RP "Une danse aux desseins clairs-obscurs"]


Mi-Ouranosku 919 *

Il y avait trois mois que Rūna avait retrouvé son weyr, laissé là à l'abandon près d'un an plus tôt.
Un étrange sentiment l'avait envahie alors : comme une sensation mêlant la mélancolie d'une existence révolue et la perspective d'un avenir riche et nouveau, loin de vieux démons primitifs mais proche de nouvelles ombres peut-être plus terribles encore. Derrière elle pesait un passé lourd et implacable, mais de tous les drames qu'elle vécut, que ce fussent ses viols répétés après avoir été vendue comme une bête de somme ou sa vengeance se soldant par l'affreux trépas de centaines de vies brûlées vives par sa main, le plus terrible était bien la perte de sa fille. De leur fille.  
Malgré la douleur, la fëalocë avait plus que bénéficié du soutien de sa Liée, et peu à peu ses maux se muèrent en une extraordinaire volonté de s'élever de cette énième épreuve envoyée par les dieux. Sa persévérance sans failles pourrait la mener loin, si la Fortune lui était favorable..
Et justement, cette dernière se présentait sous l'élégante et froide dureté d'Eléderkan Garaldhorf, Maître et Sang du Kaerl.

Durant son exil, l'elfe était parvenu à remonter la trace de la jeune femme qui n'avait pas laissé le moindre indice sur sa destination, pas même à Alauwyr dont elle était la secrète et éperdue concubine. Pourtant, il ne fut guère difficile au Maître-Espion de retrouver la présence de la sultane déchue au sein de son Ssyl'Shar natal. Il engagea alors une correspondance qui trouva réponse dans une étrange relation épistolaire qu'ils entretinrent sur plusieurs missives, jusqu'au jour où Rūna n'eut plus la force de répondre ni même de dicter ses mots à la main d'un tiers.
Longuement, elle hésita à recontacter son interlocuteur, mais Alauwyr Iskuvar la retrouva au même moment, noyée sous une profonde détresse et le souvenir de leurs lettres échangées fut vite balayé par le souffle du chagrin.
Depuis lors, énormément de choses étaient arrivées, et la Chevalière Incarnate avait abandonné ses haillons de fillette pour revêtir la stola d'une femme accomplie.

En dépit de sa relation avec le Seigneur Ardent dont la véracité de la rumeur se faisait chaque jour plus palpable, Rūna avait tenu à conserver son propre weyr en guise de bureau et atelier pour ses arts occultes, mais aussi comme chambre officielle jusqu'à un jour prochain. Ses quartiers trop longtemps délaissés s'étaient parés de poussière et de toile de soie de résidentes moins chaleureuses, plongeant la cavité creusée à même la roche dans un étrange mutisme digne d'un temple oublié mais non dépourvu de vie.

Malgré son deuil, la fëalocë s'était faite violence pour rendre sa superbe à cette demeure chargée d'histoire et prendre avec elle un même regain d'ardeur. Jour après jour, les murs austères avaient été recouverts de lourdes tapisseries du Ssyl'Shar brodées d'or, de grenat et d'ébène, épousant avec harmonie les couleurs du Màr Tàralöm. Des tentures tantôt opaques tantôt vaporeuses séparaient les différentes ailes de la caverne ancestrale. Des coussins recouverts de soie recréaient cette ambiance hospitalière si particulière du continent désertique, de pair à la pléthore de lanternes et encensoirs accrochés et posés çà et là. Les effluves de roche volcanique tiède se mêlaient aux parfums de cèdre et de fleur d'oranger des encens se disséminant en volutes d'une fragile fumée, doucement balayées par les courants d'air. Rūna avait fait purifier son weyr par des prêtresses de Gaïa, Flarmya et Mystra, leur accordant un autel commun dans une alcôve reculée et cachée des regards trop curieux. On ne pouvait en sentir que la sève d'ambre et la sauge y brûlant, et une étrange bougie qui ne diminuait jamais de taille et gardait sa flamme de jour comme de nuit.
Non loin de là se dressait une vitrine au verre fumé de jais dont on ne distinguait pas le contenu mais qui forçait les regards à s'y poser par son aura dérangeante.
Enfin, elle retrouvait une ombre de ses racines au coeur d'une cime pas si étrangère du vaste arbre que dessinait la famille Sălv.

Mais revenons-en à notre intrigue initiale.
La fièvre de Sărzeghnet à enfin retrouver son univers n'avait fait qu'accentuer sa glaçante fierté de Reine. Ayant quitté son Kaerl sous la forme d'une dragonne juvénile à l'égo meurtri et à peine capable de porter sa Liée, l'Incarnate arborait enfin une magistrale taille d'adulte pâmée d'une effrayante puissance malgré sa cécité. Loin d'être une géante dépourvue de superbe, elle avait déjà légèrement dépassé la taille des autres Reines sans pour autant manquer de la finesse de ses pairs, et si ses yeux morts fussent dépourvus de leur capacité, ses autres sens trahissaient une incroyable adaptation à sa tare. Elle s'était trop longtemps laissée abattre par la honte qu'elle causait à ses ancêtres et sa bipède, mais aujourd'hui la terrible saurienne faisait de sa faiblesse une force. Elle n'hésiterait pas à dévorer humains et dragons pour rappeler sa condition de Reine, et faire taire les bouches trop avides de répandre la calomnie.
Tout cela pour dire qu'elle avait plus que sciemment omis la discrétion lors de son retour avec Rūna. Un grondement digne du tonnerre fendit les cieux du Màr Tàralöm, ébranlant ses fondations avec des airs de malédiction divine. Par ce fait, le retour du duo de liées s'ébruita le jour même.

Après avoir pris le temps de retrouver ses repères et s'être réappropriée son weyr, Rūna envoya son perfide petit lézard de feu Zhavorsô quêter invitation écrite de sa main au Maître Bronze, Eléderkan. La fëalocë, bien que respectueuse de l'étiquette et des protocoles, joua de son caractère à tout oser pour entreprendre d'inviter un membre du Concile dans les "modestes" appartements d'une "simple" Chevalière. S'il déclinait, qu'importait.. Mais son fort intérieur laissait présager du contraire, du moins l'espérait-elle.

Citation :
Au sieur et Sang Eléderkan Garaldhorf,

Vous êtes au fait de mon retour en ces lieux.
Je serais plus que ravie de vous rencontrer de chair au sein de mon weyr afin que nous reprenions, si vous le désirez, le fil de nos discussions d'encre.
Je ne saurais vous imposer de date, sachez seulement que ma porte vous sera ouverte, à votre convenue.
Avec toute l'assurance de ma considération,

[RP] Une danse aux desseins clairs-obscurs, partie II Sign

Plusieurs jours s'écoulèrent sans que la fëalocë ne se soucia de recevoir de réponse ou de visite.
Le début d'après-midi s'annonçait doucement alors qu'elle était assise à son office et lisait son courrier. Soucieuse, elle s'était plongée dans les nouvelles émises de son frère cadet resté au Ssyl'Shar afin de gérer au mieux les affaires familiales.
La servante de Rūna vint se présenter à elle pour lui indiquer la venue du Maître Garaldorf, ce qui sembla étonnamment illuminer le visage de la fëalocë. Elle rangea promptement ses lettres dans une boîte destinée à cet effet posée devant elle et se leva avec un certain entrain visible malgré toute sa noble décence inculquée depuis son plus jeune âge.  

- Entrez, cher Maître, entrez et prenez vos aises. Déclara-t-elle avant même de l'avoir entraperçu.

Maniaque, d'un rapide balayement de l'oeil elle vérifia que son weyr était en mesure de recevoir un Sang, quand bien même ce fusse au moins la dixième fois qu'elle s'en assura depuis ce matin. Depuis l'envoi de sa missive, elle avait fait briquer le moindre centimètre de ses quartiers.
Loin d'être aisément perturbée par la venue d'un invité de marque, étant plutôt coutumière de ce fait dans sa vie précédente, Rūna voulait faire en sorte que tout se déroule au mieux et donner la meilleure impression possible. Eléderkan Garaldhorf était un atout - si ce n'était le meilleur - de grande valeur pour le Kaerl, et par conséquence insidieuse pour elle également.
La fëalocë avait enquêté auprès de plusieurs de ses pairs, écouté les ragots, questionné qui de droit.. Nulle tache ne souillait la manteau de soie du Maître Bronze. Certes elle ne pouvait connaître ses pensées profondes qui lui demeuraient propres, mais de ce qu'elle avait pu apprendre, cet homme ne cherchait que la pérennité du Màr. Il n'appartenait qu'à elle de se méfier du reste.

La fëalocë se leva avec la légèreté d'une plume soulevée par le vent, faisant bruisser la laine et la soie de sa tenue. Une lourde et complexe tresse andrinople dévalait son dos, rappelant presque la queue de sa Liée pour mieux évoquer son statut de Chevalière Incarnate.
Rūna ouvrit les bras en s'inclinant légèrement - assez pour marquer le respect, mais trop peu pour signifier une quelconque forme de soumission, donnant ainsi corps à son invitation à prendre place. L'extraversion chaleureuse des Ssyl'Shariens détonnait avec la distanciation plus marquée des membres du Màr, mais elle n'en n'avait cure et se montrait entière.
En silence, elle s'en trouva ravi de pouvoir enfin poser les yeux sur cet homme qu'elle eut tout au plus croisé vaguement. Il allait sans dire qu'il ne manquait pas de charme au regard de la princesse Ssyl'Sharienne, voyant en lui une forme moins rustre que son cher et tendre Alauwyr. Si son coeur n'avait pas été déjà pris, elle aurait aisément pu badiner avec l'Inquisiteur Suprême.. Un bref rictus lui fit chasser cette pensée, bien que poussée par sa Liée non réfractaire à l'idée de tisser de plus amples liens avec pareil statue du Kaerl.
Les mains jointes sous la poitrine, les yeux d'or vieilli de la fëalocë n'hésitèrent pas à rencontrer les iris d'émeraude de l'elfe aux traits princiers. Un sourire énigmatique et mesuré étirait avec grâce ses lèvres peintes d'un baume aux pétales de coquelicots, alors qu'elle montrait les signe d'une retenue polie malgré une certaine forme d'excitation rassérénée.

- Je vous remercie d'avoir favorablement répondu à mon invitation. Si vous voulez bien me suivre...

Rūna le précéda d'un pas mesuré et noble avant de lui présenter le salon où siégeait une table basse en marqueterie fine incrustée d'argent, elle même entourée de trois divans des plus confortables. Le sol n'était pas apparent, masqué par des tapis aux motifs abscons, le tout conférant une apaisante chaleur dans les ténèbres de la cavité.
Par politesse, elle ne trouva place avant qu'il n'eut choisi la sienne, selon son goût. Mais avant même de réellement entamer leur discussion, elle s'adressa à lui avec une certaine douceur, tant dans les traits du visage que dans le regard.

- Je suis navrée de ne pas avoir pu vous recontacter plus tôt. Sachez seulement qu'il ne s'agissait pas d'une forme d'ignorance de ma part, des raisons personnelles me gardèrent au lit et dans l'incapacité de répondre.
Mais vos mots ont su faire revenir une Incarnate et sa Chevalière au Kaerl.. Et je vous suis grée pour cela.
Ceci étant enfin dit, prenez place. J'espère que nous aurons beaucoup à nous dire.


La servante s'inclina respectueusement avant de déposer un plateau en laiton où reposait une bouilloire en fonte d'où émanait une douce odeur de thé noir fumant...

[HRP/ J'ai pris la liberté qu'Eléderkan avait accepté l'invitation mais si ça rentre pas dans son BG, pas de soucis, hésite pas à me MP pour que je modifie quoi que ce soit qui n'aille pas. Je suis désolée si ça n'apporte pas beaucoup d'opportunités de réponse mais j'ai fait au mieux x)]


.:: Qu'ils nous haïssent pourvu qu'ils nous craignent ::.
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Eléderkan Garaldhorf
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MessageSujet: Re: [RP] Une danse aux desseins clairs-obscurs, partie II   [RP] Une danse aux desseins clairs-obscurs, partie II Icon_minitimeVen 26 Juin 2020 - 11:05

Une main blanche et élégante, marquée par une balafre émaillée de minuscules écailles cuivrées, lissa les pans de la veste bleue brodée d’argent. Avec expertise, elle accrocha la broche de bronze et d’émeraude pour retenir les bords de la tunique d’intérieur. Un grand souffle d’air balaya la douce tiédeur du weyr comme un dragon venait de se poser sur le balcon. Un regard mi moqueur mi approbateur étincela dans la lumière tamisée de la vaste salle, en couvant l’elfe qui s’apprêtait avec soin. La vêture paraissait, comme toujours, trop sobre, aux yeux d’un être aussi extravagant que le Bronze. Il fut néanmoins satisfait de discerner l’éclat de la broche offerte par une certaine Chevalière Incarnate, bijou qui lui plaisait tant. Son Lié étira un demi-sourire railleur. Le dragon pouvait parfois se montrer si vaniteux… En effet, celui-ci avait été ravi de voir que Rūna Sălv ne l’avait pas oubliée dans ses cadeaux.

Le front barré d’un pli soucieux, Eléderkan Garaldhorf ressassait la longue et abruptement inachevée correspondance qu’il avait entretenue avec la jeune femme. Il dansait sur la corde raide avec elle, il le sentait. Car même si elle lui paraissait devenue plus mature, pleine d’une calme et digne assurance – ce qu’il supposait à la lecture des lettres et d’après les témoignages -, il la savait également imprévisible, ambitieuse. On ne domptait pas un incendie en lui jetant de l’huile, comme il l’avait savamment fait, à petites doses, durant leur échange épistolaire. La Chevalière avait beau s’être assagie durant son exil et probablement grâce au lien avec sa dragonne, il se devait de conserver sa méfiance et, surtout, de ne pas tout miser sur le même pion. Seuls les dieux connaissaient les pensées qui avaient traversé l’esprit de la jeune femme depuis son retour au Màr et causant soudain son silence. Il valait mieux plusieurs leviers pour faire pression avec le pouvoir. Il gardait quelques cartes dans sa manche. Ce n’était pas au maître des araignées que l’on apprenait à tisser sa toile.

Le malin dragon qui se jouait sa conscience et connaissait ses désirs secrets susurra à son esprit morose :

° Tu pourrais devenir le nouveau roi de cette terre avec autant de forfanteries et de ruses dans ta besace, mon frère… °

Eléderkan se dérida quelque peu sous le murmure moqueur de sa conscience. Il répondit sur le même ton :

° Une couronne bien inconfortable que tu me proposes là… Je n’ai pas refusé le trône de mes ancêtres à Nar’Lid pour m’enchaîner ici en faisant l’erreur de croire que je ferai un bon souverain. °

Avec un ricanement, Thémos se retint d’assurer, avec son sempiternel aplomb, qu’il était bien plus digne du trône que n’importe lequel des traîne-savates du Màr. Dans le cœur rougeoyant du Bronze germaient les secrets de l’elfe retors qui œuvrait pour le Màr – et lui-même.

