Le Deal du moment : -40%
Prix cassé sur les baskets Nike LeBron Witness ...
Voir le deal
60.47 €

Partagez
 

 [RP] Ecoute le chant du vent

Aller en bas 
AuteurMessage
Jorgga Vadrak
Aspirant(e)
Aspirant(e)
Jorgga Vadrak


Date d'inscription : 16/04/2020
Sexe : Féminin
Présentation : URL
Messages : 29
RPs : 17
Race : Humaine
Maître : Altahir Nordan (PNJ)
Alignement : Chaotique Bon (Kaerl Céleste)
Ordre Draconique : Ordre Draconique de Lumière (Kaerl Céleste)

[RP] Ecoute le chant du vent  Empty
MessageSujet: [RP] Ecoute le chant du vent    [RP] Ecoute le chant du vent  Icon_minitimeMar 19 Mai 2020 - 13:31

25ème jour d'Ouranosku - Automne 919

Jorgga errait silencieusement le long du grand fleuve, à quelques pieds seulement du célèbre port du Delta de Cenedril. Ses grands yeux bleus, plongés dans les profondeurs abyssales de sa mémoire, ne voyaient pas la beauté du paysage. Quoi qu’il en soit, la jeune aspirante était venue tant de fois dans ce lieu qu’elle en connaissait maintenant les moindres recoins : ses élégantes maisons blanches et coquettes, posées comme une multitudes de nids d’oiseaux entre la forteresse et le fleuve ; l’immensité de la forêt vierge, impénétrable et mystérieuse, aux arbres gigantesques et ancestraux et à la flore exubérante qui s’épanouissait en une multitude de gerbes chatoyantes ; et enfin, le ballet des oiseaux marins et des grandes voiles blanches flottant prudemment à la surface des eaux tumultueuses.
Silhouette solitaire à l’ineffable tristesse, Jorgga s’assit sur une grosse pierre qui s’avançait sur l’eau comme la proue d’un navire. Elle retira délicatement ses bottes et trempa ses petits pieds engourdis dans les flots glacés du fleuve. Ses mains tremblantes jouaient machinalement avec le cristal qui pendait à son cou. La petite pierre rouge qui lui avait été offerte à la naissance par son père, scintillait de mille reflets sous la lueur écarlate du soleil levant. Des larmes silencieuses roulaient le long de ses joues rosies par le froid et le vent, que ses longs cheveux noirs tentaient de dissimuler, en vain.

Jorgga aimait se promener autour du fleuve. Ce lieu était un véritable coin de paradis, un havre de paix. Partout où ses grands yeux se posaient, ce n’était qu’une multitude enchevêtrée d’arbres qui montaient jusqu’aux cieux, de falaises si abruptes qu’on les dirait taillées à coups de hache par les dieux eux-mêmes, et de petits commerces de détails qui fleurissaient partout dès les premiers rayons du jour. Les habitants de cette forteresse n’avaient pour certains jamais vu rien d’autre. Quelques commerçants qui venaient de loin pour y vendre leurs marchandises racontaient autour du feu qu’il existait des royaumes sans arbre, recouvert par le sable blond sur des lieux. D’autres prétendaient même avoir vu, à l’Est, une mer aussi noire que les ailes d’un corbeau, sans aucune terre émergée à des lieues à la ronde ; un endroit envahi par les eaux grondantes et d’inquiétantes créatures des profondeurs. Certains, plus rares, affirmaient avoir navigué dessus des jours durant. Mais pour une grande majorité des habitants du Delta, tout ceci n’était que légendes et racontars. Et même si ces récits prenaient sans doute leur origine dans une indiscutable vérité, personne ici n’avait encore osé s’aventurer aussi loin dans la mer de l’Est pour le vérifier. Pas même l’impétueux équipage de l’Aventureuse.

Les barques aux voiles blanches, qui naviguaient si paisiblement des bordées jusqu’au coeur du fleuve auparavant, fuyaient désormais à tire-d’ailes dans diverses directions. La raison de leur frayeur soudaine semblait être un navire éloigné en aval, dont on n’apercevait encore que les hautes voiles à l’horizon. Néanmoins, on pouvait déjà juger que, sans avoir les dimensions d’un vaisseau destiné à la guerre, il était vraiment de taille à effrayer ces pacifiques petits bateaux de pêcheurs.

