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 [RP] Ce qui arriva à l'Araignée poursuivie par les Dragons...

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Eléderkan Garaldhorf
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Eléderkan Garaldhorf


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MessageSujet: [RP] Ce qui arriva à l'Araignée poursuivie par les Dragons...    [RP] Ce qui arriva à l'Araignée poursuivie par les Dragons...  Icon_minitimeDim 15 Déc 2019 - 19:05

Néharaku 919
Terres Occidentales d'Undòmë

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Thémos le Bronze


Le vent soufflait fort sur la cité. Les étendards flottaient dans la tempête qui s’annonçait, se balançant dans tous les sens et claquant telles les voiles atrophiées d’un immense navire enchâssé dans le flanc de la montagne. Dans le ventre de pierres de la cité d’Al-Kesh, derrière ses hautes et épaisses murailles, la vie fourmillait en un ballet incessant où tournoyaient artisans, marchands, mendiants, gens de bien et quelques espions.

La dernière catégorie intéressait tout particulièrement les étrangers qui s’approchaient de la double ouverture massive qui marquait la Porte de l’Etoile – car celle-ci se trouvait du côté où l’étoile polaire se levait la nuit. Deux silhouettes enveloppées de capes, de cuir solide et de fourrures pour lutter contre la brise mordante au baiser glacé, passèrent l’arche découpée dans les remparts sous les regards mi curieux mi ennuyés de quelques gardes. Tous deux de haute taille, démontrant un pas souple et plein d’assurance, il ne faisait guère de doute qu’il s’agissait de gens de qualité. Qu’ils soient issus du négoce ou de la noblesse, les paris s’ouvraient pour déterminer de quelle quantité d’or et de bonnes relations ils disposaient. Al-Kesh n’aimait pas les étrangers, à l’exception de ceux qui payaient grassement et qui repartaient délestés de leurs richesses.

Contre toute attente, le plus frileux du duo se révéla être l’altier elfe blanc. Emmitouflé dans sa vêture de voyage, il se gardait bien de jeter un coup d’œil à l’arrogante source de chaleur incarnée par son Lié. Sous l’illusoire épiderme de ce dernier couvait le feu de Flarmya. Le dragon avait toujours détesté le Vaendark, son blizzard, ses tempêtes de neige et ses étendues de glace à perte de vue dont il se lassait rapidement. Le climat rude et capricieux d’Undòmë lui paraissait plus acceptable ou, du moins, il le supportait davantage. Il narguait le monde d’un demi-sourire suffisant, plaqué sur un beau visage frôlant une malsaine perfection, en s’autorisant le droit de se gausser de son Lié qui pressentait les prémices d’un rhume.
Eléderkan aimait voyager. Et si chaque contrée de l’autre bout du monde trouvait grâce à ses yeux pour une raison ou pour une autre, il regrettait néanmoins la douceur tempérée – quoique légèrement tropicale – de son Kaerl. Il avait vécu la moitié de sa vie dans les îles d’Ys, ce qui ne contribuait pas à s’acclimater aux continents continuellement baignés par un hiver implacable.

° Regarde-moi tous ces pouilleux… Ils se croient puissants, importants, bénis par Osmaël pour leur bonne fortune. Ils rampent dans la boue comme s’il s’agissait d’une plaine giboyeuse. S’ils pouvaient seulement imaginer les richesses qui se cachent à l’Extrême-Orient de leur petit lopin de terre… °

Eléderkan ne prêta guère attention aux railleries de son Âme Sœur. Le front barré d’un pli soucieux, il ravivait le souvenir de la carte de la ville, soigneusement mémorisée, dont l’utilité serait capitale – bien qu’elle datât de la décennie précédente. Il laissait volontiers le Bronze à ses moqueries. Si celui-ci était toujours partant pour s’amuser aux dépends du reste du monde, lui-même estimait ne pas avoir de temps à perdre. L’idée l’avait effleuré de déléguer cette mission à l’un de ses agents les plus dévoués. Effleurée, seulement. L’affaire se révélait bien trop délicate pour être laissée entre les mains de n’importe qui. De même qu’il rechignait à l’idée de dévoiler le cœur de l’affaire. Mieux valait ne pas ébruiter tout ceci. Par prudence autant que par plaisir, car Eléderkan ne niait pas que retourner sur le terrain lui avait cruellement manqué.

° Notre contact a indiqué le nom d’un comptoir commercial, près de la place centrale, dans le quartier des temples. Dommage qu’il ait dû tuer son informateur. Il aurait été utile d’avoir un peu plus de détails. La transaction devrait se faire demain, si on en croît la peur superstitieuse du négociant en ce qui concerne les affaires. Espérons que notre proie sera à l’heure au rendez-vous.

L’établissement devait s’ouvrir sur un atrium bordé de colonnades en bois, où marchands et livraisons transitaient sans cesse durant la journée. La rumeur circulait qu’on pouvait également y faire des transactions beaucoup plus nébuleuses et versatiles, comme des informations par exemple. C’était de celles-là dont il était question. L’Inquisiteur Suprême n’aimait pas qu’on le sous-estimât. Qu’on le méprisât ou qu’on le détestât, peu lui importait mais il ne saurait souffrir qu’on ne lui accordât pas assez de mérite à la hauteur de ses talents. Et du dur labeur de faire bon usage de tous les sales petits secrets du Màr Tàralöm. L’espion qui avait réussi à filer et qui prévoyait de revendre ses informations aux plus offrants avait fait une erreur fatale. Qu’il se réjouisse de son maigre et éphémère succès : il n’en jouirait pas longtemps…

Eléderkan connaissait la description de son agent. Bien que non détenteur du Don et n’ayant jamais foulé le sol béni de Tol Orëa, il lui avait déjà fait la faveur d’une rencontre officielle – en se faisant passer non pour son véritable employeur mais pour un simple intermédiaire. Il reconnaîtrait l’agent défectueux dès qu’il ne verrait et, si ce n’était pas le cas pour quelques raisons, il faisait confiance à la redoutable acuité visuelle et mémorielle de Thémos pour palier à ce défaut. La mort serait la seule récompense pour la défection de cette petite araignée. On ne trahissait pas la toile d’un maître tel Eléderkan Garaldhorf.

A l’orée du quartier religieux, ils arrêtèrent leurs pas devant l’écrasant temple du couple divin le plus célèbre et le plus dysfonctionnel au monde : Ouranos et Gaïa. Le regard de Thémos s’étrécit pour se focaliser sur une superbe bâtisse, dans l’angle de la rue principale où se situaient quelques résidences, dont une arche peinte s’ouvrait sur un atrium correspondant à la description. En levant les yeux vers le ciel, il aperçut la première lune se levant paresseusement. Frigorifié et impatient d’en finir, Eléderkan se tendit.

° La nuit ne sera pas longue à nous tomber dessus. Il est trop tôt pour agir. Notre cible n’apparaîtra que demain.
La mort sera son seul rendez-vous. °

Le Bronze dévoila un sourire carnassier de mauvais augure. Le duo fit demi-tour, partant à la recherche d’une auberge décente. Un rideau de pluie glacée les accueillit sur le pas de la porte d’une taverne moins miteuse que les autres. Ils s’y engouffrèrent sans plus d’hésitations.
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Welnir Sadwen
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MessageSujet: Re: [RP] Ce qui arriva à l'Araignée poursuivie par les Dragons...    [RP] Ce qui arriva à l'Araignée poursuivie par les Dragons...  Icon_minitimeMar 24 Déc 2019 - 12:47

Une lande pierreuse dominait la route conduisant du port à la mer. A quelques distance, un  grand homme maigre, sanglé dans un ample manteau de feutre brun sortit avec précaution d’une haie battue par la tempête et s’arrêta. Il  repoussa un peu le bord de son capuchon,  observa l’espace désert devant lui  et levant le nez vers  le chaos des nuages, sembla humer l’air comme le fait un chien de chasse. Puis sans se retourner, il  fit  signe d’avancer. Un second voyageur sortit de l’abri des buissons. Vêtu pareillement, de stature plus trapue, iI portait un havresac sur l’épaule et sans s'arrêter, descendit vers la route. L'autre se mit en marche, pressant le pas pour rejoindre son compagnon et lui cria au milieu des sifflements du vent.:

- C’est quoi, ce froid de loup et ce temps de chien?

L’autre commença à répondre sur le même ton:- Ça sent surtout une tempête...mais sa voix se coupa brusquement. Les deux hommes rejoignirent  la route où quelques  voyageurs dipersés se hâtaient vers l’abri de la ville. Leur tentative de conversation semblait avoir été  vaincue par le fracas des éléments.
Il n’en était rien. Welnir Sadwen, maître-dragon du Mar Luimë, avait poursuivi dans le langage mental des Liés :

*..d’ouest  dans un pays qui n’a rien d’idyllique. Je sais que tu aimes parler en langage humain; mais ce n’est vraiment pas le moment dans ce vacarme. On n’entendrait pas un dragon rugir.

*Tu trouverais aussi très excitant de pouvoir rugir, rien que pour changer... Et non seulement, j’aime parler avec des mots mais je  trouve souvent gratifiant de penser en humain. D’ailleurs, toi aussi, tu penses parfois un peu comme un dragon mais rugir n’est pas ton fort. N’est pas métamorphe qui veut. Tu n’as pas bonne opinion de ce pays, dis-moi ? Tu ne m’as jamais beaucoup parlé de ton premier voyage à Al Kesh. Il faut dire que j’étais encore mal en point, comme embrouillé dans des vapeurs d’interstice.*

* Formule imagée mais exacte. Le chef soigneur te maintenait en quasi léthargie. Il trouvait que je te perturbais en venant trop souvent voir comme tu allais. Il m’a conseillé, pour ton bien, de m’occuper ailleurs et de prendre une mission où on pouvait se passer de son lié.*

*Un lié est toujours nécessaire.*

* On peut le penser. Mais pas quand il  risque de se pulvériser entre deux feuillets intersticiels.*


Welnir se tut et après quelques temps de marche, Kalawar protesta :

*Eh bien, tu ne continues pas ? Hier soir, tu m’as juste dit que nous devions partir pour Al- Kesh et y calmer un bavard. Quel rapport entre notre présence ici et ce qui t’es arrivé la première fois où tu es venu ? Pour passer l’interstice,  l’image que j’ai reçue de toi, c’était plutôt attirant : Une lande hivernale, avec des taillis propices à un atterrissage discret. Au loin, de majestueuses murailles capitonnées de douce neige sous un ciel bleu...Un souvenir plutôt plaisant de ta première visite !

* Ah  oui ? C’est que j’ai négligé le gel à pierre fendre, la bise mordante de l’hiver et, à la sortie du port, le gibet où pendillaient des traîtres. Tu n’en avais pas besoin pour cibler l’interstice.

Welnir se tut à nouveau, tentant de maintenir son capuchon en place. Kalawar s’impatienta :

* Alors, tu racontes ? Qu’est-ce qui t’amenait à Al-Kesh lors de ta première visite?

Welnir reprit docilement son récit :

*Le kaerl avait appris qu’on exploitait de nouvelles mines d’étain dans les montagnes et que le minerai se révélait d’excellente qualité. Je devais organiser un chargement clandestin pour Tol Orëa avec les garanties habituelles de sécurité. Notre informateur avait le nom d’un type habitué à faire passer des marchandises de contrebande. J’ai monté mon affaire en utilisant le Narval, ce navire acheté par le Màr Luimë en Vaendark et basé dans la Baie d’Eau-Claire. Capitaine et équipage sont exclusivement de Tol Orëa,  les seuls marins à qui se fier, à mon avis. Et encore.. *

Sa réflexion s’attarda un instant sur ce sujet familier :" La confiance entière est-elle possible?" mais il ne voulut pas impatienter son lié et reprit :

*Les mensonges passent plus facilement s’ils sont enveloppés de vérité. Je me suis présenté comme un marchand de Vaendark, venu d’Alsund avec son bateau chercher une cargaison juteuse. Bien préparée, la mission paraissait facile. D’autant qu’un dragon complaisant m’a évité les longueurs du trajet en me déposant sur le pont juste avant que le Narval ne parvienne dans des eaux trop fréquentées. Même chose au retour. Après seulement trois jours de mer, le Narval continuant sans moi sa route vers Tol Orëa, j’étais rentré au kaerl. *

* Hé, n’arrive pas déjà à la fin, ce que je veux savoir, c’est ce que tu as fait entre aller et retour.*

*Il s’agissait donc, grâce à ce  trafiquant, de repartir les cales pleines, tout en évitant de payer les droits exorbitants exigés des étrangers et de lambiner dans le port en attendant que les comptables de l’Octroi aient fini d’éplucher tes certificats et de rajouter taxes et frais de séjour.
Tout s’est  très bien agencé. Je n’aurais pas donné deux sous de la parole de ce Nessun Gossyr, dont  le nom était d’ailleurs certainement aussi faux que celui sous lequel je m’étais présenté. Mais le marché entre nous a été correctement exécuté. J’ai été félicité du succès de l’opération quand le Narval est arrivé et que le Màr Luimë a récupéré l’étain. Tout me semblait terminé et digne d’être oublié.


*Et alors ?

*Alors, avant-hier, on me demande de partir en urgence pour faire "taire" Nessun Gossyr. Il paraît que c’est  un espion, qui aurait déjà traficoté avec des non liés d’autres kaerls, cherchant des moyens d’atteindre la Terre des dragons. Avant que ce trop-curieux ne progresse dans son espionnage, l’Ivah  nous a chargés de le faire taire. Moi, puisque je le connais, toi, parce que tu es un très bon hypnotiseur vide- mémoire. Ce n’est donc qu’une simple routine : nous lui rendons visite et tu le débarrasses de tout ce qu’il doit oublier. Evidemment, il convient de rester sur nos gardes. Le terrain demeure dangereux.

* Tu es sûr qu’il n’a pu se douter que tu  étais un chevalier-dragon ?

*J’en suis aussi sûr qu’on peut l’être. Il ne m’a pas posé de questions sur mes navigations. Il n’est même pas monté une seule fois à bord. La seule chose qui l’intéressait, c’était de ne pas se faire voir en ma compagnie. Non, le danger qu’il représente vient d’autres occasions et du recoupement de témoignages qui le désignent comme cherchant à accumuler le plus possible de renseignements sur l’Ile aux Dragons. Sans doute, cela ne va pas plus loin pour l’instant mais c’est suffisant pour intervenir. Désormais tu es Bory Smithon et moi ton frère, Tabar Smithon de Thirolie en Undomë méridional. Je suis l’aîné. Tu me laisses parler.

La nuit tombait. Ils arrivaient devant la porte de la ville. Des torches éclairaient les tours d’entrée et des gardes filtraient les quelques voyageurs qui les avaient précédés. On  les interpella presque aussitôt depuis une guérite. Welnir releva son capuchon pour dégager son visage, Kalawar l’imita et  les deux  se dirigèrent vers le guichet.
Le prétendu Tabar Smithon montra des laisser-passer copiés sur celui que lui avait fait obtenir Gossyr. Le garde commença à déchiffrer les documents dans la lueur tremblante des torches. Il peinait visiblement. D’un air placide, un peu ennuyé cependant - quel temps, n’est-ce pas ? - le maître-dragon  le laissa prendre son temps avant de se renseigner sur une auberge convenable, pas trop loin du quartier des affaires. Kalawar intervint pour préciser : une auberge avec des bains privés, chauds et où le vin serait bon. Le garde leva les yeux, plus à l’aise dans ce sujet que devant des vélins griffonnés de cursives compliquées.
Welnir fit apparaître une pièce entre le pouce et l’index, ce qui rendit le garde tout à fait aimable. Il recommanda " Le Petit Poisson Jaune", derrière le Temple , garantissant les meilleurs vins. D’une main Welnir posa la pièce sur le comptoir, de l’autre récupérant les papiers et les liés quittèrent la guérite, le garde leur souhaitant bon séjour.

