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 [RP] Sic itur ad astra

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Rūna Sălv
Maitre Dragon
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Rūna Sălv


Date d'inscription : 07/06/2014
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Âme-Soeur : L'Incarnate Sărzeghnet
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MessageSujet: [RP] Sic itur ad astra   [RP] Sic itur ad astra Icon_minitimeLun 5 Juil 2021 - 12:50


« Tourne vers moi tes yeux pleins d'azur et d'étoiles !
Pour un de ces regards charmants, baume divin,
Des plaisirs plus obscurs je lèverai les voiles,
Et je t'endormirai dans un rêve sans fin !
»
Charles B A U D E L A I R E



* Zakerielku 919, cinquième jour.

Cheminant à pieds, la Maîtresse et son encore-officieuse Aspirante s'avançaient vers l'édifice incarnant le Mahalma, Coeur battant du Màr Tàralöm. Avant d'y parvenir, empruntant dédales d'avenues et rues où siégeaient divers bâtiments mêlant les monuments publics aux échoppes de bonne ou moins bonne fréquentation, Rūna prit un bref moment pour lui énumérer le rôle de chaque structure tout en pressant leur marche. La matinée était déjà bien avancée, il fallait se dépêcher pour ne pas trouver un trône vide du Seigneur Ardent ! La fëalocë aurait tout le temps de lui présenter le Kaerl une fois la rencontre entre Alauwyr et Albiréo terminée.
Venelle après venelle, allée après allée, les ombres créées par les remparts naturels que constituait le volcan et les hautes constructions quasi-millénaires s'amenuisèrent à proportion que les rues s'élargissaient. Un pâle soleil d'hiver parvenait à chauffer la pierre dont quelques vapeurs se dispersaient nonchalamment en l'air sous son distant baiser, conférant plus encore de mystère à l'occulte cité fourmillant dans un cratère. Malgré tout lancinait un apaisement certain, un calme ponctué par les conversations sans heurts du peuple et le sifflement du vent sous les ailes des quelques dragons qui planaient au dessus. Il était plus que certains que les orbes curieuses de la neishaane iraient d'un bout à l'autre du paysage sans savoir où réellement se poser tant il y avait à voir, comme un chaton au milieu d'une envolée de papillons !

Rūna, pendant ce temps, traçait toujours la voie à suivre sans lui laisser de répit.
Avec la fierté d'une lionne au milieu des hyènes, sous les regards interloqués de voir la récemment nommée Maîtresse Incarnate mettre si tôt en oeuvre son nouveau rang, la fëalocë marchait sous toute la dignité d'une impératrice rejoignant son royaume. Le menton haut et un brin dédaigneux, l'oeil digne d'une louve repue avisant un troupeau de moutons, la princesse Ssyl'Sharienne jubilait intérieurement de tant faire jaser. L'attention allait toutefois, de toute évidence, à ce louveteau à la fourrure d'un blanc immaculé qui se tenait à ses côtés. Déjà toute parée des toilettes à la richesse ostentatoire de celle qui ouvrait le sillage, Albiréo fit immédiatement parler d'elle. Les quelques commères du Màr, dans le dos du duo qui fendait les allées, accourraient les unes auprès des autres pour babiller sur la présence de ce visage inconnu sous l'aile de la Sălv et, par extension, celle de la Reine Incarnate Sărzeghnet.
D'autres gardaient le silence, suivant seulement d'un regard distant l'ascension de cette étrange paire vers le Mahalma, des interrogations plein la cornée. Certains concédaient à s'incliner respectueusement au passage de la Liée de Reine, fuyant tout bonnement les ragots proférés à l'encontre de la neishaane, de la cécité de la dragonne ou encore de la façon dont la fëalocë chauffait les draps du Seigneur Ardent.
Tournant le visage à l'intention d'Albiréo, sans s'arrêter, elle lui glissa seulement une élocution qui se voulut condescendante pour certains mais valorisatrice pour l'élite :

« Les abeilles ne côtoient pas les mouches. Les unes se nourrissent minutieusement de nectar afin de produire du miel et féconder les plus belles fleurs, les autres ne font que vivre pour et par le purin. Laissons donc les vermisseaux se battre pour un peu de charogne. »  

Habituée à pareille scène, s'en délectant en secret, la fëalocë fit comme d'habitude et n'en n'eut cure. D'une assurance à toute épreuve, jetant parfois un coup d'oeil protecteur à l'encontre de son lionceau ou fulminant à qui s'en approchait trop près, la Maîtresse Incarnate avançait bille en tête tout en évitant avec l'agilité d'un serpent les personnes semées sur son passage.
Plus elles approchèrent du lieu dit de leur pèlerinnage plus les rues s'élargirent pour laisser naître la grande place du Val où trônait l'arbre du même nom, le tronc aussi noir que la roche volcanique qui formait le Kaerl et les feuilles au cuivre rappelant les couleurs officielles de la cité. Albiréo pourrait l'admirer un instant, mais guère plus ! Le pas de la fëalocë ne laissait aucun repos à la curiosité légitime de sa pupille qui découvrait tout depuis la terre, après en avoir eu un bref aperçu par les cieux.


Leur pérégrination les mena enfin à la colossale devanture qui renfermait le trône seigneurial. L'extérieur du Mahalma avait des airs de cathédrale couronnée par une immense flèche qui voulait défier les cieux eux-mêmes, témoignage de l'orgueil du peuple si fier qui animait son antre. Des gardes tenaient l'imposante porte d'entrée qui était ouverte et laissait entrer et sortir ceux qui venaient à la rencontre d'Alauwyr Iskuvar, tandis que d'autres veillaient au bon maintien de l'ordre sur la place qui devançait l'édifice. Quelques dragons accompagnaient leur Lié, appuyant la grandeur de la voûte de pierre au dessus d'eux, devisant entre congénères ou participant aux débats des bipèdes qui avaient l'air si petits dans ce vaste univers.
Une étrange solennité embaumait l'air à l'approche du bâtiment, lieu gardien des lois du Màr Tàralöm. Avant même d'en pénétrer l'enceinte, on distinguait depuis dehors les hautes colonnes qui maintenaient les alcôves et une lumière chaude perçait les vitraux depuis ses flancs jusqu'en son centre pour en habiller les visiteurs. Des suspensions murales et des plafonniers aux flambeaux calmes éclairaient davantage la monumentale salle de réception où, ce jour sans festivités, venaient juste deviser et débattre les belles gens des hautes-sphères.  

Une fois patte-blanche montrée - à savoir donner la raison de sa venue et se présenter sans arme -, Rūna et Albiréo purent entrer. Une fois passée la colossale arche formée par deux dragons s'affrontant tout en demeurant à jamais figés dans la roche, deux allées d'immenses colonnes leur tracèrent la route jusqu'au trône seigneurial.
L'écho des conversations, parfois houleuses parfois hautement civilisées, les engloba avec délice et sans véhémence. Une certaine dignité régissait la pièce, en deçà du seul caractère d'autorité suprême des lieux. La plèbe n'était pas la même que celle croisée à l'instant dans les rues, les aspirations étaient bien différentes mais pas moins dangereuses...
Les regards posés sur le duo se firent alors bien plus respectueux mais non moins envieux d'en savoir plus et, cette fois, les révérences à l'égard de la fëalocë se firent plus basses et marquées. Elle y répondit d'ailleurs avec une même cordialité, mais son attention était déjà reportée au loin vers la silhouette couronnée de blanc qui était assise au choeur du coeur de l'édifice.
Toujours suivies du regard, tant par les personnes présentes que les membres de la garde ou encore des dragons aux orbes miroitant de l'intérêt, elles approchèrent donc, le La d'un pas moins hâtif donné par la fëalocë.
Une fois qu'elles eurent traversé ce qui semblait être une interminable nef entourée de chambres plus discrètes, elles atteignirent l'abside où demeurait le trône. Celui-ci reposait sur un piédestal plutôt modeste seulement composé de trois marches peu élevées en terme de matière mais à la signification des plus éminente. Ici siège la plus haute autorité du Màr, disaient-elles sans prononcer un mot, vois comme culmine ta Dame ou ton Seigneur.
Le trône, lui, était tout de verredragon taillé. L'obsidienne d'un intense et impénétrable noir laqué semblait n'avoir jamais souffert des affres du Temps et des évènements qui conjuguèrent l'Histoire du Màr, les détails de ses sculptures ayant gardé leur faste tout à la fois grandiose et menaçant. Reposant sur les fondements d'une structure droite et rigide et volontairement trop grande même pour le mieux bâti des hommes, la symbolique renvoyait inexorablement à l'inconfort de la position de dirigeant suprême mais aussi à la majesté de son statut.
Les plaques de verre noir laissaient luire des fresques racontant la création du Kaerl et les jeux de lumière naturelle ou artificielle à leur surface en animaient les protagonistes de manière évanescente voire magique. Le dossier, lui, prenait des airs de fer de lance ou encore de pointe d'épée menaçant la voûte et même au delà du ciel, une flèche entourée par le buste de deux dragons à la gueule ouverte, tous crocs dévoilés et langue sortie. Malgré la haute stature d'Alauwyr Iskuvar, ce dernier ne voyait pas le sommet de son crâne arriver à la moitié du dossier...  
Du trône émanait d'étranges vibrations parfois décrites par ceux qui purent y asseoir leur autorité, comme si ce symbole seul renfermait des puissances pas tout à fait éteintes. Des puissances appartenant au passé, à l'existence bien révolue, mais dont le souvenir ne pouvait s'empêcher d'imprégner chaque aspérité en murmurant litanies que nul ne pouvait plus comprendre. Ce trône possédait une âme, des âmes. Ce trône était un symbole bien plus puissant que celui ou celle qui y trouvait place.

Autour de lui s'étendait une bien plus simple corolle de fauteuils plus petits pour représenter le reste du Concile, chacun représentatif de son rôle par l'évocation d'un symbole rappelant la place de chaque membre : une épée ou un bouclier pour les statuts martiaux, une tiare pour les représentants de partis politiques, un rouleau de parchemin pour les gardiens des savoirs et une bougie couronnée d'astres pour les postes plus obscurs. Tous se tenaient là, d'une part et d'autre du trône, tous étaient tournés vers l'entrée du Mahalma avec la menace d'une sorte de Jugement divin.
Les membres de la garde embrasée cadrillaient cette zone avec des airs de meute dont les loups se tenaient prêts à bondir, quand bien-même le Seigneur avait l'assurance de se penser intouchable ou presque. Depuis quelques temps, malgré la diminution des critiques à son égard, il semblait être plus en alerte que d'ordinaire et la garde embrasée avait revu le nombre de ses rondes à la hausse.
Mais revenons à notre sujet.

Comme par respect pour l'éminence de cet ensemble solonnel, Rūna s'assura une dernière fois de la bonne tenue et son Aspirante avant de pénétrer cette fameuse abside, et elle lui offrit un sourire de reptile, l'iris inquisiteur, du charme plein les faussettes.

« Tu ne crains rien, je resterai auprès de toi. Allez, va et brille, belle étoile. »

Après quelques derniers pas, la fëalocë et Albiréo s'offrir enfin à la vue du Maître Noir. Rūna exécuta alors le protocole et s'inclina respectueusement face au Seigneur Ardent, se tenant volontairement devant sa protégée en véritable bouclier.
Elle adressa à Alauwyr un regard faussement froid et distant, un tantinet procédurial et altier, parfaite mise en scène de toute absence de lien plus intime les unissant par delà leur relation formaliste. Une petite lueur crépitait pourtant au fond de ses iris safranés alors qu'elle levait les yeux vers lui, l'éclat d'un demi-sourire sans provocation aux lèvres.
La fëalocë s'exprima alors clairement et d'un honorable franc-parler, digne des meilleurs orateurs.  

« Seigneur Iskuvar, je me présente face à vous en ce jour pour vous annoncer la venue dans notre Kaerl d'une jeune Douée cueillie par mes soins dans les champs de glace du Vaendark. Je la soumets à votre jugement afin de faire d'elle une Aspirante, si telle est votre volonté. En elle résident beaucoup de promesses qui sauront honorer le Màr Tàralöm. »

Laissant enfin pleine place à la neishaane, la fëalocë fit un pas de côté afin de dévoiler le visage de la nouvelle venue.
Une certaine appréhension mordillait la gorge de la Maîtresse Incarnate : elle ne craignait pas tellement qu'Alauwyr lui refusât cette Aspirante mais elle ne voulait pas non plus concéder à ce qu'il l'acceptât pour d'autres raisons que son rôle de Seigneur. Sûre du dévolu qu'elle avait jeté sur cette enfant meurtrie entre les murs d'un austère couvent, Rūna ne supporterait pas de la renvoyer d'où elle venait. Alors, le coeur battant, la flamboyante Ssyl'Sharienne suspendit sa respiration...


.:: Qu'ils nous haïssent pourvu qu'ils nous craignent ::.
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Alauwyr Iskuvar
Seigneur du Kaerl Ardent
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MessageSujet: Re: [RP] Sic itur ad astra   [RP] Sic itur ad astra Icon_minitimeMar 13 Juil 2021 - 19:22

Le Seigneur Ardent était bien présent, malgré la journée bien avancée. Il était bien là et plus régulièrement aux séances qui incombaient au souverain du Kaerl. Un Seigneur avait peut être la main sur la dirigeance du Màr, mais il ne pouvait prétendre à se soustraire à ses devoirs ; devoirs que Seregon avait personnellement veillé à lui rappeler. Il était vrai que le Gardien avait pris partie de l'humain pour le mettre à la place qui était la sienne actuellement. Pour la préservation du Màr Taralöm, ou pour son simple amusement pour combler des années d'ennuis ? Qui sait ce qui pouvait réellement se passer dans sa tête de Gardien.  

Assis sur le trône d'obsidienne, symbole de puissance, de passions et d'Histoire  malgré sa noirceur minérale, Alauwyr observait les deux nouvelles venues. Il avait guetté leur venue. Pas une seule fois, il ne s'était pas impatienté ; malgré son tempérament lunatique, car la toute nouvelle Maîtresse Incarnate n'aurait pu se permettre de passer outre l'intronisation de sa nouvelle Aspirante. Une Maîtresse Verte ou encore Bleue aurait été de moindre importance... Mais pas pour Maîtresse Incarnate. Etre liée à une Reine n'était pas rien comme position, plus encore quand la jeune souveraine des airs ne possédait pas la vue depuis sa naissance ; une tare aux dires de certains Ardents, qui s'abstenaient de le dire ouvertement, bien entendu. Comme dans n'importe quel Cour de non-Doués à travers le Rhaëg, le Mahalma avait son lots de courtisans, de bien titrés, de ragoteurs et de murmureux. Quelle communauté structurée par des positions sociales ne se retrouvaient pas avec des messes basses et des complots ? Même au sein des Ardents, on retrouvait cela.

Les intrigues politico-sociales n'étaient guère la tasse de thé du Maître Noir, même s'il avait dû se contraindre à s'y intéresser quelque peu ; surtout s'il voulait persister à demeurer Seigneur... Durant de longues années, il ne s'était jamais passionné pour ce genre de milieu, préférant l'usage de son épée à travers le monde pour répondre à ses besoins de mercenaire, voué à se battre pour se conforter la raison de son existence, pour conforter une place dans le sens où les faibles ne survivaient pas, que seuls les forts avaient le droit de vivre. Bien entendu, les choses avaient changé, dès le premier jour où il avait posé le pied au Kaerl Ardent. Plus encore sur des derniers mois. D'ailleurs, rien que de songer à ce qu'il avait appris récemment n'était pas pour le maintenir dans la sérénité. Sa main droite, gantée de cuir noir (tout comme celle de gauche), se crispa quelque peu, provoquant un très léger craquement de cuir, tout en ravivant une blessure qui entaillait encore le creux de sa paume. Au moins, pouvait-il enrager de cette manière et en silence, sans pour autant briser la froideur affichée sur son visage balafré.

Bien qu'il était et demeurerait un épéiste émérite et dangereux, il était désormais, là sur ce trône, en tant que Seigneur Ardent, suivant de son regard obscur l'approche des deux jeunes femmes venues à lui pour avoir une approbation de sa bouche quand à l'avenir de la plus jeune des deux arrivée au Kaerl. Et comme pour chaque période où il devait siéger au Mahalma, il portait une tunique et un pantalon en lin fin, d'un ébène intense, comme s'il désirait se fondre dans l'obscurité du trône qui le portait. Une fine ceinture tressés de trois brins d'argent ceignant sa taille, qui était plus ostentatoire qu'utile, maintenant la tunique de telle sorte à ce qu'elle soit savamment tendue sur le haut du corps de l'humain, révélant ainsi sa large carrure, et la puissance des muscles, leurs formes aisément devinables par la faible épaisseur du tissu. Sur les manches étaient brodés deux dragons qui s'enlaçaient, comme s'ils se confrontaient dans un duel sans limite. Ainsi était Iskuvar, vêtu sombrement comme simplement, marquant une position de Seigneur, qui ne se fiait pas qu'à la tenue vestimentaire d'un individu pour percevoir sa valeur.

