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 [RP] Ecoute le chant du vent

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Jorgga Vadrak
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Jorgga Vadrak


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MessageSujet: [RP] Ecoute le chant du vent    [RP] Ecoute le chant du vent  Icon_minitimeMar 19 Mai 2020 - 13:31

25ème jour d'Ouranosku - Automne 919

Jorgga errait silencieusement le long du grand fleuve, à quelques pieds seulement du célèbre port du Delta de Cenedril. Ses grands yeux bleus, plongés dans les profondeurs abyssales de sa mémoire, ne voyaient pas la beauté du paysage. Quoi qu’il en soit, la jeune aspirante était venue tant de fois dans ce lieu qu’elle en connaissait maintenant les moindres recoins : ses élégantes maisons blanches et coquettes, posées comme une multitudes de nids d’oiseaux entre la forteresse et le fleuve ; l’immensité de la forêt vierge, impénétrable et mystérieuse, aux arbres gigantesques et ancestraux et à la flore exubérante qui s’épanouissait en une multitude de gerbes chatoyantes ; et enfin, le ballet des oiseaux marins et des grandes voiles blanches flottant prudemment à la surface des eaux tumultueuses.
Silhouette solitaire à l’ineffable tristesse, Jorgga s’assit sur une grosse pierre qui s’avançait sur l’eau comme la proue d’un navire. Elle retira délicatement ses bottes et trempa ses petits pieds engourdis dans les flots glacés du fleuve. Ses mains tremblantes jouaient machinalement avec le cristal qui pendait à son cou. La petite pierre rouge qui lui avait été offerte à la naissance par son père, scintillait de mille reflets sous la lueur écarlate du soleil levant. Des larmes silencieuses roulaient le long de ses joues rosies par le froid et le vent, que ses longs cheveux noirs tentaient de dissimuler, en vain.

Jorgga aimait se promener autour du fleuve. Ce lieu était un véritable coin de paradis, un havre de paix. Partout où ses grands yeux se posaient, ce n’était qu’une multitude enchevêtrée d’arbres qui montaient jusqu’aux cieux, de falaises si abruptes qu’on les dirait taillées à coups de hache par les dieux eux-mêmes, et de petits commerces de détails qui fleurissaient partout dès les premiers rayons du jour. Les habitants de cette forteresse n’avaient pour certains jamais vu rien d’autre. Quelques commerçants qui venaient de loin pour y vendre leurs marchandises racontaient autour du feu qu’il existait des royaumes sans arbre, recouvert par le sable blond sur des lieux. D’autres prétendaient même avoir vu, à l’Est, une mer aussi noire que les ailes d’un corbeau, sans aucune terre émergée à des lieues à la ronde ; un endroit envahi par les eaux grondantes et d’inquiétantes créatures des profondeurs. Certains, plus rares, affirmaient avoir navigué dessus des jours durant. Mais pour une grande majorité des habitants du Delta, tout ceci n’était que légendes et racontars. Et même si ces récits prenaient sans doute leur origine dans une indiscutable vérité, personne ici n’avait encore osé s’aventurer aussi loin dans la mer de l’Est pour le vérifier. Pas même l’impétueux équipage de l’Aventureuse.

Les barques aux voiles blanches, qui naviguaient si paisiblement des bordées jusqu’au coeur du fleuve auparavant, fuyaient désormais à tire-d’ailes dans diverses directions. La raison de leur frayeur soudaine semblait être un navire éloigné en aval, dont on n’apercevait encore que les hautes voiles à l’horizon. Néanmoins, on pouvait déjà juger que, sans avoir les dimensions d’un vaisseau destiné à la guerre, il était vraiment de taille à effrayer ces pacifiques petits bateaux de pêcheurs.

Les voiles blanches se découpaient désormais dans le ciel, soufflées par un vent frais et chantant. Bientôt, l’Aventureuse entra dans le port et s’amarra à quai. C’était un imposant navire à la coque lisse et rigide. Son bastingage finement sculptés n’était certainement pas l’oeuvre d’un simple artisan, tant il était splendide. Sa coque était en bois, un bois naturel aux reflets rougeoyants, hommage silencieux au sang versé par les ouvriers lors de sa construction, il y a de nombreuses années de cela. Son gréement avait quant à lui la couleur des algues. D’importantes nervures sillonnaient le pont, pareilles à des racines d’arbres. Ses grandes voiles blanches semblaient aussi légères que les nuages ou les flocons de neige. En fait, tout ce que les hommes avait inventé de plus beau se trouvait rassemblé sur ce vaisseau. Rares étaient ceux qui le regardaient sans admirer sa beauté, comme on admire un beau paysage. Mais aujourd’hui, ce n’était pas la splendeur de ce navire qui intéressait Jorgga.

***
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Alaric Bertfer
Capitaine du bâteau de commerce “l’Aventureuse”

- Par tous les dieux, encore toi ? Tu n’abandonnes jamais, hein ? s’agaca le marchand.

Cargaison après cargaison, le chargement du grand bâteau parvint à terre et des dizaines d’hommes se rassemblèrent sur le port.

- J’ai de quoi vous acheter tout ce que je vous demande. Pourquoi est-ce que vous refusez obstinément de me vendre votre marchandise ?
- Je te l’ai dit hier, gamine. Je n’échangerai cette pyrite que contre ton joli petit bijou. C’est ça, où tu dégages sur le champ. Maintenant, laisse-moi, j’ai du travail.
- Vous êtes un commerçant non ? L’argent ne vous intéresse donc pas ?
- L’argent, j’en ai plein. Mais des bijoux comme ça, ajouta-t-il en pointant du doigt le pendentif chatoyant,  je n'en possède aucun. Ce sera le seul moyen de paiement que j’accepterai de toi. Si tu acceptes, je t’offre le double de ce que tu demandes.
- Je ne peux pas vous donner ce bijou, j’y tiens comme à la prunelle de mes yeux !
- Sinon, je peux bien accepter une autre forme de paiement de ta part, mais je ne suis pas certain que cela te plaise.
- Allez-vous faire voir !

Jorgga lui colla son poing dans la figure. Le marchand se retrouva dans une flaque de boue. Les oreilles bourdonnantes, il entendit les sifflets et les clameurs réjouies de la foule. Se redressant ses coudes, il fit remonter son regard des bottes de la jeune femme à ses grands yeux bleus enflammés de colère. Telle une furie vengeresse, elle dardait sur lui ce regard inouï, si glacial qu’il n’aurait pas été étonné de se retrouver pétrifier sur le champ. Tandis qu’il la fixait stupidement, sa bouche pulpeuse se retroussa dans un demi-sourire méprisant.

- Sale petite catin, tu vas regretter de m’avoir frappé ! vociféra-t-il en pointant la lame de son épée vers le visage de Jorgga.

La jeune aspirante recula d’un pas. Le vent prit de la force et la brume se leva.

- Donne-moi une bonne raison de ne pas abîmer ce joli visage, gamine.
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Ta’imiti Roimata’toa
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MessageSujet: Re: [RP] Ecoute le chant du vent    [RP] Ecoute le chant du vent  Icon_minitimeLun 1 Juin 2020 - 19:23

Couleurs des dialogues:
 

La capuche de la verte pelisse n’avait pas longtemps lutté contre les éléments et, rabattue en arrière, elle offrait la chair pâle du visage ondin à la morsure du vent glacial de l’hiver, à la froide brûlure de l’altitude et aux lames gelées que la vitesse impose au cavalier. Mais les yeux plissés, conservés ouverts à grand peine, l’aspirant distinguait au-dessous les murailles de la forteresse du Delta, le lieu même où il avait posé le pied quelques deux mois plus tôt, le bout du voyage pour le marin en lui. C’était également le terme de sa chevauché du jour. Était-ce là faveur ou épreuve de la part de son maître, les traits impassibles d’Erhali ne l’avait pas laissé transparaître…

* Accroche-toi, nous allons atterrir. *

Alors que la voix résonnait dans son esprit, Ta’imiti resserra sa prise sur les aspérités de l’armure écailleuse du dragon, tel que le lui avait enseigné le sénateur, et se prépara aux turbulences comme Sobêek amorçait sa descente, plongeant derrière la forteresse afin de rester invisible aux yeux profanes qui évoluaient sur les quais. La manœuvre, si elle n’était pas périlleuse, pouvait sembler quelque peu acrobatique à qui n’en était pas familier et, cavalier novice, c’étaient donc les yeux clos et les articulations blanchies de ses prises resserrées que l’aspirant approcha des remparts. Toujours aveugle, il faillit être jeté au sol lorsque les griffes puissantes s’ancrèrent sur les dalles de la cour médiane, tout encombrée de passants à cette heure du jour. Il avait encore bien des progrès à faire en matière d’équitation, comme le brun ne manqua de lui faire remarquer.
Enfin parvenu sur la terre ferme, Ta’imiti reprenait ses repères et collectait ses pensées, tandis que le dragon déjà se tournait pour reprendre son vol.