Accueilli comme il se doit dans le weyr de la jeune femme, il eut d’abord la tenace impression d’être salué par une sultane du Ssyl’Shar olus que par une Chevalière du Màr Tàralöm. Le confort chaleureux et l’accueil presque familier, exubérant l’étourdit une fraction de seconde, lui rappelant en un coup d’œil les origines de son hôtesse. La pression insoucieuse et trop curieuse de Thémos dans sa poitrine s’allégea tandis que le grand mâle s’envolait à la recherche d’une jeune Incarnate aux yeux laiteux.
La créature qui faisait face à l’elfe semblait avoir piégé toute l’intensité d’un regard draconique dans ses propres prunelles, comme pour compenser un défaut de la nature chez sa Liée. Les orbes d’or de la fëalocë brillaient, éblouissant, prêts à capturer sa proie en l’épinglant tel un papillon sur un panneau de bois. De tels regards pouvaient foudroyer un cœur, il n’en doutait pas. Il comprenait d’autant mieux, qu’il avait enfin la jeune femme devant lui, à portée de son jugement, l’attrait que ce fauve rouge pouvait susciter chez un homme tel qu’Alauwyr Iskuvar. Il ne s’y laisserait pas tromper. Dans les boucles rubescentes de la damoiselle s’attardaient les souvenirs d’autres femmes, au regard d’onyx ou de cendres, toutes aussi vipérines et destructrices qu’un volcan trompeusement endormi.

- Je vous remercie pour cette invitation, dame Sălv. C’est un plaisir que de l’honorer.

Il avait répondu aimablement, d’un ton posé et respectueux sans trop en faire. Il préférait garder une certaine distance, presque austère, avec la chaleureuse hospitalité du Ssyl’Shar. Il aurait été aisé de reprendre ses habitudes de pirate d’Ys, tant la sensation d’être prêt à marchander un secret ou un négoce l’étreignait à évoluer ainsi devant l’ancienne sultane. Il prit place parmi les coussins sans se laisser décontenancer en prenant bien soin de garder la porte ainsi que Rūna elle-même dans sa ligne de vue.

- J’ai accompli mon devoir, ni plus ni moins et ne mérite pas davantage d’honneurs que n’importe qui. Et ce ne fut pas une tâche désagréable, répliqua-t-il avec un fin sourire mais sur un ton grave.

Derrière le sourire de la jeune femme se dissimulait la bête. Il sentait la fièvre de l’impatience sourdre de son lien avec Thémos, tandis que le dragon cherchait à attirer l’attention de la reine. Eléderkan s’inquiéta brièvement que la nouvelle Incarnate au Màr ne l’excite un peu trop pour qu’il pousse sa chance plus loin que ne l’exigeait la bienséance. Mais il ne servait à rien de tergiverser avec le Bronze en cet instant, il n’était certainement pas d’humeur à parlementer.

- Je crois aussi que nous avons beaucoup de choses à nous dire.

Le maître-espion se dépouilla d’une partie de sa solennité pour poursuivre poliment, avec légèreté :

- Comment trouvez-vous le Màr à votre retour ? Le reconnaissez-vous après si long départ, vous plaît-il ?
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Rūna Sălv
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MessageSujet: Re: [RP] Une danse aux desseins clairs-obscurs, partie II   [RP] Une danse aux desseins clairs-obscurs, partie II Icon_minitimeJeu 2 Juil 2020 - 0:04


D'apparence plus ouverte à cette rencontre que son invité - qui s'efforçait de maintenir une distance cordiale entre eux deux -, la fëalocë avait l'approche d'une vipère à la tête immobile mais au corps se courbant lentement en second plan pour mieux se donner la force de bondir avec exactitude, misant sur l'hypnose produite par ses yeux pour fourvoyer la souris sur ses intentions. Pourtant, Rūna n'était pas en chasse, et malgré toute l'audace qui bouillonnait en son ventre depuis son premier jour, jamais elle n'aurait osé s'en prendre à une proie telle qu'Eléderkan Garaldhorf. Même elle avait conscience qu'il valait mieux se méfier du Père des Secrets, par la seule renommée le précédant.
Néanmoins, non départie de son insupportable culot, la jeune femme appréhendait cette rencontre de chair avec autant d'excitation et d'intérêt qu'un lionceau explorant la plaine pour la première fois, mais avec l'expérience d'un fauve déjà béni d'une longue vie. Cette effervescence était seulement dénoncée par le pétillement de ses orbes de feu, posées sur l'elfe avec la franchise d'une dague au tranchant appuyé contre sa gorge.
Une fois de plus, une grande symbolique d'opposition régnait : d'un côté se tenait une jeune et hypnotique fëalocë posée là comme l'incarnation d'une flamme sanglante balayée par la brise, de l'autre trônait avec fierté et rigidité un elfe couronné d'une chevelure d'étain et drapé d'atours nobles tissés de froideur et ourdis d'un orgueil digne de l'acier. Eléderkan dégageait ce magnétisme propre aux individus dont il fallait expressément se méfier mais qui avaient pourtant une déconcertante aisance à vous attirer dans leur toile. Ceci dit, l'aura de son Lié l'enveloppait en silence, possiblement malgré lui, ne faisant qu'appesantir davantage son parfum aux notes de péril ponctué du faste qui habillait le Bronze Thémos. Cela était d'ailleurs trahi par les quelques écailles qui se mêlaient au derme pâle de l'elfe, à quelque endroit çà et là de ce qui était apparent. D'une certaine façon, Eléderkan se muait lui aussi en dragon, refermant ses plaies d'où fuyait possiblement son humanité.

La fëalocë prit à son tour place, s'asseyant dignement à l'opposé de son interlocuteur, la table entre eux faisant office d'une hypothétique séparation. Ses instincts l'alertant d'ordinaire d'une source de danger ne tintèrent guère, mais crépitèrent d'un bois similaire à la sève plus douce : la machination d'intrigues enfin dignes de celles pour lesquelles elle naquit.
D'une nature pourtant méfiante même envers de simples domestiques, elle se trouva fort à l'aise en compagnie du Sang. Et cela se voyait. Nulle mimique gênée ne se manifestait, que ce fusse par ses gestes, son air ou ses propos à venir.
Refreinant la ferveur qui pulsait en sa poitrine, elle tâcha d'accorder son instrument à la clef donnée par son convive, lui répondant d'un même ton en espérant que la mélodie sonnerait juste.

- Le Màr est actuellement à l'image d'une tortue en pleine hibernation... Selon moi il végète, mais pas dans une bonne dynamique. Je ne pressens rien qui l'aide à se ressourcer ou sortir grandi de sa torpeur. Certains disent que ce calme est appréciable, mais ils ne voient guère au delà de l'instant présent.
J'ai appris la disparition de certains noms connus, ce qui ne va pas arranger l'état du Kaerl qui souffre déjà d'une insidieuse anarchie...
Pour le reste, les détracteurs de ma Liée sont désormais bien silencieux, ce qui ne m'arrange pas nécessairement mais a le mérite de me satisfaire.
Le Kaerl en lui-même me paraît plus beau qu'en mon souvenir... La faute revient peut-être à l'amour que porte mon âme-soeur pour sa terre natale.
Un sourire apaisé égaya son visage dur malgré une présumée chaleur. Alors que ses iris d'or coulèrent sur le buste de l'elfe, elle repéra avec une satisfaction peu dissimulée qu'il portait la broche offerte de sa part, bien des mois plus tôt. Alors qu'elle voulut commenter ce fait, elle fut interrompue par l'arrivée de sa dame de compagnie.

La jeune servante servit avec calme deux tasses de thé, présentant la première à l'invité dans le respect de l'étiquette, puis la seconde à sa maîtresse. Rūna la remercia d'un regard bref soutenu d'un hochement de tête avant que cette dernière ne s'inclina pour poliment disparaître.

- Je suis ravie qu'elle vous ait plu. Elle désigna d'un bref signe du menton la broche épinglée au manteau d'un bleu polaire. Vos présents ont également été appréciés à leur juste valeur. Rūna présenta alors sa main droite au majeur serti de la bague offerte par Eléderkan, la pierre d'un brun doré y brillant doucement alors qu'elle s'empara délicatement de la tasse de thé devant elle.

Un air ouvert pendu au visage avec autant d'attrait qu'une fleur de belladone dissimulant la toxicité de son arôme, la fëalocë lui offrit pourtant un enchantement sincère mais pondéré pour ne pas trahir sa ferveur. Elle ne doutait certes pas de sa capacité à attirer l'intérêt d'un Sang tel que l'Inquisiteur Suprême - pas sans une contrepartie à l'évidence encore incertaine - mais s'en trouvait tout de même agréablement surprise d'avoir suscité assez de curiosité dans son esprit pour mériter de le voir ainsi face à elle, en dehors d'un affrontement verbal ou d'une moquerie.
Par l'infirmité de sa dragonne, Rūna n'avait que trop subi les brimades des uns et des autres, tantôt de la part de simples aspirants tantôt de Maîtres au nom pilier du Màr.  Si sa fierté en avait pris pour son grade, plus d'un an auparavant, elle savait désormais quelles armes sommeillaient dans ses veines. Et sa revanche personnelle s'articulait par son officieux statut de soupirante du Seigneur Ardent de-qui elle était bien plus qu'une concubine de passage, de pair à l'appel qu'Eléderkan avait lancé pour tenter de la ramener au Kaerl. Même si ce second détail concernait d'abord et surtout le retour d'une Reine Incarnate au Màr Tàralöm plus que la valeur qu'avait la jeune femme seule.
Qu'importait ! La sultane déchue avait mûri, délaissant l'impatience impulsive de la jeunesse au profit du plaisir de traquer l'objet de ses désirs pour l'obtenir d'une approche maîtrisée et plaisamment sournoise...

La fëalocë porta la tasse en grès laqué d'ébène à ses lèvres, sirotant une gorgée de thé noir malgré les apparentes fumerolles témoignant de son caractère quasi-brûlant dont elle ne soufra pas.
Reposant cette dernière de la même façon qu'elle s'en saisit, Rūna s'avança un peu sur son assise, s'inclinant légèrement en avant. Sous les riches atours de sa tenue, sa jambe gauche passa par dessus sa jambe droite afin de se croiser, et ses mains par ses doigts entrelacés vinrent se raccrocher à son genou surélevé.
Son ton se fit franc et net malgré le timbre chantant de sa voix à l'accent à peine marqué.

- J'ai pour habitude d'habiller mes paroles de miel afin d'atténuer l'âpreté de mon verbe, même si les imbéciles à qui je sers ce met se laissent aisément prendre sans que je n'ai réellement besoin de feindre l'ingénue douceur de la femme que je suis.
Je ne vous ferai pas l'affront d'une telle insulte... Etant donné que j'ai face à moi une personne intelligente et je pense même érudite en la matière, je vais vous épargner de vaines flatteries et de fades palabres.
Avant les erreurs commises par mon ancêtre Tahserya Sălv qui menèrent ma famille au rang de parias du Màr Tàralöm, du moins jusqu'à mon arrivée et celle de mon frère aîné, le Kaerl et les Sălv entretenaient un accord commercial dans le seul intérêt de la pérennité de cette cité. Nous possédons les deux seuls filons d'or du Ssyl'Shar, la mine d'émeraude qui a permis de façonner votre broche et la seule source de rubis connue du continent.


Rūna se redressa à peine, battant lentement des paupières tout en poursuivant.

- Je ne dis guère cela pour vous faire étal de mes richesses. Simplement pour vous montrer le caractère dommageable qu'à eu la rupture de ce contrat pour le Màr. Je sais bien qu'il s'agit normalement de Maître Fawkes qui gère ce genre de doléances, mais je n'ai pas encore eu loisir de le rencontrer. Je me rapprocherai de lui le cas échéant.
Les tenants et aboutissants exacts qui liaient le Kaerl et les Sălv me sont encore flous, mais je vous dirais honnêtement que ce que nous offrirons ne nous manquera pas. Je ne réclamerai rien qui ne sera pas mérité clairement, et je répugne à obtenir quoi que ce soit par un simple accord commercial et... Senakht !


Le lézard de feu, si petit et peint d'obsidienne, lorgnait sur la broche accrochée à la riche tenue de l'elfe. Le frêle fourbe était arrivé avec le silence d'un chaton... Il ne fallait guère en voir plus pour comprendre ses intentions au moment où ses ailes juvéniles battirent pour se mettre à hauteur de l'objet de sa convoitise, les orbes orangées luisantes d'avance de sa bêtise.
La fëalocë se leva prestement et attrapa la petite créature au vol avant que celle-ci ne tentât de croquer le bijou. Senakht émit un couinement mécontent, à l'image d'un bougonnement insatisfait d'avoir été interrompu dans son calembour, mordillant la main de sa maîtresse sans réellement mettre de coeur à l'ouvrage. La Chevalière le réprima sans plus de démonstration, offrant un sourire un peu gêné à Eléderkan.

- Pardonnez les fougues de la jeunesse... Elle inclina le visage en portant le lézard de feu sur son épaule, lui montrant un doigt réprobateur. Ce dernier sembla maugréer avant d'entrevoir la boucle d'oreille de sa maîtresse qui remplaça avec bonheur la chose clinquante qui brillait sur le torse de l'inconnu et qui lui faisait tant envie.

Tâchant d'ignorer la petite gueule écailleuse qui s'amusait à croquer la perle de rubis pendante à son oreille, Rūna reprit d'un ton calme.

- Comme je vous l'ai écrit il y a maintenant plusieurs mois, mes intentions envers le Màr Tàralöm n'ont pas changé, je ne cherche que son maintien et bien-sûr sa possible élévation. Et que les choses soient claires et dites : je n'entends en rien acheter une place quelconque par mes richesses. Pas si je peux l'obtenir en prouvant ma valeur ou mes ressources propres, en dépit d'une tierce personne.

Autrement dit : le piston n'avait pas vraiment de saveur à son goût. Elle avait été sultane par mariage, il était hors de question pour elle d'obtenir encore une fois un rôle par ses accointances avec la hiérarchie, à savoir le Seigneur Alauwyr Iskuvar. Sa fierté maladive avait au moins le mérite de la relever de la fange où s'épandaient ceux qui auraient vendu leur âme pour à peine un peu de reconnaissance.