Des soldats qui composaient la Garde Embrasé étaient un peu plus nombreuses que d'ordinaire. Est ce que cela venait du fait que le Seigneur ne portait pas son épée aujourd'hui ? D'ordinaire, Alauwyr avait à sa hanche sa lame noire. Mais pas aujourd'hui. Peut être que c'était un acte voulu pour démontrer que même sans arme visible, il ne redoutait rien ni personne. Et même si son lié n'était pas sous sa forme draconique, celui-ci n'était jamais loin quand il y avait de longues sessions au sein du Mahalma. Un dragon n'est jamais loin de son âme soeur bipède et inversément. Estenir le Cendré, même sous sa forme humaine, plus fragile et plus petite, n'était pas un débutant...Mais l'humain était-il réellement sans arme ? Un oeil perspicace verrait le fun manche d'une courte lame dépasser de sa botte droite, se confondant dans la noirceur du cuir de cette dernière, comme de celle du pantalon. Même si le Maître Noir était plus attentif à son environnement, même si la Garde Embrasé avait renforcé, il tenait à avoir de quoi se défendre si on venait à attenter à sa vie. Mais la raison de ce petit renfort de patrouille pouvait avoir d'autres raisons, d'autres motifs. Et Runa pourrait sans doute le savoir. Mais ce n'était pas là le point d'intérêt... Ce qui importait, là maintenant, était la présence de la Maîtresse Incarnate et de sa jeune accompagnante.

La Fëalocë, une fois face à Alauwyr, appliqua le protocole, avec une dignité royale, tout en veillant à être devant la future Aspirante, marquant une certaine forme de protection comme de possession à son égard. Puis, tout en se redressant fièrement, elle offrit un regard glacial et noble, propre à sa condition ''naturelle''. Elle était de naissance royale, elle agissait comme telle. Elle inspirait la personne possédant une forte autorité à ne pas bafouer ; pour ce qui concernaient la plèbe et les faibles; D'un regard, elle pouvait embraser sa cible, lui inspirant la crainte et le respect. Mais face au Seigneur, elle savait qui elle ''affrontait'' du regard. Le Maître Noir demeurait de marbre face à son regard embrasé, même s'il percevait quelque chose de plus personnelle, de plus intime derrière l'ambre liquide et vivace de ce regard. Tous deux savaient comment se comporter hors de leur relations privée. De plus, Alauwyr ne pouvait guère avantager sa bien aimée en vue de leur attachement profond. Là, maintenant, il n'était pas Alauwyr le Maître Noir, il était le Seigneur Iskuvar. Jouer de fausseté ne lui plaisait guère, mais pour garder leur position respective, la nécessité était loi.

Après sa magnifique élocution, la Maîtresse Incarnate s'écarta doucement pour permettre à sa jeune protégée d'apparaître aux yeux du décisionnaire de son avenir. La nouvelle venue était plus petite que Runa, plus menue aussi. Au premier regard, on pourrait la trouver fragile, prête à être soufflée au moindre battement d'aile d'un dragon. Connaissant Runa, l'humain savait qu'elle n'aurait pas pris sons sa protection une faible physique, de naissance incertaine. Cette jeune femme devait être bien plus que cela pour que l'impétueuse Fëalocë la lui présente en vue de la considérer comme son Aspirante.

''Maîtresse Sălv, lié à l'Incarnate Sărzeghnet, je loue votre désir de servir le Màr Taralom avec l'apport d'une nouvelle âme Douée. Par mon jugement et par la Volonté de Flarmya, nous verrons, si elle est telle que vous la décrivez. ''

Tel un lion, Alauwyr se redressa pour quitter son trône, descendit les quelques marches, et se rapprocha des deux jeunes femmes. Même debout, il demeurait impressionnant et intimidant de par sa stature de combattant éprouvé. L'inconnue apparaissait plus petite encore, d'un point de vue extérieur. Et si on poussait plus loin la comparaison, elle était presque aérienne, comme née du vent et des neiges éternelles, là où le Seigneur était de roc et de pierre. Doucement, comme le prédateur qui cernait sa proie pour l'étudier de son regard abyssal, il l'examinait. Cette petite avait beau donner l'image d'une fine statue de verre fin, limite qu'on n'oserait la toucher, elle aurait de quoi faire tomber en pamoison les hommes sensibles à la fragilité féminine. Mais derrière cette apparence délicate devait sommeiller quelque chose qui apportait un équilibre certain à ce qu'elle était. Les plus belles fleurs de ce monde étaient celles qui étaient les plus mortelles....Et il y avait ses yeux au bleu tendre et intense à la fois, donnant une note contrastante certaine, qui pourrait provoquer quelques frissons pour les plus sensibles.

Cette petite plante ne serait pas à négliger...

''Dis moi, jeune fille, que penses-tu apporter pour le Màr Taralöm ? Avoir le Don est une chose, mais qu'est ce qui donne de la valeur à ton âme, qui te permettrait un jour prochain de la lier à un Dragon ? Qu'es-tu prête à concéder pour y parvenir ? ''

Le Maître Noir aimait éprouver les futurs Aspirants. Quand il en formait un, il le testait en le repoussant dans ses retranchements, avec ou sans un affrontement ''amical'' à l'épée pour dévoiler ce qu'il avait dans les tripes. Mais là, ce sera à Runa de la former. Demander son jugement n'était pas rien pour elle. Comme évoqué précédemment, elle avait une position à tenir et cette fille était sa toute première Aspirante, en plus d'avoir été nommée récemment à son rang de Maîtresse-Dragonne. Elle ne pouvait donc pas faillir. Il pourrait l'interroger sur les raisons réelles qui l'avait poussé à jeter son dévolu sur ce petit brin féminin -qui aura quelques hommes à ses pieds si elle demeurait définitivement au Kaerl. Mais ce n'était pas Runa qu'il testait ; c'était cette jeune fille. Pour sa belle, il avait déjà une petite idée de ses réelles motivations.

Maintenant, restait à voir ce que la petite fleur répondra. En attendant cela, il porta ses mains derrière le dos, pour prendre une posture d'attente patiente... ses gants de cuir noir crissaient doucement à ce geste, une fois de plus....


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Albiréo Varpelis
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MessageSujet: Re: [RP] Sic itur ad astra   [RP] Sic itur ad astra Icon_minitimeMer 14 Juil 2021 - 11:26

*
*

L'ancienne prêtresse de l'Aube glissait derrière Rūna tel un fantôme opalescent, seulement lesté par la majestueuse robe de velours noir nouée à sa taille. C'était la toute première fois qu'elle traversait le Kaerl de l'intérieur mais contre toute attente Albiréo n'y prêta pas la moindre attention. Elle suivait la faëlocë, marchant dans son sillage comme si le reste de la cité n'avait aucune réalité. Ce n'était pas la première fois qu'elle se mettait dans un telle disposition. Son esprit aux remarquables rouages était tout entier tendu vers son prochain objectif, aussi clair et inflexible qu'une lame. Les méandres aquatiques qui secouaient habituellement l'âme de titanide contenue dans cette fragile enveloppe de nacre, s'échouaient comme vagues d'écumes en corolles de roses blanches, stratifiées en immobiles coraux d'ivoire dès qu'ils touchaient au regard de son esprit, froid comme Gorgone.  
*
La Chevalière et son Incarnate l'avaient trouvée dans des dispositions particulières, aussi brûlante et fragile qu'une nouvelle née, son âme et sa peau s'épousant peut-être pour la première fois de son existence. Fraîchement exhumée des braises sombres de ses limbes, l'émotion encore toute rougeoyante, Albiréo s'était coulée entre les bras et les ailes de ses protectrices comme du mercure en perles éparses, miraculeusement rassemblées. La belle pupille avait pu aisément, à la faveur des circonstances, passer pour une pépite d'or : d'une lumineuse et émouvante tendresse.
*
Mais à cette minute, il n'en était rien. La nature instable du vif-argent était sans doute bien plus à rapprocher du caractère de la neishaane. Parfois d'une légèreté volatile, hésitant entre la puissance mouvante de l'eau et l'inflexibilité du métal. Elle avait éprouvé l'air en survolant les terres du Vaendark, le sombre cœur des étoiles en traversant l'Interstice, son corps fourbu était passé par l'eau et ses mirages entre les paumes rocheuses du weyr. Son esprit enfin, doucement lapé par les grâces bienveillantes des deux Liées, avait achevé de se reformer, métallique, d'une sorte d'acier qu'aucun feu de ce monde n'était en mesure d'ébranler. Loin des flammes hurlantes de l'entre-monde où elle se perdait, seule et hantée par d'inconsolables lémures, rien ou presque, n'était en mesure d'émouvoir cette créature. Du moins tant qu'elle se trouvait dans une telle disposition d'esprit.
*
Son physique évanescent était un piège pour qui ne saisissait pas les remous mercuriens qui irradiaient d'elle. Un curieux renversement, peut-être inhérent à la pureté de sa lignée Neishaane, donnait à son corps un aspect de plus en plus nuageux à mesure que son esprit se durcissait, pas après pas, martelé avec une force fantastique au vu de son apparence de plume. Rūna elle-même – bien qu'Albiréo n'ait au fond d'elle aucune autre ambition que de la servir –  n'était plus qu'un minuscule point rouge au milieu de son espace conscient, entièrement consacré à son entrée au Mahalma et à son intronisation auprès du Seigneur Iskuvar. Son esprit, pour paraître aussi fin que le fil d'une épée pointée vers le cœur du Màr, était en réalité étendu au quatre coins de sa conscience. La plus mince odeur de terre humide, la plus infime variation d'air, le plus ténu des souffles lui parvenaient mais elle n'avait pas le temps de les observer. Chaque élément était évalué et stocké dans la seconde. N'étaient retenu que les éléments d'influence pour ce qui l'attendait. Une part reptilienne gronda sourdement alors que les cancans des roturiers effleurèrent ses oreilles mais elle n'émit pas un battement de cils.
*
° Plus tard.°  
*
Enfin, elles passèrent l'arche monumental aux dragons affrontés du Mahalma. Son esprit, toujours vigilant, s'autorisa à plus de mélange. Elle ne pouvait résister à la majesté des lieux, sublimes et millénaires. Les âges avaient patiné la gemme de noblesse et de vie, habitée par des murmures séculaires. Albiréo allongea à la suite de un pas plus lent, révérencieux. Elle sentait les pans de sa robe épouser avec grâce le sol marbré et ses pas se répercuter en notes nettes. Les voûtes s'élevaient avec élégance et la pièce, vaste, lui donnaient de quoi s'épanouir. Elle avait la sensation que son squelette prenait un poids de plomb en même temps que ses membres semblaient s'étendre et s'allonger pour épouser les dimensions du Mahalma. Elle émit un souffle ému, étreinte par l'éminence des lieux. Un instant rose pudique et frémissante, elle laissa son regard trembler le long des colonnes, des marbres et du verredragon. La jeune femme n'avait pas encore parcouru le centième des merveilles du Kaerl Ardent que déjà, son cœur battait pour lui d'un indicible amour.
*
Rūna, auguste, traversait les lieux avec une incomparable aisance, cueillant l'admiration et la convoitise dans les reflets moirés de ses atours. La future aspirante raffermit son pas, avisant la noblesse de son œil de cobalt. Elle prenait soin de rencontrer chacun des regards qui glissait de Rūna à sa propre silhouette avec respect – et une certaine gourmandise -  en inclinant légèrement la tête. Malgré la douceur des soierie et l'apparente courtoisie de ces échanges, Albiréo conduisait son entrée en matière comme la proue d'un brise-glace. La fébrilité de son âme n'avait d'égale que sa furieuse intelligence et c'était en connaissance de cause qu'elle avait mis toutes ses craintes et ses émotions sur le tapis, au creux du ventre chaud et protecteur du weyr. Elle n'était pas tout à fait à l'abri de quelques battements d'ailes affolés, mais elle se garderait bien d'en laisser transparaître le moindre signe. Son esprit virtuose s'arc-boutait avec le calme et la tempérance du gel. Aux yeux de son ambition pourtant murmurante, il ne s'agissait déjà plus de gagner l'approbation mais de marquer son territoire. Elle devait suivre Rūna et il n'était pas question que sa route prenne une autre direction que celle pointée par son nouveau cardinal. L'idée que l'étoile rouge puisse prendre quelqu'un d'autre sous son aspiranat était si bien exclue que l'idée de l'avait même pas effleurée. Pour l'heure, la curiosité aiguisée par leur passage était toute à son avantage. Du moins, pour le moment. Beaucoup dépendrait de sa rencontre avec le Seigneur Iskuvar.
*
Lorsqu'elle rencontra successivement du regard le seigneur des lieux à l'imposante stature portée par un trône à l'ogive effilée, flanqué des membres éminents du concile aux expressions de sphinx, le jeune cygne fut un instant étranglé par le désir quitter son enveloppe de tulipe noire pour retrouver les flancs neigeux du Vaendark. Quelle folie ! Ne se fondait-elle pas mieux dans son univers de roches et de glace ? Son cœur s'emballa et battant à tout rompre, soulevait sa poitrine et empourprait ses joues. Elle s'inclina, dissimulant à point nommé son trouble en mimant la révérence que Rūna effectuait tout en détachant distinctement chaque syllabe de son discours d'intronisation. La voix de la faëlocë emplit l'espace de ses notes habiles et cela rassura un la neishaane le temps que cela dura. Puis la silhouette grâcieuse de sa bienfaitrice s'écarta, la découvrant de son ombre protectrice. Toujours profondément inclinée, Albiréo aperçut du coin de l'œil l'immense stature d'Alauwyr se détacher du trône. Il descendit les marches d'obsidienne avec la tranquillité d'un léopard des neiges. Albiréo ferma les yeux en déglutissant alors que les bottes de cuir du seigneur Iskuvar s'immobilisaient en face d'elle.
*
Elle se redressa face à un homme puissant à l'imposante carrure. Il était vêtu de matières nobles mais qui avaient conservé la coupe sobre des hommes d'armes. Si une certaine panique avait d'abord agité les veines de la petite neishaane à l'approche d'Alauwyr Iskuvar, elle était désormais plutôt surprise de se trouver face à lui. Ses iris myosotis gravirent le roc musculeux et rencontrèrent les orbes sombres et opaques de l'homme qui la dominait. Car c'était bien un homme...Impressionnant, certes. Il se dégageait de lui une inébranlable force, montagneuse, impression renforcée par les mèches d'argent qui couraient en minces filets d'eau sur ses épaules. Le regard aux calmes lacs d'azur de la jeune femme parcourut la longue balafre qui courait le long de son visage sans aucune gêne. Elle n'y voyait aucune laideur, ni motif de compassion d'ailleurs, habituée qu'elle était aux corps mutilés – souvent par ses propres soins – au sein de l'hospice de la Maison d'Iolya. Ce n'était guère qu'une marque de la vie, de celles qui rendent fraternels, et étrangement cela lui apporta un certain réconfort. La distance l'avait mise plus mal à l'aise que la proximité dans laquelle ils se trouvaient présentement. Cela favorisa même sa faculté à occulter ce qui l'entourait, tel qu'elle avait pu le faire auparavant dans les ruelles du Kaerl. Elle se livra à ses observations et retrouva une respiration calme et profonde sans trop prendre garde au silence qui s'installait entre eux.
*
Aussi étrange que cela puisse paraître, Albiréo, toute appliquée à se prédisposer, n'avait rien calculé de ce qui allait se produire. Détournée de son tumultueux univers émotionnel, elle se livrait à une forte présence. C'étaient, de manière assez étonnante, les situations culminantes qui favorisaient le mieux chez elle cet état d'esprit. Cet homme avait toutes les raisons de l'impressionner. Rien qu'en avisant ses larges et puissantes mains gantées, il ne lui était pas difficile d'imaginer sa capacité à lui tordre le cou d'une seule poignée...Pourtant, elle ne percevait derrière ce roc, puissant et sobre, démuni du moindre artifice, qu'une âme authentique. Brute. Impitoyable sans doute. Mais authentique. Et, elle ne s'en sentit que d'autant moins obligée de forcer les apparences. Encore une fois, elle se sentit imprégnée d'une sorte de familiarité minérale face à cet homme. Il semblait selon toute apparence un menhir face à une plume d'ange mais aucun des deux sans doute, ne s'y trompait vraiment.
*
''Dis moi, jeune fille, que penses-tu apporter pour le Màr Taralöm ? Avoir le Don est une chose, mais qu'est ce qui donne de la valeur à ton âme, qui te permettrait un jour prochain de la lier à un Dragon ? Qu'es-tu prête à concéder pour y parvenir ? ''
*
Ainsi étaient ils affrontés, sans animosité aucune, deux créatures de roche se jaugeant l'une l'autre. Héraldiques. Lui, à l'image du sombre volcan éprouvé par les flammes, elle, se dressant telle une crête aux arêtes blanches. Et c'est avec cette voix étonnante issue des profondeurs caverneuses, sans lumière et sans nom, qu'elle lui fit sa réponse.
*
« Je l'ignore encore Seigneur. Cette aube était encore pour moi vierge de toute trace de don. Mon ciel, dépourvu de dragons étant sans doute bien obscur. J'étais, hier encore, Seconde d'Iolya, mon avenir de Haute Prêtresse se dessinait à la faveur de la Lune Mauve. Puis, l'incandescence d'un tout autre soleil a fait la lumière sur mon destin. »
*
Joignant le geste à la parole, elle invita Alauwyr ainsi que tous ceux ici-présents à contempler la princesse du Ssyl'Shar.
*
« J'ai renoncé, ce jour, aux vœux qui me liaient à une Déesse...Je suis certaine, Seigneur, de laisser ce geste à une juste appréciation. »