* Je reviendrai au cours de la soirée, comme convenu. Dès que tu en auras fini avec ta tâche et jusqu’à mon retour, tu as quartier libre, lui notifia la puissante créature. Evidemment, libre à toi de revenir plus tôt si l’un de mes frères est disposé à te ramener au Kaerl. Cela m’éviterait le voyage. *

Les deux maîtres, ondin et dragon, n’avaient pas caché qu’ils avaient tous deux fort à faire et ne pouvait perdre de temps à la forteresse, aussi l’aspirant observa sans surprise Sobêek qui prenait son envol en direction du Màr Luimë. Et pourtant, il devinait qu’il y avait plus ici qu’une simple formalité administrative. Très vite, Erhali s’était révélé un maître fort habile dont les leçons les plus précieuses n’en portaient pas le nom, cachées qu’elles étaient dans des tâches anodines. Ta’imiti s’attendait à ce que ce travail de coursier s’avère plus ardu que prévu, bien qu’il ignorât encore quelles formes prendraient ces difficultés.
Le sénateur lui avait expliqué que, selon les accords concernant la gestion de la forteresse et du port, les administrateurs célestes devaient fournir aux représentants des deux autres kaerls un compte-rendu détaillé des échanges des derniers mois. Prétextant maître et dragon des affaires politiques urgentes, ils donc avaient confié à l’aspirant le soin de demander les documents en question aux représentants du Màr Menel. Et s’il s’était abstenu de tout commentaire à haute voix, le jeune homme s’était interrogé toute la matinée sur la leçon dissimulée derrière cette besogne. Lui faudrait-il trouver le bon interlocuteur pour récupérer les documents ? Les lui céderait-on, lui qui n’était qu’un aspirant du Màr Luimë quand les relations entre les kaerls demeuraient fragiles ? Ces registres existaient-ils seulement ? Ou bien s’agissait-il d’une épreuve d’une autre nature, peut-être pour vérifier s’il serait tenté de reprendre la mer et fuir sa destinée ? A moins que Sobêek n’ait tout simplement pas l’intention de revenir le chercher de sitôt et qu’il s’agissait de tester sa patience ou, au contraire, sa capacité à trouver un autre chevalier désireux de l’aider...
Mais déjà, le dragon n’était plus qu’un point lointain dans les cieux et Ta’imiti se mit en marche vers la demeure des greffiers. Quelle que fût l’épreuve, il la reconnaîtrait bien assez vite.


~ ~ ~


« Voilà tous les documents que vous aurez, aspirant. Le Màr Menel dirige ce port et n’a pas à rendre de comptes plus détaillés à ses… Partenaires. »

Une seconde d’hésitation avait précédé le dernier mot. Il y avait encore bien du chemin à parcourir avant qu’une paix durable ne soit installée sur Tol Orëa…
Mais le ton sec de ce troisième interlocuteur venait confirmer les dires des précédents. La décision était sans appel, il ne recevrait de leur part nulle information supplémentaire et ses tentatives maladroites de recourir à la diplomatie n’y changeraient rien. La persévérance et les remarques pertinentes — et soigneusement choisies — de l’englouti l’avaient déjà conduit, et c’était tout ce qu’il obtiendrait de cette manière, depuis l’agitation de la maison d’intendance jusqu’aux riches bureaux des administrateurs célestes de la forteresse. Si les ailes réservées aux ardents et engloutis se composaient de plusieurs salons et de quelques modestes salles de travail pour les envoyés de leurs kaerls, le Màr Menel se réservait dans la spacieuse aile centrale des appartements plus cossus, prétextant à ce qu’il avait ouïe dire que leurs envoyés y résidaient des années durant. L’elfe qui, campé dans son fauteuil, lui adressait un regard décidé n’était qu’un secrétaire du premier intendant, modeste maillon de la complexe chaîne hiérarchique de l’alliance locale des trois kaerls, mais l’ondin ne doutait pas que les documents recherchés devaient se trouver à portée de vue, dans les tiroirs et étagères encombrées. Mais le refus étant clair, réitéré sous peu lorsque le céleste le congédia d’un geste de la main, Ta’imiti se saisit des quelques feuillets qu’on lui avait cédé et sortit. Dans le couloir, la greffière qui l’avait conduit jusqu’ici, une humaine aux cheveux de blés qui œuvrait à la forteresse pour le Màr Luimë, lui adressa un coup d’œil désolé, avant de s’excuser pour reprendre son travail.
Seul dans le couloir blanchement décoré, l’ondin repassa en revue l’avancement de sa tâche. Ainsi, il avait pu obtenir une liste plus complète des marchandises ayant transité par la forteresse ces dernières semaines, et pas la listes des seuls colis destinés au kaerl englouti qui était déjà en possession du sénat. Cependant, et Erhali avait subtilement mentionné cet élément dans la matinée, ces informations devaient permettre à définir les nouvelles routes commerciales exploitables. Or il n’était question dans l’inventaire concédé par les célestes que de dates, et non des navires ni de leur port de rattachement, détails pour le moins essentiels dans cette affaire. L’aspirant, qui n’était pas dupe, doutait que son maître lui ait révélé plus de détails que nécessaire et devinait donc qu’il lui faudrait parvenir à obtenir les données manquantes pour prétendre remplir sa mission.

* “Simplement quelques papiers à récupérer”, hein... *

Il lui restait encore de longues heures avant le retour de Sobêek, ce qui lui laissait amplement le temps d’étudier quelques sources moins évidentes, et moins officielles. Car le sénateur n’avait pas abordé cette question parmi ses consignes et il y a bien des manières d’obtenir un renseignement. Les hommes aiment parler, après tout… Fourrant les feuillets collectés dans sa besace, Ta’imiti prit la direction de l’extérieur, bien décidé à mettre à profit l’après-midi pour dénicher plus bas dans la hiérarchie quelques bavards bien informés.


~ ~ ~


C’était avec délice que le timonier repenti huma l’air qui, sur les quais, caressait son visage. Se mêlaient autour de lui les senteurs d’épices déchargées de destinations lointaines, de vins et d’agrumes que l’on menait à bord, de la marée que rapportaient les pêcheurs, de ce bois qui parcourt les océans et du vent marin qui remontait le long du fleuve dans les voiles gonflées. Dans chacun des ports du Rhaëg se mélangeaient ainsi les activités pour former bouquets et musiques propres à chacun et à chaque heure. Les rues étaient agitées de vendeurs et de badauds et quelques décorations demeuraient de l’avant-veille, car Ouranos ici aussi avait été célébré. Il ne pouvait s’empêcher d’y revoir les fantômes d’une autre fête, quelques deux lunes auparavant, lorsqu’il avait fait ses adieux aux siens et à la mer durant la nuit des illusions. Tant de choses avaient changées en si peu de temps…
Sa tâche toutefois demeurait bien présente dans son esprit et déjà il balayait les quais du regard. Parmi le ballet des équipages et des dockers, une livrée élégante arrêta bientôt son attention, car cet habit justement il espérait trouver. Au pied d’un navire ventru qui battait pavillon undoméen, une discussion animée se tenait entre celui qu’il devinait être le capitaine du vaisseau et un torhil trop bien habillé pour être marin. Le hasard avait replacé sur la route de Ta’imiti le premier visage local qui l’avait accueilli sur la terre de l’aube et peut-être cet homme pourrait l’aider dans sa tâche, s’il avançait les bons arguments. Car les émissaires de la forteresse tels que lui, agents portuaires accueillant les équipages, connaissent tous les navires et officiers qui accostent leur juridiction et — bien des matelots l’apprennent à leurs dépens — leur mémoire affutée retient noms et visages des hommes de confiance comme des fauteurs de troubles. Il n’avait jamais adressé la parole à cet agent ni ne l’avait vu plus de quelques instants, aussi nul ne pouvait dire s’il aurait gardé en mémoire le jeune ondin fraîchement débarqué, mais sans doute valait-il mieux pour son affaire passer pour un étranger que pour un émissaire d’un kaerl concurrent. Son affiliation toute récente n’était pas inscrite sur son visage d’aspirant, après tout.

Mais alors qu’il s’avançait en direction des deux hommes, pesant déjà prudemment ses mots, un appel résonna tout autour de lui, enveloppante mélopée de courant d’air. L’histoire se répétait-elle ? Un dragon cherchait-il à nouveau, percevant son sang ancestral, à l’attirer à lui ? Non, réalisa-t-il bientôt, il s’agissait cette fois d’un appel bien différent… Cette voix était dépourvue de parole, dépourvue d’image, et sa nature était plus proche de son don personnel que des pensées d’autrui. C’était là comme si une voix supplémentaire s’était mêlée à la mélodie du ciel, toute chargée d’émotion, une complainte telle qu’il n’en avait jamais entendu que de la bouche d’un ménestrel. Elle avait la douceur d’un Zéphyr et la puissance d’un Grain blanc, glacée comme le Mistral, caressante comme l’Alizée. C’était un vent du mage, un souffle de Mystra dans l’œuvre d’Ouranos, discordant dans la mélodie du vent du monde.
Alors Ta’imiti arracha son attention de la musique et son regard des deux hommes sourds à ce miracle, et étudia les environs, espérant vainement apercevoir le musicien. Mais si son don lui faisait entendre l’invisible, il n’avait jamais permis de voir l’inaudible, et sa recherche fût bien vaine.

Puis le vent du mage soudain s’imposa à son oreille, s’élançant tonitruant ; et dans sa musique résonne l’écho d’un coup. Il fallut un instant et un attroupement à l’ondin pour comprendre que cette dernière note ne provenait pas de l’orchestre venteux, car un homme richement vêtu était étendu sur le pavé, toisé par une demoiselle enragée. Et dans la symphonie de l’océan, sur la mélodie déchaînée semblaient déjà s’accorder les voix familières du choeur et tambours et cors annonçaient le gros temps qui approche telle une charge puissante, alors même que le ciel depuis l’aube chantait le froid soleil d’hiver.

« Donne-moi une bonne raison de ne pas abîmer ce joli visage, gamine. »

L’homme s’était redressé, essuyant de sa main ganté une larme rouge qui perlait de son nez, et avait libéré de son fourreau une longue lame ouvragée, de celles qui ornent une cheminée ou une ceinture mais ne goûtent que rarement au fer. Du bluff, probablement. Pourtant Ta’imiti, qui avait voyagé comme vu voyager les étrangers, reconnaissait dans sa voix les échos durs de son montagneux continent et les larges épaules de l’homme dissimulaient mal sous son élégant apparat ses belliqueuses origines. Du coin de l’œil, il repéra quelques matelots tout aussi charpentés qui avaient interrompu leur besogne sur le pont du bâtiment voisin et jaugeait la situation. Le navire, plus magnifiquement apprêté encore que son capitaine, portait évidemment les armes du royaume de Skírnir… Le jeune homme nourrissait une irritation toute particulière à l’égard de ces peuples qui justifiaient leurs recours à la violence par un soi-disant statut d’envoyés divins, car guerre pour le Bien étant plus abjecte à ses yeux que jeux de cruauté. Pourtant, ici, à Tol Orëa, l’homme n’était qu’un étranger et, tout capitaine qu’il était, toutes épopées dont puisse regorger son livre de bord, les secrets du continent caché lui étaient certainement inconnus. Les seigneurs dragons ne seraient pas assez fous pour confier un tel pouvoir à des fanatiques…
Mais s’il avait fallu à Ta’imiti noter quelques détails pour identifier l’origine de l'agressé devenu agresseur, il avait déjà depuis longtemps choisi son parti. Car de la caresse de Flarmya sur l’âme de la jeune femme il ne douta pas, comme l’ire de ses yeux témoignait des mêmes mouvements que la voix nouvelle imposait à la mélodie marine. La tempête soufflait à l’unisson de sa respiration, la mélodie du vent se lisait dans ses gestes courroucés et les froides nuées s’accumulaient comme le gris voile qui de colère obscurcissait son regard couleur des matins d’Ys. Humaine, pour sûr. Douée, sans aucun doute. Aspirante elle aussi, peut-être, car un malaise résonnait sous la colère.
Tempestaire elle était, il en était certain, plus semblable à lui-même qu’aucun autre auparavant.

« Si tu veux continuer à faire commerce ici, l’ami, il vaut mieux que tu évites de frapper une fille du pays… »

L’ondin avait lâché à voix haute ces mots cinglants sans pour autant esquisser un pas. En ne s’avançant pas au secours de la jeune femme il était demeuré un anonyme agacé parmi les curieux, et bientôt des murmures se firent entendre en écho à ses mots, qui s’indignaient de “cet étranger qui osait s’en prendre à l’une des leurs” ; et les curieux se firent foule, créature tentaculaire qu’un homme seul ne peut espérer défaire. Il ne suffisait parfois guère que d’une poussée astucieuse pour mettre un groupe d’individus en branle. Ta’imiti, qui ne l’ignorait point, avait parié sur la méfiance que les habitants du continent caché nourrissaient envers le monde extérieur. Il n’était que vil agitateur, non preux chevalier, et des badauds assemblés formait toujours l’arrière garde, sa vue et son ouïe tout entiers portés sur la demoiselle.


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Dernière édition par Ta’imiti Roimata’toa le Ven 1 Jan 2021 - 18:34, édité 1 fois
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Jorgga Vadrak
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MessageSujet: Re: [RP] Ecoute le chant du vent    [RP] Ecoute le chant du vent  Icon_minitimeVen 9 Oct 2020 - 23:58

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Alaric Bertfer
Capitaine du bâteau de commerce “l’Aventureuse”

Alaric ne savait pas ce qu’il allait bien pouvoir faire de cette femme, mais il était bien content qu’à présent, elle tienne sagement sa langue. Il n’aurait pas supporté qu’elle commence à parler de nouveau, à l’implorer d’une voix que la colère ou les sanglots rendraient fébriles. Voilà des jours qu’elle l’apostrophait à chacun de ses passages sur les quais du Delta du Cenedril, sans jamais se détourner ni rendre les armes, résolument attachée à l’accomplissement de sa mystérieuse mission. Mais, au grand dam du marchand, elle semblait tenir plus encore à la pierre qu’elle portait autour du cou. Il aurait été certainement très instructif d’essayer de savoir si elle était attachée affectivement à ce petit bijou ou si elle refusait simplement de l’échanger auprès de quelqu’un qui ne lui accorderait pas toute la valeur qu’il méritait, mais il n’avait pas de temps à accorder à de tels détails aujourd’hui.

- L’obstination est la plus sûre preuve de bêtise, petite. Tu aurais dû quitter ces quais il y a déjà plusieurs jours. Ton bijou me plaît et je compte bien l’obtenir d’une manière ou d’une autre, en dédommagement de ton épuisante compagnie.

Avant que cette pierre ne se mette à l’obséder, Alaric n’avait pas voulu avoir quoi que ce soit à faire avec cette jeune femme. Mais quoi qu’il dise, quoi qu’il fasse, elle revenait systématiquement à la charge avec son petit sac de pièces, sourde à ses mises en garde. Elle était coriace, pour une dame. Lamentable négociatrice, d’incommodante compagnie, mais aussi persévérante et fougueuse que les eaux déchaînées du grand fleuve. Si elle avait été un homme, sans doute l’aurait-il invité à rejoindre son équipage, affaibli par les dernières tempêtes sur les côtes d’Ys. Mais il n’en était rien. Les femmes n’avaient pas leur place sur le pont de l’Aventureuse : elles étaient source d’ennuis.

Alaric n’avait jamais connu pareille humiliation devant ses hommes. Il aurait vraiment préféré ne pas avoir à la faire souffrir, ni même à entendre sa respiration lourde et saccadée au contact du froid glacial de la lame de son épée. Mais maintenant, la situation était telle qu’elle était et il n’y avait pas moyen de revenir en arrière sans y perdre toute sa crédibilité. Il allait devoir prouver que lui, le capitaine Alaric Bertfer, n’avait pas volé sa réputation ! Tout finirait sans doute mal pour la jeune femme, pour lui-même, mais il s’en fichait à présent. Il n’avait pas peur de payer pour ses crimes, si cela lui permettait de recouvrer son honneur auprès des membres de son équipage. Sur les flots, sur son bateau, sur ces quais qu’il connaissait comme sa poche, il était l’un des maîtres et il comptait bien le rester pour des années encore.
Lentement, Alaric enfonça la pointe de son épée dans la gorge de Jorgga, d’où un mince filet de sang s’échappa. A la vue du liquide écarlate, un sourire mauvais naquit sur le coin de ses lèvres, sous sa moustache blanchie par le temps.

Soudain, une voix s’éleva dans la foule, arrêtant le geste meurtrier.

- Si tu veux continuer à faire commerce ici, l’ami, il vaut mieux que tu évites de frapper une fille du pays…

Au début, cette semonce, soutien anonyme et impertinent, ne suscita chez le capitaine qu’un rictus chargé de dédain. Puis des visages hostiles, il y a peu habités par une curiosité naïve, se tournèrent vers Alaric. Un léger murmure s’éleva dans la masse, déjà disposée en faveur de Jorgga, grandissant comme un soupir qui se gonflait. L’homme sentit alors la nervosité le gagner. Il avait espéré pouvoir régler toute cette affaire au plus vite sans que les badauds ne viennent y mettre leur grain de sel. Mais se retrouver ainsi confronté à cette foule menaçante avait de quoi donner le vertige. S’il était craint où qu’il jette l’ancre, Alaric n'était guère populaire et la faveur des habitants du Delta allait tout naturellement à d’autres que lui. A cet instant, il comprit que les dés étaient jetés ; il n’en sortirait certainement pas vainqueur, même avec l’aide de ses fidèles membres d’équipage. Humilié, le colosse poussa un puissant cri de rage et hurla :

- Cette affaire ne vous concerne pas ! Passez-votre chemin ! Retournez à vos activités !
- Capitaine, vous allez nous...vous allez vous attirer de très gros ennuis. La garde doit être déjà informée de cet incident, s’inquiéta l’un des membres de l’équipage. Laissez-là donc partir, elle…
- Ferme-là, sombre idiot ! Cette petite n’aura que ce qu’elle mérite ! Je veux l’humilier comme elle m’a humilié !

Alaric avait l’esprit confus et se sentait un peu nauséeux. La foule rassemblée sur les quais le rendait particulièrement nerveux. Il ne savait plus comment retourner la situation à son avantage. Bien qu’il soit l’un des plus grands marchands du Delta du Cenedril, tout du moins de son point de vue, il ne pouvait pas s’empêcher de percevoir dans les murmures, les cris et les regards des curieux une forme de rejet à son égard.

[RP] Ecoute le chant du vent  Divider-3f31423

Paralysée par la peur, Jorgga lutta de toutes ses forces pour reprendre son souffle. La pointe de la lame pénétrait lentement ses chairs, l’obligeant à pencher davantage la tête en arrière. A chaque battement de coeur, à chaque palpitation, à chaque déglutition, le métal immaculé, vierge de tout combat, s’enfonçait davantage dans sa peau diaphane, causant une douleur brûlante. Les lèvres tremblantes, l’aspirante ferma les yeux, essayant de se raisonner sans se laisser submerger par ses émotions.
D’ordinaire, elle était capable de ne pas céder à la panique. D’ordinaire, elle était forte et détachée, parfaitement consciente de ses forces et de ses faiblesses, tirant les leçons de chacun de ses échecs. Mais se retrouver de nouveau confrontée à la mort, seulement quelques semaines après le décès de Grim, la terrifiait plus que de raison. Lorsqu’elle rouvrit les yeux, la jeune aspirante se sentit faiblir, défaillir, jusqu’à ce qu’une voix dans le tumulte de la foule, ne la rattrape dans sa chute, telle une main tendue.

- Si tu veux continuer à faire commerce ici, l’ami, il vaut mieux que tu évites de frapper une fille du pays…

Une fille du pays ? L’était-elle vraiment ?
Depuis son arrivée sur le grand continent au début du mois d’Ouranosku, Jorgga ne parvenait pas à se sortir de la tête qu’elle n’était pas tout à fait chez elle ici, même si, elle devait bien le reconnaître, ses habitants faisaient vraiment tout pour qu’elle s’y sente parfaitement bien. Mais pour survivre, elle avait dû renoncer à contrecoeur à son village natal, qui lui manquait terriblement ; renoncer aussi au souvenir trop présent de Grim, dont le visage s’effaçait peu à peu de sa mémoire, mais pas ses gestes ni le chant mélodieux de son rire.
A chaque fois qu’elle s’était prise à espérer un retour à Undomë, la jeune femme s’était forcée à chassée l’idée de son esprit au plus vite, refoulant au plus profond de son être l’espoir fou de retrouver un jour les siens comme si rien ne s’était jamais passé. A présent, il lui fallait réapprendre à vivre autrement...et si la relative douceur de vivre du Màr Menel et la bienveillance de son Maître avait quelque peu atténué son chagrin lancinant, sa haine pour les dieux n’avait jamais cessée de croître au fil de jours.