***

[RP] Une danse aux desseins clairs-obscurs, partie II Sarz
Sărzeghnet

Par l'écho créé entre les arêtes de roche coupante des Dôl Nàrë, le fracas des os pulvérisés entre ses crocs se répercutait dans un périmètre plutôt vaste. La puissante mâchoire de Sărzeghnet terminait de broyer un jeune mouflon tout juste attrapé aux Pics de Cendre.
Sous son apparent détachement, la Reine Incarnate se tenait prête à rejoindre sa bipède en cas de besoin, faisant face à l'emplacement du Weyr qui s'élevait au loin.
Après avoir chassé une Bleue audacieuse qui ne tarda pas à déguerpir sous la menace de la dragonne peinte de sang, Sărzeghnet s'était attribuée la plus haute place des lieux, là où Solyae frappait en premier lorsque pointait l'aube. Baignée par l'éclat et la chaleur du soleil, ce dernier ne faisant que rendre plus étincelant l'andrinople de sa robe écailleuse, elle termina son repas pour étendre son corps sur la pierre tiédie. Les pattes avant allongées devant elle sans se croiser, le cou galbé et replié sur lui même avec la grâce d'un cobra, l'Incarnate semblait toiser le Kaerl bien que ses yeux fussent dépourvus du don de voir.

Elle huma paisiblement l'air, déchiffrant la moindre particule d'odeur qui fourmillait alentours. Aveugle, elle ressentait pourtant tellement plus de choses que ses pairs, toute être et objet émettant des sons ou des vibrations significatives d'un état global. Elle flairait avec une déconcertante aisance ses frères et soeurs près d'elle, tantôt calmes tantôt excités par la présence d'un ou une rivale.
En dehors d'Estenir avec qui elle ne s'entendait pas si bien que ça, la dragonne n'avait que trop peu côtoyé les siens, tant en raison de ses errances dans les exils de sa bipède que de son propre manque à s'intéresser à autrui. Ils étaient pour la plupart indignes de sa simple présence, comment pouvaient-ils espérer qu'elle leur adressât la parole ?
Sa froide fierté suffisait généralement à calmer les ardeurs des dragons plus sociables qu'elle, qu'elle expédiait le plus souvent d'un claquement de sa majestueuse gueule, le tout couplé à sa taille d'adulte déjà dépassée de quelques centimètres. Tout comme sa Liée, Sărzeghnet avait su apprécier le silence qui régna à son retour au Kaerl, elle qui l'avait quitté sous les moqueries concernant son regard de neige inerte.

Faisant mine d'avoir oublié ces temps difficiles, tant au regard des siens qu'à celui de son âme-soeur, la Reine en restait pourtant profondément blessée. Pas blessée dans le sens d'une plaie qui vous peine par sa douleur, non... Blessée dans celui qui vous incitait à tout réduire en cendres pour prouver votre valeur. Sărzeghnet n'avait guère plus que du mépris pour ses comparses qui n'entrevoyaient même pas la profondeur de son attachement à sa terre natale, bien que celle qui était vouée à donner la vie à son tour s'y refusait de peur d'engendrer une descendance présentant la même infirmité qu'elle.
Alors, aussi digne que l'exigeait sa couleur, elle faisait face en silence.

L'Incarnate étira ses pattes avant pour dégourdir ses griffes, faisant crisser la roche sous elles dans un tintement sinistre et prédateur. Son souffle régulier s'apaisa peu à peu et elle s'abandonna un instant à un moment de paix méritée après le tumulte que fut pour l'heure sa brève existence.
Puis l'air changea. Il sembla devenir plus chaud, faisant à peine frémir ses épaules, et un parfum qui ne pouvait être que celui d'un Bronze alourdit l'atmosphère environnante. Un peu ironiquement, ** Il aura beau pavaner par une virevoltante approche, je bénirais presque Flarmya de m'éviter ce piètre spectacle ** pensa-t-elle.
Comme pour se rendre plus imposante encore, par un instinct propre aux sauriens, Sărzeghnet déploya de moitié ses larges ailes, s'offrant alors d'autant plus de moyens sensoriels de capter l'arrivée possible d'un comparse.
Bien que mimant l'absolu rejet de sympathiser, une partie secrète d'elle-même chérissait l'idée de discuter avec un frère ou une soeur digne de sa magnificence.


.:: Qu'ils nous haïssent pourvu qu'ils nous craignent ::.
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Eléderkan Garaldhorf
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MessageSujet: Re: [RP] Une danse aux desseins clairs-obscurs, partie II   [RP] Une danse aux desseins clairs-obscurs, partie II Icon_minitimeSam 12 Sep 2020 - 23:43

Ombre et lumière. Mer trompeusement calme dissimulant la tempête et brasier indomptable alimenté par d’imprévisibles bourrasques de vent. Ils n’auraient pas pu être plus différents. Ce qui n’enlevait rien au jeu de séduction qui prenait place au milieu des coussins. Sous les artifices d’un haut rang et d’une âme marquée par un dragon se mouvaient deux monstres, abreuvés d’intrigues et de faux-semblants, chacun à la recherche d’une brèche à exploiter chez l’autre. L’ancien pirate d’Ys rendit son compliment à la sultane déchue du Ssyl’Shar par une inclinaison du buste et un fin sourire, après avoir posé les yeux sur le bijou qu’il avait offert à la damoiselle.

- Il y a le calme vigilant avant la tempête, l’eau en dormance avant un coup d’éclat ; et il y a la léthargie, une funeste langueur dont on ne tire rien. Beaucoup ne savent pas faire la différence, en effet, souligna l’Inquisiteur Suprême avec un regard perçant pour la jeune femme, essayant d’interpréter son expression pour savoir si elle avait saisi la nuance.

Il n’abondait pas dans son sens ni ne la contredisait véritablement. C’était tout l’art de converser avec des intrigants. Et il était certain que la jolie perle vipérine aux reflets de grenat d'Arsuh en faisait partie. Il s’agissait de tâter le terrain en vue de repérer les écueils pour éviter de trop se dévoiler par inadvertance. Des décennies auparavant, il aurait craint de se montrer trop timoré et de nuire à sa propre réputation. Il avait compris que cela n’avait pas d’importance. Être perçu comme un être redoutable pouvait tout autant vous attirer le respect d’autrui que vous peindre une cible dans le dos. A jouer dans l’ambiguïté et la subtilité avant de frapper un coup décisif, il y en avait encore pour le sous-estimer et ne pas comprendre d’où venait la chute.

L’elfe reconnut avec un sourire indulgent la fougue de la jeunesse et le tempérament de feu de la Chevalière Incarnate. Le menton reposant sur une main, le coude appuyé sur ses jambes croisées dans un effet miroir de la pose autrement plus attractive de la jeune femme, Eléderkan acquiesça par son silence et son immobilité. Le discours qu’on lui servait, il le connaissait déjà. Bon nombre de gens érigeant leur noblesse à bout de bras choisissait comme porte-étendard la gloire ou la richesse. Rares étaient ceux qui osaient les deux. Audacieuse stratégie ou candeur politique : seul l’avenir trancherait la question.

- Je connais votre frère de réputation.

Ce qui revenait à peu de choses. Il se remémorait un homme glaçant, au regard d’une fixité étrange par ses yeux dorés comme des écailles de dragon, un spadassin émérite accompagné d’une ombre aux serres de cuivre qui faisait le ménage dans les embuscades politiques. Un homme difficile à atteindre, à tenter et même à cerner. Heureusement, personne n’était infaillible.

On pouvait accuser Eléderkan Garaldhorf d’être frileux dans ses approches car il avait tendance à dissimuler ses pensées sous certaines vérités. Il dévoilait des faits et parfois des secrets pour mieux masquer ses réels desseins. Il ne cédait rien sans une contrepartie. On ne jouait pas sur ce dangereux échiquier sans prévoir ses coups. Il avait appris jadis à ses risques et périls les failles d’un tel raisonnement. Il ne saurait prétendre être un joueur débutant sans insulter lesdits joueurs débutants.

- Il n’y a rien à pardonner là où il n’y a pas faute.

Eléderkan avait accueilli avec un sursaut interloqué la manœuvre du petit lézard noir. Le comportement malicieux et un rien vicieux de la créature lui en rappela un autre. Haussant un sourcil face au lézard de feu devenu revêche d’avoir été privé de son jouet, il esquissa un sourire amusé en baissant le regard sur sa broche. Sans accorder d’attention à la jeune femme, qui essayait de calmer son jeune compagnon, il accrocha au fond de son esprit le lien ténu mais vivace qui le reliait à son propre petit valet. Après un court instant de flottement, il sentit que Sage cédait à la tentation de rejoindre son maître et de découvrir la surprise tant promise.

- Il vaudrait mieux en parler avec Maître Fawkes, en effet, renchérit Eléderkan sur le même ton, sans faire cas de l’incident. Il saura répondre à vos questions. De plus, ce langage commercial lui est davantage familier qu’à moi. Je vous remercie toutefois de m’offrir ces informations. Peut-être en avais-je connaissance, peut-être me les apprenez-vous ; toujours est-il qu’aucune information n’est négligeable et je loue la confiance que vous placez en moi par ce geste.

Evidemment, rien de tout cela ne tombait dans l’oreille d’un sourd. Il ne servait à rien de le nier, plus encore avec cette jeune personne qu’il avait choisi de charmer. Thémos ne possédait pas l’apanage du charisme et si le Bronze s’attribuait des louanges pour le retour d’une Incarnate dans son foyer, la tâche ardue de son Lié ne faisait que commencer. Son regard évita soigneusement de s’attarder sur son thé. Même s’il avait pris l’habitude de la mithridatisation depuis son arrivée au Màr, il ne connaissait pas tous les poisons du Rhaëg. Mais il ne craignait pas pour sa vie lors de cette entrevue. Il n’était pas dans l’intérêt, ni pour l’un ni pour l’autre, qu’il meure. Pas aujourd’hui, en tous les cas. Et peut-être jamais, s’il accomplissait correctement son travail.

- Vous connaissez le Clan Introverti, au moins de réputation. Je gage que vous vous êtes renseignée ; il est bon de connaître sa maison et ses moindres recoins. Vous savez donc que j’en suis membre. Je ne peux parler au nom de mes pairs. Je ne peux que vous suggérez de faire part de votre requête à nos plus éminents confrères et consœurs. Certains voient dans le commerce le nerf de la guerre. Guerroyer coûte cher et ruine les voies commerciales que nous peinons à établir au-delà de cette île. Nous sommes toujours à la recherche de nouveaux investissements qui puissent faire prospérer le trésor de la cité – et permettre aux plus vaniteux d’entre nous de continuer à mener un train de vie princier… En faisant appel aux bonnes personnes, les Introvertis pourraient être ouverts à vos propositions et vous obtenir leur soutien si l’affaire est présentée lors d’une session du Concile. Ce n’est bien sûr qu’une suggestion, ajouta-t-il avant de boire une gorgée de thé .

Ce fut sur cette main tendue que Sage fit son apparition. Le petit lézard à l’éclat des neiges éternelles, pas plus gros qu’un chaton, pourrait rivaliser de rouerie avec celui de Rūna. Sage vint s’agripper à l’épaulette de la veste de son maître et pépia de joie avant d’offrir un superbe bâillement sur sa dentition carnassière. Eléderkan n’aimait guère le mysticisme ou le symbolisme. Ses croyances restaient entachées par de mauvaises expériences avec le divin – et le surnaturel dans une plus large mesure. Cependant, il ne put s’empêcher de remarquer l’opposition flagrante dans l’émail entre Sage et son nouveau compagnon de jeu. Une nouvelle preuve que la Chevalière et lui-même venaient de deux univers différents.

- Voici Sage. Pardonnez mon audace ! J'ai pensé qu'un peu de compagnie ferait plaisir à votre compagnon... Et le détournerait de voler le joyau que vous m'avez si gracieusement offert.

Il venait de lancer un hameçon dans l’océan et attendait de voir si le requin allait mordre. Il fallait donner pour recevoir, c’était la règle. Elle devenait autrement plus périlleuse dans cette partie. Le moindre faux pas et il risquait de s’aliéner inutilement une étoile montante du Kaerl. Il n'en avait ni le temps ni le loisir.
La règle d’or, celle à laquelle il se vouait corps et âme, était d’assurer la prospérité du Màr Tàralöm. Car alors, il lui suffirait de tirer un fil pour déclencher le chaos chez ses adversaires. Il serait libre d’agir à sa guise.


[RP] Une danse aux desseins clairs-obscurs, partie II Themos_vava_dragon_bronze_tolorea
Thémos le Bronze

Dansant au milieu des courants chauds, Thémos naviguait dans les cieux d’Ouranosku avec la grâce dangereuse, lourde et menaçante du chasseur. Il ne traquait pas une proie ordinaire. Depuis des jours, il rongeait son frein en attendant de découvrir la nouvelle reine du Màr. Bon gré mal gré, il s’était rangé à l’avis prudent de son Lié, lequel avait insisté pour qu’il n’allât pas conter fleurette à la dragonne jusqu’à l’entrevue avec sa Chevalière. Alors le dragon avait été patient, au-delà de toute commune mesure. Il avait imaginé mille formes et mille couleurs habiller en adulte ses souvenirs du vermisseau rouge qui accompagnait jadis l’Aspirante du Seigneur. Il ne l’avait revue qu’à une brève occasion, lors d’un premier retour éclatant dudit Seigneur en pleine session du Concile et faire face à un Martel Dehlekna impatient de jouer sa dernière pièce sur l’échiquier du pouvoir. Depuis, son esprit prolifique avait eu le temps de travestir ses maigres souvenirs en somptueux mensonges ou en désillusions ridicules cette Incarnate somme-toute, il fallait bien l’avouer, quasi-inconnue du Màr Tàralöm qui l’avait vue naître.

L’héritière de Takhasya était parfaitement reconnaissable sur cette corniche. Plus qu’à ses yeux d’un blanc coruscant, plus qu’à son odeur musquée de reine mêlée aux relents épicés du Ssyl’Shar, il identifiait la créature posée là en majesté comme une inconnue, une étrangère, à la fois noble invitée et lépreuse pestiférée. Peu de dragons avaient osé l’approcher depuis son retour, d’après ce qu’il avait entendu dire. Peu de dragons avaient trouvé grâce à ses yeux, par ailleurs. Il comprenait pourquoi.