Ni Albiréo ni aucun des convives ne pouvaient ignorer ce qu'impliquait un tel renoncement. Bien qu'elle n'ait pas eu une hésitation à suivre les deux redoutables Liées, la jeune femme s'était exposée en connaissance de cause au courroux des dieux. Théoriquement, aucun serment de cette importance, surtout lorsqu'il impliquait une future haute prêtresse, ne pouvait être délié impunément.
*
« Quant à l'âme que je porte, seules la Chevalière et sa Reine sans aucun doute, sont en mesure de témoigner des qualités qui l'ont rendue digne de leur regard...Ainsi que de celui de Flarmya. »
*
Ces formes d'aveux qui auraient pu être camouflés ou déstabilisants, l'installaient au contraire dans une tranquillité de plus en plus remarquable. La prêtresse de l'Aube était à l'aise avec la vérité dans laquelle elle se lovait avec un confort et un calme olympiens, égrainant le silence qui suivit comme un chapelet, attentive aux réactions du Seigneur du Màr.
*
«  En revanche, s'il m'est permis d'honorer le Kaerl et de les suivre dans leurs ambitions... »
*
Sise dans son inébranlable véracité, la hiératique créature d'ardoise sembla se dérouler avec une lenteur prédatrice, ondulant sa face rocailleuse étincelante de gel pour planter la profondeur d'un regard sans âges, qui avait au fond de la pupille l'oeil de la nuit pour l'engloutir. Et les engloutir tous. Curieusement, elle n'en fit rien, laissant soigneusement Alauwyr comme elle-même à leur place.
*
« ...Je suis certaine d'être absolument sans égale. »

Les mots, graves, articulés avec une clarté de pythie, résonnaient avec la profondeur et la limpidité d'une prophétie qui avait attendu un calice digne d'elle. Albiréo, d'une immobilité de statue figée dans les replis voluptueux de sa robe noire, fixait les yeux profonds de son hôte. Départie de ses craintes, elle n'avait aucune volonté d'impressionner le Seigneur, pas plus que de le provoquer. Ce qu'elle lui avait offert était l'écho de ce qu'il renvoyait : franchise pour franchise. Elle avait conscience bien sûr, qu'aucune syllabe n'avait pu échapper à l'assemblée, d'autant que l'écho de sa voix aux teintes lustrales n'avait pas besoin d'être portée haut pour porter loin...Il n'y avait pourtant dans son attitude et ses modulations, aucune autre volonté que celle de tenir sa place. Le tir était net, tel un trait d'arbalète qui irait se ficher durablement dans les esprits de tous ceux qui avaient été à portée de voix.


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Rūna Sălv
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MessageSujet: Re: [RP] Sic itur ad astra   [RP] Sic itur ad astra Icon_minitimeJeu 15 Juil 2021 - 21:13

A mesure que parole fut prononcée, le reste du Mahalma s'effaça tout autour du trio, comme le ferait une mère quittant la pièce à pas feutrés afin de ne pas troubler le sommeil trop léger de son enfant. A l'instar de cette métaphore, pourtant, les lieux parurent garder eux aussi la porte de la chambre entrouverte, désireux de pouvoir écouter le moindre murmure suspect sorti des bouches de cette progéniture aux humeurs facétieuses. Tout à la fois se fit plus distant et plus étouffant, rappelant peut-être que les spectres du passé n'avaient pas tous gagné le royaume d'Isashani, trop attaché à leur Màr. Ces spectres se nourrissaient de valeurs et d'aspirations, de secrets et de complots, de grands projets mais aussi de grandes déchéances... Et à tout dire, la famine leur tordait le ventre depuis plusieurs années déjà. Alors, face à la perspective de cet opulent repas comprenant un Seigneur Noir, une Maîtresse Incarnate et une Aspirante desquelles chatoyaient des couleurs plus obscures et taboues, les fantômes Ardents salivaient d'impatience. Ils étaient inlassablement chassés - non s'en sentir offensés -  par l'âme de Sărzeghnet qui n'avait de cesse de planer au dessus de celle de sa bipède et, désormais, celle de sa fille adoptive.
A nouveau, le Mahalma respira, lui qui eut retenu son souffle jusqu'à ce moment précis où l'esprit de la dragonne fit son apparition et où le Seigneur Ardent répandit ses premiers mots à l'encontre de ses interlocutrices. Tout s'alignait enfin. Tout avait conspiré à ce jour.  

Le reste des personnes présentes n'avait pas la moindre idée de ce qu'il se tramait derrière les voiles de la destinée. Loin de tout soupçon et loin des prophéties, la Garde quant à elle, ne relâcha ni n'accentua l'exécution de sa tâche, considérant cependant d'un oeil plus incisif la promiscuité entre l'objet de leur fonction et les deux femmes devant lesquelles ce dernier se tenait. Statues de marbre à la rigueur inébranlable, les soldats gardaient leur place et leur droiture, poing au pommeau et le visage tourné vers la calme effervescence des lieux. Un seul de leur semblable brisa l'inertie de la scène sans qu'ils ne cillèrent : leur Décurion Thaddeus Sălv, frère aîné de Rūna, dont le lien n'avait rien de secret.
Le chef de la Garde apparut donc à son tour avec le silence sinistre propre aux rapaces nocturnes, une métaphore appuyée par le mordant de ses iris d'un or incandescent qui transperçait sans mal les ombres imposées par la forme hostile de son casque qui dissimulait l'entièreté de son visage. Depuis sa place, légèrement en retrait du trône, il avait suivi de près l'arrivée de sa soeur jusqu'au Seigneur non sans ressentir une mer de sentiments enchevêtrés. Une froide et muette liesse, aussitôt muselée, se heurtait à la brûlure d'instincts plus terribles à l'égard de sa puînée. En dépit du désert d'émotions qui l'habillait d'ordinaire, il ne pouvait empêcher son coeur d'accélérer à la présence de sa si précieuse cadette qu'il crut longtemps trépassée. Le fëalocë n'avait pourtant de cesse de se faire violence pour taire ces vagues peuplées de monstres - qu'il ne craignait nullement, là n'était pas le propos -, mais il les sentait fatalement approcher, tempête après tempête, et gagner des récifs de moins en moins profonds...
Il inspira un peu plus fort et crispa les mâchoires avant de faire un pas de côté et venir se tenir dans le dos de son Seigneur, de côté, quelques mètres à peine plus loin, en retrait.

A l'opposé de sa rigueur, Rūna ne put s'empêcher de lui décocher un sourire courtois et ravi rehaussé d'une salutation du menton. A la seule pensée que son frère adoré était présent et veillait, ses inquiétudes se dissipèrent aussitôt avec la poésie d'une envolée de plumes. Pour autant, la fëalocë ne se détacha pas de son attitude princière, l'appuyant peut-être même davantage pour faire honneur à son aîné, muée par un instinct viscéral et une fierté forgée dans l'acier. Après s'y être attardée un moment, elle se rattacha à l'objet de sa venue et parvint à occulter la présence de Thaddeus.
A la première élocution d'Alauwyr, elle ne fit que lui répondre d'un hochement de tête franc, les mains jointes sur le ventre, avant de vaguement s'incliner pour consentir et valider la requête du Seigneur.

Le pouls porté par la majesté des lieux et de cet instant présent, Rūna se sentait de la légèreté d'une hirondelle au vol aidé par la brise. La superbe ragaillardie par l'arrivée d'Albiréo dans son existence transpirait de tous les pores de sa peau malgré toute la coriacité de sa volonté de fer à masquer son enthousiasme. Un éclat du plus pur des diamants habillait son regard de louve et ses lèvres peintes de vermeil, vecteur d'une hardiesse à en faire pâlir les Reines Incarnates les plus orgueilleuses de toute l'Histoire du Màr Tàralöm. Un peu égoïstement, y concédait-elle, Albiréo avait amené sa propre gloire !    
Puis tout s'enchaîna. Alauwyr sut jouer à la perfection un rôle protocolaire que la fëalocë apprécia à sa juste valeur, il ne fit d'ailleurs qu'alourdir tout le poids de cet amour secret qu'ils se vouaient à la faveur d'alcôves écartées du reste du monde. Hors de propos les amants ! Ici ne s'élevaient que des rangs, des rôles et des statuts sociaux.  Cette cérémoniale formalité fut exacerbée par le jeu des lumières qui s'abattaient sur le trône, des lumières naturelles et celles artificielles des lourdes lanternes suspendues au bout des épaisses chaînes qui tombaient de la voûte sculptée. Alors que la clarté du jour traversait les vitraux aux récits légendaires du Màr Tàralöm, habillant les uns et les autres de couleurs diluées par les rayons de Solyae, toute flamboyance s'en allait mourir le long des habits charbonneux d'Alauwyr et de sa chevelure de craie. Tel un spectre fuyant l'ardeur d'un soleil trop brûlant il se leva d'ailleurs, et dévala avec fluidité les quelques marches qui surélevaient son assise. A nouveau, la palette de couleurs qui fendaient la pièce avec l'implacabilité d'une lance se perdit dans le néant du verredragon, comme si l'obsidienne avait la faculté d'en dévorer l'énergie. Le trône, noir comme l'abîme et de taille à accueillir ses créateurs Valherus, persiffla en silence lorsque le Seigneur se leva, tel que le ferait un démon pris en embuscade par les premières lueurs du petit matin.

Interloquée par ce qui semblait être un feulement distant émanant du trône et que personne d'autre qu'elle ne parut entendre, l'attention de la fëalocë s'y porta furtivement, sous tout le courroux de ses sourcils à demi-froncés. L'ambre de son regard se perdit avec une effrayante facilité dans l'abysse de noir laqué de sa matière, l'âme appelée sans que parole ne fut prononcée, jusqu'à l'instant où le bruit fracassant d'une mâchoire claquée avec sécheresse la sortit de sa torpeur fugace. Papillonnant des paupières pour reprendre ses esprits, Rūna sentit une des ailes de sa Liée venir la couvrir en véritable rempart, l'enveloppant d'esprit et de chair d'une chaleur aux relents soufrés des plus enivrantes.
Et Alauwyr parla à nouveau, coupant définitivement court à ses réflexions.
Ses orbes d'or revinrent se déposer tout d'abord sur son démon aux cheveux d'argent puis sur cette étrange soeur couronnée de poussière d'étoile, dardant sur eux deux un oeil à la précision de fauve que rien ne savait infléchir.
En dépit de son assurance des plus déterminées, il lui apparut bien malgré elle que sa respiration se fit un peu plus pénible tant l'appréhension occupait une majeure partie de sa poitrine. Telle une archère retenant sa respiration le temps de décocher sa flèche, la fëalocë se figea dans les désagréables gels du Doute sans pour autant se départir de ses airs de reine.
Il ne lui était même pas envisageable d'imaginer un refus de la part du Seigneur Ardent. Elle n'était pas en capacité de faire un choix.  

Au delà de ses airs de lion, Alauwyr se montrait d'une étonnante patience à l'égard de la jeune neishaane qui n'était guère plus pour lui qu'une jeune gazelle. Peut-être la considérait-il plutôt comme un semblant de sa progéniture, un lionceau à qui il fallait tout inculquer ? A ce constat, la retenue de Rūna s'amenuisa d'un grain pour mieux se transformer en un énième éclat de diamant, témoin de sa fierté, qui s'en alla maquiller avec charme la commissure de ses paupières pour mieux souligner un regard déjà outrageusement infatué.
Tandis que le souverain éprouvait la recrue potentielle de questions, la fëalocë se laissa prendre au jeu de ses propres pensées. Il lui apparut, qu'à cette minute précise en ce jour singulier, qu'elle ressentit un trop rare droit à la paix. Rūna, en dépit du faste d'une existence pompeuse et prometteuse, avait essuyé plus que son lot de souffrances et la dernière était la plus vivace de ses blessures. An laas fah an laas. Une vie pour une vie. Albiréo, à sa manière, venait combler une plaie béante, elle était un onguent pour cicatriser le passé.
Son apaisement, lui semblait-il, allait de paire à celui des Moires qui eurent tant pesté de devoir démêler à maintes et maintes reprises les pelotes qui tissaient l'existence de la furie. Pour une fois, toutes les quatre s'accordaient sur cette étrange broderie dont le motif apparaissait enfin plus clairement sans pour autant pleinement révéler la teneur du Grand Récit central.
Qui avait dompté qui ? Nul ne pouvait s'avancer à répondre, car ni les tisseuses de la destinée ni la sorcière écarlate ne pouvaient se concevoir à la merci de l'autre.

Alors, sans un mot, le visage plutôt doux, la fëalocë les observait, ces deux créatures à la fois si vraisemblables et si opposées. Un frisson lui parcourut les flancs lorsqu'Albiréo répondit la première fois mais laisser chanter le timbre de sa voix qui avait mille ans de plus que son enveloppe charnelle.
Un peu émue par la teneur des paroles de la neishaane, il fallait bien l'avouer, elle ne témoigna pourtant guère de cette faiblesse, s'arquant tout au plus d'un sourire emprunt d'une fierté de mère posant le regard sur la chair de sa chair.
Albiréo avait cet art trompeur de laisser autrui la méjuger par son apparence de verre. D'aucuns ne se remémoraient que si cette matière s'avérait certes fragile elle n'en demeurait pas moins mortelle pour les mains maladroites ou tenue par des doigts plus prudents et capables de la modeler en arme. La silhouette chétive de jeune cygne laissait apparaître l'ombre d'une hydre tapie à l'instant où sa voix primale s'élevait dans l'éther. Certains pourraient même s'étonner de constater qu'une jeune femme à l'aurore de sa vie se vit pourvue de valeurs déjà si profondes, à l'appétit des plus féroces.
Mot après mot, Albiréo ne fit que conforter Rūna dans le dévolu qu'elle jeta sur elle, aveuglée par cette détermination de roche accrochée à visage de statue au marbre parfait.
La fëalocë, par le sixième sens inhérent à sa race, acceptait sans mal ce plaisir coupable de s'entourer de danger. Elle en appréciait d'autant plus la saveur métallique quand celui-ci revêtait des atours des plus attrayants.

Tout d'abord flattée par les propos de sa pupille, elle en fut une seconde fois touchée. Il était vrai que la princesse Ssyl'Sharienne ne perdait pas de temps à s'émouvoir en vaines larmes tout juste bonne à souiller des soieries de haute facture, mais Albiréo avait rompu un serment des plus édifiants pour la suivre sans reproches ni questions. Sans lui avoir rappelé le peu de considération qu'elle avait à l'égard de certaines divinités, Rūna estimait ce sacrifice avec la valeur du plus pur des or. Cette Aspirante était déjà à son image : à même de défier les dieux juste pour montrer qu'elle en était capable, qu'importaient les conséquences !  
Mais les poumons de la fëalocë se remplirent véritablement de fiel lorsque sa protégée rendit la parole, une fois assénée la plus tonitruante des assurances.
Un air à la fois surpris et carnassier anima les traits du visage parfait de Rūna tandis qu'elle coula un regard baigné de fierté vers les orbes pastel de la neishaane, la peau vallonnée de frissons. Un soupçon de rictus étira le coin de ses lèvres avec ravissement et stupeur avant de soudainement reporter son attention sur Alauwyr, de qui elle attendait une réaction encore inconnue. Soit l'assurance de la jeune femme attiserait les flammes d'une provocation sous-jacente, soit l'humain y verrait une qualité des plus prometteuses pour la pérennité de son royaume.

Alors qu'elle ouvrit les bras comme pour mieux promouvoir la silhouette de la neishaane qui semblait si petite face au Maître Noir mais non moins solide, Rūna marqua un temps d'arrêt pour s'assurer de n'interrompre personne. Le panache d'une harpie féroce cramponné aux pommettes, le nez levé avec un brin de dédain, la fëalocë prit la parole avec un entrain mesuré mais enrobant volontiers ses propos.

« Ne charrie-t-elle pas mer d'engagement envers votre cause, Seigneur Iskuvar ? Un océan sur lequel nous pourrions tous voguer en quête de trésors insoupçonnés...»

Oh, ne vous y méprenez pas. Il y avait bien des airs de séduction dans ses mots et une pointe de bravade à peine dissimulée.
Mais, en ce moment précis, c'était à Albiréo de faire ses preuves, sous le regard de sa Maîtresse. Alors elle lui permit de briller, sans jalousie maladive, mais veillait à la moindre parole échangée.


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Alauwyr Iskuvar
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MessageSujet: Re: [RP] Sic itur ad astra   [RP] Sic itur ad astra Icon_minitimeMar 20 Juil 2021 - 20:13

Un étrange et très très bref silence s'était instauré après l'interrogation du Seigneur Ardent, qui était là pour sonder la possible Nommée Aspirante. La jeune femme, l'observait, tout comme l'humain, comme pour savoir ce qui se cachait derrière l'éclat de leurs yeux respectifs. Ils paraissaient chercher mutuellement à lire jusque dans les tréfonds de l'âme. Alauwyr avait une longue habitude de ce genre de regard... Si la petite fleur venait à espérer qu'il se noie dans les profondeurs bleutée de son lac scrutateur, ce serait plutôt elle qui devrait redouter de sombrer définitivement dans les abîmes ténébreuses des deux obsidiennes qui s'étaient dardées sur elle, sans frémir, sans détourner leur direction. La plante était fragile, n'ayant pas encore éclos et déjà, elle affrontait presque stoïquement la montagne froide et imposante, dont le sommet était couvert de sa longue crinière grisée.