Ils ne firent que passer devant le Petit Poisson Jaune. Ils reviendraient plus tard, leur mission accomplie. Nessun Gossyr avait ses locaux plus  loin. Mais là, une déconvenue les attendait : la maison était close. Nessun Gossyr n’était pas chez lui, ni son commis, ni les hommes à tout faire charger de veiller sur ses biens. La lanterne au dessus de l’entrée était éteinte. Prudemment, Welnir décida de ne pas aller demander à un voisin où pouvait se trouver le marchand Gossyr. Il était tard pour une visite commerciale.Les rues se vidaient, les dernières échoppes mettaient leurs volets au comptoir.
La pluie se mit à tomber, proche d’une neige fondue. Welnir remit son capuchon et sans commenter sa déception, il proposa :" On verra demain matin. Allons nous réchauffer au Petit Poisson Vert."

- Jaune. dit Kalawar, machinalement, sentant le même mécontentement inquiet le gagner. Il aurait aimé que cela soit vite fini. Ce n’était pas un travail plaisant que de retirer à un esprit une part de ce qui le constituait, quand ce n’était pas tout le mental de la victime qui était détruit dans l’opération. Welnir surpris, regarda son lié :

- Quoi ? Jaune ?

-L’auberge, c’est le Petit Poisson Jaune.

-Ah bon, le Petit Poisson Jaune.  reprit platement Welnir. Le vert aurait au moins été la couleur de l’espérance.


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Eléderkan Garaldhorf
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MessageSujet: Re: [RP] Ce qui arriva à l'Araignée poursuivie par les Dragons...    [RP] Ce qui arriva à l'Araignée poursuivie par les Dragons...  Icon_minitimeMer 8 Jan 2020 - 12:16

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Thémos le Bronze


L’auberge du Petit Poisson Jaune offrait peu de divertissements. Si l’établissement pouvait se targuer d’être respectable, c’était uniquement grâce à sa propreté apparente, à ses filles de sales suffisamment habillées pour ne pas évoquer trop facilement des prostituées et au barde qui jouait mollement du luth dans un coin de la pièce commune. La vaste salle du rez-de-chaussée accueillait plusieurs clients dispersés, chacun plongé dans ses activités en se coupant du reste du monde. Ce repaire de voyageurs ne jouissait pas de la faveur des oligarques de la cité, car on n’y trouvait aucun signe distinctif trahissant la présence de grands négociants ou d’ambassadeurs étrangers. Al-Kesh se vantait auprès des autres provinces d’être une place privilégiée pour le commerce mais gare à qui pénétrait ses murs : la réalité s’avérait assez décevante.

Eléderkan repoussa le capuchon de son lourd manteau matelassé, s’assit à une table en prenant soin de garder la porte en vue et entreprit d’ôter soigneusement ses gants tout en fouillant méticuleusement la salle du regard. Un simple lien de cuir retenait ses longs cheveux blancs. Sous le manteau se devinait l’ampleur d’un souple corselet de mailles fines. Du col et de sous les manches dépassaient la dentelle d’une chemise de bonne facture, quoique sans fioritures. Les bottes cerclées de fer paraissaient usées et crottées mais pas au point d’en avoir perdu leur qualité. L’épée pendant à son côté n’avait rien d’un objet de luxe et tenait plus de l’arme du vétéran de guerre que du joyau de métallurgie. Seule l’anneau d’or serti d’un lapis-lazuli, à son annulaire gauche, venait égailler le tableau du voyageur étranger. Si les elfes n’étaient pas si courants dans la région, leur rareté n’attirait pas suffisamment l’attention, au point de s’en défier. Le costume devait aider à graver l’image d’un commerçant venu d’une lointaine contrée qui, bien que d’apparence modeste, n’en était pas pour autant sans le sou et savant s’entretenir. Un client fiable et honnête. Ou il fallait l’espérer.

Thémos revint du comptoir où il avait déposé quelques pièces et commandé un repas chaud ainsi qu’une chambre. Nonobstant la raison qui aurait voulu qu’il se fasse discret, ou qu’il tâche au minimum de ne pas attirer l’attention en agissant comme un homme ordinaire, le Bronze avait sciemment traversé la salle d’un pas de conquérant nonchalant, félin, sûr de son pouvoir. Son regard avait glissé sur les filles de salle jusqu’à les faire rougir puis s’en était détourné avant de paraître grossier. Sa main avait été leste, le geste élégant, le sourire arrogant. Partout où il passait, il savait susciter des émotions violentes. Si ce n’était pas la passion ou la peur, ce serait la jalousie et la haine. Tout respirait l’orgueil d’un riche seigneur chez cette créature à faciès humain. Pourtant, qui se serait risqué à le provoquer ? Sa silhouette et sa démarche laissaient à penser que des muscles puissants roulaient sous la peau satinée et les vêtements de voyage aux couleurs vives. Qui se serait risqué à approcher l’aura dangereuse du prédateur quand on pouvait l’éviter ?

- J’espère qu’ils servent de la bonne viande ici.

Thémos s’affala sur sa chaise en rejetant son opulente chevelure d’or brun en arrière. Il accorda un regard ennuyé à son comparse, lequel se frottait les mains en tentant de se réchauffer. Le Maître Bronze jetait des coups d’œil pleins de reproches au feu qui brûlait paresseusement dans l’âtre.

° Notre contact nous a fourni un nom mais il est sans doute aussi faux que le précédent. La première fois que j’ai croisé notre petite araignée dissidente, elle se faisait appeler Telsian Korjun. Voilà maintenant qu’il s’appelle Nessen Korgo… Voilà un homme qui manque d’imagination.
Et tu es certain que ton « contact » n’a pas commis d’erreur ?
Aussi certain qu’on peut l’être dans ces circonstances. Non, trop d’éléments se recoupent… Non content de fouiner pour nous, ce gredin aux multiples noms aurait trempé dans quelques affaires de transport de marchandises illégales. A des prix défiant toute concurrence. Il aurait également approché d’un peu trop près un de nos comptoirs commerciaux. Cet homme-là pose beaucoup trop de questions pour son bien…
Il ne sait pas se taire, tu veux dire ! Les bavards, on leur coupe la langue. C’est très simple, en vérité.
Ce n’est pas aussi simple, justement. °

Eléderkan eut tout juste le temps de darder un regard noir sur son Lié avant qu’une fille vînt déposer leurs commandes. L’odeur de rôti et de bière fraîche l’étourdit un instant. Par tous les dieux, il en avait oublié qu’il était harassé.

° Nous devons à tout prix entendre ce qu’il a à dire avant quiconque. Les dernières informations qu’il a recueillis, qu’il nous avait promis, sont trop importantes pour être gâchées. Je souhaiterai également savoir à qui il comptait revendre ses secrets… Il nous le faut vivant, Thémos. Tu as bien saisi ? °

Le dragon lui retourna un regard goguenard que ses yeux froids, d’un or figé sous une couche de glace, ne reflétaient pas. Ses dents parfaites, d’une blancheur éclatante, semblaient aussi aiguisées que des poignards sous la lumière dansante de l’âtre.

° Nous pourrions aussi bien le tuer tout de suite. Un inopiné incendie pourrait nous débarrasser de l’espion et de témoins gênants. Toi qui te plaignais du froid !
Je ne te ferai pas le plaisir de relever l’absurdité de ta proposition. °

La haute carcasse du dragon déguisé fut secouée d’un rire silencieux. Le Bronze ne renchérit pas à la pique de l’elfe. Il n’était ni idiot, ni dénué de subtilité. Depuis leur Empreinte il y avait près de trois décennies, Thémos savourait chaque occasion de nuire à la bonne marche du monde. Il n’aimait rien tant que d’agacer son Lié et cela s’avérait d’autant plus aisé qu’ils représentaient chacun les deux côtés opposés d’une même pièce.

Les pupilles reptiliennes, subitement étrécies, transparurent parmi l’or mouvant aux reflets de miel dans son regard. Les muscles se tendirent sous le faux épiderme. Le dragon considérait la porte de l’établissement avec une intensité accrue qui mit aussitôt son Lié en alerte. Sans relever le nez de son assiette, aussi décontracté que possible, l’elfe interrogea :

° Qui ? °

Thémos rejeta négligemment quelques mèches folles sur le côté, sans quitter son fin sourire narquois, tout en détournant le regard.

° Un dragon. J’en mettrai mon aile au feu. Il vient d’entrer, accompagné d’un autre homme. Sans doute son bipède.
Allégeance ?
Difficile à dire à cette distance, au milieu de tous ces pouilleux… °

Tiraillé par ses instincts territoriaux, Thémos repoussa l’assiette à laquelle il n’avait pas touché en réprimant un rictus de dégoût. L’odeur de l’autre dragon lui vrillait les narines. Il sentait les vibrations de sa présence dans l’auberge comme si un son persistant venait l’agacer jusqu’au plus profond de la nuit. L’esprit calculateur de son Lié était déjà parti à l’assaut de ce rebondissement. Eléderkan choisissait patiemment une nouvelle identité parmi les nombreuses qu’il cumulait. Ni l’un ni l’autre ne pouvait cacher leur mauvais pressentiment : deux chevaliers-dragons dans la même ville à l’autre bout du monde et au même moment... Une coïncidence était peu probable.

° Je pars chasser. Espérons que je me fasse un ami en chemin… °

L’autre dragon devait sans doute nourrir des soupçons à son égard. Thémos comptait là-dessus. Il se leva, s’étira tel un fauve alangui et sortit à grands pas de l’auberge, sans un regard pour quiconque, bien qu’il ait pris la peine de frôler son confrère draconique.
Resté seul à sa table, posément occupé à déguster sa part de rôti, Eléderkan leva sa chope à l’intention du second chevalier-dragon, dardant un regard neutre mais aigu dans sa direction. Il ne servait à rien de se cacher dorénavant. Puis il reprit son affaire de bon appétit.
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Welnir Sadwen
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MessageSujet: Re: [RP] Ce qui arriva à l'Araignée poursuivie par les Dragons...    [RP] Ce qui arriva à l'Araignée poursuivie par les Dragons...  Icon_minitimeMer 29 Jan 2020 - 23:39

Les deux compagnons observèrent le bâtiment d’un coup d’oeil bref mais bien entraîné. La façade du Petit Poisson Jaune correspondait à celle d’une auberge qui se voulait confortable sans luxe, respectable sans decorum et destinée à des clients taillés sur le même modèle. C’était parfait pour les négociants de moyenne envergure dont ils jouaient le rôle. Un balcon couvert tournait autour de l’étage d’où on pouvait sans trop d’acrobatie sauter sur le porche  de la cour voisine. Mieux vaut tout prévoir : on ne sait jamais ce qui vous attend dans un pays peu accueillant aux étrangers, surtout quand on voyage avec un ami aux yeux  bizarres.

Welnir remarqua le heurtoir de bois peint, sculpté en forme de poisson, le fit jouer une fois par curiosité puis sans attendre, poussa la lourde porte d’un coup d’épaule, suivi de  Kalawar.
Une fois entrés, ils s’arrêtèrent de nouveau, parcourant la salle du même regard attentif.
Rien que de très conventionnel : des servantes suffisamment jeunes et jolies pour plaire si on cherchait des distractions, des dîneurs peu nombreux et dispersés. Welnir nota avec satisfaction l’absence de fêtards célébrant une heureuse occasion, d’habitués tapant le carton sous le regard intéressé de curieux ayant fini leur repas, tous ces piliers d’auberge souhaitant vous faire partager leur bonne humeur et surtout vous poser des questions.
Au fond de la salle, face à la porte, deux convives moins ordinaires que les autres, retinrent néanmoins l’attention du chevalier, l’un avec de longs cheveux blancs, penché vers la cheminée et l’autre, un grand corps étalé à l’aise sur sa chaise, doté d’une toison sombre où les flammes mettaient des reflets dorés. La pensée de Kalawar l’atteignit au même moment.

* Ça sent le dragon ici. Oui, là-bas, le bipède à crinière de fauve, avec l’Elfe blanc. Il m’a repéré à coup sûr. Mais il est fermé comme une huître.*

Welnir se mit en mouvement vers le comptoir, sans rien montrer de sa surprise. Un couple de liés à  Al-Kesh ? Nessun Gossyr était-il connu des autres kaerls et avait-on, Célestes ou Ardents, envoyé aussi du monde pour le faire taire ? Cela pouvait expliquer l’absence du trafiquant, sa maison désertée. L’autre possibilité, que ces deux-là soient venus pour une autre affaire, présentait le risque que la présence de liés d’un autre kaerl soit mal interprétée. Pourvu que ce ne soit pas des  Ardents, prompts à voir des rivaux, des espions, en tous cas des gêneurs, dès qu’un autre Ordre semblait marcher sur ce qu’ils estimaient être leurs plates-bandes. Mais il y avait aussi des mauvais coucheurs chez les Célestes et du haut de leur île flottante il leur était facile de prendre des airs supérieurs.
Il ne fallait pas en tout cas donner des soupçons à l’aubergiste qui, derrière son comptoir, affichait un sourire aimable en voyant s’approcher ces deux marchands . Welnir ne le déçut pas, retenant une chambre à deux lits et demandant à souper.
Kalawar lui fit alors un petit appel mental discret . *Le dragon vient vers nous.*. Sans se retourner, Welnir continua à préciser ses demandes, comptant sur son lié pour le tenir au courant de ce qui se passait. Ce qui lui parvint fut un commentaire indigné " Mais il veut me marcher sur les pieds, ce butor !" Welnir se retourna et ne vit que le dos du métamorphe dont il nota la carrure imposante et la démarche assurée. En fait, il se dirigeait vers la sortie.
Etait-ce un incident dû au hasard, sans aucune signification ? Sinon, que pouvait signifier ce départ ? Une réaction de mécontentement à leur présence ici ? Une manœuvre pour les intimider ? Le dragon allait-il chercher du renfort ? Prévenir quelqu’un ?

Le patron avait entrepris de vanter son menu le plus réputé - et le plus cher - : des brochettes de boeuf, sauces variées, légumes à volonté, bière noire des monts Olorê ou rosé arrivé la veille des provinces du sud. Welnir hochait la tête comme intéressé. Mais en fait il n’écoutait que d’une oreille, préoccupé par la situation. En plus, la pensée de Kalawar lui parvint, impatiente, tandis que le patron calculait la note :

* Tu ne veux pas savoir où il va ? Trouve un prétexte pour m’envoyer dehors.*

Welnir ne put s’empêcher de hausser un peu les sourcils. Les dragons semblaient tous deux décidés à laisser leurs liés débrouiller ensemble leurs affaires de bipèdes. Là-bas, l’Elfe, croisant son regard, leva sa chope d’un geste qui ne pouvait passer que pour une invitation à le rejoindre. Kalawar attendait sa réponse, il suggéra sans conviction :

*Un prétexte ? Je n’en vois aucun de crédible par ce temps. Dis que tu es malade, que tu as besoin d’air frais, mais...*

Kalawar soudain poussa une exclamation et frappa ses poings l’un contre l’autre d’un geste contrarié:

-Aah ! j’ai oublié ma pipe à la guérite de la garde ! Je file la rechercher avant qu’il y en ait un pour se la mettre dans la poche. Ne m’attends pas pour commencer..- et à l’adresse du patron: -Tenez mes brochettes au chaud et  le rosé au frais ! - -

Le patron s’empressa aussitôt :

-Nous avons d’excellentes pipes neuves à la disposition de nos clients et...

Kalawar, déjà en mouvement, se retourna en lançant, quasi scandalisé :

- Vous n’y pensez pas ! Ma pipe est en écume de mer du Vaendark, un cadeau de notre père défunt. Irremplaçable ! Pourvu que je la retrouve...

Kalawar releva son capuchon et s’élança vers la porte. Wendir lui lança un Sois prudent  et soupira :

-Quel nigaud ! Il est toujours à agiter cette pipe pour se donner l’air important. Il l’aura posée sur le comptoir. Il ne la retrouvera pas.

Le patron fit une moue dubitative et Welnir enchaîna :

- Je vais me mettre près de la cheminée. Mon manteau autant que moi a besoin de se sécher. J’espère que l’Elfe n’en sera pas gêné. C’est un habitué ?

La réponse négative fut accompagnée d’un péremptoire : " De toutes façons, la cheminée est pour tout le monde. Elfe ou humain."

Reprenant son sac – il n’y avait rien de compromettant à l’intérieur, mais dans une auberge inconnue un voyageur prudent ne laisse pas son bagage sans surveillance – Welnir se dirigea vers l’Elfe, le salua d’un geste poli de la tête et s’assit à la table voisine en tournant un peu sa chaise pour lui faire face. Ils étaient à l’abri des oreilles indiscrètes et si quelqu’un approchait, il n’y avait qu’une allée à surveiller et on le verrait venir. Parler de façon directe parut le plus simple et le plus raisonnable :

- Salutations, Messire. Nos amis nous ont mutuellement informés de la situation. Je suis Welnir Sadwen, maître-dragon du Màr Luimë. J’ai été envoyé ici pour régler le problème que pose un individu devenu trop bavard et qui doit apprendre à se taire.