Le regard scrutateur de Thémos suivait la ligne épurée, mortelle, de cette masse de muscles et d’écailles aussi sombres d’un épais torrent de sang. Il voyait dans ces rémiges gigantesques l’une des plus grandes Incarnates du Màr, peut-être comparable à la vieille douairière Sokänon. Lui-même figurait parmi les plus grands mâles de sa couleur mais il ne tenait pas la comparaison avec cette créature-là. La dragonne offrait un profil racé pour une stature colossale, tout un paradoxe réuni en un corps de rêve. Elle était l’ombre d’une nuit sanglante, un crépuscule au rougeoiement d’incendies, les ténèbres qui palpitaient d’une vie chaotique, la promesse de mille délices et de mille horreurs. Plus fin que hâbleur, Thémos ne se laisserait pas duper par l’attitude outrageusement hautaine et empreinte d’un froid dédain de l’Incarnate. Chaque reine était différente. Toutes les courtiser de la même manière serait une insulte à son intelligence comme un gage de mépris pour ces princesses de cinabre. Sărzeghnet se révélait néanmoins une Incarnate peu ordinaire. Aussi convenait-il de la courtiser d’une manière peu ordinaire.

Il tournoya un moment au-dessus de sa position, feintant de se laisser porter par un courant ascendant virevoltant entre les escarpements des corniches, avant d’entamer une descente toute en sobriété. Il n’y aurait ni cabrioles ni paroles légères pour souligner avec emphase la magnificence de son vol. Avec ses yeux sagaces, il ajoutait l’observation de détails incongrus, dont la nature lui était soufflée par la mémoire de ses aïeules, dans l’attitude de la jeune reine. En apparence placide et néanmoins déterminée à chasser tout impudent qui oserait troubler sa quiétude, il la devinait pourtant tendue, vigilante. A la façon dont sa tête pointait légèrement les directions d’où venaient les sons, au mouvement fluide et presque imperceptible de sa queue… Pas de doute. Elle était sans doute le dragon le plus attentif de tous les Dôl Nàrë ! Du moins était-ce l'impression qu'il en avait.

Posé à distance suffisante pour ne pas donner l’impression de trop s’approcher mais assez pour qu’elle perçoive sa présence et sache qu’il venait pour elle, Thémos adopta la posture du sphinx, les ailes le long du corps et le cou arqué tel un cygne. Dans ses orbes se reflétaient les couleurs du ciel et de la royauté. Il laissa filer un silence, mesurant méticuleusement le temps écoulé, avant d’effleurer l’esprit de Sărzeghnet. Il en perçut toute la froideur, la dureté, avec ce vertige causé par l’inconnu logé au fond des abysses que l’on rêve plutôt que l’on effeuille. Sa voix porta un timbre grave, profond et riche d’un respect non feint, bien que prudemment dosé face à pareille nébuleuse.

° Salut à toi, reine Sărzeghnet. Je viens rendre hommage à une sœur, une fille de Flarmya, une dragonne de sang prestigieux. Salut à toi, reine du Màr Tàralöm. °

Il se tut. Il lui en coûtait de s'affranchir de son outrancier lyrisme dont il avait coutume. Mais son Lié avait raison. Nul besoin d’ajouter une fanfaronnade sur son propre compte. Elle ne mordrait pas à l’hameçon. Il la soupçonnait de ne guère savoir se comporter avec ses pairs, dans cette infatigable valse de coups bas et de flatteries, en ayant vécu trop longtemps loin d’eux. Elle devait connaître si peu de ses frères et sœurs de sang, cette dragonnelle grandie à l’étranger. Il attendit sa réponse. Il attendrait des lunes s’il pouvait ne serait-ce qu’arracher une pensée de cette insolite Incarnate en sa faveur.
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Rūna Sălv
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MessageSujet: Re: [RP] Une danse aux desseins clairs-obscurs, partie II   [RP] Une danse aux desseins clairs-obscurs, partie II Icon_minitimeDim 4 Oct 2020 - 23:07

Comme pour répondre à l'invective des orbes de jade du Maître et Sang, Rūna lui rendit la pareille par un regard qui mêlait la sournoiserie à la profondeur d'une prophétesse ayant une vision.
La fëalocë sembla tiquer lorsqu'il évoqua l'existence de son frère, se détachant des fioritures entourant le nom des Sălv pour ne garder que l'homme. Il était évident, par sa fonction et ses amours secrètes pour les manigances chuchotées dans les ombres, qu'il avait connaissance du lien qui unissait le Décurion Flamboyant et la Liée à une Reine.
D'un bref haussement du menton, elle acquiesça néanmoins à ses propos.

« Je vois pour l'heure plus de chiens repus par de maigres os que des fauves tapis dans les hautes herbes et se tenant prêts à chasser le buffle. Mais je garde le fol espoir de me fourvoyer, et je nourris chaque jour l'idée de réveiller ce qui sommeille ou est mort. »

Quand tout n'était qu'éveil des sens par l'encens aux notes boisées, par le fumet du thé racé au parfum de bergamote et par les huiles fleuries qui brûlaient dans les lampes, une persistante odeur de marbre froid dominait l'ensemble en tête. Eléderkan Garaldhorf émettait un magnétisme puissant et d'une virilité palpable, aspirant en partie l'univers exotique de la fëalocë avec la puissance d'une géode d'obsidienne toute droite sortie des antres de la Terre. Il était à croire que l'air entourant l'espace vital de l'elfe venait d'un autre monde, un monde où la plus coriace des plantes y mourrait en silence afin de ne pas se risquer à prendre ce qui revenait de droit à cet homme surmonté d'une crinière de soie argentée.
Alors, malgré l'encens aux notes boisées, le fumet du thé racé au parfum de bergamote et les huiles fleuries qui brûlaient dans les lampes, entre les miasmes de l'éther s'élevaient des senteurs de mer glacée aux flots impitoyables, des embruns chargés de métal, de sérac et de roche. Une touche des plus rafraîchissantes et que Rūna sut apprécier sur l'instant, sans pour le moins du monde se sentir menacée par cette domination coite.
Elle croisa les jambes calmement, signe qu'elle n'était pas pour un sou décontenancée par le protubérant charisme qui irradiait face à elle.

Assez étonnamment, là où le commun des mortels tremblait d'une crainte justifiée sous la seule froide caresse des émeraudes tapies dans l'élégante courbe de ses yeux, Rūna savourait la présence de l'elfe comme on se repaissait d'un met extrêmement rare, fin et onéreux. La fëalocë ne s'évertua guère à feindre le badinage désintéressé des jeux de la cour, bien qu'elle entretint sans honte la fragrance d'une sous-jacente séduction platonique et purement tactique.
Sieur Garaldhorf y fut a priori sensible sans pour autant répondre à ses marivaudages. Du moins le fit-il à sa manière, loin de l'étreinte chaleureuse du verbe de la princesse Ssyl'Sharienne. Lorsqu'Eléderkan parlait, une évocation apparaissait en relief à ses interventions : celle du portrait de l'épaisse couche de glace d'un lac gelé des fjords du Vaendark, craquante et se brisant sous les pas aventureux de quiconque osait en enfreindre le lisse et engloutissant en ses eaux mortelles la chair de son profanateur. Pourtant, sous tout le couvert de cette apparente et à juste titre assumée froideur, une étincelle subsistait au coeur de la montagne qu'il incarnait. Une montagne taillée du plus fin mais coupant des granits ceinte d'un soyeux manteau de neige brodé de givre, une magnificence à la fois brute et soignée qu'il était bon d'apprécier de loin, à l'abri des caprices de sa nature propre.
Aussi incroyable que ce fut imaginable, Rūna se révéla des plus naturelles en cette périlleuse compagnie, car si elle n'avait pas la prétention de se targuer pouvoir discerner les véritables intentions de son convié, elle le sentait un tantinet franc. Mais par dessus tout, elle avait piqué sa curiosité, sa présence en était bien la preuve.

Un air mutin, frêle comme le premier duvet d'un cygnon, gravit le pas de son minois poupin. Le Sang maniait avec justesse l'art de ne pas s'épandre en vaines et irrespectueuses flatteries. En cela, Rūna lui concéda une énième part d'estime, celle de ne pas contrefaire sa personnalité profonde pour les beaux yeux de la fëalocë. Jamais elle n'aurait avoué lui consentir une once d'admiration, mais depuis son piédestal de roche Sărzeghnet le perçut bien comme tel.
En dépit de ce seul constat, la sultane déchue s'amusa de n'attirer vers elle que les personnalités les plus froides et sombres du Màr, comme des papillons de nuit irrémédiablement fascinés par la lueur d'un flambeau au risque d'y périr pour en effleurer la lumière de trop près. Des rumeurs certifiées par la naissance d'une couvée entre Veovis et Thémos, Rūna avait bien connaissance de l'attrait de l'elfe pour les flamboyantes crinières, répondant à la parfaite image qu'elle se faisait des hommes trop attachés à leurs étoffes de détachement austère mais secrètement assoiffés de la lie des lèvres d'une concubine. Malgré toute sa sinueuse fierté, ce bombyx mori avait cédé à l'appel d'une flamme dans la nuit perpétuelle où il régnait en maître.
La jeune femme lova sur son invité un regard dardé d'un certain plaisir intrigué, battant des cils sur ses orbes d'ambre et d'or comme on agitait un éventail par une mondaine cérémonie de printemps. Une secrète pensée la rendit silencieusement victorieuse, pas tant en son nom qu'en celui de tout son sexe : les Femmes dominaient le Monde en dominant le coeur des Hommes, et dans ce royaume où elles trônaient, les fëalocës en étaient probablement les déesses.


Chassant cette grandiloquente fresque par une gorgée de thé pour méditer à sa façon de répondre au Maître Bronze, un lézard de feu peint de craie émergea dans le weyr. Le crépitement plaisant d'une agréable surprise illumina le regard de la jeune femme, suivant cette douce interruption avec attention et la jovialité d'une fillette qui voyait un chiot pour la première fois. Senakht lui, roula le dos pour ériger la bien peu redoutable herse de pointes qui courait le long de son dos, mécontent de voir apparaître ainsi un rival sur son territoire. Il retroussa les babines pour à son tour dévoiler ses crocs, tâchant de se faire menaçant malgré sa petitesse flagrante. Sa maîtresse lui porta une main rassurante, susurrant en son esprit quelques chaleureuses pensées. Bien que ne décolérant pas tout à fait, le petit lézard noir se détendit un tant soit peu sans se départir de sa position reflétant l'hostilité. Après avoir jeté un bref coup d'oeil à son petit compagnon, Rūna parla enfin.

« Il n'y a rien à pardonner là où il n'y a pas de faute, récita-t-elle avec un sourire et un clin d'oeil promptement ravisé, même si je crains que mon espiègle ami ne soit guère de cet avis. J'espère qu'un repas ou une querelle saura aider à les détourner de votre broche. »  

La princesse Ssyl'Sharienne se leva parée de son inconditionnelle grâce, s'en allant déposer Senakht sur son perchoir enrichi d'une large tablette où reposaient quelques pièces de viande cuite et diverses baies. Malgré ses quelques vociférations insatisfaites qu'elle ne releva pas, la petite créature accepta son éviction pour mieux toiser son frère à la robe radicalement opposée. Il se dressa devant le festin entreposé comme s'il s'agissait d'un butin d'or pur. Rūna lui offrit quelques rassérénantes caresses du bout des doigts auxquelles il répondit par moult ronronnements courroucés.

« Allons, Sage, viens t'en rejoindre ton petit frère et fais comme chez toi. » L'invita-t-elle d'un vague geste de la main, en dépit du bref rugissement outré de Senakht.

La sultane déchue regagna place de la même façon qu'elle la quitta un moment plus tôt. Un instant, elle parut hésiter quand au contenu de ses phrases à venir, jugeant d'elle même sur le caractère trop évident de ce qu'elle s'apprêtait à relever. Mais dans cette optique de souligner davantage le fossé qui les séparait autant qu'il les unissait à sa manière, elle osa poursuivre d'un ton énigmatique.

« Nos deux mondes se rencontrent dans les cohortes de l'Opposition, Messire. A croire que les divins eux-mêmes s'esclaffent de nous voir confrontés. Pouvons-nous être plus en contraste bien que servant, je le pense, les mêmes attributions à l'intention du Màr ? »

Elle mordit dans une figue qui dominait sur le plateau de fruit frais posé sur la petite table, puis poursuivit après avoir avalé sa bouchée.

« Pour cette fois, je n'excuserai guère mon égarement. Les alcines ont trop d'attraits pour les symboles et leurs messages prophétiques. Je ne rejette pas les aléas du Hasard, mais je reste ouverte aux messages envoyés par l'indicible... Et qui de plus inatteignable que le gardien des Secrets du Kaerl ? »    

D'une main levée, dans un signe de balayement, elle chassa la rhétorique manifeste de son interrogation.

« Allons, je vous fait autant confiance que vous ne le rendez à mon égard. Nous savons vous et moi que cette qualité ne peut s'offrir à la légère. En revanche, je vous respecte. Sans quoi je ne vous aurais concédé les quelques informations que vous n'aviez pas déjà.
Je pense que mon devoir est d'estimer un Sang, mais  vous dépassez cette simple obligation, Maître Garaldhorf, en deçà des raisons que j'ai déjà évoquées plus tôt. Je ne vous lance en rien de fades fleurs au parfum muet, cela risquerait de flatter votre égo. »
Asséna-t-elle d'une tonitruante franchise, un brin de provocation nichée sur le pourtour de son masque d'une rare pâleur.

Départie peu à peu de sa légèreté, le visage marqué par plus de sérieux, elle poursuivit alors.

« Je m'attendais à ce que vous me présentiez votre Clan, après tout je n'ai pas encore publiquement révélé mes intention à ce sujet... Même loin de Tol Orëa, j'ai étudié la question, je l'étudie encore et  je me tiens prête à rencontrer les dirigeants pour les pourparlers. Il est dommageable que le Clan Introverti n'ait pas encore décidé du nom qui remplacera sa représentante hélas disparue depuis l'Empreinte de sa Liée. »      

Bien que désintéressée par les ragots et les rumeurs, Rūna se voyait dans l'impossibilité de les ignorer lorsqu'ils concernaient l'absence de la Maîtresse Incarnate Innd'Velyn et la Reine Veovis. Si d'autres pouvaient se réjouir de voir la place laissée vacante, en dépit de ses propres désirs de s'élever vers les Hautes Sphères, la princesse déchue du Ssyl'Shar étouffait sous le fracas de sa loyauté envers le Kaerl, une loyauté qui lui hurlait de reprendre les rênes de ce cheval fou, là où personne ne se souciait d'un Sang absent.
Une partie d'elle imaginait bien que si Eléderkan s'était affairé à retrouver la Sălv à la Liée infirme, il avait battu le même travail à la recherche d'Annah, en vain ou dans la confidence de projets personnels de celle dont il partagea vraisemblablement l'intimité.
Une mine énigmatique parut foncer les ombres de son faciès, presque avec gravité, comme si l'écho du chaos qui régnait sur le Màr Tàralöm venait se répercuter sur son visage. Il y avait aussi quelques gouttes d'une curiosité qui ne réclamait pourtant pas à être assouvie, aussi s'efforça-t-elle d'enchérir afin de ne pas laisser planer le doute sur la raison de cette évocation.