Avec son apparence fragile, On se serait attendu à voir trembler la nouvelle venue, voir de s'évanouir devant la simple présence oppressante du Maître Noir. Mais point de réaction effrayé, point de fuite en peur panique. Au contraire, elle  se dressait face au Seigneur, ouvrant sa bouche pour apporter une réponse aux petites questions de l'humain. Le timbre de sa voix vibra du fond de sa gorge jusqu'à la frontière qu'étaient ses lèvres pour s'exprimer aux oreilles des êtres présents, autant en face d'elle, qu'à côté d'elles et pour les autres présentes dans les environs de l'immense Mahalma.

Alauwyr l'écouta avec attention. Le moindre de ses mots, le moindre apport qu'elle dévoilait ne pouvait lui échapper. Ainsi put-il apprendre un élément conséquent de sa vie précédente. Elle avait servi encore tout récemment une Déesse, brisant ses voeux pour suivre Runa. Etait-il si pieuse que cela pour accepter de suivre une autre voie proche des divins, par le biais de Flarmya à travers ses Enfants ? Ou alors, était-ce tout le contraire ? Peut être qu'elle ne se sentait pas si  dévouée que cela pour faire le choix de cesser sa prêtrise et venir au Màr Taralom.... Il était difficile d'avoir une réponse précise avec si peu d'éléments. Mais chose certaine pour Alauwyr, même s'il n'avait guère eu dans ses fréquentations des servants des Dieux, était qu'on ne sacrifiait pas ses voeux de servir un divin ainsi. Autant, cela pouvait être un énorme sacrifice qu'à un renoncement d'une vie toute tracée. De toute façon, il en saurait bien d'avantage plus tard... ou pas.

La jeune femme continuait à argumenter sa réponse, mettant en avant une certaine détermination à servir le Kaerl, avec une petite pointe d'absolue capacité à suivre ce qu'on attendait d'elle. Cette légère arrogance avait de quoi faire sourire Alauwyr intérieurement. A peine arrivée, elle commençait déjà à s'ancrer en tant qu'Ardente. Il se contenta de faire un étrange sourire, à moitié carnassier, à moitié effrayant, avant de se rapprocher de la petite fleur, qui était demeurée droite et inflexible. L'avancée d'un pas du Seigneur pour réduire la distance qui les séparait allait-elle provoquer un effet de peur chez la jeune donzelle ? Il adressa un regard glacial à Runa. Après tout, sa protégée l'avait mis dans sa petite ''plaidoirie''. D'ailleurs, elle entra à son tour en scène, encore vibrante de fierté. Alauwyr la connaissait bien assez pour voir de fins détails sur son visage auréolé de sa chevelure enflammée, que d'autres seront incapable de capter.

Elle ouvrit ses bras, tout en prenant la parole pour rajouter un peu d'éloge pour sa possible Aspirante, pour que la balance penche en sa faveur. Elle plaidait la cause de la jeune venue. Une bonne chose, d'une certaine manière, au vue de ce qu'elle avait subi par son passé. Elle aurait pu jouer une plus grande bravade, pour lui tenir tête, comme auparavant, avant que sa Liée ne mette ses griffes de Reine sur son âme...Mais elle avait mûri. Et maintenant, elle devait montrer cette maturité, mêlée à la dignité qui sied à une personne de son rang. Pour la peine, le coeur du Maître Noir tambourina un peu plus fortement dans sa large poitrine.

Son sourire s'étira, le rendant plus prédateur encore. A lui de répondre désormais. Il ne pouvait faire dans la légèreté sous prétexte qu'il avait sa bien aimée face à lui. Elle aussi, le savait. Il plongea les ombres de son âme dans le feu bouillant dans les deux yeux de la Maîtresse Incarnate.

''Ne fais-tu pas preuve d'un peu trop d'enthousiasme, jeune Maîtresse Sălv ? Ne vas-tu pas trop vite en terme de jugements sur cette jeune âme ? Je ne doute pas de ta volonté de former une jeune plante sur le point de fleurir, mais n'omet pas un fait : tu es Maîtresse Incarnate que depuis peu...."

Elle avait toute capacité à former un ou une Aspirante. Seulement... il ne pouvait  esquiver ce détail, qui devait être entendu. Ainsi, leur position respective demeurait crédible et sans faille.

''... et on attend beaucoup d'une personne avec un rang comme le tien. De plus,  nous évoquons la cause du Kaerl, pas vraiment de la mienne... n'est ce pas ? ''

Puis, il leva sa main gantée droite, pour prendre dans une douceur presque malveillante le menton de l'ancienne Servante des Dieux, le tenant entre son index et son pouce. Le cuir émit un doux craquement, presque funeste.

''Ta certitude pourrait te pousser à l'échec, ma chère... ne présume pas déjà de tes capacités alors que tu viens à peine de poser tes pieds au sein du Màr Taralom... Le dragonnet à peine éclos veut déjà voler et cracher des flammes....''

Il lâcha sa prise et replaça sa main jointe à la seconde, derrière son dos.

''Maîtresse Sălv et l'Incarnate Sărzeghnet ont eu leur jugement, Flarmya aura le sien sur les Sables si tu es digne d'être liée... A condition d'être Aspirante avant. Es-tu prête à donner ton allégeance pour le Màr Taralom, à ne jamais le renier ? ''

Si ce petit bout de femme avait pu renoncer à ses voeux devant sa propre Déesse, quel gage pouvait-elle offrir pour le Màr, vu qu'elle avait déjà fait défection ? Si elle était vive d'esprit, elle comprendrait l'importance de cette nouvelle question. Il fixa brièvement Runa, lui offrant que ses deux yeux noirs et indéfectibles, avant de les reporter sur Albiréo, guettant déjà ses réactions.


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Dernière édition par Alauwyr Iskuvar le Mer 28 Juil 2021 - 11:13, édité 1 fois
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Ordre Draconique : Ordre Draconique d'Ombre (Kaerl Ardent)

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MessageSujet: Re: [RP] Sic itur ad astra   [RP] Sic itur ad astra Icon_minitimeSam 24 Juil 2021 - 11:43

Lorsque la timbre embrasé de la fëalocë s'éleva pour l'entourer de ses flammes, le corps entier d'Albiréo s'attendrit. Ses épaules s'affaissèrent gracieusement dans les replis sombres de son col, ses bras s'assouplirent, retrouvant leur langueur de saule, sa colonne, hiératique une seconde auparavant, se courbait tendrement, tel un roseau sous la brise. Ses joues retrouvèrent une caressante teinte fleurie et son regard la profondeur mélancolique du myosotis. Cette infinité de détails de manière inexplicable pour l'oeil du commun, surprenait le regard et l'entendement. L'esprit étonné, percevait la même forme mais ce n'était de toute évidence plus la présence glacée de l'iceberg, des crêtes sauvages du Vaendark, plus les racines profondes des lacs mouvants sous la glace...Mais l'innocence joyeuse d'un champ de coton sous un ciel tout bleu d'enfance, le trait cyan piqué d'orange du martin pêcheur, la biche toute étonnée de sortir du bois...
*
Depuis cette matinée où les Liées l'avaient exhumée de ses ombres, elle ne les avait pas quitté d'une semelle. Le fait de se retrouver confrontée à cet homme, Alauwyr Iskuvar, lui donnait à voir avec une réalité saisissante combien Rūna avait sur elle un pouvoir particulier. Irrésistiblement, Albiréo venait à elle comme la licorne à la jeune fille. Elle ne dominait pas cette attraction et se laissait porter comme un nénuphar égaré au milieu des remous tendres d'une lagune. Heureuse et étourdie par le charme nouveau de cette candeur apprivoisée, elle sortait du sous-bois, glissant ses flancs d'argent sous la caresse lunaire, oublieuse d'elle-même et du danger...La première flèche pourtant, ne fut pas décochée pour elle, mais pour le cœur éclatant de rouge, pour la l'épineuse rose qui embrasait sa clairière.
*
« Ne fais-tu pas preuve d'un peu trop d'enthousiasme, jeune Maîtresse Sălv ? Ne vas-tu pas trop vite en terme de jugements sur cette jeune âme ? Je ne doute pas de ta volonté de former une jeune plante sur le point de fleurir, mais n'omet pas un fait : tu es Maîtresse Incarnate que depuis peu...et on attend beaucoup d'une personne avec un rang comme le tien. De plus, nous évoquons la cause du Kaerl, pas vraiment de la mienne... n'est ce pas ? »
*
En quelques secondes, la neishaane s'était imprudemment glissée dans l'univers délicieusement ouaté que la Maîtresse Incarnate et sa Reine avaient, bien malgré elles, fait naître autour d'elle. Elle jeta un regard effaré sur l'auteur de ce trouble, bien incapable de camoufler l'effet de ses paroles sur son cœur. Elle n'avait pas envisagé une seconde que le jugement de celles qu'elle considérait déjà comme les membres indivisibles de sa constellation puisse être remis en question. Ce qu'elle vivait et ressentait par toutes les parties de son être était d'une telle évidence – par ailleurs, son serment était déjà scellé – qu'il lui paraissait inenvisageable d'y renoncer. La tâche prenait indiscutablement un tour plus ardu qu'elle ne l'avait envisagé. La limpidité de sa parole, en résonnance directe avec les fondations de son âme n'étaient pas intelligible de tous. Bien que surprise, elle s'en étonna moins que de voir le maître des lieux mettre sa disciple à l'épreuve. Naïvement, Albiréo s'était convaincue qu'elle serait seule à devoir plaider leur cause. Elle s'en trouva véritablement déroutée, et ne s'attendit pas plus à ce qu'Alauwyr ne la cueille de la sorte, alors qu'il saisissait son menton et plantait la froideur de son regard d'obsidienne dans la douceur au bleu mauve de ses yeux. Ainsi saisie dans sa fragilité végétale, elle semblait suspendue entre deux destins et tendait un visage troublé vers le Maître Noir.
*
« Ta certitude pourrait te pousser à l'échec, ma chère... ne présume pas déjà de tes capacités alors que tu viens à peine de poser tes pieds au sein du Màr Taralom... Le dragonnet à peine éclos veut déjà voler et cracher des flammes... »
*
Alors que le Seigneur semblait à l'instant avoir tout pouvoir de la briser, il défit son emprise et la rendit à son sort. Bien heureuse de retrouver ses appuis, Albiréo était tout de même en proie à un mélange d'émotions déstabilisantes. Il ne faisait aucun doute qu'Alauwyr Iskuvar cherchait à les éprouver toutes deux. Si le camouflet était ferme, le Maître Noir n'avait pourtant pas abusé de son emprise pour attendre sa réponse, l'étau n'avait duré que le temps de faire son impression et de la mettre en garde. Mais en garde contre quoi exactement ? L'expression de la neishaane se raffermit, son cœur battant reprenait peu à peu sa place à la faveur de ses pensées qui désormais tournaient dans le sens large de ce qui était en train de se produire. Quelque chose, bien qu'elle fut assez incapable de définir quoi, quelque chose lui soufflait que la scène avait une dimension – voire peut être plusieurs – qui dépassait son simple passage à l'Aspiranat. Cela tenait peut être au ton, protocolaire mais néanmoins sérieux, qui incitait Rūna à la tempérance, voire même à la prudence...A moins que ce ne fusse la présence du capitaine de la garde qui suivait leur échange de près, derrière lui de nombreux soldats rutilaient des armes du Kaerl. Qu'est ce qu'une femme, très visiblement de haute noblesse, respectée et certainement crainte, qui plus est accompagnée d'une dragonne pouvait avoir à craindre d'elle ? Quelles répercutions cet aspiranat pourrait il avoir sur le Màr Taralöm ? A vrai dire, qu'est-ce qu'un Màr tout entier pouvait bien redouter ? Et à bien y regarder, il était évident que le Seigneur ne la prenait pas pour un élément redoutable mais plutôt comme un possible grain de discorde. Elle ne pouvait représenter à elle seul le ver qui creuserait la pomme, il y avait donc fort à penser que si nuisible il y avait, il rampait déjà au milieu des murs et avait étendu ses galeries.
*
Le scepticisme d'Alauwyr Iskuvar donnait une importance qui n'avait pas lieu d'être à cette intronisation. Bien que soupçonner le danger là où il n'était pas – selon toute apparence – relevait sans doute des fonctions de gouvernant...Ou indiquait les stigmates d'un pouvoir chancelant.  
*
° Un possible grain de discorde supplémentaire...°
*
A moins qu'elle ignorât, et cela était la solution la plus probable, les réels fondements de l'Aspiranat et plus particulièrement de ce qu'être l'Aspirante de Rūna Salv impliquait pour le Kaerl. En tous les cas, elle était désormais certaine du sentiment d'étrangeté que lui laissait cet échange et en conséquence, choisit de suivre ce que le Seigneur Noir lui conseillait implicitement : la prudence. Elle s'inclina de nouveau laissant au maître du Mahalma l'emporter sur cet échange de regards qui avait eu des allures de glaives croisés et articula une réponse mesurée.
*
« Seigneur Iskuvar, la Maîtresse Incarnate Rūna Sălv, ainsi que sa Liée la Reine Sărzeghnet ont fait plus que venir à ma rencontre. Elles m'ont sauvé d'un trépas quasiment certain mais à vrai dire, perdre la vie aurait été un moindre mal au vu de ce qui attendait mon âme. Sans leur intervention, mon essence sans doute, n'en serait jamais revenue. Ni en ce monde, ni soumis au regard des Dieux. Le Néant l'aurait engloutie à jamais. Ainsi, je leur dois plus que ma vie. Je leur dois mon Salut. »
*
La neishaane releva un regard sans mélange vers les obsidiennes qui dardaient sur elle leur obscurité sans partage et marqua une brève pause avant de poursuivre :
*
« Ma loyauté leur est acquise et absolue. C'est en cela que j'ai formé mes certitudes car ma vie leur est déjà consacrée, pour les raisons sus-citées. Je suis donc convaincue, Messire, que le fruit de mes efforts pour leur être digne supplantera n'importe quel orgueil qui voudrait se surpasser dans la recherche de son propre pouvoir... Mon souffle, mon âme leurs sont offerts, quant au Kaerl, puisque c'est là que va légitimement votre souci...»
*
La neishaane inclina légèrement la tête en avant et alla cueillir l'épingle d'or que Rūna avait piqué dans ses cheveux. Le blond tendre se déroula dans son dos en un froissement soyeux, l'auréolant d'une crémeuse lumière. D'un geste preste, elle s'entailla la main gauche d'où jaillit le liquide chaud et écarlate. Dressant sa paume ruisselante, elle serra lentement le poing forçant l'hémoglobine à tomber en gouttes sombres sur le sol du Mahalma.
*
« Je lui offre mon allégeance par le sang. »


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Rūna Sălv
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MessageSujet: Re: [RP] Sic itur ad astra   [RP] Sic itur ad astra Icon_minitimeMar 27 Juil 2021 - 1:44


L'oeil brûlant de Rūna suivit la main d'Alauwyr avec la précision d'un faucon lorsqu'il saisit le menton de la neishaane entre ses doigts, et tout sourire s'évapora immédiatement des lèvres peintes de vermeil de la fëalocë. La raison précise de cette raideur soudaine demeurait floue à ses propres raisonnements, mais la vérité se cachait sous un fatras de jalousie et de possessivité mêlées. Alauwyr était à elle, seule ; il en était de même pour Albiréo. La furie rubescente ne supportait pas que le loup qu'était le Maître Noir convoitât cet agneau immaculé qui était sien, elle endurait l'ombre de la menace qu'il fit planer sur sa dévolue. En son sein, en ces viscères, la fëalocë savait pertinemment quel simulacre l'humain offrait au regard des curieux présents au Mahalma, mais la vipère du Grand Désert était rendue aveugle par la forte symbolique de ce geste. Le cuir noir contrastait avec violence sur le derme diaphane de la nymphe des neiges, il en souillait le manteau de flocons cristallisés par le givre et l'Hiver éternel du Vaendark. Les doigts gantés semblaient, selon elle, apposer une Marque aux relents maudits, comme si un démon s'emparait d'une perle au nacre vierge, la faisait rouler entre ses phalanges et en effritait la pureté de ses griffes noircies de suie.  
Les grands défauts de la trop bien née princesse du Ssyl'Shar revenaient parfois par torrents, un fleuve à la course destructrice qu'elle s'acharnait à cantonner aux rivages de son for intérieur pour mieux feindre le miroir d'une onde lisse aux eaux opaques. Pourtant, pour qui savait lire entre les sillons de ses iris taillés dans l'or et l'ambre, des flammes plus vindicatrices que d'ordinaire valsaient avec fièvre, et sous la surface du lac sans remous s'entretuaient avec voracité des monstres oubliés par l'Evolution. L'espace de quelques secondes, son sang eu l'acidité du feu et son coeur palpita au baiser de ses émotions devenues véritables cautères chauffées à blanc. En dépit de ses efforts thaumaturgiques pour jouer l'imperturbabilité, Rūna ne put qu'asséner une oeillade de tigresse à l'encontre d'Alauwyr, de ceux qui hurlaient au carnage le plus pur, tandis que les angles graciles de ses mâchoires se crispaient pour mieux se préparer à mordre. Ce n'était pas la première fois qu'elle lui fit pareils cadeaux, il se remémorerait probablement de tels courroux datés de l'orée de l'Aspiranat de la fëalocë, lorsque tous deux n'étaient encore que rivaux préposés à l'affront perpétuel.  
Par la bénédiction de Flarmya, le geste du Saigneur ne dura pas plus que le temps pour ce dernier de parachever sa tirade, mais le reflet d'un brasier vint habiller les obsidiennes peintes de néant qui juchaient les yeux d'Alauwyr alors que celui-ci les darda dans ceux de la fëalocë. Etonnamment, la froideur de ces abysses parut l'apaiser un peu, aussi bien que dans leur intimité secrète.