Une servante munie d’un plateau  se dirigeant vers eux, Welnir réorienta la conversation :

- Il fait meilleur ici , près du feu. J’espère que je ne vous dérange pas. Je viens de  Tirolie dans l’Est. Un voyage fort pénible en cette saison .
                                    .
La fille déposa pichets de rosé et couverts, minaudant un peu en débitant les propos de circonstances. Son client ne répondant que par  quelques humhum polis, elle s’éloigna, faisant virevolter sa jupe en vain car Welnir avait déjà reporté son regard sur l’Elfe et repris la conversation là où il avait été interrompu :

-Le nom de ce gêneur, du moins celui sous lequel il nous est connu, est Nessun Gossyr, négociant à Al-Kesh et fournisseur discret, disons d’ objets rares. Je pensais le trouver chez lui ce soir mais la maison est close et semble anormalement désertée. Serait-ce un problème semblable qui vous a conduit ici ?


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MessageSujet: Re: [RP] Ce qui arriva à l'Araignée poursuivie par les Dragons...    [RP] Ce qui arriva à l'Araignée poursuivie par les Dragons...  Icon_minitimeVen 21 Fév 2020 - 16:22

Par le vantail ouvert, l’air glacé et humide s’engouffrait dans l’auberge en soulevant manteaux sales et grognements irrités. Thémos n’en avait que faire. Il soutint un instant la porte entrouverte, inspirant à plein poumons l’air vicié de la ville. Par-delà la puanteur des bipèdes qui aimaient tant vivre les uns sur les autres, il percevait l’appel du large, l’horizon empli de vents contraires, de résines, d’ambres et de pluies.

° Si tu quittes la ville aussi tardivement, tu ne pourras rentrer qu’à l’aube. Sache-le.
C’est d’autant plus préférable que je ne m’abaisserai pas à m'épuiser à conserver cette forme toute la nuit. A demain, mon frère. °

L’injonction de l’un comme de l’autre n’arrêta pas les pas du Bronze bravant l’orage ni ne dérida le visage faussement paisible de l’elfe profitant de la chaleur de l’âtre. Chacun savait tenir son rôle. Les années avaient forgé entre eux un lien d’une rare puissance et, s’ils paraissaient aussi dissemblables que le soleil et la lune, dans l’ombre de l’Histoire, la main du destin les avait tissés d’une même étoffe. Souple, implacable, vive telle la flamme ou le blizzard.

Thémos franchit les portes de la cité comme à son arrivée. Sans un mot, sans un regard, le sourire aux lèvres. Il était plus aisé de sortir que d’entrer à Al-Kesh. Un voyageur perdu dans le brouillard, ce n’était jamais qu’un de plus qui nourrirait les charognards traînant sous les remparts et cela éviterait bien des problèmes aux bonnes gens. Thémos les inondait de son mépris souverain, aussi silencieux qu’un mort, tandis qu’il s’éloignait sur le sentier rocailleux sous un ciel assombri par l’encre répandue par la douce main de Kishi. Il quitta le chemin lorsqu’il fut certain que sa silhouette se noyait dans la brume stagnant sur le paysage. Déjà son esprit s’envolait vers les étoiles alors qu’il roulait des épaules et s’étirait, tout en marchand d’un pas plus rapide. La nuit eut tôt fait d’avaler la forme fabuleuse du dragon qui prenait son essor par-delà les escarpements déchiquetés de la région. Il imprima sa silhouette dans les nuages grondant, vrombissant tel le tonnerre. La pluie ruisselait sur son émail et faisait jaillir des éclairs cuivrés parmi un ciel tourmenté. Quiconque contemplerait l’horizon depuis les créneaux d’Al-Kesh n’y verrait sans doute qu’une bourrasque de tempête parmi d’autres – bien qu’impressionnante. Cependant, les yeux d’un dragon voyaient plus loin. Le Bronze comptait là-dessus pour attirer son nouvel ami.

Imperceptiblement, Eléderkan décrispa ses muscles et allongea ses jambes sous la table. Puisant dans l’éternelle nonchalance de son Lié, il perdit un peu de sa froideur naturelle – il l’espérait – et laissa transparaître l’ombre d’un sourire sur son visage. S’il préférait les demi-vérités et la manipulation plus subtile, il connaissait et maîtrisait assez bien l’art du mensonge. Vivre aux côtés d’un dragon avec une telle fougue que celle de Thémos lui avait appris bien des roueries dignes d’un véritable Ardent. Ce soir, il serait quelqu’un d’autre. Quelqu’un de sensiblement plus inoffensif et agréable que l’Inquisiteur Suprême du Màr Tàralöm.

Il assista à la séparation du chevalier-dragon d’avec son Lié, lequel fila rejoindre l’orage. Pour l’instant, il n’avait plus à se préoccuper du dragon sous forme humaine. Il le laissait volontiers à la charge de son propre Lié, lui saurait la manœuvrer. Vers lui se dirigeait à présent le pendant humanoïde de cet étrange duo plein de complicité. Il s’agissait d’un homme solide, sans doute dans la force de l’âge, aux yeux clairs et francs comme on en rencontrait dans certaines régions. Humain à première vue mais il n’aurait pu en jurer, il savait néanmoins qu’il n’avait pas affaire avec un novice en matière de combat. L’homme possédait le pas sûr, l’élégance sobre du bretteur et, pour ne rien gâcher, il faisait même l’effort d’être plus affable que notre elfe ici présent. Eléderkan se promit de ne pas le sous-estimer.

Eléderkan dégusta sa bière, tout en suivant d’un œil prudent les mouvements de son nouveau voisin. Il ne lui fut pas difficile de feindre l’étonnement à l’entente de la déclaration de ce dernier. Il manqua s’étrangler avec une gorgée et préféra reposer la chope sur la table après avoir calmé sa brève quinte de toux. Voilà qui était direct ! Sans préambules ! L’elfe retint un sourire moqueur. Son interlocuteur lui paraissait soudain bien plus naïf qu’il ne l’aurait cru, à ainsi vendre son identité au premier chevalier-dragon venu. Ou peut-être misait-il tout sur sa supériorité au combat en cas de problème, ou sur l’extraordinaire neutralité tant vantée des Engloutis. Il y avait donc bien en ce monde des choses qui pouvaient encore l’étonner…

- Vous êtes sûr de vous ? s’enquit Eléderkan en tournant un regard incrédule vers le dénommé Welnir, une goutte de bière glissant sur son menton sans qu’il y prêta attention. Ah ben ça alors ! Ça correspond pas mal à la description de celui que je recherche ! Sauf qu’il s’appelle Nessen Korgo mais j’imagine qu’il ment comme il respire alors changer de nom, ça va pas changer le renard qui le porte…

Il fronça les sourcils, se plongea dans ses pensées et s’essuya prestement la figure. Il s’absorba si profondément dans ses réflexions qu’il mit plusieurs secondes avant de se rendre compte qu’il n’avait pas rendu la politesse à son compère. Il tendit une main à Welnir, pour serrer la sienne comme il se doit et lui retourna un sourire un peu contrit, légèrement hésitant. Davantage voûté par les longs voyages et le manque de grâce trop étudiée, il repoussa une mèche de cheveux blancs derrière son oreille avec nonchalance. Son parler lui-même avait perdu de sa souplesse ainsi que ses accents incisifs.

- Pardon ! Je manque à tous mes devoirs. Enoriel Lòkë, Maître Dragon de… Vaut mieux pas l’ébruiter ! Mon Kaerl n’est pas tellement fier de son poulain ici présent. C’est sans doute pour ça qu’on m’envoie sur une mission que personne d’autre ne veut…

Un rictus désabusé aux lèvres, il engloutit une nouvelle gorgée de bière avant de se pencher un peu plus vers son interlocuteur. Le Maître Bronze Enoriel n’était pas un mauvais bougre. Il savait se faire discret et efficace mais rien ne lui plaisait davantage qu’avoir une bonne compagnie avec laquelle deviser. Enoriel était un personnage très – trop – loquace.

- Ça fait longtemps que vous le pistez, votre homme ? Si c’est pas indiscret… Je devais le retrouver ici aujourd’hui mais nulle trace de lui nulle part ! J’ai pensé qu’il avait peut-être fui, ou qu’il était tombé sur plus malin que lui… C’est bizarre de se retrouver à plusieurs sur la même affaire, non ?… Morbleu, c’est vraiment trop bête ! Qu’est-ce qu’on va faire ?

La question s’adressait autant à Welnir qu’à lui-même.
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MessageSujet: Re: [RP] Ce qui arriva à l'Araignée poursuivie par les Dragons...    [RP] Ce qui arriva à l'Araignée poursuivie par les Dragons...  Icon_minitimeLun 6 Avr 2020 - 11:29

Welnir, en voyant le chevalier s’étrangler à demi, eut l’immédiate impression que c’était de surprise. Qu’avait donc eu sa présentation de si étonnant ?  Son nom n’avait aucune notoriété et il était plus que probable que l’Elfe ne l’ait jamais entendu prononcer. De même, préciser son Ordre était  usuel. L’inconnu avait-il un démêlé personnel avec  les Neutres ? Auquel cas, il faudrait rapidement clore la conversation qui ne pourrait qu’apporter des complications inutiles. L’hypothèse d’un chevalier en rupture de kaerl, au besoin banni, lui vint à l’esprit. Il y en avait toujours  une poignée qui rôdaient de par le Rhaêg et qui n’aimaient guère rencontrer leurs anciens pairs.  Cependant l’inconnu n’avait pas fait la moindre tentative pour quitter la salle avec son dragon ou se rapprocher des autres convives pour rendre impossible une conversation compromettante. Au contraire, avec son regard insistant et la volonté manifeste du dragon de ne pas passer inaperçu, le chevalier avait semblé provoquer leur rencontre.
Finalement, il s’interrogeait sans doute pour rien. Il avait mal interprété le regard que lui avait lancé  l’Elfe, qui s’était sans doute étranglé simplement parce qu’il avait bu de travers.

Le passage de la servante interrompant la conversation, Welnir avait mis ce moment à profit pour réfléchir à la manière d’aborder la suite de la conversation. Il s’agissait de connaître au plus vite le motif qui conduisait un chevalier-dragon au même endroit et au même moment que lui. Il considéra que cette coïncidence pouvait permettre d’exclure une appartenance au Màr Luimë : les actuels désordres qui agitaient les Neutres n’allant pas jusqu’à l’ineptie de dépêcher, sans les prévenir, deux chevaliers en même temps dans un même lieu. Par contre rien ne s’opposait à ce que les autres kaerls aient le même intérêt que les Neutres pour les produits miniers d’Al-Kesh ou bien aient à régler eux aussi un problème de sécurité. Et la probabilité était forte que les deux missions se recoupent. Autant éclaircir tout de suite ce sujet.
La servante disparue, Welnir avait donc précisé qui il recherchait Nessun Gossyr et pourquoi.
Cependant, il fallait rester prudent. Certes, officiellement, les Ordres étaient désormais en paix et quand il s’agissait de défendre l’intégrité de l’Ile des dragons, tous avaient jusqu’ici accepté de taire leurs dissensions pour présenter un front commun à l’ennemi. Mais en dehors des grandes crises comme celles de l’Ordre des Vertueux ou la venue de l’Ombre Mage, chaque kaerl retrouvant ses propres buts et ses propres méthodes d’action, il était toujours possible que des intérêts semblables soient source de rivalités et de conflits plus ou moins déclarés. Welnir espérait ne pas être tombé sur un  sectaire faiseur d’histoires, persuadé qu’un autre Ordre s’intéressant aux affaires du sien signifiait forcément une volonté de nuire.
L’Elfe, négligeant de se présenter, avait cependant répondu, comme l’espérait Welnir, sur ce qui l’amenait ici. Il souligna lui-même la similitude de leurs objectifs et s’il ne précisa pas les méfaits de celui qu’il pistait, il donna son nom : Nessen Korgo. Les premières lettres identiques allaient bien dans le sens d’un même gibier pour deux chasseurs. Quand on a plusieurs identités en même temps, on peut limiter ainsi les risques de se tromper d’alias en signant ou en donnant son nom : le début interchangeable donne une seconde pour se rattraper. Ce pouvait être une simple coïncidence mais Welnir avait déjà son idée sur la duplicité du personnage. Il fallait en apprendre plus, tant sur l’homme recherché que sur cet Elfe insolite et toujours anonyme.

Profitant de ce que ce dernier rétablissait un peu d’ordre dans sa tenue avant de lui tendre la main pour enfin se présenter, Welnir rassembla ses impressions. Difficile d’estimer son âge comme toujours chez les Elfes adultes. Il était bien bâti, avec une musculature longue, sans la gracilité de certains elfes. Un côté un peu guerrier fatigué, se laissant aller sur son siège en buvant sa bière. Rien de rigide, rien de coincé. Il dégageait une affabilité bon enfant, un peu désordre, semblant prendre les choses avec une sorte de détachement, comme quelqu’un qui en a vu d’autres et qui ne se sent pas excessivement motivé par ce qui se passe autour de lui. Plutôt sympathique selon Welnir. On devait pouvoir s’entendre avec ce type d’individu. Mais c’était un Elfe, race selon ceux qui ne les aimaient pas, capable de ruse, égocentriste, orgueilleuse et d’une froideur inhumaine que leurs sympathisants voulaient faire passer pour une réserve distinguée et un charme mystérieux. Welnir n’était ni un adorateur ni un contempteur des Elfes. Celui-là lui plaisait au premier abord mais il pouvait changer d’avis.
Le nom, Enoriel Lokë, ne lui disaitt rien mais sa connaissance de l’actualité des kaerls, y compris le sien, avait une sérieuse brèche de sept ans. Sa méfiance s’activa quand l’autre - un maître-dragon cependant– ne voulut pas dire quel était son kaerl  et ce, pour une raison absolument fumeuse. En quoi révéler l’Ordre qu’il avait mécontenté aurait-il été blâmable? Si son kaerl l’avait chargé d’ une mission, c’était qu’on avait encore un minimum de confiance en lui. Il y avait un mensonge sous ce silence, mais à qui servait-il et en quoi?
 Un peu irrité par ce qui semblait une embrouille stérile, Welnir se calma en se disant que de toutes façons, dans ce cas présent, l’allégeance n’avait pas d’importance.
En effet, s’ils s’alliaient pour rechercher Gossyr-Korgo, ce serait chacun dans leur strict intérêt personnel. Un ennemi commun scelle bien des ententes.

Voyant arriver un gamin portant un plateau chargé des fameuses brochettes, Welnir ne répondit pas immédiatement aux derniers mots de l’Elfe. Il avait faim et surtout, toute occasion de  réfléchir avant de parler était bonne à prendre. En particulier, ce "Qu’est-ce qu’on va faire ?" valait certes qu’on s’y attarde. Signe d’une sincère perplexité devant une situation nouvelle ? Invitation calculée ou spontanée à coopérer ?  Ruse pour que Welnir déballe tout ce qu’il savait et qu’ensuite l’Elfe poursuive en solo sa chasse au renard ? Arguant de sa grande faim, il s’excusa donc d’attaquer son repas, proposant poliment à l’Elfe de goûter de ces excellentes brochettes - le patron n’avait pas menti – puis, entre deux gorgées du rosé, pas mauvais non plus, il reprit la conversation :

- D’abord, soyons sûr autant qu’on peut l’être qu’il s’agit du même bonhomme. Le mien, environ quarante ans, était de taille moyenne, corpulence plutôt mince, châtain foncé, coupe au carré long avec frange, petite moustache fine, barbe courte au menton. Comme c’était à la fin de l’hiver dernier, il peut avoir plus ou moins modifié tout cela.  Cependant, plus difficile à maquiller : un teint olivâtre,  des yeux petits, bruns, le bout du nez légèrement fendu, des oreilles décollées assez grandes pour dépasser un peu de ses cheveux.  Assez typé finalement, bien que sans rien d’inoubliable.