« Je ne suis pas certaine d'être en adéquation avec les valeurs de votre Clan, mais je préjuge que mes investissements leur serviront, autant qu'aux autres. Vous êtes un membre éminent de votre parti, je vais tâcher de rester proche de vos missives dans l'attente du nom qui remplacera celui de dame Innd'Velyn. Je me sais grée de votre soutien, sachez que je considère pleinement votre proposition.
Pour le reste, je suivrai votre bon conseil de rencontrer Maître Fawkes, j'ai également d'autres projets que vous découvrirez bien assez tôt par la bouche de vos petits oiseaux. »
     

D'un coup d'oeil fugace, elle surveilla les agissements de Senakht avant de finir le contenu de sa tasse de thé.


***

[RP] Une danse aux desseins clairs-obscurs, partie II Sarz
Sărzeghnet

L'Incarnate émit un grondement sourd à l'évidente approche du Bronze, l'ayant flairé bien avant qu'il n'apparut dans les cieux au dessus d'elle. Une odeur de cuivre et de cuir émanait de la silhouette qui lui masquait les lueurs du soleil, et bien que sous la promesse d'une taille imposante inhérente à ceux de sa robe, son vol semblait plutôt juste et agile.
Il fallait avouer que la Reine se révélait des plus complexes à séduire ou interpeller en raison de son absence de capacité à pouvoir se repaître de la vue de ses congénères mâles, en revanche, elle se révélait magistrate dans d'autres domaines que les siens semblaient avoir oubliés. Tout comme les bipèdes, chaque dragon véhiculait ou non les ondes de son magnétisme, un flux plus puissant que le simple charisme d'une forme bien dessinée ou d'une couleur sortant de l'ordinaire. D'une certaine façon, son infirmité réduisait considérablement le champ de considération qu'elle pouvait dédaigner offrir aux siens.

Par ses ailes à demi ouvertes autour de son corps, Sărzeghnet ressentit les changements de direction des courants d'air à la présence du Bronze qui planait à peine plus haut, faisant lever quelques grains de poussière et les maigres graviers du piédestal où elle avait vainement souhaité rester seule, au calme. Sa gueule s'entrouvrit à peine, tant pour faire démonstration de son hostilité que pour mieux goûter l'éther et y saisir les informations qui y résidaient. Thémos, Lié à l'elfe avec lequel son âme-soeur était justement en plein entretien.
Malgré sa trop grande absence du Màr Tàralöm, l'Incarnate savait bien entendu de qui il s'agissait. Le Bronze était des plus dignes de sa lignée mais aussi digne des valeurs du Kaerls. Il avait connu la Grande Guerre et donné vie à une couvée par la Reine Veovis, sans pour autant répandre ses gènes avec le tout venant des dragonnes en quête de la compagnie du premier mâle venu. En dépit de son âge, Thémos semblait sélectionner avec soin les membres de son entourage proche. Autrement dit, il ne s'affairait pas à être remarqué de Sărzeghnet par pur désintéressement, vaine provocation ou badinage réservé aux Vertes trop fébriles.

Probablement modelée par son exil et le rejet de sa terre natale dès sa naissance, la Reine feula à la seule idée d'être importunée et abordée par un frère. Si fière sur son trône de roche, le splendide rubis trempé dans le sang parut se raidir et se renfrogner quelque peu dans ses larges épaules, le cou replié comme le plus orgueilleux des cobras, le regard étonnamment vif malgré leur voile perpétuel. Pourtant, poussée par des instincts plus profonds, une partie d'elle-même se ravissait en silence d'attirer une attention noble et non plus seulement les moqueries et les quolibets. Bien que ces derniers furent plus rares depuis qu'elle apparut en adulte au Màr, bénie d'une taille imposante pour compenser ce qui lui manquait.
Elle n'avait que faire de la couleur des écailles de ses connaissances encore trop clairsemées, pour peu que de la noblesse et de la loyauté résidaient dans leurs âmes. Celui qui venait portait avec lui des promesses qu'il ne tenait qu'à lui de tenir.

Malgré sa cécité, elle devina le vol gracieux et expert du Bronze sans pour autant s'en émouvoir. Comment pouvait-on impressionner une dragonne qui parvenait à voler avec une redoutable justesse alors qu'elle ne voyait rien ? Le pari était risqué, mais le superbe mâle peint de mordoré et de cuivre l'avait tenu...

Ses pattes se rétractèrent sous le supplice de la pierre qui cria au contact des dagues qui imageaient ses griffes, une mélodie sinistre qui rappelait celle d'un squelette d'agneau ou de chevreau pris dans pareil étau lors d'une session de chasse. L'Incarnate apprécia la distance respectueuse que le Bronze s'employa à garder pour se poser non loin, suffisamment pour entretenir une conversation respectueuse sans que l'un ou l'autre ne se sentit menacé.
Après un silence glacial - coutumier, que cela n'affecte en rien Thémos ! -, le timbre assuré et froid de Sărzeghnet s'éleva dans l'air comme sifflait le tranchant d'une lame.

** Que voilà un Frère bien téméraire. Ne t'a-t-on pas prévenu de ma cruauté envers nos congénères trop avenants ? **  

Le doute plana quelques secondes. Elle n'eut pas le moins du monde besoin de s'employer à être menaçante pour que ses pensées le furent avec un naturel déconcertant. Puis elle poursuivit, sans changer de ton.

** Mais de ceux qui m'ont répudiée, ton nom ne ressort pas, en revanche. **

L'Incarnate se redressa lentement, non sans une prestance innée, s'asseyant face à son interlocuteur avec une sanglante fierté. Ses ailes se replièrent d'un seul geste précis et symétrique et son cou se releva quelque peu sans quitter la ligne recourbée adoptée plus tôt.
Bien que d'ordinaire bénie d'une asociabilité de fer, étonnamment, il ne lui coûta que peu de répondre à son aîné. D'une certaine façon, cette rencontre était inespérée quand on connaissait l'irascibilité de la Reine et son inclinaison à vouloir rester seule.

** Je te salue en retour, Thémos, honorable Bronze. Tu risques hélas de gaspiller ton temps avec une cadette peu amène. D'autres seront bien plus ravis à l'idée d'égrainer les heures en ta compagnie. **

Sărzeghnet sembla le fustiger de l'éclat de ses orbes laiteuses, le regardant fixement dans l'attente de sa réaction et sa réponse. Soit il aurait la persévérance d'aller plus avant dans leur échange soit il prendrait la fuite à sa manière, comme le faisaient tous les autres dragons. Certes elle n'était pas avenante, mais l'absence de liens avec ses congénères révélait bien qu'ils s'avéraient tous indignes de sa magnificence.
Reine aveugle, oui, mais Reine surtout. De sa tare elle en avait fait une force et cette dernière éloignait ceux de sa race qui n'avaient pas le cran de l'accepter dans son entièreté. De tous les siens et particulièrement de toutes les Incarnates, son indéfectible fidélité au Kaerl n'était pas encore évidente, il n'appartenait qu'à un seul de ses Frères pour le révéler au reste du Màr.


.:: Qu'ils nous haïssent pourvu qu'ils nous craignent ::.
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Eléderkan Garaldhorf
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MessageSujet: Re: [RP] Une danse aux desseins clairs-obscurs, partie II   [RP] Une danse aux desseins clairs-obscurs, partie II Icon_minitimeVen 13 Nov 2020 - 15:03



Bien qu’il eut la diligence et la courtoisie de ne pas offenser la maîtresse de maison par des regards trop appuyés, le Maître Bronze s’assurait également de ne pas trop laisser errer son attention sur l’ensemble de la pièce. Le weyr respirait les fragrances exotiques et brûlantes d’un désert indompté, qui fascinait autant qu’il tuait l’esprit. En observant les lieux, on pouvait apprendre beaucoup du propriétaire. Ils étaient ici à l’image de la jeune femme trônant au milieu des coussins telle une matrone juvénile veillant sur son cheptel. Eléderkan savait les fëalocës sanguins et vindicatifs. Pour certains, l’air même qu’ils respiraient devait être considéré comme une denrée précieuse, qu’il ne fallait pas gaspiller avec autrui. Après avoir bataillé pour trouver les mots justes et provoquer le retour de la Chevalière Incarnate dans son Màr, comme s’il s’agissait de sa propre initiative ou presque, il aurait été extrêmement dommageable de mettre en échec sa stratégie de conciliation, maintenant qu’il avait ladite Chevalière sous les yeux. Elle faisait honneur à sa réputation. En parfaite princesse, éduquée par les meilleurs, trahie et façonnée par les pires, elle était le monstre tapi dans sa tanière qui offrait au monde la splendeur de ses yeux d’or limpide. Elle se voulait reine et Flarmya l’avait liée à dessein à un monstre plus dangereux encore pour appuyer ses ambitions. Car dans l’ombre délicate de la jolie perle de cinabre s’éployait la forme trouble, empreinte d’une grâce glaçante, d’une Reine Dragon.

S’il ne pouvait se permettre le moindre jugement hâtif sur cette jeune personne, dont il entrevoyait seulement la personnalité au travers des faits et des secrets qui tapissaient sa vie, il lui concédait néanmoins un peu d’admiration, voire du respect. Non pas parce qu’elle était la Liée d’une reine mais bien parce qu’elle était revenue. Elle aurait pu se tailler un royaume de choix aux confins du Rhaëg, s’enivrer de puissance et de fureur jusqu’à mourir dans une fosse commune comme n’importe quel tyran minable qui arpentait les autres continents. Elle aurait pu sombrer dans la folie douce-amère des éternels regrets ou aurait stupidement péri suite à une énième querelle de domination entre sa dragonne et elle, seules, oubliées de tous, sans jamais revoir les cieux qui les avaient vus renaître. Contre toute, elles avaient survécu prudemment, à l’écart des enjeux des Kaerls, pour mieux revenir chez elles par la grande porte et non plus en bâtardes stigmatisées. Il restait encore un long chemin à parcourir. Mais elles avaient déjà vaincu une partie de leurs doutes et c’était là un premier pas non négligeable.

Eléderkan devrait songer à surveiller plus étroitement ses affects. Avec un léger pincement à ce qui lui restait de cœur, il plongea ses lèvres dans le thé pour retarder sa prise de parole. Tout comme sa prise de décision. Sa stratégie mouvante s’adaptait à son interlocutrice. Il devait garder à l’esprit que ce cobra-là, si pur semblait-il, pouvait le mordre même dans le cas où il ne se sentait pas menacé. Son indulgence envers les plus faibles, ou ceux qui auraient aimé le faire croire, pourrait lui jouer des tours. La sulfureuse créature face à lui n’était pour l’heure ni son alliée ni une personne qui lui soit redevable, encore moins un plaisant passe-temps. Il suffirait en revanche d’un écueil pour qu’elle devienne un contrariant obstacle.

- Sage est davantage porté par la curiosité que la méfiance, ce qui n’excuse en rien le côté vicieux de certaines de ses mimiques destinées à vous attendrir... Si cela ne déplaît pas à votre compagnon, je pense qu’ils s’occuperont bien assez tous les deux pour ne plus se préoccuper des choses qui brillent…

Sage était un lézard innocent et crédule, sous bien des aspects mais, rongé par la malice – comme le suggérait le lien qui l’unissait au maître-espion – il n’en demeurait pas moins un petit fouineur. Un chapardeur d’attentions comme de friandises, qui se faufilait partout pour mieux épier le monde. Senakht ne l’effrayait pas. Il trouvait son attitude propice au jeu et aux tromperies. A peine plus gros qu’un chaton, le lézard des neiges se percha non loin de son homologue d’un noir charbonneux, un rictus plein de crocs fendant son museau. Il pépia, virevolta en une cabriole qui n’avait aucun sens puis se mussa dans ses longues et fines ailes, pour mieux toiser ce frère avec des yeux brillants comme des joyaux verts.

- Je vous remercie, souligna élégamment Eléderkan, qui levait sa tasse en l’honneur de la dame, un sourire reconnaissant et sincère égaré sur son visage. Le plaisir est partagé.

Avant de connaître le Màr Tàralöm, l’elfe avait vécu parmi les parias, les flibustiers, la lie des civilisations qui s’expatriaient sur des mers plus sauvages pour ne serait-ce qu’exister. Dans cette disparate, risible patrie des affranchis du monde, il avait vogué sous les couleurs de l’anarchie et du chacun-pour-soi sans un regard en arrière, sans trembler devant les exactions ou les bienfaits que ses pairs dispensaient au gré des vents. Parmi les pirates, il existait rarement d’honneur. Ce n’était souvent qu’un ramassis de voleurs qu’on avait refoulé sur les côtes à défaut de les mâter. Et pourtant, au sein de la Confrérie du Havre des Tempêtes, il avait été surpris d’y discerner l’éclat d’une civilisation structurée qui répondait à certaines règles, fussent-elles immorales ou cruelles. Il avait retrouvé ce goût si particulier du paradoxe à son arrivée au Kaerl des Pics de Cendres. Ce qui expliquait son attachement déraisonné à cette citadelle en proie au chaos.

Il ne dirait pas à la jeune femme qu’il la respectait : sa seule présence dans ce weyr, sans armes et sans volonté de lui nuire délibérément, suffisait à étayer cette hypothèse.
Il ne lui dirait pas non plus que sa réserve le touchait, car elle lui laisse présager une entrevue très intéressante. Bien loin des frivolités mondaines ou de la recherche effrénée d’une gloire éphémère, Rūna Sălv contrastait avec ses consœurs liées à des reines. Elle avait l’audace d’une jeune première mais pas son manque de prudence.
Il ne lui dirait certainement pas que sa confession le ravissait, car il craignait d’éveiller la convoitise du dragon qui sommeillait en lui. Il ne plaçait aucun être vivant sur un piédestal, avant son propre bien, quand bien même il se dévouait à son Màr. Il ne ferait pas l’erreur de les noyer tous deux sans un flot de flatteries consolatrices. Les affaires qu’il traitait nécessitaient la plus grande discrétion, sans compter le plus grand sang-froid. Les longues années dont il pouvait s’enorgueillir lui avaient enseigné la sagesse toute relative, indispensable, qui lui interdisait de miser sur un seul pion. On ne gagnait rien si on ne jouait jamais qu’à une seule partie à la fois.

- Je ne peux pas vous donner tort. J’aimerais également beaucoup connaître le nom de notre prochain Haut-Représentant. Fort heureusement, cette absence n’entrave en rien les actions du Clan, même s’il est évident que je déplore, à l’instar de mes pairs, un manque de visibilité sur la scène politique à cause de cet état de fait.

Les années, son caractère, sa défiance naturelle envers tout ce qui respire facilitaient la tâche d’Eléderkan pour rester impassible. Bien que sa propension à garder la tête froide amoindrisse ses expressions faciales, il prit la peine d’esquisser un sourire mi contrit mi moqueur pour adoucir ses paroles. Ses yeux ne pouvaient pas mentir en revanche : ils étaient le miroir glacé de ses réflexions. Il devenait méfiant vis-à-vis de la tournure de la conversation. La fëalocë déviait les considérations commerciales vers un jeu plus politique. Il en aurait été réjoui – car ce langage lui était davantage familier -, si seulement cela ne concernait pas son ancienne cheftaine… Il n’était pas étonné que ce sujet soit évoqué – cela aurait été insulter l’intelligence et la fourberie de la Chevalière dans le cas contraire – mais il aurait préféré s’en abstenir.

- J’ai promis d’être franc avec vous, depuis le début de notre correspondance jusqu’à présent et au-delà… Cette promesse me coûte peu car je n’ai pas pour habitude de dissimuler la vérité : c’est une arme suffisamment redoutable pour être exploitée. Et les mensonges sont rarement d’égale qualité… Il ne s’agit pas de vous jeter de la poudre aux yeux. Tout cela est de notoriété publique et je ne vois pas l’intérêt à vous masquer la déconvenue des Introvertis. Mais je ne pensais pas que vous seriez intéressée par les déboires de mon Clan au point de considérer cette place vacante digne d’intérêt. Je m’avance trop, je m’en excuse. Vous parliez de négociations commerciales profitables pour tous et je m’égare en conjectures : une déformation professionnelle sans doute, conclut Eléderkan en feignant l’humilité, les yeux baissés sur sa tasse tandis qu’il soufflait doucement dessus pour la refroidir.

Il ne parlerait pas de ses regrets amers quant au départ d’Annah, sans un adieu ni un regard en arrière. Il n’y avait rien, là encore, à pardonner à la Maîtresse Incarnate. Elle avait été une supérieure accomplie et retorse, un personnage d’envergure pour faire prospérer les intérêts des Introvertis et leur offrir du prestige. Mais ce fut tout. Elle avait fait sa part. Eléderkan avait fait la sienne, en cessant les recherches et en permettant au Kaerl de prononcer un jugement sur cette désertion. La disgrâce de son ancienne amante n’était finalement qu’une incartade mineure dans son existence, un semple encart raturé dans cette longue litanie d’affaires tortueuses qui constituait son temps. Il ne s’attachait plus. Il ne refaisait jamais une erreur deux fois.

- Maîtresse Innd’velyn ne reviendra pas au Màr, renchérit l’Inquisiteur Suprême au cœur de pierre. Que cela nous attriste ou nous ravisse, c’est un fait qui ne peut être écarté.

Toutefois, il prit la peine d’étouffer aussitôt ses émotions tandis qu’il songeait à Annah. Il ne voulait pas alerter Thémos, lequel était déjà assez occupé à charmer une future nouvelle conquête. Le Bronze ne pardonnait jamais, même quand l’offense n’était qu’un résidu subjectif d’une situation complexe. Ses rancunes ne s’essoufflaient pas ; elles se taisaient pour mieux rejaillir au moment opportun. Il avait ressenti de manière bien plus brutale le départ précipité de Veovis et sa Liée. Il l’avait vécu comme une trahison. La reine et lui avaient offert une belle couvée au Màr et, si elle avait respecté ses devoirs de mère jusqu’à l’éclosion, cela ne l’excluait pas du panthéon des parjures pour autant. Ce fut d’autant plus difficile d’accepter cet état de fait qu’Eléderkan et lui connaissaient le lieu de retraite caché des deux Ardentes. Ils savaient où elles résidaient, à l’abri des rumeurs et des lois des Kaerls, tout en sachant pertinemment qu’elles ne souhaitaient aucunement rentrer dans leur ancien foyer, pour des raisons obscures.

Le retour de Sărzeghnet et sa Liée se révélait d'autant plus bénéfique au Màr Tàralöm qu’il s’agissait également d’une petite victoire sur une défaite personnelle : une reine pour une autre, une vie pour une vie. Rūna Sălv et son Incarnate ne feraient pas la même erreur que son ancienne partenaire.

- C’est à vous de décider, en votre âme et conscience, ce qu’il vous plaira d’accomplir, pour le Màr et pour vous-même. Ce n’est pas mon rôle de vous influencer. Je suis aujourd’hui l’aiguilleur curieux de vos choix futurs, rien de plus. Je surveillerai attentivement vos prochaines actions. Votre évolution sera passionnante à suivre, je n’en doute pas.

L’elfe d’Ys adopta une posture plus détendue,  environné du parfum des feuilles de thé comme un serpent de mer enveloppé des brumes des tropiques. Dans l’éclat d’un vert hivernal se reflétait sa sincère curiosité pour les prochains mouvements de son interlocutrice. Voilà une fleur dont il attendait beaucoup de surprises et dont il lui plairait de voir comment elle s’épanouirait dans ce climat d’adversité chronique.

- De manière plus triviale, puis-je m’enquérir de vos projets dans l’immédiat ? Je vous offre mon aide à démêler les écheveaux des coutumes fluctuantes du Màr pour satisfaire vos aspirations, sans pour autant vous promettre davantage. Je vous félicite pour le courage et la loyauté qui vous ont probablement ramenée au Màr Tàralöm mais ce ne sont pas seulement pour la beauté de ces vieilles pierres que vous êtes revenue. Je doute que les arts décoratifs, dont pourtant vous avez fait bon usage dans votre weyr, soient la seule corde à votre arc, déclara Eléderkan en aiguisant son faciès en un sourire légèrement moqueur pour adoucir la gravité de ses propos.

Ils voulaient tous les deux quelque chose de l’autre. Autant jouer cartes sur table.


[RP] Une danse aux desseins clairs-obscurs, partie II Themos_vava_dragon_bronze_tolorea
Thémos le Bronze

Tout dans cette Incarnate indiquait qu’elle ne voulait pas de lui ici. Thémos était l’intrus, l’insecte venu troubler la quiétude d’une reine, c'est-à-dire une créature infiniment plus raffinée et supérieure que lui. Dans un premier temps, il s’en amusait. Dans un second, il s’en irritait. Fort de ses presque trente ans d’existence, le fils préféré de la défunte Tintaglia avait essuyé des échecs, des blessures mais toujours, il se relevait. Il se jouait des obstacles et des convenances car il les connaissait sur le bout des griffes. Il s’enorgueillissait d’être encore vivant, vif et habile, après des années de labeur, d’intrigues et autres turpitudes de la vie d’un Kaerl. Dans son cœur sombre rougeoyait la satisfaction réconfortante d’avoir honoré son territoire de son sang, de ses flammes et de sa protection. Il avait donné sa semence pour plusieurs couvées réussies. Il possédait l’apanage d’une intelligence retorse et d’un Lié plus qu’intéressant pour lui permettre de chasser l’ennui aussi loin que possible de ses précieuses écailles. Il ne refusait pas un défi, à moins que celui-ci ne soit déshonorant. Il ne reculait pas face au danger. Et lorsque l’étrange surgissait devant ses sens, il chassait la peur et faisait face.

L’héritière de Takhasya le toisait de toute sa majesté. Les brumes de l’atemporel brillaient dans ses deux orbes laiteuses, fixées droit sur lui en dépit de la cécité qui les marquaient. Le Bronze affrontait son regard sans ciller. Il ne se détournerait pas d’elle. Il ne la fuirait pas. Il n’aimait rien tant que d’agir et penser en contretemps de ses pairs. Il avait beau aimer ses frères et sœurs – à sa façon tordue -, il ne voulait pas être comme les autres dragons.

° Je ne suis pas venu perdre mon temps pour le plaisir fade d’une conversation avec n’importe quelle dragonne. Et je ne me satisfais pas des rencontres convenues. J’aime l’imprévu. °

Thémos n’avait pas bougé. Ses parcouraient en revanche la masse magnifique de la reine qui savait si bien maîtriser les muscles de ses ailes. Son regard scrutateur cherchait des indices sur la faiblesse de la dragonne et n’y trouvait que de pâles échos. Le handicap visuel aurait pu pénaliser cette sublime créature au point de la faire périr de manière précoce. Il l’avait à l’inverse modelée, transcendée et le grand mâle devait faire un effort pour masquer une admiration trop encombrante. La jeune reine s’épargnait des mouvements inutiles. Elle semblait étudier et analyser chaque vibration, chaque son et ceux-ci se réverbéraient dans les délicats frémissements de ses écailles qu’il imaginait tels des catalyseurs. Parfois, la nature trahissait les dons de Flarmya en faisant naître des dragonneaux moribonds à peine sortis de l’œuf. Et parfois, d’autres mains divines apposaient leur marque sur cette descendance bâtarde. Dans les reflets de sang de sa robe, Thémos apercevait l’éclat des royaumes prospérant au-delà de la mort. Et il se demanda soudain, étourdiment, si le feu de Sărzeghnet était aussi froid que les enfers.

° Aucun frère, aucune sœur, ne peut défaire le lien qui nous unit au Màr de nos ancêtres. Notre sang se souvient. Si certains ont eu la bêtise de te renier le droit de revendiquer ce territoire comme le tien, alors ils sont les plus à plaindre. Ils ne méritent pas l’honneur d’être appelés Enfants de Flarmya. °

Le ton du Bronze se faisait rarement sentencieux comme à cet instant. Son Lié déteignait décidemment beaucoup trop sur lui. A ce constat, il se renfrogna. Mais il avait pensé de toute son âme ces mots envolés vers l’esprit de l’Incarnate. Il était un spécimen parfait de Bronze du Kaerl Ardent. Et pourtant, par un caprice du destin ou de son lien avec un Garaldhorf, son sang échauffé par mille volcans se teintait d’une volonté froide comme l’acier pour lui permettre d’exprimer des idées originales. Il n’aimait pas ressembler à n’importe quel dragon.

° Si ma présence ne te déplaît pas, je souhaiterais rester en ta compagnie °, poursuivit le grand mâle en retrouvant son habituel éclat malicieux.
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Rūna Sălv
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MessageSujet: Re: [RP] Une danse aux desseins clairs-obscurs, partie II   [RP] Une danse aux desseins clairs-obscurs, partie II Icon_minitimeVen 20 Nov 2020 - 21:37


Au delà de l'honneur inhérent à la réception un tel monument qu'Eléderkan Garaldhorf en son antre, Rūna sut également apprécier la présence d'un éminent représentant de sa race. Les elfes étaient  bien rares au Ssyl'Shar, continent passablement trop exotique pour leur réputation de créatures esthètes et hautaines. D'une certaine façon, l'Inquisiteur Suprême répondait parfaitement à ces critères, avec l'indulgence laissée à son charisme magnétique et son naturel à être pourvu de cette fierté froide. Les traits parfaits de son masque à la grâce de sculpture incarnant les glorieux héros du passé avaient de quoi faire se pâmer les coeurs les plus retors à l'appréciation d'un corps bien fait. Mais la soie impériale de ses atours et le satin de sa chevelure de nacre immaculé ne pouvaient dissimuler les gouttes du plus létal venin distillé par ses orbes d'émeraude finement ciselée, aux bords tranchants pour qui osait approcher trop près. Là où les yeux perçants de cette magnifique et pernicieuse vipère se posaient, êtres et objets se figeaient de crainte de se voir départis d'un lambeau de leur esprit.
Pourtant, la fëalocë ne le percevait pas ainsi, bien au contraire : à chaque fois qu'il daignait l'observer, elle se sentait autant mise à nue que revêtue de la plus terrible révérence.
Si toute l'ardeur de sa passion ne fut d'ors et déjà attribuée au Seigneur Ardent, il était certain qu'elle aurait tenté d'engager une plaisante joute pour faire tinter d'autres lueurs dans ces iris du plus sublime jade irisé d'orichalque. Le danger, enivrant et aguicheur, résidait dans tout l'art de manier précautionneusement entre ses phalanges le poignard qu'il incarnait, par le fil affûté des angles durs de son visage et son aura sinistrement acérée, bien qu'elle avait parfaitement conscience d'être incapable de manipuler pareille lame...

A sa manière, la jeune femme exprima ce désir chaste et mesuré par un air minaudé et un soupçon mutin, sans pour autant se départir de sa contenance qui, elle le savait pertinemment, avait le don de rendre certains hommes ivres de la lie d'une volupté latente et suggérée. Pour autant, Rūna n'irait pas au bout de ces simples préliminaires de séduction, son appétit était déjà comblé par des valeurs bien plus nobles que celles appelées de la chair : le respect. Un respect que la fëalocë ne put jusqu'alors connaître que des gestes et des paroles d'Alauwyr Iskuvar et sa Liée.  

Entre les volutes d'encens mourant par le baiser de la braise s'élevaient d'autres parfums, indéchiffrables, indéfinissables mais tout aussi attrayants. Une plaisante énergie se déposait sur le tapis de coussins et le sofa, le long des rideaux et au sommet du front de ces deux rapaces, comme un rayon de soleil craintif aussi intrigué qu'effrayé à l'idée de révéler aux yeux du monde deux prédateurs embusqués à la faveur de l'aurore.
Rūna ne sut traduire les regards incisifs de son convive qui semblait s'affairer à ni trop l'ignorer ni trop la considérer dans une savante pondération, tandis qu'elle n'avait aucune honte à le fustiger de toute l'ardeur des ambres logées autour de ses pupilles d'un noir profond. La Maîtresse Incarnate n'avait guère l'impudence de vouloir le cerner à l'aube de leur première rencontre en tête à tête ni plus qu'à sa seule attractive apparence de reptile, elle se contentait de darder sur son invité la totale profondeur de son intérêt. Le Sang était un ouvrage difficile à lire mais il n'en demeurait pas moins agréable d'en effleurer les pages.

La fëalocë le fixa ainsi longuement, presque avec désinvolture. Elle avait autant coeur à bien choisir ses ennemis qu'à aviser ses potentiels alliés. Pour l'heure, il relevait plus de la seconde option sans pour autant que cela fut possible de le verbaliser ainsi, elle n'était pas dupe au point de lui concéder la faiblesse de faire de la modeste Maîtresse qu'elle était une associée de choix ou de confiance. L'un comme l'autre se voyait seulement attribué la fonction d'atout dans un tas de cartes, pour un jeu dont les règles restaient à définir. Chose était évidente qu'il valait mieux compter l'elfe dans ses partisans que ses parjures, mais la fëalocë répugnait à feindre l'intérêt pour obtenir quoi que ce fut, d'autant plus lorsque le concerné se révélait régent des secrets et des manigances.  

