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 [RP] La dernière ombre

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Albiréo Varpelis
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Albiréo Varpelis


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MessageSujet: [RP] La dernière ombre   [RP] La dernière ombre Icon_minitimeSam 26 Sep 2020 - 13:58

Zakerielku 919, Quatrième jour.

Albiréo détacha le trousseau suspendu à sa ceinture et choisit une clef de facture grossière, brunie par l'usage. Elle aimait chacune des clefs de cette Maison comme une amie avec son caractère, ses imperfections et le grain plus ou moins moucheté de son métal. Avec le temps, elle avait appris à les identifier du bout des doigts, à apprécier le poids de chacune, sa texture froide, lisse ou granuleuse et à reconnaître son odeur de rouille, terreuse ou de ruisseau.

Cette vie était forgée par les saisons, les cycles et les habitudes. Par ces lentes et précieuses habitudes qui mènent, non pas à explorer plus loin mais plus profondément la nature intime des choses. Chaque objet, chaque mur, chaque vieille marche de bois incurvée par le passage ininterrompu des habitantes de l'Aube avait pour elle un visage, une identité et un souffle. Elle ne se voyait d'ailleurs pas différemment, telle un élément composite de ce grand arbre sacré. Elle marchait à l'intérieur de cette Maison comme elle se baladait au milieu des partitions : en tant que membre et interprète attentive de sa musique.

Descendue au sous-sol aux premières pointes de l'aube, Albiréo glissa la clef dans la serrure du meuble à garder avec une certaine lenteur, comme pour en savourer le poids, rassurant. Mais elle n'activa pas le loquet, glissant une main dans son tablier de toile ranse éclaboussée de taches. Elle en sortit un petit carnet à reliure de bois recouverte d'un tissu usé sur les coins. Ses pages étaient si fines que l'écriture au verso semblait chevaucher celle du recto alors qu'elle grafouillait à la hâte "les habitantes de l'Aube" avec un crayon de bois taillé au couteau. Voilà ce qu'elle était et ce qu'elles étaient toutes, un instant, un rythme, une pulsation au cœur des mystérieuses secondes durant lesquelles Iolya caressait le monde de sa douceur mauve. Un battement de cil au milieu de l'univers, si court, si éphémère, si fragile. Sans doute était-ce pour cela qu'il fallait l'honorer plus que tout autre. Moins éblouissant que le jour, moins spectaculaire que le ciel endiamanté de la nuit, les disciples d'Iolya avaient appris à célébrer dans la discrétion ce qui ne doit être convoité.

Oui...voilà ce que nous sommes. Les habitantes de l'Aube. Elle suspendit son écriture en proie à une émotion mélangée entre ferveur et résignation. Seuls ses bras blancs et son cou gracile dégagé par un catogan noué à la hâte émergeaient de sa robe de laine d'un violet sombre. Ainsi suspendue elle semblait une pousse de marronnier perçant sa coque noire, toute aspirée par son rêve de lumière. Sans réaliser que c'était la blancheur de sa peau, la chaleur de sa chair, l'éclat de son esprit qui trouaient les ombres de cette alcôve glacée par les assauts de l'hiver. Alba aspira profondément l'air matinal qui, plus frais encore que celui de la nuit, s'insinua douloureusement dans ses poumons. Mais cette morsure là aussi était une habitude, sinon aimée du moins, apprivoisée. Elle expira lentement, savourant la chaleur de l'air bleuté, tiédit par son propre corps. D'un mouvement fluide, Alba déposa son carnet au fond de son tablier puis tourna la clef dans la serrure, faisant amicalement résonner l'intérieur du garde-manger « clac » chassant loin les battements d'ailes de milliers de colombes « clac » chassant loin, très loin ces myriades affolées par le soleil qui perçant la lucarne, aspirait tout le ciel en haut de l'escalier de pierre « clac » chassant l'envolée d'âmes libres qui froissait son cœur, cognant contre son dôme intérieur avec le mot oiseau « clac » chassant leurs ailes nacrées en les ramassant toutes au fond de la lumière de leurs petits yeux noirs, loin derrière leurs paupières crayeuses, enfouies, rendues à l'état de fresque, d'enluminures, de rêves de ciel déposés sur les pages de son livre intérieur.

Le battant du garde-manger s'ouvrit et sur l'étagère située à hauteur de regard ne figurait plus que trois bocaux. Albiréo les examina, parfaitement consciente que ces restes ne suffiraient pas à garder ses petites protégées du froid tout un hiver. L'orphelinat comptait douze jeunes filles dont la plupart n'excédaient pas les onze ans. Elle ouvrit un bocal et attrapa une lichée de graisse orangée, l'étala sur le dos de sa main et huma ce petit souvenir de printemps...argousier et millepertuis déployèrent un parfum de soleil quasi imperceptible. Albiréo ferma les yeux en souriant, soupira et leva un regard indestructible sur l'ombre béante qui flottait à côté des deux derniers pots de sa précieuse pommade. Elle vissa le bocal qu'elle glissa dans son tablier et ferma l'armoire à quatre tours, remonta l'escaler et passa devant la lucarne pleine de jour sans un regard en arrière.

Albiréo traversa la cuisine, la salle de partage et le petit vestibule sur lequel donnait le vieil escalier d'acajou qui menait aux dortoirs. Elle s'était toujours demandée comment une telle essence avait pu se retrouver là, au fin fond de l'Elivagar ! L'escalier grinça sous ses pas, se réveillant comme le ferait un vieux félin mollement étalé sur le pan d'une cheminée. Alba tapota sa rampe avec familiarité, songeant avec un sourire distrait à la sarabande de fillettes qui allaient bientôt dévaler ses marches sans la moindre compassion pour ses vieilles planches. Elle entendait déjà l'agitation qui régnait derrière la porte du dortoir. « Cette eau est gelée ! Tu m'éclabousses Mara! Quelqu'un a vu ma serviette ? ». Albiréo sourit en secouant la tête, rangeant les quelques mèches blondes égarées sur sa nuque avant de frapper trois coups sur l'épaisse porte de chêne et de poser la main sur la poignée. Glissement de tabourets, chuchotis empressés, chemises jetées à la hâte, mèches de cheveux collées en arrière, chaussures enfilées à l'envers...et la porte s'ouvrit sur deux rangées de filles et une tentative de toilette matinale. Au milieu de la pièce dans laquelle s'alignaient des lits rudimentaires, trois bassines d'eau à moitié congelée et un savon gratté par les ongles des petites pensionnaires. Albiréo prit le temps d'ausculter la scène, dissimulant mal un demi sourire et un pincement au cœur en apercevant la petite Rosie, 5 hivers, qui penchait sa petite tête binoclarde derrière ses camarades pour essayer de l'apercevoir tout en cachant ses mains encore recouvertes de mousse.

« Venez par ici Rosie. Vous savez que le savon mal rincé vous piquera les doigts ?
- Oui Mademoiselle. »

La prêtresse tendit une main et la fillette y posa ses dix doigts rouges et crevassés par le froid. Albiréo battit des cils et sortit un linge imbibé d'eau chaude d'un seau qu'elle avait attrapé en cuisine. Elle essuya les mains potelées de la petite puis sortit le précieux bocal à graisse et les en enduisit généreusement.

« Tâchez de garder ce baume aussi longtemps que possible, il vous gardera des gelées. Filez vite enfiler des gants. Bien, Brunehaut, montrez-moi ces mains... »

Zakerielku 919, Quatorzième jour.



[justify]Le froid fait vite son office au cœur de l'Elivagar. Dans la petite Maison de l'Aube, il exhale une haleine moisie, suintant des murs, arrachant quelques craquements contrariés au vieil escalier d'acajou. Attenant à la salle des offices, l'hospice protège de son mieux les âmes convoitées par l'hiver. Il y règne une odeur poisseuse de fièvre et de sang. Quelques prêtresses psalmodient des prières, garnissent les lits de lierre, épongent le teint jaunâtre et les paupières mauves de leurs patients. Albiréo glisse sur l'allée centrale avec la grâce imperturbable d'un cygne. La nuit est déjà tombée depuis longtemps sur ce flanc de montagne. Alba se déplace à la lueur dorée d'une bougie, éclairant fugacement les visages perlés des malades, aussitôt recouverts par les ténèbres. Une chape de froid lourde, inexorable, semble descendre du plafond haut tandis que des ruisseaux d'air gelé montent des dalles, pénétrant ses semelles à chaque pas. D'ici quelques minutes les lits seraient pris d'assaut par le gel.

« Vous êtes là Mademoiselle ? »  Albiréo sentit son cœur bondir entre ses côtes et raviver le roses de ses joues. Elle rapprocha un fauteuil en osier du lit au relief si menu qu'on avait peine à croire qu'il y avait encore quelqu'un. Alba glissa une main tendre vers la petite motte de couverture sous laquelle devait se trouver une minuscule petite main rose.
« Je suis là. »
La petite cligna des yeux en essayant de distinguer les contours flous, auréolés d'or de sa veilleuse. Sans le secours de ses lunettes de vue, il lui semblait que son institutrice était véritablement un ange. Un sourire apaisé vint creuser deux fossettes sur son visage rondelet.
« Je crois que je vais partir bientôt vous savez. »
Albiréo retint son souffle, son regard grave plongés dans les lacs sereins de la petite fille qui la contemplait le plus naturellement du monde. Elle serra un peu plus fort la petite motte de couverture entre ses doigts.
« Partir ? Certainement pas avant que vous n'ayez terminé vos conjugaisons ma petite demoiselle ! »
Un éclat de rire dégagea un nuage de vapeur bleue des lèvres de Rosie, suivie d'une quintes de toux qui secoua tout son corps.
« Allons...allons... » Alba posa une main sur son torse frêle et murmura quelques notes d'agrumes et de fleurs d'oranger à l'oreille de l'enfant. Une détente tiède parcourut le corps de la fillette et son souffle rauque d'apaisa.
« Des mandarines...nous n'en avons pas eu cette année. » souffla Rosie
- Parfois les arbres économisent leur sève pour l'année suivante. L'an prochain, je parie que nous pourrons vous recouvrir de belles mandarines juteuses !
- Jusqu'à la tête ?!
- Jusqu'à la tête. »
Un sourire gourmand rengorgea les lèvres livides de la petite. Elle tourna la tête pour mieux voir son hôte.
« Et nous ferons de la confiture n'est-ce pas ?
- Vous parlez trop Rosie, il faut économiser vos forces. Dormez...Je ne vous quitterai pas. »

L'enfant fit sauter sa main pour sentir la paume d'Alba au travers la couverture, enfonça sa tête dans l'oreiller et ferma les yeux. Le silence retomba sur tout l'hospice et Alba sentit le froid monter comme de l'eau jusqu'à ses genoux. Elle regardait la lueur de la bougie danser sur les boucles enfantines et l'ombre portée de longs cils sur la joue de l'enfançonne. A moitié dans son sommeil, celle-ci articula : « N'oubliez pas de rajouter une once de sucre pour moi, Mademoiselle... 
- Et un bâton de vanille. » Alba recouvrit ses lèvres d'une main, se sentant tressaillir. Mais l'enfant ne perçut rien, souriant au milieu d'un songe parfumé.

Zakerielku 919, Quinzième jour.



L'or du jour perce les hautes fenêtres de l'hospice, dehors quelques oiseaux chantent leur victoire sur la nuit. Le sommeil flotte encore paresseusement, tel un brouillard de mai au dessus de lits de pâquerettes. Le froid retire lentement son linceul, rosissant les frimousse exsangues des malades. Une jeune femme, assise sur une chaise en osier chantonne doucement un air d'été et de ruisseaux tièdes, de reinettes bondissant par nuées, de coquelicots et d'herbes hautes, d'arbres alourdis de centaines de fruits. Elle caresse contre son épaule de larges boucles brunes, berce un corps de petit lièvre perdu au milieu d'une nuisette bien trop grande et tient une main minuscule couverte de pansements dans la sienne tandis que l'autre se balance inerte tel un frêle bras de poupée, dans les rayons du matin.

Quelque part, au milieu des monts escarpés de l'Elivagar et de son silence blanc, une âme se déchire.


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Rūna Sălv
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MessageSujet: Re: [RP] La dernière ombre   [RP] La dernière ombre Icon_minitimeDim 27 Sep 2020 - 22:34


Des murmures dans les ténèbres. Des chuchotements évanescents et spectraux parvenus de l'Autre-Monde, soulevant le voile du royaume des morts avec la douceur d'un baiser aux lèvres froides. Ils s'épandaient là tout autour sans pour autant appesantir l'air, comme la lueur des lunes embrassait les cimes dénudées des arbres au coeur des épaisses forêts de Rhaëg, comme un Salut dans les affres du Néant, comme l'accalmie d'une mélodie connue et apaisante dans le brouhaha de la foule.
Ces bruissements berçaient l'Incarnate qui sommeillait paisiblement, entourée de ces voix presque muettes qui embaumaient la pièce avec la légèreté des volutes d'encens qui y brûlaient la journée. Tout comme leurs notes entêtantes d'ambre et de cèdre, la dragonne s'en imprégnait sans crainte, car ces effluves sinistres sublimaient l'éclat sanglant de ces écailles avec délectation.

Les âmes des damnés lui apparurent pour la première fois peu de temps après qu'elle eut accompli le rituel menant à sauver la vie de sa bipède. L'imperturbable Reine, extraordinaire par la seule cécité dont elle fut affublée à la naissance, y vit là comme une réponse occulte aux interrogations de sa présence en cet univers. Un univers où Flarmya lui avait confié toute la puissance inhérente à sa race alors que d'un même geste elle la déposséda du plus commun des sens, se faisant cruelle par l'offrande de cette malédiction encore incomprise. Sărzeghnet était privée de la capacité à observer le monde des vivants, mais ses orbes laiteuses transperçaient les miroirs de l'indicible et dispersaient l'éther de l'immatérialité. L'Incarnate était le prisme secret des étoiles et des abysses par lequel les deux mondes pouvaient communiquer, une ombre pour la Lumière et une lumière pour l'Ombre. Alors, avec un certain honneur, elle acceptait les mains plus aimantes d'Isashani au détriment de celles de sa Déesse Mère pour répondre à cette étreinte aux desseins encore incertains.
Dans ce ciel d'encre où elle régnait seule, les spectres étaient devenus ses premiers astres.

Sans un bruit, son attention se détourna vers sa bipède endormie non loin. Rūna dans son lit s'agitait, le sommeil tenaillé par quelques perturbations oniriques désormais habituelles. La Reine avait senti son pouls s'accélérer, les gouttes d'intrigue perlaient le long de sa nuque comme le ferait la sueur et ses mains se crispaient sur les draps comme si le corps de la fëalocë cherchait à la raccrocher à la réalité. Par une fugace pensée rassurante bien que soucieuse de ne pas intervenir plus avant, sa Liée lui offrit un instant de répit en apposant son âme sur la sienne. Sărzeghnet savait qui intervenait dans les rêves de Rūna, elle savait qu'elle ne craignait rien.
Les heures s'égrainèrent ainsi, sans fracas, jusqu'à l'arrivée timide de l'aurore en ce frais matin d'hiver. Aujourd'hui, les deux soeurs andrinoples avaient à faire. Et la Reine pressentait quelque chose qu'elle n'était pas en mesure d'expliquer, mais qui l'intriguait au plus haut point.

***

Dissimulée sous force de tuniques de laine et multiples couches de hautes chausses, la fëalocë enfila une à une ses épaisses bottes de cuir. Elle vérifia son sac de provisions pour la seconde fois, puis rapprocha de ce dernier l'épais caftan en fourrure de renard argenté, ses gants, un capuchon tissé d'une fibre ébène et un cache-nez d'une même teinte. Un frisson lui parcourut les flancs, comme si son corps répugnait par avance à la destination qui était la sienne en ce jour. La princesse du désert, fille du feu et du sable, se préparait à arpenter les terres si gelées et hostiles du Vaendark.
Lorsque tout fut prêt, elle prit le temps de boire sur le balcon de ses appartements une grande tasse d'un thé brûlant aux épices, le regard égaré dans le paysage du Màr toujours assoupi face à elle. La clarté du jour n'était pas encore pleinement avérée, toujours en proie à la morsure de la sorgue, et un air cinglant de froid la fit frémir. La pointe du nez et les pommettes rosies par la caresse de l'hiver, elle se délecta de son breuvage fumant, dont les vapeurs disparaissaient aussitôt nées, chassées sauvagement par un souffle glacial.

La Maîtresse Incarnate darda alors sur les épais nuages neigeux un regard profond, à la fois  courroucé mais aussi admiratif des oeuvres de la Nature et des divins. Ils étaient accrochés là à la corolle du volcan au coeur duquel siégeait le Màr Tàralöm, d'ordinaire royaume de flammes et de soufre, plongeant la cité si fière et si chaleureuse dans un couffin de calme et de froideur, sous le couvert d'une lumière tamisée par la brume de flocons à tomber.
Elle finit de boire lorsque sa Liée se posa sur le balcon, échangea avec elle quelques banales pensées puis termina de se vêtir avec ce qui attendait d'être enfilé non loin de l'âtre où dansait un feu qu'elle rechignait un peu à quitter. Le manteau de fourrure tiédi par le foyer la fit soupirer d'aise, puis elle passa l'anse de cuir de son sac et gravit l'épaule de sa Liée pour prendre place.
Sărzeghnet bondit alors vers les pâles cieux peints d'étain en ouvrant de larges ailes taillées dans le plus profond des rubis. Après quelques battements puissants, une fois assez haute au dessus du Kaerl, le gouffre de l'Interstice s'ouvrit devant elles et elles disparurent dans sa gueule béante.


[RP] La dernière ombre Sarzfh
Sărzeghnet sous forme humanoïde "atténuée" pour l'occasion

Des bourrasques glacées sifflaient le long du corps cuirassé de la dragonne lorsqu'elle franchit l'obscurité de l'Interstice pour pénétrer la voûte d'un gris de perle qui surmontait le Vaendark. Usant de ses autres sens plus développés, elle huma cet air si différent de celui de Tol Orëa, plus pur encore que là où elle naquit, et les vibrations renvoyées par le continent au dessus duquel elle planait pour mieux s'imprégner d'un paysage qu'elle ne pouvait voir. De ses naseaux émanait une vapeur épaisse qui se mêlait au brouillard, et malgré la radicale différence de la lave sur laquelle reposait son antre, elle sut apprécier l'attaque du froid sur ses écailles de grenat.
Sărzeghnet survola à bonne distance de toute civilisation l'Élivágar et ses vastes forêts de sapins recouverts de neige, ses neuf rivières tantôt gelées jusqu'en leur lit tantôt encore capables de clapoter sous quelques plaques de verglas. Des rares chaumes isolées s'élevait la fumée des cheminées, elle pouvait sentir à pleins poumons cette familière odeur de cendre froide et humide, tout comme elle percevait le sillage rustique des aurochs surveillés par les meutes de loups tapies dans les bois. L'air embaumait la sève et le granit gelé, l'haleine des proies épuisées chassées par les prédateurs téméraires, l'eau cristalline et la mousse des pierres qui les bordaient en leurs rivages.

Rūna se dissimulait comme elle le pouvait derrière sa Liée, plaquée contre cette dernière pour éviter les estocs du vent. Bien qu'engourdie par le froid, elle se délecta à son tour de la vue que lui offrait son âme-soeur, les paupières plissées sur la magnificence de ces terres en parfaite opposition aux siennes. Le visage aux trois-quarts masqué derrière un col de laine, la fëalocë savoura pourtant de grandes bolées de cet air polaire et immaculé, tiraillée entre son corps qui lui hurlait qu'elle n'était pas faite pour un tel environnement et son esprit qui jubilait de conquérir ces nouveaux monts.
Puis son instinct, de pair aux indications qu'elle détenait, lui fit deviner qu'elles atteignaient leur destination. Sărzeghnet emprunta la vue de sa bipède pour amorcer sa descente vers une clairière en lisière de forêt, non loin de l'édifice où elles allaient se rendre.
Les sapins se dévêtirent quelque peu de leur atours blancs lorsque leurs branches furent agitées par les ailes de l'Incarnate, faisant aussi fuir çà et là les petits habitants à plumes et à pelage troublés par la venue de la dragonne. Le sol gelé, clairsemé d'écorces, de glace et d'amas de neige, craqua sous le poids de ses pattes dont les griffes percèrent le givre sans encombre en un crissement de verre, puis par l'arrivée plus légère de sa Liée qui sauta depuis son encolure, alourdie par ses épaisses étoffes.
Tandis que Rūna remettait en ordre sa tenue, secouant et frottant ses membres pour les réchauffer et rejeter ce désagréable engourdissement général, Sărzeghnet prit forme humanoïde.

** Je ferai au plus vite, attends moi ici ou rejoins les cols pour t'y dissimuler. **
** Hors de question que je te laisse seule ici. **
** Sărza'... **

L'absence de réponse de sa part fut des plus éloquentes. La fëalocë s'accommodait bien de l'entêtement de sa Liée, le soucis résidait surtout dans son apparence qui n'était guère des plus banales ni chaleureuses. Mais qu'importait, ses décisions étaient irrévocables...
Elles s'approchèrent calmement de la Maison de l'Aube où elles étaient attendues, suivant tout d'abord le bruit des discussions et de la vie qui y fourmillait pour quitter leur clairière et rejoindre un sentier battu par des passages à répétition.    
A pas décidés mais prudents, le duo distingua enfin la bâtisse qui semblait se séparer en de multiples ailes, chacune ayant ses propriétés propres. Le regard d'inconnues en soutane se braquèrent sur elles deux, certaines se figèrent soit par la rare chaleur de la jeune femme aux cheveux andrinoples soit par l'effroi que provoquait les yeux sans vie de la grande ombre couronnée d'albâtre à son côté.

« Je viens à la rencontre de votre Haute-Prêtresse, je suis attendue à l'orphelinat. »

Les filles de l'Aube semblèrent hésiter, puis l'une osa répondre.

« Je vais vous l'y mener. Sachez que les armes sont interdites dans l'enceinte de la Maison, je devrai vérifier votre sac, Dame. » Rétorqua-t-elle d'un ton faussement assuré tout en observant avec distance la silhouette si sombre de la dragonne sous forme humanoïde.

D'un simple hochement de tête, Rūna acquiesça et se laissa emboîter le pas par son interlocutrice. Celles avec qui elle discutait juste à l'instant s'écartèrent pour laisser passer les deux étrangères qui en retour ne leur concédèrent pas même une seule œillade.
A l'instant où Sărzeghnet passa le pas de la large entrée, son esprit bouillonna de quelque chose de nouveau, d'inconnu mais d'attirant. Elle se figea quelques secondes, et son visage pivota en direction d'une partie non visible des lieux. On l'appelait, sans prononcer le moindre mot. On l'appelait, comme dans la litanie d'une prière. Ses spectres aussi opéraient ainsi, mais cette fois la voix qui chuchotait dans ce dédale de pierre froide était celle d'un être pourvu de vie.
Rūna aussi ressentit quelque chose, par ricochet via sa Liée, mais n'y prêta pas tellement attention sur l'instant. Elle avait bien entendu connaissance du don si spécial de son âme-soeur, et imaginait qu'il s'agissait seulement d'un damné de plus.
Après une fouille brève mais réglementaire, la disciple accompagna le duo vers l'office de la Haute-Prêtresse.

** Je dois... Je dois aller voir quelque chose. ** Susurra la Reine.
** Tout va bien ? **
** Ne t'inquiète pas, ma soeur. Je te retrouve très vite. **

Les sourcils de la fëalocë se froncèrent alors qu'elle suivit sa Liée s'éloigner avec intrigue. Au fond, elle ne pouvait pas s'empêcher de s'enquérir de sa sécurité et des dangers qu'elle encourrait, quand bien même elle la savait capable de détruire de sang-froid la Maison de l'Aube et brûler vives toutes les âmes qui y résidaient au moindre avertissement.  
Dans un lieu comme celui-ci, Sărzeghnet ne manqua pas d'y croiser pléthore d'esprits suppliciés et sans repos, mais elle les repoussa un à un, guidée par cet appel à la fois muet et hurlant. Ne connaissant pas les lieux, elle avança avec lenteur mais détermination, la pulpe des doigts frôlant les murs érigés de pavés humides et gelés, les pieds épousant les formes imparfaites du sol usé. Un étonnant silence s'empara de la partie de la bâtisse où elle évoluait, comme si l'univers tout entier conspirait à la mener vers son point d'orgue, en étouffant le bruit de la vie de ses membres. Seul le son de ses pas ébranlait la profonde et écrasante insonorité du Temple de Iolya. Bien qu'aveugle, elle paraissait parfaitement voir l'endroit où elle se rendait.

Sa paume s'apposa contre le bois sec d'une vieille et lourde porte aux gonds de fer forgé, glissant alors vers une chevillette du même métal au froid piquant. Elle entendait, écoutait la douce voix qui s'élevait de l'autre côté, cette voix qui l'avait appelée, depuis longtemps maintenant. Le chant s'évertuait à invoquer les trésors d'une saison heureuse, à mille lieues de la dureté de ces terres inhospitalières.
Sans hésiter, Sărzeghnet activa le loquet doucement, et poussa la porte d'une main. Sous ses orbes lunaires une jeune femme était assise sur une chaise en osier et chantonnait doucement un air d'été. Bien que l'esprit égaré dans cette sinistre errance, elle entendrait s'élever en son âme la voix froide de celle qui venait de pénétrer sa chambre.

** Je t'ai entendue et je t'ai trouvée, Albiréo. **

Sărzeghnet s'avança d'un pas, le visage baissé vers la frêle créature brisée. Malgré la dureté de sa personnalité, l'Incarnate déposa un peu de son âme sur celle de l'inconnue, se voulant rassurante, se faisant lueur dans l'abîme.  
Rūna les rejoignit à peine un instant plus tard, guidée par sa Liée. Ses iris d'ambre éclatant fendirent immédiatement l'obscurité de la pièce plongée dans une énigmatique pénombre en dépit de la présence d'une fenêtre, se jetant sur la silhouette recroquevillée de la jeune femme recouverte d'un blond pâle de beurre frais comme les rayons du soleil assaillaient les créatures de la nuit au petit matin. Elle entrevit les illusions créées par le chant plaintif s'échappant des lèvres de l'altérable statue de marbre, apparaissant là comme une colombe blessée au beau milieu d'un ossuaire, trop belle et délicate pour un lieu si pesant.
Défaite de son capuchon et de son cache nez, la Maîtresse Dragon apparaissait sous les traits d'une femme sûre d'elle et de haute lignée, le teint aussi clair que celui de l'inconnue, une lourde tresse couleur de sang retombant le long de son épaule droite. D'un regard sans réponse elle interrogea la Reine.

** Elle a le Don... C'est pour ça qu'Amtziri-Sūrya nous a envoyé ici, spécifiquement. Elle ne voulait pas que tu adoptes une orpheline pour la sacrifier en son nom. Pas vraiment, pas de cette façon. **

Rūna garda le silence, analysant la teneur de la pensée de son âme-soeur. Un lointain écho retentissant depuis les Limbes vint se répercuter en son fort intérieur.
Son souffle tiède  produisait une brume légère alors qu'elle observa la jeune femme qui semblait si fragile. Bien qu'un intenable pourquoi lui brûla l'esprit, elle se contenta de rester interdite, fustigeant de tout l'éclat de sa curiosité l'ombre de craie qui était assise sur la chaise. Soudainement, elle se sentit investie d'un rôle que lui avait confié le Seigneur Ardent en personne, un rôle qui allait enfin servir l'Honneur du Kaerl.
Dépourvue d'alerte de la part du sixième sens dont étaient pourvus ceux de sa race, Rūna s'approcha et s'accroupit pour avoir le visage à hauteur de celui de la jeune femme. Bien qu'il y trônait une indubitable fierté, la fëalocë y arborait une certaine douceur sur la réserve.

« Et bien, petit perce-neige, pourquoi t'es-tu égaré en un endroit si austère ? Nul ne peut admirer tes mirages au fin fond des ténèbres. »

Lentement, avec prudence et pour ne pas l'effrayer, Rūna amena une main gantée sur l'épaule si fine de la fleur hivernale. Malgré la froideur ambiante, une certaine chaleur en émanait à travers le cuir. L'ombre d'un sourire avenant s'esquissait à peine sur les lèvres de la fëalocë, mais de la prédation naturelle régnait dans ses yeux d'un or bouillant, à la manière qu'une vipère hypnotisait par les citrines qui crépitaient entre ses paupières en amande.


.:: Qu'ils nous haïssent pourvu qu'ils nous craignent ::.
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MessageSujet: Re: [RP] La dernière ombre   [RP] La dernière ombre Icon_minitimeSam 3 Oct 2020 - 11:52

[HRP : Les sensations qui parviennent à Alba et proviennent de Sarz par le biais de ses mots et de sa présence sont indiquées en rouge et celles de Runa couleur or ;)]


Albiréo chantait, ciselant méticuleusement chaque fleur, chaque insecte, chaque odeur, s'accrochant à eux comme à un rayon de soleil, tâchant d'oublier le poids du petit corps sans vie qu'elle berçait entre ses bras. Trop tard. Un filet de brume s'insinua entre les branches des arbres fruitiers, étala ses longs doigts entre les herbes folles, figea la course du ruisseau. A son passage les feuilles se recroquevillèrent, les tiges passèrent de paille à cendre, l'eau se figea, le chant s'amenuisa, bu, aspiré, jusqu'à se faner au seuil des lèvres de la Neishaane. Malgré la clarté du matin une brume épaisse envahit son espace, aussi opaque que de la fumée, éteignant un à un tous ses sens. Nul son, nulle température, nulle odeur, pas même un goût de pierres humides ne flottaient dans l'air. Alba ne distinguait pas plus les contours de son corps que celui de son esprit.

Le corps de Rosie en revanche s'alourdissait considérablement, comme s'il buvait au fur et à mesure la masse de tous les éléments qui disparaissaient à la vue de la jeune prêtresse. Il lui était totalement impossible de s'en défaire. Le corps d'Alba était planté là comme le serait un menhir au bord du précipice, tentant de toutes ses forces de l'enraciner au sol tandis que l'abîme s'ouvrait et aspirait l'âme de l'enfant. Alba sentait ses cordages intérieurs s'allonger, s'allonger sous le poids de Rosie comme sous l'emprise d'un rocher de plusieurs tonnes, se tendre alors qu'ils auraient dû céder. Laquelle de son âme ou de celle de Rosie s'accrochait à l'autre ? Impossible à dire, quoiqu'il en fut son impuissance à la retenir ou à s'en défaire était totale. Son souffle diminuait. Elle se sentait devenir ce menhir, la pierre gagnait ses doigts. Ironie du sort, pour rester ancrée au monde des vivants, elle devait se minéraliser. Les strates calcaires gagnaient ses bras, son cou s'en recouvrit comme envahi par du lichen.

Un souffle chaud, ocre, une lueur rouge passa sur son âme. Une langue de feu dansait au milieu des morts. Vie. Comment avait-elle réussi à nager jusqu'à elle qui n'était presque plus déjà de ce monde, ni tout à fait de l'autre ? La vision d'Alba oscillait entre la barrière de fumée qui voilait ses yeux et son précipice intérieur. Déjà presque totalement gagnée par sa gangue de pierre elle cligna des yeux, tâchant d'identifier la provenance de cette chaleur inattendue. Un étrange soleil, plus rouge que lumineux perçait l'opacité des ombres dans laquelle elle était plongée. Alba tâchait de comprendre quelle part de son esprit le voyait, dedans ou dehors ? Une sensation curieuse lui intima que cette étoile appartenait aux deux plans. C'était une intrusion, un phénomène étranger à tout ce qu'elle avait pu traverser jusqu'alors. Cet astre flottant était doué de volonté. Et il la voyait. Cette certitude retentit en elle relançant son rythme cardiaque. Son sang pulsa dans ses veines, repoussant la mort qui avait déjà mordu sa peau. A l'intérieur, la coquille de calcaire se zébra. Incapable encore de rompre l'inertie qui scellait ses lèvres, Alba concentra toute son énergie dans son cœur qui redoubla de coups et irrigua tout son être d'un appel retentissant, tout entier dirigé vers le soleil rouge : Je suis là !



Son corps pétrifié s'amarrait comme un damné au monde des vivants. En proie à des forces qui le dépassaient corps et âme, son esprit céda. Nulle tempête n'agitait l'extérieur, nul éclair, nulles bourrasques pour remuer les eaux abyssales qui appelaient le roc, a-t-on jamais vu un menhir se jeter dans le vide ? Il ne bascula pas. Pourtant une fissure imperceptible le fendit au sommet. Cela n'était rien et pourtant. Une veine s'ouvrait au cœur d'un ban de squales. Ce qui, aux yeux seuls d'Albiréo avait pris la forme d'une fumée compacte qui l'encerclait de part en part au sein de l'hospice frémit, resserra ses anneaux autour d'elle. Le nuage de fumée s'éleva en colonne et pencha une tête reptilienne à quelques millimètres de ses lèvres, dardant une langue grise qui semblait se délecter du souffle mince qui avait repris en vigueur depuis quelques secondes. Soudain, la tête vipérine du basilic de fumée qui semblait prêt à engloutir la tête d'Albiréo d'un moment à l'autre s'illumina de deux yeux d'or étincelants.

Alba n'avait pas senti la main de l'impératrice se poser sur elle pourtant son âme toute entière fut happée dans une puissante bourrasque. Son corps se tendit, saisit par l'assaut terrible. Ses muscles se bandèrent parcourus par d'incontrôlables convulsions. La mince faille qui avait réussi à fendre son esprit s'ouvrit, béante. Albiréo bascula sur le dossier de sa chaise, le visage déformé par la souffrance. Elle ouvrit la bouche pour hurler mais le boa vaporeux plongea en elle déversant un flot de désolation à son passage. Les plaintes désespérées de siècles d'âmes Non-Liées se ruèrent dans l'esprit d'Albiréo, faisant vibrer chacune de ses cordes de leurs lamentations. Egarées au coeur de leur propre hurlée, affamées, des milliers de griffes acérées creusèrent des déchirures dans chaque recoin de l'âme qui leur était offerte en pâture. Les siècles entraient en elles, soulevées par de terribles lames de fond qui déversaient l'une après l'autre leur lot de flots noirs. Albiréo sombrait. L'encre s'étala jusque dans ses pupilles, engloutissant le grain de sable rouge qu'elle percevait encore au fond de son esprit. Son dernier espoir. Totalement aveugles, ses mains désemparées et parcourues de spasmes cherchèrent par tous les moyens à s'accrocher au mirage rouge, à cette illusion que son esprit avait probablement fomenté à l'occasion du chant du cygne.

[HRP : Bien entendu, tout ce qui est décrit là, du serpent de fumée à la pétrification d'Albla correspondent à ses visions et sensations, c'est un réalité qui lui appartient.]


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Rūna Sălv
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MessageSujet: Re: [RP] La dernière ombre   [RP] La dernière ombre Icon_minitimeLun 5 Oct 2020 - 20:51


D'une sinistre harmonie dans l'esprit joint de la fëalocë et sa Liée, l'éden printanier de verdure et de fruits se fit contrée de cendres arides et cimetière de tout espoir. La végétation devint poussière, les arbres devinrent squelettes et fossiles décharnés de leur écorce, l'air s'épaissit d'une fumée teinte d'un musc étouffant et le ciel se para de ses atours les plus sombres et terriblement inhospitaliers. Tout semblait y mourir en un tintement de carillon, fleurs et oiseaux s'abandonnaient d'un même accord à un trépas instantané et implacable avec la facilité d'un claquement de doigts ou d'un battement de cils.  
Un tableau d'apocalypse, une stérilité laissée par une guerre sans pitié ou les ravages d'une tempête orageuse, d'un tremblement de terre irradiant depuis les entrailles du Monde ou d'une punition divine et définitive. Plus le moindre signe de Vie. Plus rien que des paysages anthracites dominés par la roche nue et coupante de montagnes tombées, plus rien qu'un épais miasme rappelant les feux follets des ossuaires désormais avalés par le cadavre de Rhaëg et balayés par la tourmente.  
Dans les méandres de la petite pièce où s'effondrait la neishaane, une suffocante angoisse prit la gorge de la Maîtresse Incarnate, enserrant son cou comme les vestiges de mains d'un être revenu d'entre les morts. Rūna pouvait sentir chaque phalange émaciée presser sa peau tiède comme si elles étaient réelles, et une sordide impression la fit frémir lorsqu'elle crut percevoir l'haleine fétide et gelée de cet impalpable fantôme matérialisant les Ténèbres.

** Je suis là... Vois moi... **

Si elle ne craignait pas d'arpenter ces lugubres et funèbres sentiers, quelque chose de plus fort qu'elle l'alerta sur le danger qui menaçait, lourd comme une stèle de marbre brut, hurlant comme un loup mortellement blessé et acculé, prêt à mettre en pièces quiconque approcherait malgré la proche heure du glas final, de toute la fureur de son profond instinct de survie.
La jeune femme se laissa envahir par les ombres et le désespoir de la petite inconnue qui chantait sa litanie, avec autant de violence qu'un corps sombrait dans les abysses sans la moindre attente de pouvoir regagner la surface. Elle se laissa dévorer comme une flamme dans la Nuit, s'abandonnant à l'univers de la pâle silhouette dans une tentative de pouvoir la toucher au coeur de sa prison d'obscurité et de brume. Elle devait lui venir en aide, qu'importait d'embrasser le Vide.

** Je suis là... Vois moi... **

Tandis que son âme-soeur se laissait emporter par les flots de cette mer d'encre, l'Incarnate menaçait les spectres illusoires de ses congénères dématérialisés par d'ardents coups de crocs et de tonitruants grondements. Au milieu de cette toile terrible brodée de Mort et de Néant, la Reine resplendissait par l'éclat cinabre de ses écailles sanglantes. Ses ailes battaient violemment l'air pour dissiper le dense brouillard qui incarnait l'affliction de la neishaane. De sa gueule béante elle engloutit le fantôme d'une fillette au nom évoquant les roses et elle décapita des fumerolles aux silhouettes de dragons qui ne purent exister par les choix de la famille Varpelis. Entre les quintes plaintives de la Douée s'élevaient les rugissements de Sărzeghnet avec la violence d'un ouragan. Peu à peu, la Reine s'imposa dans les geôles mentales de sa nouvelle protégée, terrassant la décurie de diables qui écorchait les fondations psychiques de l'innocente enfant lunaire. D'une morsure à la fatalité sans failles, elle rompit en deux le corps de la murène de fumée qui s'acharna à entrer dans la bouche hurlante d'Albiréo.

** Je suis là, vois moi ! **

Rūna atteignit l'abîme de l'océan spirituel d'Albiréo, laissant alors apparaître un creux dépourvu d'eau dans son littoral, un creux où la frêle créature y était recroquevillée comme dans la réalité. La fëalocë se fit flamme dans la Nuit, chassant les ombres affamées qui tournoyaient autour de la triste opacité de ce spectre futur comme des vautours avisant une proie mourante. A pas lents, elle s'approcha, violant les règles des illusions où la fille de l'Aube s'était réfugiée pour fuir les affres du réel. Puis apparut derrière la Maîtresse Incarnate l'immense forme de Sărzeghnet, sans menace.

***


Sărzeghnet ne pouvait détacher son regard livide de la silhouette d'Albiréo, munie d'une détermination flamboyante logée à la surface de son visage si dur et de ses orbes opalines, une indescriptible poésie, comme une statue d'albâtre inerte animée d'une expression étonnamment vive, prête à sourciller en dépit de sa condition immobile. Elle ne chercha pas à la toucher charnellement, mais son âme serrait celle de la petite inconnue comme un serpent constricteur contenait sa proie, sans pour autant chercher à la dévorer.
Rūna, elle, sursauta lorsque son fragile morceau de craie s'étira d'un visage torturé, possédée et hantée par ses propres illusions, par ses propres démons. Si elle recula de prime abord, elle se jeta aussitôt sur la neishaane pour la contenir et l'empêcher de se blesser dans sa transe, ignorant ses cris, ignorant sa frayeur. Sărzeghnet fit de même avec l'esprit d'Albiréo, étendant son corps au dessus d'elle et ouvrant ses ailes en une protectrice corolle comme pour arrêter la chute de météores sur cet astre déchu qui brillait pourtant encore, même avec faiblesse.
Les iris de feu de la fëalocë pénétrèrent le fort intérieur de la jeune fille tel deux flambeaux dans le manteau de la sorgue alors qu'elle se pencha au dessus d'elle, imitant de façon palpable ce que sa Liée faisait dans les émanations oniriques de la neishaane.

« Reviens vers moi... » Susurra-t-elle à peine, à la fois avec bienveillance et fermeté.

Sărzeghnet ferma les paupières pour mieux concentrer son désir de la ramener dans le monde réel, pour la guider dans ce dédale infernal peuplés des génies de son propre Mal.
Rūna apposa une paume sur le front gelé de la jeune fille, transmettant tant bien que mal sa chaleur comme le faisait un âtre crépitant dans un salvateur braséro au milieu d'un château abandonné et en ruines.

« Allons, reviens vers moi, reviens... » Murmura-t-elle, le ton plus haut qu'à l'instant.  

N'écoutant que ses instincts, elle relâcha les maigres poignets d'Albiréo pour ôter son caftan à la hâte et le passer tant bien que mal sur les épaules de l'étoile mourante. La neishaane pourrait sentir cette autre chaleur réconfortante le long de ses membres raidis, une ardeur vivifiante dans ce bain de gel et de givre. De la fourrure tiède et douce s'élevaient des parfums d'épices et d'écorce, eux aussi chassant les effluves de pierre froide et de neige entêtantes qui dominaient la pièce.
La fëalocë caressa la chevelure d'un blond polaire de la pupille avec la délicatesse d'une mère à sa fille, glissant çà et là quelques shhh apaisants pour ramener vers la rive sa naufragée  à la dérive.

** Albiréo, réveille toi ! ** Tonna l'Incarnate.
« Reviens moi ! » Invectiva la fëalocë.

Sans pouvoir l'expliquer, si loin des fondements de sa personnalité, Rūna enlaça la neishaane pour la plaquer contre elle, pour partager la quintessence de la vie qui battait dans ses veines. Un bras l'enserrait par la taille tout en contenant celui de ce frêle flocon de cendre, l'autre passait derrière son épaule afin que sa paume ne reposât au sommet de son crâne, comme on portait un nouveau-né. Rūna tenait Albiréo avec autant de bienveillance qu'elle porta le corps inerte de sa fille morte-née.
Elle se mit à la bercer lentement, doucement, tout en fredonnant un air consolant et aux vers peuplés de tout ce que la neishaane avait pu évoquer aux prémices de ses illusions, un poème où régnait la joie et la volonté de découvrir le monde.
Dans les cauchemars de la jeune fille, Sărzeghnet leva la gueule vers l'obscur néant de son enfer et y cracha une gerbe de flammes étincelantes qui terrassèrent les ombres. Dans ce même univers, Rūna apparaissait debout face à elle et lui tendait une main ouverte pour l'aider à se relever.

« Lève-toi, vois nous, viens avec moi. Tout ira bien, je te le promets. »


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MessageSujet: Re: [RP] La dernière ombre   [RP] La dernière ombre Icon_minitimeMar 6 Oct 2020 - 21:54


Les plaintes des morts-nés se muaient en une multitude de gammes funèbres. Les notes montaient telles des flèches noires sorties de l'abîme, éteignant chaque étoile. Certaines en retombant du ciel écartaient leurs ailes, déployant le champ étouffé de leur désespoir en sinistres mélopées. Le lien puissant qui unissait les Liés naissait au sein d'Albiréo, béni par les feux de Flarmya. Puis il s'éteignait, lentement et mortellement consumé par cette flamme divine et immortelle sur lequel chaque jeune nouveau né se retournait incessamment, prisonnier d'une boucle éternelle. La douleur d'une seule de ces âmes était intolérable. Albiréo vivait l'éclat et la mort de chacune de celles qui avaient réussi à s'engouffrer dans son esprit, l'envoyant au delà de la souffrance et des larmes. Elle était déjà loin, tout au fond d'elle même. Sa conscience n'était plus qu'une lueur pâle qui brûlottait  dans l'oeil du cyclone.
La vie se dérobait et Alba la laissait faire car il lui semblait qu'en avançant la Mort léchait ses souffrances, les emportant un peu plus avec elle à chaque lampée. Ce qu'il restait de son esprit était fixé sur le soleil rouge qui n'était désormais pas plus gros qu'une tête d'épingle. Ici, perdue entre la vie et la mort, recroquevillée au milieu de ce tourbillon spectral, Albiréo trouva une paix douloureuse, engourdie, dans l'acceptation de son statu quo. Elle refusait de se laisser emporter par les mâchoires qui claquaient autour d'elle, repoussées d'un petit mètre par la vie qui continuait malgré tout de battre dans ses veines. La jeune femme se perdit dans la contemplation de son étoile rubescente.
*
** J'aurais tant aimé te connaître...**

** Je suis là... Vois moi... **
« Reviens vers moi... »

La lueur blanche qui se maintenait en vie au cœur du tourbillon de fumée vacilla. Quelque chose venait de tomber de l'étoile rouge. Son esprit crépitait comme une braise venant de recevoir une brindille de bois sec. Deux voix entremêlées, deux timbres parfaitement dissemblables qui pourtant semblaient provenir d'une seule et même bouche. Une intention semblable...deux couleurs distinctes. L'esprit bercé d'arpèges de la neishanne ne s'y trompait pas. L'espoir qui l'avait frôlé à l'apparition de cet astre étrange déposa une seconde vague de vie sur son cœur. Albiréo reprit du souffle. Elle n'avait pas saisi de mots articulés mais quelque chose cherchait à la joindre. Les notes qui s'étaient déposées sur son âme résonnèrent avec une force nouvelle lorsqu'elle en identifia avec certitude les effluves de vie. Un rire plein d'espoir secoua son âme comme un grelot, ravivant les flammes bluettantes de son esprit. Une volonté animale ranima son feu intérieur, illuminant son âme d'un second éclat. Les spectres décharnés crissèrent, affligés autant qu'avides de voir leur proie redoubler d'éclat. L'esprit d'Albiréo frémit d'une férocité de vivre toute neuve et déploya sa lumière, écartant les ombres d'autant.

** Albiréo, réveille toi ! ** 
« Reviens moi ! »

Cette fois les mots tombèrent comme des perles dans l'esprit de la jeune prêtresse. Les unes à la froideur et la profondeur d'obsidienne, les autres aux teintes chaudes et implacables du rubis. Deux voix, elle en était certaine. Pourtant chaque perle était enfilée sur un seul et même fil, une même volonté, une seule et même âme tendue vers elle. Les mots ricochèrent dans l'esprit d'Albiréo, provoquant des déflagrations de lumière qui chassèrent les ombres à leur passage. Du côté du réel, un frisson parcourut la peau de la Seconde d'Iolya et le sang réchauffa timidement ses veines.
Un grondement caverneux dispersa les spectres. Mis en déroute, ils se ruèrent d'abord en direction d'Alba qui les écarta à son tour d'une puissante repoussée mentale. La nuée maléfique telle un sombre essaim de chauve-souris ne lui permit pas d'abord, d'apercevoir ce qui les avait poussés vers elle. La panique poussait ces créatures à percer sa protection de lumière aussi redoublèrent-elles d'efforts pour l'anéantir. Mais le désespoir avait fuit le cœur d'Albiréo, tendue toute entière vers la force phénoménale qui œuvrait au devant d'elle. Au second plan, derrière les ailes charbonneuses des Non-Liés qui menaient un bal frénétique alentours, l'immense lune rouge se mouvait telle une furieuse rivière de sang, engloutissant çà et là les âmes égarées. Mue par l'irrépressible élan de vie qui la poussait à voir...ou plutôt à rencontrer l'éclipse solaire qui menait la bataille avec fracas, le cœur d'Albiréo bondit. Une déflagration extraordinaire suivit, projetant ses fantômes en colonne suspendue à quelque mètres au dessus de son esprit. Ils tournoyaient toujours mais avec la lenteur étrange d'un mobile.


Son cœur battait dans le silence.


Une splendide créature d'albâtre troua les ténèbres, tel un basilic ondulant brûlant tout sur son passage. Une chevelure incarnat flottait sur ses épaules telles de longues flammes alanguies. Son regard d'ambre et d'or en fusion achevait tranquillement de dévorer la nuit. Derrière elle apparut une créature immense et magnifique. Effroyable de beauté et de puissance, elle se mouvait avec la même assurance tranquille que la superbe jeune femme qui la précédait. Ensemble, elles semblaient pétries de la même substance d'éclat et d'ombre, d'absolus, aussi belles et terribles que les flammes elles-mêmes.

Son astre était là. Son éclipse rouge. Elle les reconnut, comme l'on reconnaît l'aube et la paix après une nuit sanglante. Elles lui apparurent ainsi, souveraines, tel un rêve dissipant le cauchemar. L'immense créature redressa le cou, plus démesurée encore qu'elle ne le semblait-être et cracha un torrent de flammes qui les encerclèrent, détruisant par là même les derniers spectres au vol suspendu. La magnifique apparition quant à elle lui tendit une main au blanc vaporeux.

« Lève-toi, vois nous, viens avec moi. Tout ira bien, je te le promets. »

Albiréo n'aurait pas plus hésité que s'il s'agissait là d'Iolya en personne. Sans le moindre doute, elle glissa sa main vers l'astre qui serait désormais l'axe de son univers. Une vague de chaleur enflamma son bras et galopa jusqu'à son cœur, comme si en empoignant sa main elle avait reçu le sang en ébullition de la faëloce dans les veines. Un hoquet la secoua alors qu'elle se sentit aspirée en arrière, le souvenir d'un éclat d'or et d'une opale nimbés de feu fixés dans sa rétine.

L'esprit de la neishaane bascula tel un navire renversé, mât immergé, retournant sa coque pour regagner brusquement le souffle du vent. Son esprit reprenait place au sein d'un corps glacé, exsangue et nappé de fièvre. Elle retrouvait la sensation de ses jambes et de ses bras parcourus de courbatures douloureuses. Sa poitrine se gonfla, aspirant une grande bouffée d'air suite à cette interminable apnée. Les effluves de musc, d'ambre et d'épices l'enveloppèrent. Son pouls répandait lentement son lot de chaleur, réverbéré avec douceur par le caftan qui la recouvrait. Elle se lova dans ces sensations qu'elle ne voulait quitter pour rien au monde.
Son souffle reprenait en chaleur et en vigueur, suffisamment pour qu'elle prenne conscience qu'il lui revenait sur les joues, chaud et parfumé. Sa tête suivait le balancement régulier d'une épaule. Peu à peu, les acouphènes cessèrent de siffler dans ses oreilles pour faire place à une voix aux accents de miel et de jasmin, de fontaines et d'orangers en fleurs, chaude comme le sable...Albiréo entrouvrit des yeux encore voilés qui s'habituèrent peu à peu à la lumière que venait accrocher une chevelure andrinople et la chair de porcelaine contre laquelle reposait son front. Elle prit soudainement conscience que sa main était fermement accrochée à celle de l'inconnue qui la berçait.
Alors son esprit retrouva la fil des événements, l'œil d'or et l'autre opalescent, les flammes, la splendide femme à crinière rouge, la main blanche, la sensation curieuse de sangs-mêlés, comme si son cœur s'était relié au sien, le sien même qui semblait si intimement conjoint à celui de...Les pupilles d'Albiréo se dilatèrent au seul souvenir de la créature immense qui l'avait sortie des ténèbres. Suivant ce sursaut de conscience, la neishanne étudia plus longuement les mèches à l'éclat vermeil qui parcouraient sa joue de leurs caresses soyeuses.
*
** Est-ce possible ? **

Son cœur galopa dans sa poitrine, envahi par un sentiment qu'elle n'avait jamais connu jusqu'alors. La dévotion qu'elle éprouvait pour Iolya était sincère et pure, mais elle ne s'était jamais figurée ce qu'une rencontre de chair et de sang avec une divinité pourrait provoquer chez-elle. Cependant, la créature d'albâtre qui lui était apparue ne correspondait pas à la déesse de la Lune Mauve...Plutôt à sa sœur, l'impétueuse Eurilya.
*
** Oui, c'était sans doute Eurilya...d'autant que la créature mythique qui l'accompagnait n'avait rien de réel... Mais alors  qui... ? **

Oui, qui était la femme aux senteurs suaves qui la pressait contre elle ? Albiréo trouva suffisamment de force pour dérouler son dos qui tira lentement son corps en arrière. Sa tête pesait une tonne, elle dut s'aider d'une main pour soutenir son poids et la redresser tandis que l'autre enlaçait toujours la main de l'inconnue. Elle se frotta les yeux afin de faire le clair puis son regard courut de son bras à celui de sa veilleuse, glissa le long de son épaule gracile et remonta le port altier de son cou. Un visage d'une beauté irréelle soutenait un regard où crépitaient l'or et l'ambre ombrés de longs cils. De prime abord, la jeune neishaane fut saisie par la beauté époustouflante de cette femme, aussi surnaturelle qu'exotique pour une native du Vaendark. Mais ce fut son regard, surtout, qui lui coupa le souffle. Son coeur battait la chamade. Loin d'être au bout de ses surprises, la prêtresse ne put ignorer la grande ombre qui se tenait aux côtés de la noble créature purpurine. Longue et pâle dans ses sombres atours, ses cheveux d'argent cascadaient sur ses épaules tel un manteau de neige répondant à l'éclat lunaire de ses yeux dépourvus d'iris. La gorge d'Albiréo se noua alors que son regard passait successivement de l'une à l'autre, du soleil à la lune, y superposant l'image flamboyante de la faëloce et de la créature extraordinaire qui hantaient encore son cœur aux deux silhouettes bien présentes qui ne la quittaient pas des yeux.
*
*

« Ce...C'était vous n'est-ce pas ? C'était bien vous? » sussura-t-elle, n'osant pas parler plus fort de crainte que les deux astres tombés dans son univers ne lui soient à nouveau arrachés. Sa main, brûlante du contact de celle de la magicienne resserra craintivement son emprise.


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MessageSujet: Re: [RP] La dernière ombre   [RP] La dernière ombre Icon_minitimeMer 7 Oct 2020 - 23:21


Sur la lande onirique d'Aran'Rhiod, entre les chimères irréelles façonnées par l'esprit lancinant de la neishaane et ceux qui s'échappaient des Limbes pour apporter davantage d'horreur à ses mauvais rêves, il ne restait plus que les deux femmes et la dragonne, peignant un tableau au lyrisme à la fois tragique et absolu. Peu à peu les spectres disparurent, évanescents tels les fumerolles des mèches de bougies à la flamme toute juste soufflée, s'envolant deçà delà dans le néant telles les frêles aigrettes des dent-de-lion après leur floraison balayées par le souffle d'un orage d'été.
Albiréo saisit la main qui lui était tendue sans l'ombre d'une hésitation, et d'un geste puissant et franc, la fëalocë l'amena violemment vers elle pour la relever, pour mieux l'extirper de ce refuge de fortune qu'elle se créa à l'heure fatidique de sa perdition. La petite créature blessée pourrait ressentir cet acte de la même manière que l'oppressante sensation de chute qui vous prenait au moment de vous endormir, forçant sa victime à bondir dans la réalité pour reprendre pied, quittant de force le confort d'un rêve naissant.

Suspendue à la vie figée de la princesse de désolation blottie contre elle, Rūna eut un soupir de soulagement lorsqu'elle reprit enfin son souffle et se mit à bouger en commandant son corps, non plus par les spasmes incontrôlés que la fëalocë semblait avoir combattus pendant des heures. La bouffée rassérénée de la Maîtresse Dragon se dissolut dans l'éther en une fugace brume à la manière dont les spectres s'évanouirent dans la Grande Nuit de l'âme d'Albiréo, ponctuant le premier chapitre de leur rencontre.
Entre les méandres de ses bras, enlaçant la statue de marbre d'un blanc pur comme les ronces et le lierre enserraient les stèles abandonnées de cryptes oubliées, la femme couronnée de sang s'efforçait de chasser la froideur qui paralysait l'inconnue par une irradiante chaleur. Celle qui fut sultane avait l'apanage d'un brasier ardent déposé sur la calotte glacière que même le plus virulent des ouragans de gel ne sut tarir, et dégageait l'aura d'un être de chair et d'esprit projeté dans les entrailles de l'abime, à la fois jalousé et craint des défunts qui y régnaient pourtant.
Si Sărzeghnet et Rūna n'étaient pas arrivées à temps ce jour, Albiréo serait en train d'embrasser Isashani pour payer son voyage vers l'Au-Delà.

** Nous n'apparaissons pas au Panthéon des Divins, mais contrairement à eux nous sommes bien là. Contrairement à eux, nous t'avons sauvée. Nous sommes réelles. **

Sărzeghnet n'avait pas bougé d'un cil, ni plus qu'elle sembla battre des paupières ou respirer, mue d'un inexorable malaise émanant de son enveloppe charnelle d'emprunt. Bien que dépourvues d'iris ou de pupilles, les opales qui constituaient son regard paraissaient pourtant bien fixer Albiréo, foudroyantes et implacables, à la recherche de réponses qu'elle possédait déjà. Par l'ordinaire indifférence de son masque de Juge Suprême, l'impartiale Incarnate avait à peine froncé les sourcils, secrètement avide de mieux connaître l'objet de sa trouvaille guidée par la destinée et les murmures d'Amtziri-Sūrya. Son âme incarnée sous sa véritable forme protégeait toujours celle de la neishaane de son immense aile, bouclier contre les assauts de ses démons intérieurs et rempart contre les maux de son passé encore inconnu mais aux ombres menaçantes.

Rūna, poussée par un inexplicable instinct, couvait la jeune fille avec la voracité d'une mère tenant son enfant, désireuse de la protéger ne serait-ce que de la vue d'une personne indigne de la contempler.
Celle qui avait quelques mois plus tôt offert le corps de sa fille morte-née à la Déesse de la Mort semblait transmettre tant d'une inhabituelle bienveillance maternelle, un élan qu'elle ne comprit pas mais qu'elle ne rejeta pas pour autant. Etait-ce ainsi à chaque Doué découvert ? Pour chaque nouvel élu de Flarmya qui croiserait sa route ? Avant même de connaître son nom, la fëalocë ressentit la viscérale et absolue nécessité de la protéger du reste des mortels et du monde, autant qu'un propre membre de sa famille. Avant même d'avoir échangé un mot, leur lien s'avérait si fort qu'il en ébranla chaque millimètre de son squelette.
Doucement, la pupille de nacre reprit vie. Rūna sentait son sang se réchauffer et retrouver l'extrémité de ses membres encore vraisemblablement engourdis et blanchis par l'inertie, dévalant à nouveau ses veines en une vermeille cavalcade sous les ordres d'un coeur qui battait derechef avec ferveur.  Lorsqu'elle se mû, s'extirpant calmement de leur étreinte pour faire le point, la Maîtresse Dragon ne put qu'admirer toute la beauté de son apparente fragilité. Son derme lunaire concurrençait le sien sans rivalité aucune, épousant avec la poésie d'un voile de neige tombé sur un lys la chevelure pâle mêlant l'or et l'argent qui tombait sur ses épaules chétives. De la même manière que sa Liée, elle darda sur la neishaane un oeil autant protecteur qu'inquisiteur, laissant l'océan d'ambre doré qui tapissait ses iris se heurter volontiers aux géodes d'un bleu de guède qui jonchaient les siens. En dépit de son présent état, elle était si belle, véritable colombe posée sur un parterre de ruines. Une parfaite opposition, mais telles Iolya et Eurylia, elles formaient un tout serti de deux pierres à la teinte à la fois distincte et complémentaire.

Alors que le pouls de la neishaane s'accélérait, celui de Rūna retrouva un rythme plus calme, guidé par la peau étonnamment douce et fraîche de la mane d'Albiréo enserrée dans la sienne. La fëalocë ne l'avait pas lâchée un seul instant, desserrant cela dit quelque peu l'étau qu'exerçaient ses doigts graciles, désormais certaine que le Néant ne pouvait pas la lui reprendre. A l'instant où la Maîtresse Incarnate avait posé les yeux sur elle, Albiréo lui appartenait. Corps et âme. Et nulle puissance qu'elle fusse divine ou non ne saurait lui soustraire sa possession.
Constatant la légitime interrogation qui inondait le minois de cette frêle pépite de givre, elle la laissa s'exprimer la première. Après ce qu'elle venait de traverser, il était certain qu'elle quémanderait des réponses et des explications...
De son côté, Rūna ressentit la même délicieuse morsure que le jour où Alauwyr l'anoblit au rang de Maîtresse : celle des Responsabilités. La fëalocë était héritière de titres depuis la naissance, en soi ce passage à un nouveau grade ne l'avait en rien effrayée mais l'avait en revanche rendue extrêmement fière de son parcours pourtant plus que chaotique. Mais aujourd'hui, l'immatériel devenait palpable. Car devenir Maîtresse ne représentait rien sans l'existence d'un Aspirant, chose rendue possible par la révélation de celle qui n'avait pas encore prononcé son nom. Encore fallait il qu'elle concédât à suivre la fëalocë et son âme-soeur une fois qu'elles se seraient toutes trois expliquées.

La voix cristaline de la neishaane tinta faiblement avec l'éclat du verre, mais munie d'une candeur à en faire frémir le coeur du plus vil des diables. Son timbre fut un baume sur une brûlure, le passage d'un rayon de soleil dans l'Interstice. Rūna soupira à nouveau, apaisée, envoûtée par tant d'ingénuité désarmante.
Après un bref silence, ce fut le ton chaud et au léger accent méridional de la fëalocë de s'élever, accentuant avec plus de superbe leur radical contraste par un verbe sûr et sans hésitation.

« Tu étais partie loin, si loin... Ce fut difficile de t'atteindre et te ramener, mais il n'est nul endroit où je ne saurai aller, dans ce monde comme dans l'autre. »

Sans lâcher la main de son fragile flocon de neige, Rūna passa celle qui était libre sur la tempe de cette dernière, égarant le bout de ses doigts gantés entre quelques mèches d'un blond platine. La pauvre infante était à la fois glacée et brûlante, luttant comme elle le pouvait contre la fièvre et l'égarement de son esprit torturé. Rūna releva avec étonnement qu'un corps incarnant si bien le Vaendark pouvait pourtant abriter le souffle bouillonnant du Ssyl'Shar.
Par ce geste délicat, sous la sentence de son oeillade flamboyante et prédatrice, la fëalocë ressentit en Albiréo tant l'immense vide d'une brèche aspirant son esprit que la richesse d'un univers inconnu qui ne réclamait qu'à être exploré. Happée de bon aloi par ce précipice dissimulé sous un corps si fluet, assoiffée d'en savoir plus, la princesse Ssyl'Sharienne poursuivit.

« Je me nomme Rūna, et voici Sărzeghnet. Elle désigna son âme-soeur d'un franc geste de la tête. Nous venons de contrées que les cartes ne mentionnent pas, à l'extrême Sud de ce lieu. Nous sommes venues parce que nous avons été appelées. »

Enfin, elle lui offrit un sourire. Un sourire qu'elle était autant capable d'avouer à son plus proche allié qu'à son pire ennemi.

« TU nous as appelées. Sans prononcer un mot, sans prière. Ton âme a parlé pour toi, a hurlé pour toi. »

La fëalocë semblait vouloir ménager sa pupille, égrainant les informations avec un temps nécessaire en raison de l'état de la jeune fille d'un ivoire diaphane. Elle prit une position plus à l'aise, s'agenouillant correctement face à elle, sa main tenant toujours celle de son précieux petit coquillage au nacre pur. D'un geste assuré, Rūna réarrangea l'épais manteau de fourrure qui enveloppait tant bien que mal la neishaane tout en éprouvant des difficultés à la lâcher des yeux.  Sărzeghnet, elle, restait énigmatiquement interdite.

« Nous t'avons trouvée car tu possèdes un pouvoir qui n'est pas accordé au reste de la plèbe. Tu détiens un don, le Don, celui d'être élue par la Déesse Mère Flarmya. »

Alors que le temps s'était figé, suspendu par quelque sortilège que ce fut, les bruits d'activité reprirent autour d'elles. Des pas, des éclats de voix, divers objets entrechoqués, les pieds des bancs en bois grinçant contre le sol de pierre recouvert çà et là de piteux tapis, une bûche ou deux jetées dans l'âtre... Le brouhaha montait crescendo, alourdissant l'expression du minois de Rūna. D'une certaine façon profanes pour les non-Doués, toutes trois encourraient un certain danger à rester ici, au risque d'être entendues à prophéter sur ce qui était méconnu du commun des mortels et devait le demeurer.
Surtout, une incommensurable colère s'insinua entre les muscles de la fëalocë : qui pouvait se revendiquer comme filles d'une déesse aussi compatissante que Iolya et laisser dépérir une consoeur ? Ces prêtresses méritaient d'être punies, punies pour avoir abandonné à la léthargie l'une d'entres elles, mais par dessus tout pour avoir manqué de tuer une trop rare porteuse du Don.
Sa mâchoire se crispa, ses dents serrées grincèrent. Iolya elle-même ne pouvait-elle pas intervenir auprès d'une de ses adoratrices ?!
Sărzeghnet se délecta des élans enragés de sa bipède, mais garda le silence.
Malgré la sévérité de son visage, le ton de Rūna se fit rassurant.

« Il y a tant de choses que j'ai à te dire, mais pas ici. Notre existence est un secret indigne de celles qui vivent sous ce toit. Nous pouvons tout te raconter si tu acceptes de nous suivre, si tu me fais confiance. Si seulement tu pouvais imaginer ce qui t'attend... »

L'Incarnate sous forme humanoïde bougea à peine, si bien que son immobilité devenue naturelle aurait fait sursauter n'importe qui. L'écho sibyllin de sa voix formulée en pensée retentit dans l'esprit d'Albiréo.

** Nous pouvons t'expliquer la raison de ton état, la provenance de ceux qui te hantent. Eux aussi sont réels et les nommer t'aidera à les comprendre pour pouvoir repousser ce qui te ronge. Viens avec nous, et tu existeras enfin. **

Répudiant difficilement un frisson, si peu habituée à ces températures bien en deçà de celles de sa terre natale et du Màr Tàralöm, Rūna y vit un signe qu'il était temps de prendre une décision. La fëalocë répugna pour une obscure raison à se dessaisir de la main de la jeune fille modelée aux couleurs du continent où elles se trouvaient, se relevant droite debout, dominant la silhouette épuisée devant elle.
A nouveau, mais pour de vrai cette fois-ci, Rūna lui tendit la même main qui la lâcha à peine quelques secondes plus tôt. Tout gageait qu'il était de bonne augure de la suivre, malgré les ténèbres évidentes qui planaient autour du duo.

« Albiréo ? Interrogea-t-elle alors que celle-ci ne lui avait pas encore révélé son nom, Acceptes-tu de me suivre ? Rien n'est ancré, pour l'heure. Si tu le souhaites, tu pourras revenir ici plutôt qu'aller plus avant en notre compagnie. Mais avec nous, il ne t'arrivera rien, j'en fais le serment. »

La sultane déchue avait l'art de manipuler ses paroles, sans pour autant prendre la jeune fille pour une imbécile. Mais il fallait qu'elle vienne, il le fallait. C'était écrit, elle le savait.


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Albiréo Varpelis
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MessageSujet: Re: [RP] La dernière ombre   [RP] La dernière ombre Icon_minitimeVen 9 Oct 2020 - 20:49

La chaleur déposait son hâle tiède sur la peau d'albâtre de la neishaane qui retrouvait peu à peu l'usage de ses sens. Elle reprenait possession d'un corps douloureux et engourdi par de nombreuses courbatures. La lutte avait été longue, tenace. Le moindre geste tirait une plainte sourde de chaque centimètre de sa peau, remarquablement indemne et pourtant aussi fourbue que si elle fut recouverte d'ecchymoses. Mais le soulagement succédant à l'ouragan qui l'avait assaillie était si grand qu'aucune manifestation de la vie ne lui était une douleur. Elle accueillit chacun des coups laissés par ses mirages intérieurs comme une victoire. La vie était à l'oeuvre, déjà entièrement consacrée à charrier un sang brûlant dans ses veines, tout entier dédié à la restauration de la formidable mécanique de son organisme.

Le miracle opérait en elle et chaque afflux de chaleur et de douleur alimentait son esprit d'une irrémédiable fureur de vivre. Une fureur nimbée de reconnaissance pour les deux créatures surnaturelles à son chevet. A vrai dire, la reconnaissance était un sentiment qu'elle connaissait de toutes parts tant il lui avait été inculqué. Reconnaissance d'avoir trouvé un foyer en la Maison d'Iolya. Un foyer, un lit, de la nourriture et par dessus tout une éducation. Il ne venait pas à l'esprit des jeunes pupilles de se plaindre de leur sort tant leur esprit était formé à la gratitude. La gratitude...comme si respirer était un don plutôt qu'un droit. Albiréo avait apprit à estimer qu'elle avait de la chance, comme toutes ses comparses et nulles ne songeaient à le contester. Les Maisons de l'Aube avaient le mérite en cela, de former des esprits anéantis du moindre caprice, habitués à voir les êtres naître, vivre et disparaître. Celles qui réchappaient à la mort et avait le bonheur de voir s'allonger leur vie, même traversée par la maladie, même teintée de misère, remerciaient les dieux et la clémence d'Iolya.

Albiréo avait vu nombre des siennes disparaître, jeunes ou vieilles. La mort faisait partie de son quotidien, semant son lot de pertes années après années. Dire que l'on ne s'y habitue jamais est un leurre et les prêtresses de la Maison Mauve ne le savaient que trop bien. Elles traversaient ces hécatombes et la souffrance des condamnés comme l'on traverse un musée ou un livre tant de fois parcouru. Elles en connaissaient l'incipit, les trépidations et la fin. Leurs cœurs subissaient chaque fois les mêmes houles mais, après s'être noyés quelques fois ils finissaient par flotter sur ces mers agitées, traversant les orages avec le baume salvateur de l'expérience. Avec le temps, les prêtresses arboraient toutes la sérénité des statues, l'œil clos et le sourire éternel...Albiréo dont les premières heures coulaient déjà sous l'égide de la déesse lunaire était plus que forcenée à cet exercice. A combien de sœurs, à combien d'amies avait elle dû faire ses adieux ? La toute première fois...Alba se refusait à laisser ce souvenir refaire surface. Il y avait eu une enfant, une enfant à peine plus âgée qu'elle. Sa disparition avait provoqué chez l'enfant neishaane une telle crise de démence que les murs s'en souvenaient encore.

L'esprit d'Albiréo avait plus ou moins absorbé ce souvenir, effaçant au passage l'image même de la petite fille âgée de 9 ans qui mourut dans ses bras. Le cœur de la jeune femme gardait l'empreinte d'une souffrance indicible, la première et jusqu'à ce jour la seule perte d'un être cher. La Haute Prêtresse avait veillé Alba, jour et nuit durant une quinzaine, la préservant des délires de son esprit fiévreux. Qui, de la perte, de la fièvre ou de son Mal naissant avait emporté la raison de l'enfant ? Elle ne pouvait à ce jour démêler la réponse, se refusant à exhumer cette ancienne cicatrice. Cependant, l'écho de cette mémoire marquait une forme d'An Zéro dans l'esprit de la jeune femme...A compter de ce jour, les accès de folie se succédèrent dans le temps. Très rares. Mais de plus en plus rapprochés à mesure que son âge avançait.

La petite Rosie était la première, parmi les dizaines d'enfants dont elle avait pris la charge, qu'elle avait élevé depuis l'aube de sa vie. Jusqu'alors, la Seconde Prêtresse s'était gardée tant bien que mal, de se nouer d'affection profonde avec ses pupilles. Habituée qu'elle était à les voir partir un jour ou l'autre...et marquée par la disparition précoce de celle qui avait été la sœur et amie de ses premiers printemps. Ainsi Albiréo démontra-t-elle une aptitude remarquable à dispenser tendresse et détachement aux jeunes filles. Elle se consacra très rapidement aux études des lois exactes, bien plus fiables que n'importe quels affres du cœur humain. Les sciences dressaient autour d'elle un cadre d'imageries fascinantes autant que rassurantes. Là, elle pouvait projeter son esprit sans crainte car chacun de ses rêves finissait par trouver une loi. Prisonnière des murs du couvent, la connaissance était à la fois son unique fenêtre et l'unique dôme dont elle arrivait à couvrir ses accès de démence.

Pourtant elle ne pouvait nier la tourmente dans laquelle les démons de sa nuit intérieure la plongeait, roulant d'épais nuages au ventre noir aux abords de sa raison. Elle avait appris, grâce à l'infinie patience et la haute science de la Maîtresse de la Maison de l'Aube à tenir ses monstrueux cumulus aux confins de son univers mental. Ne lui parvenaient que le chant noyé de léviathans abandonnés au large de son esprit...Son cœur subissait pourtant l'étreinte lointaine d'une éternité de solitude. Lointaine, elle l'était de moins en moins. Et il lui était de moins en moins possible de contenir les cris et lamentations qui vibraient en elle, cognant les remparts de son esprit comme autant de coups de bélier. Sa forteresse spirituelle s'était probablement fragilisée à mesure que les lamentations spectrales avaient trouvé écho en son propre désespoir. Albiréo ne pouvait plus se cacher que toute son âme appelait.

Une âme recroquevillée sur elle-même, coulée dans un œuf de plomb. Un grelot à l'assourdissant bourdonnement de cloche tonnait puissamment, viscéralement, passionnément. Son appel était devenu si intense qu'il menaçait ses fondations, lézardant l'esprit d'Albiréo de multiples fissures, de rêves d'âme libre, d'envolées de colombes. Ce craquèlement de conscience avait permis aux ombres avides d'infiltrer son monde intérieur plus fréquemment encore. Plus la nature profonde d'Albiréo cherchait à étendre ses ailes, splendides de lumière, de vie, de passions furieuses, brûlantes, assoiffées de vivre, plus les ténèbres faisaient claquer leurs mâchoires avides autour d'elle. Alba devait faire barrage entre la montée bouillonnante de ses eaux intérieures et l'attraction irrésistible qu'elle exerçait sur les spectres. Ignorante de la malédiction charriée par son sang et les générations d'âmes occultées, Albiréo pensait tenir en équilibre sur le dangereux fil de la folie.

Combien de fois s'était-elle écroulée au milieu d'une solitude si profonde que son ciel lui avait parut obscurci pour toujours par les ailes de la nuit des temps ? Les yeux mordorés de la faëlocë s'ouvraient sur son existance, l'illuminant non pas d'un mais de deux soleils. Albiréo la contemplait comme on contemple le jour longtemps attendu. L'ombre blanche qui l'accompagnait recélait autant d'obscurités et d'éclats que la lune elle-même, énigmatique. Sa pâleur de marbre flottait dans l'espace, aussi claire et plate que la lune ronde et blanche dans un ciel d'encre. Depuis le sol terrestre, nul ne soupçonnerait sa face cachée. Pourtant, les abords sensibles de l'esprit d'Albiréo en sentait les émanation incandescentes, comme un soleil brûlant les bords d'une éclipse. La conscience lapait cette réalité partielle comme la marée lèche les sables et se retire sans aller plus avant. Elle sentait obscurément la présence de l'animal fabuleux couvrir son âme d'une aile protectrice. Comment ces deux créatures avaient-elles pu s'inviter au milieu de ses ténèbres ? Comment avaient-elles pu pénétrer cet océan de solitude ? N'était-ce pas le lot de chaque être humain d'être prisonnier de lui-même ? D'être condamné à ne jamais pouvoir ouvrir les portes de son esprit ? Une voix sibérienne s'éleva dans son cœur :
*

** Nous n'apparaissons pas au Panthéon des Divins, mais contrairement à eux nous sommes bien là. Contrairement à eux, nous t'avons sauvée. Nous sommes réelles. *

Les questions s'embrasaient comme une série d'allumettes dans son esprit, encore trop engourdi pour les formuler toutes. Son corps épuisé se laissait aller à la contemplation de ses hôtes surnaturelles, se perdant dans ce tableau extraordinaire comme dans la séduction vaporeuse d'une hypnose. Cette femme à l'incandescente noblesse et l'ombre mystique qui s'étirait à ses côtés avaient déchiré ce qui semblait être d'une nature irrémédiable avec la grâce implacable de la foudre. L'épiderme d'Albiréo se dressa à cette simple pensée, absorbée par cette vision. Un frisson semblable parcourut son âme, imprimant chacune de ses cellules d'une seule et même dévotion. Pour la toute première fois de sa vie, Albiréo touchait à l'unicité. Son corps, son âme et son esprit n'étaient séparés par la moindre dissonance, divisés par le moindre doute. Une intense et absolue certitude vibrait au cœur d'elle-même comme au diapason. Un diapason qui portait le nom des deux êtres qui lui faisaient face, comme si la lune la regardait avec ses deux visages. Cette curieuse distorsion du réel lui semblait plus véritable, plus absolue que toute autre forme de matérialité. Elles supplantaient le réel. Elles supplantaient son océanique microcosme. Bien que parfaitement consciente d'être ignorante du monde, Albiréo avait l'esprit vaste pressentait que ces deux fantastiques présences flirtaient avec un monde qui dépassait de loin celui du commun des mortel. La voix de Rūna s'éleva tel un puissant vent des sables.
*

« Tu étais partie loin, si loin... Ce fut difficile de t'atteindre et te ramener, mais il n'est nul endroit où je ne saurai aller, dans ce monde comme dans l'autre. »

« Je vous dois la vie. » souffla l'enfant d'Iolya, alors que des larmes roulaient, lourdes de soulagement, traçant des sillons roses sur les pétales blancs de ses joues.

« Je me nomme Rūna, et voici Sărzeghnet »

Elle pleurait comme si Rūna et Sărzeghnet en la touchant de leur flamme commune et en lui révélant enfin leurs noms lui avaient fait don de vie. Son existence entière prenait un sens alors qu'elle reformulait pour elle même le nom de celles qui seraient ses deux points cardinaux :
*

«  Rūna... Sărzeghnet. »


Elle sentait en son for intérieur que ces deux âmes avaient fait plus que la ranimer. Leur étreinte l'avait rassemblée, rendue à elle-même et par-là même, liée à elles à tout jamais. C'était bien plus qu'un miracle. C'était un serment. Aussi sûr qu'elle était désormais Une, elle serait une Union.

« Il y a tant de choses que j'ai à te dire, mais pas ici. Notre existence est un secret indigne de celles qui vivent sous ce toit. Nous pouvons tout te raconter si tu acceptes de nous suivre, si tu me fais confiance. Si seulement tu pouvais imaginer ce qui t'attend... »

Son âme, pudiquement dissimulée sous l'ombrée de ses paupière se leva, plongeant dans l'ambre et l'or qui dansaient devant elle avec l'attrait du danger. Elle se laissa submerger par la beauté qui irradiait sombrement, plus éclatante qu'une rose pourpre déposée sur l'hiver. Elle était là, plus irréelle qu'un djinn et Albiréo se laissa happer avec délice par cet irrévocable envoûtement. La ferveur tremblait dans ses yeux au profond bleu des eaux polaires, couvrant Rūna d'un regard d'abysses crépitantes. La voix sibylline de  Sărzeghnet s'éleva comme une brise dans son esprit.

** Nous pouvons t'expliquer la raison de ton état, la provenance de ceux qui te hantent. Eux aussi sont réels et les nommer t'aidera à les comprendre pour pouvoir repousser ce qui te ronge. Viens avec nous, et tu existeras enfin. **


« Albiréo ? ...»
*

Elle entendit à peine la suite, elle n'en avait pas besoin. Bien sûr, l'évocation du Don et de la déesse Flarmya qui lui étaient l'un comme l'autre parfaitement inconnus éveillaient des questions. Mais, les réponses importaient peu. Elle ne se sentit même pas de faiblesse alors qu'elle se levait, mue avec lenteur par la force d'attraction que Rūna exerçait désormais sur elle. Alors qu'elle déliait sa longue silhouette de roseau, Alba ferma les yeux. Elle sembla méditer le temps d'une respiration puis  rouvrit les paupières dévoilant sur un regard à l'implacable cobalt, lourd de l'indestructible promesse dont s'imprimait chacune des parcelles de son être, chargée du poids de son sceau et désormais portée par les flammes de sa formidable puissance. Elle lui serait liée comme une étoile polaire à une étoile solaire, unies par un seul et même centre de gravité. Elle ne pouvait pas plus lui résister qu'elle ne résisterait à la mort, et la suivrait jusqu'à la dernière porte des enfers. Elle glissa sa main fraîche dans celle de la faëlocë et frissonna à la morsure piquante du feu charrié par son sang. Un sourire friand étira ses lèvres alors que cet excès de chaleur rosissait ses joues. Alba jeta sur la dangereuse nymphe un regard malicieux autant que nimbé de dévotion. Sa voix rassérénée retrouva son timbre aux basses masculines, profondes et inattendues dans la bouche d'une fragile neishaane.

« Je vous suivrai, Dames, même si pour cela je devais mourir à moi-même une seconde fois. »


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Rūna Sălv
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MessageSujet: Re: [RP] La dernière ombre   [RP] La dernière ombre Icon_minitimeMer 14 Oct 2020 - 10:42


Mère, Déesse, Reine. Rūna s'y sentit tout à la fois en plongeant son regard dans celui d'Albiréo.
Dans ce précieux bijou que créait ses yeux sertis de saphirs clairs étincelaient pléthores de lueurs différentes, un panaché de scintillements et de tonalités dignes d'une aurore boréale au sommet de son spectacle. A la surface des pétales de myosotis qui habillaient ses iris, Rūna y lisait tant de poèmes muets, tant de refrains à la fois inconnus et lointains qu'elle peina à se dérober au parfum de leurs fleurs. Albiréo embaumait l'air d'une mélancolie énigmatique, la douce fragrance du souvenir d'une époque révolue dans son sillage s'insinuait entre les pensées de la fëalocë de la même manière que le faisait l'essence de bois de santal propre à sa terre natale.
Sous les alcôves de leur esprit propre fomentaient les réminiscences d'existences à la fois partagées et dissemblables, à la manière d'un dragon confrontant les affres de sa mémoire ancestrale offerte par ses ancêtres sans jamais les avoir vécues de lui-même. Albiréo, écrin d'âmes errantes de Liés qui ne purent Être, avait peut-être trop embrassé la condition de saurien, au point d'en devenir une ombre sous cette gracile enveloppe charnelle. Plus tout à fait neishaane, pas vraiment dragonne... En elle roulaient les vagues d'océans contraires et primitifs, à l'image de ceux qui recouvraient Rhaëg à l'aube de sa création. Ainsi était la quintessence d'Albiréo : oubliée mais ancestrale, essentielle mais étouffée par les traditions décidées de paroles d'Hommes en dépit d'échos prophétiques.

Jamais au cours de son existence Rūna n'avait pu un jour rencontrer pareille créature, l'assimilant à la fois à une nymphe de l'Hiver éternel et à une sirène des lacs gelés qu'elle avait arpenté plus tôt ce matin. Bien que sculpté dans le givre et la glace, ce délicat flocon sous tous les artifices de sa fragilité bouillonnait d'une sève jeune mais déterminée à rendre son arbre millénaire.
Tant de promesses posées sur ses lèvres, tant de secrets accrochés à ses prunelles de bleuet... L'aura d'une ingénue sincérité et d'une offrande totale envers celles qui l'avaient sauvée ne put que ravir la fëalocë aux desseins hauts et dominateurs. Pourtant, en dépit de son profond désir de vouloir asservir l'Humanité à ses mystérieuses causes, Rūna ne releva pas simplement la dévotion naissante de la jeune fille comme la seule vulgarité d'une relation du sauvé envers son sauveur. Tout était plus grand, plus puissant que ces simples faits. Les forges du Destin laissaient retentir au loin le bât du marteau sur ce métal stellaire, frappant l'or astral rougeoyant pour lui donner une forme encore inédite mais que déjà les divins craignaient.

Un sourire satisfait étira à nouveau les lèvres de la Maîtresse Incarnate, lovant toujours sur sa petite colombe une oeillade maternelle et désormais possessive. Nul ne pourrait lui reprendre celle qu'elle s'appropriait déjà.
A l'instant encore entre les griffes d'Isashani, la jeune fille parut retrouver de sa superbe, buvant à la source d'une énergie tapie sous les traits amaigris de son visage anguleux. Recouvrant peu à peu corps, faisant abstraction des meurtrissures causées par ses démons intérieurs, la chrysalide se fit papillon de nacre. Sous ses ailes éphémères, tout comme Albiréo, résidait une force insoupçonnable capable de fuir l'orage de quelques battements silencieux.
Et enfin, Rūna entendit sa voix. Si profonde, caverneuse, parfait reflet du caractère immémorial de sa nature. La fëalocë cligna des yeux sous cette agréable surprise, accusant avec davantage de délice l'incongruité d'un timbre abyssal émanant d'une gorge si délicate. Son chant avait été d'une incroyable justesse et orné d'une quinte propre à ceux de sa race, mais étonnamment son verbe s'esquissait de matériaux plus bruts et plus absolus. Cette faculté lui conférait plus de relief encor, apportant en son sein la promesse d'une émanation unique que le destin jugea bon de mettre sur son chemin.
Lorsque la Ssyl'Sharienne l'effleura et l'étreignit, elle sentit à travers son derme et le long de ses veines un lien indéfinissable qui les unissait depuis la nuit des temps. Sărzeghnet le perçut aussi en touchant l'âme de leur toute première Aspirante. Albiréo était plus qu'une simple Douée, en elle s'articulait une sœur cachée et ensevelie sous les méandres du Temps et de l'Espace. Lorsque toutes deux l'effleurèrent, l'une de chair l'autre d'esprit, les astres se mirent à danser sous sa peau lunaire pour s'aligner et ouvrir les portes d'un univers encore inconnu.
Mais tout cela, elles ne pouvaient encore le percevoir pleinement. De tout cela ne retentissait encore qu'une rumeur distante, un son rappelant celui d'une pièce jetée en l'air qui n'avait pas encore choisi de côté sur lequel retomber...

« Alors je te ramènerais une seconde fois. » Brisa la flamme incarnée.

Soucieuse de ne guère faire monstrance de son intérêt piqué à vif, la fëalocë se releva doucement et tâcha alors d'emporter la neishaane dans son élan, enserrant toujours la main de cette dernière dans la sienne. Elle la fit délicatement prendre place sur la chaise de laquelle elle eût chu plus avant et lui servit un verre d'eau non sans répugner à toucher ustensiles aussi vétustes. La princesse Ssyl'Sharienne avait cet avantage supplémentaire pour la ramener à sa cause : elle lui offrait la richesse et l'opulence dans son petit monde figé et seulement peuplé de professes ayant fait vœu de pauvreté.
Trop absorbée par cette découverte - à l'image d'un explorateur ébahi posant pied sur terra incognita -, Rūna ignora un bon moment les frissons qui lui parcourraient les flancs depuis qu'elle s'était défaite de son manteau, mais un tressaillement la fit trémuler plus violemment. Elle y vit un signe supplémentaire qu'il fallait déjà partir, sa chair toute entière la rappelant aux vents plus doux du Màr Tàralöm malgré l'hIver avancé.


Et, poussée par sons sixième sens l'alertant d'un danger ou d'une intrusion dans sa sphère, Rūna détourna le visage pour apercevoir dans un coin opposé de la pièce l'ombre immobile d'Ămtziri-Sūrya. Seules les deux Liées purent la voir.
Le spectre était là, le menton bas et prédateur, les bras le long du corps et muni d'une terrifiante absence d'expression sur son visage à peine dessiné. La forme entière issue des Limbes était peinte d'ébène et sans consistance, voilée par le simulacre d'une chevelure hirsute, animée en un voile semi-opaque qui laissait deviner les nervures de torchis entre les pavés de pierre grise formant l'angle derrière elle. Par sa condition, elle ne put ni parler ni bouger, rien ne pouvait l'impacter depuis son monde comme elle ne pouvait le rendre dans celui des vivants. Pourtant, l'air se fit immédiatement plus lourd et plus froid, les pâles lueurs de la pièce fuyaient l'ombre menaçante pour
se changer en une assommante pénombre.
Sărzeghnet s'inclina la première, brièvement, puis Rūna lui accorda un signe de tête reconnaissant. Ni l'une ni l'autre ne semblèrent effrayées, car après tout ce genre de scène était devenue quotidienne depuis plusieurs mois.
La Valherue prisonnière du Pays des Damnés n'était pas seulement apparue pour réclamer des remerciements, elle venait rappeler que ses présents avaient un prix. Albiréo avait une valeur inestimable, mais Ămtziri-Sūrya se contenterait de quelques pièces... Pour le moment.
Après un long regard entendu, le spectre disparut tel qu'il apparut, rendant la chambrée à ses apparats d'origine.
Rūna coula un regard sérieux à sa Liée puis se hâta soudainement.

« Albiréo. Je te laisse le temps dont tu as besoin pour rassembler tes affaires, ce que tu estimes strictement nécessaire à emporter. Je vais aller discuter avec tes supérieures concernant ton départ. »

Elle offrit un air teinté d'un vague soucis envers son âme-soeur, qui demeurait de marbre.

** Survivrait-elle ainsi à un passage dans l'Interstice ? **
** Non. **

La fëalocë ouvrit sa besace et y sortit quelques morceaux de poisson séché enveloppés dans un tissu ocre, une galette de pain et un coing. Tout en remettant en ordre sa tenue et l'anse de cuir de son sac sur son épaule, elle s'avança vers la porte puis ordonna, avant de quitter la pièce :

« Mange. Tu vas avoir besoin de toutes tes forces pour ce qui t'attend, et tu dois récupérer après ce que tu as subi. Nous avons peu de temps. »

Avant même d'avoir laissé le temps à sa toute nouvelle protégée de pouvoir répondre, Rūna s'éclipsa dans l'instant.
Sărzeghnet n'avait toujours pas bougé de sa place, debout à à peine un mètre d'Albiréo. Elle n'avait pas non plus cessé de la fixer, faisant bien peu cas de la mettre mal à l'aise ou non. L'Incarnate trépignait en silence de regagner sa véritable forme. Si tout cela n'avait tenu qu'à elle, elle aurait déjà enlevé la jeune fille depuis leur arrivée. Muée par un insidieux besoin de la rassurer cependant, elle daigna lui glisser quelques pensées. N'en déplaisait, en deçà de son absence à exprimer de la joie de façon conventionnelle, la Reine exultait. Elle avait senti le flot ininterrompu de prophéties de la Providence qui dévala l'âme de sa bipède, tout comme il dévala la sienne. Sărzeghnet était Oracle des Ténèbres, et en bonne oracle elle put voir avant l'heure ce jour arriver.

** Tu nous dois plus que ta vie, tu nous dois le Salut de ton âme. Saches que si tu viens avec nous, il n'y aura pas de retour possible. **

Ses orbes laiteuses luisirent d'un éclat d'étain, comme les yeux d'une lionne dans la nuit surpris par la lueur d'un flambeau.

** Mais saches que j'ai vu ton avenir. Il n'est pas ici, il dépérit entre ces murs. Ton futur est dans mon ombre et celle de ma Soeur, ton futur fera trembler la Déesse que tu vénères. En ton sang et tes entrailles vibrent les serments de la destinée par les lamentations de ceux qui te poursuivent.
L'heure n'est plus à la fuite, fillette, tu as en toi la force d'affronter des légions de spectres. **


Sărzeghnet inspira profondément, lentement, d'un calme impérial. Par delà son parler mystique et la froideur de son visage de craie, la neishaane pourrait ressentir qu'elle ne lui voulait aucun mal.
Du même ton qu'à l'instant, l'Incarnate sous sa forme d'emprunt poursuivit.

** Fais ce que t'a dit ma Soeur. Mange et rassemble tes affaires. Ne prends avec toi que ce qui te tient à coeur, tu auras tout ce dont tu as besoin là où nous allons. **    

***

A la seconde où elle franchit le pas de la porte, la Mère se fit Némésis.
Les ombres du visage de la fëalocë se durcirent subitement en un vol de corbeaux assombrissant un ciel de printemps. L'or apaisé et excité de ses iris se fit mer de lave dominée par les nuages de cendre de ses sourcils sévères, les angles de sa mâchoire crispée faisant office de rives pour cette rivière de rage. Elle fulminait mais contenait un tant soit peu sa colère par un déterminisme d'acier.
Elle bouillonnait tant que le froid s'évapora le long de son corps, ses pas alourdis par la colère résonnaient dans les couloirs austères de la Maison de l'Aube, réguliers et tintant comme le glas, comme la venue de la Grande Faucheuse elle-même pour s'emparer d'un butin. D'une certaine manière, il allait en être ainsi.
Rūna traversa divers corridors empruntés plus tôt, longea diverses pièces où un semblant de vie s'agitait sans se préoccuper des déplacements de la fëalocë. A la fois guidée par ses souvenirs et une inexplicable volonté, elle s'avança vers la pièce qui ne servait qu'à abriter le puits de la bâtisse. D'une oeillade jetée par dessus son épaule pour s'assurer qu'elle était seule, elle sortit de son sac une petite bourse de cuir fermée par un lien de la même matière. La Maîtresse Incarnate retira une épingle qui fermait le col de sa tunique et se piqua le doigt à l'aide de la pointe de celle-ci, faisant jaillir quelques perles de grenat qu'elle s'empressa de faire boire à son sac à sortilège.

« Sanar verdiğini vana geri veriyorûr. Aan laas fah aan laas.* » Murmura-t-elle en portant l'objet à sa bouche.
* Je te rends ce que tu m'as offert. Une vie pour une vie.


Rūna jeta le petit artefact rempli de diverses graines, baies, os et pierres au fond du puits. Celui-ci y coula instantanément jusqu'aux tréfonds du puits, apesanti par tout le poids de la malédiction qui désormais y couvait. Dès lors que de l'eau y serait puisée et bue, tous les membres du monastère dédié à Iolya périraient du fléau du feu sacré, épidémie ne laissant derrière elle que des corps terrassés par la fièvre et rongés par la gangrène. Une forme de peste ciblée qui ne laisserait pas périr ses victimes sans souffrir, comme la neishaane avait souffert.
Rūna ne faisait pas que venger Albiréo par les inactions des prétresses, elle payait sa dette à son ancêtre Valherue. Bientôt ici elle pourrait venir se repaître d'un festin d'âmes, offrande nécessaire pour la bénir du pouvoir que la fëalocë avait acquis, un pouvoir grandissant et terrible.
Ainsi, nul ne pourrait témoigner du mal inexplicable qui avait dévoré la jeune fille de l'Aube des années durant, ni plus que nul ne saurait rapporter la venue de Rūna et sa Liée pour l'emporter loin d'ici.

La Maîtresse Incarnate, à son tour effroyablement calme sous la confidence du drame qui arriverait dans les jours prochains, revint sur ses pas avec une mesure princière. Elle se dirigea vers l'office où se tenait la Haute Prêtresse et y entra une fois invitée, tout en fermant la porte.
Quelques échos de conversation retentirent de longues minutes durant, sans violence, puis la porte se rouvrit. La Haute Prêtresse tenait dans sa main une bourse pleine de pièces d'or et de pierres précieuses sans véritablement comprendre les tenants de leur échange.
Rūna allait devoir partir rapidement pour pouvoir emporter Albiréo sans faire d'esclandre.
La fëalocë put retrouver sa Liée en suivant les résonnances de son âme.

« Es-tu prête, Ma Fille ? Tout est en ordre, tu peux nous accompagner. Nous n'aurons guère le temps pour les au revoir, même si je suis certaine que tu leur laisseras un souvenir impérissable. Elle sourit doucement, avec tendresse, puis vint rabattre une mèche argentée derrière l'oreille de sa protégée, son inestimable trésor. En route ? »


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Albiréo Varpelis
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MessageSujet: Re: [RP] La dernière ombre   [RP] La dernière ombre Icon_minitimeLun 26 Oct 2020 - 21:58

*
*

« Alors je te ramènerais une seconde fois. »

*
Albiréo laissa ces mots valser dans son esprit alors que le timbre envoûtant aux accents de noblesse de la faëlocë glissait sur elle comme la promesse inexorable du temps qui court. Elle laissa ce fluide écoulement de sablier glisser sur sa peau et parcourir ses membres d'une chaleur nouvelle. Les flammes de son astre rouge insufflaient chaque centimètre de son être d'une vie fébrile, qui rendait éclat pour éclat. L'air qui emplissait ses poumons était tout imprégné de l'effluve capiteuse de la rose des sables. Albiréo n'avait pas idée du ciel qui l'attendait. Mais son échine courbée de perce-neige sentait la dure croûte de glace qui l'avait si longtemps maintenue en hiver se craqueler sous l'effet de cet astre inespéré. Encore aveugle à ce que le futur lui réservait, elle tentait de deviner ses couleurs dans le parfum de Runa. S'imprégnant de chacune de ses fleurs du Mal, imprimant chaque parcelle de son être de ses notes musquées et entêtantes. Déjà, son âme neishaane s'appliquait à apposer une mélodie sur chaque inflorescence et décortiquait ce qui tenait de la fragrance d'élégance, de celle qui était du caractère. L'odeur même de Runa luisait de l'éclat sombre du rubis, taillé avec étude et expertise afin de rutiler d'ombres et de sangs. Sa chevelure sinople la nimbait d'un léger nuage de henné et d'huiles ambrées, ses mains laissaient flotter quelques pétales d'ongants et la soie de ses vêtements déposait sur l'ensemble une caresse précieuse.
*
A ces trésors de raffinement s'insinuait la teinte sauvage, souple et implacable du puma. Tel était le prédateur magnifique qui l'enserrait de sa redoutable présence. L'éclat fauve qui allumait par instants le regard de sa nouvelle protectrice ne fit que fasciner davantage la prêtresse de l'Aube. Au plus profond sourdait une fragrance magmatique, à l'indéfinissable tambour. Alba buvait cette présence avec suavité, inclinant la coupe de ce breuvage épicé à deux mains vers ses lèvres immaculées.
*
Albiréo n'éprouvait à cet instant aucune gêne à l'idée que l'impression que lui faisait l'Ardente ne soit perceptible. Ce genre de considération lui était parfaitement inconnue et elle livrait le ressac étoilé de ses émotions sans détour. Elle était fascinée, absorbée, et curieusement aucune crainte ne l'étreignait. Au contraire, elle sentit un calme brûlant, redoutable se déposer sur son âme. Cette plénitude, elle la devait à la confiance aussi absolue qu'inexplicable que lui inspirait cette créature aux yeux d'or. Elle lui était dévouée dès lors, corps et âme. Loin pourtant de se sentir emprisonnée par un lien de servitude ou de considération aveugle. Bien au contraire, elle sentait les flots impétueux de sa conscience laper avec énergie les cloisons d'un univers au bord de l'éclatement. Ses ailes atrophiées goûtaient la caresse d'un jour nouveau, vibrantes de rosée.
*
Mais la noble créature ainsi que sa compagne lunaire détournèrent d'un même mouvement leur attention vers un angle sombre de la pièce. Sans doute Albiréo avait elle plongé trop longtemps ses yeux dans le regard embrasé de Runa car l'engoncement vers lequel les deux femmes portaient leur attention lui parut d'une noirceur opaque. Une impression curieuse saisit son buste, comme s'il était soudainement plongé sous une masse d'eau froide, oppressant sa cage thoracique dans un étau. Albiréo étouffa une quinte de toux, observant le curieux comportement de ses hôtes sans pour autant briser un silence chargé. Il était évident qu'il se passait quelque chose et sans en identifier la cause, elle sentit son épiderme se dresser comme sous l'effet d'une peur ancestrale, animale, instinctive. Cela ne dura que quelques secondes aussi lourdes que des coups de cloches qui laissèrent leur résonnance muette dans tout son squelette.
*
Runa se retourna vers elle, impassible, et l'air retrouva sa légèreté en un claquement de doigts. Albiréo, cramponnée à son siège et étourdie par la déflagration d'origine mystérieuse qui l'étourdissait encore levait vers elle un regard soucieux et interrogateur. Mais la princesse du Ssyl'Shar n'y prêta guère attention, visiblement pressée d'agir. La jeune prêtresse de l'Aube accueillit ses denrées et le départ soudain de sa noble dame d'un air abasourdi. Du moins jusqu'à ce qu'un frisson ne lui rappelle la présence opalescente de Sărzeghnet qui fixait sur elle ses yeux d'outre-tombe.
*
*
La Seconde d'Iolya avait été frappée par le contraste qui opposait Runa à sa comparse mais elle ne prenait que maintenant le temps de l'observer dans le détail. Cette longue ombre blanche découpée à la serpe semblait tout droit sortie d'un conte. Autant Runa était irréelle tant sa chair irradiait de puissance de vie, brûlante, volcanique. Autant Sărzeghnet se dérobait au véritable, semblait de la consistance du reflet, mue par une brise ou le ressac d'un autre monde, telle une augure spectrale. Sa silhouette humanoïde semblait plus tenir de l'invocation que de l'organique et pourtant sa présence dégageait une densité hors du commun. Albiréo ne se sentait pas particulièrement en danger mais son corps entier était sous tension face à ce condensé de surnaturel.
*
** Tu nous dois plus que ta vie, tu nous dois le Salut de ton âme. Saches que si tu viens avec nous, il n'y aura pas de retour possible. **
*
Albiréo sursauta. Elle n'avait pas descellé les lèvres et pourtant la jeune femme entendit très distinctement sa voix résonner dans sa tête. C'était la première fois que Sărzeghnet s'adressait à elle ainsi, seule à seule. Elle était habituée aux intrusions de ce genre mais c'était la première fois qu'elle saisissait des mots articulés avec netteté, sans la moindre émanation parasite. Ses pupilles se dilatèrent, saisies par l'étonnement.
*
** Mais saches que j'ai vu ton avenir. Il n'est pas ici, il dépérit entre ces murs. Ton futur est dans mon ombre et celle de ma Soeur, ton futur fera trembler la Déesse que tu vénères. En ton sang et tes entrailles vibrent les serments de la destinée par les lamentations de ceux qui te poursuivent.
L'heure n'est plus à la fuite, fillette, tu as en toi la force d'affronter des légions de spectres.
**

*
Après tout cela, Albiréo n'avait guère pris le temps de réfléchir à ce à quoi elle s'engageait. Elle avait suivi une ligne évidente, un fil stellaire dont la nature sacrée était si incontestable que tout son être avait répondu par la positive. Il n'avait pas été question d'assentiment mais d'une certitude éclatante. Curieusement, Sărzeghnet la ramenait la réalité, une réalité qui était sienne d'ailleurs. Albiréo inclina la tête en avant, les yeux consultant son propre esprit. L'apparition de ces deux créatures avait littéralement changé son centre de gravité, reléguant la Maison de l'Aube, sa vie chargée de devoirs et de rituels, de constance et d'abnégation loin en arrière plan. Elle ne songeait pas pourtant à questionner cela. Ce craquèlement de conscience avait suffit à faire chanter un espoir extraordinaire, un chant si longtemps omis et étouffé qu'il lui était absolument impossible d'y résister à présent. Et si tout cela trouvait enfin son sens ? Toutes ses cellules bouillonnaient de la conviction que Runa et Sărzeghnet étaient la clé. Cependant elle ne pouvait nier que l'idée de non-retour la tiraillait.
*
La Haute Prêtresse lui avait un honneur certain en la formant à prendre sa suite. Si elle partait, le fruit de ses efforts s'envolerait. Et puis, de manière purement objective, Albiréo avait tout à fait conscience qu'aucune de ses pairs ne saurait gérer cette Maison comme elle-même. Elle y avait grandi, vécu et parcouru tous les secrets, assimilé tous les usages, paré tous les imprévus. Chaque fibre de son esprit avait été forgé pour incarner et diriger les murs d'Iolya. Albiréo était mue par un sens aigu du devoir et se dérober à sa fonction ne pouvait la laisser platement indifférente. Elle n'avait aucune explication concernant l'apparition de ces deux énigmatiques créatures dans sa vie pourtant leur simple présence était pour elle de la nature de l'épiphanie. Saisie par l'implacable lumière, aucune parcelle de son être ne pouvait ignorer qu'elle n'était pas faite du même métal que les servantes de la Lune Mauve. Elle était face à la seule et unique occasion de sa vie d'être quelqu'un d'autre. De se couler hors de ce mirage d'elle-même. Albiréo empoigna ses mains l'une dans l'autre et les plaqua contre son front, prenant une inspiration longue...et résolue. Avec limpidité, comme si elle suivait tranquillement le mouvement de ses pensées, Sărzeghnet déclara :

** Fais ce que t'a dit ma Soeur. Mange et rassemble tes affaires. Ne prends avec toi que ce qui te tient à coeur, tu auras tout ce dont tu as besoin là où nous allons. ** 
   
Un mince sourire étira les lèvres au délicat rose fané de la neishaane. Sa sœur ? Elle ne voulut pas pourtant laisser son esprit alourdir son cœur de plus amples questions. Aussi se leva-t-elle, s'avança-t-elle et se saisit-elle avec douceur de la longue main de Sărzeghnet, puis l'effleura de son front dans un geste empli de respect. Ce geste, elle ne l'avait eu que pour une personne : la Haute Prêtresse de l'Aube. Ainsi dénouait-elle son serment pour en nouer un autre. Elle leva vers la créature aux yeux sélénites son âme oiseleuse, traversée par une envolée sauvage, puis inclina-t-elle légèrement la tête avant de s'éclipser à son tour.
*
*
*

***
*
*

*
Albiréo parcourut sa chambre délestée de ses menus effets d'un dernier regard, caressant affectueusement le petit secrétaire de bois brut sur lequel elle avait couché tant de science et d'âme qu'il devait en être encore tout imprégné. La lueur blafarde de l'hiver versait un sépia nostalgique, figé comme une image sur sa couche, sa bibliothèque et ses quatre murs désormais nus de papiers griffonnés d'arpèges. L'ensemble de ses effets tenait dans un sac en bandoulière : ses plumes, une bouteille d'encre, ses feuillets de musique, son instrument, son carnet de notes, une quelques menus vêtements et nécessaires de toilette, une pharmacie sommaire, son coutelas et un fagot de bougies.
*
Elle était assise sur son matelas de plumes qui représentait seul luxe permis par son statut de Seconde de la Maison. Albiréo contemplait la petite statuette d'améthyste à l'effigie de la déesse lunaire qui veillait sur le tabouret à côté de son lit. Cela constituait son plus grand trésor, offert par la Haute Prêtresse en personne en lieu et reconnaissance de sa qualité de Seconde. Elle la caressa d'une main tremblante, craignant presque que son contact ne la brûlât. Mais il n'en fut rien, elle était aussi froide et immuable que d'ordinaire. Elle en ressentit un curieux soulagement.
*
« Pardonnez-moi, Ô Dame. Vous qui connaissez le dessein des astres, cette bifurcation curieuse ne doit pas vous affecter. Puissiez-vous veiller sur cette Maison et bénir celle pour qui mon éclipse sera une chance, adoucir la charge de celles pour qui elle sera une charge, Douce Iolya. Alors...Adieu. »
*
Elle déposa un baiser sur la tête de la statuette, ouvrit la porte, amorça un dernier regard, puis se ravisa. La porte se ferma sans bruit sur ce destin. Ce, juste avant qu'une tache sombre ne s'infiltre et se propage, lentement, très lentement, au cœur de l'améthyste clair.
*
*


*
*

Albiréo retrouva Sărzeghnet, toujours droite et imperturbable dans sa ténébreuse luisance. Elle poussa un soupir, soulagée que son ange obscur ne se soit pas volatilisé, et lui sourit timidement. Elle avait revêtu de large bottes fourrées et lacées jusqu'au genoux, un manteau épais à capuche et enfilé des moufles montantes. Qu'importe où elles iraient, il leur faudrait bien traverser l'hiver mordant du Vaendark. Runa franchit le seuil dans un froissement princier, irradiant l'espace de sa présence flamboyante. Les joues d'Albiréo rosirent comme à l'approche de l'âtre.
*
« Es-tu prête, Ma Fille ? Tout est en ordre, tu peux nous accompagner. Nous n'aurons guère le temps pour les au revoir, même si je suis certaine que tu leur laisseras un souvenir impérissable. En route ? »
*
Son cœur battait terriblement alors que Runa lui offrait ce geste simple et tendre auquel elle avait si peu goûté. Elle battit des cils sans pourtant la quitter des yeux, l'émotion chariant son regard myosotis d'une nuée de morphos, froissant quelques larmes roses au coin de ses yeux...n'osant pour autant encore l'appeler « Mère », elle déglutit et retrouvant une contenance déterminée elle roula de sa voix minérale :
*
« Oui, Madame, je suis prête. »


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MessageSujet: Re: [RP] La dernière ombre   [RP] La dernière ombre Icon_minitimeJeu 29 Oct 2020 - 0:44


L'extrême compliance de la neishaane était une berceuse fredonnée faisant écho entre les monts d'une terre désolée, un baume résultant d'un incroyablement long et minutieux enfleurage des pétales les plus délicats et riches en fragrance. Là où dans le coeur de la fëalocë régnaient ombres et flammes, une place fut immédiatement faite pour accueillir avec une même réciproque félicité la douceur de ce papillon évanescent comme un mirage, posé là sur son palpitant telle la première fleur émergeant des cendres funestes d'une lande ravagée par un ardent brasier. Une étrange valse se dessinait entre ces deux comètes radicalement opposées mais invariablement attirés par une singulière gravité, une danse digne de l'étreinte du tonnerre et ses éclairs, de l'océan et ses marées, de l'ouragan et sa pluie ravageuse.

En son âme et conscience, Rūna pressentait déjà la puissance du lien qui l'unissait à Albiréo, depuis la Nuit des Temps. Etait-ce par un passé commun aux ancêtres nommés dans la dynastie taboue des survivants du Màr Agarwaen ? Le Kaerl des Etoiles transcendait la logique et le palpable ne serait-ce que par son nom ou son Histoire. Dans le fond, sur cette toile dépeignant la mer stellaire d'où émergea une Magie nouvelle, tous ses astres dispersés demeuraient liés par delà les affres du Temps et de l'Espace, qu'ils le voulaient ou non, en une nébuleuse à la fois maudite et magnifique.
L'arrivée d'Albiréo dans l'existence de la fëalocë était une éclaircie dans la tempête, une profonde goulée d'air après une d'éternité à s'être noyée dans des abysses aux vagues constituées d'une opaque fumée, elle était la percée d'une étoile dans un ciel d'encre, un chemin dégagé et net dans une forêt invisitée par l'Homme.
Mais évidemment, martelée par la rationnelle sévérité de l'âme de sa Liée, elle tâcherait de se montrer patiente et observatrice avant de s'ouvrir pleinement à l'égard de sa toute nouvelle protégée. Sărzeghnet, elle, avait vu l'esprit de la neishaane, et sous la charmante corolle de pétales d'un rose poudré sublimé par quelques gouttes d'aiguail et d'épars flocons de neige, la fleur abritait un serpent en son sein.    

Les doigts de la fëalocë s'attardèrent à effleurer quelques mèches du blond polaire de la neishaane, comme si cette interaction avait la capacité à figer la course du soleil. Les fils de soie lunaire glissaient entre ses griffes dissimulées par des gants ostentatoires à la beauté de ses mains, si purs et si virginaux dans cette mane recouverte d'un cuir sombre, parfaite évocation d'une symbolique forte opposant dans les grandes lignes le Bien et le Mal. Ses cheveux de platine se reflétaient aux lueurs du jour comme des éclats de miroir atteints par un chaste baiser de lumière, comme de jeunes pousses d'Artemisia schmidtiana s'insinuant entre d'épais rameaux de ronces noires aux épines acérées.
Les mains de Rūna, de Sărzeghnet, d'Ămtziri-Sūrya réunies en une seule, déposaient quelques bribes de destinée sur la couronne d'or blanc qui ceignait le doux visage d'Albiréo.
Rūna lui souriait toujours, mais plus sans réelle prédation. Un souffle nouveau, chargé d'un Espoir salvateur, la faisait inspirer et expirer lentement alors qu'elle couvait un regard maternel sur la neishaane.

« Oui, Madame, je suis prête. »

Ainsi cessa, avec beaucoup douceur, leur première danse, en présageant de nombreuses autres à venir. A l'instant même où la jeune fille termina son élocution, les phalanges de Rūna se resserrèrent à peines sur ses mèches d'un blond argenté sans les agripper pour autant, ne faisant que s'emparer des monceaux d'âme qui y voletaient avec autant de grâce que les chimères créées par son chant profond et juste. Elle ressentait, depuis toujours, le besoin de toucher ce qui l'entourait. Mais la toucher elle était une absolue nécessité pour vérifier la réalité de son existence et de sa chair, pour vérifier qu'elle n'était ni un spectre ni un rêve tant toute son entièreté semblait modelée dans un halo de lumière pâle, de celui qui accompagnait la silhouette d'un fantôme à l'esprit apaisé.
La Maîtresse Incarnate acquiesça d'un vague signe de tête alors que sa main se détacha enfin d'Albiréo, ses orbes d'or s'éternisant quelques secondes de plus à la surface des siens, mêlant la floraison des myosotis aux ailes d'un lysandras bellargus.

Rūna, après une ultime oeillade entendue, s'avança la première pour quitter les lieux et ouvrir le chemin menant à Tol Orëa. Sărzeghnet suivrait la neishaane en fermant la marche, tant pour l'empêcher de se raviser et reculer que pour s'en servir de guide dans ce dédale de pierre et de psaumes.
Albiréo pourrait y croiser, pour la toute dernière fois, quelques visages de ses Soeurs, quelques visages de ses pèlerins. Rūna ne l'empêcherait pas de leur adresser quelque mot d'adieu, veillant seulement à ce qu'elle n'en dît trop.

Dans le calme et une mesure calculée, empruntant le même trajet que pour arriver jusqu'à leur précieux trésor, Rūna et sa Liée rebroussaient chemin en emportant avec elle bien plus que ce qu'elles espérèrent trouver. Le coeur de la fëalocë s'emballait avec allégresse et un énigmatique sourire égayait son visage raidi par le froid de ces terres antinomiques à tout son être. Etonnamment, elle ne grelottait plus. Au delà du fait d'avoir pu revêtir son manteau de fourrure, autre chose l'enveloppait pleinement en irradiant de chaleur jusqu'à ses os, une chose qu'elle ne parvenait pas encore à nommer mais qui la rendait viscéralement fière du travail accompli depuis qu'Alauwyr l'avait emmenée pour la première fois sur la Terre de l'Aube.
Alors qu'elles passèrent le perron, portail personnifiant le pas entre un ancien monde et un nouveau, la Maîtresse Incarnate croisa quelques prêtresses qui suivaient Albiréo d'un air à la fois contrit et méfiant. Elle ouvrit la bouche, répandant un venin bien dissimulé sous la sympathie manipulée de son verbe qui s'envolait en l'air par les fumerolles blanches qui trahissaient la froideur de ces contrées coupées du reste du Monde.

« Ce fut un plaisir de toutes vous rencontrer. Adieu, mesdames, puisse la Déesse veiller sur vous. »

Sans leur concéder la moindre révérence par toute la vertu de son propre rang de princesse, elle passa un bras le long du dos d'Albiréo pour mieux l'inciter à poursuivre leur pérégrination vers la clairière éloignée où Sărzeghnet put se poser sans être vue. Rapidement, les pins autour d'elles trois se firent plus nombreux, assombrissant quelque peu le sentier tracé à force du passage des Hommes et des animaux du sous-bois. Leur avancée se fit vraisemblablement dans le silence, un silence seulement ponctué du bruit du manteau d'épines, de branches et de gravillons qui s'indignaient d'être ainsi dérangés par leurs pieds.
Sărzeghnet semblait se hâter, si pressée de quitter cette forme impure, indigne de sa magnificence, allongeant son pas déjà plus grand que celui de sa Liée par l'enveloppe humanoïde de haute stature qui était sienne.
Quelques oiseaux s'envolèrent çà et là, prévenant leurs congénères du danger par des piaillements stridents et de vifs coups d'ailes qui les menaient de cime en cime, faisant choir en pluie la neige qui s'y était accumulée et que l'Incarnate n'avait pas soufflée lors de son atterrisage.
Après une marche d'une quinzaine de minutes, quelque peu essouflée, Rūna reconnut ladite clairière. Alors que Sărzeghnet doubla Albiréo pour en atteindre le centre, la fëalocë balaya les lieux d'un regard inquisiteur digne d'une lionne en chasse. Ecoutant longuement le silence qui régnait - autre que les tintements de la nature brute autour d'elles -, tout laissait à penser qu'elles étaient seules et sommairement en sécurité.
Rūna reprit son souffle puis fit face à Albiréo.

« Lors de ta perdition entre rêves et illusions, tu as vu une créature peinte de sang. Cette créature existe bel et bien, elle est devant toi mais sous une forme d'emprunt, car le commun des mortels ne peut accepter son existence sans y voir une menace. Ce que tu as vu, c'est ma Soeur, Sărzeghnet, une dragonne du rang le plus prestigieux qui soit : une Reine Incarnate. Elle vient de cette terre dont je t'ai parlée, par delà les océans et les continents connus. Là-bas, elle règne sur les cieux avec nombre des siens. »

La Maîtresse Incarnate lui laissa le temps nécessaire pour recevoir ces informations, les yeux rivés aux siens pour y lire les signes et les éclats qui éclaboussaient les domes brillants de ses opales d'un bleu pastel.

« Tu peux me faire confiance. Tu dois me faire confiance. Une fois que tu l'auras vue telle qu'elle est réellement, ton existence toute entière prendra un autre sens, comme je te l'ai promis.
Essaye de rester calme. Ne hurle pas. Ne prends pas la fuite. Tu es en sécurité. Avec nous, tu le seras toujours. »
Ordonna-t-elle, insista-t-elle, l'or brûlant de ses iris dardé sur la neishaane comme une louve avisant un lynx.

Rūna leva la tête vers sa Liée qui ne réclamait pas son reste pour quitter ses habits de bipède.
Délicatement, la princesse Ssyl'Sharienne attrapa une main de la neishaane pour la faire reculer en même temps qu'elle.
Les yeux laiteux de Sărzeghnet fustigeaient eux aussi Albiréo avant que toute l'entièreté de son corps ne fut enveloppée d'une bourrasque grisâtre rappelant la fumée d'un feu de bois humide. Elle tournyait autour d'elle comme une tornade paresseuse, soulevant les branches des sapins alentours qui se départissaient de leurs pommes, agitant les dernières feuilles des mûriers , faisant rouler quelques éclats de roche répandus sur le sol gelé. Puis une ombre apparut, peinte de sang, comme promis aussi.
La Reine Incarnate déroula son long cou galbé qui laissait dominer une gueule magestueuse et terrifiante, secouant brièvement un crâne anguleux et serti de pointes. Sărzeghnet ouvrit ses ailes, grondant d'aise de pouvoir enfin les dégourdir tout comme sa longue queue qui frappa durement la terre froide sous elle. Son souffle rauque, profond, bestial, entamait un cycle apaisé qui avait le don de calmer sa bipède, toujours aussi ébahie face à la beauté de cet être à l'âme par qui elle était unie jusqu'à la Mort, et au delà.
En dépit de la taille conséquente de la sommière, Sărzeghnet y était à l'étroit, mais n'en demeurait pas moins enfiévrée de fierté.
Curieuse de la réaction d'Albiréo, Rūna riva toute son attention sur sa pupille. Pas une seule seconde elle ne l'imaginait fuir, prendre ses jambes à son cou pour mieux rejoindre sa prison ecclésiastique. Mais qui pouvait prédire de ce qu'elle allait ressentir lorsqu'elle poserait pour la première fois ses yeux sur un dragon ? Son Don semblait incroyablement puissant bien qu'étouffé par des années de torture, elle ne pouvait pas fuir. Rūna la tuerait ou bien sa Liée la dévorerait si tel était le cas...

Un vague souvenir lui rappela sa première rencontre avec l'un d'eux, Estenir, l'Empereur Noir lié à Alauwyr Iskuvar. Il était apparu par une nuit de chaos et de sang sous le couvert d'un ciel étoilé et pur propre au Ssyl'Shar. Rūna n'avait éprouvé aucune peur, plutôt une fascination maladive, absorbée à détailler la silhouette du saurien comme s'il s'agissait d'un souvenir qui appartenait à ses ancêtres mais qui ne lui était pas propre. Elle l'avait suivi en compagnie de son bipède, de tout son corps et toute son âme. Aujourd'hui, elle se tenait fièrement aux côtés d'une Reine Incarnate bénie d'une lignée ancestrale, qu'importait sa tare, une particularité que Rūna ne remarquait même plus.


** Je suis là. Vois-moi. ** Récita-t-elle avec le magnétisme d'un oracle, avec l'écho d'une poétesse d'une époque oubliée.

Entre le vert terne des épines de pins, le gris terne de la roche, le brun terne des troncs et du sol clairsemé de neige, elle apparaissait comme un rubis dans la poussière, comme une trainée de sang sur la glace, comme une rose éclatante sur une stèle au nom effacé par le temps et l'âge.

« Voilà ce que nous t'offrons, au delà de t'aider à résoudre les énigmes que posent tes démons. Toi aussi quelque part t'attend une Liée, la moitié d'âme qu'il te manque pour enfin Être, pour enfin te sentir complète, pour enfin exister. Libre à toi de t'en retourner d'où tu viens, dans ce vide gelé, ce goufre dont nous t'avons extraite à peine en vie. Mais je ne viendrai pas une seconde fois, tu redeviendras le jouet de ce qui te hante. Tu mourras sans avoir embrassé ton destin, tu mourras l'esprit mis en pièce par tes spectres, tu mourras car nous n'aurons pu te sauver. »

** J'effacerai ta mémoire et tu auras tout oublié. Ta vie ne sera plus qu'une immensité sans astres, sans étoile rouge pour te guider dans le néant. **

Rūna et Sărzeghnet toisaient Albiréo, peut-être menaçantes par leurs paroles mais aucunement dans leur attitude. La Reine replia dignement ses vastes ailes et s'asseya lentement, l'expression impassible mais le regard incroyablement profond, assombri par son ambition certaine à ne pas la laisser se dérober à son destin.
Les orbes pétillantes de la fëalocë observaient avec excitation et appétit les choix à venir de celle sur qui elle avait dévolu son plus virulent espoir.

« Quelle est ta décision, petit perce-neige ? Prendre ton envol ou creuser ta tombe ? »

Chaque mot était choisi, étudié, pesé. Rūna avait tout à fait conscience de la nature percutante de ses propos. Soit Albiréo venait avec elle, soit elle périrait, par la force du temps ou par sa main.


.:: Qu'ils nous haïssent pourvu qu'ils nous craignent ::.
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Albiréo Varpelis
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MessageSujet: Re: [RP] La dernière ombre   [RP] La dernière ombre Icon_minitimeMer 2 Déc 2020 - 23:20

Albiréo avait emboité le pas de sa nouvelle protectrice tandis que derrière elles la silhouette étirée de la dragonne glissait telle une ombre sur les dalles grises. L'ondulation de basilic de Runa, la légèreté de ballerine d'Alba et le glissement spectral de Sărzeghnet formait un ballet aussi étrange qu'hypnotique. Aussi peu assorties qu'elles pussent paraître, elles formaient ensemble une constellation envoûtante. Respectant chacune l'espace dévolu à l'autre, libres de leurs mouvements et de leurs différences, elles avaient la beauté du contraste pur. Loin de s'éclipser, elles ne se rendaient que plus dangereusement attrayantes, chacune révélant chez l'autre ce qu'elle avait de totalement hors du commun. Leur trio, brûlant de sa naissance toute neuve attira inévitablement toutes les poussières d'étoiles qui étaient à sa portée. Les prêtresses suivirent le mouvement, tenant une distance mi-respectueuse mi-craintive, levant un murmure de plus en plus bourdonnant derrière la triade.
*
« Tu as entendu ?
- Dame Varpelis est donc bien sur le départ !
- Un voyage ?
- En plein hiver ?
- Le bruit court qu'elle ne s'en reviendra pas...
- Impossible ! »


Bien qu'impressionnées, les orphelines s'embarrassèrent moins de ces usages et s'encourageant les unes les autres, trottinèrent avec empressement aux abords des trois étonnantes Moires. L'aura de glace carbonique que dégageait la dragonne les tenait d'instinct à distance mais l'inconscience les ramenait toujours plus près de leur institutrice. Albiréo sentit un poids énorme lui étreindre le cœur. Qu'avait-elle imaginé ? Qu'elle pourrait quitter cet endroit sans un regard, sans un adieu et passer au chapitre suivant sans en ressentir la moindre éraflure ? Quel qu'ait été cet endroit à ses yeux, tantôt l'enclos de toutes les félicités, tantôt celui des souffrances et de l'aliénation...Elle en était entièrement imprégnée. Elle avait écrit chacune des pierres de cette Maison, chacune de ses fissures, chacun de ses trésors. L'odeur de fonte chaude et de braises ronronnantes des cuisines, le parfum de saponaire des cuves à linge, la joie pure et simple que jetait le blanc éclatant des draps propres sur l'été anis et azur de la montagne. Tout cela était inscrit par fragments épars dans son petit carnet recouvert de tissu, en notes entrelacées. Quel crayon de bois aurait pu les contenir ? Quels feuillets ? Les notes de musique s'allumaient une à une, lumineuses, douloureuses, extatiques,  juste sous sa peau. La tristesse se mêlait une joie étrange, jamais encore éprouvée. Alba s'était toujours sentie investie de son rôle de Seconde Prêtresse, et capable somme toute. Mais elle n'avait pas pris conscience de l'influence qu'elle avait eue sur les habitantes de l'Aube, toutes imprégnées d'elle.
*
L'âme quitte la Maison.
*
Les notes s'allument une à une sous sa peau en un chant  silencieux. Albiréo se déploie. Un frisson délicieux lui parcourt le dos, crépite le long de ses omoplates et brise les chaînes éthériques. Alba se se sent portée par de majestueuses ailes. Elle se sent immense, comme la lumière. Ses peines ne pèsent plus rien, la plante de ses pieds bourdonne, une force semble les repousser du sol. Elle se penche, irradiant ses petites galopines d'un regard où la passion et la paix dévalent en torrent.
*

« Je suis si fière de vous. »

*
Emerveillées, les petites chérubines ne songèrent plus à son absence. Inondées par ce feu de joie inattendu, elles rirent aux éclats, enlacèrent ses bras, son cou, dansèrent autour d'elle et ne songèrent plus qu'à sa grande aventure. Si habituées à vivre les unes au travers des autres, au cœur de l'immense solitude du Vaendark et de cette Maison de pierre, les Sœurs de l'Aube tissent un lien d'empathie tout à fait unique. Longtemps elles raconteront son départ et imagineront ensemble les suites merveilleuses de ce grand voyage...Celui dont, au fond, elles rêvent toutes. Alba les serra une à une dans ses bras, un sourire si entier et confiant aux lèvres, pour elle-même comme pour ses protégées, qu'aucune ne songea à la retenir. Les prêtresses, bien que touchées par le bonheur palpable de leur Seconde ne purent longtemps écarter les nuées inquiètes qui assombrirent leur front habituellement libre de tous soucis. Mais Albiréo n'y vit que l'étreinte du devoir, la charge que son départ déposerait sur chacune de leurs épaules.
*

« Tout ira bien. Vous êtes prêtes. »

*
Albiréo n'affabulait pas. Si ses chants de neishaane étaient capables d'invoquer tous les mirages de l'esprit, son verbe parlait droit et net, ni plus haut ni plus bas que ses véritables pensées. Cette caractéristique donnait beaucoup de poids à chaque mot qu'elle adressait à ses condisciples : si Albiréo les pensait accomplies, elles l'étaient. Cette foi agita leurs rangs, qui se balancèrent agréablement d'avant en arrière. Telle était son influence...dans l'enchantement, ou le mensonge, comme dans la vérité. Une épée aux deux tranchants tout à fait semblables. Elle les couvrit de cette confiance sans équivoque puis pencha la tête en avant, paupières closes, adressant une bénédiction à tout ce qu'elle laissait derrière elle, suivie en retour par les prêtresses et orphelines. Alors qu'elles relevaient mutuellement un regard serein et empreint d'émotion, Alba aperçut une ombre familière se profiler derrière la fenêtre du Siège de la Haute Prêtresse. Son front se plissa légèrement mais elle ne quitta pas le regard qu'elle devinait derrière la vitre opaque. Un doute, ou plutôt un pressentiment passa une aile de corbeau fugace, un croassement de mauvaise augure dans son esprit. Elle apposa sa main contre son front et l'adressa vers l'ombre découpée puis, suivant la poussée douce et ferme que la main de Runa appliquait dans son dos, elle se retourna pour ne plus regarder en arrière.
*
*

***
*
*

La jeune prêtresse s'étonna de suivre une pente ascendante. Rien d'autre qu'une nature brute ne surplombait la Maison de l'Aube. Pourtant, elles s'enfoncèrent dans les sous-bois sombres et épineux qui se dressaient sur la crête rocheuse. Devant elle, Runa avançait tel un navire fendant les eaux. La curiosité la piquait mais elle aimait encore davantage les surprises, ainsi la neishaane se laissa-t-elle paisiblement bercer par l'ondulation carmine de la chevelure de sa toute nouvelle protectrice. Ses rêveries vermeilles furent perturbées par la silhouette de Sărzeghnet qui se profila à sa gauche, gagnant le centre d'une clairière en un froissement de cape. Albiréo qui ne s'était pas aperçue de cette ouverture naturelle fut surprise par la clarté soudaine et protégea ses yeux clairs d'une main posée en visière. Au même instant, Runa lui fit face et les poumons de la prêtresse de l'Aube se gonflèrent d'admiration. Blanche et sanguine, elle lui faisait l'effet immaculé et fauve d'un léopard des neiges...
*
« Lors de ta perdition entre rêves et illusions, tu as vu une créature peinte de sang. Cette créature existe bel et bien, elle est devant toi mais sous une forme d'emprunt, car le commun des mortels ne peut accepter son existence sans y voir une menace. Ce que tu as vu, c'est ma Soeur, Sărzeghnet, une dragonne du rang le plus prestigieux qui soit : une Reine Incarnate. Elle vient de cette terre dont je t'ai parlée, par delà les océans et les continents connus. Là-bas, elle règne sur les cieux avec nombre des siens. »
*
Oui, elle se souvenait parfaitement de la formidable créature qui avait dressé sa silhouette immense aux côtés de sa rouge enchanteresse.
*
« Une dragonne... »
*
murmura la jeune femme dans son épaisse capuche fourrée. Elle s'appliqua à chercher une résonnance à ce terme dans son esprit mais parmi les nombreux bestiaires des créatures existantes sur Rhaëg qu'elle avait pu parcourir, aucun n'avait jamais fait mention de dragonnes. Le Panthéon des dieux demeura tout aussi silencieux à ce sujet, même les légendes dont elle avait eu connaissance ne lui livrèrent aucune information. Elle n'avait jamais rien entendu ni rien vu de semblable. Son esprit analysa ces données en une fraction de secondes, en tandem son sang bouillonnait étrangement. Elle était angoissée de n'avoir absolument aucune référence à ce mot qui roulait sur sa langue avec insistance et...plaisir. Son esprit demeurait vide de toute analogie mais son corps, lui, semblait le reconnaître. Albiréo, désorientée par cette sensation double apposant ce qui est parfaitement reconnu de ce qui est totalement inconnu scrutait les pupilles aurées de Runa en bondissant de l'une à l'autre. Une Reine Incarnate. Cela pouvait signifier tant de choses ! Ainsi il en existait d'autres ? Quelle était cette terre inconnue ? Où était-elle ? Était-ce là qu'elles l'emmenaient ?
*
« Tu peux me faire confiance. Tu dois me faire confiance. Une fois que tu l'auras vue telle qu'elle est réellement, ton existence toute entière prendra un autre sens, comme je te l'ai promis.
Essaye de rester calme. Ne hurle pas. Ne prends pas la fuite. Tu es en sécurité. Avec nous, tu le seras toujours. »
 

*
Albiréo tâcha de calmer son agitation intérieure. Présentement elle débordait trop de questions et ne comprenait pas suffisamment où Runa voulait en venir pour songer à avoir peur. La prêtresse était habituée aux formules symboliques et spirituelles ainsi qu'à certaines formes de miracles. L'idée d'un « prodige » ne l'inquiétait guère car elle avait assisté à des guérisons et des « métamorphoses » prodigieuses. Les révélations, les extases mystiques avaient «transformés» plus d'un commun sous ses yeux. La prêtresse de l'Aube aposait le langage de la princesse du Ssyl'Shar à celui qu'elle pratiquait jusqu'alors. Rassurée et confiante elle l'était donc, de par la foi qu'elle accordait à son nouvel astre et la compréhension qu'elle pensait avoir. Elle n'imaginait pas la matérialité de ce Runa tentait de lui faire comprendre. Elle était secouée de questions, d'intrigues, mais pas de craintes. Elle inspira profondément, plongeant le lac agité de ses yeux dans les flammes ondoyantes de ceux de Runa. Si Albiréo peinait face aux assauts furieux des limbes sur son esprit, elle maîtrisait parfaitement ses autres arcanes. Elle n'eut qu'à s'enfoncer dans les flammes pour pousser d'un seul soupir les multiples trépidations qui secouaient son mental. Pour s'affranchir de son esprit, comme si elle avait décidé de retirer son manteau. Olympienne et souriante, elle acquiesça et étreignit chaudement la douce main de la fëalocë.
*
Ensemble elles s'écartèrent, tombant sur les opales évanescentes et implacables de Sărzeghnet. Albiréo laissa cette vision se perdre en elle, calme, comme l'eau du lac reçoit la lune immense. Un vent sorti de la faille d'un autre monde se leva, écartant d'abord les feuilles et brindilles aux alentours de Sărzeghnet puis la recouvrant d'une opaque brume cendreuse. Sa force centrifuge attira les branches, les fruits ligneux des conifères et même les débris de roche qui jonchaient le sol. Elle absorbait et se gonflait telle une lente spirale océane. Les vêtements des deux jeunes femmes claquaient dans la direction de cette force énorme, mêlant dans les airs quelques mèches polaires au sinople éclatant. Le cyclone semblait attirer à lui les matières inertes laissant la fëalocë et la neishaane parfaitement ancrées, bien qu'il se déploya jusqu'à frôler leurs visages. Albiréo absorbait. Les nuées grisâtres perdaient en épaisseur, laissant deviner une ombre gigantesque...et rouge. Sărzeghnet délia son long cou rutilant, secouant une gueule magnifique et terrible sertie de pointes. Deux immenses ailes recouvrirent le ciel et le sol trembla sous les pieds d'Albiréo. Sa cage thoracique résonna des grondements qu'émettait la créature titanesque.
*
*
La scène qui se déroulait sous ses yeux tombait directement dans son corps. Délivrée de tout cadenas de l'esprit elle chaque événement tombait en elle comme une pierre. Ses genoux ployèrent, saisis. Elle tomba d'un coup, à genoux sans sentir la douleur, et ses poumons soufflèrent un hoquet de stupeur. Elle fut déséquilibrée, prise par le vertige que lui procurait la vision de cet être gigantesque et saisie par son époustouflante beauté. La Mort taillée dans la Vie. Le Divin sculpté dans le Mortel. C'était bien plus que l'admiration naturelle que procure la perfection d'un prédateur, taillé pour la mort. C'était la mort vive. Le dieu incarné. La Reine Incarnate. Albiréo faisait l'expérience de cet être fabuleux et son impression imprimait chacune de ces cellule. D'abord, son corps entier trembla, surpris, incapable de recevoir pareille apparition. Mais plus la vision de ce miracle vivant entrait en elle, plus il lui semblait que son immensité la gagnait. Toujours démunie des artifices du mental, ce qu'elle sentit se déployer en elle la submergea et une rivière de larmes recouvrit son visage alors qu'elle hoquetait d'une voix roque comme le font sans retenue les jeunes enfants. Débordante et soulagée d'un poids immense que Sărzeghnet en tant qu'enfant des ténèbres était la seule à pouvoir comprendre avant même Albiréo.
*
« Je te vois ! »
*
La voix d'Albiréo surgit sans retenue alors qu'elle se redressait lentement, contemplant la dragonne. Le visage ruisselant et les yeux au cobalt luciolant alors que ses mains elles, commençaient tout juste à y croire et à se déplier vers la splendide créature comme une plante se déroule vers le soleil. Elle riait tout en pleurant et peu lui importait de comprendre.
*
« Voilà ce que nous t'offrons, au delà de t'aider à résoudre les énigmes que posent tes démons. Toi aussi quelque part t'attend une Liée, la moitié d'âme qu'il te manque pour enfin Être, pour enfin te sentir complète, pour enfin exister. Libre à toi de t'en retourner d'où tu viens, dans ce vide gelé, ce goufre dont nous t'avons extraite à peine en vie. Mais je ne viendrai pas une seconde fois, tu redeviendras le jouet de ce qui te hante. Tu mourras sans avoir embrassé ton destin, tu mourras l'esprit mis en pièce par tes spectres, tu mourras car nous n'aurons pu te sauver. »
*
** J'effacerai ta mémoire et tu auras tout oublié. Ta vie ne sera plus qu'une immensité sans astres, sans étoile rouge pour te guider dans le néant. **
*
L'idée que tout cela puisse lui être retiré, alors qu'il lui semblait voir le ciel pour la toute première fois était proprement insupportable. Elle mourrait de devoir faire demi-tour, de cela elle en était désormais absolument certaine. Pas de retrouver sa maison close, pas de retrouver son enfer, non. Elle mourrait de renoncer à son astre rouge, à sa lune sanglante, Runa, Sărzeghnet. C'était un bonheur si inimaginable pour un être tel qu'elle d'être perçue, trouvée au milieu de ses léviathans.  Quant à la cécité qu'elles avaient soudainement levé...Albiréo sentait confusément qu'il était de l'ordre d'une nature retrouvée. Elle roula une d'une voix minérale profonde et vibrante des mots neufs qui roulèrent comme une promesse entre les mains de l'enchanteresse.
*
« Runa...J'ai la sensation que vous m'avez rendu la vue....et rendue à la vie. C'est un espoir que je n'aurais jamais cru connaître. Cet espoir, vous me l'avez offert et désormais, vous m'offrez la preuve irréfutable de l'existence d'un monde plus vaste encore que tout ce que j'avais pu imaginer au delà de ces quatre murs...Au delà de mon cauchemar se cachait un horizon. A compter de ce jour, je n'y renoncerai plus, j'en fais le serment absolu. »
*
Sans hésitation aucune, elle s'avança vers sa dame et la serra dans ses bras, avec une certaine solennité mais surtout à la manière d'un être chéri au retour longtemps attendu. Puis s'écartant lentement, elle plongea un regard tendre et direct dans celui de Runa.
*

« Je ne renoncerai jamais à vous. »
*
Puis tournant un visage vibrant d'émotions vers les opales sybillines, son esprit pétri de musique se tendit vers la dragonne, composant une ode à l'astre rouge.
*
** Aucune force ne saura jamais plus vous soustraire, ni toi, ni Runa, à ma volonté de vous retrouver, Sărzeghnet, joyau des cieux. **
*
La jeune prêtresse ne saisissait pas ce qu'impliquait l'existence d'une Liée. Elle comprenait qu'il s'agissait d'un lien semblable à celui qui unissait Runa à Sărzeghnet. Les larmes commençaient à refroidir sur sa gorge et peu à peu Alba retrouvait son esprit virevoltant, qui s'ébroua comme un oiseau après la pluie. Tout lui paraissait déjà si extraordinaire, elle qui n'avait jamais été que la moitié d'elle-même et encore...Cette sensation curieuse mais entière d'avoir retrouvé un sens à l'apparition de Sărzeghnet lui procurait déjà un tel sentiment d'unité qu'elle n'imaginait pas, encore, pouvoir être plus complète qu'en cet instant.
*
« Runa, êtes-vous une dragonne vous aussi ? Vous...vous allez vous transformer comme votre Soeur ? Et...et moi qu'est-ce que je suis ? Qui est ma Liée ? »


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MessageSujet: Re: [RP] La dernière ombre   [RP] La dernière ombre Icon_minitimeDim 13 Déc 2020 - 20:20


Dans les iris de faucon de la fëalocë gambillèrent les muses de Kaziel, une valse de flammes et de femmes nues opérant leur sabbat par un cercle dansé autour d'un ardent brasier. Une incommensurable et presque terrifiante curiosité coula le long de sa cornée où se reflétait la si chétive silhouette d'Albiréo dominée par la Reine Incarnate en position de toute-puissance. Rūna se figea dans cette diabolique contemplation, cherchant tant sur le visage de la jeune neishaane de la stupeur que de l'horreur, une dévorante envie de sauter à pieds joints dans l'Inconnu ou le viscéral  rejet d'une possible vie nouvelle. Il s'agissait là de la première épreuve de sa protégée, et celle-ci la réussit avec brio.
Tout en la nymphe de nacre couronnée d'aurore s'anima alors, comme la statue d'un temple enfin touchée par la grâce de la divinité qu'elle honorait au sein de son antre où résonnaient vainement psaumes et litanies inhonorées. Il naquit sur ses traits une sorte de fascination écrasante en dépit des réflexes de son corps à se murer dans l'immobilité, comme un mulot sous la menace d'un hibou à la faveur d'une nuit claire. Pourtant, la fëalocë ne distingua aucune note de peur dans le lancinant parfum de sa prime adepte, mais elle parvint à la rejoindre dans cette libératrice jouissance de l'âme qui désenclava brutalement l'entièreté de la neishaane. L'Albiréo qui quitta plus tôt la Maison de l'Aube en contrebas venait de mourir, sans souffrance et en paix, pour mieux donner vie à une enfin révélée Fille de Flarmya. Tel un phénix peint d'albâtre et dévoré par son propre feu d'un bleu de chauffe, à cet instant, la timide mais prometteuse étoile se défit de plumes trop usées pour voler et s'accorda à périr pour mieux renaître. Mais que nul ne doutât de la fragilité de cet oisillon désormais sous la protection de la Sălv et sa magnifique Reine de sang, tout cela par la désignation d'une Valherue qui jadis et encore aujourd'hui faisait trembler les Dieux, même depuis les Limbes... Albiréo pourrait s'avérer terrible. Albiréo serait terrible.

Un étrange mirage, une prophétie presque, s'esquissa lorsqu'Albiréo chut à genoux ployés face au poids de la révélation qui s'imposa à son regard encore vierge des merveilles de Tol Orëa. Cette broderie liait le trépas et la naissance, la première comme celle d'un héros terrassé sur le champ de bataille et la seconde comme la chute pataude d'un louveteau tout juste né explorant déjà sa tanière, embrassant par avance sa condition de prédateur.
Albiréo était cette inconnue croisée chaque jour mais depuis des univers différents, comme une personne confrontée à son propre reflet dans un vieux miroir duquel rien ne prouvait qu'en son sein résidait un autre monde et donc, un autre soi. Elle était la nitescence de la lune mauve posée sur l'onde d'un lac aux eaux sombres et qui, par une magie distante et inexplicable, absorbait en son lit le baiser de l'astre millénaire pour purifier ses remous et faire de son contenu une décoction rendue ésotérique par les légendes racontées de bouches de mortels.
Sous l'égide d'une enveloppe frêle de colombe feulait pourtant toute la férocité assoupie d'un fauve affamé... Rūna ne se laissa guère prendre à un jeu qu'Albiréo n'avait même pas conscience de participer.

Une berçante innocence agrippée aux joues de la neishaane par des larmes émues appuya la candeur du pâle halo qui irradiait de son corps. La gorge nouée par les sanglots et l'émotion, son éclat de voix s'en montra pourtant sûr et incroyablement tonnant lorsqu'elle s'adressa à la dragonne désormais connue sous le couvert de sa véritable forme. La jeune fille exultait dans sa contemplation, tantôt par des pleurs extasiés tantôt par des rires euphoriques, sous le regard de l'Incarnate et sa bipède mutiques.

Un sourire triomphant et sincère dérida l'aura sévère voilant le visage de la fëalocë alors que cette dernière buvait à la lie de ce spectacle ravissant. Bien contre son gré émissaire de chaos, la Maîtresse Incarnate se délectait secrètement de voir une autre existence que la sienne être ainsi bouleversée.
Au delà de la seule considération d'être admirée par un être modelable à ses desseins, et sans l'avouer, Rūna était profondément touchée par l'avènement du lien impalpable qui l'enchaînait dès lors à une femme si différente d'elle et pourtant si semblable. Malgré la rigueur de sa tenue de voyage, le port princier de ses épaules surpassait ses épais atours de laine et sans jamais se départir de l'altier de son regard d'ambre, elle avisait sa pupille comme une mère cruelle et possessive qui aurait à coeur de réduire en charpie qui oserait respirer le même air que sa fille, que sa soeur.

Puis la jeune fille parla, à coeur ouvert, sans passementerie. Puis la jeune fille se leva et la prit dans ses bras, à âme ouverte, sans pruderie... Et tout aussitôt, une marée d'émotions noya la fëalocë, ballotée dans les flots impétueux d'un océan sur lequel elle crut régner.
Le souffle coupé par la surprise de cette étreinte, laissant entrer une bolée d'air gelé dans ses poumons outrés de devoir subir pareil climat, la princesse Ssyl'Sharienne demeura ainsi les bras le long du corps, crispée. Depuis combien de temps n'avait-elle pas été enlacée ainsi, par des bras chastes, dénués de lui nuire d'une façon ou d'une autre ? Au delà de l'affection sincère que lui portait Alauwyr Iskuvar par ses désirs d'homme, ses derniers souvenirs remontaient à bien trop loin, dans les affres d'une enfance aux jours heureux, par l'un ou l'autre de ses frères... De cela, elle ne pouvait plus être certaine car des armées de démons étaient depuis passés en piétinant son esprit, sa chair, ses valeurs et sa vertu.
Cette éteinte lui fut pénible, douloureuse, imposant surtout le retour de mémoires que sa quintessence morale avait tâché d'ensevelir sous le masque de sa furie. Cette étreinte lui fut salvatrice, reposante, comme le réconfort d'un feu de cheminée après avoir tant souffert du froid. Son coeur s'emballa quelque peu d'un même accord que sa gorge se noua pour s'interdire de révéler son incongrue émotivité au regard de ce qu'elle incarnait au moment présent. Rūna dut lutter pour ne pas répondre à l'embrassade d'Albiréo, mais elle ne put empêcher les paumes de ses mains gantées de se poser le long du manteau de sa protégée. Dans les ténèbres de son for intérieur se mit à luire une chandelle secrète sur laquelle s'inscrivit le nom de la neishaane en lettres d'or et de sang, une flamme qui ne s'éteindrait pas malgré la bourrasque du plus virulent orage et qui charriait dans sa lueur une chaleur pure, nourrie d'autres affects que la rage. Rūna en eut un frisson étouffé par ses vêtements.

Lorsqu'elles se touchèrent ainsi, d'esprit et de corps, retentirent au loin les gonds d'une porte scellée depuis des millénaires, une porte soustraite au regard des mortels et dissimulée dans une dimension connue seulement des dieux et de ceux qui tentèrent de les égaler. Elle était lourde, épaisse, habillée du bois d'arbres que Rhaëg connut il y eut fort longtemps mais qui aujourd'hui ne poussaient plus à sa surface. Sa serrure complexe ne réclamait aucune clef matérielle et un long et lent mécanisme se mit en marche dans un tintement de fer froid et grinçant. La porte ne s'ouvrit pas, elle se décoinçait seulement dans un cliquetis régulier de rouages, ne laissant rien entrevoir du contenu de son antre mais présageant de tout...

« Je ne renoncerai jamais à vous. »

Des rideaux de poussière et de cendre glissèrent le long de la porte. A sa manière, l'aveugle candeur de la jeune fille libéra une partie de l'âme de la fëalocë par ces mots épars, si simples mais profondément sincères.
Puis dans l'esprit de la Reine Incarnate s'éleva la mélodie que fredonna celui de la neishaane. Trop dure, trop froide pour s'épandre en mièvres paroles, la magistrale dragonne se contenta de garder le silence une énième fois, le temps de trouver la meilleure façon de répondre. Elle replia lentement ses ailes pour contenir la chaleur de son corps et parvint à s'asseoir calmement pour mieux supporter l'étau de la clairière trop petite à son goût.
Dans un souffle caverneux, daignant abaisser sa large gueule plus à hauteur de sa petite pupille, Sărzeghnet offrit la chaleur de son expiration au derme frais de la jeune fille.

** Où que tu ailles, dans ce monde ou les autres, tu ne saurais te dérober à mon courroux si tu cherches à te soustraire à tes véritables Soeurs. **  

La gravité de la menace fut corroborée par l'étrange silence qui engloutit la forêt alentour. Que ce fut au dessus de Rūna ou de Sărzeghnet, une ombre planait malgré la clarté du jour, une ombre bien différente de celle créée par leur auvent de cimes et d'épines. Les corbeaux ne croassaient plus et le vent ne souffla plus mot, la Terre toute entière parut se figer dans sa perpétuelle rotation. Le verglas, lui aussi, n'osa plus craquer, de peur d'ébranler la rencontre sibylline de ces trois âmes. Les dieux se turent et les spectres se mire à rire et hurler d'ivresse... Depuis les Limbes, Amtziri-Sūrya, elle aussi, exultait. Son ricanement maléfique paraissait presque siffler entre les sapins en un murmure mêlé au craquement des troncs effleurés par la brise...
Mais, comme un Salut, Albiréo se fit soudainement et de nouveau trépignante d'en savoir plus.
Un bref éclat de rire s'immisça depuis la gorge de la fëalocë lorsqu'elle entendit la pléthore de questions de la jeune femme, chassant de son visage le poids des émotions et de la prophétie formulée par son ancêtre valherue. Rūna se détacha finalement de l'enlacement de sa pupille après avoir essuyé le cheminement de ses larmes le long de ses joues pâles et creuses, comme une mère après son enfant.  

« Je ne suis pas une dragonne, ma Liée tient seule ce rôle. Je n'ai d'autre apparence que celle que tu vois en cet instant. »

Formula la neishaane, avec simplicité, tout en réarrangeant son capuchon, battant plusieurs fois des paupières. Sans perdre de temps, elle poursuivit d'un ton plus profond.

« Tu es une Fille de Flarmya, une élue de la Déesse Mère des Dragons. Il y a près de mille ans, elle conclut un pacte entre ses enfants et les humains pour les lier par l'âme. Avec le temps, certains de ces privilégiés s'éparpillèrent dans le monde que tu connais et le sang des élus se répandit. Certains ne connurent hélas jamais leur destinée, d'autres purent l'embrasser. Avec la haine de la magie et la peur du commun des mortels, nous devons demeurer cachés sur Rhaëg, mais une terre d'accueil existe, il s'agit de Tol Orëa. Contrairement à ces terres inhospitalières pour ceux d'entre nous, ton existence sera fêtée là-bas. »

Un flocon vint délicatement s'écraser sur son buste, puis un second, sur ses longs cils. Rūna leva les yeux vers le ciel et remarqua que les nuages s'étaient chargés le temps de leur ascension vers la clairière. Peu à peu, il se mit à neiger, comme pour mieux étouffer les bruits parasites à leur discussion ou comme si les dieux eux-mêmes souhaitaient les museler.
La fëalocë maugréa intérieurement, mais garda son calme pour continuer sa réponse en dépit de son aversion pour le froid qui la mordait.

« Tu t'es perdue parmi les non-Doués, dans l'incompréhension des autres sur ce qui te terrassait... De ça, tu as manqué de périr en ce jour. Je ne puis dire qui est ta Liée car elle n'est pas encore née, elle aussi t'attend tout comme une partie de nous deux le faisait, sans que nous n'en ayons eu conscience. Tu la rencontreras quand tu seras prête, elle naitra pour toi et vivra par toi.
Ne t'es-tu pas, depuis toujours, sentie incomplète ? Vide de l'essentiel ? Ne t'es-tu pas sentie à une place qui n'était pas la tienne tandis qu'une autre hurlait de désespoir de te retrouver ? Je t'offre tout cela, je t'offre les réponses à ces interrogations. »


Ses questions hautement rhétoriques furent appuyées par les sourcils légèrement froncés de la fëalocë. Après une brève pause, laissant à Albiréo le temps de comprendre et entendre le fond de ses propos, Rūna détourna un instant son attention vers sa Liée. Un échange silencieux qui se conclut d'un hochement de menton approbateur. La brume s'élevait au dessus des bois comme pour mieux se mêler aux nuages bas et épais et, bientôt, le chemin par lequel toutes trois arrivèrent en ce lieu fut dévoré par le brouillard. Elles allaient profiter de ce voile diaphane pour prendre leur envol.

« Albiréo, si tu veux découvrir qui tu es, tu dois nous suivre, maintenant, sur Tol Orëa. Je t'expliquerai absolument tout ce que tu veux savoir, mais ici nous ne sommes pas en sécurité. Je t'emmène à l'abri et je te rapproche ainsi de ta propre Liée. Tu vas découvrir de nouvelles sensations, comme quelque chose que tu n'as jamais vécu mais qui te manque... Aujourd'hui, tu vas voler à dos de dragon pour la première fois de ton vivant, mais pas pour la première fois de ton âme ancestrale.
Sache seulement que j'ai été à ta place et qu'en moi résonnait les abysses d'un vide impossible à combler, jusqu'à ce que naisse Sărzeghnet. »


Le regard un instant illuminé, posé sur l'immense silhouette de son âme-soeur, Rūna se perdit une fois de plus dans de vagues souvenirs de sa vie avant Tol Orëa. Chassant ses démons d'un refus de la tête, elle vint perforer le regard pastel d'Albiréo par le sien, de lave. Un sourire maîtrisé mais enjôleur étira ses lèvres, détonnant la prédation de son regard.

« Alors, qu'en dis-tu ? »


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MessageSujet: Re: [RP] La dernière ombre   [RP] La dernière ombre Icon_minitimeMar 15 Déc 2020 - 15:50


** Où que tu ailles, dans ce monde ou les autres, tu ne saurais te dérober à mon courroux si tu cherches à te soustraire à tes véritables Soeurs. **  
*
La Reine Incarnate rabattit ses ailes immenses, repliant son gigantisme en une posture de sphinge. Le monde entier semblait trop étroit pour contenir le miracle de son existence. Le mythe vivant se penchait sur la fragile silhouette d'Albiréo, pâle brume suspendue à la merci totale du fantastique animal. La neishaane flottait plus qu'elle ne tenait tête au monstre sacré qui semblait condenser en elle toute matérialité alentours. L'univers cernait Sărzeghnet de contours flous, la dragonne absorbait même le peu d'éther qui avait réussi à déposer une enveloppe de chair autour d'Albiréo. Elle était la Vérité, la lumière noire au milieu de l'illusion. Absolument irréductible. Il lui suffirait d'un souffle pour anéantir la frêle servante d'Iolya à tout jamais, pour la souffler comme un mirage. Etrangement, Albiréo laissa son âme diffuse se lover au creux de l'haleine embrasée de la dragonne. A deux doigts de la terrifiante mâchoire de la fabuleuse créature, Alba se coula avec délice dans une étonnante et réconfortante tranquillité. Elle avait à peine plus de chance de survivre à la dragonne qu'une mince flamme de bougie étirée par les vents du large. Et pourtant, cette promesse de mort résonna en elle comme une promesse de vie : « tant que tu marcheras sur le fil de ta vérité. ». Albiréo était à l'aise avec le chaos, partisan malgré lui de l'ordre du cosmos. Elle ne comptait plus le nombre de fois où, perdue dans les méandres de ses propres ténèbres, la simple contemplation des étoiles l'avaient renvoyée à une réconfortante insignifiance. Sa souffrance n'avait alors plus aucune importance, grain de sable égaré au fond de l'univers. Elle se laissait bercer par l'immensité de la nuit. Sărzeghnet de par son insondable puissance lui procurait ce même apaisement tout en la renvoyant à une éminente responsabilité : son devoir de vérité.
*
Alba songea à cette vérité d'au dehors, celle que son âme éperdue avait tant recherchée, implorée au milieu de ses nuits les plus secrètes à arpenter les rochers désolés de la montagne, malmenant son corps en le soumettant aux affres du froid et des épineux flancs de la crête. Combien de fois s'en était elle allée, confrontant son existence à celle du monde alors qu'elle sentait en elle monter le cri, le hurlement, la passion du loup pour un astre muet ? Son âme sans réponse s'en revenait meurtrie, froissée, entachée de salissures terrestres, indignes du cygne immaculé. Elle n'avait pas demandé cela... Le chant du monde – à moins que ce ne fusse celui de cette Terre de l'Aube – se levait alors en elle, invoquant le jour d'un autre horizon pour laver les morsures de son âme damnée. De tout son être, entre rage, fièvre et désespoir, elle avait appelé ce jour nouveau.
*
Une langue glacée glissa le long de son dos. Le cours de ses pensées avait-il suspendu ses sens un instant ou le monde s'était-il tut, soudain ? Venait-elle seulement de revenir à son corps pour remarquer cette envolée de corneilles, l'humidité piquante, le voile funèbre qui recouvrait les cimes ? Avisant les alentours d'un œil scrutateur, le souffle brûlant de la magnifique créature d'écailles la ramena bien vite à se recentrer. Elle acquiesça gravement, scellant les paroles de la dragonne par son assentiment.
*
« Je ne suis pas une dragonne, ma Liée tient seule ce rôle. Je n'ai d'autre apparence que celle que tu vois en cet instant. »
*
*
Lorsque Runa déclara qu'elle n'était pas dragonne, Albiréo ferma les yeux et sourit en elle-même, curieusement soulagée. La Faëlocë était d'un autre monde, de par sa race, son indéchiffrable beauté, son immanente noblesse et la fascination qu'elle exerçait sur la neishaane. Elle possédait le caractère insondable et immuable du feu, cette vivante langue de l'ombre. Albiréo avait conscience de sa fascination pour cette djinn au charme ignescent. Elle admirait Runa de même que l'on admire les flammes : inévitablement. Elle lui reconnaissait ce caractère sacré et essentiel, au même titre que Sărzeghnet elle-même.
*
Néanmoins, alors qu'elle la tint dans ses bras puis que les mains angéliques de Runa recueillirent les larmes égarées sur sa joue, Albiréo cueillit le bruissement quasiment imperceptible, l'esquisse bouleversante d'un battement satiné, étouffé, contre sa poitrine. Elle comprit alors, en sus de ce que la princesse Ssyl'Sharienne venait de lui confirmer, qu'un pouls fraternel, humain, les rapprochait l'une de l'autre. Ce fut à cet instant qu'elle saisit à quel point tout ce qui pourrait la relier davantage à l'enchanteresse lui serait cher. Portée vers elle par un chant de l'âme qui avait fait frémir les étoiles, elle sentait désormais son cœur se voiler d'une caresse de soie. Surprise, elle esquissa un mouvement de recul qui passa certainement inaperçu, alors que Runa s'écartait elle aussi.
*
Les pupilles d'Albiréo se dilataient à mesure que son esprit se déployait pour recueillir chaque précieuse information que lui délivrait sa protectrice. Déjà, la mythologie de la déesse Flarmya s'encrait sous forme d'images en une succession de plans riches de qu'elle entendait mais flous de ses zones d'ignorances. C'était pourtant ces interstices là qui intéressaient la neishaane, les zones noires du négatif, comme autant de terrains d'étude à venir...
*
«  Ne t'es-tu pas, depuis toujours, sentie incomplète ? Vide de l'essentiel ? Ne t'es-tu pas sentie à une place qui n'était pas la tienne tandis qu'une autre hurlait de désespoir de te retrouver ? Je t'offre tout cela, je t'offre les réponses à ces interrogations. »
*
[…]
*
« Je ne puis dire qui est ta Liée car elle n'est pas encore née, elle aussi t'attend tout comme une partie de nous deux le faisait, sans que nous n'en ayons eu conscience. Tu la rencontreras quand tu seras prête, elle naitra pour toi et vivra par toi. »

Albiréo s'engourdit dans une sensation confuse. Elle avait supplié Iolya, le panthéon des dieux, les forces naturelles et conduit son esprit, corps et âme, afin de trouver des réponses. Oui, toute sa vie avait été hantée par une question unique, retentissante et insoluble : Pourquoi ? Pourquoi lui avoir donné cette force, cet esprit efficient et cette âme ardente ? Et dans le même temps, sommée de cette insurmontable faiblesse aux spectres hurlants ? Pourquoi l'avoir infusée de cette folie noire, dévoratrice et pourvue de cette voix modulant la lumière, jouant avec les sons comme un vitrailliste sublime ? Pourquoi avoir fiché dans son cœur une flèche passionnée, pure, qui blessait son âme secouée de vagues funèbres ? Pourquoi l'avoir placée elle, brûlante, dans un âtre de pierres froides ? Elle s'était forgée une raison, mue par la foi en la maîtrise, l'humilité et une contrainte nécessaire, salvatrice. Son mal avait débordé. Désormais, Albiréo se demandait si le mal contre lequel elle avait tant lutté et son âme elle-même, ne s'étaient pas enlacés en une inextricable étreinte. Ce qui la tuait jusqu'alors, peut-être, cherchait-il tout simplement à vivre ?
*
Et cette Liée, qui naîtrait par la volonté de la déesse Flarmya. Était-ce bien possible ? Quelle destinée étrange les dieux traçaient-ils au firmament ? Pour connaître et préparer au creux de leurs matrices célestes un être, un être qui encore n'existait pas au monde, un être qui serait sien ? Une dragonne. Un frémissement lui fit relever un visage halluciné vers Sărzeghnet. Elle la dévisagea, détaillant chacune de ses arêtes, chaque écaille éclatante, chaque pointe effilée, cherchant des doigts le contact de son souffle chaud. Cette nouvelle réalité, l'existence future de cette vivante entité qui viendrait s'incarner pour elle était encore si chimérique... La réalité, sa réalité nouvelle était là et il ne lui semblait pas avoir demandé davantage. Elle ne souhaitait superposer aucun rêve à la Reine Incarnate, aucune autre silhouette à celle de Runa.
*
« Aujourd'hui, tu vas voler à dos de dragon pour la première fois de ton vivant, mais pas pour la première fois de ton âme ancestrale. » […] « Alors, qu'en dis-tu ? »
*
Albiréo remplit ses poumons d'un air chargé de la présence ô combien bénie de la dragonne et de la chevalière. Telle était sa réalité,  sa promesse, son vœu exaucé. Elle parcourut longuement la silhouette mêlée de sangs rouges et noirs, la profondeur rubescente de ses écailles, les lignes puissantes de ses ailes taillées pour le ciel d'un monde entier. Les battements de son cœurs trébuchaient alors qu'elle prenait conscience de ce qu'elle allait vivre : voler. Voler à dos de dragon. Son corps était partagé de sensations éparses : fébrile de par l'appréhension que suscitait cette expérience totale et inconnue...Irradiant et avide de boire à la coupe de cette toute puissance. Le tendre halo qui entourait la neishaane d'une permanente aurore crépita d'une vague au bleu boréal.
*
« Que le ciel nous emporte toutes trois vers Tol Orëa. »
*
*


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Rūna Sălv
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MessageSujet: Re: [RP] La dernière ombre   [RP] La dernière ombre Icon_minitimeDim 20 Déc 2020 - 22:18


Les poumons de la fëalocë s'emplirent d'un air plus brûlant qu'à l'instant précédent alors que la voix grave d'Albiréo parvint à ses oreilles par une sentence qui avait des atours providentiels, mais surtout résonnante d'un écho profondément puissant. La poitrine bombée par cet élan de confiance aveugle, relâchant doucement cette bolée d'enthousiasme en une expiration devenant brumaille au sortir de ses lèvres pleines, Rūna ne put retenir toute la superbe d'un sourire franc et entier. Les pommettes gonflées par cette risette trop rare au faste de son outrancière beauté, la fëalocë accueillit avec bonheur la réponse de la neishaane. Dardant sur cette nymphe de nacre et de soie tout l'éclat de ses orbes d'un or presque rougeoyant, son expression d'ordinaire si hautaine se mua dans le masque d'un amour sororal naissant.
A la surface des iris en pétales de myosotis de son étoile tonnaient les éclairs d'orages différents mais desservant une même cause : chasser les ténèbres par la virulence de sa foudre, terrasser les ombres de démons par trop dominateurs de son passé. D'une émotion interdite, Rūna se retrouvait énormément en sa pupille par cette philosophie : tout abandonner, purifier les marasmes d'évènements trop lourds pour la vie d'une seule femme en faisant table-rase, en repartant à zéro.
En dépit de leur apparence si radicalement opposée, toutes deux portaient une âme similaire fleurie d'épreuves distinctes mais formant un bouquet complexe, à l'intensité incomprise, tantôt haïe des uns tantôt adorée des autres.

La Maîtresse Incarnate l'avait senti à la première seconde où son regard coula le long de l'enveloppe charnelle de la jeune femme taillée dans l'albâtre : Albiréo allait bouleverser sa vie, d'une manière ou d'une autre, tout comme elle-même chamboulerait la sienne en retour. C'était écrit, énoncé, peut-être depuis des siècles. Le vent parut se charger de murmures inaudibles à cette pensée qu'eut la fëalocë, autant intrigué qu'effrayé aux perspectives qui se dessinaient par les mains des Moires rompues à cet exercice. Le long du squelette de la princesse Ssyl'Sharienne vibrait un indicible retentissement, une résonance qui lui pinça viscères et esprit par une prophétie encore inarticulée. Une partie plus sombre de la sorcière écarlate prit dans ses bras aimants ce chérubin abyssal et le berça doucement, une attention baignée d'amour maternel lovée à la surface de cette ombre qui ne portait pas de visage et qui pourrait tout aussi bien réunir les univers que les détruire.

Bien que Rūna sut se sentir enfin complète à la naissance de sa Liée, il lui sembla que sa place dans le Monde se fit plus précise encore à cet instant alors que sa peau touchait celle d'Albiréo, quoiqu'encore inalignée au noyau de la Terre et pas tout à fait en harmonie avec la mer stellaire répandue au dessus d'elle. Sans prononcer la moindre pensée, l'Incarnate pendue à son âme se fit étonnamment rassurante à ces inquiétudes... Sărzeghnet, elle, savait. Elle savait quand, où, comment et pourquoi le lien qui l'unissait désormais toutes les trois était si tonitruant dans l'Autre-Monde, celui où la chair importait peu mais où l'esprit avait valeur d'or. Il était seulement encore trop tôt pour donner des noms à ce qui planait.

Rūna perçut le halo changeant qui habilla la silhouette de sa protégée, conférant à son teint déjà si pâle de poupée des tenants davantage oniriques et ésotériques, rappelant les contours incertains des spectres entrevus de la Reine Incarnate. Tout en elle n'était que volutes évanescentes, fumerolles d'une bougie à la mèche soufflée et ondulant aux moindres vibrations d'air. Pourtant, malgré sa silhouette de cygne éthéré, le timbre caverneux de sa voix de prophétesse et la saisissante abîme de ses iris de bleuet avaient l'apanage d'avertissements ancestraux. Ressemble à l'innocente fleur, mais sois le serpent qu'elle cache, hurlait le froid sibyllin de son regard où s'épandaient allègrement oracles et diables encore défaits de la parole. Si beaucoup purent ignorer le danger ou le rabrouer sous couvert de l'hypothétique fragilité de  leur porteuse qui semblait constituée de verre et de glace, la fëalocë y plongea avec délice, embrassant les sirènes qui résidaient dans ces deux océans. Son regard couplé à son timbre permettaient de prouver au commun des mortels qu'elle était bien réelle et en vie, quand tout laissait à douter de son appartenance au commun des mortels.

La Maîtresse Incarnate la fixa alors longuement, le coeur ainsi alourdi par tout le poids de ce qu'elle lisait à la surface de cet ouvrage qu'incarnait la neishaane, un manuscrit millénaire ou juvénile selon la clarté du ciel. Sortant de sa contemplation par les mouvements de sa dragonne, Rūna ouvrit son sac pour en sortir la couverture déjà utilisée plus tôt.
La fëalocë la déplia en la secouant d'un mouvement sec puis, une main attrapant un coin et l'autre celui qui fut opposé au premier, elle vint déposer cette dernière sur les épaules d'Albiréo.

« Pour nous rendre sur Tol Orëa, nous allons emprunter les couloirs du Temps et de la Mort. Un froid plus terrible que celui du Vaendark y règne. Nous allons traverser le Néant, le temps de quelques battements d'ailes. Alors, il te faut bien te couvrir. Enonça-t-elle tout en épinglant la cape d'une fibule en argent. Je te tiendrai solidement, car si tu chutes dans les méandres du vide, tu seras à jamais perdue et dévorée par ceux qui ne sont ni morts ni en vie. Tu feras probablement face aux mêmes ombres que celles qui tentèrent de te terrasser, des années durant. »

La volonté de l'effrayer à cette perspective était réelle mais étonnamment louable de la part de la fëalocë. La princesse couronnée d'andrinople n'avait pas à coeur d'instaurer l'effroi dans la conscience de sa protégée mais bien de la mettre en garde. Ce premier passage dans l'Interstice était sa troisième épreuve - après celle de son accord à les suivre et celle de l'acceptation à l'existence des dragons -, et non des moindres. Là où certains maîtres pouvaient légitimement douter de la réussite de leur aspirant, Rūna était sans craintes : Albiréo avait souvent subi les assauts de monstres aussi terribles que ceux des Limbes, elle était armée pour se dérober à leur regard, cette fois.  
L'avisant une dernière fois de toute la flamboyance de ses yeux d'ambre, et après un hochement de tête entendu, l'Ardente se rapprocha de sa Liée qui se coucha pour faciliter la montée de son âme-soeur et leur invitée.

« Observe et reproduis mes mouvements. »

Rūna prit appui de son pied sur l'avant de la patte de l'Incarnate, propulsant le second sur l'épaule de cette dernière. Ses mains agrippèrent machinalement l'encolure de l'imposante Reine afin qu'elle se hissa à la jonction de son cou et de son dos. Une fois installée, faisant coulisser sa besace de son flanc au bas de ses reins, Rûna tendit une main aidante à Albiréo, le visage entier pétillant d'excitation.
La Maîtresse tira son aspirante vers-elle et l'amena à s'asseoir devant elle, préférant ainsi avoir un oeil sur sa protégée le temps de leur voyage vers la Terre de l'Aube.
Si la Sălv fut immédiatement à l'aise lors de son premier vol en compagnie d'Estenir et Alauwyr, elle n'osa pas à l'époque s'accrocher à l'un ou l'autre des appendices de l'Empereur Noir et se contenta à défaut d'enlacer la taille du Seigneur Ardent alors qu'elle se tenait derrière lui, contrairement à Albiréo. Aussi, avec douceur, enserrant un à un les poignets de la neishaane, elle guida les mains de sa galanthus nivalis sur un pic puis un autre de Sărzeghnet. Accolant son visage à la droite puis la gauche de celui de la jeune femme pour mieux se faire entendre, Rūna lui parla avec une détonnante douceur pour qui la connaissant un tant soit peu.

« Tiens toi ici et là, et serre tes jambes autour de ses épaules. Si tu es déjà montée à cheval, et bien cela est dix fois plus difficile... Ne lâche jamais prise, sous aucun prétexte, sinon pour te tenir à mes bras. Tonna-t-elle en se saisissant à son tour de deux cornes en amont, plus épaisses et robustes, ses bras passés sous les aisselles de son aspirante. Tu vas avoir peur... Mais à la seconde où tu descendras tout à l'heure, tu la supplieras pour remonter. »  

** Sois digne de la confiance que je nourris en toi, bipède. Tu es la seule autre que ma Soeur à qui je concède de dévoiler le ciel par mes ailes. ** Coupa froidement l'Incarnate, d'un ton pourtant naturel et sans reproche mais à la semonce résonnante.

Sans en dire plus, Sărzeghnet suait aussi d'excitation mais surtout de la hâte de regagner son royaume. D'ordinaire plutôt patiente, elle ne tarda cette fois pas à se redresser quelque peu pour amorcer sa position de décollage. Et bien qu'elle fut immense même pour son statut de Reine, ses deux cavalières ne furent guère ballotées lorsqu'elle bougea, s'employant à être lente et mesurée. Noyée de la furie de son sang d'Incarnate, son tempérament calme et pondéré rappelait plutôt celui d'une Impératrice Noire sans pour autant se départir du fiel de ses congénères ni plus que leur orgueil. Mutique et froide pour le reste de la plèbe, elle ne se montra jamais aussi bavarde envers une autre Douée que Rūna qu'en cet instant. L'intérêt que Sărzeghnet conférait à autrui était soit un supplice soit un honneur, et Albiréo se voyait en ce jour être recouverte de la plus révérencieuse des parures : une couronne ceinte de froids rubis taillés dans l'honorifique protection de la Reine. Elle ne pouvait pas encore en avoir conscience, mais ce fait ferait d'elle un être jalousé et convoité au Màr Tàralöm.
Tandis que la dragonne roulait un instant ses muscles pour s'échauffer, la fëalocë profita du calme bientôt terrassé pour glisser à l'oreille de la neishaane :

« Tu vas voler au dessus de tes démons, dans un instant, et respirer l'air des dieux qui les domine. » Murmura-t-elle presque en remontant son cache nez jusqu'à l'arête de celui-ci.


La fièvre des deux âmes-soeurs se conjuguait à merveille dans l'harmonie de leur lien, l'une comme l'autre fière de ramener au Kaerl une graine prometteuse pour y éclore et éblouir les ronces. Albiréo sentirait le corps de la dragonne se raidir pour se préparer à prendre son envol, elle sentirait les bras de Rūna en faire de même alors que ces derniers encadraient son buste de part en part pour se tenir à l'arête dorsale de l'Incarnate.

Sărzeghnet déploya ses ailes en une large corolle qui assombrit la clairière, effleurant du bout de celles-ci quelques branches des épineux qui l'encerclait non sans pousser un grognement réprobateur. Elle fit battre ces dernières quelques fois pour les dégourdir et préparer Albiréo à ce qui serait bientôt plus virulent. Bien que ne se voulant presque nonchalants, ses mouvements soulevèrent d'épaisses bourrasques qui firent autant de bruit que le souffle du vent contre les voiles d'un trois-mâts. S'affaissant un instant sur ses larges pattes arrières pour amorcer le recul nécessaire à son bond, la majestueuse créature huma l'air et absorba les vibrations environnantes pour mieux imaginer son aire de décollage et la position à employer pour la réussite de sa manoeuvre. Bien que dépourvue de vue, elle visualisait parfaitement les lieux par tous ses autres sens exacerbés.
La Reine peinte de sang frotta les écailles de son cou le long du sol gelé, les griffes faisant crisser la pierre verglacée alors que ses pattes s'ouvraient pour mieux se propulser au dessus du sol. Sărzeghnet se figea, suspendant sa respiration digne d'un gouffre pour mieux se concentrer. Elle gonfla ses ailes en coupole à même d'emmagasiner l'air nécessaire à son ascension tout en se redressant quelque peu, fuselant son corps vers les cieux tant convoités.
Courbant le cou en ramenant sa tête vers ses épaules tout en pointant cette dernière vers la voûte éburnéenne, d'un bond incroyablement puissant, elles décollèrent soudainement. Le saut rattrapé par de vifs battements d'ailes, Sărzeghnet n'eut guère à s'épuiser pour immédiatement dépasser l'auvent de cimes et d'épines qui un instant à peine les dominait. Rūna empêcha Albiréo d'être plaquée en arrière par la violence du décollage mais elle-même récusa la vigueur de ce dernier.
Immédiatement, les branches des sapins offusqués par la tempête et dénudés de leurs pans de neige firent place à une mer de brume étouffante puis d'épais nuages qui masquèrent toute visibilité, envoyant à la rencontre de la triade une armée de flocons qui n'eurent le temps de se déposer sur elles trois. La robe rubescente de l'Incarnate se fit plus sombre ainsi privée de lumière et même Rūna fut privée de distinguer clairement la tête de la dragonne qui s'enfonçait dans les dunes d'éther et de nuée. Il était presque effrayant de voir avec quelle facilité la créature d'écailles et de feu fendait le ciel, n'ayant presque pas d'efforts à fournir pour s'élever vers son but...

Le vent hurlait le long de la membrane de ses ailes, faisant claquer la fine mais robuste peau de ce qui faisait sa plus grande fierté. L'air était devenu mordant de froid et semblait vouloir noyer par son humidité ces défiantes mortelles qui osaient pénétrer ses rangs, mais rien n'empêchait la moindre parcelle du corps de la dragonne d'onduler habilement entre ses assauts et ce malgré sa taille impressionnante. L'allonge maîtrisée de la Reine rendait le vol étonnamment stable bien que les deux bipèdes furent presque arquées à l'horizontale par la fulgurante propulsion de Sărzeghnet.
Combien de temps connurent-elles cet océan d'un camaïeu de blanc et de gris sans vie ? Pour Albiréo, cela pourrait paraître une éternité ou une seconde si tant fut que son coeur s'arrêta ou s'emballa !
Nuages et bourrasques de neige se disputèrent la place autour des trois malvenues, fouettant le visage des deux femmes et la queue de la dragonne qui, au lieu d'y voir un désavantage, en fit un atout. Profitant d'un courant puis d'un autre pour s'économiser, Sărzeghnet émit un grondement qui avait des lueurs de défi envers Gaïa elle-même.


Puis, tout à coup, s'extirpant de leur néant hivernal en un tourbillon qui périt bien vite, la Reine Incarnate stoppa nette son ascension d'un basculement d'ailes et son corps retrouva une ligne parallèle à l'horizon. Le ciel était d'un bleu pur, éclatant, et au devant régnait l'astre solaire qui y brillait comme jamais Albiréo ne put le voir jusqu'à présent.
Rūna battit plusieurs fois des cils pour s'habituer à la rutilante lumière des hauts cieux après le semblant de clarté qui perçait les épais nuages au dessus desquels elles planaient. Le plafond devint sentier, étendu là en un tapis cotonneux d'où ne perçaient timidement que les sommets des plus hautes montagnes balayées de l'ombre magistrale de la Reine Incarnate.
Le gris inhospitalier et austère de la terre ferme était devenu joyau de saphir, de perle et d'or. Bien que distant, le soleil les réchauffa immédiatement, faisant évaporer l'humidité le long des vêtements des deux jeunes femmes et des écailles de la dragonne en de vaporeuses fumeroles. Rūna eut un vif frisson pour mieux accuser la différence de température et surtout, elle revivait à la vue de Solyae !

Sărzeghnet s'attarda volontairement à survoler ainsi les cieux d'au-dessus les nuages, tant pour laisser à Albiréo le temps de recouvrer ses esprits que pour lui offrir toute la magnificence de ce spectacle à couper le souffle. La fëalocë elle-même se surprenait à ne pas se lasser d'avoir un tel privilège à ainsi contempler un monde réservé aux Liés de dragons.
D'un vol lent et paisible, Sărzeghnet dévia du soleil pour se réchauffer les flancs et, la saveur du défi logée entre ses mots, elle s'adressa à la frêle neishaane sur son dos.

** Vois ce dont ils ont voulu te priver en étouffant ton Don, persuadés que tu ne valais rien alors que tout cela te tendait les bras. **

La Reine chassa un peu d'air en soufflant des naseaux, de la même manière que Rūna prit une profonde inspiration de cet éther si pur, au parfum mêlant l'ambroisie et le fer.

« Tout va bien, ma douce ? » S'enquit la fëalocë, un ton résolument soucieux dans la voix.

Albiréo aurait tout loisir de lui répondre et d'admirer le paysage, de hurler sa joie et son extase ou de pleurer son émotion à sa manière. Tandis que sa Maîtresse relâcha une de ses mains de ses rênes de substitution et baissant son cache-nez pour mieux se faire entendre de sa pupille, elle lui glissa :

« Lâche ton emprise et ouvre les bras. Déguste cette liberté qui t'est enfin offerte. Ici, il n'y a plus de peur. Quand tu n'auras plus peur de rien, tu seras invincible... »
** ...Et tu effrayeras les Dieux. **

Ce moment de paix et de grandeur dura le temps nécessaire, ni plus ni moins.
Après concertation et s'être assurée qu'Albiréo était prête et concentrée, que ses mains furent fermement amarrées aux pointes de Sărzeghnet afin d'être promptement en sécurité le temps de leur traversée, la Reine Incarnate plongea dans l'Interstice qui s'ouvrit devant elle en un portail de néant, dévorant la moindre étincelle de vie comme un monstre primordial.


.:: Qu'ils nous haïssent pourvu qu'ils nous craignent ::.
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Albiréo Varpelis
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MessageSujet: Re: [RP] La dernière ombre   [RP] La dernière ombre Icon_minitimeMer 23 Déc 2020 - 11:38

*
Rūna s'empara de sa majestueuse monture en deux enjambées d'une grâce féline. Albiréo resserrait d'une main la couverture que lui avait tendue la faëlocë autour de ses épaules. Ne souffrant aucunement des assauts glacés des vents du Nord, la prêtresse de l'Aube tentait en réalité de contenir son étonnement – touchée par la foudre -  pour le spectacle que la dragonne et sa chevalière offraient. Le souffle profond qui animait Sărzeghnet faisait danser des éclats sombres sur ses écailles de rubis, rutilant d'une noble puissance animale. Rūna crépitait littéralement de son éclat de neige et de sang alors qu'elle lui tendait une main pleine de confiance. C'était à son tour maintenant, d'entrer dans le tableau.
*
De son autre main, ses doigts grattèrent nerveusement la reliure de tissu qui recouvrait son carnet de notes. Elle avait déjà franchi plusieurs caps en cette mémorable journée du quatorzième jour de Zakerielku. Elle avait traversé des lignes qu'elle croyait inviolables grâce au recours inespéré de ces deux créatures. Quelle était la nature de cette indécision soudaine ? Elle avait traversé les abysses et s'était affranchie de son rôle de Seconde, ce qui selon toute apparence était de loin le parcours le plus ardu. Pourquoi se retrouvait elle si fragile, face aux trois pas qui lui appartenait d'accomplir ? Quel était ce poids qui soudain alourdissait ses jambes d'une masse léthargique, d'un poids de songe...Allait-elle se réveiller ?
*
Une bourrasque traversa son corps de lances polaires. Non...Elle était bien éveillée mais lestée d'un poids de mort, très semblable à celui qui l'empêchait de courir de tout son élan au milieu de ses cauchemars, alors qu'une vague immense se levait comme un cobra et roulait son dos contre le ciel, prête à l'engloutir. Ce poids qui l'empêchait de sauver sa vie, même au cœur d'un songe ! Cette masse informe qui se tournait et se retournait contre elle même, se nourrissant de ses miasmes les plus profonds. Cette naphte visqueuse avait aussi peu et autant de réalité que ses démons, pesante du poids de mille générations. Si forte qu'elle avait le pouvoir, à cet instant même, de la faire renoncer. Et contre cela, ni Rūna ni Sărzeghnet ne pourraient rien car cette puissance tombait avec le fracas d'une Lune basculant dans l'océan et n'avait aucune autre cause, aucune autre existence que celle que lui prêtait Albiréo. Elle n'appartenait qu'à elle seule. Ce qui se présentait devant elle, ces trois malheureuses enjambées pesaient le poids unique et entier du Choix. Elle était désormais seule face à elle-même, sans aucune chaîne pour l'empêcher de se rejoindre. Délivrée. Pourtant, face à son propre reflet, elle se sentait aussi indélogeable qu'une montagne.
*
Une seconde bourrasque harponna sa peau de mille aiguilles de givre. Et durant un instant qui s'éclipsa en deux battements de cils, Albiréo détourna son visage de l'éclatante sorcière rouge. Ce mouvement était en réalité purement intérieur, alors qu'elle braquait un regard de cobalt zébré d'une colère plus blanche et terrible que le métal en fusion, vers les ténèbres visqueuses qui l'assaillaient.
*
**Silence ! Je te réduirais en pièces et tu seras dévorée, même si pour cela je dois m'immoler moi-même, vile ! Une seule de nous deux saura y survivre et quelle que soit ta nature je jure par les dieux que ce ne saurait être toi, maudite !**
*
Un grondement volcanique fit tressaillir son âme qui s'éleva, plus noire qu'un cosmos aux ailes agitées d'étoile. Un claquement de mâchoires au terrible fracas rabattit la naphte immonde qui frémit et se recroquevilla jusqu'à blanchir et blanchir tant qu'il n'en resta bientôt plus qu'une vague poussière dissipée par un rugissement de tonnerre. En cet instant, la neishaane levait un visage énigmatique vers la chevalière qui lui tendait toujours la main. Albiréo avait le regard tourné vers l'intérieur et pourtant immensément ouvert sur ce qu'elle allait acter. De sa première enjambée, elle se délesta d'une botte de plomb, laissant le passé derrière elle, dévêtue d'une identité qui ne lui appartenait plus. De la seconde, elle se déchaussa de ses vieilles croyances, de tout ce qui avait défini et comprimé son être. Enfin, son avant-bras enlaça celui de Rūna et Albiréo se sentit soudain si légère qu'il lui sembla qu'elle monterait d'elle-même vers les nues si elle ne maintenait pas suffisamment cette simple emprise. Ce ne fut qu'assise aux abords de sa Maîtresse qu'elle réalisa avec quelle facilité son corps avait réagi à la dragonne. Rien qui n'enlevât à son caractère intrinsèquement extraordinaire, pourtant elle vivait cette proximité de chair de manière absolue, naturelle, réconciliante.
*
Rūna la guida de sa présence suave, par des mots aussi enveloppants que des mains et suivant ces impulsions Albiréo se saisit des pointes de l'immense saurienne.
*
« Entendu.» répondit-elle aux invectives sans appel de la chevalière.
*
** Sois digne de la confiance que je nourris en toi, bipède. Tu es la seule autre que ma Sœur à qui je concède de dévoiler le ciel par mes ailes. **
*
« Je ne l'oublierai pas. » souffla la neishaane en écho à la pensée qu'elle dirigeait vers l'Incarnate.
*
« Tu vas voler au dessus de tes démons, dans un instant, et respirer l'air des dieux qui les domine. »
*
Cette fois, l'excitation bouillonna dans les veines de la nouvelle apprentie et une bouffée de chaleur fit rosir ses joues au hâle de craie. Ceinte comme une enfant dans l'étau rassurant des bras de la fëalocë et malgré l'assise bien plus large que celle d'un équidé, encore inconfortable pour ses adducteurs,  Albiréo retrouva des sensations des tous premiers âges alors qu'une délicieuse sensation de vertige saisit ses reins, puis son torse avant de rebondir dans ses genoux et ses talons et de zigzaguer jusqu'à ses épaules tandis que la dragonne déplaçait son corps immense avec une fluidité déconcertante. Elle sentait sous elle la puissante vibration de son souffle et l'activité de ses muscles. Elle retint sa respiration lorsque l'Incarnate étendit ses ailes de toute leur envergure, tendant leur cuir qui se déploya en un magnifique croissant rouge. Son cœur décolla de sa poitrine lorsque la dragonne  agita ses ailes pour se dégourdir. Elle resserra instinctivement son emprise sur les pointes qui lui servaient de maintien alors que sa respiration, tant pour exorciser la peur que nourrir son excitation, se cadença sur leur mouvement qui agitait l'air en de formidables bourrasques, soulevant les crinolines offusquées de la pinède qui perdait au passage ses galants froufrous de neige, arrachant un rire émerveillé à Alba.
*
Les tourbillons d'air floconneux retombèrent lorsque la dragonne marqua une brève pause, souffle et ailes suspendus alors que son cou obliquait vers le sol. Albiréo entendit le vent s'engouffrer dans le patagium aux reflets sanguins qui claqua majestueusement avant de se stabiliser, gonflé des voix sifflantes de la bise prise au piège. En une seconde, son œil fut attirée par l'encolure sertie de pointes qui se redressait et avançait dangereusement vers son visage. Les yeux et la bouche ronds comme des soucoupes, la neishaane laissa le vent glacé s'engouffrer dans sa poitrine et fit un immense effort de raison pour maintenir ses doigts crispés autour de la corne, luttant considérablement pour que son instinct ne la propulse pas violemment en arrière de crainte d'être empalée.
*
Sărzeghnet se tendit alors comme une flèche et ramassant toute sa puissance,  les propulsant d'un   bond formidable vers les nuées. Le froid et la surprise étranglèrent un cri dans la gorge de l'aspirante, qui sentit son cœur et son estomac se coller en fond de cale tandis que ses yeux perdaient tous repères au milieu d'un brouillard gris d'épaisseur. Momentanément prise dans les accouphènes provoqués par le subit changement d'altitudes, l'entêtant sifflement se perdit progressivement dans la hurlante aérienne qui faisait claquer les puissantes membranes de la dragonne. Albiréo toussa, chassant l'air gelé de ses poumons et la chatouille mordante des goutelettes qui s'étaient accumulées dans sa gorge. Elle sentit l'emprise déterminée et rassurante de Rūna derrière elle qui l'invitait doucement à redresser son buste. La neishaane obtempéra, fermant les yeux en grimaçant face aux nombreuses claques d'air gelé qui venaient fouetter son visage, tirant sur ses bras pour forcer son corps à se redresser contre le froid. D'épais flocons s'agglutinaient désagréablement dans sa capuche et fondaient contre la tiédeur de sa peau. Elle avait toujours connu le baiser hostile du Vaendark mais ne s'était jamais jetée volontairement dans la tourmente ! Malgré tout, son corps rompu à la traversée de nombreux hivers se hâta rapidement de répondre à l'étreinte glacée par un petit coup de poing cardiaque qui charria un sursaut de sang brûlant à chaque extrépité de sa peau. Ses yeux surpris par le froid roulaient d'épaisses larmes pour les couvrir d'une protection de sel, troublant momentanément sa vue. Albiréo sentit le grondement caverneux de Sărzeghnet défier la barrière de nuages et résonner dans son bassin, ce à quoi elle répondit instinctivement par un léger resserement de jambes.
*
Enfin elles émergèrent de cette épaisse mer de brume dont les dernières écumes s'effilochèrent en longs fanions blancs accrochés aux épines dorsales de l'Incarnate. L'air était froid mais beaucoup moins inhospitalier qu'en dessous, aussi les larmes salées roulèrent au coin des yeux aveuglés d'Albiréo pour dégager sa vue alors qu'elle plissait les paupières, saisie par l'éblouissant rayonnement du soleil. L'air sifflait d'un ton plus grave et soutenu de part et d'autre de ses oreilles, comme au travers d'un interminable roseau, signe que le vol s'était stabilisé. Le menton rentré dans son col pour échapper au froid et à l'éclat de lumière, la neishaane prit quelques secondes pour que apprivoiser l'excès de blancs. Elle coula alors un regard vers l'aile gauche qui se découpait avec netteté au dessus de la nape cotonneuse sur laquelle dansait une ombre gigantesque. Son regard courut le long de l'épaule et de l'encolure de Sărzeghnet. Ses écailles du plus éclatant des rouges scintillaient de milliers de perles d'eau dans lesquelles le soleil prit le temps de naître avant de les aspirer. Elle parcourut son cou à la crête sanglante et à la tête couronnée de pointes meurtrières, fièrement dressée vers l'astre du jour qui répondait à sa beauté régalienne en étendant davantage ses rayons. Au dessus de leurs têtes, le ciel étirait son immensité cyane aux profondeurs éternelles, éperdu de pureté. Le monde s'ouvrait, immense et magnifique, révélant la promesse du Froid d'apparence si terrible...gardien féroce de l'air immaculé. Gardien de la lumière. Albiréo entendit la voix sibylline de la dragonne résonner dans son esprit avec une netteté renouvelée.
*
** Vois ce dont ils ont voulu te priver en étouffant ton Don, persuadés que tu ne valais rien alors que tout cela te tendait les bras. **
*
** Je vois ce que tu m'offres, Reine.** répondit simplement la neishaane, de paroles d'or, le cœur gonflé d'une gratitude si entière qu'elle ne put sentir, sur l'instant, la brûlure du tison qui pourtant se fichait dans son esprit. Entièrement ouverte à l'expérience et à la contemplation, une part reculée de son mental, tel un tigre à l'affut de la moindre proie, lacérait ses pensées de questions laissées en dormance. Qui étaient-Ils ? Avaient-Ils siemment empêché son Don? Au fond d'elle un œil fauve s'allumait, loin aux tréfonds de son inconscient, qui ne manquerait pas de ramener ces questions à la surface au moment venu...Pour l'heure, la splendeur du monde embrassait Albiréo.
*
« Tout va bien, ma douce ? » Une brise printanière chargée de pétales caressa le cœur de la neishanne au son de la voix de Rūna. Sur son visage, la lumière répondit à la lumière. Son sourire, enfoui dans la caresse duveteuse de sa fourrure, leva une nouvelle aurore. Son ivresse, pour la toute première fois de son existence, se trouvait assouvie. Une goutte d'eau tomba dans l'univers profond de son âme, une larme d'or, qui se répandit en cercles iridescents. Elle se sentit une et partie, parfaitement définie et parfaitement infinie. Elle rit finalement, de ce rire grave et franc qui effarouchait trop rarement la tempérance de ses traits, du rire du bonheur.
*
« Devons-nous vraiment redescendre ? » s'enquit-elle sur le ton de la plaisanterie en tournant un sourire superbe, tinté d'un parfum subtil de nostalgie heureuse vers l'enchanteresse.
*
« Lâche ton emprise et ouvre les bras. Déguste cette liberté qui t'est enfin offerte. Ici, il n'y a plus de peur...
*
Les mains tremblantes d'émotion à l'idée d'être plus libre encore, Albiréo détacha lentement son emprise. Ses mains regagnèrent leur tendresse habituelle et leur étrange sfumato contrasta de manière fulgurante avec la dureté sombre et rougeoyante de la dragonne. Ses jambes elles, étaient solidement amarrées et son bassin avait trouvé son assise, pesant sur l'encolure de l'Incarnate. Elle était attentive au délacement puissant des muscles qui roulaient sous son armure d'écailles, à la résistance de ses os dactyles aux secousses du vent, aux variations subtiles de que sa respiration roulait au fond de ses immenses poumons, tendus et vibrants comme des tambours. Elle sentait autour d'elle l'étreinte solide et experte de Rūna, la douceur de sa voix, chaude et dorée comme l'hydromel.
*
...Quand tu n'auras plus peur de rien tu seras invincible... »
** ...Et tu effrayeras les Dieux. **
*
*
L'étoile naissante répondit à l'astre de Solyae qui étendait toujours plus immensément ses bras de lumière. Ses bras se déployèrent lentement, savourant l'éternité d'un moment de grâce. Et, aussi naturellement que le cœur du jour rayonne, celui d'Albiréo chanta. Absorbant les résonnances telluriques que lui communiquait la cage toracique de Sărzeghnet, Albiréo lui renvoyait le vrombissement profond de son propre chant, de sorte que l'énergie palpable de la mélopée circulait harmonieusement en chacune d'elles. La neishanne s'ennivra de cette incroyable puissance vocale dont elle devait la prouesse à la confiance extraordinaire dont ces Âmes Soeurs l'honoraient. Elle créa un couloir sonore spiralant autour d'elle, traversant Rūna et s'inspirant au passage de ses fragrances. Albiréo étendit sa voix en déflagrations circulaires aux superbes notes minérales autour desquelles dansait la chaleur nouvelle de flammes d'or.

Ainsi plongèrent-elles dans l'Entre-Monde, comète superbe aux radiances éblouissant les dieux.
*
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MessageSujet: Re: [RP] La dernière ombre   [RP] La dernière ombre Icon_minitimeDim 3 Jan 2021 - 21:19

{ Suite du rp : Triade pour une Trinité }


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