Welnir posa son verre, hésita un instant et tira de sa poche un papier plié en quatre qu’il tendit au maître-dragon :

- Tenez, ce n’est pas terrible mais j’avais fait un petit croquis à  ma première visite .. on ne sait jamais..

Il était en général réticent à montrer ses "œuvres. L’art comme loisir étant très mal considéré dans son île natale, il était toujours prêt à s’excuser de son penchant à dessiner. Cependant il avait un bon coup de crayon, l’œil juste et un portrait peut parfois être utile. Il reprit aussitôt que l’elfe eût commenté le portrait.

-Ce que je compte faire d’abord,  avant d’aller me coucher, c’est de demander à l’aubergiste s’il a quelques renseignements sur les allées et venues de l’estimable négociant Gossyr. Je me suis présenté en tant que marchand. Sa demeure n’est pas très loin  et assez conséquente. Il  doit être connu dans le quartier. On peut espérer au moins apprendre depuis quand l’homme est parti.  
Si le patron ne sait rien ou ne veut rien dire, je prévois qu’une petite visite nocturne à cette maison  s’imposera.


Welnir se tut, le temps d’une bouchée, mais décida qu’il fallait mieux jouer la confiance jusqu’au bout et mettre son éventuel collègue au courant de tout ce qu’il savait sur l’homme à retrouver :

- Si cette visite ne donne rien, il me reste une dernière piste : me rendre dans les montagnes, là où  lors de ma dernière visite, j’ai appris  –à son insu – que Gossyr possédait une sorte d’entrepôt secret. Il y rassemble les minerais et autres marchandises dont il fait contrebande en même temps que commerce légal. Ce n’est pas un voyage facile et pas seulement en raison du terrain. Les mineurs clandestins, les gardes d’Al Kesh qui prétend au monopole du minerai, les fauves et les brigands, tous peuvent s’intéresser à un voyageur solitaire .. ou à deux.

Welnir reprit son souffle. Il n’arrêtait pas de parler dans cette mission déplaisante. Après l’insistance de Kalawar à lui faire raconter son premier séjour, voilà qu’il se sentait obligé d’en faire autant pour ce qu’il prévoyait du second et cela adressé cette fois-ci à un inconnu pas très net. Par association d’idées, il ajouta :

- Je ne sais pas encore si  mon lié  m’accompagnera en métamorphe. Il sera partant, j’en suis sûr. Mais il faut parfois mieux avoir un dragon sur ses arrières qu’un compagnon d’armes prêt à  se battre à vos côtés.

Il repoussa son assiette. Maintenant c’était à l’autre de parler et pour l’y inciter, il y alla droit :

- Il semble acquis que nous recherchons le même homme. J’ai pour mission, comme je vous l’ai dit, de lui faire oublier ses projets malsains et, même si vous êtes en froid avec votre kaerl et quelle que soit votre raison de lui en vouloir, vous et votre lié n’ avez pas plus intérêt que moi à voir fouiner ce type, qui peut vouloir, entre autres intentions, organiser un trafic, à échelle internationale, d’écailles, de cornes et de sang de dragon. Je suis donc à peu près sûr de votre silence en ce qui me concerne comme vous pouvez l’être du mien.  Nous pouvons partir chacun de notre côté ou bien ensemble sur les traces de Gossyr/Korgo. Mon plan est en trois étapes. Voulez-vous participer à l’une, à l’autre ou aux trois ?


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MessageSujet: Re: [RP] Ce qui arriva à l'Araignée poursuivie par les Dragons...    [RP] Ce qui arriva à l'Araignée poursuivie par les Dragons...  Icon_minitimeMer 29 Avr 2020 - 16:37



Enoriel Lòkë loucha un instant sur la brochette si généreusement proposée par son nouveau compagnon d’aventure. Il hésita, tergiversa en son for intérieur durant ce qui sembla une éternité avant de finalement accepter avec un sourire enjoué. Il remercia chaleureusement son comparse avant de goûter à la fameuse et délicieuse brochette du chef.

« Assez typé bien que sans rien d’inoubliable »… Voilà exactement avec quels mots lui-même aurait résumé la figure de Nessen Korgo. Il ne cessa d’opiner du chef pour marquer son accord à la description du Maître Englouti, jusqu’à ce que celui-ci lui tende un morceau de papier sur lequel s’étalait un croquis plutôt fidèle de l’espion un peu trop bavard. Tout en mâchonnant sa viande, Enoriel  acquiesça après avoir lorgné le papier puis le rendit au Maître Brun. Le plan élaboré par ce Welnir Sadwen lui paraissait sensé et bien pensé – pour ce qu’il pouvait en juger. Il balaya d’un revers de main et d’un haussement d’épaules les insinuations sur sa relation avec son Màr. Il ne s’était nullement attendu à recevoir de l’aide ni que ladite aide émanerait d’un autre Kaerl. Il connaissait peu les mœurs des Engloutis – en apparence – et se fiait plus volontiers à son instinct pour juger son interlocuteur. Ce dernier lui semblait affable, raisonnablement intelligent et plutôt ouvert d’esprit. Un parfait compagnon d’aventure pour un Maître Dragon mi vagabond mi roublard tel que lui !

- Attendez ! Il y a quelque chose que vous ne savez pas…

Enoriel fouilla brièvement la salle du regard, en espérant n’intercepter aucun coup d’œil indiscret ou des oreilles qui traîneraient dans leur direction. Puis il se repoussa dans son siège, s’y calant nonchalamment dans une fausse attitude – il fallait donner le change - détendue et sourit à son nouvel ami. A voix basse, tandis qu’il attrapait sa bière, il poursuivit :

- Demain à midi doivent normalement se retrouver notre homme et un important négociant jadis prospère et quelque peu désargenté depuis… Un malheureux revers de fortune, dirons-nous. Cela doit se passer dans une belle villa, la demeure du négociant, aux abords du quartier des temples. C’est là que j’avais dans l’idée de le coincer, juste avant l’entrevue, pour qu’il ne puisse pas trouver refuge chez son fournisseur. Cela dit, j’aime beaucoup vos idées aussi ! Nous pourrions gagner du temps si nous dénichions notre homme dès ce soir. J’approuve totalement votre plan !

Sur ces derniers mots, il posa brusquement sa chope avec un grand sourire, l’œil déjà pétillant à l’idée de leurs prochaines aventures.

- Après ça, mon Màr sera bien forcé de me reconnaître à ma juste valeur ! Un petit ménage dans l’esprit de notre homme trop bavard et le tour sera joué ! Fin du problème !

Sous le masque jovial et un rien mutin d’Enoriel Lòkë se mouvait le froid serpent, bien plus retors et implacable, de l’Inquisiteur Suprême. La même flamme, ce même besoin d’action, les animait tous deux. La véritable différence résidait ailleurs. Dans les sombres prunelles, où se reflétait la danse des flammes de l’âtre, le maître des araignées savait que ni lui ni son Lié ne pourraient se permettre la moindre erreur. Ils jouaient à un pari risqué mais cela ne faisait qu’ajouter un peu de piment à leur aventure. Cela faisait trop longtemps qu’ils déléguaient les missions à un tiers pour se ménager du temps pour manœuvrer dans les eaux troubles des hautes sphères. N’en déplaise à Thémos, ils avaient besoin de cette mission. Au-delà de toute commune mesure. Enfin, ils goûtaient de nouveau à la liberté d’affronter le danger et les imprévus sans chercher à tirer les fils de leur gigantesque toile. Ici, ils étaient des rois solitaires partis en conquête.

Le Maître Bronze étudia un instant son interlocuteur. Il ne devait pas perdre de vue son objectif malgré le plaisir à avoir de la compagnie nouvelle. Au moindre risque encouru que l’araignée trop bavarde laisse échapper son précieux secret, mieux vaudrait l’envoyer dans la tombe sans coup férir. Ce serait un choix dommageable mais toujours préférable à l’inverse. Mais ce n’était pas cela qui contrariait le maître-espion. Après tout, personne ne savait qu’il était ici et encore moins qu’un Maître du Màr Luimë l’accompagnait. Personne ne songerait à accuser le Màr Tàralöm sans preuves. Et son propre Màr n'avait pas non plus à tout savoir... Si le choix n’était plus permis, Eléderkan Garaldhorf devrait tuer son associé.

- Alors, mon compère, renchérit Enoriel Lòkë, l’étrange Maître Bronze en mal d’amitiés, un immense sourire rusé aux lèvres, tandis qu’il repoussait les ricanements déments du cruel dragon de son alter ego jouant dans les cieux de sa conscience. Partons-nous en chasse ?
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MessageSujet: Re: [RP] Ce qui arriva à l'Araignée poursuivie par les Dragons...    [RP] Ce qui arriva à l'Araignée poursuivie par les Dragons...  Icon_minitimeJeu 14 Mai 2020 - 0:21

Ayant formulé sa proposition d’une façon qu’il estima assez carrée, Welnir se tut plutôt satisfait. Il avait su écarter les hésitations qui s’agitaient au fond de lui comme, par exemple, la possibilité de remettre à demain le début des opérations pour se donner le temps de mieux juger cet allié potentiel. Mais c’était cette nuit qu’il avait prévu de commencer son enquête. Trouver de suite de l’aide était une chance à saisir. Un risque aussi, forcément : l’éternelle difficulté à maintenir l’équilibre entre la prudence et l’attentisme, la rapidité et la précipitation.
Il n’attendait  pas une réaction immédiate. Son plan comportait trois options et un choix possiblement nuancé. Une certaine réflexion pouvait être nécessaire. Mais l’elfe annonça qu'il avait d’abord autre chose à dire, ce qui  surprit Welnir plutôt positivement. Le chevalier Mystère allait-il enfin se déboutonner un peu ? Il pensa :

"Quelque chose que je ne connais pas ? Il y a beaucoup de choses que je ne connais pas, Messire Elfe...surtout en ce qui vous concerne .""

L’autre prit aussi le temps de vérifier si on ne les observait pas. Pourquoi cette précaution maintenant ? Façon de valoriser ce qu’il avait à dire ou habitude de se méfier de l’entourage ? Satisfait de ce qu’il avait vu, il reprit son attitude décontractée et avenante sur laquelle Welnir ne cessait de s’interroger. Depuis le début de l’entrevue, l’Elfe s’était montré très cordial avec lui, le remerciant avec chaleur, l’approuvant de la tête lorsqu’il parlait - geste certes naturel pour exprimer l’intérêt porté à ce que l’autre dit.

" Peut-être pas si naturel que cela. " se corrigea Welnir. " C’est aussi la mimique du flatteur. Et rien ne prouve que l’intérêt qu’il montre est orienté dans le même sens que  le mien. Il paraît spontané mais à coup sûr c’est un esprit habile, sachant très bien éviter les questions gênantes en se montrant jovial et plaisant. Cette manière qu'il a de survoler les ambiguïtés de son statut comme si c’était sans importance... est-ce inconscience, goût de la fronde envers les autorités ? Il n’est plus assez jeune pour jouer au petit malin. Je ne crois pas à cette histoire de bisbille avec son kaerl. Je le trouve sympathique malgré tout. Son sourire reflète la bonne humeur de quelqu’un à l’aise dans ses bottes. D’ailleurs, il sourit à chaque fois qu’il se tourne vers moi. Est-ce son caractère ou la volonté délibérée de me mettre en confiance ? Ce qu’il paraît sûr de lui ! Il pense à sa bière, se détend, virevolte sur sa chaise. Moi je suis en train de m’affaler sur la mienne. Je dois avoir l’air du genre qui somnole après le repas."

Il faisait brusquement trop chaud devant cette cheminée. Une grosse bûche à demi éteinte avait décidé brusquement de reprendre et des flammes fusaient. Les objets et les visages devenaient incertains dans la danse des ombres et des lumières. Welnir se sentait un peu engourdi. Le vin ?  Il n’avait pris qu’un verre et bien que petit buveur, il savait tenir l’alcool à l’occasion. Non, c’était plutôt le relâchement d’une tension qu’il portait en lui depuis la sortie de l’Interstice : la marche dans la pluie glaciale, l’entrée incognito en territoire potentiellement hostile, tout cela aboutissant à une déconvenue, peut-être passagère, peut-être aussi la première d’une suite calamiteuse. La présence insolite de liés l’avait obligé à se maintenir en alerte au lieu de profiter de la sécurité relative de l’auberge. Mais ce n’était vraiment pas le moment de baisser sa vigilance alors que l’Elfe s’apprêtait à faire des révélations. Il ne se redressa pas pour autant. Si l’autre cherchait à le mettre en confiance, autant paraître détendu. Il écouta donc ce que l’Elfe avait à lui apprendre sans changer d’attitude, enregistrant soigneusement la succession d’informations.

Ainsi Enoriel Lòkë avait lui aussi un plan. Ce qu’il en dit ne collait pas trop avec ses premières déclarations selon lesquelles il avait recherché Korgo en vain le jour même. Welnir ne s’en préoccupa  pas trop. Si l’Elfe  était en situation irrégulière avec son kaerl, il était normal qu’il cherche à en savoir plus sur la mission de ce confrère tombé du ciel avec la pluie. Normal en conséquence qu’il l’ait écouté déballer son histoire sans lui-même dévoiler ses projets et en arrangeant même un peu la vérité. D’ailleurs il pouvait aussi peut-être avoir réellement tenté de trouver son bonhomme sans attendre le rendez-vous du lendemain. En tous cas il avait des renseignements de fraîche date sur l’emploi du temps de son Korgo, alors que Welnir n’avait que des faits remontant à plusieurs mois pour Gossyr.
Il fallait revoir ses plans en y introduisant cette nouvelle donne. Il nota aussi que les motifs de l’Elfe, selon ses dires, se révélaient identiques aux siens : démémoriser un bavard pou répondre aux attentes de son kaerl. Là aussi, c’était à voir. Mais son refus de dire à quel Ordre il appartenait s’expliquait de moins en moins.

Toujours aussi souriant et même familier, Enoriel Lòkë acheva sa réponse par une question qui valait acceptation. Mais Welnir eut la curieuse impression que de cette façon, c’était lui qui acceptait de suivre l’Elfe. Qu’importe.. il n’avait pas proposé cette entente pour satisfaire son ego mais pour réussir sa mission. Il répondit donc aussitôt :

- Je suis d’accord avec vous pour ne pas attendre demain. Il se peut que Gossyr ait bouclé sa maison et disparu mais que Korgo soit toujours en ville et vienne à son rendez-vous, sans barbiche et ses grandes oreilles cachées sous un chapeau. Mais s’il s’est lui aussi évaporé, nous aurons perdu du temps et rien appris de plus. Le Màr Luimë le recherche parce qu’il est dangereux pour la sécurité de Tol Orëa ; ce n’est pas un simple trafiquant. Jusqu'à quel point est-il au courant de l’existence des kaerls ? de leurs moyens ? A-t-il déjà un informateur qui lui a dit qu’il était soupçonné ? Commençons par visiter la maison Gossyr. Si nous ne trouvons rien d’intéressant, il nous restera le lieu du rendez-vous pour demain et en dernier recours, l’entrepôt des montagnes.

Welnir se leva et changea de chaise en  murmurant :

- Je suis en train de rôtir ici.

Puis il reprit :

- Commençons par interroger le patron sur ce qu’il peut nous dire de Gossyr, depuis quand sa maison est fermée etc. Nous pouvons y aller ensemble, comme des gens qui se sont rencontrés sans se connaître mais découvrent qu’ils sont là pour la même affaire. Ce qui d’ailleurs est la vérité. Après, on se retrouve dans une de nos chambres sous prétexte de boire un dernier verre en discutant affaires tranquillement. Vous avez vu le balcon à l’étage ?

Il ajouta  
- A Al-Kesh mon nom est Tabar Smithon, marchand de Thirolie en Undomë, accompagné de son frère Bory. Je vous appelle comment ?

Il aurait bien voulu le voir revenir, le faux Bory. Où l’avait entraîné le dragon de l’Elfe ? Lui non plus n’était pas rentré. Avaient-ils tous les deux profité de la nuit pour reprendre leurs ailes et se libérer de la contrainte que représentait leur forme de bipède ?

Il se leva et pensa qu’une marque de contentement serait bienvenue pour marquer le début de l’ entreprise et sceller leur entente. Il ajouta donc un sourire à son bref "Allons-y".


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MessageSujet: Re: [RP] Ce qui arriva à l'Araignée poursuivie par les Dragons...    [RP] Ce qui arriva à l'Araignée poursuivie par les Dragons...  Icon_minitimeJeu 27 Aoû 2020 - 17:43

Enoriel Lòkë évoluait sur une scène qui ne l’attendait pas et qui ne savait que faire de lui. Acteur jouant son propre rôle, dans une émulation pleine de cabotinage et de secrets à demi esquissés, il s’agitait avec bonheur sur cette estrade qu’était la taverne, avec pour seuls spectateurs de cette pantomime : le monde entier. Enoriel Lòkë était le reliquat d’un passé forgé de rapines et de plaisirs, le fantôme d’un elfe insoucieux qui jouissait d’une liberté illusoire où ses ailes ne s’étaient pas encore déployées.

Le Maître Bronze, que ce soit le vagabond bon enfant ou le retors stratège, ne connaissait ni de Gaïa ni d’Ouranos son nouveau compagnon d’aventure. A l’observer, il devinait certaines caractéristiques essentielles, comme le fait qu’il soit probablement un fin bretteur, un homme habitué à voyager, méfiant de nature mais indubitablement pas assez pour avoir osé lâcher son – hypothétique - vrai nom et son appartenance au Kaerl Englouti au premier chevalier-dragon venu. Certes, Welnir Sadwen n’avait rien d’un débutant et sans doute testait-il, en ce moment-même, son interlocuteur et ce qu’il savait de lui. Certes, l’elfe qui le soupesait en silence, avec ses sourires de miel et ses regards inquisiteurs, n’était pas non plus n’importe quel chevalier-dragon, car il maniait avec brio depuis des années les fils de la mise en scène, en s’appuyant sur un charisme parfois encombrant, pour jouer à sa guise avec les apparences.

Oui, Welnir Sadwen ne devait croire qu’à moitié à son histoire, il en était conscient. Et même si ce n’était pas le cas – quelle terrible erreur ce serait de la part de l’Englouti -, il valait mieux garder cette pensée à l’esprit. Et ainsi, se garantir une porte de sortie et éviter de se faire surprendre bêtement par un sursaut de sournoiserie de la part du Maître Brun. Quant à lui, l’elfe se méfiait évidemment de tout le monde. Ce sympathique humain n’allait pas faire exception sous prétexte qu’il lui offrait sur un plateau une excellente raison de redevenir un agent de terrain.

- D’après mes sources, ajouta Enoriel sur un ton grave et en fronçant les sourcils, c’est un sacré goupil que nous recherchons. Qui sait ce qu’il a réussi à glaner sur notre patrie sans avoir l’air d’y toucher… Et puis, comme vous l’avez si bien souligné, il joue double-jeu depuis longtemps. Il y est habitué. Il peut très bien avoir quitté la ville sous une identité et attendre sagement son rendez-vous ici demain avec une autre… Nous devons rester vigilants. Il est hors de question qu’il nous échappe !

Il enregistra soigneusement les informations délivrées par Welnir et acquiesça à son plan. A tous les points de vus, cela lui paraissait une solution aisée et peu risquée. Il aurait néanmoins aimé que Thémos soit là. Si lui-même n’avait pas son pareil pour détecter le mensonge et dénouer les fils des demi-vérités, le Bronze savait délier les langues et, plus encore, flairer les secrets alléchants cachés sous un vernis de honte ou de crainte. Leurs esprits se joignirent le temps d’un battement d’ailes. Thémos ne fit pas mine de la chasser de sa danse mais il ne l’enjoignit pas non plus à lui adresser la parole. Si le dragon n’oubliait pas leur mission, d’autres intrigues occupaient son esprit. Son ballet volant au cœur de la tempête naissante devait attirer à lui son nouvel ami aux écailles trempées de pluie – à la saveur iodée du Màr Luimë.

- Oh ! Euh je n’avais pas encore choisi un nom, s’empressa de répondre un Enoriel ouvrant des yeux stupéfiés et contrits. Personne ne me connaît à Al-Kesh, je n’y suis jamais allé avant ce soir. Et je doute qu’on remonte jusqu’à Tol Orëa avec un simple nom… Mais enfin, je comprends, discrétion avant tout : disons que je m’appelle Kidrash Yume, marchand venu de loin pour vendre ses épices. Et mon Lié… Oh non ! Il ne peut pas être mon frère ! reprit le nouvellement nommé Kidrash en gloussant. Nous ne nous ressemblons absolument pas : personne n'y croirait. Disons qu’il s’appelle Ràn Kels’Orëh et qu’il est mon amant et mon secrétaire !

Enoriel se renversa dans sa chaise et offrit un clin d’œil à Welnir. Plus le mensonge est gros, mieux il passe et plus tu emmènes le monde avec toi, comme dirait l’adage. Et voilà assurément une plaisanterie qui serait au goût de Thémos…

Le sourire et la réponse de Welnir scellaient leur accord. Enoriel fut parcouru d’un frisson d’excitation, qu’Eléderkan laissa à demi s’exprimer pour parfaire son rôle, avec toutefois l’impression tenace de ne plus réellement savoir gérer son ancienne fougue. Il avait tant sacrifié sur l’autel du calcul que la spontanéité avait un goût d’interdit. La peur de transgresser ses propres principes, de ne plus pouvoir maîtriser ses actes et ses pensées comme il l’avait si patiemment appris avec les années, lui serra brièvement le cœur. D’autant plus qu’il venait de livrer certains noms issus de son passé, seul connus de son Lié et de son meilleur ennemi, avec une désinvolture proche de l’inconscience. Mais ces noms – Kidrash son père et Kels’Orëh son amie - ne signifiaient rien pour le commun des mortels, au-delà des introuvables Îles Perdues d’Ys, aussi ne craignait-il pas grand-chose. Tout cela l’amusait bien plus qu’il ne l’aurait cru au premier abord.

L’elfe se leva, épousseta ses effets, rajusta d’un geste élégant, empreint d’une séduction suave, quelques mèches blanches derrière ses oreilles effilées et enjoignit son compagnon à se rapprocher du comptoir. Le tavernier loucha sur l’approche des deux marchands avec une morne indifférence. Enoriel Lòkë, sous l’identité du négociant en épices Kidrash Yume, commença à l’abrutir de commentaires sur sa bonne table et la nécessité d’avoir une chambre propre et bien tenue après si long voyage, tout en louant la qualité de son interlocuteur. Le tavernier avait beau n’être pas l’inventeur du moulin à eau, il n’en était pas pour un autant un sot. Il flaira rapidement l’entourloupe et le sourire, subitement carnassier, un brin supérieur, que lui servit l’elfe le fit frissonner. Tous deux savaient ce qui allait suivre.

- Les préliminaires effectuées en bonne et due forme, poursuivit posément l’Inquisiteur Suprême du Màr Tàralöm sous couverture, nous allons pouvoir entamer une conversation plus intéressante. Mon ami marchand et moi-même avons besoin d’un renseignement que vous pourriez être à même de nous fournir, mon brave. Cela est bien connu : toute peine mérite salaire, bien entendu. Convenons d’une entente… Nous cherchons un homme. C’est un étranger à cette cité. Mon ami ici présent et moi-même sommes venus de loin pour le rencontrer.

Dans ces paroles prononcées sur le ton de la conversation polie s’érigeaient les prémices d’un dédale, spécialement conçu pour piéger les pensées de son interlocuteur et lui faire croire ce qu’on souhaitait qu’il croit. Al-Kesh n’aimait les étrangers que s’ils enrichissaient la cité et ne causaient pas de problème. Que des gens soient venus de loin, négociants ou non, pour rechercher un de leurs associés et ils pouvaient ouvrir la porte à de folles rumeurs, même avec une racine anodine et donner naissance à des forêts de contes et d’histoires, de quoi alimenter durablement les potins des citadins. De quoi faire vivre. Mais aussi attiser la méfiance. On n’aimait pas tant que ça les étrangers par ici ; qui sait ce qu'ils apportaient dans leurs bagages...
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MessageSujet: Re: [RP] Ce qui arriva à l'Araignée poursuivie par les Dragons...    [RP] Ce qui arriva à l'Araignée poursuivie par les Dragons...  Icon_minitimeSam 31 Oct 2020 - 22:13

Sur le point de prendre la direction du comptoir, Welnir crut bon de commenter les dernières paroles de l’Elfe en prévoyant ce qui pourrait conforter l’image qu’ils entendaient donner d’eux-mêmes à l'aubergiste, leur seule source actuelle de renseignements.

- Kidrash Yume, marchand d’épices ? Entendu, "maître" Yume, puisque les marchands utilisent ce titre entre eux. Nous pouvons même en être arrivés entre nous à utiliser nos prénoms, vu l’heureux hasard de notre rencontre et notre immédiate et mutuelle sympathie....En ce qui concerne Tabar Smithon, il est intéressé par les minerais, d’où  sa visite à Al-Kesh et son désir de rencontrer Nessun Gossyr, un propriétaire de mines dont on lui a parlé lors d'une précédente visite. Comme vous avez pu le voir,  mon prétendu frère ne me ressemble pas mais c’est fréquent chez les Humains. Par contre, il est vrai qu’un elfe blanc et le flamboyant gaillard que j’ai aperçu sont plus difficiles à apparier. Donc, votre secrétaire s'appelle Ràn Kels’ Orëh – c’est bien ça ?- Mais je vous déconseille de préciser qu’il est votre amant. L’homosexualité est mal vue à Al-Kesh, cité très rigoriste en tout, ce qui lui offre de bons prétextes pour surveiller de près tout ce qui bouge entre ses murailles.

L’Elfe s’était levé et Welnir le suivit, le voyant prêt à prendre l'initiative de la discussion avec le tavernier, ce qui ne lui déplut pas. Lui-même préférait écouter plutôt que parler et il avait l’impression qu'Enoriel Lokë éprouvait un réel plaisir à l’idée d’embobiner un inconnu, ne serait-ce qu’un patron d’auberge, utilisant son assurance et sa faconde charmeuse qui lui semblaient si naturelles.
En effet quelques phrases suffirent à l’Elfe pour mettre le patron en condition d’être content de lui autant que de cet aimable client. Puis il passa sans transition au but de l'entretien et ce, avec un ton empreint soudain de l'autorité de quelqu'un habitué à dominer son entourage. Welnir décida alors qu’il fallait à son tour prendre la parole. La ville ne lui était pas inconnue. L’aubergiste avait sans doute plus de chance de connaître le personnage qui se faisait appeler Nessun Gossyr et qui se trouvait être installé dans le voisinage, que celui qui, selon les dires de Lokë, s'était présenté comme un étranger. Surtout, il ne fallait pas donner l’impression que leur recherche était liée à on ne sait quelle situation  louche, sentant l'escroquerie ou le règlement de compte, toujours nuisible pour le commerce, en particulier dans cette cité au protectionnisme méfiant. Cette perspective de troubles possibles risquait de rendre leur interlocuteur muet ou ne débitant que de vagues fadaises. Jugeant le patron suffisamment appâté par la proposition de l'Elfe, Welnir ajouta donc aussitôt :

- En fait, il s’agit du marchand Gossyr, réputé dans le commerce des métaux. Je suis Tabar Smithon et je devais le rencontrer chez lui aujourd’hui. Je suis arrivé tard il est vrai, avec ce mauvais temps.... et voilà qu’à l’adresse indiquée, je trouve porte close....Maître Gossyr devait me recevoir ce jour même.  Il peut y avoir mille raisons à ce contre-temps et  il est si difficile de prévenir les gens une fois en route.Je pensais attendre demain pour me renseigner mais voici que le hasard me fait rencontrer maître Yume qui  recontre le même problème. Maître Gossyr est-il en ville ?

L’aubergiste fit une moue blasée.

-Bah ! Il s’absente souvent. Il a une mine dans la montagne et puis il voyage... Et il ne vient jamais ici. Il fréquente plutôt le quartier huppé.

Il se tut, comme s' il avait tout dit sur le sujet. Welnir soupira d’un air las :

- Et vous ne savez pas depuis quand il est parti ?

- Non...quelques jours au plus. Il me semble que c’était ouvert la semaine dernière.  Je passe rarement par cette rue...

Cette fois Welnir étouffa un bâillement, d'ailleurs à moitié feint, puis il ajouta :

- Bon, moi ,  je vais me coucher. Que faire d’autre ? .. Je suis  épuisé. Mon frère, qui certainement a dû rencontrer quelques.." distractions"  en route, ne rentrera sans doute qu’au jour levé...Demain nous trouverons bien un confrère qui aura des nouvelles. Je ne peux avoir entrepris un tel voyage pour rien !

Le voyant sur le point de quitter le comptoir, l’homme loucha vers Enoriel. Il devait penser à ce"salaire" évoqué.  Se râclant la gorge, il enchaîna:

- D’habitude, quand maître Gossyr s’absente, il laisse deux gardes dans son entrepôt. Ils viennent parfois ici  pour se distraire un peu. Mais un seul à la fois. Faut être prudent, même si la ville est bien surveillée. Et puis ils ont peut-être des ordres de ne pas ouvrir le soir venu. Vous avez frappé à la porte principale ? On peut ne pas avoir entendu.  La maison est vaste et ils logent sans doute à l’entrée de derrière - par où entrent les charrois –

Welnir avait pensé effectuer son expédition nocturne en sortant discrètement par le balcon  entourant l'étage où donnaient les chambres. Il n’aimait pas trop ce projet tant soit peu rocambolesque et voilà que l’aubergiste lui donnait une raison plausible pour tenter ouvertement un nouvel essai d'approcher la maison. Se retournant vers l’Elfe, il proposa :

- Et si nous allions de nouveau frapper à la maison Gossyr mais cette fois par l’arrière ? Je dormirai plus tranquille si les gardes peuvent me renseigner. Qu’en pensez-vous, maître Yume ?

Puis soudain en bon bourgeois soucieux de l’ordre public :

-  Mais il se fait tard ! II  n’y a pas de couvre-feu en ce moment à Al-Kesh ?


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MessageSujet: Re: [RP] Ce qui arriva à l'Araignée poursuivie par les Dragons...    [RP] Ce qui arriva à l'Araignée poursuivie par les Dragons...  Icon_minitimeJeu 17 Déc 2020 - 16:18

Les talents d’acteur de Welnir Sadwen n’avaient rien à envier à ceux d’Eléderkan Garaldhorf. Si l’un paraissait davantage « franc du collier », le second – bien que rouillé – décrassait ses ressources de prince de la flibuste, au point qu’il avait dépoussiéré son accent d’Ys. Même la remarque de l’Englouti sur l’homosexualité renforçait le caractère sage et avisé du négociant qui avait l’habitude de se fondre dans la masse. Les deux Maîtres Dragons ne possédaient donc pas la même approche de la discrétion. Si Eléderkan choisissait de n’être qu’une ombre, il serait une ombre, pire qu’un fantôme et peu de choses pouvaient l’arrêter. Mais ce que les années et un Lié particulièrement friand d’attentions lui avaient appris, c’est que parfois la discrétion se résumait à peu de choses. On remarquait moins les badauds naturellement suspects, comme il en traînait partout. C’était comme contempler la verrue sur le nez de la voisine : elle avait toujours été là, vous ne voyiez qu’elle et ne vous en méfiez pas tant elle fait partie du paysage… Jusqu’à ce que la vieille femme vous égorge sans crier gare.

L’Englouti sut manœuvrer le tavernier, déjà mis en condition par les soins de l’elfe. Enoriel Lòkë esquissa un demi-sourire vipérin, proche de l’appétit du renard pour une poule ou de l’huissier pour un mauvais payeur. La stratégie de son confrère lui apparaissait de manière limpide. Et sans doute l’aurait-il applaudi s’il n’avait pas dû jouer son rôle. Après tout, Enoriel Lòkë croyait en son propre plan, dur comme fer. Et il n’était pas aussi intelligent ou fourbe ni aussi lucide que son alter ego Eléderkan Garaldhorf. Aussi laissa-t-il faire. Welnir se débrouillait très bien.

Faisant mine d’étirer sa longue carcasse aux épaules affaissées, le Maître Bronze étouffa un bâillement de bon augure. Il n’était qu’un marchand d’épices un peu fantasque, après tout. Il respectait les lois et la bienséance.

- Peu importe ! Il se fait tard, mon ami. Même si la ville est sûre à la nuit tombée, ne tentons pas les démons en nous baladant au clair de lunes. Allons nous reposer. Et si notre ami commun n’est pas de retour demain matin, nous laisserons un message à ses deux gardes.

L’elfe laissa couler quelques écus dorés de sa bourse, dont le brave homme ne tarderait pas à s’emparer. Toute peine méritait un salaire. Lorsqu’ils furent suffisamment éloignés du comptoir et du tavernier aux oreilles grandes ouvertes, Enoriel glissa quelques mots à l’attention de son compatriote, sans lui accorder un regard :

- Je vous charge d’être la caution morale de notre duo. Je ne saurais inspirer totalement confiance à ces gens-là. Je viens d’un pays trop lointain pour n’être pas un peu étrange et dérangeant, précisa-t-il avec son accent chantant d’Ysien qui rendait presque inintelligible la langue commune sur la fin de ses phrases.

Comme s’il se rappelait subitement la présence de son compagnon, il reprit en l’attrapant par l’épaule et renchérit à voix haute :

- Nous avons nos chambres pour la nuit, mon associé et moi, ici même dans ce bel établissement. (Un coup d’œil appuyé par-dessus son épaule lui confirma que le tavernier avait bien entendu et celui-ci opina du chef.) Nous logerons ici cette nuit. Et vous, brave compère ?

Sitôt dans la chambre, il mettrait son plan à exécution. Simplissime bien qu’un rien désuet, il avait fait ses preuves. Etape 1 : bourrer le lit pour qu’on imagine que le client dormait à poings fermés sous les draps. Etape 2 : s’échapper par le balcon pour rejoindre le royaume de la nuit et filer jusqu’à l’entrepôt pour espionner. Il était hors de question que le Maître Bronze attendît jusqu’au lever du jour pour poursuivre sa quête. S’il le fallait, il passerait la nuit dans l’entrepôt même, afin d’être certain de piéger l’araignée dissidente qui rentrerait innocemment dans son repaire. Et bien sûr, toujours prévoir une porte de sortie : Enoriel jouait parfaitement l’étranger ivre mort qui avait beaucoup trop fait la fête et sous-estimé l’alcool local si différent de ceux de son pays. Welnir jouerait sa caution. Il avait le regard froid et honnête du capitaine de route, y compris malgré lui ; rien à voir avec le déliquescent et fuyant Enoriel Lòkë qui était victime de ses propres charmes.

Ce rôle était extrêmement pratique. Il attisait la méfiance tout autant que l’insignifiance.  Enoriel Lòkë, mystère ambulant, insaisissable boucanier au sourire enjôleur, n’inspirait guère qu’une sympathie défiante. Il était inoffensifs, sauf si vous étiez un riche courtisan qui laissait traîner sa bourse pleine d’or trop près de ses mains baladeuses…  Pas même le dieu Osmaël ne se douterait qu’un tueur implacable habitait cette âme.

Une fois qu’il eut exposé son plan à Welnir, Enoriel s’assit sur le rebord de la fenêtre. Celle-ci était fermée pour l’instant. Il ne tenait pas à ce que la tempête au-dehors de dévaste la chambre. Il avait invité son camarade du Màr Luimë pour un bref échange, sans trop savoir si celui-ci avait prévu un autre plan pour mener à bien leur quête. A la lisière de son esprit rôdait la bête de feu et de foudre qu’il appelait son Lié. Il n’avait que trop tardé à vérifier ce que faisait le dragon hors de la ville. Welnir ne semblait pas particulièrement fâché pour l’instant ; fallait-il y voir un effort de la part de Thémos pour n’avoir pas – encore – causé d’ennuis au Brun ? Il reçut la vision du grand mâle mêlant son vol aux vents déchaînés sous une pluie battante. La voix de son Lié ronronna comme une avalanche en dévalant ses réflexions.

° Ne t’inquiètes pas, petit frère. Je sais me tenir ! Nous bavardons tranquillement… Mon nouvel ami et moi-même restons attentifs. Si vous avez besoin de notre aide… Vous n’aurez qu’à hurler ! °

S’étonnant lui-même de sa capacité à donner davantage de substance à un rôle qui aurait pu être le sien des années auparavant, Enoriel haussa les épaules et leva les yeux au plafond avec exaspération. Thémos n’avait pas besoin de jouer un rôle. Le sien était toujours aussi parfaitement insupportable quelles que soient les circonstances. Certaines choses n'étaient pas prêtes de changer.
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MessageSujet: Re: [RP] Ce qui arriva à l'Araignée poursuivie par les Dragons...    [RP] Ce qui arriva à l'Araignée poursuivie par les Dragons...  Icon_minitimeSam 30 Jan 2021 - 21:41

Réflexion : Welnir et l'espionnage

Welnir n’éprouvait aucune satisfaction à tromper et manipuler autrui. En fait il était  plutôt enclin à  se montrer direct et franc.  Mais dès l’adolescence, se sentant différent et vulnérable, le contrôle de soi lui était apparu comme le seul rempart contre les brutalités de l’existence. Ne pas se faire remarquer était une stratégie garante de paix en soi et en société. Il n’avait cependant rien d’un ours renfrogné : un ours, ça se remarque tout de suite. Simplement il gardait courtoisement ses distances. Cette méthode lui avait finalement réussi, une réussite certes sans éclat mais il n’ambitionnait pas plus.  
Cependant la terrible expérience qui avait marqué huit années de sa vie lui avait appris que cela ne suffisait pas quand  le moindre indice révélant qui il était conduirait à sa mise à mort. Dans ce genre de situation, on ment sans scrupules, on calcule et on trompe avec toutes les ressources de son intelligence, on renie ses goûts et ses principes dans un seul but : survivre, s’évader, rejoindre les siens.
A son retour au kaerl et nommé maître-Dragon, il pensait s’en tenir à ce rôle de formateur mais, étant donné son passé, les autorités trouvèrent plus judicieux d’utiliser ses talents d’observateur pour des missions en terres étrangères présentant des intérêts commerciaux pour le kaerl. Il les accepta, voyant qu’en effet, il y réussissait plutôt bien alors que, à sa grande déception, les deux aspirantes qui lui furent confiées quittèrent Tol Orëa peu après leur arrivée. C’est pourquoi il se retrouvait en train de jouer au marchand avisé, en compagnie d’un Elfe pas plus marchand que lui et certainement plus mystérieux.
Quelle était la part de confiance qu’il était bon d’accorder à cet inconnu qu’il venait d’introduire dans ses plans ? A moins que ce ne soit lui qui s'y était introduit avec une aisance séduisante dont il aurait peut-être fallu se méfier davantage. On pouvait penser que ce chevalier devait avoir, lui aussi, l’habitude de ce genre de mission. Il s’était immédiatement glissé  dans le rôle du marchand fatigué, jouant avec art une personnalité ambiguë, entre nonchalance aimable et autorité de celui qu’il ne fait pas bon contrarier. C’était un atout certain que l’Elfe ne soit pas un novice et, compte tenu de la direction calamiteuse qu’avait prise sa mission, Welnir avait besoin d’un compagnon de cette trempe. Quant à la confiance qu’il fallait lui accorder, on pouvait au moins espérer de lui la solidarité forcée des chevaliers-dragon en terre inamicale : ne jamais révéler leur origine ni la nature de leur compagnon.
 Welnir se dit aussi qu’il devait montrer d’autant plus de prudence que, s’ il éprouvait une sympathie spontanée pour cet allié inattendu, rien n’était moins sûr que la réciproque. Il fallait donc veiller à ne pas devenir un simple instrument au service des projets d'Enoriel Lòkë, d’autant plus qu’il ne les connaissait que fort partiellement. Ils avaient seulement en commun la nécessité de retrouver le fugitif. Chaque chose en son temps.

Préparatifs : Du comptoir au balcon

Le tavernier laissé à compter son or – apparemment très satisfait de l’aubaine –  ils prirent le chemin de leurs chambres. Avec un certain amusement, Welnir montra d’un hochement de tête  qu’il acceptait  de jouer le rôle de"caution morale". Avait-il l’air aussi sérieux et honnête marchand que cela ? Tant mieux...mais qu’en aurait dit sa famille maternelle, pirates, naufrageurs, preneurs d’otage, par ailleurs fort estimée dans son archipel natal et qui lui avait enseigné le proverbe: " un marchand honnête c’est un lapin chez les loups". Souriant presque, il suivit son complice dans sa chambre et l’écouta présenter son plan.

Il avait d’abord un peu regretté que son idée de supprimer la phase de la descente du balcon n’ait pas été retenue par l’Elfe. Sortir ouvertement pour aller interroger les gardes évitait le risque d’être vus en train de quitter l’auberge d'une façon peu orthodoxe. Mais surtout, il n’était pas exclu que le tavernier puisse être au service de Gossyr et chargé d'espionner ceux qui s’enquéraient du trafiquant. Dans ce cas, l'homme irait vérifier si les marchands dormaient bien dans leur lit et ferait surveiller leurs fenêtres. Le coup du traversin ne trompait jamais que les mères venues jeter un coup d’oeil protecteur sur le sommeil présumé innocent de leur progénéture. Mais dans l’autre option, s’ils ne rentraient pas rapidement de leur visite" officielle"  aux gardes, l’aubergiste s’inquiéterait de ce qui se passait chez Gossyr, surtout s’il était de mèche avec le trafiquant. Les deux méthodes étaient également à risques et puisque l’Elfe préférait la descente par le balcon, autant se rallier à son choix.

Dans la chambre, Welnir présenta donc ce qu’il avait prévu pour la suite. Il y avait réfléchi tout au long de la soirée Il était peu probable que les gardes répondent à cette heure avancée après avoir fait la sourde oreille plus tôt dans la soirée. D’ailleurs leur présence n’était pas certaine. Il ne s’agissait vraisemblablement pas d’une absence habituelle. La disparition de Gossyr coïncidant juste avec l’arrivée de deux chevaliers-dragon lancés à sa poursuite était par trop suspecte ; l’animal avait pu être averti et partir plus ou moins précipitamment.
En effet, la possibilité n’était pas à écarter que le trafiquant ait pu être prévenu qu'on était à ses trousses. Welnir n’avait parlé à personne de sa mission et il avait évidemment une confiance absolue dans le responsable qui la lui avait confiée. Mais du côté Enoriel, Welnir avait cru comprendre que ce n’était pas son kaerl qui l’envoyait rechercher le trafiquant. Certains chevaliers entreprenaient parfois, à des fins personnelles, des affaires plus ou moins risquées avec les étrangers. Le plus souvent, Welnir n’approuvait pas ce genre de comportement, le trouvant trop dangereux, d’autant plus que ces dernières années, l’isolement de l’île des dragons avait subi bien des brèches. Il avait pu en prendre la mesure en rentrant au Màr Luimë après six ans d’absence. Si l’Elfe avait un compte à régler personnel avec Gossyr, celui-ci pouvait avoir anticipé sa venue et pris le large prudemment. Mais ce n’était pas le moment de chercher à éclaircir ce point. Pour l'instant, il fallait juste découvrir où était parti le fuyard et après seulement,  s’ils décidaient de poursuivre ensemble la quête, il deviendrait nécessaire d’interroger l’Elfe. Le maître-dragon se contenta donc de lui décrire la maison telle qu’il l’avait observée en soulignant que si le rez de chaussée était barricadé, les poutres apparentes et les colombages caractéristiques de l’architecture locale offraient certaines facilités d’escalade
 
Du balcon de l’auberge à la maison Gossyr

Quelques minutes plus tard, les deux complices se retrouvaient sur la loggia qui courait autour de l’auberge. Evitant la façade principale sur la rue pourtant déserte, ils choisirent celle donnant sur une ruelle sans portes  et aux rares volets fermés. Le vent glacial soufflait encore mais la pluie avait faibli. La  seule difficulté consistait à franchir le surplomb que créait la loggia, les poteaux du rez de chaussée n’étant pas alignés sur ceux de l’étage. En prenant ses repères, Welnir pensa à Kalawar volant quelque part dans cette nuit hostile et il eut l’heureuse surprise de percevoir aussitôt la présence de son lié. Il aurait dû prévoir que le dragon ne s’éloignerait pas au delà de ses limites de transmission afin de rester en contact et répondre immédiatement en cas de danger.

* Tout va bien ?*

*Oui, c’est bon de voler haut contre le vent...Même s’il fait glacial ici. Et toi ?*

* Pas de problème. Nous partons, l’Elfe et moi, pour la maison de Gossyr.  J’ai dit à l’auberge que tu ne rentrerais qu’au matin et que tu avais dû être retenu en ville par d'agréables distractions.*

*Voilà ma réputation faite en tant qu’Humain ! Sois prudent.*

Il savait que si le dragon d’Enoriel l’avait rejoint, Kalawar maintenant connaissait son kaerl. Il savait aussi qu’un dragon ne dévoile les secrets de ses frères que si son lié est en danger. Mais le Brun n’en parlant pas, il ne le lui demanda donc pas si sa déduction - le Màr Taralòm- était juste et se contenta de lui envoyer une pensée amicale tout en se préparant à la descente.
Chacun choisit son poteau, enjamba la balustre et rejoignit le pavé mouillé. Welnir avait bien mémorisé le trajet entre la maison Gossyr et l’auberge et baissant la tête contre les rafales, louvoyant entre les gouttières débordant bruyamment, ils arrivèrent devant la sombre bâtisse qu’ils contournèrent. Le côté signalé par le tavernier avec le porche et où donnait le logement des gardes était toujours aussi noir et  la porte bien close de vantaux massifs. On devinait au-delà une cour intérieure. La propriété donnait sur trois rues, le quatrième côté étant mitoyen avec un mur aveugle beaucoup plus élevé. Welnir indiqua du doigt la gouttière en pierre qui descendait le long de ce mur et desservait les toits des deux maisons accolées, lesquels formaient un V propice à leur projet. De là il semblait possible de rejoindre l’étage en façade et, en utilisant les colombages, d’atteindre une des petites fenêtres carrées, sans volet, alignées sous le pignon. Les vitrages aux losanges de verre épais sertis de plomb ne laissaient passer aucune lumière. On pouvait assez rapidement en dessertir quelques uns et Welnir avait un couteau de chasse dans sa botte. Il attrapa la gouttière et, prenant appui sur la chimère sculptée qui la terminait en crachant gaillardement son eau sur le pavé, il commença à grimper sans attendre. L’itinéraire lui paraissait s’imposer et il était inutile de parler, il aurait fallu crier pour couvrir le bruit des rafales. Il se contenta de pointer l’étage à atteindre.
Le vent semblait d'ailleurs faiblir et Welnir se demanda s’il fallait s’en réjouir. Leur avancée sur des toits glissants de pluie en serait facilitée mais le bruit qu’ils feraient éventuellement aurait plus de chance d’être perçu. Une fois de plus, il constata que tout était à double face en ce monde. Il hésita un instant à utiliser son don auditif et à se concentrer pour écouter les bruits de la maison. Mais l’urgence ne lui en parut pas suffisante. Il préférait garder ses forces et sa clarté d’esprit pour l’ascension.

Tout se passa sans incident et ayant brisé un coin du vitrail il put lever le loquet intérieur, pousser le chassis et franchir l’étroite ouverture, cela  non sans quelques difficultés au passage, car le natif d’Alsund, s’il avait la solide charpente des hommes du Vaendark, manquait de la légèreté feutrée souhaitable quand on entre de nuit par les fenêtres. En se retournant, il fut surpris de voir que l’Elfe était déjà derrière lui, sans qu’il ait entendu le moindre crissement. La réputation des Elfes n’était pas une légende en ce qui concernait Enoriel Lokë.


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MessageSujet: Re: [RP] Ce qui arriva à l'Araignée poursuivie par les Dragons...    [RP] Ce qui arriva à l'Araignée poursuivie par les Dragons...  Icon_minitimeLun 3 Mai 2021 - 16:19

Le contrat qui liait le Maître Neutre et le Maître Ardent n’était guère plus épais qu’un fil d’araignée mais sa solidité ne dépendait heureusement pas d’une confiance sincère. Tant que leurs desseins s’accordaient, ils réussiraient à conjuguer leurs efforts. La mission passait avant tout. Ni l’un ni l’autre n’était dupe cependant : le meilleur acteur des deux compères n’aurait pas pu, même avec tout le talent du monde, faire croire qu’il appartenait à l’Ordre de Lumière. Mais cela faisait-il de lui quelqu’un d’ignoble et de perfide pour autant ? Il n’en était pas convaincu. Ce n’était pas l’allégeance officielle qui garantissait un cœur bon et honnête. La Grande Guerre des Ordres avait fait éclater certains stéréotypes, prouvant qu’un Céleste pouvait être aussi cruel et manipulateur qu’un Ardent. Ou qu’un Englouti pouvait faire montre de trésors de sournoiserie. Ce soir, Maître Sadwen et Maître Garaldhorf devraient donc compter sur une seule certitude : la solidarité imposée des chevaliers-dragons en terre étrangère, pour leur sécurité et le bon déroulement de leur mission.

Ils sortirent sur la loggia, dans l’air froid et la pluie battante. Eléderkan avait noué ses longs cheveux blancs en catogan serré, le capuchon de son lourd manteau rabattu sur sa figure, avant de libérer le passage par le balcon de sa chambre. Ils glissèrent le long d’un poteau, évitant la gouttière crachant son torrent d’eau, pour se laisser tomber sur le pavé avec la légèreté d’un chat. Welnir connaissait mieux la ville, pour y être déjà venu et si Eléderkan se remémorait parfaitement le plan volé de la cité, son double racoleur devait faire confiance à son comparse pour se diriger. Car Enoriel avait pour habitude d’improviser et ne voyageait en règle générale que sous des latitudes plus tropicales. Le rôle de guide de Welnir serait conforté.

L’humidité s’insinuait partout sous ses vêtements et glaçait ses chairs, jusqu’à ses os. Eléderkan ne perdait d’ordinaire pas de temps à pester contre un environnement sur lequel il n’avait aucune prise : c’était un paramètre imprévisible en stratégie. Mais la raideur qui s’amplifiait dans sa jambe gauche, souvenir cuisant d’un duel avorté, ne l’aidait pas à assurer sa position sur les toits battus par le vent. C’était un rappel désagréable d’années sacrifiées en bureaucratie et en complots internes, d’un manque d’entraînement en terrain difficile. Il n’imputait pas à l’âge cette faiblesse, pas plus qu’il ne regrettait ses années de services au Màr. Mais il fallait se rendre à l’évidence. Depuis trop longtemps, il était resté loin des affaires à l’extérieure du Kaerl. Depuis trop longtemps, il avait délégué les missions, davantage par nécessité que par paresse, en taisant son désir de liberté. S’il avait gagné des compétences et des talents inouïs, vitaux dans son rôle au sein du Màr, il craignait aujourd’hui d’en avoir négligé d’autres.

Il se glissa avec la souplesse de la panthère sur les traces de Welnir. L’homme était habile malgré un gabarit respectable. Il savait maîtriser sa force et le bruit de ses pas s’estompait sous le tapage de la tempête qui semblait refluer au-dessus de la ville. L’étage supérieur avait été atteint. Le bruit des carreaux brisés avait été noyé sous l’orage finissant et il fallait espérer que cela suffirait à n’alerter personne. Eléderkan prit soin de marcher sur les bords du plancher, le long des murs, pour éviter de trop faire grincer les planches. Il se faufila jusqu’à l’escalier, prêta l’oreille aux sons qui pourraient provenir du rez-de-chaussée. La lueur dansante de quelques chandelles jetait de grandes ombres sur les murs et les marches. Un bref éclat de rire, le bruissement des cartes à jouer, les vibrations de deux voix basses : les gardes étaient en bas.

Le Maître Bronze se tourna vers son compagnon et expliqua par quelques signes des doigts la situation. Eléderkan n’aimait pas se réfréner – peut-être un défaut de sa symbiose avec Thémos. Il se serait volontiers débarrassé de manière définitive des deux reîtres pour mieux attendre sa cible dans le noir. Mais tuer n’était ni raisonnable ni nécessaire dans ces circonstances, surtout s’il voulait se concilier encore un peu l’aide de son comparse Englouti, aussi devrait-il remettre à plus tard ses élans meurtriers. Il articula silencieusement, en espérant que Welnir puisse lire sur ses lèvres : il nous en faut un vivant.

Un vivant auquel poser les bonnes questions pour mieux surprendre le fauteur de troubles. Quant à l’autre… S’il créait des problèmes, l’elfe ne promettait pas de se montrer clément à son égard.

Enjambant la rambarde de l’escalier, Eléderkan profita d’un lointain coup de tonnerre pour se laisser tomber dans l’ombre. Ses yeux s’accoutumèrent lentement à la faible clarté. Caché par quelques grands coffres de voyage, accroupi dans l’obscurité, il embrassa le décor du regard. La porte d’entrée était visible, de même qu’à l’autre bout de la pièce celles à double battant qui indiquaient l’entrepôt. A une table branlante siégeaient les deux gardes qui s’adonnaient à un jeu de cartes du pays. Un imposant sablier reposait près d’eux, sans doute pour leur signifier le temps de leurs rondes. Le sable s’était presque entièrement écoulé.

Eléderkan chercha Welnir du regard, avant de dégainer un fin couteau de lancer qu’il dissimulait dans la botte. La lame cloua la main d’un des gardes. Un cri interloqué, où pointait autant la stupeur que la douleur, commença à enfler mais l’elfe fut déjà sur lui. Un coup de poing l’assomma suffisamment pour avorter son hurlement. De son autre main, le maître-espion vint piquer la bedaine de l’autre garde avec son second couteau de lancer. Il parla avec un calme désarmant, malgré un genou gauche tremblant d’effort, comme s’il ne menaçait pas l’homme de déverser ses entrailles par terre au moindre mouvement.

- Vas-y, défia-t-il le mercenaire d’une voix aussi glacée que les bourrasques du dehors. Crie, attrape ton arme.

Sous la glace et la mécanique de l’agent de l’ombre perça un flamboiement d’excitation et d’ivresse. Thémos. Evidemment que le Bronze restait vigilant à propos du déroulement de l’opération – malgré ses fanfaronnades et son apparente indifférence. Il surveillait son Lié de loin, attentif à ses émotions et aux pensées qui effleuraient la frontière entre leurs deux esprits. Thémos cabriolait au-delà des nuages, dissimulé par la tempête aux yeux des mortels, entraînant son pair pour une conversation pleine de faux semblants. Sans toutefois fermer ses sens à son Lié. Son exultation filtrait à travers leur lien.

° Quel bonheur que de voler librement et de défier les forces naturelles ! Quel plaisir de sentir la pluie et les vents caresser ses écailles avec la rudesse d’un amour sauvage ! La puissance que recèle cet orage est magnifique ! Ne trouves-tu pas ? ° provoqua-t-il le Brun de Welnir qu’il sentait tout proche.
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MessageSujet: Re: [RP] Ce qui arriva à l'Araignée poursuivie par les Dragons...    [RP] Ce qui arriva à l'Araignée poursuivie par les Dragons...  Icon_minitimeDim 6 Juin 2021 - 21:08



Sur le trajet depuis l’auberge, la nuit s’était éclairée des quinquets installés par la ville, tant en signe de prospérité que pour aider les patrouilles à contrôler les citoyens attardés et à repérer tous mouvements suspects. A travers les rafales Welnir avait d'ailleurs guetté en vain le bruit des bottes et les cris de ralliement : il semblait que la garde de nuit ne se sentait pas indispensable dans ce quartier d’ Al’Kesh battu des vents où les flammes tremblotantes des lampes ne révélaient que des rues désertes aux volets clos.

Mais en quittant l’éclairage urbain, la pièce où il venait de pénétrer lui parut en contraste tout à fait obscure. Il perçut immédiatement venant d’en dessous  les bruits étouffés de deux voix mais, pendant quelques secondes, il ne vit devant lui qu’un bloc noir et épais. Il allait prendre dans sa poche son briquet à mèche d’amadou quand le dépassant, l’Elfe s’engloutit dans ces ténèbres avec la prestesse d’un chat. Welnir perçut alors seulement la faible lueur  montant d’ un escalier et il envia la rapidité d’adaptation visuelle de son complice. A l’étage en dessous les quidams - sans doute les gardes - ne semblaient pas avoir conscience qu’ils recevaient de la visite. Ils poursuivaient une partie de cartes, tapant le carton avec entrain. On pourrait éviter la rencontre. Ses yeux s’habituant à la pénombre, il distingua justement des portes fermées sur le mur opposé.
En voyant l’Elfe lui montrer l’escalier comme pour l’avertir d’un danger, il pensa que celui-ci partageait sa prudence. Il fut d’autant plus surpris de le voir enjamber la rambarde et se laisser tomber sans bruit. Au mécontentement de s’être trompé s’ajouta celui de voir ses intentions contrariées, c’est à dire d'atteindre discrètement les bâtiments de l’autre côté de la cour, là où étaient l’entrée principale, le bureau commercial et vraisemblablement l’appartement privé de Gossyr. Il pensait y trouver des comptes-rendus d’ activités, des traces de  déplacements, des indices aidant à localiser le disparu. Ensuite il quitterait la demeure du marchand sans éveiller l’attention. La police d’Al-Kesh était sur les dents dès qu’il s’agissait d’étrangers en rupture de légalité. Si les deux individus donnaient leur signalement, ce serait la prison ou l’expulsion immédiate et la quasi impossibilité d’accomplir sa mission.

Les joueurs continuaient  leur partie, l’absence de mouvements soudains prouvait qu’ils n’avaient pas plus remarqué l’arrivée de l’Elfe qu’ils n’avaient réagi à leur entrée par la fenêtre. Il fallait s’adapter à la situation, renoncer à son plan et rejoindre Enoriel..  De toutes façons, il se sentait enclin à l'imiter. Peut-être justement parce qu’il admirait l’aplomb et la rapidité d’autant plus qu’il s’en jugeait insuffisamment pourvu. Et puis, si les lieux s’y prêtaient, on pourraut quand même sortir de la pièce d'en bas. sans se faire remarquer.
Cependant, comme il n’était pas sûr de réaliser une aussi belle voltige que celle d’ Enoriel, il prit l’escalier, sachant qu’il avait une bonne expérience de la marche silencieuse. On n’a pas vécu sept ans en se cachant la plupart du temps sans avoir appris à ne pas faire de bruit. Il aperçut partiellement les deux joueurs de cartes, assis à une petite table et arborant suffisamment de cuir dans leur accoutrement pour être les gardes signalés par l’aubergiste. En se courbant, il s’apprêta à rejoindre l’elfe tapi au bas de l’escalier derrière des caisses et des malles. Cette aile de la maison servait bien d’entrepôt tout autant que de logement de service.
Il allait poursuivre son repérage de la pièce quand il fut une seconde fois surpris par l’envolée  de ce diable d’Elfe. Deux ou trois mouvements économes et précis, un cri , un coup sourd.  Le garde visé était effondré sur lui-même, inerte, un couteau lui clouant la main sur la table. Et déjà  Enoriel immobilisait l’autre joueur en le pointant au ventre avec un second couteau sorti tout aussi prestement.
Il était trop tard pour juger si l’Elfe avait agi avec discernement ou non, ce qui venait de se passer était sans recours. Plus question d’ éviter les gardes. Mais les terroriser était certainement un moyen envisageable de les faire parler. Lui-même n’était pas armé, sachant qu’il était interdit aux étrangers de circuler de nuit dans Alkesh en possession d’une arme. Et puis il n’avait pas envisager d’obtenir ainsi ses renseignements, ce qui ne semblait pas le cas de son acolyte. Non que Welnir s'opposât systématiquement à la violence. Sa jeunesse s’était passée en grande partie au milieu d’une famille de pirates adeptes de la hache d’abordage et, même s’il n’avait pas suivi leur exemple, il savait que l’instinct du combat vient du fond des âges et que la force brutale est parfois nécessaire. Le monde est un lieu dangereux où les pacifistes ne survivent que si d’autres se chargent pour eux de verser le sang. Certes il préférait personnellement la diplomatie aux coups et le respect de la vie à la célébration des valeurs guerrière. Son tempérament l’y poussait, voilà tout, étant plus flegmatique que passionné et plus amateur de réflexion que de prouesses physiques.
C’est ainsi que, sortant donc de l’ombre, il commença par saisir les deux dagues posées sur une caisse près de la table tout en déclarant :

- Et bien, en voilà une façon de surveiller la maison !

Il se tourna vers Enoriel qui gardait  sa pointe prête à s’enfoncer :

- Cher ami, n’appuyez pas trop fort sur la panse de ce brave homme. Nous avons besoin qu’il puisse répondre à nos questions. Et d’abord,  à la première : Où est le sieur Nessun Gossyr ? J’avais rendez-vous avec lui.

Le malheureux gardait les yeux écarquillés de stupeur et de crainte, peut-être aussi de douleur car le couteau pouvait être plus que seulement appuyé sur son ventre. Enoriel semblait savoir comment s’y prendre. L’autre garde restait inerte et, ne voyant ni nez écrasé ni mächoire sanglante, Welnir conclut à un direct à la tempe ou en arrière de l’oreille. Le garde risquait fort de ne se réveiller que dans plusieurs heures et même peut-être jamais, si l’Elfe était un adepte de ce genre de boxe plus ou moins secrète, fondée sur la connaissance parfaite des sutures crâniennes et dont on disait qu’elle permettait de tuer d’un seul impact précisément calculé. Welnir réitéra sa question sur un ton plus sec et l’autre articula péniblement :

- Maître Gossyr est parti. Et il a emporté tous ses coffres; vous ne trouverez rien à voler ici.

- Parti où? Ses coffres ne nous intéressent pas. Je ne veux que le rencontrer. Alors ?

- Je ne sais pas; Il ne nous a rien dit.

- Allons, allons... Un négociant ne disparaît pas avec sa maisonnée, son secrétaire, ses serviteurs et tous ses coffres, sans que ses gardes n’aient entendu quelques rumeurs sur la direction prise. Il vous a bien donné quelques consigne?  la date de son retour? comment le joindre si, par exemple, un incendie détruisait une partie de sa demeure? Ne nous forcez pas à être méchants.

Ce coup-ci, après avoir grimacé et jeté un coup d’oeil vers le couteau,  le garde se mit à parler avec véhémence, conscient que tant qu’il parlerait, le pire n’arriverait pas. Il déclara que Maître Gossyr devait être parti pour sa mine de Kornkrak. Personellement il ne la connaissait que de réputation. C’était un vrai fortin, isolé, avec une piste gardée secrète se détachant de la seule route à travers les montagnes qui reliaient Al-Kesh  au reste du continent.

- Pourquoi croyez-vous qu’il soit parti pour ce lieu plutôt qu’ailleurs ?

- Maître Gossyr a emmené les mules et tous ses autres gardes du corps. S’il avait pris la mer, il n’aurait pas pris les mules. Et quand il y a des coffres remplis et qu'il doit s'absenter, il laisse bien davantage de monde, vous pouvez me croire ! Maître Gossyr est très riche et puissant.  Et il ne déménagerait pas tout son or et ses objets précieux ailleurs que dans un endroit absolument sûr : à Kornkrak ! Nous, on garde seulement les marchandises restées : du minerai et des barres de métaux. Et y a plus de mules pour les emporter. Je vous ai dit tout ce que je sais. Et si vous ne me croyez pas, je ne peux rien vous dire d’autre. Le maître a dit que personne n’entre ici, faut pas répondre, à personne, qu'il a dit, et il doublera notre salaire à son retour si on donne satisfaction.

Welnir lors de son premier séjour à Al-Kesh avait entendu parler de cet établissement minier de Gossyr en termes voisins de ceux du garde. Il était donc tenté de le croire. Il se contenterait de visiter rapidement la maison pour glaner quelques autres informations que le trafiquant aurait négligé d’effacer ou d'emporter. Mais il faudrait trouver un moyen pour que les gardes n’aillent pas signaler l’agression à la maréchaussée. Leurs signalements les feraient repérer immédiatement.

Welnir se tourna vers Enoriel :

- Pensez-vous qu’en appuyant un peu plus fort sur ce couteau, ce brave homme confirmera ses dires ou bien qu’il admettra mentir effrontément ?  Je serais enclin à le croire, compte tenu de ce que je sais de Gossyr. Mais j’aimerais une preuve...


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MessageSujet: Re: [RP] Ce qui arriva à l'Araignée poursuivie par les Dragons...    [RP] Ce qui arriva à l'Araignée poursuivie par les Dragons...  Icon_minitimeJeu 29 Juil 2021 - 17:06

Un autre que lui aurait évité les gardes. En d’autres temps, en d’autres lieux, il aurait agi de même, en s’armant de patience – ce qu’il possédait d’ordinaire en quantité quasi-inépuisable – et en profitant de l’aubaine pour fouiller l’étage. Il avait préféré aller au plus court, poussant sa chance jusqu’à frôler l’alarme, en attaquant le premier – avant que son genou gauche ne flanche définitivement. Il faisait honneur à la réputation des Ardents, ce qui n’était pas forcément pour lui plaire. Deviendrait-il trop impatient, trop audacieux, en renouant avec son passif de pirate ? Ou avait-il ressenti le besoin absurde de se prouver qu’il pouvait encore aller sur le terrain ? Dans tous les cas, la réponse s’avérait inquiétante. Il devait conserver la tête froide à tout prix.

Eléderkan sentit plus qu’il ne vit l’approche de Welnir. Plus silencieux qu’un chat, le Maître Englouti l’avait rejoint en un rien de temps. Il ne le regarda pas, ne déviant pas son attention du garde qu’il tenait en respect. Il était conforté dans son intention de ne pas sous-estimer son partenaire d’infortune, ni ce soir ni jamais. Il ignorait que celui-ci n’avait pas réellement saisi son message, plus tôt, mais il savait que ses propres actions finiraient par le trahir à ses yeux. Peu importait. Il était souvent plus aisé de négocier avec un Englouti qu’avec un Céleste ou même un autre Ardent. Il n’y avait pas obligatoirement d’idéaux gênants sur la table et les affaires restaient les affaires. Maître Enoriel Lòkë avait accompli sa part. Il lui suffisait maintenant de taire son véritable nom et le tour serait joué.

- Bien sûr, mon compère, renchérit l’elfe avec onctuosité, le sourire mutin et les yeux plus froids que l’hiver.

Il remplissait sa part en tenant en joug le garde.  Il ne lui avait pas encore transpercé la bedaine – il lui fallait d’abord parler et les morts, hélas, ne se montraient guère loquaces. Mais il piquait de la pointe du couteau assez fort pour faire perler la sueur sur le visage du reître.

Welnir menait l’interrogatoire. Eléderkan le laissait volontiers faire, il se débrouillait fort bien. Il craignait davantage la suite du discours. Le garde céda aux menaces, son instinct de survie l’emportant sur sa loyauté, indiquant alors que la maison était vide. Mentait-il, même sous la menace des pires sévices ? L’Inquisiteur Suprême chercha son regard, le sonda avec méfiance, observa l’accélération de son rythme cardiaque, la vitesse à laquelle coulait la sueur, son teint échauffé… Il était presque certain que l’autre disait la vérité, mais le risque zéro n’existait pas.

Eléderkan rendit finalement son regard à Welnir. Les yeux plissés, il prit le temps de la réflexion, sans desserrer sa prise sur le couteau pour autant. Une partie de ses pensées s’était déjà envolée vers Thémos. La faveur octroyée par Flarmya permettait au dragon de mémoriser les cartes quasi à la perfection, aussi avait-il pris l’habitude de lui demander de lire les plans avant tout voyage. Le Bronze renâclait, arguait qu’il souffrait de n’être qu’une encyclopédie vivante aux yeux de son Lié, mais il finissait toujours par s’y plier, car la perspective de nouvelles aventures à l’extérieur du Kaerl suffisait à le faire saliver.

° La mine de Kornkrak. Elle ne doit pas être loin.
Je cherche…
Tiens-toi prêt à venir me récupérer. °

- Je pourrai leur couper les mains pour leur apprendre les bonnes manières. Des gardes aussi inefficaces ne devraient plus avoir le droit de faire ce métier respectable, n’est-ce pas ?

Il disait cela sur le ton désinvolte de la plaisanterie, comme si les deux Maîtres Dragons discutaient gaiement tels de vieux amis. Le garde comprit aussitôt le message et répéta à tue-tête qu’il avait tout dit, qu’il ne savait rien d’autre, qu’il voulait vivre, par pitié… Quel discours ennuyeux. Les gens manquaient cruellement d’inspiration dans leurs supplications. Ce pathétique spectacle ne ravissait pas le Maître Bronze. De fait, il avait toujours détesté ce genre de débordement émotif. Les affaires restaient les affaires, cela n’avait rien de personnel. Eléderkan aurait aimé expédier cette partie du plan en un rien de temps, mais il se devait de ménager les susceptibilités de son partenaire. Tant qu’il voulait profiter de sa complicité et ne pas s’en faire un adversaire de plus dans cette quête, il devait faire quelques concessions.

- Je pense que nous avons tout ce que nous étions venus chercher. Je suppose que laisser des traces de notre passage, qui pourraient nous interdire l’accès à cette région à l’avenir, ne nous serait pas favorable. L’un de nos Liés pourrait effacer la mémoire de ces deux idiots… Ou je pourrai leur trancher la langue maintenant. Cela nous épargnerait des tracas. Que préférez-vous ?

° Alors ?
Je l’ai trouvée. Plus au nord, dans les montagnes. Suivre la grande route depuis Al-Kesh jusqu’à elle sera aisé, pour peu que la tempête couvre notre présence.
Parfait. Transmet à ton congénère les coordonnées. Puis rejoins-nous à la porte ouest, près de la brèche, là où les égouts se déversent dans le fleuve.
Charmant ! °

Avec un ricanement, Thémos s’exécuta avec moins de mauvaise grâce que d’ordinaire. Eléderkan reprit pieds dans le présent. Il fixa Welnir, attendant son jugement. Lui-même brûlait d’être déjà parti. Ce menu fretin ne méritait pas tant de considérations. Si ses informations étaient justes, il savait ce que contenait la mine de Kornkrak et pourquoi elle représentait un tel enjeu. Les secrets qu’elle renfermait était le véritable cœur de sa mission. Une chose qu’il ne laisserait jamais à la portée de n’importe qui, fusse-t-il un homme honnête comme Welnir Sadwen.
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Welnir Sadwen
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MessageSujet: Re: [RP] Ce qui arriva à l'Araignée poursuivie par les Dragons...    [RP] Ce qui arriva à l'Araignée poursuivie par les Dragons...  Icon_minitimeMer 29 Sep 2021 - 20:21

A voir comme sa victime suait et écarquillait des yeux terrorisés, il semblait que l'ironie sarcastique d'Enoriel se montrait  particulièrement efficace. Il faut dire que sa voix avait pris une sorte d'aura glacée qui rendait ses propos encore plus venimeux. Bien qu'il comprît la manoeuvre adaptée à la nature fruste du garde, Welnir se surprit lui-même un bref instant à croire que son allié projetait vraiment de couper les mains d'individus simplement pour "leur apprendre les bonnes manières". Mais il se reprit aussitôt. Quel être sain d'esprit pourrait commettre une cruauté aussi gratuite ? Dans leur situation, aucun intérêt ne pouvait l'exiger et jusqu'ici  Enoriel n'avait rien montré d'un dangereux maniaque. Même si sa brutalité révélait l'habitude du recours à la violence, celle-ci s'était avérée immédiatement efficace et puis c'était un chevalier-dragon. S'il était fou, son dragon l'aurait été aussi et Kalawar l'aurait senti, en admettant d'ailleurs qu'un dragon psychopathe et lié existât. Et même si l'Elfe était un Ardent, cela ne signifiait pas qu'il fût forcément un monstre de cruauté. On disait beaucoup de choses sur l'absence de compassion des Ardents mais le Neutre était persuadé que comme dans toute société, on devait trouver au Màr Taralöm, des êtres nuancés, certes peu entraînés à valoriser l'amour du prochain, mais capables d'occasionnelle bienveillance et de justice ; en tout cas, ne se complaisant pas systématiquement dans des atrocités inutiles. Quand même, Enoriel avait une aisance à jouer les sadiques qui  pouvait inquiéter. Mais pour l'instant, plutôt que de s'interroger la nature de son compagnon, il fallait se décider sur l'action à venir et l'Elfe était aussi de cet avis. Le garde, ahuri de peur, n'avait plus rien à révéler et il ne semblait même pas avoir noté l'allusion à leurs" liés "- pourtant insolite ici et ne semblait avoir saisi qu'une menace supplémentaire. Mais le prudent fils du Màr Luimë préféra couper court à toute supposition à ce sujet. Sans plus regarder leur victime, il répondit à l'Elfe :

- Nos collègues du dehors vont avoir autre chose à faire que de venir ici faire la sale besogne. D'autant que ces deux lascars - morts ou vifs- ne présentent aucun risque pour nous. Ils ignorent apparemment que leur maître est sous le coup d'une inculpation de haute trahison envers la cité d'Al'Kesh. Je leur conseille de se faire tout-petits le temps que nous terminions notre travail et de filer ensuite au plus vite dès qu'ils seront en état de marcher, avant que cette maison soit occupée par la maréchaussée. Gossyr ne reviendra plus ici sinon pour y expier ses crimes. Cependant, j'aimerais vérifier une ou deux choses. Allons, les clés!

Il tendit la main et le garde lui montra aussitôt un gros pot à tabac d'où Welnir extirpa promptement le trousseau réclamé. Il espérait que son histoire tenait assez debout pour convaincre le garde au moins le temps qu'il récupère le peu de bon sens qu'il pouvait avoir. De plus sa fable contenait une part de vérité. Gossyr était bien sous le coup d'une condamnation et son départ précipité avait tout d'une fuite.  En se dirigeant vers la porte donnant sur la cour, il ajouta d'un ton définitif comme si les gardes n'avaient plus aucun intérêt :

– Je sens que mon compagnon  s'impatiente et il est pour les solutions expéditives. Soignez un peu votre collègue et expliquez-lui dans quel pétrin vous vous êtes mis.

A ce moment, la voix de Kalawar se fit pressante dans son esprit :

– Ho, hé, il y a du nouveau ! Thémos est un cartographe de première ! Il sait où est la mine. Il m'a communiqué la localisation et son lié va le rejoindre à la sortie des égouts. Ils semblent décidés à monter là-haut en vol. Je pense le suivre. Qu'est-ce que tu décides ?

–Avant de vous rejoindre, je vais quand même chercher un peu plus d'informations sur Gossyr et son refuge et aussi prendre congé à l'auberge. On se tient au courant. Et fais attention à toi. C'est un vrai ouragan.

Kalawar eut un petit grognement mental qui équivalait à un "J'en ai vu d'autres !"

Inutile de demander à Kalawar s'il en avait appris davantage au sujet d'Enoriel. Les dragons communiquaient entre eux sur d'autres registres que ceux où s'empêtraient les bipèdes et ils ne racontaient pas leurs échanges entre frères.  "Ce serait trop facile pour vous." lui avait dit un jour Kalawar" Nous avons des pouvoirs qui vous sont étrangers et doivent le rester selon la volonté de Flarmya. Nous sommes des êtres restés proches de la grande magie primitive et même ceux qui ont le Don, vous vous en êtes éloignés,  Quel usage en feriez-vous si vous étiez capables de l'utiliser malgré tout justement en raison de notre lien ? En tant que lié je suis plus proche de toi que nul être au monde, mais en tant que dragon, je perçois le monde d'une façon toute différente de celle dont tu le vois à travers tes yeux et ta conscience d'humain. Nous sommes liés pour toujours mais nous ne serons jamais semblables."
Ces pensées convenaient à Welnir. Il était persuadé que tout n'étant qu'une question d'équilibres insaississables entre les mille facettes d'une réalité toujours mouvante, il fallait accepter les limites de sa nature et ne pas rêver l'impossible. De toutes façons si Kalawar avait appris du dragon Themos quoi que ce soit d'indispensable à la survie de son lié, il l'aurait dit. Certes il lui paraissait de plus en plus nécessaire d' éclaircir le motif de la vindicte de l'Elfe. Tous deux voulaient trouver Gossyr-Korgo mais pour des raisons et dans des intentions qui pouvaient sinon s'opposer, en tout cas différer au point de gêner  l'accomplissement de sa propre mission. Mais si, par l'effet de leur mystérieuse part de mémoire draconique,Thémos et Kalawar partageaient quelques connaissances à ce suje, ils n'en laisseraient rien paraître, laissant  Welnir chercher sa réponse auprès d'Enoriel, "entre bipèdes" comme disent les dragons.

Dehors le temps était toujours exécrable. Welnir, utilisant les repérages effectués lors de sa première visite à Al'Kesh, savait que les appartements privés se situaient en façade et suivit la galerie ouverte qui entourait la cour centrale. Ils y étaient un peu protégés des bourrasques et au moins il n'était pas nécessaire de crier pour se faire entendre. Il expliqua ses intentions :

– Kalawar vient de me prévenir que votre dragon sait où situer la mine et du lieu du rendez-vous où il va suivre votre lié. Mais je voudrais voir si Gossyr n'a pas laissé quelques documents concernant Kornkrak. Il n'y est pas seul et ce doit être un lieu bien gardé. Je dois aussi vérifier si on ne peut pas trouver de traces des complicités qui ont mis l'individu sur la piste de Tol Orëa. De plus il me faudra repasser par l'auberge pour prendre mes affaires et donner une explication à notre brusque disparition. D'ici une semaine, on nous aura oubliés. Si vous trouvez ces délais inutiles à vos projets, rien ne vous oblige à venir avec moi...je vous retrouverai aux égouts si vous jugez toujours que nous avons intérêt à poursuivre l'affaire ensemble.

Il espéra que l'Elfe, même s'il n'estimait pas nécessaire de l'accompagner dans son programme, ne prendrait pas cette occasion de faire définitivement cavalier seul. Il avait vu son efficacité sur le terrain et il prévoyait  que des difficultés du même ordre les attendaient là-haut dans les montagnes. Dire qu'en arrivant à Al'Kesh, il ne s'attendait qu'à une visite à Gossyr toute conventionnelle, rapidement conclue par l'intervention psychique de Kalawar. Finalement, il ne faut jamais sous-estimer la faculté des évènements à se compliquer sans avertissement et à contrarier les projets les mieux établis. Maintenant il avait à gérer un coupable en fuite et une alliance incertaine avec un chevalier des plus mystérieux. Et aussi une tempête de tous les diables, pensa-t-il en recevant un bon paquet d'eau poussée par la rafale.
 
Une fois dans le bureau, il était évident que le départ avait été précipité et que si des tiroirs et des coffres avaient été entièrement vidés, on n'avait fait qu'un triage hâtif de documents ou d'objets abandonnés ici et là. Assez vite, Welnir trouva  ce qui semblait être le plan d'une exploitation comportant des bâtiments divers entourés de montagnes schématiques et de ce qui semblait des murs fermant les rares accès. Ce devait être la mine, au vu de quelques illustrations symboliques et cette trouvaille lui parut suffisante. Mais Gossyr avait peu laissé de courrier personnel et aucun livre de compte récent. Rien n'y évoquait Tol Orëa, du moins dans ce qu'il put déchiffrer. La nuit s'avançait. Il fallait poursuivre le plan.

Le passage à l'auberge se fit sans heurts et Welnir trouva enfin un certain plaisir à voir enfin comme ce qui était prévu s'agençait aisément. L'histoire servie au garçon de veille -  plus qu'à moitié endormi- passa d'autant mieux qu'elle s'accompagna de quelques monnaies qui l'intéressèrent davantage que les explications fournies. Et puis, ce n'était pas improbable qu'ayant décidé de partir à l'aube après quelques heures de sommeil, voyant que leurs amis restaient en ville à faire la fête, des clients partent les chercher, emportan leurs affaires pour gagner du temps.

Lutter contre le vent et la pluie occupa ses esprits durant la distance à parcourir jusqu'aux égouts. Kalawar le réconforta comme il put en accompagnant sa progression de pensées amicales et en discutant de ce qui venait de se passer. Enfin, une odeur sans surprise signala le lieu du rendez-vous et comme le terrain était accidenté et vide d'habitations, Welnir fut soulagé : les dragons avaient dû atterrir sans risque d'être vus. Il reprit la carte à l'abri sous son manteau et la tendit à Enoriel :

– Comment voyez-vous notre arrivée là-haut ?


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