Sa silencieuse contemplation fut interrompue par le timbre enveloppant du Sang et, étonnamment, un sourire effrayant de sincérité amarré à ses lèvres. La jeune femme en fut tout autant ravie que timorée, la tête légèrement penchée de côté comme pour mieux analyser l'ampleur de cette révélation dénuée de mots. Tout, ou presque, chez Eléderkan Garaldhorf s'énonçait par sa seule présence, dépouillée de la nécessité de nommer ses intentions. Sa seule venue au weyr de la descendante Sălv en attestait, car cette dernière y décodait bien plus de la confiance à le voir ainsi désarmé chez elle que l'insulte de la présumer inoffensive. Le Maître Bronze n'était guère de ceux à conjecturer.
Mais, peu à peu, les précieux diamants d'absinthe qui luisaient entre les meurtrières de son regard s'assombrirent et se figèrent sous tout le verglas de sa méfiance. Rūna avait atteint une cible qu'elle ne chercha même pas à viser initialement, et si une partie de son fort intérieur s'en sentit victorieuse, l'autre s'en voulait déjà d'avoir fragilisé un lien plus que ténu. Contrairement au visage de marbre qu'il sut promptement maîtriser tandis que ses yeux feulaient, celui de la fëalocë se rida de l'ombre d'un regret. A peine eut-il terminé sa phrase qu'elle tâcha de lui répondre, sans empressement, mais le coeur appesanti du désir de rétablir la vérité.

« Messire Garaldhorf, annonça-t-elle avec tout le respect dévolu au nom d'un Sang et avec grand sérieux, si d'une quelconque manière j'ai heurté vos ressentiments, laissez moi vous présenter tout aussitôt mes profondes excuses. N'ayez pas l'audace de penser que je cherchais à piquer votre âme, je ne vous en aurais guère fait l'affront. Je déplore simplement à mon tour, avec bonne foi, l'absence d'une consoeur Liée à Reine et surtout la disparition d'une femme qui semblait maîtriser son art. »

Ceci dit, dans un soucis de paraître plus entière, la Maîtresse Incarnate se redressa pour gagner une posture moins évaltonnée puis reprit la parole, sans artifices.

« Pour clarifier la situation, je regrette que vous me pensiez intéressée par cette place laissée vacante, d'autres sont bien plus méritants et expérimentés pour s'octroyer le droit de la convoiter. Les intrigues politiques pures et dures me mécontentent viscéralement. Elles ne font qu'attiser la haine et la jalousie de petites gens frustrées de ne pas avoir été capables de passer le pas de portes pourtant grandes ouvertes sous leur nez depuis des décennies. Les querelles de clans m'ennuient au plus haut point, car là où règne une avilissante discorde il ne reste plus de place pour une constructive entente.
Notez bien qu'en dépit des rumeurs nourries à mon sujet, je suis pour un équilibre juste et salvateur entre les trois partis. Je le sais difficile, mais non inatteignable. Ce jour verra l'avènement de la magnifique quintessence du Màr Tàralöm et son peuple, que je sais capable du meilleur comme du pire. Je n'ai, pour ma part, point de temps à perdre dans la futilité des anicroches de notre sénat. Par des desseins plus élevés, j'escompte bien en revanche pouvoir faire cesser les dissensions et apporter un instant de paix...
Soupira-t-elle, comme si cette dernière flottait dans l'air et pouvait franchir le cap de ses poumons. Je souhaite donc l'arrivée d'un représentant prometteur pour faire honneur aux Introvertis. Ainsi sera permis de rétablir l'équilibre, si instable fut-il, bien que j'aspire à le rendre constant. »

Une aura familière auréolait la fëalocë, une hypnotisante danse d'or et de cuivre rappelant avec évidence celle des flammes. La lionne n'avait pas bougé le temps de son élocution et, profitant d'avoir conclu sa précédente tirade, se leva afin de se servir une seconde tasse de thé. Ses gestes calmes et précis semblèrent chercher à apaiser son esprit tout aussi bouillonnant que la lave irradiante de ses iris d'ambre. Elle prit cette fois promptement place sur le sofa qui faisait face à Eléderkan et, après avoir bu une gorgée et reposé la tasse sur sa soucoupe, sourit à l'intérêt que lui porta pareille entité que le Sang.

« Ne soyez pas si humble. Certes votre fonction par votre présence n'est pas d'influer sur mes choix, mais je mentirais en disant que vous ne m'inspirerez pas, d'une façon ou d'une autre. J'attache plus d'importance aux conseils des avertis que je ne peux le laisser présager. »

D'un coup d'oeil distrait, elle s'attarda à surveiller que Senakht ne mît pas en pièces Sage, les deux lézards trahissant seulement leur présence par de lointains et discrets feulements dont eux seuls avaient la traduction.
Baissant un instant le regard sur l'anneau d'or à son doigt, elle releva ce premier pour le présenter au Maître Bronze, sans la moindre lueur de défi tout au plus qu'une tonitruante authenticité.

« Tout comme vous, je ne dérogerai pas à ma promesse de jouer franc jeu en votre compagnie, aussi voici ce simple constat, qui appuie mes désirs actuels : Il me plaît de laisser croire aux vauriens peuplant ce Kaerl que je ne suis qu'une putain avide de pouvoir, de reconnaissance et de richesse. Cela me laisse libre-champ d'agir en vertu de mes véritables desseins sous tout le couvert de leur mépris. Puissent-ils chérir leurs fantasmes, et que dans leur esprit je demeure vénale de puissance en m'enveloppant des draps de la couche Seigneuriale. Leur bile ne fait qu'accentuer leur incommensurable et bestiale imbécilité, digne de celle des moutons desquels ils nourrissent leur Lié. Je sais ce que je vaux, ce que je suis et ce que je ne suis pas. Je n'oublie rien, et ne pardonne pas le manque de jugement. »

Un air bien plus dur s'accrocha aux traits de son ravissant visage, des coutures dépeignant la dangereuse mélodie de la colère et la fierté mêlées dans ce qui semblait être son thème attitré. Une certaine dignité en ressortit alors sous tout le couvert de son mordant dédain, la même qui à l'instant, du sommet des Dôl Nàrë, modelait Sărzeghnet. En deçà de son enveloppe charnelle de bipède, Rūna parut alors revêtir les atours d'une Incarnate, l'étoffe même de son âme-soeur, comme un rappel à ce qui justifia leur union.
La jeune femme se leva à nouveau, dans le calme, et s'éloigna de quelques pas dans un froissement de tissus pour rejoindre le montant qui marquait le vaste balcon de son weyr. Ses doigts s'égarèrent à caresser le rideau qui ondulait sous le souffle léger de la brise tandis que son regard se perdit dans le lointain, rendant les formes des divers édifices du Màr flous à son esprit vagabond, un bref instant.
Par son menton haut et volontaire, animée d'un certain dédain, elle toisa alors ce triste royaume trop peu ambitieux à son goût. Un redoutable silence précédait la tempête de ses révélations, seulement offusqué par le tintement des boucles d'oreilles qui pendaient à ses lobes.
Tandis qu'elle faisait dos au Sang, ses bras se croisèrent avec détachement puis, pour lui accorder un respect plus que dû, elle revint vers lui pour poursuivre, d'une percutante franchise.

« Durant mon exil, j'ai pu redécouvrir de nombreux secrets sur moi-même et ceux de ma famille, un lien qui unit les Sălv au Màr Tàralöm depuis sa création, au moins. Une de mes ancêtres a commis des erreurs qui ont valu son bannissement de ces murs, j'aimerais reprendre là où elle s'est arrêtée sans répéter ses erreurs. Je veux mettre à contribution du Kaerl et son Concile  ces connaissances et sciences accumulées par les miens, pour améliorer son confort, sa sécurité et sa puissance. Je possède un don qui pourra mettre en marche une ère nouvelle. Ma Liée accède à des plans que nul autre ne peut atteindre, avec toutes les promesses de savoirs que cela peut sous-entendre.
Mes ambitions vont au delà de m'asseoir sur le plus beau siège de la table, si cela peut vous rassurer ou répondre à vos questions. Je ne parviendrai pas, cependant, à faire s'élever le Kaerl seule. »


Au delà de ne pas avoir la bassesse de formuler une demande d'aide dans l'accomplissement de l'immense tâche qui semblait l'attendre, ses termes en eurent bien l'apparence. Libre à lui d'accéder ou non à sa requête encore informulée, pour l'heure, elle s'affairait à lui déballer un obscur programme. Rūna avait de la ressource, d'autres sauraient écouter ses ambitions, mais curieusement elle ressentait le besoin de recevoir une poussière d'aval de la part d'Eléderkan Garaldhorf...


***

[RP] Une danse aux desseins clairs-obscurs, partie II Sarz
La Reine Incarnate Sărzeghnet

Marilyn Manson - If I was your vampire


Désireuse d'attiser les braises qui échauffaient les désirs prudents du Bronze, la Reine garda le silence en détournant à peine sa majestueuse gueule. Sa respiration lente et calme s'anima d'une poussée plus profonde, étrange note d'apaisement dans sa constante apathique méfiance. Sans reporter sa considération à l'égard de son interlocuteur, présageant que sa réponse serait suffisante pour lui rendre l'attention qu'il réclamait en l'abordant, Sărzeghnet lui répondit avec mesure mais pleine sincérité.

** Il me plairait que tu restes. Ton hardiesse a le don d'apporter d'autres fragrances à cet air où plus rien ne me surprend, et surtout elle n'a pas la pestilence insolente et fielleuse brassée par tes cadets. **  

D'esprit d'ordinaire si mutique, Thémos devait recevoir tout l'honneur du civil éloge proféré par la jeune Incarnate. Trop sauvage pour savoir apprécier la compagnie d'autrui, la dragonne s'étonnait en secret de trouver son intérêt ainsi mordu par l'un de ses pairs, accusant possiblement de loin l'occulte admiration de sa bipède envers l'elfe de qui il était lié. Surtout, bien que n'ayant pas la vulgarité de croire en un précepte aussi stéréotypé, une part d'elle-même vouait un taiseux respect envers le Bronze et son âme-soeur car si Eléderkan avait usé de son temps et son art pour rameuter les deux brebis égarées dans un but louable, Thémos pouvait lui aussi avoir eu à coeur d'en faire de même dans les intérêts du Màr.
Si les lettres furent tracées à l'encre de l'experte manne de l'Inquisiteur Suprême, une ombre autre que celle d'un homme avait plané au dessus des missives qui parvinrent à la Sălv. La Reine Incarnate n'était pas dupe quant aux profits inhérents à son retour ou celui de sa Liée, mais une certaine curiosité la poussait à asticoter les messages sous-jacents que le Bronze n'avait pas encore pu verbaliser de lui-même.
Bien qu'incapable de voir l'étendard de vertus ceignant l'épais buste du mâle dans la fleur de l'âge, la Reine Incarnate sut le percevoir à sa manière, non pas par formes et couleurs mais par les séduisantes vibrations qui émanaient de lui. N'en déplut au Bronze, il ressemblait indubitablement à l'elfe de qui il partageait l'âme par ce magnétisme entêtant. Ou peut-être fusse le dragon qui déteignit sur son bipède...

Il était pénible pour le commun des mortels de s'attirer l'attention de l'Incarnate.
Sărzeghnet avait bien peu d'estime pour ses congénères, trop fiévreux de boire à la coupe d'une liberté qu'ils pensaient irrémédiablement acquise par leur race et les promesses tatouées à leurs ailes comme emblèmes à leur souveraineté sur les cieux. Selon elle, la moitié d'entre eux ne méritait même pas d'avoir éclos un jour. Aussi poursuivit-elle, plus acerbe, le coeur noyé de son amertume.

** Ils ne méritent certes pas d'être appelés ainsi, pourtant ils le sont. L'Honneur est un introuvable joyau dans ce monticule de breloques sans valeur. Maugréa-t-elle, sans se départir de sa posture royale. J'ose croire que d'autres que moi ont à coeur de révéler les quelques diamants qui subsistent dans ces déserts infertiles aux dunes de poussière. **

A sa façon, elle cherchait à susciter une réaction chez son congénère peint de métaux antiques et purs, sans jamais avoir la roture d'abdiquer son terrible et enivrant orgeuil. Son ton se fit plus dur, digne d'un magistrat énonçant un verdict lourd d'accusations.

** Nous sommes, pour certains, devenus ce que les loups furent aux hommes après des siècles de domestication : des chiens serviles, sans libre arbitre, sans désirs ni aspirations propres. Nos ancêtres détournent le regard, pétri de honte face à tel spectacle, face à la décadence de cette époque où bipèdes comme dragons se sont réduits à la servilité de ce présent qui nous fut offert par Flarmya. **

Elle fouetta le sol d'un coup de queue furieux mais maîtrisé, faisant s'élever derrière elle une brume de poussières et de cendres qui parut appesantir l'atmosphère déjà austère qu'elle répandait dans son sillage.

** Tous ont accès à la mémoire de leurs aïeux mais ils sont trop nombreux à cracher sur ce prestige et les trésors qu'il renferme. Les vivants me répugnent, le plus souvent, par leur propension à s'enorgueillir du simple fait de respirer alors qu'ils se rapprochent un peu plus à chaque génération du rang de vulgaire animal, tout juste bon à se repaître d'une proie qu'ils n'ont pas chassé et à procréer par nécessité plus que par fierté de transmettre leur existence dans une noble progéniture. **

Un grondement sifflant franchit le pas de sa gueule entrouverte, dévoilant la menace de ses crocs. Dégourdissant ses épaules d'un roulement bref, Sărzeghnet courba davantage le cou comme pour mieux mettre en évidence la muraille de pointes qui ceignait sa colonne d'un bout à l'autre de son corps. La Reine n'avait aucun attrait à paraître plus impressionnante au regard de ce Bronze de belle stature ni plus qu'elle daignait mettre en valeur sa terrible apparence, seule s'exprimait sa colère, tapie sous le couvert d'écailles taillées en une myriade de pointes de flèches fatalement aiguisées.
Malgré son jeune âge, la dragonne semblait âgée d'un millénaire, portant sur son dos tout le poids du Jugement de ses ancêtres. La tâche ne lui était pas tant pénible que frustrante car l'entreprise s'avérait perdue d'avance pour cette terre natale qui l'eut tout d'abord rejetée en raison de son infirmité. Il lui était surtout douloureux de devoir venir en aide à ceux qui la moquèrent tant, en dépit de ses primaires instincts vindicatifs et sanglants.
Elle tendit alors la tête en direction de Thémos, le fustigeant d'un regard mort pourtant bouillonnant de furie.