Le puissant cri de rage du marchand arracha Jorgga à ses pensées douloureuses. Sous l’impact de son regard brûlant de haine, la jeune femme sentit son estomac se contracter et recula d’un pas vif, cherchant à profiter de l’agitation grandissante de la foule pour échapper à l’emprise de son bourreau. Aucun doute : cet homme était fou à lier. Balbutiant comme un homme ivre, il était déterminé, happé par la haine et la rancoeur, dévoré par des désirs insatiables. L’amertume des habitants du Delta ne suffisait pas à le ramener à la raison. Elle semblait même le pousser jusque dans ses derniers retranchements.
Ce n’est qu’à cet instant que Jorgga comprit que, quoi qu’elle puisse dire ou faire pour essayer d’arranger les choses, elle ne pourrait plus le dissuader de lui faire le moindre mal. Elle avait perdu le contrôle de la situation à l’instant même où elle avait fait le choix de le frapper au visage. A présent, ce type se croyait sans doute investi d’une mission, persuadé d’agir dans son propre intérêt et dans celui de son équipage, alors qu’il faisait qu’aggraver la situation à chaque seconde qui passait. Sous les cris de mécontentement de la foule, le marchand attrape fermement le bras de l’aspirante, l’attira contre lui et la serra plus que nécessaire pour lui prouver sa force. Tandis qu’elle cherchait à se dégager de son étreinte, il lui chuchota à l’oreille :

- Tu vas payer, sale petite garce. Je vais te saigner, jusqu’à ce que l’affront soit effacé.

Horrifiée par la situation qui prenait une déplaisante tournure, Jorgga se concentra sur ses sensations, luttant une nouvelle fois pour ne pas se laisser submerger par ses émotions. Sa gorge se nouait tant elle était terrifiée. Peu à peu, les battements saccadés de son coeur s’accordèrent aux plaintes chantantes du vent. Un vent étrange et chaud, qui semblait enfanté par la mer elle-même. Aussi soudain qu’inattendu, aussi sauvage que tempétueux, il assombrit le ciel. Les rafales firent danser la poussière au-dessus des toits des maisons, osciller dangereusement les navires, gonfler les toiles blanches et claquer les pans des capes à la manière d’un drapeau. En fin de compte, elle n’avait toujours aucun contrôle. Aucun choix. Aucune alternative. Et Alaric semblait en être parfaitement conscient.

Elle sentait sa chaleur dans son dos et une bouffée d’air putride lui donna la nausée. Il était particulièrement grand - vingt bons centimètres de plus qu’elle -, musclé sans doute, mais il était presque impossible d’identifier sa force sous ses épais habits de couleur. Sa voix lui parvenait presque étouffée, sa joue humide et chaude qui lui effleurait l’oreille trahissait son état de stress. Ses grandes mains, dont l’une enserrait son bras et l’autre tenait fermement le pommeau de son épée, étaient cachées sous de beaux gants de soie blanche - de ceux qu’on ne retrouve qu’aux mains des marchands les plus fortunés du Rhaëg.

- J’ai...j’ai compris la leçon, capitaine. Maintenant lâchez-moi, exigea la jeune femme, qui peinait de plus en plus garder son calme.

Avant même qu’elle ait pu défendre sa cause, la longue lame ouvragée remonta sous son menton et un nouveau filet de sang descendit le long de son cou jusqu’au creux de sa poitrine. Un rire acerbe, retors et cruel, s’échappa de la bouche du marchand.

- Vous n’avez pas été très gentille avec moi, la réprimanda-t-il, avant de la repousser violemment dans la foule. Mais soit, puisque vous me le demandez si gentiment, je vous laisse repartir. Quelque chose me dit que nous nous reverrons bien assez tôt. Pour l’heure, d’autres affaires plus urgentes m’attendent.

Jorgga ne se fit pas prier : elle s’élança à corps perdu dans la foule pour mettre le plus de distance possible entre elles et ceux qui ne tarderaient peut-être pas à la poursuivre, mais sa conscience du danger lui soufflait que cela ne suffirait peut-être pas. Tous les badauds semblaient irrésistiblement attirés par l’attroupement sur le quai, alors qu’elle cherchait à s’en éloigner le plus possible.


Dernière édition par Jorgga Vadrak le Sam 9 Jan 2021 - 13:41, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [RP] Ecoute le chant du vent    [RP] Ecoute le chant du vent  Icon_minitimeDim 3 Jan 2021 - 3:33

Deux chants se superposaient, agréables musiques que le choc faisait tumultueux vacarme, et dans cette tourmente était pris l’esprit de Ta’imiti. Quelle était donc cette sorcellerie qui déchaînait les nuées sans raison ? Car cette rencontre n’affectait en rien la voix nouvelle, qui se faisait toujours plus présente, mutant l’orchestre selon sa volonté. Ainsi les bois se faisaient cuivre, délaissant la fraîcheur automnale comme l’air se chargeait d’une chaude colère. Des thèmes résonnaient qu’il entendait pour la toute première fois, et les alentours voiles et drapeaux dessinaient des formes nouvelles dans les caprices des bourrasques. Le timonier pouvait encore fredonner les mélodies de bien des grains et cyclones, mais aucune tempête n’était telle que celle qui se levait alors, courant d’air esseulé qui entraîne les nuées, flûte discrète qui emmène la formation tout entière. Le temps se gonflait sans plus vouloir s’arrêter, et celui que ses les loups de mers appelaient La Mouette car il lisait les humeurs d’Ouranos avec l’œil du volatile se retrouvait dépourvu, pour la première fois incapable de deviner les formes qu’adopteront les vents.

« J’ai...j’ai compris la leçon, supplia la demoiselle, capitaine. Maintenant lâchez-moi. »

Et avec ces mots, les derniers doutes qui demeuraient à l’ondin s’évanouirent, comme il entendit supplique identique dans les nuées alentour. Etaient-ce là quelques faveurs tardives du Seigneur des cieux, alors que quelques fanions de l’avant-veille célébraient encore son domaine, ou la demoiselle était-elle véritablement touchée par le divin souffleur ?
Délaissant ses macabres promesses, le cruel capitaine relâcha sur elle son étreinte, la rejetant vers la foule comme la mer sans ménagement charrie le naufragé vers d’incertains rivages. Se détournant de sa proie, l’homme se para de toute la puante noblesse qui lui demeurait pour donner à sa courte marche jusqu’au ponton de l’Aventureuse des airs de triomphe antique, inconscient qu'il ressemblait déjà à ces héros autoproclamés que les historiens aimaient à moquer. A l’abri du bois et du nom, il pourrait à loisir y ruminer sa clémence accordée à contrecœur et ourdir quelque revanche, loin des regards assassins des Tol Orëannéens. En tout cas, telles étaient les craintes que faisaient naître dans l'esprit de l'aspirant neutre le claquement des bottes trop parfaitement lustrées.

Mais son regard n’avait suivi l'agresseur que le temps de s’assurer qu’il regagnait son navire, car c’était de la jeune femme dont il était si ardemment curieux. A travers la foule dense, il avisa non sans peine sa chevelure brune qui se mouvait contre le courant, disparaissant par instant telle une noyée. La grogne n’étant point encore apaisée, nombreux restaient là à planter dans le dos exposé du capitaine leurs noirs regards, récifs entravants, tandis que d'autres curieux s'amoncelaient qui gênaient la fuite de la demoiselle, qui s'en retrouvait malmenée comme la planche dans les brisants. Mais dès lors qu'il l'aperçue à nouveau, guère plus ne la perdit, ne pouvant détourner sa vue ni son ouïe de ce mystère à peau d'albâtre.
Le surprenant lui-même, la curiosité de Ta’imiti l'arracha à sa réserve coutumière et déjà manœuvrait-il pour se frayer un chemin, ondulant des épaules, tournoyant pour se dégager des manteaux et du ballet de la foule qui par endroits se remettait paresseusement en branle. Se mouvant telle une feuille dans la rivière, il arriva bientôt aux côtés de la demoiselle qui se débattait dans le courant. Profitant qu’elle passait à l’ombre d’un homme particulièrement charpenté, il jeta sur les blanches épaules la verte pelisse dont il s’était défait.

« Viens, lança le jeune ondin sans plus qu’un regard en coin, tu ne veux pas qu’ils te suivent. »

Il tâchait de conserver l’allure nonchalante du passant, ne tournant pas tout à fait son regard vers la demoiselle afin de se préserver de la dispensable attention dont l’équipage de l’Aventureuse aurait pu lui faire don. Sa chevelure le condamnait à sortir du rang, il le savait, mais il espérait que tel contraste leur laisserait ici l’occasion de disparaître tous deux : les matelots trop concentrés sur une petite tignasse brune occulteraient sans doute les crins pâles qui culminaient au-dessus de leur champ de recherche. Prenant la main de l’aspirante, Ta’imiti l’entraîna à travers la foule en pensant chaque pas, contrastant avec la fuite désordonnée dont elle avait fait preuve dans sa panique.

Arrivé hors de la masse, son pas s’accéléra encore un instant afin de les mener dans la venelle qui s’ouvrait à l’extrémité du quai, à quelques pas de là. Soustraits à l'œil de leurs poursuivants, il ne ralentit pourtant pas l’allure, ne souhaitant pas laisser à quelques larges gaillards du Nord l’opportunité de leur emboîter le pas. Il tira néanmoins la demoiselle afin qu’elle marche à ses côtés, lui adressant enfin un regard.
Le bleu de leurs yeux se mêlèrent tandis qu’il la scrutait sans tact, mer et ciel se dévisageant et s'embrassant. Les mêmes lignes fines semblaient orner la capuche rabattue et le visage d’ivoire qu’il dissimulait, filigranes cerclant des yeux azur semblables au jour tel qu’il s’étendait plus tôt sur le port. Mais s’il prêtait à la rêverie, ce regard avait une dureté ancrée dans les années, à moins que ce ne soit le visage qui l’entourait. Était-ce ces fenêtres vers le bleu infini qui recelaient le mystère de la mélopée qui l’avait interpelé ?

« Calme les bourrasques, assena-t-il sans briser l'azur lien des regards. Ça ne sert à rien de courir s’ils peuvent te suivre en regardant le ciel. »

Le vent n’avait guère faibli, bien au contraire. Si le tintement lointain qu’il avait cru percevoir auparavant, annonciateur de tonnerre, s’était tût tout à fait, les rafales résonnaient plus violemment encore qu’auparavant, la mélodie de la tempête se faisant cacophonie dans la ruelle où elle s’était engouffrée à leur suite. Leur seul poursuivant, pour le moment, était partiellement invisible, inaudible à tous sauf à lui. A eux ?


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MessageSujet: Re: [RP] Ecoute le chant du vent    [RP] Ecoute le chant du vent  Icon_minitimeDim 17 Jan 2021 - 0:16

Jorgga s’immobilisa brusquement au milieu de la foule de badauds bruyants, le coeur battant la chamade et la peur au ventre. Semblable à un petit îlot rocheux, elle défia de sa ténacité et de sa patience les assauts implacables du vent frais de l’automne, son regard s’égarant dans la pâle lumière des voiles des bateaux voguant sur les eaux vives et sombres du fleuve. Le souffle court et haletant, elle semblait se noyer dans cette foule noire, lente et pressée. Mille pensées confuses, mille questions, mille sentiments contradictoires assaillaient son esprit. Son âme chavirait sous le vent du tourment, secouée par d’obscures émotions surgissant du passé et des perspectives d’avenir peu favorables. Elle se demandait encore comment la situation avait pu si mal tourner. La pierre rouge qu’elle portait autour du cou, avait-elle une si grande valeur pour que le capitaine Bertfer soit prêt à suivre toutes les voies et à employer tous les moyens, y compris la ruse et la violence, pour l’obtenir ? Qu’avait-elle dit - ou bien fait-, qui aurait pu lui faire croire qu’elle aurait accepté de se retrouver dans le même lit que lui, en échange de quelques morceaux de pyrite ? Cet homme aurait vraiment mérité qu’elle lui donne une bonne leçon, mais à en juger par sa force et sa colère, et à moins de trouver un subterfuge adroit, le combat serait à coup sûr inégal. Elle n’était pas prête à défier un adversaire de sa trempe - pas encore du moins.

Ivre d’une crainte instinctive, la jeune femme reprit sa fuite effrénée, désordonnée et sans espoir. Délaissant la vitesse au profit de la discrétion, elle glissa furtivement à l’abri des regards de l’ennemi, dans l’ombre d’un homme d’assez belle stature - un Torhil, il ne fait aucun doute. Vêtu d’un grand manteau bleu nuit un peu usé par de longues et éprouvantes années de navigation, il sentait à plein nez l’alcool de pomme, la sueur, le parfum musqué des peaux de chèvres et la laine mouillée. Jorgga fronça le nez. L’odeur que cet homme dégageait était proprement écoeurante. Tout comme ses incisives manquantes, son regard bleu de glace étincelant d’une fureur croissante, les cernes violacées qui ourlaient ses yeux et l’énorme balafre sur son visage, qui donnaient à son sourire presque engageant une mine absolument terrifiante.

Levant les yeux vers le ciel, duquel toute clarté avait maintenant disparu, la jeune femme puisa au plus profond d’elle-même le courage et l’imagination qui lui manquaient cruellement à cet instant précis. Si elle voulait s’en sortir indemne, elle n’avait pas d’autre choix : elle devait retrouver au plus vite la trace de Norloth et quitter la forteresse. Les pensées du dragon brun fourmillaient encore dans son esprit comme un souvenir lointain et brumeux qui ne s’était pas évaporé. Sa voix était faible, sa présence infime, irréelle, telles des volutes de fumées portées par les vents. Jorgga chercha à entamer un dialogue muet avec le saurien - un exercice qu’elle ne maîtrisait pas encore très bien -, lorsqu’elle sentit peser sur ses épaules tremblantes le poids d’une épaisse et chaude pelisse.

Au contact du tissu émeraude, le coeur de Jorgga cessa immédiatement de battre dans sa poitrine ; Son sang de couler dans ses veines, glacé par le terrible pressentiment que sa mission devait lui être funeste. Depuis des jours qu’elle essayait en vain d’acheter de la pyrite de qualité aux marchands du Delta du Cenedril, jamais elle n’avait eu un pressentiment semblable. Quelque chose s’intensifia petit à petit en elle. Tout son corps se crispa et laissa échapper des frissons. Elle était sur ses gardes, prête à dégainer son couteau de chasse à tout moment, lorsqu’elle sentit une présence étrangère glisser à ses côtés. Soulevant légèrement la pointe de la capuche qui dissimulait son visage et ses longs cheveux bruns, elle se garda de faire tout mouvement hostile. Silencieusement, la silhouette fine et élancée d’un jeune homme emplit son champ de vision. Pareille à une ombre parmi les ombres du quai, il s’était faufilé jusqu’à elle, fendant la foule des badauds avec la légèreté et l’habilité du vent.

- Qui êtes…?

L’éclat lumineux de ses yeux bleu de mer accrocha brièvement le sien, plus céleste. L’écho de sa voix, qu’elle reconnut aussitôt comme celle de l’homme qui avait enflammé la foule tantôt, fit vibrer chacune des cellules de son corps, à l’image de la corde d’un luth entre les doigts d’un saltimbanque. Sa magie vacilla sous le coup de l’embarras et l’armure de détachement, qu’elle revêtait d’ordinaire pour compenser son impuissance, tomba en milliers de petits morceaux. Enfin, lorsque l’inconnu saisit ses doigts frêles entre les siens, Jorgga n’opposa aucune forme de résistance, n’esquissa même aucun des gestes de défense que le corps décide parfois instinctivement. Elle ne connaissait rien de ce jeune homme, et lui ne la connaissait certainement pas non plus, et pourtant elle se sentait prête à lui accorder une confiance absolue et inconditionnelle.

Emplie d’espoir et de crainte, Jorgga se laissa guider le long des quais, arrimée à la main d’albâtre comme un bateau sans voile, alors qu’autour d’eux le monde devenait presque orageux. Une voie à peine saisissable s’ouvrait sur leur chemin à mesure qu’ils avançaient dans la foule remuante et piétinante - une voie qu’elle n’aurait jamais pu trouver seule -. Étrangement, on les laissa passer sans dire mot, mais déjà des éclats de voix grondaient au loin. Sans nul doute possible, cette fuite n’était qu’un court répit. Une pause et déjà un souffle de colère se posait sur ses épaules, sur leurs épaules, pressant leurs pas, hâtant leur déroute. Car désormais ils étaient deux. Deux à fuir. Comme par instinct, comme s’il l’avait toujours su, le jeune homme l’entraîna dans une ruelle que la foule avait épargnée. Un lieu où plus personne ne passait, sauf ceux qui vivaient encore là. Que le silence, brisé de temps à autre par le chant du vent entre les hautes bâtisses. Difficile de s’imaginer qu’un tel endroit ait pu pousser ici. Même le soleil n’arrivait pas à se frayer un chemin entre les toitures.

Le regard posé sur les pavés de la ruelle, Jorgga marchait vite, trop vite pour ses petites jambes, pourtant habituées aux longues débandades dans la montagne. A mesure qu’elle s’éloignait du quai où était amarré l’Aventureuse, la menace, encore si réelle quelques instants plus tôt, devenait progressivement diffuse et abstraite. Mais les yeux du marchand qu’elle avait humilié comme rivés sur son dos, le chemin vers la sérénité lui semblait être sans fin possible. Les muscles tendus jusqu’à la douleur, elle aurait souhaité prendre ses jambes à son cou pour s’enfuir le plus loin possible de cette maudite forteresse, mais une force étrange, tenace et invisible freinait chacun de ses pas, la retenant aux côtés de son bienfaiteur, qui pour la première fois depuis leur rencontre, lui accorda plus qu’un simple regard en coin.

Elle se tourna vers le jeune homme et l’intensité de la houle qu’elle lut dans ses beaux yeux bleus limpides lui coupa le souffle. Était-il seulement un être humain ? Jamais de sa vie elle n’avait vu un homme tel que lui, pas même au sein de son village, qui accueillait des marchands des quatre coins du monde. Sa peau pâle était aussi blanche qu’un nuage et Jorgga put distinguer sur son visage et dans son cou les lignes fines d’un tatouage aux fils d’argent. Ses cheveux mi-longs, ébouriffés par le vent et leur folle escapade, avaient la couleur d’un matin d’hiver. Qui était cet homme au juste ? Qu’était-il ? Très vite, un millier de questions traversa le bleu de ses yeux, mais elle n’osa en formuler aucune. Ne sachant que dire, incapable d’émettre le moindre son, elle se contenta de soutenir son regard scrutateur, presque envoûtant.

« - Calme les bourrasques, assena soudainement le jeune homme, sans briser l'azur lien des regards. Ça ne sert à rien de courir s’ils peuvent te suivre en regardant le ciel. »
« - Comment est-ce que vous…? » s’étrangla Jorgga.

Très peu de personnes au Rhaëg connaissait la véritable nature de sa magie. Alors comment un parfait étranger, fusse-t-il possiblement originaire du Màr Menel, avait-il pu avoir connaissance du don que lui avait fait Mystra ? Luttant contre la désagréable sensation que le sol se dérobait sous ses pieds, la jeune aspirante retira vivement sa main de la sienne et dégaina son couteau de chasse dans un bruit d’acier, glissa la pointe de la lame contre son ventre.

« - Je ne vous ai jamais parlé de ma magie. Comment est-ce que vous savez que ces phénomènes ne sont pas naturels ? »

Elle avait l’impression que la colère lui brûlait la gorge. Un vent puissant, plaintif, s'engouffra dans la petite ruelle étroite et pavée.

« - Ce n’est pas quelque chose que je maîtrise. Ca arrive, c’est tout. Lorsque j’ai peur, lorsque je suis en colère, il se passe des choses. Des choses que je ne contrôle pas toujours.  »
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Ta’imiti Roimata’toa
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MessageSujet: Re: [RP] Ecoute le chant du vent    [RP] Ecoute le chant du vent  Icon_minitimeDim 31 Jan 2021 - 15:13

Le chuintement de l’acier trahit les intentions de la jeune fille avant même qu’il ne vit la lame, les yeux toujours plongés dans le ciel captif de son visage. Ta’imiti n’avait ni la langue trop pendue, ni de fréquentations douteuses, mais tel n’avait pas toujours été le cas de ses compagnons d’équipage. Bien malgré lui s’était-il retrouvé entraîné dans certaines rixes, et avait été témoin de nombreuses autres, souvent initiées ou achevées d’un coup de surin. Aussi instinct et habitude firent leur œuvre et ce ne fut guère un estomac que vint menacer la lame mais le vide de la ruelle, comme l’ondin pivotait sur lui-même, la main serrée sur le poignet de Jorgga. Alors le métal résonna à nouveau, sur le pavé cette fois, car l’élan de l’aspirante avait achevé de lui tordre la main, et, la face appuyée sur le mur froid, elle sentait son bras fermement maintenu dans son dos par une clé de bras douloureuse, sinon musclée.

« On se calme, dit-il sans animosité. Loin de s’apaiser, le vent forcissait alentours. Il s’engouffrait dans la venelle et y sifflait avec une fureur inégalée, sinon pour les flûtes dont Ouranos enveloppait la jeune femme. Si près d’elle, Ta’imiti ressentait presque la vibration de sa musique, aussi sûrement que montait à lui le parfum prenant de sa chevelure malmenée par les bourrasques, et il manqua d’être pris de vertige.

- Je ne te veux pas de mal, ni dévoiler tes secrets. »

Ce faisant, il relâcha son étreinte, libérant la jeune humaine. Un bref instant, courte éternité où choit une plume, il observa la furie sans mot dire. Sur la pâleur d’une brume matinale se dessinaient de roses et de bleus les traits délicats d’une jeune fille, créature de porcelaine dans un brut écrin de peaux et de crins, oasis de douce neige subsistant sur le flanc rocailleux. On aurait pu la croire inanimée, si ce n’était pour les violettes rivières qui irriguaient discrètement son teint, pour son souffle écho des vents qui s’engouffraient dans la venelle, et pour l’immensité qui vivait dans son regard. Il l’aurait trouvé belle s’il l’avait vue avant de l’entendre, car c’était un intérêt autre qui l’habitait désormais.
Sans doute fut-ce cette dernière pensée qui tira Ta’imiti de sa contemplation, lui-même surpris de l’avoir formulée. Il se détourna un instant afin de prendre au sol le couteau qu’il avait arraché de la main de la demoiselle, et ainsi fut dissimulé le rouge qui furtivement teinta ses joues. C’était une lame courte et pratique, de celles que l’on porte par nécessité plutôt que par apparat, qui quittent le fourreau pour la vie courante plutôt que pour le combat. Elle était simple et sans artifice. En bien des aspects, elle était semblable au couteau qui pendait à sa propre hanche.

« Quand on connaît la mer, on sait quand elle réagit bizarrement, expliqua-t-il calmement en lui tendant sa main armée, manche en avant, et je t’ai aidée pour en causer. Ça ne pouvait venir que de toi ou de lui, et je crois que j’ai gagné mon pari. »

Évidemment, cela n’était pas l’entière vérité, mais son visage ne trahissait guère son mensonge. Il aurait pu lui dire comment il était, lui aussi, doué de quelque magie. Il aurait pu lui avouer qu’il l’avait entendue invoquer les nuées aussi sûrement que si elle avait hurlé une incantation. Pourtant, il avait préféré taire son don, pour la même raison que la demoiselle était courroucée de se voir ainsi démasquée : il est des magies qui sont trop intimes pour les partager, trop honteuses pour les confesser, trop incontrôlées pour les revendiquer. Alors le doué se tait, se cache, et prie pour comprendre et pour maîtriser sans jamais avoir à expliquer… Il avait espéré trouver en la demoiselle mage accomplie, élue du père des vents ou prêtresse d’Ouranos, mais il devinait désormais dans ce regard et, plus encore, dans la céleste colère qui soufflait à ses oreilles qu’elle était aussi immature dans son don qu’il l’était lui-même, sinon plus encore. Entendait-elle seulement la musique qui emplissait sa vie ? Comprenait-elle comment sa présence façonnait les éléments ? Ou subissait-elle seulement ce don, tel un radeau ballotté au gré des courants ? Si subsistait la curiosité, une part de son intérêt se mua en compassion pour la demoiselle en proie à ses émotions.
Mais avant que ne vienne le temps du questionnement, il était celui de la fuite, et le don juvénile de Jorgga risquait de devenir une entrave. Si c’était en doué qu’il avait reconnu dans les nuées la magie de l’aspirante, son mensonge n’en demeurait pas moins porteur de quelque vérité : l’homme de mer aguerri ne peut qu’être dubitatif face à une tempête si localisée. Ils n’étaient pas à l’abri que l’un des hommes de l’orgueilleux capitaine ne fasse le lien entre les vents déchaînés et la demoiselle effrayée. L’ondin commençait à être habitué au village portuaire et à ses recoins mais ne pouvait guère que préjuger de la connaissance qu’en avaient leurs éventuels poursuivants. Il leur serait aisé de se cacher tous deux dans la foule du marché ou d’une taverne, mais si la demoiselle ne parvenait pas à se calmer, il leur faudrait sans doute se rendre là où les étrangers n’étaient pas autorisés. Après un bref regard en arrière, il se campa face à la demoiselle qu’il saisit par les épaules, se voûtant légèrement pour réduire l’écart entre leurs regards.

« Par contre il vaut mieux s’éloigner encore, ajouta-t-il dans un soupir, avant de reprendre plus calmement, sinon moins inquiet. Écoute, je sais pas ce que tu leur as fait ni ce qu’ils te veulent, mais les gars de Skírnir sont pas connus pour être tolérants. Et j’ai pas envie de me battre avec eux. Donc soit tu respires un grand coup pour te calmer et arrêter de leur dire où t’es, soit tu continues à flipper et on monte vite à la forteresse pour pas qu’ils suivent. »

Si les mots étaient durs et sans détours, son ton demeurait amical, rassurant presque s’il n’y avait eu dans les variations de sa voix quelque urgence. Sur ses traits pâles, un sourire se dessina timidement. S’il se voulait chaleureux, celui-ci transpirait davantage la mélancolie.

« Je t’ai pas aidée pour te trahir ensuite. Donc pas besoin d’avoir peur de moi, ni d’être en colère. »


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MessageSujet: Re: [RP] Ecoute le chant du vent    [RP] Ecoute le chant du vent  Icon_minitimeSam 27 Fév 2021 - 22:24

« Vous vous trompez, ce n’est de vous dont j’ai si peur, » souffla Jorgga d’une toute petite voix.

Elle ne connaissait presque rien de cet homme, pas même son nom. Pourtant, elle se sentait prête à lui confier sa propre vie. Jusqu’à présent, il ne lui avait pas donné de raison de penser le contraire. Il ne l’avait pas abandonné aux mains du capitaine Bertfer ; il ne l’avait pas non plus trahi. Et il suffisait de voir son sourire chaleureux, d’entendre la tendresse dans sa voix, sa gentillesse, pour savoir qu’il était un homme bon. Un homme qui méritait qu’on lui fasse confiance. Un homme à qui elle faisait déjà confiance.

« Ce n’est qu’une question de temps avant que...Le vent devrait finir par s’apaiser. Il se calme toujours, d’une manière ou d’une autre, » assura-t-elle en saisissant délicatement la main du jeune homme toujours posée sur son épaule. « C’est juste une question de temps. »

L’expression bouleversée de son visage donnait un démenti flagrant à ses paroles pourtant empreintes d’assurance ; ses joues habituellement si pâles brillaient à présent d’un feu ardent ; un sourire confus, derrière lequel on devinait un soupir las, crispait ses lèvres rosées dans un mutisme pitoyable ; un tremblement fébrile agitait imperceptiblement ses mains et ses genoux, prêts à fléchir sous le poids de son corps affaibli par l’usage anarchique de la magie. Resserrant ses longs doigts autour de la main, elle s’accrocha à elle comme une naufragée au milieu d’une grande tempête. Elle paraissait souffrir terriblement de cette situation et dans le trouble qui la gagnait, deux sentiments, qui lui étaient à présents si familiers, dominaient tous les autres : un dégout profond d’elle-même et une peur irraisonnée autant qu’irraisonnable.

D’aussi loin qu’elle s’en souvienne, Jorgga avait toujours cherché à cacher aux yeux du monde ses émotions instinctives, presque animales. Mais sa magie les rendaient aussi réelles et vivantes que le spectateur qui en était le témoin. Lorsque les éclairs fendaient le ciel de part en part et déchiraient dans un vacarme fracassant le voile noir de la nuit ; lorsque le vent soufflait et que les arbres pliaient sous les rafales, puis se redressaient échelevés et gémissants ; lorsque la neige tombait sans un bruit, étendant son manteau blanc pour endormir la terre ; ou encore lorsque la pluie et la grêle battaient frénétiquement contre les murs, les toits et les vitres des maisons dans un raffût assourdissant.
Elle n’avait jamais combattu à armes égales aux côtés d’Ouranos, dieu des Vents et du Ciel. Cette magie était bien trop complexe à contrôler et plus les années défilaient, plus ce don de Mystra intervenait avec force et perniciosité. Elle n’avait reçu aucun enseignement en la matière et ignorait tout des fondements nécessaires à l’assimilation et la maîtrise d’un tel pouvoir. Son usage, même parfaitement inconscient, malmenait son organisme pourtant jeune et robuste.  

Le coeur battant la chamade, Jorgga ferma lentement les yeux dans une vaine tentative pour chasser ses peurs, mais ses souvenirs étaient bien vivaces. Le vacarme assourdissant de la terre et du tonnerre vibrait encore à ses oreilles ; L’odeur du sang et le sifflement incessant du bois qui se consume lui faisaient tourner la tête dans une folle danse harassante. Au creux de son cou, son poul battait douloureusement, comme celui d’un oiseau pris au piège dans l’eau de la rivière.

Nul doute qu’elle se serait sentie plus à son aise s’ils s’étaient trouvés tous les deux à l’abri entre les murs de la Forteresse du Delta du Cenedril. Mais fuir lui était impossible à présent et à en croire les paroles du loup de mer, l’attaque serait imprudente à l’encontre de pareils adversaires. De plus, Jorgga n’avait pas encore achevé toute entière la mission que lui avait confié son Maître-Dragon quelques jours plus tôt. Lasse, elle lâcha la main du jeune homme et s’avança de quelques pas dans l’allée couverte de pavés en essayant d’ignorer le vent tumultueux qui fouettait son visage et s’empêtrait dans ses vêtements comme la voile d’un bateau. Une odeur âcre lui brûlait les narines et les rafales étaient peuplées de plaintes et de hurlements inquiétants. Le soleil peinait à percer l’épaisse couche de nuages de brume. Adossée à la montagne, la forteresse, à peine perceptible, donnait presque l’illusion d’un château de cauchemar.

« A vrai dire, je ne pense pas valoir la peine d’être retrouvée et si cet homme pense le contraire et s’entête à vouloir effacer son humiliation, alors ce monde ne sera jamais assez vaste pour que je puisse m’y cacher toute ma vie durant, » dit-elle après un long moment de silence immobile. « J’ai voulu lui acheter de la pyrite. Il possède des produits d’une qualité vraiment remarquable et à des prix plus abordables que ceux des autres marchands du Delta du Cenedril. Mais...Mais il a très vite commencé à s’intéresser à la pierre que je porte autour du cou et à refuser tout autre moyen de paiement de ma part. Ce...Ce n’est rien qu’un caillou, mais j’y tiens comme à la prunelle de mes yeux et j’ai refusé de lui céder. »

Pensive, elle regarda la pierre nichée dans la paume de sa main.

[RP] Ecoute le chant du vent  George10

« Nous n’avons pas réussi à nous entendre et les choses se sont très vite envenimées. Quoi qu’il en soit, je ne tiens vraiment pas à rentrer les mains vides à la cité. Vous semblez mieux connaître ces hommes que moi, alors si vous avez des conseils à me donner, je suis toute ouïe. »

Jorgga arrêta soudainement sa marche et posa sur le jeune homme ses prunelles bleues où dansaient à présent une lueur qui laissait deviner sa détermination.

« Par tous les dieux, j’en oublie mes bonnes manières, je ne me suis même pas présentée ! » Elle tendit la main. « Je suis Jorgga Vadrak. »
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Ta’imiti Roimata’toa
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MessageSujet: Re: [RP] Ecoute le chant du vent    [RP] Ecoute le chant du vent  Icon_minitimeLun 15 Mar 2021 - 1:11

« A vrai dire, je ne pense pas valoir la peine d’être retrouvée, se lamenta la dénommée Jorgga, et si cet homme pense le contraire et s’entête à vouloir effacer son humiliation, alors ce monde ne sera jamais assez vaste pour que je puisse m’y cacher toute ma vie durant. »

Les traits de l’ondin se firent plus sévères. Où était passée la demoiselle qui avait plus tôt fait couler le sang d’un large gaillard du Skírnir ? Qu’était devenue la cantatrice qui avait déchaîné les cieux l’instant auparavant ? Dans son oreille, la mélodie persistait mais, si sa puissance ne faiblissait point, ce n’était plus la fureur qui animait l’orchestre. Il y régnait comme un vent de panique, chaque musicien s’élançant sans égard pour ses voisins de portée et dans le sillage de leurs notes rugissait Aquilon. Le grain toujours approchait, mais la raison de Ta’imiti était mise à rude épreuve par les revirements soudain qu’il percevait dans la mélodie des vagues, car elle n’obéissait guère à rien qu’il ait connu auparavant. Il fronça un peu plus les sourcils comme grondait en lui l’incompréhension. Qu’avait vécu la demoiselle pour qu’une personne dotée d’un talent si puissant en vienne à se considérer ainsi ? Pire encore, elle semblait se résignait à subir son destin, elle qui pouvait influer sur les cieux et les océans, que les hommes de tous temps avaient craint et vénérés. Qu’elle fût ou non une élue d’Ouranos, une part profondément pieuse de lui-même s’interdisait à la laisser ainsi esseulée. Ses mots se firent plus durs qu’auparavant, tombant tels les traits froids qui menaçaient à tout moment de s’abattre des noirs nuages accumulés.

« Tu as peut-être raison, ou alors il voudra peut-être sauver la face devant ses hommes. Mais tu es du continent, non ? Donc pas besoin d’aller à l’autre bout du monde, seulement au bout du port. »

Il s’apprêtait déjà à reprendre la route, sans un regard pour la roche écarlate dans la main ouverte de la demoiselle, mais il sentait dans la voix comme dans les gestes de celle-ci une grande fatigue. Lasse, c’était à peine si ses jambes la portaient encore, et courir semblait au-delà de ses forces. Ils étaient presque arrivés à l'extrémité de la venelle lorsque la lame avait quitté son fourreau et mis fin à leur élan, et Ta’imiti tourna son regard vers la rue qui s’ouvrait, plus large. Il s’agissait de l’une des voies basses du port, peu avant que ne commence le marché lui-même : se trouvaient là quelques entrepôts, deux repères des débardeurs, l’étal d’une vieille ramendeuse et l’atelier d’un charpentier. Il tenta d’abord de chasser sa première idée, car il doutait que sa compagne accepte pareille option, mais celle-ci demeurait néanmoins la solution la plus immédiate à leur problème. Il fallait que se calment les vents, non seulement pour cesser d’indiquer leur position si d’aventure un autre avait fait le lien entre Jorgga et la météo capricieuse, mais également pour lui donner quelque répit. Le conflit qui opposait le vent des cieux et le vent du mage commençait à lui faire tourner la tête et l’ondin commençait à éprouver des difficultés à réfléchir convenablement.
Alors il se retourna afin de se planter face à la magicienne, la balayant du regard de pied en cap. Délicatement, il ramena sous la capuche verte les boucles sombres qui s’en échappaient encore et lissa rapidement la cape. Ses yeux d’écume se plantèrent dans ceux de la demoiselle alors qu’il s’efforçait de conserver une voix des plus calmes malgré le vertige et l’appréhension.

« Écoute, Jorgga Vadrak, je crois savoir comment te donner le temps de te calmer, murmura-t-il en affichant une moue indéfinissable. Fais-moi confiance et ne souffle pas un mot tant qu’on n’est pas seuls. »

Alors il la prit par la main, enfermant la pierre dans leurs paumes, et l’entraîna à sa suite vers la rue et le marché. Pourtant il ne s’agissait plus là de l’emporter dans une course comme auparavant, car ils se donnaient la main comme des jeunes gens et leur pas semblait décidé mais non plus celui de la fuite. Alors Ta’imiti se dirigea, Jorgga à sa suite, vers une taverne qui s’ouvrait non loin, repère crasseux des marins fraîchement débarqués et des débardeurs désœuvrés. La salle unique était sombre car les trois fenêtres donnaient toutes sur la rue où la façade à cette heure était baignée dans l’ombre. Quelques hommes étaient là malgré l’heure précoce, ensuqués par l’oisiveté et l’alcool, seuls ou flattant la cuisse de femmes assises sur leurs genoux, les jupons à moitié relevés. Tel qu’il s’y était attendu, c’était là un repère des fonds de cale, de ceux trop pingres, alcooliques ou grincheux pour partager leurs verres avec le reste de leur équipe.
Sans laisser le temps à l’aspirante de réagir, l’ondin se dirigea droit vers le comptoir qui s’appuyait sur le mur opposé et la tenancière au visage ravagé par les années. Déposant une pièce sur le comptoir, il demanda sobrement si cela suffisait pour une chambre. Aussitôt celle-ci engloutit la monnaie d’argent et lui désigna le passage qui s’ouvrait sur le côté de l’établissement, où les deux jeunes gens disparurent. Un « Bon appétit, l’ami » résonna dans leur sillage, accompagné de rires gras à l’origine indéterminée, mais l’ondin n’y prit pas garde et pressa Jorgga vers une petite chambre au bout du couloir.

« Pardon », souffla Ta’imiti lorsqu’il eut refermé la porte branlante. Il n’y avait guère plus de place dans la petite pièce que pour un lit aux draps sans âge et un baquet d’eau sale.
« Je sais de quoi ça a l’air, mais c’était l’endroit le plus proche où se cacher. Tu vas pouvoir te calmer un peu... » Il hésita un instant, semblant soupeser ses mots. « C’est ton Don, c’est ça ? »

Il était difficile de dire s’il s’agissait de fatigue ou de déception que l’on entendait dans sa voix. Il s’adossa au mur, dans un coin de la pièce, comme pour en laisser l’espace à la jeune femme. Pour tout marin qu’il était, l’ondin n’avait jamais été client de ce genre d’établissement — tout du moins pas de son propre fait… — et guider ainsi leur fuite jusqu’à ce lupanar le mettait mal à l’aise. Il espérait seulement que sa compagne ne prendrait pas une nouvelle fois la mouche voire, car elle semblait quelque peu naïve des usages portuaires, qu’elle ne comprenne pas tout à fait le rôle de l’endroit.

« Moi c’est Ta’imiti, au fait », confia-t-il dans un soupir, laissant sa tête retomber vers l’arrière et s’appuyer contre la cloison de bois. Il prit une profonde respiration dans une vaine tentative de calmer ses tempes qui le lançaient.
La mélodie s’était toujours faite plus ténue en intérieur, comme étouffée par un rideau. Et pourtant, il distinguait encore distinctement comme tournoyaient les courants d’air de l’autre côté du mur de bois, et la tête continuait à lui tourner, car la demoiselle en était l’épicentre. Comment pouvait-elle avoir tant de contrôle sur son environnement quand elle semblait à ce point subir les événements ? Pour lui qui n’avait jamais fait qu’écouter toutes ces années durant, le pouvoir de la demoiselle lui semblait d’une déconcertante puissance. Sans doute était-ce là ce qui le poussait, au-delà du sentiment religieux, ce qui le poussait à l’aider au détriment de toute logique et l’avait amené à s’impliquer dans cet imbroglio. Car elle lui semblait être tout ce qu’il manquait à son don pour être entier : il comprenait sans changer quand elle changeait sans comprendre.

« Ecoute, je n’y connais rien en cailloux. Ni celle que tu cherches — c’est bien un caillou ta pyrite, là ? — ni celle que tu portes. Mais je sais négocier, si on trouve un autre vendeur. »

Il marqua un temps d’arrêt, faisant mine de réfléchir et d’avoir une illumination soudaine. En vérité, l’idée avait germé dans son esprit depuis qu’elle avait mentionné être venue acheter spécifiquement de la pyrite. Il n’était guère comédien, selon les critères de qui a grandi parmi les marchands, et ne désirait pas manipuler la jeune femme, mais il avait lui-aussi une tâche à remplir aujourd’hui. Peut-être cette rencontre pouvait-elle lui être utile, au-delà du mystère que représentaient ses talents. Mais pour que fonctionne son dessein, il devait avant tout vérifier son pressentiment.

« Et je crois que j’ai une idée… Tu as dit que tu venais d’une cité, Jorgga ? »


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MessageSujet: Re: [RP] Ecoute le chant du vent    [RP] Ecoute le chant du vent  Icon_minitimeDim 25 Juil 2021 - 14:11




Sa longue chevelure soigneusement cachée sous les bords larges d’une jolie cape vert de mer, Jorgga se laissa docilement entraîner par la main à travers les ruelles animées du Delta du Cenedril. Les muscles de ses jambes lui faisaient de plus en plus mal, mais elle ne se plaignit pas, se contentant de serrer les dents aussi fort qu’elle le pouvait et de faire tout ce qui était nécessaire pour échapper au plus vite à la colère de ses poursuivants potentiels.

Autour d’eux, en dépit de la pluie fine qui tombait à présent sur la ville, les marchands tenaient leurs échoppes et les artisans dans leurs ateliers étaient déjà au labeur depuis le petit matin. Les badauds flânaient gaiement entre les maisons et les boutiques aux fenêtres parées de rubans et de fleurs fraîches. Parmi les venelles moroses, certaines semblaient ainsi chatoyer de couleurs éclatantes. Cà et là, des bannières carmin, argenté et or flottaient aux fenêtres des demeures et des tours, claquant sous les bourrasques impétueuses du vent comme les ailes d’un dragon fou. Alors que ses yeux, ravis de ce spectacle enchanteur, ne savaient guère plus où se poser, Jorgga fut contraint de se frayer un chemin à travers une ruelle emplie de la mélodie d’une harpe, d’un hautbois et d’une voix qui semblait jaillir de l’invisible, portée par le souffle froid de l’automne jusqu’aux collines houssées de brume. L’ondin l’entraîna ensuite dans un quartier plus sinistre courant le long des quais et dont l’atmosphère répugnante jurait avec le tumulte des avenues marchandes. Soudain, une peur brûlante fit pulser le coeur de Jorgga, qui ralentit indûment l’allure en traînant les pieds.

Ils trouvèrent finalement refuge dans une petite chambrette située sous les toits d’une auberge de piteuse apparence, dont les clients - bien peu nombreux ce matin-là - ne montraient pas plus somptueuses allures. Dans leur nouvel « abri de fortune », le plafond de bois gondolé était si bas qu’ils ne pouvaient se tenir debout qu’à la tête du petit lit branlant. Il y avait en fait tout juste assez de place pour ce dernier, deux adultes de tailles plutôt modestes, un baquet d’eau tiède croupie et une petite table de chevet sur laquelle trônait une bougie à la flamme vacillante. Une imposante toile d’araignée était accrochée en haut du chambranle fissuré, retenant l’eau de rosée, quelques insectes morts, poussières et détritus de toutes sortes. Seul trésor de ce lieu repoussant : un joli petit vase de terre peint abandonné sur le rebord de la fenêtre et contenant trois fleurs sauvages dont les pétales blancs comme neige répandaient un parfum léger au coeur de l’odeur rance des vieux draps tâchés, de l’humidité et de la moisissure.

Le coeur battant à tout rompre, Jorgga s’avança timidement sur le parquet grinçant, laissant son bienfaiteur refermer la porte derrière elle. Son regard brillant d’appréhension parcourut longuement et pensivement la petite pièce, tandis qu’elle était en proie à un cruel dilemme. Car si elle ne pouvait pas encore rejoindre le port du Delta du Cenedril sans risquer d’attirer de nouveau l’attention malveillante du capitaine Alaric Bertfer, la perspective de devoir rester ici plus longtemps ne l’enchantait vraiment pas. En effet, ce lieu ne lui inspirait rien de bon. Des bruits étouffés de conversations lui parvenaient depuis les chambres voisines. Les éclats de voix et les rares gras des clients de la taverne lui glaçaient le sang dans les veines et lui étranglaient la voix. Et puis, qu’avait-donc voulu dire tout à l’heure l’un des pochards en leur criant : « Bon appétit, l’ami » ? Posant son regard sur le petit lit de bois usé par le temps, la jeune femme se mit à rougir violemment et cacha davantage son visage sous la large capuche de sa cape. Par Kazièl ! Jamais de sa vie elle n’avait éprouvé pareil embarras !

- « Ce n’est rien, » s'empressa de répondre Jorgga aux sincères inquiétudes du jeune ondin, ignorant délibérément ses interrogations sur son Don. « Vous avez juste voulu bien faire. »

Epuisée par l’usage inconscient et désordonnée qu’elle faisait de la magie depuis plusieurs heures maintenant, Jorgga s’assit fébrilement sur le rebord du matelas, la tête entre les mains, essayant en vain de retrouver quelques forces et de rassembler ses esprits. Ce n’était pas la première fois qu’elle se retrouvait dans cette situation, pourtant, sa tête tambourinait toujours aussi douloureusement sous l’effort, submergée par l’intensité des émotions qui l’habitaient. Les os de son visage saillaient sous sa peau et ses joues brûlaient comme d’une fièvre inextinguible. La jolie couleur bleutée de ses iris n’étaient plus à présent qu’un mince anneau autour de ses pupilles dilatées. Puis soudain, comme un écho des paroles de Ta’imiti, un éclair brilla au fond de ses yeux. Son coeur se mit à battre plus fort encore. Elle serra les poings, s’efforçant de contenir les tremblements qui la gagnaient.

- « Mais t’es qui au juste ? » cracha-t-elle en relevant la tête, le visage grave. Sans s’en rendre compte, Jorgga venait de le tutoyer pour la première fois. Elle lui lança un regard suppliant de lui répondre avant d’ajouter : « J’ai juste besoin de savoir si je peux...» Sa voix s’étrangla dans sa gorge et l’aspirante, bouleversée, s’en voulut d’avoir osé une question aussi directe.

Résolue à ne pas se laisser de nouveau abattre, Jorgga se leva et s’approcha de l’ondin. Fébrile, elle abaissa son capuchon et libéra ses cheveux, les laissant glisser sur ses épaules. Puis elle planta son regard bleu dans le sien, à la recherche de quelques réponses. Ta’imiti affichait un physique plutôt agréable auquel la jeune femme, qui avait vécu presque toute sa vie reclue dans les montagnes d’Undomë, n’était guère habituée. Sa chevelure désordonnée encadrait les traits fins et les pommettes hautes de son visage. Sa peau pâle comme une lune d’hiver faisait joliment ressortir ses yeux bleu de la couleur de l’océan. Il émanait de tout son être une singulière aura qui le rendait unique et à laquelle Jorgga n’était pas insensible. Tandis que le vent faiblissait au-dehors, la jeune femme se força à sourire et à ignorer l’étrange sensation qu’elle éprouvait au creux de l’estomac et dont elle se sentait profondément coupable.

- « Je suis une aspirante du Màr Menel, » souffla-t-elle d’une voix vacillante. « Si j’ai bien compris ce que l’on m’a raconté à mon arrivée, c’est là-bas que la déesse Flarmya fera peut-être de moi un Chevalier-Dragon. Même si je pense que j’ai encore beaucoup de chemin à parcourir avant...Par exemple en évitant si possible de tuer mes compagnons. »

Ses joues habituellement si pâles se teintèrent d’une vive rougeur. « Ses compagnons ». Elle ignorait encore tout de ce qu’être une aspirante pouvait bien impliquer. Mais depuis qu’elle avait rencontré Altahir et Norloth à Undomë, un étrange pressentiment enflait en elle et l’assurait qu’elle allait vivre à leurs côtés l’une des aventures les plus grandes et les plus extraordinaires de sa vie. Et celà à chaque pas.

- « Mon Maître m’a confié la tâche d’aller acheter de la pyrite. Il s’agit d’une pierre métallisée dont l’éclat dorée tend parfois vers le gris. On la confond souvent avec de l’or. Peut-être qu’elle te sera plus familière si je te dis qu’on l’appelle parfois la pierre à feu. Sous l’effet d’un choc, ces petites merveilles sont capables de produire des étincelles. Alors...Si tu as une idée pour en trouver un peu, je t’écoute. Je ne tiens vraiment pas à rentrer les mains vides au Màr Menel. »
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