Les voiles blanches se découpaient désormais dans le ciel, soufflées par un vent frais et chantant. Bientôt, l’Aventureuse entra dans le port et s’amarra à quai. C’était un imposant navire à la coque lisse et rigide. Son bastingage finement sculptés n’était certainement pas l’oeuvre d’un simple artisan, tant il était splendide. Sa coque était en bois, un bois naturel aux reflets rougeoyants, hommage silencieux au sang versé par les ouvriers lors de sa construction, il y a de nombreuses années de cela. Son gréement avait quant à lui la couleur des algues. D’importantes nervures sillonnaient le pont, pareilles à des racines d’arbres. Ses grandes voiles blanches semblaient aussi légères que les nuages ou les flocons de neige. En fait, tout ce que les hommes avait inventé de plus beau se trouvait rassemblé sur ce vaisseau. Rares étaient ceux qui le regardaient sans admirer sa beauté, comme on admire un beau paysage. Mais aujourd’hui, ce n’était pas la splendeur de ce navire qui intéressait Jorgga.

***
[RP] Ecoute le chant du vent  5ec3bd10
Alaric Bertfer
Capitaine du bâteau de commerce “l’Aventureuse”

- Par tous les dieux, encore toi ? Tu n’abandonnes jamais, hein ? s’agaca le marchand.

Cargaison après cargaison, le chargement du grand bâteau parvint à terre et des dizaines d’hommes se rassemblèrent sur le port.

- J’ai de quoi vous acheter tout ce que je vous demande. Pourquoi est-ce que vous refusez obstinément de me vendre votre marchandise ?
- Je te l’ai dit hier, gamine. Je n’échangerai cette pyrite que contre ton joli petit bijou. C’est ça, où tu dégages sur le champ. Maintenant, laisse-moi, j’ai du travail.
- Vous êtes un commerçant non ? L’argent ne vous intéresse donc pas ?
- L’argent, j’en ai plein. Mais des bijoux comme ça, ajouta-t-il en pointant du doigt le pendentif chatoyant,  je n'en possède aucun. Ce sera le seul moyen de paiement que j’accepterai de toi. Si tu acceptes, je t’offre le double de ce que tu demandes.
- Je ne peux pas vous donner ce bijou, j’y tiens comme à la prunelle de mes yeux !
- Sinon, je peux bien accepter une autre forme de paiement de ta part, mais je ne suis pas certain que cela te plaise.
- Allez-vous faire voir !

Jorgga lui colla son poing dans la figure. Le marchand se retrouva dans une flaque de boue. Les oreilles bourdonnantes, il entendit les sifflets et les clameurs réjouies de la foule. Se redressant ses coudes, il fit remonter son regard des bottes de la jeune femme à ses grands yeux bleus enflammés de colère. Telle une furie vengeresse, elle dardait sur lui ce regard inouï, si glacial qu’il n’aurait pas été étonné de se retrouver pétrifier sur le champ. Tandis qu’il la fixait stupidement, sa bouche pulpeuse se retroussa dans un demi-sourire méprisant.

- Sale petite catin, tu vas regretter de m’avoir frappé ! vociféra-t-il en pointant la lame de son épée vers le visage de Jorgga.

La jeune aspirante recula d’un pas. Le vent prit de la force et la brume se leva.

- Donne-moi une bonne raison de ne pas abîmer ce joli visage, gamine.