** Voici la raison pour laquelle j'ai fui la compagnie de mes pairs. La Déesse Mère a jugé bon de me punir en me jetant en pâture à une époque qui n'est pas mienne tout en m'ôtant la vue. Hélas pour elle, je vois bien plus clair que tous ses enfants réunis. **

Un éclat de rire cynique parut se modeler par un grognement bref, presque moqueur.

** Vois, mon Frère, les remparts de mon aversion, quand mon donjon abrite des armées désireuses de purifier son enceinte de tous les renégats. **

Soudainement, à l'opposée de son ordinaire apathie, elle pencha la tête d'un quart de tour en s'adressant au Bronze princier, une once de provocation pendue aux périlleuses arêtes formées par son crâne.

** Si mon aigreur te déplaît, je t'autorise à partir. **


.:: Qu'ils nous haïssent pourvu qu'ils nous craignent ::.
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Eléderkan Garaldhorf
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MessageSujet: Re: [RP] Une danse aux desseins clairs-obscurs, partie II   [RP] Une danse aux desseins clairs-obscurs, partie II Icon_minitimeVen 8 Jan 2021 - 18:19

Eléderkan haussa un sourcil circonspect. Derrière son visage figé dans un masque avenant, il analysait avec la minutie froide et mécanique de la lame chirurgicale d’un barbier. La jeune femme face à lui n’était pas dupe. Ey aurait-il fait davantage d’efforts pour masquer son trouble, précédemment, qu’il ne doutait pas qu’elle aurait fini par le remarquer malgré tout. Eléderkan n’aimait pas exposer ses affects. Non qu’il les conçoive comme des faiblesses fatales mais il n’aimait guère alimenter les ragots des gens qui se croyaient biens pensants et irréprochables. En règle générale, ces énergumènes étaient les pires racoleurs du monde et les plus vicieux artisans de la décadence. En bon gestionnaire de son cœur comme de sa raison, l’elfe reconnaissait sa part d’erreur dans l’attribution de ses inclinations comme dans la perception qu’il en donnait à autrui.

Il ne ferait pas l’erreur, dans tous les cas, de sous-estimer la Chevalière Sălv. Il prenait très au sérieux ses ennemis comme ses potentiels alliés. N’en déplaise à l’orgueil de la jeune femme, le simple fait d’être liée à une reine aurait dû mettre en garde la totalité du Kaerl. De mémoire ou par l’entremise des archives, il n’avait jamais entendu parler d’une femme liée à une reine qui n’ait pas été redoutable – dans n’importe quel sens que ce soit. Il reconnaissait la capacité de la jeune femme à lire en lui, au moins un peu plus profondément que la surface à laquelle s’arrêtait la plupart des Ardents. Il se montrerait donc indulgent envers ses interprétations erronées, car elles étaient aussi une preuve de sa preuve erreur d’analyse. Il ne s’excuserait pas d’avoir manqué offenser Rūna, pas plus qu’il ne la contredirait sur son ressenti. Ce serait bêtement s’exposer ou encore plus insulter leur intelligence à tous deux. Ils n’avaient pas de temps à perdre en justifications stériles. Qu’elle croit qu’il avait pensé ce qu’il disait à propos de sa curiosité envers la place de Haut-Représentant des Introvertis ou qu’elle s’ingénie à penser qu’il n’avait fait que la titiller, peu importait. Seul le résultat comptait et Eléderkan enregistra soigneusement son discours.

Eléderkan inclina légèrement la tête en avant, pour acquiescer à son propos ou pour l’en excuser. Il s’attachait aux faits et non aux promesses. C’est pourquoi il était prêt à renouveler sa proposition. Donner des faits et des informations connues de tous ne lui coûtait rien. Il n’avait pas pour ambition de vouloir manipuler le raisonnement d’une Chevalière Incarnate. Il préférait lui donner les clés en mains et observer quel usage elle en ferait. Avec la plus grande attention.

Il était resté silencieux trop longtemps. Il s’en aperçu avec un soupçon d’irritation. Ses pairs l’accusaient souvent de se montrer trop avare en mots – mais finissaient ensuite par regretter qu’il ait pris la parole. Il usait généralement du silence pour mieux observer comment le monde tournait autour de lui. Mais cela n’excluait pas qu’il puisse être mal interprété ou utilisé contre lui. Lorsque la jeune femme fit volte-face pour revenir vers lui, il avait déjà pris sa décision. Il avait choisi ses mots et quel pion avancer sur l’échiquier.

- En toute honnêteté, appuya le Maître Bronze avec un fin demi-sourire, pour reprendre le fil de la promesse de jouer franc jeu de la fëalocë. « Connais-toi toi-même. » Un sage a inscrit cette maxime un jour sur les pierres d’un temple. Rares sont ceux qui possèdent le recul nécessaire pour juger leurs propres actions. En toute honnêteté, donc, je vous mets en garde.

N’y voyez pas un commentaire paternaliste ou une marque de condescendance et je suis certain que vous comprendrez de quoi je parle. Vous ne pouvez pas vous être élevée si haut et avoir survécu jusqu’ici en ignorant cet avertissement.

Il retrouva un air grave en poursuivant, la tasse de thé encore chaude au creux des mains :

- Je dois vous mettre en garde contre les réputations trompeuses. Il faut savoir s’y habituer et les utiliser à bon escient. Les gérer sur le long terme peut s’avérer ardu. Parfois, on en arrive à les détester, ou à trop les aimer. Et un beau jour, on se réveille en découvrant qu’on en est devenu prisonnier. Une renommée est toujours asservie au jugement d’autrui car c’est ainsi qu’elle se construit. Elle peut malheureusement donner beaucoup trop de pouvoirs aux autres et finir par nous échapper.

Comme pour alléger ses propos et l’atmosphère assombrie, il s’autorisa une nouvelle gorgée de thé, tout en gardant les yeux fixés sur son interlocutrice. Le silence reprit sa place entre eux, tandis que l’Inquisiteur Suprême méditait la tirade emplie de fierté de Rūna Sălv. Les particularités de cette fëalocë et de sa dragonne étaient pour le moins inhabituelles. Chacune avait la stature d’une reine, la première par les épreuves et l’autre par le sang mais toutes deux auraient bientôt à prouver leur valeur. Le Màr Tàralöm n’aimait rien tant que d’éprouver ses éléments les plus prometteurs ou se débarrasser de spectaculaire manière des nuisibles. Eléderkan voyait chez Rūna et Sărzeghnet des semeuses de chaos dans une mécanique beaucoup trop encrassée depuis des décennies. Une étrange lueur s’alluma aux fonds de la ténébreuse sylve de ses prunelles. Peut-être que ce couple insolite pourrait changer les choses. Toutes les informations que la jeune femme délivrait au compte-goutte valait la peine de surveiller plus étroitement que jamais ses agissements à l’avenir.

Avec un léger hochement de tête pour saluer l’ambition de Rūna, Eléderkan se lança dans une série d’explications documentées, concises mais non-exhaustives. Comme il l’avait proposé plus tôt, il fournissait les informations manquantes à la Chevalière Incarnate, de quoi rattraper son retard depuis son départ du Kaerl. C’était une manière implicite de s’accorder sa faveur, de lui faire comprendre qu’il trouvait son projet intéressant et semblait prêt à y prendre part s’il le fallait.
Il brossa le portrait d’un Concile plutôt frileux, ainsi que celui de tous ses membres actuels. Il ne s’éternisa pas sur les détails, ni sur les rumeurs qui pouvaient circuler sur tout un chacun. Encore une fois, il s’attachait aux faits. Il l’enjoignit à se méfier d’untel ou d’un autre. Il lui renouvela l’intérêt qu’elle aurait à se rapprocher de Maître Fawkes, l’Intendant Général, ou même la Shaman pour des affaires plus occultes. Il souligna la position incertaine de cette dernière, de même que celle du poste toujours vacant, et seulement occupé par des remplaçants peu compétents, de Conservateur. Attentif aux réactions de son interlocutrice, Eléderkan fourbissait ses plans en attendant que la Chevalière décide de là où irait son intérêt. Il s'interdit de pencher pour l'une ou l'autre de ses hypothèses innombrables - aussi fort que le brûlait sa curiosité. Les prochaines inclinations de la Chevalière Incarnate seraient décisives pour tous les deux.

Naturellement, il en vint à évoquer le rôle du Seigneur du Màr. Alauwyr Iskuvar et son maître-espion possédaient un lourd passif mais il n’en ferait pas étalage. Non, c’était un tout autre sujet qui l’intéressait.

- Être le Seigneur ou la Dame du Kaerl n’est une sinécure. Beaucoup l’envient. Pour ma part, je le plains. Aucun Seigneur ne fut irréprochable et l’histoire étant évidemment écrite par les vainqueurs – ou les survivants -, aucun d’entre eux ne sut passer à la postérité comme il le souhaitait. Le temps, les points de vus différents, les guerres font des ravages sur la perception que nous avons du passé. Et il est tout aussi difficile de juger le présent à chaud. On ne choisit pas comment le monde se souviendra de nous. Vous avez été l’Aspirante du Seigneur Iskuvar, n’est-ce pas ? Il n’a pas un parcours atypique en tant que dirigeant. Jusqu’ici, il a assuré ses fonctions d’une manière peu orthodoxe, que nos pairs jugeront dans les décennies à venir. J’espère qu’il prend ses responsabilités au sérieux car il représente un Màr tout entier, aussi absurde que soit le concept. Il n’a pas droit à l’erreur, aussi doit-il bien s’entourer. C’est le prix du pouvoir exercé au grand jour.

Il promena son regard pensif sur les deux lézards de feu. L’un, noir comme l’ébène, paraissait plus revêche et sauvage, alors que l’autre, d’un blanc aveuglant, roucoulait innocemment en roulant des yeux emplis de malice. La dualité, encore une fois. Elle semblait régner partout.
Eléderkan voyait le pouvoir ultime comme une servitude. Il n’éprouvait aucun désir de s’y soumettre. Les années lui avaient transmis cette ironique sagesse. Mais il était presque sûr que ce n’était pas le genre de choses que voulait entendre Rūna Sălv.

[RP] Une danse aux desseins clairs-obscurs, partie II Themos_vava_dragon_bronze_tolorea
Thémos le Bronze

Thémos rajusta son assise sur son perchoir. La reine acceptait sa présence. Mieux encore, elle lui parlait. Elle lui donnait l’impression d’être affamée de contacts et de pensées échangés avec d’autres dragons, en dépit de son acidité naturelle ou de son mépris pour ses pairs. Elle avait grandi loin de son Màr, loin de ses frères et sœurs. S’il n’y avait sa mémoire génétique, transmise par ses aïeules, elle aurait été plus ignorante qu’un dragonneau qui venait de naître. Elle avait fait de ce défaut sa cuirasse, son fortin imprenable et elle l’entretenait avec grand soin. Piquante et volcanique, charriant le blizzard mieux que le souffle de la mort elle-même. Le Bronze s’alléchait par avance à l’idée d’une vraie conversation avec la jeune Incarnate. Il savait évidemment que les reines possédaient un fort caractère mais celle-ci, définitivement, s’avérait hors-normes.

Parcouru de délicieux frissons de frayeur et d’excitation, le Bronze ne perdit rien de la diatribe amère de sa consœur. Il se sentit flatté de susciter son intérêt, même si ce n’était qu’une façade et aucunement un compliment véritable. N’était-ce d’ailleurs pas évident, qu’il valait mieux que bon nombres de mâles du Màr Tàralöm ? Le Bronze aimait sa famille comme un enfant aime son coffre de jouet. Mais il se voulait aussi différent d’eux que le soleil d’un nœud de vers de terre.

Le regard de Thémos étincela d’un froid orgueil lorsque l’Incarnate mentionna qu’elle aspirait à trouver d’autres dragons aptes comme elle à déceler les diamants égarés dans le Màr. Il s’enorgueillit de capter l’éclat opalescent de son regard. Il sut, qu’à son odeur musquée et le raclement de ses serres alors qu’il se redressait, qu’elle comprendrait qu’il acquiesçait à ses paroles. Il savait déjà faire partie de cette maigre catégorie et ce, depuis longtemps. Il prendrait avec joie Sărzeghnet sous son aile pour lui montrer les joyeusetés que recelait le Kaerl Ardent. Dans sa solitude, la jeune dragonne s’était sans doute presque entièrement reposée sur sa mémoire ancestrale. Elle s’appuyait sur les souvenirs des autres. Il saurait lui apprendre à en forger de nouveaux, aussi arrogante soit cette proposition.

° Je ne saurais te contredire. La bêtise de nos pairs fait peine à voir. °

Un frémissement fit bruire la pointe aiguisée de ses ailes. D’un regard, il tâchait d’englober toute la superbe de cette créature façonnée pour apporter autant la mort que la vie. D’humeur assombrie mais non point dénuée d’ironie, il balança doucement la tête de droite à gauche, tel un cobra sur le point de mordre, marquant sa réflexion.

° Pourquoi partirai-je alors que la discussion devient véritablement passionnante ? Pourquoi quitter une si aimable dragonne quand celle-ci m’a gracieusement offert l’invitation de demeurer à ses côtés ? °

Arquant le cou pour mieux contempler la jeune reine, il reprit d’un ton grave, songeur :

° Je ne crois pas que Flarmya t’ait puni, Sărzeghnet. Au contraire, je suis prêt à croire qu’elle a fait un pari avec toi à la naissance. Elle t’a ouvert d’autres voies de perception, d’autres moyens d’appréhender le monde comme elle ne l’avait jamais fait avec d’autres de ses enfants auparavant. Elle t’a peut-être ôté la vue pour ne pas souiller le don étrange dont elle t’a affublé… Libre à toi d’en faire ton fardeau ou une bénédiction. °

Tournant le museau en aiguisant un sourire plein de lames, sous un regard d’un vert presque aussi perçant que celui de son Lié, Thémos ajouta avec désinvolture :

° Et c’est un dragon absolument pas mystique qui te le dit ! °

Un bref éclat de rire sec secoua le colosse cuivré.

° Je vois ton château, reine Sărzeghnet. Et si je ne peux te faire l’affront de prétendre le comprendre, au moins puis-je t’assurer que je l’accepte pour ce qu’il est. Je ne veux certainement pas partir. Peux-tu croire que la compagnie de mes pairs puisse parfois autant me rebuter qu’elle ne le fait pour toi ? °
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