Reprenant le contrôle pour se prêter à l'escrime des langues, loin d'être en quoi que ce soit offusquée par les sentences d'un Alauwyr qui tenait son rôle avec brio, Rūna voulut prendre la parole, mais Albiréo prit les devants et le fit avec maestria.
Les paupières de la fëalocë s'abattaient avec lenteur le long de sa cornée alors qu'elle se surprenait encore à redécouvrir la voix si profonde de sa frêle statue de verre, soufflée une fois de plus par l'ambivalence d'une âme millénaire prisonnière d'une chair si jeune à la peau de cendres froides que les froissements d'ailes de papillon semblaient pouvoir balayer.
Un visage fier se détourna alors lentement de celui du Seigneur Ardent pour mieux venir affronter les traits à la fois antiques et infantiles de sa pupille. Elle se délecta un temps de cette inhabituelle et dangereuse joute qui opposait un titan à un oisillon, un duel qui ne fut pas sans lui rappeler la propre ferveur de ses débuts sur Tol Orëa. Surtout, au delà des apparences, la victoire présumée de l'un sur l'autre n'avait rien d'actée. Tout restait à advenir, entre spéculations et paris, entre hasard et destinée.
Aussi, peu à peu, l'expression de cette étrange forme d'attendrissement admiratif reprit possession du minois de la fëalocë. Il fallait être complètement fou pour oser affronter le Seigneur Ardent, quand bien même ce ne fut que par une pluie de mots que les flèches les plus redoutables n'avaient rien à envier. A sa manière, peut-être aidée par d'indicibles aptitudes liées à sa race, la neishaane avait le pouvoir d'envoûter l'inflexible et faire courber le marbre de statues qui survécurent aux plus grandes catastrophes de l'Histoire.  Rūna pensait avoir planté la graine des grandes ambitions et des spectres de la Manipulation dans ce fertile terreau qu'était Albiréo, mais il n'en n'était rien : les racines d'une terrible hellébore avaient survécues au gel, endormies dans la terre, et la fleur mortelle avait reverdi en silence à l'ombre d'une âme ancienne, prête à répandre le parfum de son poison pour qui approcherait de trop près afin d'admirer les teintes hypnotisantes de ses pétales. Le cristal se muait en acier puis en soie et l'éther devenait roche ou poussière avec une déconcertante facilité lorsqu'il s'agissait des humeurs d'Albiréo. En était-elle seulement conscience ou pleinement responsable ? Non loin de là, entre les pans des voiles qui séparaient le monde du réel au royaume de l'indicible, Sărzeghnet semblait en connaître la réponse, et sa respiration caverneuse soufflait sur les émotions de la neishaane comme le vent sur les nuages pour rendre son bleu au ciel ou l'assombrir d'un orage, tout autant que la bourrasque pouvait raviver les flammes d'un feu de forêt dévastateur, sans pitié.
Une effrayante admiration, proche de l'aliénation, s'esquissait entre les syllabes bien pesées de la jeune femme couronnée d'un blond polaire, et le cri de la pièce que les Parques jetèrent en l'air pour ouvrir les paris persiffla avec plus d'insistance, l'espace d'une seconde.

** Ma fille... , susurrait l'esprit de Rūna, Ma soeur... **, articulait-il. Mais tout dans cette pensée inspirait au mauvais présage. Nul ne pouvait se souvenir de l'histoire de la première Sălv pour se voir alerté du lien naissant entre la fëalocë et la neishaane.
Albiréo lui offrait tout, sans concession, et Rūna allait tout prendre. Rūna lui donnerait tout, et Albiréo allait en retour s'en emparer, sans rien laisser... Une sinistre dévolution eut éclos, là, promise entre les ventricules de pierre du coeur du Màr Tàralöm. Les doigts évanescents et invisibles des fantômes du passé cherchaient à attraper un bout d'étoffe ou une mèche de cheveux, mais le retentissement lointain d'un rire funeste parvenu des Limbes les fit disparaître dans le néant. Une Ombre, seulement perçue de Sărzeghnet, planait au dessus du trio avec le vol propre aux vautours mais dont la silhouette trahissait plutôt celle d'un dragon.
Je leur dois mon Salut, venait d'asséner Albiréo. Quelle amère ironie aux yeux des Divins... Le Destin, lui, ne broncha pas. La pièce... La pièce d'or des Parques tintait toujours d'une note aigue, distante, obsédante.

Les lueurs chaleureuses modelées par les rayons de soleil qui transperçaient les différentes couleurs des vitraux ou encore celles apportées par les flambeaux, les torches et les braséros, venaient trouver refuge le long de la peau et de la chevelure de la fëalocë, comme des louveteaux retrouvaient leur mère à la moindre menace. En effet, entre le puits de ténèbres qu'incarnait le Seigneur Ardent et la pluie de grêle qu'évoquait l'Aspirante, la lumière réconfortante de Solyae se voulait fuyante et la froide clarté d'un soleil d'hiver assombrit le Mahalma. Entre ces deux éclats de roche volcanique, Rūna demeura cascade de lave mais sentit bien une froideur venir se heurter à sa flamboyance. Un peu noyée dans sa contemplation silencieuse de la scène et son oreille attentive au moindre mot égrainé par la bouche de l'un puis de l'autre, la fëalocë ne fut dérangée que par les mouvements d'Albiréo qui défit sa coiffure. Elle remarqua, d'un coin de l'oeil que son frère aîné Thaddeus, le Décurion Flamboyant s'était lui aussi figé, le poing au fourreau, alors que les soieries lunaires qui tissaient la chevelure de sa protégée dévalait le creux de son dos. Le front plissé par l'expression de son questionnement, tout alla trop vite pour empêcher la jeune femme de signer son pacte de sang. Précis et rapide, Albiréo agit avec la furtivité d'un assassin dégainant un rasoir et le rengainant aussitôt, ne laissait pour seul témoignage de son ouvrage qu'un sourire grenat creusé dans la peau.

« Albiréo ! » S'effara Rūna qui se ruait déjà sur la plaie. La pulpe de ses doigts s'égara un instant dans la sève écarlate avant qu'elle n'attrapât sa cape pour la porter à la coupure et appuyer dans une hâtive tentative de stopper l'hémorragie.

Et Rūna eut le tournis.
Cela n'avait rien à voir avec l'aperçu de tout ce sang, ni plus que la blessure elle-même. Il provenait d'une toute autre forme de tourment.
Alors que ce carmin épais peignait ses doigts jusqu'à la moindre aspérité de ses empreintes, la fëalocë en ressentit tout l'ensorcelant baiser. Le sang d'Albiréo la brûlait sans qu'elle fut capable de discerner s'il s'agit de froid ou de chaud. Il parut s'insinuer à travers les pores de sa peau, et la brûlure monta, monta, monta, le long des os et des muscles de ses mains, puis de ses poignets, et tout le long de ses bras jusqu'à ses épaules ; elle s'entortilla comme une vipère autour de ses clavicules puis de son cou, le long de sa mâchoire, de ses pommettes, de ses tempes et de son front et en même temps la brûlure atteignit son coeur et ses poumons, elle rongeait ses côtes ! Son vertige grandit, grandit, grandit et la fëalocë s'affaissa un bref instant tout alors que ses pupilles se dilataient comme celles des loups-garous enlacés par la pleine lune et que son coeur s'emballait de la même sorte. Un frisson lui traversa les flancs, elle haleta et crut étouffer, ses joues et son buste se teintèrent  de parme.  Rūna sentit Sărzeghnet s'insinuer violemment dans son esprit et vociférer des gerbes de flammes sur ces serpents sanglants, mais il était trop tard. La saveur du métal noya son palais et la fit saliver d'envie, comme une lionne ayant mis un premier coup de croc dans de la viande fraîche.
Et tout aussitôt, le malaise passa. La fëalocë perçut la façon dont la brûlure se dissipa et s'évapora de ses veines mais une vipère s'était enroulée autour de son esprit, comme un parasite.
La Maîtresse Incarnate retrouva ses esprits après plusieurs inspirations profondes, sans réellement laisser transparaître quoi que ce fut. La brûlure parut durer des heures quand elle ne mordit en réalité qu'une seconde, aussi vive que le venin d'un cobra.
Rūna papillonna plusieurs fois des paupières, recouvrant forme humaine, et constata qu'elle n'avait pas rêvé. Le sang avait abondamment coulé de l'entaille d'Albiréo, formant une tâche sur le marbre noir du Mahalma. A nouveau les spectres se ruèrent sur ce miel dont ils avaient l'addiction de la lie et la pierre sembla se repaître de ce breuvage dont les gouttes d'âme de la neishaane se firent tanins.  

Un peu ébranlée mais regagnant son assurance, la fëalocë continua d'appuyer sur le plaie avant de constater que, si elle fut sanglante, elle n'avait rien de béant. Fort heureusement, Albiréo n'avait employé qu'une épingle pour agir...

« Voyez, Seigneur, ce qu'elle est capable de faire pour prouver sa valeur au Màr Tàralöm : une libation de sang au seuil de votre trône. A vous de vous montrer digne de votre peuple et, comme elle, il saura donner vie à ses promesses. » Asséna-t-elle avec dureté, sans douceur, encore perturbée par ce qui venait d'avoir lieu.

Alors qu'elle s'affairait à essuyer le sang qui séchait le long des mains céruséennes de la neishaane, penchée au dessus de la plaie, le ton de Rūna se fit à la fois ferme et inquiet mais bas, des mères qui eurent craint le pis en ayant perdu leur enfant de vue le temps d'une respiration.

« Ne fais plus jamais ça. Puis, après avoir marqué une pause ponctuée d'un essuyage plus tendre. Tu n'avais rien à prouver. Tu es bien trop précieuse pour te sacrifier ainsi. »

Avec quelques vagues soins des plus salissants, une fois certaine que le pire était passé, Rūna prit un temps d'arrêt. Lentement, sans trembler, elle essuya ses propres mains dans sa cape avant de se redresser avec superbe, le menton haut et fier mais dénué d'insolence injustifiée. Elle fut princesse, elle fut Sultane, elle était désormais Maîtresse Dragon ! Tenant son rôle avec justesse - et peut-être un peu secrètement désireuse de rappeler à qui de droit sa valeur -, la fëalocë se dressa comme un cobra face à Alauwyr. Plongeant la mer d'or de ses iris dans l'abîme noire de ceux de son démon aux cheveux d'argent, Rūna corrigea sa posture en étirant légèrement ses épaules en arrière pour mieux bomber la poitrine puis entama en réponse à Alauwyr une longue tirade qui se voulut des plus sincères.

« Seigneur Iskuvar. J'ai profondément à coeur de rendre son souffle à notre Kaerl et c'est pour cette raison que j'ai décidé de mettre immédiatement en action ce récent rang de Maîtresse qui me fut confié par vos soins, sous couvert de votre confiance en mes qualifications. Vous et moi nous sommes ardemment éprouvés lors de mon Aspiranat mais je n'ai pas failli à la tâche que vous m'aviez confiée en arrivant sur vos terres. Remettre en question le dévolu que j'ai jeté sur cette femme serait mettre en doute vos propres compétences de Maître Dragon, car cela signifierait que vous ne m'avez pas correctement préparée à prendre la relève de vos pairs.  
Je suis aujourd'hui liée à l'Incarnate Sărzeghnet, qui partage mes aspirations. Elle aussi a choisi Albiréo. D'autres élus le furent sans n'avoir jamais rien offert à votre cause ni celle du Màr, ils ne sont d'ailleurs plus là et le temps a balayé leur nom. Je n'entends pas qu'il en soit ainsi pour le nom des Sălv, ni celui de ma liée, ni celui de d'Albiréo.
J'offrirai au Màr Tàralöm et à son souverain bien plus que ce qu'ils attendent tous deux de moi. Je l'ai déjà prouvé par le passé et il en sera de même à l'avenir. Tout cela sera possible grâce à mon Aspirante, Albiréo Varpelis, qui vous a offert son sang et abandonné les dieux pour porter haut les valeurs de votre royaume. »


Déjà prête à essuyer une pique ou une autre, profitant d'un semblant de retour au calme, la fëalocë eut un sourire énigmatique en détaillant une nouvelle fois la silhouette d'Albiréo puis celle d'Alauwyr. Tout conspirait à les unir dans cette étrange comparaison : chacun portait à sa paume une entaille, l'une visible aux yeux de tous, l'autre dissimulée sous un gant. Et la sorcière de sang avait lu dans chacune d'elle les poèmes et promesses d'un récit de chaos et d'étoiles.


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MessageSujet: Re: [RP] Sic itur ad astra   [RP] Sic itur ad astra Icon_minitimeMer 28 Juil 2021 - 14:55

Il avait tenu que brièvement le fin menton de la petite protégée de Runa, le regard dardé sur elle, cherchant à lire en elle. Avait-il capté le flot d'émotions qui l'avaient saisie, avant de la libérer de sa froide emprise ? Peut être... Il n'exprimait aucune satisfaction personnelle. Aucune saveur de supériorité ne s'affichait sur son visage. Il n'y avait que la froide façade d'un Seigneur capable de briser définitivement une existence par un simple ordre. Et il la jaugeait toujours, guettant le dernier acte. Attendait-il qu'elle fasse un mauvais pas qui pourrait renforcer la balance quand à sa décision à révéler pour la suite de son avenir ?

Albiréo finit par s'incliner, apportant une petite reddition silencieuse. Accordait-elle la victoire à son interlocuteur, ou était-ce pour se soumettre ? Quand elle résuma la dernière part de son existence, quand celle-ci eut croisé le chemin de Runa et de sa liée, Alauwyr perçut comme un étrange lien unir plus fortement cette fille à la Maîtresse Incarnate. Il y avait quelque chose... d'un peu similaire quand à son propre fil d'existence quand il avait commencé à se tisser avec celui de Runa. Il ne put retenir un frémissement à ses épais sourcils. Et à nouveau, ses abîmes ténébreux croisèrent les deux lacs céruléens de la jeune femme. Relançait-elle les hostilités ? Non, pas au ton qu'elle employa pendant qu'elle le fixait, toujours sans frémir, sans s'écraser. Le timbre de sa voie se nappait d'une détermination grandissante. Sa loyauté était à jamais pour Runa et son Incarnate....

Sa réflexion stoppa net quand la main diaphane de la Neishaane vint enserrer entre ses doigts fin une épingle d'or pour la retirer promptement de ses cheveux. L'éclat du métal précieux scintilla une fraction de seconde, accompagnant l'éclat lumineux qui naquit d'une cascade de cheveux se répandant sur les épaules gracile de leur propriétaire. La pointe acérée fut la seule chose qui réveilla l'instinct du prédateur qui se sentait sur la seconde menacée. Ses bras s'étaient décroisé de derrière son dos, prêt à réagir. L'âme d'Estenir s'était tendue. La pointe se leva, pour frapper.

La peau s'ouvrit au passage fin et tranchant de l'épingle d'or. La paume lacérée laissa le fluide chaud et rougeoyant s'écouler en dehors. Sans attendre, l'ancienne prêtresse leva sa main déjà couverte de sang, refermant lentement des doigts pour presser la blessure et obliger le liquide vital à tomber plus drûment sur le sol.

Le coeur du sombre épéiste cessa de battre moins vite quand le potentiel s'effaça comme un mirage. Instantanément, Runa se rua en prononçant le nom de sa protégée, posant d'emblée ses doigts sur l'entaille sanguinolente, avant de songer à la comprimer avec ce qui lui passait sous la main. Dans la même ligne de temps, Alauwyr avait porté son regard souverain vers le Décurion Flamboyant, comme pour apporter une confirmation impavide que la tension était définitivement écartée. Même s'il ne doutait pas que le combattant ardent avait compris cela sur l'instant, pourra-t-il comprendre que le Seigneur ne tiendra pas grief de ce qui aurait pu se passer ; même pour une simple épingle à cheveux, qui devenait une arme improvisée mortelle quand on excellait à la manier, mieux qu'un surin.

°Tu prends un peu trop à la légère ce qui vient de se produire. Tu étais à la distance parfaire si elle avait eu des intentions meurtrières°
°Ta prudence est honorante, mon cher lié, mais n'en-fais-tu pas trop ?°
°Il y a bien des choses que je n'oublie pas°
°Comme il y a des choses que tu as tendance à trop amplifier...°
°Peut-être que tu saisiras l'importance des similitudes...°


Quand Estenir commençait à raisonner en énigme, cela avait le don de quelque peu... l'assombrir. Voilà donc ce à quoi, lui même songeait. Peut-être n'avait-il pas tort.... Reportant son attention sur le duo féminin, il remarqua la posture de Runa. Ses sourcils se froncèrent plus fortement cette fois. Elle avait déjà vu du sang couler, à bien de nombreuses reprises. Alors pourquoi paraissait-elle ébranlée pour cette entaille ? Similitudes, que lui avait soufflé Estenir dans son esprit....Il repoussa quelques songes naissants, tout en reportant ses mains dans le dos, celle de gauche tenant fermement celle de droite, qui se serra à en faire souffrir les blessures à peine cicatrisantes de la paume gantée, quand Runa retrouva un semblant d'assurance.

''Attention à l'emploi de tes mots, Maîtresse Dragon. La balance de ma décision ne s'est pas encore posée...Ne rajoutes pas un poids malencontreux..''

Bien que tous deux jouaient ce simulacre, il demeurait le Seigneur et il ne pouvait se permettre de laisser sa belle-aimée lui parler de la sorte. Devant les Gardes Ardents et les autres membres du Mahalma, il était le Seigneur Ardent et devait réagir comme tel.

''D'autres ont déjà fait couleur leur propre sang au sein du Mahalma, pour prétendre à une loyale envergure ... et certains ont fait défection... Donc, qu'apporte réellement son petit acte ? ''

Il s'avança, pour ensuite commencer à tourner lentement autour des deux jeunes femmes, la semelle de ses bottes résonnant à chacun de ses pas sur le sol marbré du Mahalma. Le Maître Noir les fixait de ses deux orbes d'ombres et de ténèbres, devenant un prédateur froid et calculateur. Tel un requin, il créait un cercle de dangerosité autour des deux Ardentes. Runa, après avoir sommairement soigné l'entaille de la jeune Albiréo, se redressa comme une lionne avide d'en découdre pour protéger sa précieuse progéniture. Alauwyr se retrouva à nouveau en face d'elles... et d'elle surtout, cette jeune femme qui s'était opposé à lui dans un passé récent, avant que le Destin n'en décide autrement. Là maintenant, leurs regards contraires s'affrontaient en silence, s'imposant l'un à l'autre.

Un air de déjà vu... Similitude, soufflait encore les paroles d'Estenir.

''Serais-tu en train de remettre en question la décision que j'ai prise à ton égard lorsque je t'ai retrouvée au Ssyl'Shar, pour ensuite te mener au sein du Màr Taralom ? ''

Un bref silence, le temps de faire une brève comparaison de ce moment passé et de l'instant présent. Le sang avait coulé pour ces deux évènements. Et Runa parlait habilement, usant de son arrogance passé de princesse impétueuse du désert, celle qui ne se soumettait jamais.

''Remettrais-tu en doute le choix que j'ai pris pour influencer sur la destinée de ton existence ? ''

Elle avait judicieusement glisser le terme d'Aspirante pour désigner Albiréo comme la sienne, alors qu'elle ne portait pas encore ce rang de manière officielle. Runa marqua son droit de propriété sur sa protégée. Elle étendait ses griffes pour la faire sienne, envers et contre tout. Et il pensait en connaître les raisons. Deux mêmes, qui avaient énormément joué sur le Destin de la jeune Maîtresse.

''Tu es liée à l'Incarnate Sărzeghnet, Infante de la Déesse Flarmya, qui t'as béni Elle-Même en t'offrant le Don et donc le lien qui t'unit aujourd'hui à ta Reine. N'omets pas cela. Bien des voies ont été ouvertes pour toi, pour que tu sois là, devant moi, aujourd'hui, avec cette jeune Douée. Si tu doutes de mes compétences, peut être que je serai en droit de douter du dévolu que tu as jeté sur cette jeune fille....''

Le ton était glacial, calculé. Autrefois, il aurait été plus mordant, limite à réagir physiquement pour la remettre en place. Mais bien des choses avaient changé. Et cet échange lui rappelait un autre moment houleux, plus véridique que ce qui se passait maintenant.

Similitude....

''L'existence est une bataille de tous les jours, Maîtresse Sălv. Chacun d'entre nous a toujours quelque chose à prouver. Ne crois pas que tu as déjà fait le plus dur....Tu n'auras droit à aucun faux pas. "

Sa main droite gantée se serra plus encore, faisant gratter la peau croûtée. Le sang chaud en découla, imbibant le fin cuir noir.

''Je n'oublierai pas tes dernières paroles. Et la dénommée Albiréo Varpelis, aura à prouver sa valeur, non pas par son acte de saignement, mais en suivant ton enseignement, tout en suivant les préceptes du Màr Taralom. ''

Ses yeux ténébreux se posèrent sur la jeune fille.

''Albiréo Varpelis, tu es officiellement Aspirante, de la Triade de la Maîtresse Sălv, liée à l'Incarnate Sărzeghnet. Grave cette journée dans ton esprit jusqu'à ton dernier souffle et surtout... Sois à la hauteur des espérances que ta Maîtresse-Dragon et sa liée porte sur toi. "

Une goutte de sang perla de son gant noir vers le sol marbrée, s'y étalant en même temps qu'Alauwyr terminait ses paroles.


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Albiréo Varpelis
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MessageSujet: Re: [RP] Sic itur ad astra   [RP] Sic itur ad astra Icon_minitimeVen 30 Juil 2021 - 13:17



« Albiréo ! »
*
La neishaane brandissait son poing avec ferveur. Albiréo manipulait les mots avec soin, consciente de ce qu'ils pouvaient faire et défaire, consciente de leur poids, de leur pouvoir, sur sa vie et sur toute vie. Rompre une parole donnée était un acte grave, aux conséquences désastreuses. Car les mots, aussi impalpables qu'ils puissent être étaient la manifestation vivante de l'invisible. Impossibles à capturer, à disséquer, impossibles à posséder. L'écriture ne serait jamais que le souvenir des mots. Il incombait à leurs lecteurs de les ressusciter. Leur réalité n'avait de sens qu'une fois qu'elle se déposait, vivante, sur une âme vibrante, à même de les articuler. C'était là toute la conception héritée de son sang Neishaan. Quelque chose d'originel s'était réveillé en cette jeune personne, quelque chose qui avait traversé des générations et des générations d'héritières du sang.
*
Souffler sur l'anima du mot pour en ressusciter la substance. Voilà pourquoi elle chantait, voilà comment elle chantait ce que d'aucuns appelaient des « illusions ». Albiréo savait instinctivement que l'illusion résidait justement dans le fait d'assimiler ses incantations aux mirages. Elle aspirait le suc, le nectar du monde et formulait d'extraordinaires fresques à même de parler le langage de l'âme. Le monde, comme s'il était lui-même avide d'être aimé, enfin ! Avide d'être entendu, bu, reconnu, d'être lu ! Le monde se ruait de lui-même sur le seuil de ses lèvres. Ainsi respirait-elle, inhalant à chaque seconde l'essence des êtres et du non-être, exhalant leur âme brûlante d'être articulée.
*
Son sang était l'impossible fait chair, le feu courant comme de l'eau. L'écriture qui éclate et, obstinément, se tait. Celui qui ignore les mots, ignore le sang. Celui qui ignore le sang, ignore la morsure du serment. Mais qui s'obstine dans l'ignorance se retrouve inexorablement à en subir la terrible brûlure...Elle venait, tout à fait consciemment, d'écrire avec son propre sang une destinée qui la liait irrévocablement au Màr. Jamais il ne lui avait été demandé de commettre un tel acte au nom d'Iolya, ni même en son honneur. En tant que sa servante, elle lui consacrait sa vie : une suite d'actes aux efforts entièrement dirigés vers la Lune Mauve. Faire don de son existence était considéré comme amplement suffisant. Les conséquences du serment était trop graves, sacrées au delà de la simple dévotion. Celui qui trahissait une promesse scellée par le sang, inscrivait en sa chair et celle de tous ses descendants l'indéfectible chaîne du devoir. Celui qui y manquait, innocemment ou non, en paierait le prix. Si la plupart des malédictions s'éteignaient avec la famille qu'elles avaient avidement hanté, rogné, rongé génération après génération...Rompre un serment participait indubitablement de la disharmonie du monde. Cela créait une discordance au sein des chaînons parfaits, une dégénérescence dont rien ne pouvait contrecarrer l'évolution.
*
Rien ? Un espoir fou, mince comme un filet de lumière, échafaudé sur presque rien pourtant, poussait la curieuse créature - fleur d'orage, aurore aux doigts de rose -  à composer inlassablement. Avec un acharnement effrayant, elle vengeait son imperfection, elle corrigeait les marasmes maudits de sa propre existence, elle donnait des ailes au sang qui pesait le poids de mille vies couvant mille morts. Ses yeux hurlaient des larmes opaques, pleurant la laideur, la difformité, le cyclone aveugle de son existence et pourtant ! Elle chantait, vengeresse, la beauté qui regorgeait dans la moindre seconde, ce fruit miraculeux. La vie. La beauté qui parfois était d'une insoutenable douceur et lui tirait une joie éblouie. La beauté qui souvent était terrible, trop entière pour être contenue, même par une âme comme la sienne...Elle digérait et inlassablement composait. Elle tentait, en un effort probablement aussi vain que sublime, de réparer les torts, humains et inhumains, qui souillaient l'univers, par un excès de beauté. Le compromis, était à ses yeux l'un des exemples les plus atroces de perversion. Sous couvert de mesure ou d'angélisme, combien trainaient une existence tiède ? Pour Albiréo, l'orque, calculatrice et sanguinaire était un talisman au même titre que l'instant de paix, miraculeux, dont Iolya caressait Rhaëg. Purs.
*
Alors, sa démone à peau d'albâtre...
*
Albiréo la vit fondre sur elle comme un faucon à l'appel du sang. Etonnée, elle la contempla avec fascination. Rūna était tel cet animal sauvage soudain venu se poser sur son bras, en l'un de ces instants magiques, totémiques, souvent imaginés.
*
« Voyez, Seigneur, ce qu'elle est capable de faire pour prouver sa valeur au Màr Tàralöm : une libation de sang au seuil de votre trône. A vous de vous montrer digne de votre peuple et, comme elle, il saura donner vie à ses promesses. »
*
Un fois encore, l'ange à la chevelure andrinople lui prouvait à quel point son cœur avait entendu la nature de ses actes. Albiréo la fixait d'un œil de chat aux pupilles dilatées, brillantes, telles deux pièces d'argent, deux lunes noires surprises par l'éclat d'un soleil inattendu. Elle brûlait pour elle d'un feu terrible qui n'en était qu'à ses balbutiements...Et, elle avait beau se targuer de savoir articuler les mots de l'âme et d'apprécier le sens du serment, elle était loin de comprendre la nature réelle de ce qu'elle nourrissait pour la dame d'incarnat.
*
Il y eut un tremblement, peut-être, une légère inflexion dans le souffle de la fëalocë. D'instinct, Albiréo se raidit, refermant ses doigts ensanglantés sur la main qui épongeait sa paume. Et alors qu'elle la tenait fermement, il lui sembla qu'elles basculaient ensemble, chutant puis remontant autour d'un axe mystérieux qui les ramena exactement là où elles étaient. Prise de vertige, elle se retint de tomber en arrière de justesse, heureusement soutenue par son talon droit. Rūna quant à elle, semblait égale. La neishaane relâcha son emprise. Elle avait peut être perdu trop de sang, après tout si les plaies ne l'émouvaient guère, elle n'était pas particulièrement habituée à être blessée de la sorte.
*
« Ne fais plus jamais ça. Tu n'avais rien à prouver. Tu es bien trop précieuse pour te sacrifier ainsi. »
*
Un sourire tendre atténua un peu l'intensité du regard dont elle couvrait Rūna. Cette dernière ne l'avait pas regardée directement depuis qu'elle s'était saisie de la plaie comme d'un objet désagréable dont il fallait la débarrasser, épongeant le sang dans son vêtement de soie. L'entaille n'était pas profonde mais maintenant que la chaleur du sang et de l'émotion se retiraient, elle sentait une douleur cuisante lui lancer la paume. Mais elle ne s'y attarda pas car déjà, la créature de feu se cabrait, déployant sa beauté et une verve spectaculaires face à Alauwyr.
*
« ...Vous et moi nous sommes ardemment éprouvés lors de mon Aspiranat... »
*
La neishaane frémit alors qu'elle prenait conscience d'un élément capital.
*
° Ainsi donc, Rūna était l'Aspirante d'Alauwyr Iskuvar ! °
*
Une partie de sa conscience continuait à écouter l'ancienne princesse du désert, alors que son ouïe se rétrécissait pour focaliser ses sens sur les deux nobles personnages qui s'affrontaient du regard. Pourquoi ne lui en avait elle rien dit ? Il n'y avait pas à les observer la moindre trace d'affection. Ils semblaient plutôt deux lions, l'un rouge et l'autre noir, fièrement affrontés mais dont aucun ne semblait vouloir faire l'honneur de ses griffes. Néanmoins cela pouvait expliquer en partie la liberté de ton dont Rūna faisait preuve face à son Seigneur. Et peut-être, la tranquillité impassible avec laquelle Alauwyr Iskuvar accueillait ses gerbes de feu. Certes elle ne manquait pas d'y mettre les formes, prudente, elle teintait son discours d'une certaine déférence. Suffisamment pour qu'il n'y eût pas d'affront notable. Néanmoins pour chaque courtisan à l'oreille aiguisée et friande, sa férocité était parfaitement audible. Le coup de fouet claquait encore dans l'air : « A vous de vous montrer digne de votre peuple et, comme elle, il saura donner vie à ses promesses. » Il fallait oser ! La jeune femme contemplait Rūna avec sidération. Pourtant, la fëalocë ne frémit pas un instant et une phrase habile recouvrait l'autre avec le naturel des vagues lapant une plage de sable fin. Alauwyr, pour autant, se contenta grogner sourdement mais ne semblait pas plus offusqué que le lion repus, titillé par une grive. Albiréo ne savait pas encore si elle trouvait ce flegme impressionnant ou particulièrement agaçant.
*
La neishaane profita du court silence qui suivit la tirade pleine de noblesse de sa « promise » afin de remonter le fil de ce qu'elle avait écouté sans l'avoir encore entendu, secouée par le nouveau jour que ce lien de Maître-Aspirante qui unissait encore récemment Rūna et Alauwyr levait sur la situation. « Encore récemment » donnait également un tout autre éclairage à la scène et pouvait expliquer le fait que le Seigneur Noir se montre aussi tatillon et sourcilleux à leur égard. La fëalocë avait donc été formée par le Maître Noir, s'était liée à une prestigieuse Reine et venait tout juste de sortir de l'Aspiranat pour revêtir le rang de Maîtresse. Honneur, qui lui donnait à elle aussi le droit de former un aspirant...Il était désormais absolument hors de doutes que Rūna Sălv représentait un espoir rutilant pour le Kaerl et particulièrement pour celui qui avait été son maître.
*
Albiréo darda sur le Seigneur un œil à l'éclat neuf. Quel que soit l'élève qui nous avait été confié, quel que soit sa place et le nombre des années qui suivaient cette éducation, un lien unique et indéfectible, qu'il soit fait de respect mutuel ou au contraire d'amertume, unissait le maître à l'apprenant. Mais surtout, un maître qui aura investi son temps et ses talents à former un esprit, aura toujours le souci du devenir de cette éducation. Souvent même, mais pas toujours, de cette personne qui fût pour un temps, plus jeune que lui. Cela, elle était particulièrement bien placée pour le savoir. Rūna était donc une Maîtresse fraîchement diplômée et par conséquent cela faisait d'elle, Albiréo Varpelis, sa toute première élève. Elle ne put réprimer un sourire devant l'incongru de la situation. Elle qui avait été préceptrice durant quatorze années se sentait soudain une proximité de métier avec le Seigneur du Màr.
*
''D'autres ont déjà fait couleur leur propre sang au sein du Mahalma, pour prétendre à une loyale envergure ... et certains ont fait défection... Donc, qu'apporte réellement son petit acte ? ''
*
Mais, cette sympathie fut rapidement soufflée par la nonchalance avec laquelle Alauwyr semblait balayer pêle-mêle honneurs et provocations. Qu'est-ce qui avait du sens pour cet homme ? Rien ne semblait lui importer, prenait-il du plaisir à rabattre celle qui fut son Aspirante et celle qui venait d'abandonner sa vie et rompu un serment pour l'offrir à son Kaerl ?! Runa l'avait assurée qu'elle n'aurait rien à prouver et elle le lui avait à nouveau murmuré alors que son sang coulait encore le long de sa paume pour s'écraser en grosses gouttes sur le sol du Mahalma. Pourtant, tout dans le comportement et les termes du Seigneur Alauwyr signalait le contraire, à son encontre mais aussi concernant Rūna elle-même. La révolte lui brûlait la gorge et il s'en fallut de peu qu'elle ne confronte le Maître Iskuvar. Assurément, ridiculiser un acte d'honneur sous prétexte qu'on avait cueilli des pommes pourries était le meilleur moyen de gâter les suivantes. C'était, à ses yeux du moins, une intolérable erreur. Ce que Rūna lui avait confié au sein du Weyr lui revint à l'esprit avec une certaine ironie « Il tient sa place au gré des tempêtes ».
*
° Pas étonnant quand on sème le vent ! °
*
Néanmoins, Albiréo avait passé l'âge des impulsions et si le ressentiment lui enlisait douloureusement le cœur elle résolut dans l'instant de s'en servir en temps voulu. Une colère électrique plissait son front alors qu'un sourire glacial étirait ses lèvres au rose tendre. La tête sagement inclinée, le rideau crémeux de sa chevelure couvrait heureusement le masque terrifiant qui recouvrait sa figure d'ange. Enfin, le Maître Noir résolut de la déclarer Aspirante de Rūna et Sărzeghnet mais aucune gratitude ne vint irradier l'ombre que couvait son cœur. Oh oui, elle était l'Aspirante de Rūna Sălv mais cela n'avait certainement pas dépendu du bon vouloir d'Alauwyr Iskuvar. Elle releva lentement un visage lisse de toute émotion, si ce n'était, peut-être, l'ombre d'un dédain qu'elle se garda bien de dévoiler, tranquillement lové sous l'ombre de ses paupières mi-closes. Sa réponse fut pour le moins laconique.
*
« Ainsi en sera-t-il. »


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MessageSujet: Re: [RP] Sic itur ad astra   [RP] Sic itur ad astra Icon_minitimeMer 11 Aoû 2021 - 2:52


Sous tout le poids des silences d'Alauwyr vociférait l'esprit plus lourd encore d'Estenir. En bon Empereur Noir, fidèle au caractère inhérent à ceux de son fard, le dragon n'avait su rester ni indifférent à la situation ni absent bien longtemps, déjà naturellement sur le qui-vive à chaque approche de la vipère Ssyl'Sharienne envers son Lié. L'Empereur taillé dans le lapili se tenait fidèle à la possessivité sournoise des Noirs : à jamais tapi dans l'ombre de leur moitié, perché au dessus d'elle comme une gargouille surplombant les tours d'une cathédrale. Il ne se manifesta pas en personne, certes, mais la fëalocë parvenait à lire sur le visage de l'humain des mimiques propres aux conversations mentales des deux redoutables frères d'âme. A cette idée, d'ailleurs, Rūna pinça un peu les lèvres, grommelant intérieurement à l'encontre du saurien qui ne savait décidément pas tenir sa langue dans sa gueule et qui semblait perpétuellement penché au dessus du moindre mot prononcé par ce dernier. * Mais soit *, intonna-t-elle, l'heure n'était plus à ces enfantillages d'un autre temps, quand bien même son air se voulut un peu de ceux des fillettes qu'on eût reprises au sujet d'un point de broderie mal exécuté ou d'une insignifiante note ratée lors d'un récital. Son perfectionnisme quasi-tyrannique souffrait de ce marasme de rivalités dignes des vieux ramiers à la saison des amours.
Peu à peu, la réminiscence des joutes perpétuelles entre le Saigneur et celle qui fut son aspirante se fit plaie désormais calquée sur le front de la neishaane et du Maître Noir. L'amusement de la situation fut balayé par la chevauchée fougueuse d'une toute autre cavalerie : le déplaisir de poursuivre plus avant ces vaines émulations. Un regard extérieur aurait pu statuer de ce simple cas que chacun d'entre eux, pris à part, avait une valeur pesante qui ne se comparait pas. On ne mettait pas en balance les saphirs, les rubis et les émeraudes.
Mais dans les faits, Rūna bouillait. La Rūna réelle, et non le personnage qu'elle eut cru bon vouloir jouer devant son souverain et amant. Les dents serrées et la gorge guindée de fiel, sa bouche s'entrouvrit pour persiffler avec le sinistre d'un serpent dont les menaces précédentes ne furent pas comprises.

« Vous auriez dû pourtant comprendre que nul ne peut influencer le Destin, Seigneur Iskuvar, c'est là toute sa fatalité. Si ce n'était pas vous qui m'aviez cueillie aux jardins du Ssyl'Shar, quelqu'un d'autre l'aurait fait pour me mener à mon Sort, et faire ainsi de moi celle qui se tient aujourd'hui devant vous. Je n'oublie pas la place qui est mienne, ni les batailles qui m'ont amenée jusque ici. Et je n'autorise rien ni personne à remettra en doute mes trophées si durement gagnés au prix de terribles sacrifices. »

Le courroux et la fierté mêlés accentuèrent les courbes de son visage royal par touches subtiles mais bien présentes comme un simple trait de khôl sublimait un regard déjà perçant. Naturellement, telle une lionne, Rūna s'était avancée d'un demi pas afin de se tenir entre Alauwyr et Albiréo.
Il n'y eut pas tant de menace dans sa phrase qu'une provocation mordante sous couvert de la plus pure vérité.
Alors qu'elle déglutit péniblement, le palais noyé par son venin, elle ne s'arrêta pas en si bon chemin et reprit sa tirade, dardant l'homme aux iris d'obsidienne de toutes les flammes des siens.


« Vous savez pourtant bien que ma langue est aussi acérée que le fil de votre épée. Nos armes sont différentes mais tranchent chacune à leur manière. Aussi ne suis-je pas navrée d'avoir égratigné votre égo par mon verbe car vous en avez fait de même à mon égard, et votre visage témoigne de stigmates bien plus redoutables que celles affligées par les palabres d'une femme bien née... Un brin dédaigneuse, elle poursuivit, tout en s'efforçant de recouvrer un semblant de calme. Une goutte de sang pèse le poids de cent serments, Seigneur Iskuvar. J'ose alors croire que vous avez su soupeser les promesses rubescentes de cette élue de Flarmya, de la Reine Incarnate Sărzeghnet et sa Liée. »

Venait-elle de les propulser, Sărzeghnet et elle-même, au rang de divinité ? ...
A l'instant où elle prononça le nom de sa Liée, cette dernière parut asseoir sa présence dans son esprit mais aussi celui du Mahalma entier. La Reine Incarnate étendit dans un mirage ses ailes et brandit une gueule béante de crocs à l'encontre du Maître Noir, et ses voilures sanglantes se rabattirent au dessus de la silhouette de son âme-soeur et celle de leur protégée avec l'apparat d'un impénétrable bouclier. La dragonne, depuis le Weyr, avait mentalement suivi le moindre pas de ses deux bipèdes et avalé chacune de leurs syllabes. Son pouls s'était accéléré au fur et à mesure des échanges, retentissant en écho à celui de sa fëalocë puis de sa neishaane pour finir en un grondement caverneux et distant qui n'était pas sans rappeler le tonnerre.

** Il ne sera que charpie pour avoir osé s'adresser à toi de cette façon.  **
** Je le prendrai à parti, loin des regards indiscrets... Nous avons un contentieux à régler. **
** Albiréo aurait mieux fait de répandre le sang de ce vaurien... ** Siffla la Reine.

La fëalocë prit une grande et lente inspiration pour mieux taire le crépitement des braises qui rugissaient en son ventre, comme si la sagesse des spectres de ceux qui arpentèrent le Mahalma au cours de ce dernier millénaire était une fragrance thérapeutique décelable dans l'éther. Un air frais pénétrait ses poumons, chassant par son souffle une chaleur digne des flammes crachées par un dragon.
Alors, l'esquisse d'un sourire - aigre, admettons-le - revint s'emparer de sa bouche.

« Vous n'avez pas à craindre le moindre faux pas de ma part, je suis au contraire une excellente danseuse. Je vous convie d'ailleurs à mes prochaines représentations, histoire qu'à votre tour vous tiriez des leçons. »

La Maîtresse Incarnate lui asséna une longue oeillade aux relents meurtriers et à la sincérité douloureuse, une blessure soutenue par ses orbes à l'or terni de colère et appuyée par des sourcils froncés.
Rappelée par ses nouveaux instincts de protectrice à l'encontre de celle qui était désormais officiellement son Aspirante, Rūna pivota pour faire face à cette dernière. Enivrée par la propre rage muette de son perce-neige, la neishaane lui parut soudainement plus grande, plus forte, comme à chaque fois que son timbre primal s'élevait dans l'air pour briser l'image trop fragile de son enveloppe charnelle. Un air bien plus doux s'accapara alors de son minois tandis qu'elle contemplait sa redoutable colombe souillée de grenat, coulant un regard inquiet à l'encontre de la blessure qui devait être pansée. Une petite lueur perfide lorgnait cependant sur la sève de cet arbre étrange et méconnu, l'appétit lui tordant le ventre au rappel de ce qu'elle venait de vivre en effleurant quelques gouttes de son sang...  
La fëalocë garda sous silence le miel qu'elle couvait à son égard et ne lui offrit qu'une mine entendue et extrêmement conquérante. Elles allaient avoir tout loisir de fêter cette victoire ! Mais, pour l'instant, il fallait parachever l'acte un.
Rūna s'en revint faire front à Alauwyr, regagnant la droiture raide d'une impératrice qui tout ordonnait et à qui tout obéissait.
 
« Bien ! S'exclama-t-elle, le ton clairement aride d'impatience et la mine gourmée par son désagrément. Il est pour nous temps de prendre congé et vous libérer de ces obligations. Désormais officiellement chargée de son rang d'Aspirante, un long travail nous attend ma protégée et moi. Après avoir laissé s'écouler quelques secondes protocolaires, Rūna s'inclina -bien peu - afin de saluer le Seigneur Ardent, une froideur ruisselante le long de son front et de ses joues. Adieu, Seigneur Iskuvar et puisse la fin de cette journée vous être plus douce. »

Et, tel le plus vivace des lierres, le bras de Rūna s'enroula autour de la taille fluette d'Albiréo.
Tout ne faisait que commencer pour elles.


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MessageSujet: Re: [RP] Sic itur ad astra   [RP] Sic itur ad astra Icon_minitimeDim 15 Aoû 2021 - 22:09

Alauwyr, égal à lui-même, n'avait aucun remord quand à la dureté de ses paroles. Bien avant d'être lié à Estenir, sa vie n'avait été que bataille perpétuelle pour demeurer en vie et dès que Flarmya avait mis sur sa route son ancien maître et l'oeuf à venir qu'était Estenir à cette époque, bien des décennies en arrière, son existence était demeuré encore dans les combats et les batailles, éprouvant par le sang et l'effroi la froideur et la mort qu'il était et qu'il représentait. Survivre ou périr par la lame, telle avait été la devise de sa jeunesse, avant de devenir plus subtile, plus profonde à son âme.. devenant son crédo. Après tout, la nature n'avait pas des lois immuables qui s'appliquaient aux hommes ? Que seuls les forts arrivaient à survivre ? Bien entendu, en arrivant au Màr Taralom, en devenant Seigneur et en croisant le fil de l'existence de Runa, qui s'était tressé au sien, il avait quelque peu changé...Et cela avait été dur à accepter. Voilà pourquoi il était nullement impressionné par l'acte de sang de la jeune Aspirante tout nouvellement nommée par ses soins. Est ce que sa nouvelle Maîtresse avait omis de la prévenir réellement sur l'être qu'il était ? En même temps, qui pouvait réellement prétendre à appréhender la profondeur de l'âme d'Iskuvar, si ce n'était Estenir et les Dieux même ?

Face à la mine déconcertée d'Albiréo, le Seigneur Ardent demeurait de marbre. La réponse très simplifiée après l'avoir gratifié de son titre d'Aspirant pouvait tout signifier. Au moins, ne s'effondrait-elle pas en larmes ou fourbue par la pression qu'il imposait à sa façon. C'était un bon signe de sa résistance. Une petite rose qui avait tout pour être frêle au premier regard, mais elle possédait des épines et des racines profondément ancrées dans une volonté sourde d'être une Ardente, maintenant que cette voie lui était totalement ouverte. Elle n'était qu'à sa source... Il lui restait encore bien à faire pour faire le tracé jusqu'à l'embouchure de sa destinée.

Vint l'approche glaciale d'une tempête en pleine naissance. Des similitudes qui s'étaient profilés à l'horizon, une réémergeait. La Maîtresse Incarnate redévoilait la femme qu'elle avait été, la femme serpent prête à instiller un mortel venin par une seule et unique morsure, qui se préparait à être prompte après une brève et singulière confrontation. Le Maître Noir était demeuré impavide dès que les premiers mots cinglants franchirent les lèvres pulpeuses de la jeune femme.

Runa s'était avancée pour faire front, s'imposant entre son Aspirante et Alauwyr. Elle marquait là sa propriété, son domaine, son droit ! Les abîmes ténébreux n'avaient pas quitté l'embrasement qui montait ardemment dans les yeux ambrés de Runa. Elle défendait cette ingénue comme si c'était sa fille. Et à juste titre. Il ne savait que trop les raisons de cette attitude très protectrice. Mais il ne pouvait se permettre de se faire acculer de la sorte sans broncher. Non loin du trio de bipèdes, se tenant dans l'ombre des hautes colonnes qui soutenaient l'immensité architectural qui les dominait tous au dessus de leurs tête, Estenir s'était tendu, se tenant prêt à réagir si jamais les choses venaient à réellement déraper.

°As-tu les nerfs à fleur de peau, mon lié ? °
°Quand deux puissants liés s'affrontent comme vous le faites, il ne faut pas s'étonner de sentir les dragons se tendre quelque peu. °

L'humain le savait. Pourtant, son coeur noir battait avec une sérénité étonnante. Etait-ce par grande habitude des conversations volcaniques passées avec sa bien-aimée ou parce qu'il était pleinement dans son devoir de Seigneur ? Chose certaine était qu'il avait toujours cette froideur affichée à ses lèvres, nullement perturbé par les mots acérées de la jeune femme. Il la laissa d'ailleurs terminer sa tirade ; peut être pour lui laisser croire qu'elle prenait largement le dessus... Pour mieux toucher en retour le mur de la réalité seigneuriale.

Une fois qu'elle eut achevé son offensive, il était temps d'entrer une dernière fois en scène. Car, il ne pouvait pas rester sans réagir de la sorte. Runa devait le savoir, et visiblement, le rôle qu'ils s'étaient donné s'était effacé depuis longtemps.

Sans quitter du regard Runa, qui aurait pu faire fléchir n'importe quel homme par sa fougue de tigresse ou sa beauté redoutable, Alauwyr appela le Décurion Thaddeus.

''Décurion ! Vous et vos hommes, encadrez ces deux jeunes femmes.''

Le temps que la Garde Embrasé applique l'injonction de leur souverain Ardent, se mettant à des positions telles que les deux femmes n'avaient pas vraiment les moyens de fuir -elles ne le feraient pas de toute façon-, Alauwyr n'avait pas quitté un seul moment les deux ambres bouillonnants de la Maîtresse Incarnate. Leur intensité était brûlante, mais ne touchaient absolument pas la glace ténébreuse présente dans ses yeux. Il aurait pu s'approcher, pour jouer de sa stature imposante. Mais, rajouter un poids dans la balance pourrait la faire vaciller.

''Aucun mortel ne peut prétendre d'influencer le Destin, mais on peut louvoyer dans ses tissages pour apoorter des effets certains. Si ce n'était pas ma personne qui avait été présente au Ssyl'Shar, penses-tu qu'un autre béni de Flarmya aurait croisé ta route, au vue de ce que le Destin avait mis sur ta voie ? Le Destin est tracé, mais il aime rajouter des épreuves pour voir si nous sommes dignes de poursuivre ses desseins. Tu es bien placée pour le savoir n'est ce pas ? ''

Ils le savaient tous les deux, et même très bien.

''Peut être qu'un Neutre ou un Céleste aurait contribué d'une certaine façon à ton Destin. Ton destin de te lier aurait été chez l'un des deux et donc, de ce fait, tu ne serais pas ici....De plus, réfléchis bien pour déterminer qui a joué une place dans les trames de l'existence....''


Seuls les Dragons étaient capable de sentir le Don.

''Modère tes paroles, Maîtresse Incarnate, car ce que tu considères comme des trophées pourraient être remis en question. Un trophée s'acquière, mais il faut se battre pour de le garder et le protéger... ne me fais pas regretter certaines décisions.... ''

Ses deux obsidiennes se portèrent à nouveau sur la jeune Aspirante, gardant le silence, avant de reporter son attention glaciale sur Runa.

''Si tu as des représentations futures où exceller, c'est que tu ne semble pas saisir l'importance d'avoir l'Aspirante Varpelis....''

Oui, il osait rebondir sur l'illustration arrogante portée de la bouche même de sa bien aimé. S'il le voulait, réellement, il était en droit d'attribuer la jeune plante Albiréo à un autre Maître-Dragon.

Devant les membres de la garde embrasée et les témoins de cette intronisation, qui avait de nouveau glissé vers une nouvelle joute entre deux puissants esprits, Alauwyr devait maintenir sa puissance. Intérieurement, il grimaçait. Il avait horreur de ce genre d'intrigue et de faux semblants ! Plus encore quand Runa prit les devants pour prendre congé, comme si c'était à elle de prendre cette disposition, devant le Seigneur Ardent en personne.

''Décurion, veuillez escorter la Maîtresse Incarnate Sălv et l'Aspirante Varpelis au dispensaire du Maître Guérisseur Frâlan. Il saura agir comme il se doit pour nettoyer la plaie de cette main et de s'assurer que l'enthousiasme de l'intronisation n'a pas trop apporté d'épuisement général. Puis, vous les escortez toutes les deux aux appartements de la Maîtresse Incarnate, le temps que sa toute nouvelle Aspirante termine de s'acclimater à nos us et coutume...''

°Tu n'imposes pas que cette jeune fille rejoigne les quartiers des Aspirants ? °
°Je pourrai....°

L'humain demeura volontairement évasif. Il n'avait nul besoin d'en rajouter. Puis quand la Garde Enflammé appliqua ses ordres, il adressa un dernier regard à la Maîtresse Incarnate, légèrement sourcillant, avant de retourner à ton trône, pour poursuivre ses devoirs de la journée qui lui incombaient.


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Albiréo Varpelis
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MessageSujet: Re: [RP] Sic itur ad astra   [RP] Sic itur ad astra Icon_minitimeJeu 16 Sep 2021 - 19:17

[Petit RP de reprise, je m'excuse sincèrement auprès de mes partenaires d'avoir mis du temps ! Merci encore pour la qualité de cette scène, vraiment magique ! <3]
*


Ainsi donc, Rūna n'était pas native de la Terre des dragons. Tout comme la fëalocë avait irradié son monde, Alauwyr Ikuvar avait embrasé le sien, un jour, et l'avait prise sous son aile. Lui et son dragon avaient trouvé Rūna et senti ce que la Maîtresse Incarnate avait à plusieurs reprises appelé "le Don". Rūna elle aussi avait été déracinée de sa terre et avait fait de cette nouvelle contrée la sienne. Albiréo contempla celle qui pour elle-même incarnait ce nouvel univers, qui le portait comme le plus splendide des talismans. Celle qui, venue d'ailleurs, s'était liée à une Reine. Elle se demanda à quoi ressemblait alors cette jeune femme du désert qui à son instar, n'avait probablement jamais vu de ses yeux d'aussi fantastiques créatures avant ce jour. Elle se demanda à quel dragon le Seigneur du Màr était lié et comment ils lui étaient apparus. Ce devait être, tout comme Sarzeghnet, un éminent représentant de l'espèce. Rūna lui avait expliqué que les Incarnates étaient l'emblème du Màr. Sans doute le Seigneur devait-il lui-même être lié à une reine. Selon les éléments dont elle disposait et en toute logique...Pourtant son esprit se refusait absolument à associer Sarzeghnet - le seul exemple dont elle disposait réellement - à cet homme ! Une grimace désapprobatrice tordit ses lèvres jusqu'alors figées en un inquiétant sourire, et de puissants relents de mépris agitèrent ses veines.
*
Albiréo frémit. Une ombre toute à la fois brûlante et froide humait la colère qui roulait dans sa poitrine, tel un fumet délicatement suspendu à quelques millimètres de son épiderme. Elle sentit cette auréole électrisée par une rancœur acide se retirer tel un écharpement de brume lentement aspiré par le soleil. La sensation était à la fois nette et étrangère. Elle se sentit simultanément ancrée et élevée par le poids d'une montagne dont les racines s'entremêlaient à celles de la magmatique fëalocë. Sa colère se mua en un curieux sentiment de sécurité et de puissance. Mais la neishaane était encore trop ignorante de l'univers auquel elle appartiendrait désormais. Trop incommodée également par les murailles  de son esprit pour saisir la véritable nature de cette intervention et y déceler la présence de la Reine Incarnate. Elle ne pouvait, pour l'heure, qu'être attentive aux nuances subtiles de ses sensations physiques.
*
Pour autant, cette sensation nouvelle lui procura suffisamment de force pour lapider les soldats qui les encadrèrent du regard, le capitaine en premier lieu et sans s'en cacher le moins du monde, cette fois. Le mépris et la rage zébraient son regard cobalt d'éclats meurtriers.
*
° Quelle honte ! Encercler de la sorte ses propres sujets ! N'avez-vous donc aucun honneur petits soldats de plomb que vous êtes !? °
*
Elle darda son regard vers Rūna qui, un pas devant elle, s'érigeait tel un mur de flammes face au seigneur des lieux.
*
« Vous n'avez pas à craindre le moindre faux pas de ma part, je suis au contraire une excellente danseuse. Je vous convie d'ailleurs à mes prochaines représentations, histoire qu'à votre tour vous tiriez des leçons. »
*
Albiréo étrangla un hoquet. Quelle stupéfiante créature ! Jamais elle n'avait vu l'audace et l'aisance s'épouser de manière si parfaite. Rūna parlait le langage des flammes, incendie ou chaleur de l'âtre, elle portait cette ambivalence avec le naturel et la noblesse de l'élément lui-même. Pourtant, là où Albiréo ne maîtrisait goutte de son océan d'émotions, Rūna semblait avoir établi une connivence parfaite. Si le feu irradiait d'elle comme une source ininterrompue d'or et de passions, elle dominait si bien sa nature que chaque trait semblait une arme redoutable, une lame d'or au fil intact et sans merci. Son admiration estampilla ses joues d'une suave rougeur de coquelicot. Elle se mordit la lèvre, à la fois piquée d'excitation quant à ce que ces mots allaient provoquer et mue par une certaine crainte. Sa Maîtresse avait beau lui sembler invincible, elle ne pouvait contenir un certain élan protecteur à son égard. Sans doute, une part plus sourde d'elle même s'inquiéta-t-elle au passage pour son propre sort. Afin d'être la digne aspirante d'une si flamboyante princesse, il lui faudrait probablement lui ressembler davantage...Ou bien être en mesure de l'affronter ? Ainsi qu'Elle affrontait, présentement, celui qui fut son maître. Albiréo déglutit lentement, balayant cette idée aussi vite que possible et se contenta de s'enivrer des saveur crépitantes semées par l'indomptable verbe de sa Maîtresse.
*
Le seigneur Ardent répondit à ses provocations avec le flegme qui devait sans doute le caractériser aux yeux d'Albiréo. Pour autant elle n'avait encore statué sur la manière dont elle considérait cette attitude : particulièrement impressionnante ou particulièrement stupide. D'un autre côté, si la moitié de ses sujets avait le faste et la fougue de Rūna Sălv, il valait mieux être le roseau que le chêne... Quoi qu'il en soit, elle trouva curieux – protection ou mainmise excessive ? – qu'il décide de les faire raccompagner par sa propre garde. Surtout après avoir alterné et épines et menaces à l'encontre de son ancienne aspirante.
*
''Si tu as des représentations futures où exceller, c'est que tu ne semble pas saisir l'importance d'avoir l'Aspirante Varpelis....''
*
Voilà qu'elle avait de l'importance ! Le Maître Noir insista également pour que sa plaie bénéficie de l'attention particulière d'un soigneur. Cet excès de prévenance, suite à l'extrême indifférence qu'avait suscité son geste avait de quoi la surprendre. Quel déroutant personnage que cet Alauwyr Iskuvar...Mais elle n'eut pas le temps de s'égarer dans ses considération, elle aurait bien le temps de se faire un avis précis concernant le Seigneur désormais...
*
Rūna glissa son bras autour d'elle et Albiréo lui emboita le pas, plus que désireuse de quitter les lieux et de se débarrasser des pantins d'Alauwyr.


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MessageSujet: Re: [RP] Sic itur ad astra   [RP] Sic itur ad astra Icon_minitimeLun 20 Sep 2021 - 9:39

[RP] Sic itur ad astra 181116044528848488  
Thaddeus Sălv, Décurion Flamboyant

L'homme de fer n'avait pas cillé d'un fragment, et le bris de granit qui lui servait de coeur ne s'était pas non plus ému davantage.
Toute étayée de son armure de métal, la statue de marbre ne laissait entrevoir que le mouvement incisif de son regard d'or tout à la fois brûlant et glacial, rivé là sur le duo de jeunes femmes avec la commination des rapaces repus mais préparant déjà leur prochaine chasse. A cette image, Thaddeus ne suivit guère la teneur de la conversation qui parut s'envenimer sans réelle menace, se faisant l'aigle qui laissait tout loisir aux lapereaux de folâtrer et se chamailler en attendant de les réduire en charpie. Il s'intéressa surtout aux détails parsemés çà et là de syllabe en syllabe, une bouche après l'autre, sans se voir dirigé par une once de curiosité mais bien dans le seul cadre de son champ de compétences.  
Passé maître dans l'art de cloisonner ses émotions une fois vêtu de sa fonction de Décurion - et dans sa vie privée... -, le fëalocë ne vit pas en Rūna sa cadette mais seulement un membre de la cour Màr Tàralöméenne, et il en fut de même pour la frêle neishaane campée à ses côtés dont le regard de biche enivrée par les premiers bourgeons d'avril se perdait entre émerveillement et désir de posséder tout ce sur quoi ses yeux se posèrent. Mû d'un instinct certain, le soldat sut feuilleter entre les pages de ces iris d'un bleu rappelant celui des pétales d'hortensia qui habillaient le jardin du Sanctuaire de Flarmya : toute beauté apparente renfermait soit un serpent soit du poison. Alors...  Aux tréfonds de ses affects, Thaddeus se préparait d'ors et déjà à trancher le cou de cette démone prisonnière dans un corps de colombe, si cette dernière faisait le moindre faux pas à l'égard de celle qui devint donc sa Maîtresse, ou de celui qui fut alors son souverain dès lors que son pied posa terre au Kaerl Ardent.

La neishaane répondant au nom d'Albiréo se scarifia la paume de la main pour faire preuve de son allégeance. Et là non plus, l'homme de fer ni cilla pas d'un fragment.
Par son statut d'ultime garde du corps d'Alauwyr Iskuvar, ignorant bien que ce dernier se prétendit capable de se défendre seul, Thaddeus était en alerte constante tout en demeurant en apparence d'un calme terrifiant. Le danger, déjà ordinairement étouffant de sa fragrance, s'était fait plus lourd depuis qu'un certain exilé avait défrayé les ordres du Seigneur Ardent, et si ce dernier eut voulu ne rien changer à ses habitudes, il lui fut bien nécessaire d'agir avec raison et de revoir sa protection à la hausse. Tout loup qu'il était, le Mord-Flammes avait donc réorganisé sa meute et il se tenait prêt à l'approche de tout rival à son alpha.
Loin de présumer de l'innocence ou de la culpabilité de quiconque, il s'était d'ailleurs approché de son dirigeant avant même que les jeunes femmes n'arrivèrent jusqu'à lui, de l'instant où elles franchirent la deuxième chambre les amenant jusqu'au trône depuis la vaste entrée du Mahalma. Ses soldats le suivirent du coin de l'oeil sans déporter l'attention de leur ronde répétitive et volontairement monotone au regard du peuple. Tout, absolument tout était calculé.

Ainsi donc, lorsque celle qui fut adoubée Aspirante par l'accord verbal du Seigneur Ardent dégaina son épingle à cheveux, Thaddeus resserra sa poigne sur le pommeau de son épée sans faire plus démonstration de sa preste à agir si besoin fut. Ses paupières battirent lentement, comme d'ordinaire, et il garda sa place de "bon chien de garde" dressé à arracher des gorges. Il faisait confiance à sa soeur pour son jugement, et le dévolu jeté sur cette nouvelle recrue.
Puis la tension monta, encore et encore. Les égos se heurtèrent avec le fracas de lames entrechoquées et le vacarme de boucliers percutés de plein fouet. Le Décurion Flamboyant garda sa place, mais son attention allait désormais clairement à l'encontre des suppléantes debout face à l'autorité Ardente suprême. A sa façon, d'une oeillade intimidante malgré lui, Thaddeus invectiva Rūna à se taire sans prononcer un mot, non pas par quelconque désaccord avec son opinion mais bien pour la protéger d'un tout autre mal que le verbe ou un geste déplacé d'Alauwyr : l'opinion du peuple. Certains badauds s'étaient effectivement approchés, certains piétant leur propre tour pour présenter quelque insignifiance doléance, d'autres par pur voyeurisme et appétit de répandre rumeurs et ragots. Ces derniers, Thaddeus les exécrait et se désolait de ne pouvoir les réduire en lambeaux par pur altruisme. Présent dans le Màr depuis bien plus d'années que sa cadette, il savait quels ravages pouvaient créer la Médisance... Des plaies purulentes et gangrénées qui ne pouvaient être défendues dans la simplicité d'un combat à mort à la faveur de la Fosse.

Puis tout s'enchaîna rapidement. Du sang coula, des paroles furent prononcées entre chaque goutte vermillonne souillant le sol. L'attention du fëalocë se fit plus franche au regard de la teneur des discours proférés mais aussi des gestes. Et l'ordre tomba, enfin !, pensa-t-il, car connaissant si bien de quelle engeance retournait sa petite soeur, il craignait de devoir intervenir et faire un choix cornélien entre sa raison et ses sentiments.
Thaddeus n'eut même pas un regard à couler à l'intention de sa décurie, car bien que s'extrayant de ce précis mécanisme tout fait de rouages interdépendants, le système continua de faire son ouvrage sans le moindre soubresaut de défaillance.  Le Décurion s'inclina respectueusement envers Alauwyr, recevant tout l'honneur d'un ordre aussi personnel, sans remettre en question sa légitimité de devoir quitter la sphère intime de son souverain pour reconduire à la porte les deux jeunes femmes. Le fait était bien plus complexe que ces seules apparences. Il le savait, mais ne dirait rien.  Il n'était là que pour exécuter.

Laissant le temps à celles qu'il s'apprêtait à escorter de saluer une dernière fois - ou non le Seigneur Ardent, Thaddeus vint se positionner derrière elles deux, se tenant face à leur dos à distance d'une enjambée tout à la fois pour les protéger d'autrui que pour leur débouter l'idée de reprendre le fil de leur discorde.
Comme un pilier ou une colonne animée d'une poussière de sentiments humains, le fëalocë demeura droit, poing à l'épée et le menton à l'équerre, assénant sur la plèbe une oeillade parfaitement antipathique et peut-être un brin dédaigneuse. Il n'écouta pas les paroles qu'échangèrent la Maîtresse Incarnate et son Aspirante, bien plus intéressé par la réussite de sa mission. Voûte après voûte, ils cheminèrent tout trois jusque la sortie, sous les regards tantôt curieux tantôt éberlués des présents membres du Màr. Quelques uns dévisageaient la furie provocatrice liée à l'Incarnate aveugle, d'autres s'affairaient déjà à décortiquer les origines ou les pensées du jeune bouton de rose souillé de grenat pendu à son bras ; certains s'interrogeaient sur la raison de cette éminente escorte exécutée par le Décurion en personne, une tâche dégradante pour son rang ! D'autres, enfin, silencieux, couvaient des réflexions bien plus profondes à hauteur des secrets qu'ils pouvaient bien détenir...
Les ragots s'évadaient et tourbillonnaient en l'air comme une mélodie coutumière, conjuguée aux différents jeux de lumière qui modelaient les ombres sur le visage de chaque personne. Les ornements sculptés dans le métal noir de l'armure du Décurion Flamboyant parurent prendre vie et s'animer en étant ainsi offusquées par la lueur des  lanternes suspendues au plafond ou les rayons de soleil teints par les vitraux desquels il transperçait le verre. De la pénombre de son visage étincelaient seuls deux astres d'or bouillant, les mêmes qui ornaient le regard de sa cadette, juste devant lui.
Et tandis qu'ils marchaient, d'une allure plutôt calme, le timbre vibrant de Rūna s'éleva doucement.

« Ana duîn shaht öte, Thaddaï, sen odan arzhani dran eht lar... »

Le silence suivit. Rūna n'eut pas à pivoter pour observer son aîné, elle le savait taiseux, surtout en public et affublé de son rôle. Mais soudainement, entre les fentes laissant entrevoir un peu de son visage, un ton similaire lui répondit, comme un murmure.

« - Ifar öte odan arzhanar arada alsjin, ïdha odan ötinizdi sil egar.  
- Nahr magan jur osilar !... Nahr khag ir hasarkan laeib, ifar mûn mûnar.
- Rahm en indz or'nahr magar ashtalnë du yhdur alsjinaïr, nran ana magan khiar chem taeatir. »

La Maîtresse Incarnate s'arrêta de marcher et lui fit face, levant sur lui un regard aux significations complexes auquel il ne répondit pas, gardant son implacable détachement militaire par un visage scellé vers son objectif. Elle pesta, dans la langue de leur enfance, un peu blessée qu'il lui préféra l'objet de sa loyauté plutôt qu'elle, de qui il partageait parents et fratrie, même chair et même sang. Et alors que sa cadette s'apprêtait à lui faire dos à nouveau, Thaddeus lui offrit tout l'illustre honneur de glisser un regard à son égard. Entre eux, cela signifiait beaucoup. Puis, à ton plus bas qu'à l'instant, il termina :

« Ana satilah mêr lahiqan du. Ana duîn shaht öte aydan, akht saghiratûr. »

En secret ravi du sourire de la fëalocë, il regagna son port martial pour mieux les inciter à décamper au plus vite d'ici. Une fois ayant tous trois atteint l'immense porte qui s'ouvrait sur le reste du Màr Tàralöm, il s'assura qu'elles se dirigeaient bien vers l'infirmerie avant de tourner les talons et s'en aller regagner sa place.


Traduction de la conversation en Ssyl'Sharien:
 



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