[RP] Ecoute le chant du vent  5ea3ea10[RP] Ecoute le chant du vent  Aspirant5
Revenir en haut Aller en bas
Ta’imiti Roimata’toa
Aspirant(e)
Aspirant(e)
Ta’imiti Roimata’toa


Date d'inscription : 04/11/2019
Sexe : Masculin
Présentation : Fiche
Carnet de route
Messages : 23
RPs : 20
Race : Ondin
Maître : Erhali Sednereï (PNJ)
Alignement : Neutre Strict (Kaerl Englouti)
Ordre Draconique : Ordre Draconique Neutre (Kaerl Englouti)

[RP] Ecoute le chant du vent  Empty
MessageSujet: Re: [RP] Ecoute le chant du vent    [RP] Ecoute le chant du vent  Icon_minitimeLun 1 Juin 2020 - 19:23

Couleurs des dialogues:
 

La capuche de la verte pelisse n’avait pas longtemps lutté contre les éléments et, rabattue en arrière, elle offrait la chair pâle du visage ondin à la morsure du vent glacial de l’hiver, à la froide brûlure de l’altitude et aux lames gelées que la vitesse impose au cavalier. Mais les yeux plissés, conservés ouverts à grand peine, l’aspirant distinguait au-dessous les murailles de la forteresse du Delta, le lieu même où il avait posé le pied quelques deux mois plus tôt, le bout du voyage pour le marin en lui. C’était également le terme de sa chevauché du jour. Était-ce là faveur ou épreuve de la part de son maître, les traits impassibles d’Erhali ne l’avait pas laissé transparaître…

* Accroche-toi, nous allons atterrir. *

Alors que la voix résonnait dans son esprit, Ta’imiti resserra sa prise sur les aspérités de l’armure écailleuse du dragon, tel que le lui avait enseigné le sénateur, et se prépara aux turbulences comme Sobêek amorçait sa descente, plongeant derrière la forteresse afin de rester invisible aux yeux profanes qui évoluaient sur les quais. La manœuvre, si elle n’était pas périlleuse, pouvait sembler quelque peu acrobatique à qui n’en était pas familier et, cavalier novice, c’étaient donc les yeux clos et les articulations blanchies de ses prises resserrées que l’aspirant approcha des remparts. Toujours aveugle, il faillit être jeté au sol lorsque les griffes puissantes s’ancrèrent sur les dalles de la cour médiane, tout encombrée de passants à cette heure du jour. Il avait encore bien des progrès à faire en matière d’équitation, comme le brun ne manqua de lui faire remarquer.
Enfin parvenu sur la terre ferme, Ta’imiti reprenait ses repères et collectait ses pensées, tandis que le dragon déjà se tournait pour reprendre son vol.

* Je reviendrai au cours de la soirée, comme convenu. Dès que tu en auras fini avec ta tâche et jusqu’à mon retour, tu as quartier libre, lui notifia la puissante créature. Evidemment, libre à toi de revenir plus tôt si l’un de mes frères est disposé à te ramener au Kaerl. Cela m’éviterait le voyage. *

Les deux maîtres, ondin et dragon, n’avaient pas caché qu’ils avaient tous deux fort à faire et ne pouvait perdre de temps à la forteresse, aussi l’aspirant observa sans surprise Sobêek qui prenait son envol en direction du Màr Luimë. Et pourtant, il devinait qu’il y avait plus ici qu’une simple formalité administrative. Très vite, Erhali s’était révélé un maître fort habile dont les leçons les plus précieuses n’en portaient pas le nom, cachées qu’elles étaient dans des tâches anodines. Ta’imiti s’attendait à ce que ce travail de coursier s’avère plus ardu que prévu, bien qu’il ignorât encore quelles formes prendraient ces difficultés.
Le sénateur lui avait expliqué que, selon les accords concernant la gestion de la forteresse et du port, les administrateurs célestes devaient fournir aux représentants des deux autres kaerls un compte-rendu détaillé des échanges des derniers mois. Prétextant maître et dragon des affaires politiques urgentes, ils donc avaient confié à l’aspirant le soin de demander les documents en question aux représentants du Màr Menel. Et s’il s’était abstenu de tout commentaire à haute voix, le jeune homme s’était interrogé toute la matinée sur la leçon dissimulée derrière cette besogne. Lui faudrait-il trouver le bon interlocuteur pour récupérer les documents ? Les lui céderait-on, lui qui n’était qu’un aspirant du Màr Luimë quand les relations entre les kaerls demeuraient fragiles ? Ces registres existaient-ils seulement ? Ou bien s’agissait-il d’une épreuve d’une autre nature, peut-être pour vérifier s’il serait tenté de reprendre la mer et fuir sa destinée ? A moins que Sobêek n’ait tout simplement pas l’intention de revenir le chercher de sitôt et qu’il s’agissait de tester sa patience ou, au contraire, sa capacité à trouver un autre chevalier désireux de l’aider...
Mais déjà, le dragon n’était plus qu’un point lointain dans les cieux et Ta’imiti se mit en marche vers la demeure des greffiers. Quelle que fût l’épreuve, il la reconnaîtrait bien assez vite.


~ ~ ~


« Voilà tous les documents que vous aurez, aspirant. Le Màr Menel dirige ce port et n’a pas à rendre de comptes plus détaillés à ses… Partenaires. »

Une seconde d’hésitation avait précédé le dernier mot. Il y avait encore bien du chemin à parcourir avant qu’une paix durable ne soit installée sur Tol Orëa…
Mais le ton sec de ce troisième interlocuteur venait confirmer les dires des précédents. La décision était sans appel, il ne recevrait de leur part nulle information supplémentaire et ses tentatives maladroites de recourir à la diplomatie n’y changeraient rien. La persévérance et les remarques pertinentes — et soigneusement choisies — de l’englouti l’avaient déjà conduit, et c’était tout ce qu’il obtiendrait de cette manière, depuis l’agitation de la maison d’intendance jusqu’aux riches bureaux des administrateurs célestes de la forteresse. Si les ailes réservées aux ardents et engloutis se composaient de plusieurs salons et de quelques modestes salles de travail pour les envoyés de leurs kaerls, le Màr Menel se réservait dans la spacieuse aile centrale des appartements plus cossus, prétextant à ce qu’il avait ouïe dire que leurs envoyés y résidaient des années durant. L’elfe qui, campé dans son fauteuil, lui adressait un regard décidé n’était qu’un secrétaire du premier intendant, modeste maillon de la complexe chaîne hiérarchique de l’alliance locale des trois kaerls, mais l’ondin ne doutait pas que les documents recherchés devaient se trouver à portée de vue, dans les tiroirs et étagères encombrées. Mais le refus étant clair, réitéré sous peu lorsque le céleste le congédia d’un geste de la main, Ta’imiti se saisit des quelques feuillets qu’on lui avait cédé et sortit. Dans le couloir, la greffière qui l’avait conduit jusqu’ici, une humaine aux cheveux de blés qui œuvrait à la forteresse pour le Màr Luimë, lui adressa un coup d’œil désolé, avant de s’excuser pour reprendre son travail.
Seul dans le couloir blanchement décoré, l’ondin repassa en revue l’avancement de sa tâche. Ainsi, il avait pu obtenir une liste plus complète des marchandises ayant transité par la forteresse ces dernières semaines, et pas la listes des seuls colis destinés au kaerl englouti qui était déjà en possession du sénat. Cependant, et Erhali avait subtilement mentionné cet élément dans la matinée, ces informations devaient permettre à définir les nouvelles routes commerciales exploitables. Or il n’était question dans l’inventaire concédé par les célestes que de dates, et non des navires ni de leur port de rattachement, détails pour le moins essentiels dans cette affaire. L’aspirant, qui n’était pas dupe, doutait que son maître lui ait révélé plus de détails que nécessaire et devinait donc qu’il lui faudrait parvenir à obtenir les données manquantes pour prétendre remplir sa mission.

* “Simplement quelques papiers à récupérer”, hein... *

Il lui restait encore de longues heures avant le retour de Sobêek, ce qui lui laissait amplement le temps d’étudier quelques sources moins évidentes, et moins officielles. Car le sénateur n’avait pas abordé cette question parmi ses consignes et il y a bien des manières d’obtenir un renseignement. Les hommes aiment parler, après tout… Fourrant les feuillets collectés dans sa besace, Ta’imiti prit la direction de l’extérieur, bien décidé à mettre à profit l’après-midi pour dénicher plus bas dans la hiérarchie quelques bavards bien informés.


~ ~ ~


C’était avec délice que le timonier repenti huma l’air qui, sur les quais, caressait son visage. Se mêlaient autour de lui les senteurs d’épices déchargées de destinations lointaines, de vins et d’agrumes que l’on menait à bord, de la marée que rapportaient les pêcheurs, de ce bois qui parcourt les océans et du vent marin qui remontait le long du fleuve dans les voiles gonflées. Dans chacun des ports du Rhaëg se mélangeaient ainsi les activités pour former bouquets et musiques propres à chacun et à chaque heure. Les rues étaient agitées de vendeurs et de badauds et quelques décorations demeuraient de l’avant-veille, car Ouranos ici aussi avait été célébré. Il ne pouvait s’empêcher d’y revoir les fantômes d’une autre fête, quelques deux lunes auparavant, lorsqu’il avait fait ses adieux aux siens et à la mer durant la nuit des illusions. Tant de choses avaient changées en si peu de temps…
Sa tâche toutefois demeurait bien présente dans son esprit et déjà il balayait les quais du regard. Parmi le ballet des équipages et des dockers, une livrée élégante arrêta bientôt son attention, car cet habit justement il espérait trouver. Au pied d’un navire ventru qui battait pavillon undoméen, une discussion animée se tenait entre celui qu’il devinait être le capitaine du vaisseau et un torhil trop bien habillé pour être marin. Le hasard avait replacé sur la route de Ta’imiti le premier visage local qui l’avait accueilli sur la terre de l’aube et peut-être cet homme pourrait l’aider dans sa tâche, s’il avançait les bons arguments. Car les émissaires de la forteresse tels que lui, agents portuaires accueillant les équipages, connaissent tous les navires et officiers qui accostent leur juridiction et — bien des matelots l’apprennent à leurs dépens — leur mémoire affutée retient noms et visages des hommes de confiance comme des fauteurs de troubles. Il n’avait jamais adressé la parole à cet agent ni ne l’avait vu plus de quelques instants, aussi nul ne pouvait dire s’il aurait gardé en mémoire le jeune ondin fraîchement débarqué, mais sans doute valait-il mieux pour son affaire passer pour un étranger que pour un émissaire d’un kaerl concurrent. Son affiliation toute récente n’était pas inscrite sur son visage d’aspirant, après tout.

Mais alors qu’il s’avançait en direction des deux hommes, pesant déjà prudemment ses mots, un appel résonna tout autour de lui, enveloppante mélopée de courant d’air. L’histoire se répétait-elle ? Un dragon cherchait-il à nouveau, percevant son sang ancestral, à l’attirer à lui ? Non, réalisa-t-il bientôt, il s’agissait cette fois d’un appel bien différent… Cette voix était dépourvue de parole, dépourvue d’image, et sa nature était plus proche de son don personnel que des pensées d’autrui. C’était là comme si une voix supplémentaire s’était mêlée à la mélodie du ciel, toute chargée d’émotion, une complainte telle qu’il n’en avait jamais entendu que de la bouche d’un ménestrel. Elle avait la douceur d’un Zéphyr et la puissance d’un Grain blanc, glacée comme le Mistral, caressante comme l’Alizée. C’était un vent du mage, un souffle de Mystra dans l’œuvre d’Ouranos, discordant dans la mélodie du vent du monde.
Alors Ta’imiti arracha son attention de la musique et son regard des deux hommes sourds à ce miracle, et étudia les environs, espérant vainement apercevoir le musicien. Mais si son don lui faisait entendre l’invisible, il n’avait jamais permis de voir l’inaudible, et sa recherche fût bien vaine.

Puis le vent du mage soudain s’imposa à son oreille, s’élançant tonitruant ; et dans sa musique résonne l’écho d’un coup. Il fallut un instant et un attroupement à l’ondin pour comprendre que cette dernière note ne provenait pas de l’orchestre venteux, car un homme richement vêtu était étendu sur le pavé, toisé par une demoiselle enragée. Et dans la symphonie de l’océan, sur la mélodie déchaînée semblaient déjà s’accorder les voix familières du cœur et tambours et cors annonçaient le gros temps qui approche telle une charge puissante, alors même que le ciel depuis l’aube chantait le froid soleil d’hiver.

« Donne-moi une bonne raison de ne pas abîmer ce joli visage, gamine. »

L’homme s’était redressé, essuyant de son sa main ganté une larme rouge qui perlait de son nez, et avait libéré de son fourreau une longue lame ouvragée, de celles qui ornent une cheminée ou une ceinture mais ne goûtent que rarement au fer. Du bluff, probablement. Pourtant Ta’imiti, qui avait voyagé comme vu voyager les étrangers, reconnaissait dans sa voix les échos durs de son montagneux continent et les larges épaules de l’homme dissimulaient mal sous son élégant apparat ses belliqueuses origines. Du coin de l’œil, il repéra quelques matelots tout aussi charpentés qui avaient interrompu leur besogne sur le pont du bâtiment voisin et jaugeait la situation. Le navire, plus magnifiquement apprêté encore que son capitaine, portait évidemment les armes du royaume de Skírnir… Le jeune homme nourrissait une irritation toute particulière à l’égard de ces peuples qui justifiaient leurs recours à la violence par un soi-disant statut d’envoyés divins, car guerre pour le Bien étant plus abjecte à ses yeux que jeux de cruauté. Pourtant, ici, à Tol Orëa, l’homme n’était qu’un étranger et, tout capitaine qu’il était, toutes épopées dont puisse regorger son livre de bord, les secrets du continent caché lui étaient certainement inconnus. Les seigneurs dragons ne seraient pas assez fous pour confier un tel pouvoir à des fanatiques…
Mais s’il avait fallu à Ta’imiti noter quelques détails pour identifier l’origine de l'agressé devenu agresseur, il avait déjà depuis longtemps choisi son parti. Car de la caresse de Flarmya sur l’âme de la jeune femme il ne douta pas, comme l’ire de ses yeux témoignait des mêmes mouvements que la voix nouvelle imposait à la mélodie marine. La tempête soufflait à l’unisson de sa respiration, la mélodie du vent se lisait dans ses gestes courroucés et les froides nuées s’accumulaient comme le gris voile qui de colère obscurcissait son regard couleur des matins d’Ys. Humaine, pour sûr. Douée, sans aucun doute. Aspirante elle aussi, peut-être, car un malaise résonnait sous la colère.
Tempestaire elle était, il en était certain, plus semblable à lui-même qu’aucun autre auparavant.

« Si tu veux continuer à faire commerce ici, l’ami, il vaut mieux que tu évites de frapper une fille du pays… »

L’ondin avait lâché à voix haute ces mots cinglants sans pour autant esquisser un pas. En ne s’avançant pas au secours de la jeune femme il était demeuré un anonyme agacé parmi les curieux, et bientôt des murmures se firent entendre en écho à ses mots, qui s’indignaient de “cet étranger qui osait s’en prendre à l’une des leurs” ; et les curieux se firent foule, créature tentaculaire qu’un homme seul ne peut espérer défaire. Il ne suffisait parfois guère que d’une poussée astucieuse pour mettre un groupe d’individus en branle. Ta’imiti, qui ne l’ignorait point, avait parié sur la méfiance que les habitants du continent caché nourrissaient envers le monde extérieur. Il n’était que vil agitateur, non preux chevalier, et des badauds assemblés formait toujours l’arrière garde, sa vue et son ouïe tout entiers portés sur la demoiselle.


[RP] Ecoute le chant du vent  Wave                                                                             [RP] Ecoute le chant du vent  Aspirant5
Revenir en haut Aller en bas
 
[RP] Ecoute le chant du vent
Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» [upotobox ] Windtalkers, les messagers du vent [DVDRiP]
» Quand deux corps s'enflâme [Pv Mafuyu Nekokami ][Hentaï]

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Tol Orëa, la Terre de l'Aube :: [RPG] Tol Orëa - Reste du Continent :: Delta du Cenedril-
Sauter vers: