Partagez
 

 [RP] Les êtres brisés

Aller en bas 
AuteurMessage
Loneesa Aoibheann
Chevalier Dragon
Chevalier Dragon
Loneesa Aoibheann


Date d'inscription : 27/06/2019
Sexe : Féminin
Messages : 5
RPs : 4
Race : Elfe
Âme-Soeur : La Blanche Lhyeraerys
Alignement : Neutre Bon (Kaerl Céleste)
Ordre Draconique : Ordre Draconique de Lumière (Kaerl Céleste)

[RP] Les êtres brisés Empty
MessageSujet: [RP] Les êtres brisés   [RP] Les êtres brisés Icon_minitimeDim 15 Nov 2020 - 19:33


* Zakerielku 919

Peu à peu, le souriceau craintif tapi sous la peau de la jeune elfe avait appris à ne plus craindre ce nouvel environnement. Prudemment, la frêle créature avait trouvé ses marques et ses repères, jusqu'à enfin oser sortir son petit museau d'un sécurisant et confortable terrier, tâche ô combien ardue qui nécessita de dépasser ses plus ardentes frayeurs. Grâce à un long travail de réassurance de la part de celle qui fut sa Maîtresse Dragon, Semperya de Galastden, et à l'arrivée de sa si précieuse âme-soeur, Loneesa avait retrouvé une part de confiance en autrui, du moins assez pour quitter son Màr le temps de quelques heures. Cette promenade suppliée par sa Liée débordante de vie l'angoissa un temps, jusqu'à ce que ses yeux ne se posèrent sur le calme et la beauté du sous-bois entourant Lòmëanor.
Loin du brouhaha de la cité et de son étouffante foule, le duo avait bien vite quitté les rues de la bourgade aux rues animées par son marché et ses échoppes, non sans repartir avec quelques châtaignes grillées au feu de bois après l'insistance de Lhyeraerys, alléchée par ce doux parfum.

En dépit de la pleine saison hivernale, l'air charriait en ses caresses toute la douceur d'un début de printemps. Les arbres n'étaient pas encore dénudés de leurs atours d'automne, vêtus abondamment de feuilles rappelant le baiser de Solyae sur l'horizon lorsqu'il rejoignait Kishi à la faveur du crépuscule. Certaines d'entre elles se détachaient de leur branche bientôt abandonnée par la sève en une paisible et féérique descente, une valse guidée avec lyre par quelques brefs soupirs de la brise matinale.
L'arbre gardien se tenait haut au pied d'un petit étang à l'eau claire d'un vert de myrte, l'onde tantôt troublée par le saut d'un gardon ou l'arrivée d'une feuille orangée à sa surface. Le soleil pointait timidement le bout de son aura par ses pâles et distants halos d'hiver au travers d'un ciel opalin, faisant s'élever du point d'eau et de la terre une brume subtile  qui prêtait aux lieux davantage de magie.
Loneesa était assise sous l'épaisse corolle d'un platane centenaire et reposait sur un saillon aux couleurs aussi douces que son teint de porcelaine rosée. Entre ses doigts glissaient les pages d'un petit recueil de poèmes, une lecture parfois interrompue pour surveiller du coin de son oeil amusé les pitreries de sa dragonnelle plus que ravie.

Lhyeraerys, désormais âgée de quatre mois, s'était révélée être une véritable bonne étoile dans l'existence de la jeune fille brisée. Son incessant entrain et sa perpétuelle bonne humeur avaient de quoi regonfler les coeurs les plus désertés de bonheur, un bonheur amplement mérité pour sa Liée.
Nul ne pouvait encore déterminer de qui veillait sur l'autre, car en deçà de sa jeunesse et de sa petitesse, la Blanche avait su redessiner pléthore de sourires sur un visage qui n'avait que trop connu le chagrin. Loneesa, chaque soir, remerciait Flarmya de lui avoir fait un tel cadeau.

Un instant, absorbée par cet amour indescriptible, elle posa ses tendres iris de perle sur la petite furie qui s'amusait à chasser les libellules qui eurent le malheur d'approcher son sillage. Le corps et la tête plaqués contre le lichen et l'herbe humides, on ne distinguait que son petit postérieur qui balançait, annonciateur d'un bond fulgurant à venir d'autant plus appuyé par les pics qui ceignaient le bout de sa queue agitée d'excitation.  
Ses rugissements de lionceau victorieux accompagnaient le bruissement de ses roulades alors qu'elle faisait craquer écorces, brindilles et feuilles mortes sous son poids pourtant bien léger. Ses chasses parfois infructueuses venaient probablement du fait que la dragonnelle atteignait désormais la taille d'un loup adolescent. La discrétion qu'elle eut alors qu'elle avait la hauteur d'un chat n'était plus alors qu'un émouvant souvenir, quand bien même sa témérité à croire le contraire avait quelque chose d'attendrissant.
Loneesa, comme bien souvent, l'observait ainsi, en silence. La voir enfoncer la tête sous le tapis de feuilles qui jonchaient le sol ou saliver à l'idée d'attraper au vol l'un des petits poissons de la mare bondissant hors de l'eau embaumait son âme toute entière d'une quiétude indéfinissable.

** 'Neesa, 'Neesa, tu as vu ?! ** S'écria soudainement la petite Blanche lorsqu'une grenouille lui fit l'affront de sauter sous son nez.
** Oui, comme elle a l'air belle ! J'aimerais bien la voir de plus près... Si tu en attrapes une, je te promets que nous reviendrons plus souvent, mais ne lui fais pas de mal, d'accord ? **

Il n'en fallut guère plus à la fieffée chasseresse pour s'enquérir de sa mission. Lhyeraerys se posta en embuscade tout près de l'étang et se mit à guetter ses proies du jour, sans comprendre que la pureté de sa robe d'un blanc irisé d'or détonnait dans le camaïeu de brun des roseaux et de l'argile qui bordaient son territoire de chasse.
Le livre ouvert sur les genoux repliés vers la poitrine, Loneesa se figea dans cette simple contemplation, un sourire doucereux aux lèvres. Ses poumons s'emplirent de cet air pur comme pour mieux achever les ombres abritées dans son corps. Elle le sentait, une page se tournait, à la manière dont elle parcourait avec légèreté le petit ouvrage entre ses mains. Doucement, sûrement, elle forgeait en son esprit des armes pour se protéger d'un Mal qui l'eut trop étouffé. Enfin, oui, elle respirait.

Lhyeraerys fondit sur sa proie d'assez belle taille, plongeant ses pattes avant dans l'eau glacée de la mare lors de sa triomphante entreprise. Enivrée par sa réussite, elle s'en revint vers son âme-soeur en sautillant et se dandinant d'allégresse. En s'asseyant lourdement, avec la grâce d'un chiot, elle semblait sourire à la manière d'un bipède hilare tout en gardant la gueule fermée sur son précieux trophée.

« Félicitations, ma douce ! Tu veux bien me la montrer ? » Quémanda doucereusement l'elfe, le plus naturellement du monde tout en déposant le recueil à côté d'elle et en lui présentant ses mains jointes, les paumes ouvertes vers le ciel.

Lhyeraerys acquiesça d'un franc signe de tête, dégoulinante de fierté, puis relâcha son emprise sur la petite grenouille hébétée qui tomba dans les mains de la jeune fille. Au delà du simple fait d'avoir réussi à capturer la petite créature, le plus grand des bonheurs était celui de voir sa bipède se réjouir sans faire semblant. Leur coeur mutuel était d'une incommensurable pureté, mais celui de Loneesa n'en n'était que plus précieux par les affres endurées de son passé.
Lhyeraerys sourit alors de tous ses crocs en une fort amusante grimace, la gueule penchée sur le côté tandis que Loneesa s'attardait à observer la petite chose lovée entre ses paumes. Le bout de ses pouces effleura la peau humide et collante de la grenouille juste avant que celle-ci ne bondit hors de ses mains pour mieux regagner son royaume. Son ton léger s'éleva à nouveau en une frivole brume alors qu'elle se frotta les mains pour en éconduire la fraîcheur.

« Laissons la rentrer chez elle et retrouver sa famille, veux-tu. Tu veux un câlin ? » Dit-elle en ouvrant les bras à l'intention de sa Liée.
** Ouiiiii ! ** Lui répondit-elle en s'élançant à son tour contre la poitrine de sa soeur d'âme.

Loneesa enserra Lhyeraerys contre elle dans une chaleureuse étreinte, l'entourant amoureusement de ses bras comme le plus précieux des trésors. La petite Blanche prenait garde à ne pas griffer les épais vêtements de l'elfe en enfouissant doucement sa tête sous son écharpe pour mieux sentir la chaleur de son cou.
Elles demeurèrent ainsi un long moment, jusqu'à être interrompues par l'apparition peu amène d'un homme aux manières retorses.

Il n'était pas difficile de constater que l'inconnu était encore ivre de la veille, tant à sa démarche chaloupée qu'à la courte et difficile nuit imprimée sur le moindre pli de son visage en partie dissimulé par une chevelue brune et filasse.
Se pensant seul, l'homme releva le bas de sa tunique pour dénouer la cordelette qui tenait son pantalon, tout cela dans le but de se soulager contre le premier arbre sur lequel son regard se poserait.
Immédiatement, rappelée par ses démons, Loneesa se crispa sous la chamade de son palpitant emballé. Une chaleur étouffante lui montait à la gorge tandis qu'elle serrait davantage sa Liée contre elle, une frayeur naissante par la seule apparition de l'homme mais appuyée par la perspective de le voir tout à nu. Tant par un instinct viscéral à se défendre d'un énième traumatisme, la jeune fille scella ses paupières et détourna la tête, le corps entier pris de tremblements qu'elle s'efforça tant bien que mal de maîtriser. Lhyeraerys, quant à elle, se défit de l'étreinte de sa bipède pour se positionner devant elle, le dos rond et les écailles hérissées comme un chat.
Soudainement, l'homme parut les distinguer dans les brumes de sa gueule de bois.

« Hola je ne vous avais pas vu, les gamines ! Enfin bon, la blondinette a pas la tête à voir ça pour la première fois, hein ! »
** Va-t-en ! Tu as bien ailleurs où aller, la forêt entière s'étend devant toi ! **

Mais la pensée de la dragonnelle se heurta à un esprit dénué du Don. Les ricanements de l'homme ponctuaient les odieux bruits de sa miction couplés à ceux de ses reniflements disgracieux ou encore ses raclements de gorge concluant à de répugnant crachats.
Les orbes de Lhyeraerys prirent une teinte rosée, puis rougeoyante. Elle émit plusieurs rugissements avertissant le natif du bourg à s'en retourner cuver plus loin, en vain.
Loneesa, elle, semblait étouffer par les assauts d'une crise de tétanie. La tête recroquevillée entre les genoux, les mains posées sur les oreilles, elle ne pouvait plus bouger tant elle peinait à reprendre possession de son corps. Son souffle tremblant et sifflant trimait à se frayer un chemin par delà sa gorge nouée, mais elle luttait et ne s'abandonnait pas entièrement à son angoisse.
Lentement, péniblement, la jeune fille inspira et souffla comme elle put.

« Ohhhh ça va, ça vaaa ! Elle est pas si effrayante que ça, tu vas t'en r'mettre. T'en verras des bien plus grosses, gamine. Passe donc boire un coup à la taverne, ça va t'calmer et je pourrai t'la montrer dans d'autres circonstances ! » Cracha-t-il, sarcastique, en se revêtant et en s'essuyant les mains sur le haut de sa tunique.

Lhyeraerys ouvrit ses ailes pour paraître plus grande, et au moment où elle s'apprêta à fondre sur les mollets de l'homme, la voix de sa bipède fendit l'air.

« Allez vous-en ou je crie ! »

Malgré la candeur habituelle de son visage sans haine, une certaine noirceur suintait de ses iris gris. Sa terreur était maladroitement dissimulée par de la colère, et il était certain que le masque tomberait bien vite si l'homme se montrait plus insistant. Ce dernier se gaussa d'un rire gras mais ne bougea pas de place, croisant les bras sur sa poitrine, défiant la jeune elfe d'un regard provocateur.  
Lhyeraerys crachait et feulait, d'autant plus fort qu'elle avait encore la taille d'un chien.
L'inconnu s'avança alors.

« Allez bichette, laisse moi me faire pardonner par un p'ti baiser sur ta jolie joue et on s'ra quites. »

Hâtivement, Loneesa recula faute de trouver la force nécessaire de se lever, défigurée par la terreur. Sa voix douce se déchira en un hurlement paniqué, ses yeux écarquillés trempés de larmes s'accrochaient avec horreur à la silhouette menaçante qui s'apprêtait à lui tomber dessus.

« A L'AIDE, PITIÉ ! »

Lhyeraerys rugissait comme elle le pouvait et amorça son attaque, lorsque soudainement...


[RP] Les êtres brisés Logolhyera[RP] Les êtres brisés Signlo3
Revenir en haut Aller en bas
Amaélis Eleicúran
Chevalier Errant
Chevalier Errant
Amaélis Eleicúran


Date d'inscription : 01/09/2013
Sexe : Féminin
Présentation : URL
Messages : 151
RPs : 81
Race : Neishaane
Âme-Soeur : L'Airain Ithildin
Affiliation : Apolitique
Alignement : Chaotique Neutre (Kaerl Englouti)
Ordre Draconique : Ordre Draconique Neutre (Kaerl Englouti)

[RP] Les êtres brisés Empty
MessageSujet: Re: [RP] Les êtres brisés   [RP] Les êtres brisés Icon_minitimeLun 16 Nov 2020 - 23:01

[RP] Les êtres brisés Shay-53b0df6
Chevalier Shay Ekatz, Lié à la Verte Zhaleh

D’ordinaire, Shay Ekatz préférait profiter de ses rares permissions pour se lever tard et passer sa journée à s’occuper d’un mal de tête résultant des excès de la veille. Cependant, lorsque vous aviez passé plus de la moitié de votre vie à être tiré du lit aux aurores par des supérieurs pourtant rarement matinaux, dormir jusqu’à midi demandait souvent trop d’efforts pour en valoir vraiment la peine. Ainsi, quand ses paupières s’ouvrirent d’elles-mêmes une heure avant l’aube, le Sergent des Crocs d’Argent poussa un grognement de désespoir, roula sur le côté pour tenter de retrouver le sommeil tout en sachant pertinemment que c’était peine perdue, et dut bien s’avouer vaincu dès qu’il sentit que ses jambes commençaient à s’agiter sans raison apparente.

Ce n’était pas si grave. Non, ce qui était dommage, c’était qu’à cause de ces satanées habitudes militaires, il allait devoir supporter sa migraine plus longtemps que prévu – et une telle perspective ne l’enchantait guère.

Depuis qu’il était au Kaerl, Shay s’était fixé peu d’objectifs. Passer l’Empreinte. Intégrer les Crocs. Trouver une faille légale qui lui aurait permis d’assassiner Usui Ikeda. Mais, parmi ces peu nombreuses ambitions, il y en avait aussi une dont on l’entendait moins parler : obtenir de Nealyan Shamar sa recette-miracle contre la gueule de bois. Car, à bien y penser, cela leur aurait rendu service à tous les deux. Elle n’aurait plus à supporter qu’il vienne vomir sur ses précieux patients, et lui n’aurait plus besoin de quitter le confort de ses appartements alors que sa seule envie était de se rouler en boule dans un coin pour mourir. Mais la vieille Guérisseuse était bornée. Elle n’acceptait de partager ses secrets qu’avec ses apprentis et ceux qui, selon ses propres termes, "le méritaient".

En désespoir de cause, l’Humain tendit son esprit vers celui, encore endormi, de sa Liée et fut assailli par un flou d’images et de sensations rêveuses. Soit. Il était sans doute trop tôt pour songer à réveiller la Verte. Contrairement à lui, elle était capable d’apprécier les vertus d’un long sommeil, et même quelqu’un comme Shay rechignait tout naturellement à lui ôter ce droit. Avec un soupir, il se massa les tempes, se leva et entreprit une toilette sommaire, frissonnant au contact glacé mais bienvenu de l’eau sur son visage brûlant. Il n’avait plus qu’à aller quérir l’aide d’un quelconque thaumaturge ou d’un énième charlatan de Lòmëanor… De toute manière, Efisio était en service aujourd’hui, et Shay avait bien mieux à faire qu’importuner le Fëalocë tandis qu’il essayait vainement de se faire respecter par ses hommes.
Il enfila donc sa tenue de ville, ses bottes montantes et s’emmitoufla dans un lourd manteau de laine noire. Il laissa derrière lui son épée, cracha dans la bassine qui avait accueilli ses ablutions et quitta son logis pour rejoindre l’Agora.

~°~

Le petit sachet rempli d’herbes et de fleurs séchés que lui avait vendu le rebouteux errant derrière les tavernes les moins réputées de la bourgade empestait. Cela n’empêchait pas le Chevalier de le tenir devant son nez, fronçant les sourcils à chaque fois qu’il inspirait et grimaçant face à la nausée qu’une telle odeur rendait inévitable. Zhaleh, entre temps, s’était inquiétée de ne pas trouver son Lié à son emplacement habituel et, sans que Shay comprenne vraiment pourquoi l’idée de le savoir à Lòmëanor la rendait si enthousiaste, avait insisté pour qu’il l’attende. Alors, il l’attendait. Et, entre deux haut-le-cœur, priait pour qu’elle ne l’entraîne pas encore dans ces magasins d’étoffes qu’elle appréciait tant mais qui, selon lui, puaient la teinture et le parfum.

Tout à sa misanthropie notoire, l’Humain s’était inconsciemment éloigné des rues animées, puis des champs alentours, pour finalement se retrouver en bordure de la Sylve. Le calme soudain du sous-bois le prit presque par surprise. Shay n’était pas un inconditionnel des promenades, se déplaçait rarement sans un but précis en tête – et la bête contemplation des arbres et de la nature tranquille ne faisait pas partie de ses préoccupations. Il en oubliait presque que, plus jeune, il avait aimé échapper à la surveillance de ses aînés pour aller observer les oiseaux. Le Chevalier fourra le sachet dans sa poche, inspira profondément une bouffée de cet air matinal si particulier, rendu piquant par l’approche de l’hiver, et, pour une fois, laissa le hasard guider ses pas.

En guise de hasard, finalement, ce fut le bruit lointain d’une voix qui l’attira. C’était plus fort que lui. Même lorsqu’il n’y prenait pas garde, ses sens étaient aussi entraînés que ceux d’un limier et restaient en constante alerte. Ils le menaient toujours vers l’Homme, car celui-ci n’était jamais rien de plus qu’un accident potentiel et son devoir était d’empêcher les accidents. Il remonta donc la piste et, à mesure qu’il approchait, distinguait de plus en plus clairement l’élocution à la fois beaucoup trop sonore et très mauvaise d’un individu ayant abusé des bonnes choses. Contournant l’étang, il découvrit enfin la source de ce désordre, tout à fait malvenu au vu de l’heure. Un lourdaud contait fleurette – à sa façon, rustre et entreprenante – à une donzelle qui n’avait pas l'air ravie de faire l’objet de telles attentions, s’il fallait se fier à sa petite Liée qui tentait tant bien que mal d’intimider le malappris.

Shay tendit l’oreille.

Ah, ça, c’était un très grossier personnage. Il reconnaissait. Et la pâle ingénue recroquevillée contre le tronc du platane comme si elle avait pu, comme dans les vieux contes de Thalassie, fusionner avec lui pour échapper à ses peurs venait compléter la scène. Le tableau était cruellement familier. Baissant instinctivement les yeux, le cœur battant, Shay s’intima d’oublier ce qu’il venait de voir et tâcha de faire demi-tour le plus discrètement possible. Une sueur étrange se formait dans sa nuque en même temps qu’un bourdonnement sourd se mettait à sonner à ses oreilles, peuplant l’espace étriqué de son crâne. Inutile. Il ne pouvait rien faire. Il la sauverait maintenant, et demain, elle succomberait aux mains d’un autre. C’était inutile. Un pas après l’autre, il obligea ses jambes à l’éloigner de cet endroit, vite, plus vite, avant que…

Le hurlement de la demoiselle le frappa avec la violence d’un blizzard, bourgeonnant en frissons féroces le long de son échine. Le son de cette voix avait la fréquence de ses cauchemars. Il pénétra brutalement son esprit, où il invoqua, sous forme de bouillie infâme, un cortège de souvenirs dont chacun des membres voulait être premier de la procession. Combien de mains avait-il vu se lever ainsi ? Pour ne pas voir, pour former un bouclier, pour une dernière prière. Combien de fois avait-il tourné le dos ? Combien de fois lui avait-on tourné le dos ? Il avait déjà vécu cette scène. Mais sa mémoire incertaine ne lui permettait jamais de savoir s’il avait alors été victime ou coupable. Il avait déjà joué cette scène, encore et encore, jusqu’à l’écœurement. Shay sentit son souffle lui échapper et il chercha à tâtons le support d’un arbre pour y appuyer son crâne.

° Merde, vous vous foutez d’moi… °

Il observa ses poings serrés marteler l’écorce, puis ses doigts se tendre pour ramasser une branche à ses pieds. Son corps ne pesait plus rien lorsqu’il s’élança dans la direction qu’il ne souhaitait rien tant qu’éviter. Mais il ne le contrôlait plus. Ce ne fut que lorsqu’il croisa le regard de l’autre homme que Shay reprit ses esprits. Perdant alors de vue la situation dans son ensemble, il ne lui resta plus qu’une rage incompréhensible au ventre et ce bout de bois entre ses mains. Ce qu’il devait faire de ces deux éléments n’aurait pas pu être plus clair. Il recula son bras pour prendre de l’élan et explosa la branche contre la tempe du nuisible.  

L’enchainement de ses gestes avait tout le naturel d’une chorégraphie maintes et maintes fois répétée. Shay était une créature de routine, et cela se voyait jusque dans la manière dont il corrigea le malotru. Sans hésiter ni sourciller. Comme s’il effectuait une tâche particulièrement triviale tout en réfléchissant à des choses plus ennuyeuses encore. Profitant de son équilibre précaire, les mains de l’Humain fusèrent pour attraper l’ivrogne de chaque côté du crâne et l’attirer vers le bas. Dans le même temps, son genou droit jaillit à la rencontre d’un nez, rouge et épaté, décidément une cible de choix au milieu de ce visage dont chaque centimètre semblait pourtant appeler à la violence. Un coup, puis deux, et il y eut le son caractéristique, à la fois désagréable et stupidement satisfaisant, de cartilage se brisant en éclats.
Shay laissa l’homme tomber à terre, ses râles de douleur noyés dans un gargouillis sanglant. Par principe, il écrasa longuement sa joue sous le talon de sa botte avant de se baisser pour l’empoigner par les cheveux.

« Allez, dégage tant qu’tu peux encore marcher. Plus longtemps j’vois ta sale gueule, plus elle m’donne envie de  t’briser les os un par un. »

Crachant des glaviots rougeâtres, l’homme se redressa avec difficulté puis, chancelant et proférant insultes et menaces incohérentes, il fila sous le regard peu impressionné du Chevalier Vert. Dès que celui-ci fut certain que l’autre n’était plus dans les parages, il se tordit pour vomir tripes et boyaux, se tenant le ventre d’une main tandis qu’il était secoué par une soudaine quinte de toux. Il poussa un grognement de douleur et d’agacement mêlés, s’essuya la bouche du revers de la main et, sans y prêter attention, usa de la même pour dégager quelques mèches qui s’étaient collées à son front. Il leva ensuite la tête, le temps de reprendre son souffle, contemplant vaguement les pans de ciel visibles à travers la dentelle de feuillages, jusqu’à ce que le discret craquement de brindilles lui rappelle la présence des deux êtres à ses côtés.

Les bras étroitement croisés contre sa poitrine, ayant choisi de garder ses distances parce qu’il n’était pas assez stupide pour croire que les Dieux l’avaient soudain doté d’une aura de beau chevalier en armure rutilante, il se retourna et envoya rouler du bout de la botte écorces et akènes en direction de la jeune fille pour attirer son attention.

« Hé, petite. Ça va aller ? Ce porc t’a pas fait d’mal ? » demanda-t-il d’un ton rauque. Il avisa sa posture, la tétanie qui l’avait figée comme une statue de marbre clair. Il choisit d’ignorer les picotements dans ses paumes, le hurlement prisonnier de sa gorge et qui le démangeait, se concentrant plutôt sur le mouvement machinal avec lequel il ôtait le sang de ses mains, les frottant avec acharnement contre la laine rêche de son manteau.

« Désolé qu’t’aies eu à voir ça. Mais y’a des bestiaux, quand ils sont mal éduqués de base, ils comprennent pas quand on leur parle avec des mots. » Il renifla d’un air de dérision, attendit une réaction. Glissant un regard vers la Blanche, il reprit : « Vous devriez pas rester dans l’coin. J’lui ai mis son compte, mais c’est pas exclu qu’il revienne avec deux-trois copains. » Cette fois-ci, le Chevalier enfouit ses mains dans ses poches. Il s’apprêtait à rebrousser chemin lorsqu’il perçut à quel point la respiration de la jeune fille semblait laborieuse.

« Vous voulez ptet’ que j’vous accompagne ? C’est pas pour m’vanter, mais en général, les gens ont tendance à m’éviter. »


Dernière édition par Amaélis Eleicúran le Lun 10 Mai 2021 - 0:42, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Loneesa Aoibheann
Chevalier Dragon
Chevalier Dragon
Loneesa Aoibheann


Date d'inscription : 27/06/2019
Sexe : Féminin
Messages : 5
RPs : 4
Race : Elfe
Âme-Soeur : La Blanche Lhyeraerys
Alignement : Neutre Bon (Kaerl Céleste)
Ordre Draconique : Ordre Draconique de Lumière (Kaerl Céleste)

[RP] Les êtres brisés Empty
MessageSujet: Re: [RP] Les êtres brisés   [RP] Les êtres brisés Icon_minitimeMer 18 Nov 2020 - 22:33

Le paisible paysage avait pris des allures de théâtre burlesque et tragique sous toute la caricature de  la pièce classique qui s'y joua : une histoire de demoiselle en détresse, de vil brigand et de... preux chevalier. Avec des formes bien moins lyriques, cependant, vous en conviendrez.
Les moineaux se turent, envolés plus loin en une avertissante flopée pour le reste du sous-bois et les pies se mirent à caqueter bruyamment dans une vaine tentative d'impressionner les troubleurs à leur repos.
D'une certaine façon, tout s'y fit bien plus oppressant. L'air lui-même parut s'alourdir de la pestilence du tapis de feuilles mortes au sol mêlée aux notes ferreuses du sang répandu sur le chamarré de fauve et de moutarde de ce qui habillait plus tôt les érables tout autour. Même les grenouilles s'étaient dissipées, attendant la fin du chaos intempestif bien à l'abri sous les disques verts formés par les nénuphars. Gaïa elle même eut pu s'offusquer d'un tel vacarme en bonne Mère de ce tableau d'ordinaire idéal, les poings sur les hanches et la mine froncée, agitant peut-être à l'occasion un doigt réprobateur tant à l'encontre du perfide brigand que du vaillant chevalier. Mais pour autant, la clémence était de rigueur, car le perturbateur venait de sacrément recevoir son dû par un beau revers du poing de celui qui rechigna tout d'abord à intervenir.
Étrangement, le soleil laissa paraître entre les nuages un rayon plus fervent, déposé là sur le teint blafard du Chevalier Englouti qui s'anima alors de traits moins spectraux quoiqu'encore livides, comme une austère breloque d'argent à l'éclat recouvré après avoir passé des décennies sans lumière dans un coffret. L'inconnu avait l'apanage d'une étoffe de soie sauvage teintée dans un bain de cendres blanches : une apparence délicate et ô combien fragile pour mieux abriter le fil le plus résistant du Monde connu et ainsi tisser des atours à la noblesse incontestable. Ironiquement, les plaies étaient jadis recousues par un fil de soie, bien que le nécessité dépassait le stade de la coquetterie...    

Tout était allé très vite. A tel point que la petite Lhyeraerys n'avait pas bougé de place, figée dans sa posture d'attaque, la tête basse et les babines retroussées au dessus de ses crocs en épingles. Ses grognements s'intensifièrent à l'irruption du nouvel arrivant puis cessèrent lorsque ce dernier dégaina son premier coup de semonce. La dragonne devint mutique dès lors que les premières gouttes de sang fusèrent en l'air, car de chaos chargées les gouttelettes répandues sur le sol annonçaient sa totale et définitive perte de contrôle sur la situation.
Peut-être un peu fascinée par la violence de la scène, la dragonnelle ne put rien faire que de laisser défiler l'action sous ses orbes rougies par la fureur de défendre sa bipède, prostrée tout près derrière elle. Toutes deux essuyèrent avec dégoût le bruit produit par les os brisés et les échos sourds des coups perpétrés avec hargne, étouffés par l'amorti de la chair talée sous leur courroux.

Loneesa sentit son esprit la quitter, encore, hélas, comme de bien trop nombreuses fois par le passé, comme à chaque fois que ça arrivait.
Son corps recroquevillé n'était plus qu'une coquille vide, un dolmen immensément lourd, qui l'empêchait de fuir. Comme elle se maudissait d'être si couarde, si faible ! Comme elle maudissait ses jambes de ne pas pouvoir la porter loin d'ici, en attendant que le firent les ailes de sa Liée une fois l'âge adulte atteint. Le moindre son, la moindre sensation lui rappelait ses pires moments. La brise hivernale lui sembla tout d'abord plus chaude, reflet pernicieux du souffle des hommes pressés contre sa peau nue malgré ses refus hurlés ; puis glaciale, comme l'amer souvenir de l'immense solitude baignée de honte qui l'assaillait une fois qu'elle se retrouvait abandonnée, confrontée à elle-même et ce vide béant qui s'ouvrait en son âme meurtrie.
La jeune fille en eut le tournis et la nausée, la gorge serrée par les mains de ses souvenirs, étouffant sous cette masse qui d'ordinaire ne faisait que flotter au dessus de sa tête comme un nuage d'orage mais qui cette fois encore s'abattit de toute sa fureur sur ses frêles épaules. Sa respiration se fit sifflante, saccadée, alors que ses mains se portèrent à ses oreilles pour mieux diminuer la cacophonie de ce concert de traumas. Loneesa sentit bien la présence de Lhyeraerys qui atténuait du mieux que ce fut possible sa crise, mais elle ne put l'endiguer pleinement. La pauvre Blanche se retrouvait avec bien trop de choses à gérer, mais le plus grand danger résidait dans la silhouette de l'homme désormais inerte au sol.

** 'Neesa, il faut que tu te réveilles, il est sonné et par-terre, le méchant ! **
** Mais l'autre, que fait-il ?! **

Une inspiration, enfiévrée. Une autre, moins tumultueuse. Une énième, plus calme. Et enfin, la promesse d'un retour à la norme. De ses lèvres s'extirpèrent un filet d'air bien mieux maîtrisé et salvateur pour son corps tout entier qui, peu à peu, se déraidit.
Lentement, sans rouvrir les yeux, elle se permit d'écouter à nouveau les bruits environnants, à noter un certain calme en dépit des dégoûtants râles gutturaux et crachats de leur tortionnaire.
Loneesa secoua la tête dans un spasme d'écœurement, probablement pour s'empêcher d'être malade à son tour, tout en serrant les dents par sa mâchoire crispée de répulsion. Le coeur quelque peu apaisé mais toute entière rassurée de ne plus entendre la bile élocutée par son importun convive, la jeune elfe osa rouvrir les yeux. Immédiatement, ceux-ci avisèrent avec méfiance la silhouette vautrée dans l'herbe et le lichen, immobile mais geignante, le visage à demi-tourné contre le sol. Cette première perspective la rassura, mais tout aussitôt elle rabattit son attention sur leur héros qui expulsait tripes et boyaux dans une purge peu ragoûtante...

Ses yeux ronds et écarquillés le fixaient par dessus l'arrondi de ses genoux ramenés jusqu'à son visage, sans ciller pendant de longues secondes de peur qu'il ne profitât d'un battement de paupières pour l'attaquer à son tour et la mettre en pièces de la même façon.
Loneesa sursauta tant lorsqu'il empoigna une épaisse touffe de cheveux qui prédominait le dessus de son crâne amoché qu'au moment où il cracha sa fureur par un verbe peu courtois. La malotru disparut péniblement sans demander son reste sous l'air alerte de la Chevalière Blanche qui en silence bénit le moindre de ses pas l'éloignant d'elle et sa Liée.
La jeune elfe leva alors de nouveau des iris brillants à l'intention de l'homme encore présent, une oeillade mêlant autant la peur panique d'un faon surpris par un lynx que l'admiration d'une fillette vers le beau geste de son père. Un engouement qui détala aussi vite qu'un lapin poursuivi par un renard lorsque l'inconnu se mit à répandre le contenu de ses tripes sur le sol. A nouveau, Loneesa secoua la tête en plissant le nez, mue d'un profond dégoût qui lui fit à son tour avoir un haut-de-coeur.
Lhyeraerys, elle, avait fini par s'asseoir, curieuse et intriguée en penchant la tête sur le côté pour mieux détailler l'homme dans une posture bien peu élégante.

** Tu es malade ? Tu veux qu'on te conduise à un guérisseur ? Ca m'a pas l'air très sain ce que tu expulses. **

Une fois qu'il eut fini de se vider les entrailles, Loneesa sursauta en recevant au bout de ses pieds quelques unes des feuilles et brindilles qu'il envoya d'un revers de pied, resserrant davantage l'étreinte de ses bras autour de ses jambes repliées.
Au delà de la simple hésitation, elle mit un long moment à simplement être capable de susurrer pour lui répondre « N... Non non... » à sa première question, tout en décrispant un peu le haut de son dos hérissé mais non sans trembloter.

** Ca va, je le sens bien celui là. Enfin il sent mauvais, mais son âme sent bon. Enfin non plus mais, la dragonnelle secoua la gueule pour remettre son idée en place, tu n'as pas trop à t'inquiéter ! Au pire, il est pas bien grand, je suis à la bonne hauteur pour mordre ce qu'il faut. **

Lhyeraerys agita lentement le bout de sa queue sans se départir de la tâche d'observer le encore-sans-nom mais bien Doué, tel qu'elle le sentit en apposa son esprit sur le sien.
Rassemblant son courage à deux mains, Loneesa trouva la détermination nécessaire pour sortir de la poche de son manteau un mouchoir, tout ça pour se trouver bien bête. Elle n'allait pas lui lancer comme un moins que rien, le pauvre avait l'air déjà bien mal en point, mais l'idée de s'approcher de lui lui rongeait les viscères. Elle tourna fugacement la tête vers sa Liée qui anticipa sa demande

** Tut tut tut tut, tu te débrouilles, je t'ai dit qu'il était correct, celui-là. Ne t'a-t-il pas évité l'approche de l'autre bourru ? **

Loneesa se renfrogna un instant, peu pressée de quitter la distance qui la séparait de l'inconnu qui, bien que l'ayant sauvée, restait un ennemi plus que potentiel. Le danger était appuyé par son acharnement à essuyer le sang sur son propre habit, même si ce geste avait plus des relents refoulés d'une vaine tentative de corriger sa présentation face à elle, comme si laver sa peau souillée de rouge allait pouvoir effacer la scène qu'il venait d'imposer à son regard.
Transie de froid et grelottante tant sous les résidus de sa crise d'angoisse que par le froid humide qui désormais la cernait, la jeune fille se leva avec précaution et méfiance, sans détacher ton regard de
l'homme plus de quelques secondes pour mieux se préparer au pire.
Elle s'approcha, suffisamment pour que son bras tendu put lui présenter son mouchoir mais en gardant une assez bonne distance de sécurité.

« Tenez. C'est.. c'est pour vous essuyer les mains, ou la bouche... » Tinta sa petite voix chevrotante en lui présentant le carré de tissu beige propre et soigneusement plié, pincé entre son pouce et son index.

Tandis qu'elle avait osé l'observer de loin, jamais ses iris de gris perle ne le regardèrent directement dans les yeux, désormais bien plus proche de lui. Les tréfonds de son âme avaient envie de lui faire confiance, car après tout il l'avait sauvée. Mais les hommes avaient bien trop souvent eu la répugnante manie de la détruire, d'une manière ou d'une autre.
Poussée par la réassurance de sa Liée et sa propre viscérale bonté, Loneesa prit une grande inspiration et s'en retourna récupérer son saillon et son sac avant de revenir, le pas hésitant, vers celui qui n'avait pas encore de nom.

** C'est étonnant, il ressemble au dernier chiot chétif de la portée mais il a la hargne du chef de meute. **
** Ce n'est pas gentil, Lhyra... **

Lhyeraerys roula les yeux vers le ciel puis se releva à son tour. La petite Blanche émit un petit grondement amical. Sa pensée suivante s'adressa à l'homme, sincère et enjouée, bien loin du timbre apeuré de son âme-soeur.

** Je te remercie pour ton aide, petit homme, ce ne sera pas oublié, sois en certain ! **

« Je.. Je vous remercie du fond du coeur de m'avoir protégée de cet homme... Les Dieux seuls savent ce qu'il aurait pu me faire si vous n'étiez pas intervenu... Loneesa baissa les yeux, un peu honteuse, en s'emmitouflant de son saillon désagréablement humide. Une petite moue contrite et peinée habillait son visage anguleux, cerné par ses longs cheveux blonds et lisses qui accentuaient la candeur de ses traits. D'une même douceur méfiante, elle poursuivit. Si vous l'acceptez, j'aimerais vraiment beaucoup vous remercier en vous offrant le petit-déjeuner. Je ne peux pas vous laisser repartir comme ça, sans récompenser votre courage, avec le ventre vide, qui plus est. Se désola-t-elle en évitant à tout prix de regarder le bol gastrique répandu au sol. Je vous en prie, laissez moi faire quelque chose pour rendre cette journée bien meilleure qu'elle n'a commencé. Je voudrais au moins vous donner quelque chose pour récompenser votre bravoure. »

Une profonde et ingénue sincérité auréolait son minois, témoignage d'une grande pureté d'âme. Il ne résidait à sa surface aucun signe de malveillance ni plus que dans ses opales innocentes pourtant animées d'ombres distantes.
Après une profonde inspiration supplémentaire, pour répondre à la dernière question de l'homme, elle vint s'agripper à lui en écrasant sa joue contre sa manche. Les bras de Loneesa enlacèrent vigoureusement celui de son sauveur, comme une fillette étreignant son doudou pour chasser les monstres de sa chambre. A noter que son "doudou" du jour dégageait une savante fragrance, des odeurs alliant des relents d'alcool et de régurgitation de ce dernier, et en note de fond celles d'herbes piquantes égarées dans ce miasme peu avenant. Mais qu'importait, Loneesa s'en moquait éperdument. Il pourrait être un ermite en haillons et puer la charogne que son étreinte n'en serait pas moins forte.

La jeune elfe remarqua cependant qu'ils avaient la même taille et, dans un soucis sincère de ne pas s'imposer d'une quelconque manière ni de lui faire l'outrage d'être aussi grande que lui, elle renfrogna un peu la tête entre ses épaules dans un effort de s'amoindrir. Lhyeraerys, elle, parut gonfler les épaules dans la perspective de paraître plus grande, bien qu'elle demeura ridiculement petite par son stade encore juvénile.
Après une brève interlude, tant timide que réservée, elle daigna relever légèrement le menton sans pour autant affronter du regard son preux chevalier.

« Voudriez-vous bien me confier votre nom, si cela ne vous offense pas ? J'aimerais ne pas l'oublier pour le noter dans mon âme sur le souvenir de votre visage. J'ai à coeur de ne pas oublier les personnes qui me sont venues en aide, d'une manière ou d'une autre. Je ne l'oublierai jamais, vous êtes un véritable et brave héros. Merci beaucoup. Merci infiniment. Vous n'avez pas idée de... »

Elle se ravisa avant de terminer sa phrase, engonçant davantage sa tête sur son cou. Puis reprit, d'un ton rassurant et constant.

« Comme ça, je pourrai aussi changer les rumeurs qui font que les gens ne veulent pas vous côtoyer... Il faut les pardonner de ne pas connaître votre gentillesse. Ils ont le jugement facile, et s'arrêtent trop souvent à l'apparence. »

Loneesa renifla doucement, à basse-note, peinant à supporter la lourdeur de l'humidité environnante.

« J'ai un peu froid... Si ça ne vous dérange pas, pourrions-nous aller là où il y a un bon feu de cheminée ? »

Dans l'expectative, toujours sans oser regarder son vaillant chevalier dans les yeux, la petite colombe se pendit davantage au bras de l'inconnu sans pour autant lui paraître lourde.


[RP] Les êtres brisés Logolhyera[RP] Les êtres brisés Signlo3
Revenir en haut Aller en bas
Amaélis Eleicúran
Chevalier Errant
Chevalier Errant
Amaélis Eleicúran


Date d'inscription : 01/09/2013
Sexe : Féminin
Présentation : URL
Messages : 151
RPs : 81
Race : Neishaane
Âme-Soeur : L'Airain Ithildin
Affiliation : Apolitique
Alignement : Chaotique Neutre (Kaerl Englouti)
Ordre Draconique : Ordre Draconique Neutre (Kaerl Englouti)

[RP] Les êtres brisés Empty
MessageSujet: Re: [RP] Les êtres brisés   [RP] Les êtres brisés Icon_minitimeVen 20 Nov 2020 - 23:05

[RP] Les êtres brisés Shay-53b0df6 & [RP] Les êtres brisés Zhaleh-drgon-53b0df9
Chevalier Shay Ekatz, Lié à la Verte Zhaleh

La rage qui l’avait animé n’avait laissé comme témoignage de son passage qu’un vague tremblement au bout de ses doigts et une nausée plus prégnante encore que celle de sa gueule de bois. Ses accès de violence le rendaient toujours fébrile. Mais ce malaise, pour déplaisant qu’il dût paraître, lui était mille fois préférable au harassant état d’engourdissement perpétuel dans lequel flottaient d’ordinaire ses sens. Les yeux levés vers le ciel, Shay cligna lentement des paupières, appréciant la caresse discrète de maigres rayons de soleil contre l’angle acéré de ses joues, encore luisantes de sueur.

« Nan, c’est rien. » répondit-il, l’air hagard, à la petite voix qui s’était immiscée dans le vide de ses pensées, s’inquiétant de ses précédentes régurgitations. Sur qui avait-il pu bien tomber, pour se préoccuper ainsi de son état alors qu’elles venaient tout juste d’échapper à une matinée bien moins enviable que la sienne ? Sur une inspiration ferme, le Sergent retourna le questionnement vers la demoiselle car si quelqu’un avait risqué quelque chose, c’était bien elle et certainement pas lui, qui était un homme fait et un soldat de surcroît.

Si le Chevalier ressentit un certain soulagement à la réponse de la jeune fille, il n’en laissa rien paraître. Il carra les épaules, autorisant son regard terne à détailler rapidement la demoiselle, cherchant la faille avec toute l’acuité d’un rapace, habitué comme il l’était aux mensonges – que ceux-ci se veuillent pieux ou non. Elle semblait choquée par ce qu’elle venait de vivre mais pas physiquement blessée. Il n’y avait aucune trace de coups sur son minois. Ses habits étaient suffisamment en bon état pour laisser penser que Shay avait agi avant qu’ils n’en soient venus aux mains.

Il l’observa retrouver l’usage de son corps, tirant un mouchoir de sa poche qu’elle vint alors lui présenter, son bras tendu aussi loin qu’il en était capable. Déconcerté, il fronça les sourcils.

« C’est bon, c’est bon. T’es bien gentille mais j’ai pas envie de t’le pourrir. » fut tout ce qu’il trouva à marmonner en guise de réponse, aussi expressif qu’une statue et tout autant figé dans sa position, hésitant encore à prendre la fuite. Il reconnut la voix de la Blanche lorsqu’elle résonna une nouvelle fois dans son esprit. Ne sachant que répondre à sa gratitude, Shay se contenta d’incliner la tête en direction de la dragonnelle.

Il aurait aimé que l’échange de politesses s’arrête ici. Il avait reçu une bonne éducation mais manquait de conviction face à ses semblables, en particulier quand ils pensaient être autorisés à lui jeter toute leur sensibilité ou toute leur gentillesse à la figure. Non, il existait une vérité générale, une condition non-négociable dans l’accord que Shay avait passé avec l’univers pour échapper à la souffrance, et celle-là exigeait de lui qu’il rejette invariablement le moindre mot clément lui étant adressé. Qu’il rie au nez de ceux qui pensaient pouvoir lui octroyer n’importe quelle sorte de valeur humaine et crache au visage de ceux qu’il surprenait à le regarder sans mépris, sans gêne, sans honte, sans colère.

Ce n’étaient pas les facéties d’un Dieu ou de la Nature qui avaient fait de lui ce qu’il était aujourd’hui. Shay avait choisi d’être un monstre, et c’était bien pour cette raison qu’il n’avait pas le droit au pardon ni à l’espoir. Il n’était pas le fruit d’erreurs, pas plus qu’il n’était l’infortuné rejeton d’un passé dont les griffes auraient transformé l’agnelet en démon. Il était un homme qui avait décidé de ne plus l’être.

« Sang-Kaziel, tu parles comme un livre. » grommela le Sergent en se frottant le front, retenant une grimace. Bien à contrecœur, il envoya son esprit à la rencontre de celui de Zhaleh, qu’il trouva fort occupée à prendre un bain de soleil aux abords de la Baie d’Eau Claire. La peste ! Il aurait pu l’attendre longtemps, celle-là !

° J’ai besoin de ton aide. Y’a une fille… Elle est, euh, vraiment gentille avec moi. °
° Shay, tu m’avais promis que tu arrêterais avec cette liqueur d’armoise. °
° Non, non, j’te jure ! Elle se faisait embêter par un saoulard encore ivre de la veille, alors j’lui ai remis les idées en place à ce pourceau. Et maintenant, voilà qu’elle veut m’offrir le petit-déjeuner et qu’elle me regarde comme si j’venais de décrocher la lune à main nue ou une foutaise dans l’genre. °
° Tu l’as sauvée. ° La perplexité de la Verte était quasiment palpable, son ton à mi-chemin entre l’interrogation et le fait. ° Tu t’attendais à quoi, comme réaction ? °
° « Merci. Au revoir, mon seigneur, et bon vent. » Par exemple. °

Un rire cristallin ricocha entre les parois de son crâne, accentuant sa migraine. Sa Liée, bien évidemment, n’était d’aucune aide. Cela n’empêcha pas la curieuse de s’installer en bordure de sa conscience pour mieux épier la suite des évènements. S’abstenant soigneusement de croiser le regard de l’Elfe, tâche qui était bien aisée car cette dernière faisait également tout son possible pour éviter un contact visuel fortuit, il relâcha l’air prisonnier de sa poitrine. Soit. Si elle souhaitait vraiment le remercier, il n’avait qu’à l’éconduire en essayant de ne pas se montrer trop vulgaire. Ou, non – c’était exactement ce qu’il allait faire.

« Bah, ça aurait pu être pire. Toujours un plaisir de rosser du maraud de bon matin. » ironisa donc Shay en faisant craquer ses doigts. « Arrête donc, tes hurlements ont dérangé ma méditation matinale. Et l’autre, sa tête me rev’nait juste pas. » Il cracha par terre pour accentuer son propos, fut secoué par un rire sec. « La bravoure a rien à voir là-d’dans. »

Shay maîtrisait son rôle à tel point que sa propre personnalité était devenue le costume qui lui allait le moins ; celui qui grattait, irritait. Celui qui lui donnait l’impression d’interpréter – très mal – une très mauvaise farce. Certes, il ne fallait que peu de talent pour jouer les malotrus lorsque l’on n’était naturellement pas un modèle de vertu. Mais malgré tout, cela n’empêchait pas le Chevalier d’avoir une certaine notion de ce qui faisait un être humain décent. N’était-ce pas normal de défendre ceux qui ne pouvaient pas le faire par leurs seuls moyens ? Qu’une telle jouvencelle y voit pourtant là une preuve de courage ne faisait que le conforter dans sa vision pessimiste du monde.

« Te fais pas d’idées. J’t’ai peut-être sauvé la mise, mais mon intention était surtout de rappeler à ce crevard où était sa place. » Il plia et déplia les doigts de sa main gauche, sentant le poids familier de la chevalière des Crocs d’Argent à son annulaire et celui, encore insolite mais plus léger, de la bague offerte par Efisio. Ses iris de nacre cherchaient ceux de son interlocutrice sans oser trop s’y attarder. Elle semblait si fragile, si perdue. Il avait l’impression de contempler un oisillon tombé du nid. Cependant, même s’il avait voulu la traiter avec précaution, il n’était pas certain qu’il en aurait été capable. Par mimétisme, son expression tenta de s’adoucir, mais des années de sévérité et d’inconfort, de douleur contenue et de maussaderie assumée, avaient laissé leur empreinte sur son visage dont on devinait à peine, aujourd’hui, qu’il avait pu un jour être délicat.  « Tu devrais pas… »

L’amertume tordit brièvement ses lèvres. Voulait-il vraiment la sermonner ? User de ces mêmes mots qui avaient eu raison de sa candeur ? Quel était le bon choix ? Il ne lui souhaitait pas de devenir comme lui, tout en craignant ardemment le sort que réservait le monde aux âmes trop bonnes. Sûrement, il existait un équilibre ; il ignorait simplement de quelle manière celui-ci pouvait être atteint. Il était trop tard pour lui, mais peut-être pas pour elle. Shay se contenta d’un soupir las, ravalant sa salive. Egoïstement, il avait envie de la préserver, comme on aurait voulu garder pour soi le secret d’une clairière particulièrement accueillante, de l’emplacement du dernier pot de confiture, d'un arbre où aimait venir chanter le rossignol. Pour lui, plus que pour elle. Le bijou ornant son oreille pesait aussi lourd qu’une chaîne de fer. S’il avait été superstitieux, ou même s’il avait eu l’imagination nécessaire, il aurait pu croire que l’argent brûlait sa chair.

Puis, soudain, alors qu’elle avait jusqu’à présent gardé une distance compréhensible, et bien appréciée par le Chevalier qui n’était guère friand de contacts, la jeune Elfe étreignit son bras, appuya sa joue pâle contre la laine comme si elle avait pu y trouver un quelconque réconfort. Shay retint un bruit étranglé. En toute autre circonstance, sa réaction aurait été de la repousser, sans doute plus rudement que nécessaire pour se venger de cet outrage tacite, mais à cet instant, son souffle lui échappa et il perdit à nouveau le contrôle de son corps, le rendant ainsi incapable d’esquisser le moindre mouvement.

Une vague de dégoût le saisit à la gorge et il voulut lui dire, lui demander de bien vouloir le lâcher parce qu’il ne supportait pas, ne méritait pas un tel geste de sa part, qu’elle ne pouvait pas le voir mais que ses mains risquaient d’être souillées, mais les mots restèrent prisonniers de sa poitrine. Son dos se raidit, ses épaules s’affaissèrent avant de se tendre et de se courber à nouveau, dans un cycle irrégulier de lutte et d’abandon. Sans qu’il puisse en saisir la cause, il ressentit finalement une profonde fatigue, doublée d’une tristesse dont l’origine était si lointaine qu’on ne pouvait plus réellement la nommer. Il ne s’appesantit pas sur ces sentiments car cela ne lui apportait jamais rien de bon. Il savait que cela ne l'amenait jamais qu'à tourner en rond dans une cage sans barreaux.

« Shay Ekatz, Chevalier Neutre. » grinça-t-il entre ses dents serrées. Aussi légère que fût l’Elfe à son bras, elle avait pour lui le poids du silence. « J’prends le risque de m’avancer un peu, mais t’as tout l’air d’être tombée de chez les illuminés, toi. »

Comme si sa stupide persévérance à vouloir le remercier n'avait pas été une preuve, elle s'imaginait changer le regard que les gens portaient sur lui. Arguait qu'ils n'étaient pas capables de voir sa gentillesse. Il roula des yeux exaspérés. « Eh, personne a dit qu’ils avaient tort. J’fais pas partie des gentils. C’est pas comme si j’en avais queq’chose à foutre, de toute façon… »
Ni l’un ne l’autre ne bougeait. Shay contrôlait le flux de sa respiration comme dans la crainte d’un mouvement trop brusque, d’un souffle trop sonore.

° Elle a froid et, j’le redis, elle veut m’offrir le petit-déjeuner. °
° Elle est jolie ? °
° Je… Quoi ? Zhaleh, qu'est-ce que j'en sais ? Oui, j’suppose. °
° J’essaie simplement de comprendre pourquoi tu as décidé d’intervenir. Ça ne t’a jamais posé problème de laisser faire. °
° Tu sais très bien que ça a rien à voir avec… J’sais pas. Depuis que j’ai fait cette chute, j’me sens… Différent. Mais j’me souviens pas… j’me souviens de rien. °
° Tu t’es cogné la tête. Voilà tout. °
° T’as l’air sacrément sûre de toi pour quelqu’un qu’était pas là. °
° Je vous retrouverai à l’auberge. °

Alors là, si même sa Dragonne s’y mettait… Le Chevalier dut se faire une raison. De toute manière, il n’avait pas d’autre solution pour le moment. Plus le temps passait, plus la possibilité de voir débarquer une belle bande de vilains nigauds grandissait. S’il avait pu se débarrasser de l’Elfe, il aurait guetté leur retour dans l’espoir de faire passer sa migraine, mais celle-ci ne semblait pas disposée à partir sans lui.

« Allez, allez. C’est bon. » Il secoua un peu son bras dans une tentative de faire lâcher prise à la demoiselle, sans trop d’insistance mais avec assez d’emphase pour espérer correctement transmettre le message. « J’vous accompagne. Mais c’est uniquement parce que l’autre racaille pourrait revenir. T’avises pas d’croire que j’fais ça par bonté de cœur. »

Un air terriblement contrarié jouait avec les ombres sur son visage lorsqu’il se mit en marche vers Lòmëanor, empruntant dans le sens inverse l’exact chemin qui l’avait mené au pied du vieux platane. Shay n’était pas doué pour faire la conversation – encore moins avec une créature comme celle-là ! il n’allait pas lui raconter des histoires sordides d’arrestations et de tortures – et n’avait certainement pas assez de bonne volonté pour ne serait-ce que songer à tenter de trouver un sujet qui aurait pu l’intéresser. Avec un peu de chance, ils rejoindraient la ville en silence. Sinon…
Revenir en haut Aller en bas
Loneesa Aoibheann
Chevalier Dragon
Chevalier Dragon
Loneesa Aoibheann


Date d'inscription : 27/06/2019
Sexe : Féminin
Messages : 5
RPs : 4
Race : Elfe
Âme-Soeur : La Blanche Lhyeraerys
Alignement : Neutre Bon (Kaerl Céleste)
Ordre Draconique : Ordre Draconique de Lumière (Kaerl Céleste)

[RP] Les êtres brisés Empty
MessageSujet: Re: [RP] Les êtres brisés   [RP] Les êtres brisés Icon_minitimeSam 16 Jan 2021 - 20:52


« Sang-Kaziel, tu parles comme un livre. »
« Oh, pardon. » Répondit-elle tout aussitôt, le plus naturellement du monde, en baissant des yeux couleur de granit vers la pointe trempée de ses bottes, une mine contrite arrimée aux traits enfantins de son minois.

** Par Flarmya, arrête de t'excuser pour tout ! ** Piqua sa Liée, sans aigreur, taquine.
** Oui, désolée... **
** ... ** Pivota immédiatement la dragonne pour lui faire face, l'arrondi évoquant des sourcils que formait le sommet de ses orbites froncé avec la sévérité de la queue d'une enclume.

Puis, secouant la tête avec une désolation amusée, Lhyeraerys lança une oeillade moqueuse à l'encontre de sa bipède avant de rouler des orbes brillantes de dérision vers le ciel.
La jeune elfe, après une profonde hésitation, glissa timidement le mouchoir que lui refusa l'homme dans la première poche du manteau de ce dernier qui se présenta à son regard. Le petit carré de lin éburnéen brodé de fleurs de fleurs de poirier par ses soins ferait forte impression dans la main du gradé Englouti...
Tout en actant son geste, avec la délicatesse d'un badaud touchant du cristal pour la première fois, son ton aussi fugace que les premières rosées d'avril fredonna :

« Ce n'est pas grave si vous le salissez ou si vous l'abîmez, c'est fait pour ça après tout, je vous le donne. Comme ça vous en faites ce que vous voulez. Vous avez sali vos mains et votre toilette, par ma faute, alors c'est bien là le moins que je puisse faire. Je n'ai pas beaucoup d'argent mais je peux vous offrir un nouveau manteau, aussi, si vous le souhaitez. »

Un air résolu à la commissure de son minois juvénile, trahissant tant son innocence que sa jeunesse, Loneesa se fit violence pour montrer des signes - bien peu distinctifs - qui tentèrent à convaincre le Chevalier de sa résolution à ne pas accepter un second refus de sa part. Autant dire qu'il suffirait à son héros de seulement la regarder un brin plus sévèrement pour qu'elle virât au pivoine et eût déguerpi sans demander son reste, comme le dernier oisillon du nid bousculé et piétiné par une fratrie affamée.
La Chevalière Blanche, que ce fut par l'incommensurable candeur de son entière incarnation ou par sa voix aussi éphémère que les bruissements d'ailes d'une hirondelle, avait la saveur d'une cuillérée de miel de lavande dans une bouche sèche, brûlante et âpre au lendemain matin d'une longue nuit de fièvre. Elle était la première gorgée d'eau fraiche après une folle soirée d'ivresse qui ne connut que la lie et la bile, une odeur furtive d'eau de rose dans une cave moite et étouffante, un courant d'air frais et vivifiant qui traversait de part en part un grenier scellé depuis des décennies. Nul poids ne rendait l'air plus lourd dans chaque envolée que représentait l'un de ses pas, sa présence même avait le don d'alléger les atmosphères les plus délétères. Loneesa était un baume, appliqué çà et là sur les âmes souffreteuses qui croisaient son sillage semé de fleurs des champs butinées par de paisibles abeilles. Alors, peut-être en dépit de son plein gré mais sans regrets, en bon onguent des plaies capables de suinter du sang ou des mots, elle s'appliqua comme un remède sur les meurtrissures secrètes du Chevalier Vert, sans même qu'il ne s'en aperçût.

« - Arrête donc, tes hurlements ont dérangé ma méditation matinale. Et l’autre, sa tête me rev’nait juste pas. »
- ... N'eut-elle le temps d'articuler, interrompue par le crachat peu ragoûtant de l'encore innomé, et se pinçant les lèvres de l'avoir lui-même presque coupé.
- La bravoure a rien à voir là-d’dans. »

Après un instant de silence pesé, s'assurant que pour cette-fois il avait bien terminé sa réponse, elle osa à nouveau ouvrir la bouche d'un constant et sempiternel calme qui pouvait même devenir agaçant pour les personnalités nerveuses.

« Oh... Je suis si désolée et confuse d'avoir bouleversé votre instant de repos... Croyez bien que je regrette de vous avoir causé tant de tort alors qu'il est encore tôt... La tête rentrée entre les épaules, la mine à demi-peinée, elle s'efforça de se convaincre pourtant de l'évidente bienveillance du Chevalier Vert. Heureusement qu'il vous a déplu, alors, assez pour que vous n'interveniez à ma faveur. Et si vous n'attribuez pas ça à la bravoure, ce sera à ce que vous préférez, monsieur. »

Un sourire doucereux et franc illumina finalement son visage bien que la jeune fille ne se risqua guère à le lui montrer, le nez toujours pointé vers ses pieds.
Dans les tréfonds de son for intérieur, sans pouvoir poser de mots sur ce qu'elle ressentait, Loneesa accueillit avec une émouvante grâce le vide sidéral qui engloutissait son nouvel ami. Un petit bout de son âme si pure se fit main tendue vers celle, rongée par l'autodestruction, de Shay. Sans même réaliser la seule rumeur de cette pensée mais d'un instinct conjoint et indescriptible, Loneesa releva le menton et osa affronter le regard de son sauveteur au même moment. Le blond pâle qui auréolait son visage aux teintes rappelant de jeunes pêches ne faisait qu'appuyer la douceur de ses iris peintes d'un gris mélancolique, de celui des galets en bord de mer. Les joues et le bout du nez rosis par le froid de l'hiver, ses lèvres s'étirèrent à nouveau avec la magistrale candeur d'un sourire angélique prêt à faire fondre la plus éternelle des glaces. Sans avoir pu le formuler avec des mots, leur esprit propre avait compris, avait senti l'odeur du soufre laissé par le passage de l'Enfer...

Interrompue dans sa contemplation un brin idolâtre du jeune homme, son regard tomba vers les doigts que celui-ci déroulait nerveusement, à moins que ce ne fut pour les dégourdir après avoir infligé leur correction. Le métal de deux bagues tintait autour de la peau à carnation morne de l'humain, à l'image de perles taillées dans les plus précieuses pierres brodées à une étoffe de soie au faste passé. Toutes deux de facture très différente, Loneesa ne s'attarda pas aux détails.

« Elles sont jolies. Les désigna-t-elle d'un bref coup de nez. Il y a ici un orfèvre qui en fait de très belles en fil de laiton, chaque tressage est unique et exprime une pensée secrète. Si vous aimez bien les bijoux, je peux vous y emmener et vous en faire cadeau. Cela me ferait tant plaisir ! »

La jeune elfe sautilla presque à cette excitante idée, comme une enfant à qui l'on promettait une balade en luge, mais un instant de sérieux la rappela à l'ordre face à l'état de son héros. Oh elle sentait bien sa réticence... Mais le Sergent Neutre la repoussait avec la même hargne inarticulée que ses tripes hurlaient à l'aide, pleuraient d'être étreintes avec une ardeur redoublée, avec l'enveloppante chaleur de l'Amour. Sous le couvert des traits durs et froids de son visage taillé au couteau, le marbre de son derme avait certes le froideur de la pierre mais aussi la douceur insoupçonnée de sa surface lisse au grain fin. Et, comme le pommeau d'une épée au fer froid et droit, sans défauts dans le maintient de sa ligne, il en allait de même pour sa propre apparence. Pourtant, il était l'apanage des Hommes d'orner de joyaux les instruments de la Mort : les yeux de Shay étaient les diamants qui habillaient les dagues des rois. Telles ces gemmes au précieux inégalable, leur ingrate apparence à l'état brut renfermait pourtant en leur coeur la plus dure et la plus pure des noblesses. Leur éclat facettait toujours une once de lumière, même dans la plus épaisse des obscurités. Il en était ainsi pour Shay Ekatz qui épousait la silhouette d'un vulgaire morceau de cristal de roche plongé dans les méandres de la nuit... Il lui suffirait d'accepter la fugace caresse d'un rayon de soleil, aussi minime fut-il, pour avoir la rutilance d'une étoile.

Alors qu'elle s'eut perdue dans cette pensée, le ton mi aigre mi pataud de l'humain l'en extirpa.  
Loneesa accueillit ce nouveau prénom en amenant ses mains à la poitrine, tout droit vers son coeur. Ses paupières se fermèrent un instant alors qu'elle murmura ses mots.

« Shay... Votre prénom est si doux, si beau. Je n'ai encore jamais entendu de nom aussi joli... »
** Hééééé ! **
** A part le tien, bien-sûr, mon adorée... **

Lhyeraerys bougonna en silence, trifouillant le parterre de feuilles de quelques coups de pattes outrés pour mieux appuyer sa jalousie.

« Je le marque dans ma mémoire, tout près de celui de ma Liée et de ce que j'aime, comme l'odeur des beignets aux pommes et du thé blanc à l'amande. »  

Il secoua le bras, sans grande virulence, pour s'extirper du maigre étau qu'elle exerçait sur lui. Loneesa ne s'en formalisa guère et concéda avec évidence à le libérer de sa moitié d'enlacement. Ne relevant même pas cette repousse avec la considération qu'il escomptait possiblement lui faire comprendre, elle poursuivit d'un même entrain léger.

« Je m'appelle Loneesa Aoibheann, Chevalière Blanche du Màr Menel, ou des Illuminés comme vous dites si bien. Ce n'est ni un secret, ni très difficile à deviner, et ça me convient.
Vous savez, si j'osais...
 Elle hésita avant de poursuivre, prudente. Vous avez plus de gentillesse dans le regard que vous ne voulez bien l'avouer. Elle marqua une pause, assez longue. Ne vous en faites pas, je ne suis pas aveugle, si cela peut vous rassurer... Et je ne dirai à personne que vous êtes un ange. »  

Innocente, mais pas stupide. Le coeur plein de bonté, mais non ignorant du Mal qui souillait le Monde.
Alors qu'elle voulut à nouveau rebondir sur sa remarque, il emboita le pas pour s'en retourner vers la ville. Loneesa se mit évidemment à le suivre avec élan, autant entraînée par sa curiosité que son envie réelle d'en savoir plus sur son interlocuteur. Lhyeraerys en fit de même, un air un peu boudeur dominant sa tête encore juvénile de dragonnelle tant elle jalousait l'intérêt de sa bipède pour un autre être vivant que son âme-soeur.
La jeune elfe le rejoignit sans difficulté de toute la ferveur de son empressement, car malgré la vitesse de son pas son enjambée à l'amplitude faible ne l'amenait pas bien loin en un délai aussi court. Fronçant le nez, ne sachant trop quoi dire, Loneesa garda étonnamment le silence même lorsqu'ils atteignirent les premières ruelles de Lòmëanor. Elle ne voulait pas prendre le risque de le faire fuir, car elle se devait d'honorer sa promesse !

« Si vous le voulez bien, je connais un endroit calme où vous trouverez un petit-déjeuner qui vous plaira certainement. Voulez-vous bien me suivre, monsieur Shay ? Après, je ne vous embêterai plus, c'est promis. »  

Loneesa attendit un moment qu'il formula sa réponse, mais s'avança la première dans une petite rue sans agitation, propre et surtout sans ivrognes adossés aux murs. Lhyeraerys se mit à courir d'un pas plus jovial, oubliant ou effaçant les précédents "griefs" pour ouvrir la voie jusqu'à la devanture en pans de bois et au torchis peint de jaune d'un salon de thé reposant.
Loneesa frappa doucement à la porte avant d'ouvrir celle-ci, Lhyeraerys fendit l'embrasure de la porte de son nez pour la pousser et laisser la place à tous d'entrer.
Certainement bien loin des habituels bistrots où le Sergent Neutre avait coutume de s'enivrer, le salon était incroyablement chaleureux et reposant. Le parquet verni était recouvert de tapis qui étouffaient le bruit des semelles - et des talonnettes -, les murs étaient vêtus de peintures évoquant des motifs floraux mais non entêtants. Au loin, par delà les tables minutieusement espacées, de la cuisine ouverte où dansait un feu central surmonté d'une cheminée, s'élevaient des odeurs de saucisse et de lard grillés sur la pierre chaude et de gruau d'orge  au lait d'amande cuit au chaudron, de crêpes épaisses retournées dans les poêles, d'oeufs brouillés au miel et de pain au levain centenaire qui doraient dans le four. Dans des creusets de pierre bouillait de l'eau et des plantes aux odeurs tantôt douces tantôt acres, des effluves qui se mêlaient à merveille à celles du bois des poutres et du papier des manuscrits entreposés soigneusement dans les bibliothèques disposées un peu partout.

Reconnue par la matrone qui tenait l'auberge, Loneesa fut vigoureusement saluée par cette dernière tout en avisant d'une oeillade inquisitrice le petit homme laissé derrière. Se rassurant mutuellement l'une et l'autre, de façon un peu maladroite d'ailleurs, la patronne les mena à une table près de la fenêtre qui donnait sur la rue mais pas trop loin du comptoir pour les avoir à l'oeil. Il n'y avait qu'un autre duo d'installé et une femme lovée dans un fauteuil avec son livre.

« - Quoi qui vous f'rait plaisir ? Toi je sais, ma petite. Tu veux aut'chose avec tes crêpes aux myrtilles ?  
- Je crois que vous pouvez amener pour monsieur Shay votre décoction de pissenlit et d'anis, la même que vous donnez à madame Juyin quand... vous savez ? Pour le reste, offrez lui tout ce qui lui plaira. »  

Après un regard entendu entre elles deux, Loneesa détourna le regard vers l'humain avant de surenchérir.

« Oh, au fait, votre Lié nous rejoindra-t-il ? Ou elle ? Je lui offre le repas de bon coeur aussi, vous pouvez lui dire de venir, cela m'enchanterait ! Et je pourrai la féliciter de vous avoir choisi. »  

Entortillant un peu ses doigts, à mi chemin entre l'excitation de cette improbable rencontre et le poids phénoménal de sa timidité qui se débattait sous le couvert de sa présumée détente, la jeune elfe n'osait guère le fixer. Ses regards tantôt fuyants tantôt éperdus d'admiration se perdaient au détour d'un détail des lieux ou de la silhouette du Chevalier Englouti. Justement, étrangement, son intérêt était piqué par la boucle qu'il portait à l'oreille, perdue là entre quelques mèches de son carré brun ébouriffé. Ses iris s'y agrippèrent avec la voracité d'un merle croisant le sillage d'une cerise bien mûre, mais son enthousiasme fut balayé d'une même façon par quelque chose de dérangeant qu'elle ne sut expliquer. Elle en eut mal au ventre, semblait-il... Sentant poindre l'esprit de sa Liée dans le sien avec insistance, Loneesa sursauta lorsque cette dernière s'exprima d'un ton trahissant un sous-entendu.

** Bon, et si on mangeait ? Hein 'Neesa ? **

Secouant un peu la tête, la Chevalière Céleste chassa ce malaise de quelques battements de cils. Puis tira une chaise de sous la table afin de s'asseoir.

« Oui, mangeons ! Remplaçons les ombres de cette matinée par la clarté de choses plus agréables. Qu'êtes-vous venu faire à Lòmëanor, messire, en première instance, s'il vous plaît de me le dire ? »  

L'elfe porta une main douce à la tête de sa Liée qui, elle, toisait l'Englouti tout en s'efforçant de masquer sa méfiance, bon gré mal gré.
Loneesa revêtit son doucereux sourire habituel et prit place face à l'humain. Leur furent alors portés les plats commandés à leur arrivée, et une certaine malice enveloppait par avance le minois infantile de la jeune fille qui avait grand hâte de le voir humer les... particulières fragrances de sa tisane  miellée au pissenlit, à l'anis, aux écorces d'orange et à la citronnelle, un remède réputé contre la gueule de bois.


[RP] Les êtres brisés Logolhyera[RP] Les êtres brisés Signlo3
Revenir en haut Aller en bas
Amaélis Eleicúran
Chevalier Errant
Chevalier Errant
Amaélis Eleicúran


Date d'inscription : 01/09/2013
Sexe : Féminin
Présentation : URL
Messages : 151
RPs : 81
Race : Neishaane
Âme-Soeur : L'Airain Ithildin
Affiliation : Apolitique
Alignement : Chaotique Neutre (Kaerl Englouti)
Ordre Draconique : Ordre Draconique Neutre (Kaerl Englouti)

[RP] Les êtres brisés Empty
MessageSujet: Re: [RP] Les êtres brisés   [RP] Les êtres brisés Icon_minitimeMer 3 Fév 2021 - 16:39

[RP] Les êtres brisés Shay-53b0df6 & [RP] Les êtres brisés Zhaleh-humain-53b0fe3
Chevalier Shay Ekatz, Lié à la Verte Zhaleh

Complètement perdu et profondément agacé par la détermination de la jouvencelle à le traiter comme une chose belle et précieuse, une nouvelle fois, l’envie le prit de la saisir par les épaules et de la secouer, de lui hurler au visage qu’elle se trompait lourdement sur son compte – mais il était trop tard, et sans doute aurait-ce été un peu hypocrite de sa part considérant qu’il l’avait effectivement sauvée. Peu importait alors, qu’il s’en défende avec tout l’acharnement dont il était capable. Voilà pourquoi il préférait d’ordinaire ignorer les hommes et les femmes en détresse ; ce n’était pas qu’il vivait en paix avec l’idée d’injustice, c’était plutôt que…

À quoi tu joues ? À quoi tu penses, Shay ? Qu’elle te regarde depuis l’au-delà, la main sur le cœur, et qu’elle te pardonne parce que –

« De quoi j’me mêle ? » grogna-t-il, tant à ses souvenirs troubles qu’à la demoiselle babillant au sujet de ses bagues, conscient toutefois que s’il avait vraiment voulu garder cette partie de sa personnalité secrète, il aurait suffi qu’il ne la porte pas ainsi à ses doigts, à la vue de tous. Mais l’un des bijoux était le symbole de son travail, et l’autre le présent d’une personne chère. Il n’avait donc pas le choix, du moins était-ce ainsi que son esprit fonctionnait. Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place. Sans doute se trouvait là une moitié d’explication quant à son évidente volonté de repousser les gentillesses de l’Elfe ; ce n’était pas sa place.

Elle sembla comprendre le message, car Shay sentit son étreinte se défaire. Là où les bras de l’Elfe avaient agrippé le sien subsistait dans son imagination une sensation qui lui rappela fugitivement l’étau du fer. Désagréable. Avec une grimace, il secoua son membre faussement engourdi et jeta un bref coup d’œil vers la jeune fille qui se présentait à son tour. Loneesa Aoibheann. Son nom avait des consonnances familières – amères. À mieux y regarder, il ne voyait aucune différence entre la couleur de ses iris et le ciel d’Undòmë. Était-ce un trait commun à tous les natifs ? Son visage avait l’austérité, solennelle et implacable, de reliefs escarpés et la douceur nébuleuse de vastes plaines bercées par les rayons d’un soleil aussi timide que l’espoir. Sa mâchoire se crispa autour d’une nausée qui revenait le frapper en pleine face.

Chaque nouvelle parole emplie de bienveillance qui quittait si aisément les lèvres de la Chevalière Blanche semblait aggraver sa migraine. Il porta une main à sa tempe, accompagnant le geste d’un énième grognement incertain, égaré quelque part entre l’irritation, la dérision et une douleur bien réelle. Un ange, lui ? Il était bien content de ne pas croire en ces balivernes, bonnes pour les vieilles filles frustrées et les fanatiques que le hasard avait doté d’un sexe trop court. S’il existait malgré tout une forme de Paradis peuplée de monstres à son image, alors il n’y aurait plus rien eu d’étonnant à constater l’état de délabrement du monde et de ceux qui l’habitaient.

Elfe et Dragonne dans son sillage silencieux, Shay savoura le calme qui les accompagna tout au long du chemin vers Lòmëanor, uniquement ponctué par les branchages craquant sous leurs pas et par les images que Zhaleh versaient dans son esprit pour le tenir au courant de sa propre avancée. Alors que les premières bâtisses se dessinaient à la sortie du bois et que le Chevalier s’apprêtait à demander aux deux Célestes où elles désiraient se rendre, Loneesa le devança. Plus intéressé par sa promesse de lui lâcher les basques que par la perspective d’un petit-déjeuner à son goût, il haussa une fois les épaules en guise d’approbation, l’air de dire que cela lui importait peu, et suivit la jeune fille d’un pas traînant.

Plissant les yeux pour déchiffrer ce qui était écrit à l’entrée du bâtiment au torchis jaune, le Sergent marqua un temps d’arrêt devant le salon de thé. Il n’était pas surpris ; personne de sensé n’aurait pu imaginer autre chose de la part d’une personne dont les choses préférées incluaient les beignets aux pommes et le thé à l’amande. Un semblant de dignité, cependant, l’obligea à se poser la question : n’allait-il pas faire un peu tache dans ce joli décor, avec sa gueule de cadavre ambulant et ses atours embaumant résolument l’alcool de la veille et le vomi ? Il avait la nette impression que la Chevalière s’apprêtait à pénétrer les lieux en tenant à la main un poisson abandonné depuis trop longtemps sur le bord d’une route estivale.

Heureusement pour lui, l’endroit était déjà bien assez envahi par toute une diversité d’odeurs pour que la sienne ne se fasse pas véritablement remarquer. Le visage bloqué dans une expression impassible quoique tendant volontairement vers une froide hostilité, Shay observa l’échange entre l’Elfe et celle qui devait être la patronne de l’établissement. Muet, il laissa cette dernière les installer à une table et, déstabilisé par son environnement, il émit d’abord un bruit étranglé lorsqu’elle lui demanda ce qu’il voulait manger.

« Euh, j’veux bien un bol de gruau. » lâcha-t-il en évitant soigneusement le regard de la dame. Il détestait le gruau, mais il en mangeait tous les jours parce qu’il était un soldat et, peut-être, aussi, un peu, parce qu’il détestait ça.
« Elle. » Il pianota du bout des doigts sur la table, contemplant la rue par la fenêtre. Il n’offrit pas plus d’informations au sujet de sa Liée, parfaitement content du silence qui avait finalement eu raison de l’excitation de la Chevalière Blanche. Peut-être constatait-elle enfin son erreur ? Du coin de l’œil, il la voyait qui faisait mine de ne pas oser le regarder, tout en sentant qu’elle n’arrivait pas à complètement s’empêcher de le fixer par intermittence. Cette attitude l’énervait sans doute plus que de raison et il sentit son autre main se crisper autour de son genou.

« Arrête ça, tu veux ? » Sa voix claqua plus sèchement qu’il ne l’aurait souhaité dans un lieu si tranquille, mais il avait surpris la jeune fille, les yeux rivés à l'anneau complexe qui ornait son oreille, et il avait eu l’impression que tout son crâne s’était mis à brûler. Il se fendit d’un profond soupir, tristement las. « Si t’as une question, pose-la, mais arrête de me regarder comme ça. Tu me fous les nerfs. » ajouta-t-il, et il fallait le connaître pour déceler dans son ton les contours d’une excuse.

Ce fut à cet instant, toujours parfaitement bien choisi, comme si elle avait évolué dans la vie avec entre les mains un livre dont elle n’aurait eu qu’à feuilleter les pages pour tout connaître du début à la fin, que Zhaleh fit irruption dans le salon de thé. Couronnée d’une chevelure à l’aspect et à l’éclat de l’or, son visage pâle et juvénile percé de deux immenses gemmes d’améthyste, vêtue d’une cascade de voiles aux couleurs de l’arc-en-ciel, la facétieuse Dragonne sous forme humaine s’approcha de son Lié avec un sourire qui s’étendait autour d’elle comme une plaisante et chaleureuse aura. Son arrivée emporta dans son tourbillon la dernière question de Loneesa.

« Shay, je suis là ! » s’exclama-t-elle et le Sergent se mordit la lèvre pour ne pas lui répondre qu’elle gaspillait sa salive – et le temps de tout le monde – à hurler ainsi des évidences. Ses grands yeux dévorèrent la silhouette de la petite Blanche puis celle de sa Liée, absorbant autant de détails que possible. Elle s’installa sur les genoux du Chevalier et appuya ses coudes sur la table pour se pencher un peu plus vers les Célestes. Les sourcils froncés, Shay tira les cheveux de la Verte qui se contenta de lui écraser le pied sous son talon.

« Trouve-toi une chaise au lieu de me faire chier. » pesta l’Humain dont on ne distinguait même plus le haut de la tête. Il repoussa sa Liée sans ménagement, mais celle-ci ne sembla pas lui en tenir rigueur, et elle se laissa glisser sur le côté, prenant finalement place sur la chaise que Shay venait de tirer pour elle.

Le bras de Zhaleh fusa pour s’emparer de la tasse du Sergent, reniflant avec curiosité l’odeur qui s’en dégageait. « Alors, c’est toi la gentille demoiselle que mon Lié a sauvée ? » Elle reposa la tasse après en avoir bu une gorgée et manqué de se brûler la langue. « Tu as eu de la chance, il n’est pas très matinal, de manière générale. Surtout lorsqu’il a passé la veille à boire tout seul dans son coin. Ce triste sire n’apprécie guère la compagnie. » Elle cala son menton dans sa paume, affichant une moue ouvertement navrée que venaient toutefois démentir les étincelles malicieuses dans ses iris mauve. Puis, son regard fut attiré par le bol fumant posé devant son Lié et elle fronça le nez. « Du gruau. Les Dieux nous gardent du jour où tu mangeras autre chose que cette bouillie. Tu aurais mieux fait de laisser la petite Elfe choisir à ta place ; elle a l'air d'avoir bon goût, elle. »

À côté de la Verte, Shay avait tout simplement décidé de l’ignorer, dégustant à petite gorgée la tisane qui, il l’espérait pieusement, soignerait autant sa gueule de bois que son envie d’étouffer son Âme Sœur.
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé



[RP] Les êtres brisés Empty
MessageSujet: Re: [RP] Les êtres brisés   [RP] Les êtres brisés Icon_minitime

Revenir en haut Aller en bas
 
[RP] Les êtres brisés
Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Un bain chaud, très chaud [ PV: Yuki Caheshi - Hentaï ]

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Tol Orëa, la Terre de l'Aube :: [RPG] Tol Orëa - Reste du Continent :: Lòmëanor-
Sauter vers: