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 [RP] Promesse d'Éclat(s)

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Oracle Tol Orëanéen
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MessageSujet: [RP] Promesse d'Éclat(s)   [RP] Promesse d'Éclat(s) Icon_minitimeMer 13 Jan 2021 - 18:08


[RP] Promesse d'Éclat(s) Martel-legend-vaendark-53571a7__[RP] Promesse d'Éclat(s) Melkor_Dragon_Tol_Orea
Martel Dehlekna & le Bronze Melkor
Exilé du Màr Tàralöm


Theme Song :
Andvevarljod - Wardruna

~ 11e jour d’Aran’Rhiodku, au crépuscule – Nuit des Illusions

Code:
‘‘Si ce que nous avons partagé dans le passé possède encore une quelconque valeur à tes yeux, présente-toi là où nous avions l'habitude de forger nos ambitions. Tu comprendras lorsque l’heure du rêve aura sonné.’’
         Rizzen

Un battement, lent et sourd. Semblant remonter des entrailles obscures de la terre …Si régulier qu’il en était presque douloureux. Etait-là le son lointain d’un tambour, ses percussions obstinées happant les êtres dans sa danse, pour les amener dans une transe mystique, les pressant de s’abandonner au voile des rêves ? Etait-ce là le noyau palpitant même du Màr Tàralöm, dont il percevait la hargne soumise mais non idomptée, sa puissance bridée par des sortilèges millénaires ? Ici bas, plus proche des profondeurs du Kaerl, de la source vive de son pouvoir, Martel ressentait encore, aujourd’hui comme des années auparavant, toute la force brute que recelait la forteresse ardente … Ignorée de la plupart, oubliée de certains, volontairement occultée par de rares élus. Dans quelle catégorie se rangeait-il, pour sa part ? L’Exilé n’était pas certain de le savoir. Mais, s’il fermait les yeux, ne serait-ce qu’un instant, il pouvait sentir son cœur accorder ses battements à ceux, invisibles et inaudibles, qui se propageaient dans la tiède moiteur de la galerie souterraine. En aurait-il douté un jour que ce retour dans ces ruines familières en aurait constitué une irréfutable confirmation : il était bel et bien ici chez lui.

D’un geste impatient et agacé, la sueur perlant à son front, il dénoua son col, révélant la chaîne d’or blanc qui retenait à son cou, le pendentif à la pierre de lune. A la différence du passé, les enjeux de cette potentielle rencontre à venir étaient bien plus élevés qu’une simple conversation entre deux vieilles connaissances.
Enfiévrés de gloire et de victoire, combien de fois s’étaient-ils retrouvés ici, à l’abri des oreilles indiscrètes, pour se lancer dans d’interminables discussions, esquissant les plans de leur avenir, énonçant l’un à l’autre leurs aspirations ? Orgueil, passion, avidité. Aveuglement. Naïveté. Années après années ... La vie avaient lentement, imperceptiblement tout d’abord, fait diverger la voie que chacun entendait suivre, fissurant leur lien. Ne pouvait-il le comprendre, comme il l’avait toujours fait ? Las, soudain, la cassure, nette, aussi brutale que la foudre s’abattant sur un pin centenaire que l’on croyait pourtant inébranlable. Cela avait été une trahison, irrémédiable, impardonnée. De frères et camarades, ils étaient devenus ennemis et adversaires.

Dès le départ, il n’y avait jamais eu de demi-mesure possible entre eux, après tout.

Un simple grondement, ourlé de dédain, suffit à étirer ses lèvres fines en une grimace amère. Les jours passant, il n’avait reçu aucune réponse, et avait finit par cesser d’en espérer une. Malgré tout, il en était resté intimement persuadé : Eléderkan ne saurait refuser son invitation. Si ce n’était en honneur à ce qui les avait unis vers un même but, au moins céderait-il peut-être à sa curiosité intellectuelle. Il ne le dénoncerait pas. Pas tout de suite en tout cas.

Aussi, en dépit du risque évident que cela constituait, avait-il pris la décision de se présenter quand même à l’endroit de leur rendez-vous. Et, inévitablement, depuis ce jour, Melkor se murait dans un détachement réprobateur. A quoi bon courir deux lièvres à la fois, au risque de n’en attraper aucun ? Pourquoi parier sur une conclusion aussi hasardeuse et improbable qu’une réconciliation avec celui qui se plaisait à ramper aux pieds d’Alauwyr Iskuvar ? Martel n’était-il pas celui responsable de la situation ? Le seul responsable du volte-face d’Eléderkan ?

Sur un soupir irrité, le Moredhel se détacha du mur, sa longue tresse neigeuse dansant dans son dos comme il esquissait quelques pas vers le grand mâle, alangui un peu plus loin.

« Melkor. »

Silence. Seul un infime raclement de ses griffes sur le carrelage de marbre, brisé par endroits, lui répondit. Se retenant de grincer des dents, il fit jouer son épée dans son fourreau, s’assurant qu’en cas de besoin, il pourrait la dégainer sans gêne. Elle ne valait pas sa précieuse lame elfique, mais était de suffisamment bonne facture pour remplir son office, Kasim s’en étant assuré avant de la subtiliser à l’armurerie.

« Entête-toi dans cette attitude absurde si ça te chante, mais je t’interdis formellement d’intervenir d’une quelconque façon pendant notre discussion, tu m'entends ? »

Dans un bruissement d’écailles, le Bronze tourna sa lourde tête cornue vers son Elfe, avec dans son regard, une menace implicite.

**Et s’il t’attaque ?**

« J’en fais mon affaire. Il est très improbable qu'il vienne seul : à ta charge donc de t’occuper de Thémos. »

Sans un mot, le dragon se détourna, préférant reprendre sa garde, sentinelle vigilante se dressant entre son Lié et l’entrée du corridor souterrain. Inutile de chercher à le raisonner. La galerie, basse de plafond, ne laisserait pas pleine marge de manœuvre aux deux dragons, et c’était en partie pour cette raison que Martel avait choisi cet endroit.

L’autre raison … Ses mâchoires se contractant, il croisa fermement les bras, ses doigts venant inconsciemment tordre le fin tissu de sa chemise. Il n’était pas sûr de pouvoir mettre des mots sur cet instinct, cette volonté qui le poussait à vouloir ramener Eléderkan de son côté. L'Inquisiteur Suprême pourrait se révéler un atout de taille, tant dans l’humiliant jugement qui l’attendait, que dans les épreuves qui en résulteraient … S’il parvenait à le convaincre du bien-fondé de ses projets.

**Est-ce une futile rédemption que tu recherches en lui ?**

La réprobation du Bronze allant croissante devant ce qu’il considérait comme un criant manque de lucidité, ce dernier redressa la tête, ses naseaux palpitant tandis qu’il percevait au loin le parfum familier, puissant et arrogant, de son petit frère. Thémos. Admettant sa défaite, Melkor dénuda ses crocs d’ivoire, en silence, contemplant la mince silhouette blanche qui accompagnait l’autre dragon. Jusqu’au bout, il avait été persuadé qu’il ne viendrait pas. Eléderkan était-il donc tout aussi fou que Martel ?

Ses bras retombant à ses côtés, ses pieds bottés fermement ancrés au sol, les iris de glace du Moredhel croisèrent ceux, à la sylve obscurcie par la pénombre, de celui qui avait été pour lui, pendant si longtemps, un véritable alter-ego. Quelque chose d’indéfini sombra en lui, lourdement, et de ses lèvres s’échappèrent un souffle, constatation autant que salutation.

« Eléderkan. »


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MessageSujet: Re: [RP] Promesse d'Éclat(s)   [RP] Promesse d'Éclat(s) Icon_minitimeMer 20 Jan 2021 - 18:58



Depuis combien d’années n’avait-il pas foulé le sol poussiéreux de ces souterrains ? Chaque jour où les dieux s’ingéniaient à exhumer les détails de son passé, il se remémorait cette époque pas si lointaine où il arpentait ces corridors tel un conquérant. Chaque fois que ses yeux se perdaient sur les sculptures colossales bordant le Sanctuaire de Flarmya, il songeait à ces sentiers de gloire, sous ses pieds, en dormance sous la pierre chaude, où la bêtise avait dangereusement frôlé l’arrogance, où la soif de grandeur avait été un moteur puissant autant qu’une source d’aveuglement. Ils avaient été des géants. Peut-être l’étaient-ils encore, bien que le temps et les épreuves ne les aient certainement pas épargnés. Ils avaient été des fous affamés de pouvoir, que le succès rendait encore plus téméraires. Ils avaient été portés par le même souffle, par le même appel à la reconnaissance, dans une irrésistiblement ascension, jusqu’au point de rupture.

A partir de quel moment leurs chemins s’étaient-ils réellement séparés ? Fut-ce le jour où l’un choisit un autre Clan que l’autre ? Fut-ce lorsque l’un fut chassé du Concile sans que l’autre ne lève le petit doigt ? Fut-ce au retour de la Grande Guerre des Ordres, où chacun y perdit un peu de son éclat ou de son âme, au milieu du charnier ? Quand la frontière entre amis et ennemis avait-elle été franchie, était-elle devenue si mince et indéfinissable ?

Eléderkan Garaldhorf n’était pas retourné dans ces souterrains depuis des années. Il avait pratiquement oublié les circonstances qui l’avaient amené à y descendre la dernière fois. Si, par intérêt historique ou par discrétion, il aimait parfois se rendre aux cryptes et faire croire qu’il entretenait sa nostalgie par ce biais, il n’avait pas franchi le seuil du dédale courant sous le temple depuis longtemps. Trop longtemps. Mais pas assez pour effacer les souvenirs qu’il avait laissés ici, pour oublier le tracé du labyrinthe de galeries, pour ne pas imaginer un coup de dague dans chaque ombre. S’il avait banni la triste mélancolie de son existence, qu’il jugeait comme une langueur néfaste à l’exercice intellectuel le plus rigoureux, il ne se leurrait pas sur les sentiments qui s’agitaient sous son armure de givre en cet instant. Traverser à nouveau ces couloirs plongés dans la pénombre, assez vastes pour répéter en mille échos le bruit de ses pas et ceux de son Lié, faisait inévitablement resurgir des émotions qu’il avait pensé trop émoussées pour oser pointer le bout de leur nez. Il prenait plaisir à les ressentir après tant d’années : elles prouvaient qu’il était encore un être vivant, de chair et de sang, imparfait et le renvoyaient à son statut de simple mortel. Un peu d’humilité n’avait jamais fait de mal, bien au contraire. C’était grâce à elle, entre autres, qu’il avait survécu si longtemps dans ce repaire de prédateurs qu’était le Màr Tàralöm. Peut-être aurait-il dû inculquer cette leçon beaucoup plus tôt à son ancien ami.

Peur. Peine. Colère. Rancœur. Tristesse. Elles se mêlaient en un ballet furieux, se livrant à une bataille sans merci dans les tréfonds de son âme. Il les avait apprivoisées depuis si longtemps qu’il en avait oublié à quel point elles pouvaient être violentes. Tandis qu’il entendait résonner l’écho de ses pas et de ses battement de cœur au travers du dédale, il s’avoua incapable de songer au passé comme le ferait n’importe quel homme de ce monde. Il ne voyait pas l’époque de sa gloire en plein jour avec le prisme de la nostalgie, ni même ses jeunes années de Chevalier – ou de pirate – avec ce voile doré et béni qui font les doux souvenirs. Il ne pouvait s’empêcher de juger ce passé, de l’analyser froidement, de le dépecer à la lame chirurgicale sur la table de ses affects.

Martel Dehlekna était revenu.

Eléderkan avait brûlé la lettre sitôt lue. L’un comme l’autre avaient commis des erreurs. Innombrables. Eléderkan en était conscient. Ce que le temps avait émoussé, ce que les turpitudes de l’existence avaient arraché, rien ne pourrait le remplacer. Que restait-il alors, de cette amitié qui dépassait l’entendement, qui avait façonné leur parcours jusqu’au pouvoir sans une ombre de doute sur les intentions de chacun ? La raison, la prudence, le bon sens même lui prédisaient que cette rencontre était une autre de ces erreurs impardonnables. Un risque inconsidéré qu’il serait vain de prendre en de telles circonstances. Tous les atomes de son intelligence interdisaient à l’elfe de répondre à l’appel de son condisciple. Un suicide politique, un guet-apens qui remuait des émotions depuis longtemps éventées, une perte de temps : voilà de quoi il s’agissait. Il doutait que l’exilé puisse les choses sous le même angle que lui. Peut-être même l’elfe noir avait-il la folie d’espérer que leur ancien serment pèserait dans la balance. Ou peut-être n’en croyait-il rien. Martel Dehlekna pouvait avoir déjà sombré dans la déraison, poussé par le désespoir et la haine. La main qui l’invitait à revenir dans ces catacombes de leur passé commun, cette main était peut-être déjà armée, animée par la rage et prête à faire couler le sang. A la vérité, Eléderkan n’en savait rien. Et c’était bien là que le problème résidait. Il s’attendait à tout de la part de son ancien confrère car il n’avait aucune idée de la nature de la force qui l’animait aujourd’hui. Son ignorance était sa faiblesse.

Ce fut la raison qu’il invoqua dans le secret de son âme et qui convainquit la moitié draconique de celle-ci. Dans un parfait accord silencieux, le Bronze Thémos et l’Inquisiteur Suprême s’étaient aventurés dans les souterrains suivant le même chemin que par le passé. Les lieux étaient déserts, comme s’ils avaient attendus des années durant le retour des enfants prodigues. Comme si le sous-sol du temple avait retenu son souffle et figé le temps, jusqu’à ce que reviennent les frères ennemis en son sein.
L’elfe et le dragon serpentaient dans les couloirs en silence. Aucun d’entre eux n’avait proféré un mot ou une pensée depuis leur entrée ici. Ils anticipaient tout, ou rien, de cette entrevue au clair des torches. Car si les espions d’Eléderkan avaient accompli un travail consciencieux, aucune trace de ce mortel ami elfe noir n’avait pu être retracée ces dernières semaines. Pas depuis ce fameux débat du Concile sur la possible libération du parjure du Màr Menel – lequel lui laissait encore un goût amer. Son mauvais pressentiment concernant la trop longue absence de rumeurs sur le paria n’avait pas été payé. Ce regret lui restait en travers de la gorge. Martel avait survécu dans la disgrâce, évidemment et il avait été aidé en cela, car sinon comment aurait-il pu subordonner la vigilance du Gardien pour orchestrer son rendez-vous dans les catacombes du Kaerl ?

Thémos flaira le premier les intrus. Il redressa la tête, effleura le sommet des arches par ses couperets acérés et les cornes à l’arrière de son crâne. Un léger voile de poussière vint ternir ses écailles rougeoyantes. Le titan de cuivre évoquait un amas de magma bouillonnant, où se mêlait la rancœur éternelle, la haine la plus pure, saupoudrée d’une once de jalousie qui datait de ses souvenirs de dragonneau ; la rage également de voir son aîné, son rival autant que son complice, le Bronze qu’il avait admiré malgré lui, revenir en traître sans avoir lavé dans le sang son parjure. Le félon n’était pas mort et une part de lui s’en réjouissait égoïstement. Mais il lui voulait toujours. Oh, comme il lui en voulait d’être rentré au Màr ! Car dorénavant, le choix lui revenait. Il ne pouvait plus éviter ce questionnement. La mort ou la vie.

Eléderkan ne frémit pas en entendant sa voix. Pas plus qu’il ne s’étonna de reconnaître la fatigue sur le visage de son interlocuteur. Les deux elfes, reflets d’un miroir brisé, se toisaient à distance respectable. Eléderkan resta silencieux un moment. Son visage n’exprimait rien. Ses yeux brillaient dans la pénombre en contemplant ce frère ennemi qui rentrait au bercail ; ce frère qu’il avait aimé, au-delà des liens du sang et de l’amitié, qui l’avait déçu, et que lui-même avait peut-être déçu également. Les quelques pas entre eux semblaient un abîme.

Eléderkan voulait savoir pourquoi, après tout ce temps, Martel revenait quérir son aide. Que cherchait-il à accomplir en attirant son attention ? Sa pitié ? Probablement pas. Ils avaient cela en commun : la miséricorde divine valait peu de choses et mieux valait abattre un adversaire affaibli plutôt que lui pardonner. D’étranges émotions fleurissaient, telles des fleurs vénéneuses, dans son âme alors qu’il se questionnait vainement sur les raisons qui avaient poussé ce fou à lui demander une entrevue secrète. Quitte à se mettre en danger, autant frapper fort.

- Rizzen, salua-t-il froidement, presque avec désinvolture, comme si ce nom ne signifiait rien - comme si tout ce qu'ils avaient partagé n'avait plus d'importance.

Eléderkan n'avait pas l'intention de gaspiller davantage sa salive. Martel avait demandé ce rendez-vous. C'était à lui qu'incombait de faire connaître ses intentions.

Légèrement en retrait, surplombant son Lié, Thémos fixait avec l’intensité du serpent son homologue plus âgé. Il passa au crible la masse écailleuse de Melkor, cherchant les blessures, les marques d’épuisement, les traces résiduelles d’un possible maléfice, n’importe quoi qui aurait pu le mettre sur la voie. Malgré l’étroitesse des lieux qui commençait à se faire ressentir, Thémos n’avait pas pris la peine de s’asseoir ou de se lover sur lui-même. Il restait aux aguets, le port fier, l’œil luisant de méfiance. Aussi immobile que les colosses de bronze que l’on apercevait dans les ruines antiques, il s’était figé sur un rictus dévoilant à peine ses longs crocs blancs, les muscles bandés et le regard vigilant. Si l’un d’entre eux devait mourir ici et maintenant, il ne serait certainement pas le premier.
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MessageSujet: Re: [RP] Promesse d'Éclat(s)   [RP] Promesse d'Éclat(s) Icon_minitimeMer 3 Fév 2021 - 18:17

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Martel Dehlekna & le Bronze Melkor
Exilé du Màr Tàralöm


Theme Song :
Munin – Wardruna

Un instant figé, goutte d’éternité, tandis que le temps semblait renverser son cours. Tout avait changé ; rien n’avait changé. Pareils à ce qu’ils avaient été, il se fixaient l’un l’autre, drapés dans tout l’orgueil de leurs convictions. Il n’y avait guère que de subtiles marques au coin de leurs yeux, la pénombre obscurcissant leurs joues, et la maturité voilant l’éclat autrefois flamboyant de leurs iris, pour venir leur rappeler les années impitoyables qui s’étaient écoulées. Longuement, ainsi, leurs regards s’affrontèrent, jusqu’à ce qu’enfin, la voix d’Eléderkan ne vienne trancher le silence.

« Rizzen », l’avait-il salué, l’intonation froide et d’une neutralité qui, pourtant, Martel le devinait, n’était que de façade. Il cilla, brièvement, et ses paupières restèrent closes quelques infinies secondes de plus que cela n’était nécessaire. Que ressentait-il donc à l’évocation de ce nom honni, auquel il avait renoncé dès son arrivée au Màr Tàralöm, ces quelques insignifiantes syllabes qui n’avaient plus chanté à ses oreilles depuis bien longtemps ?
Melkor gronda, sourdement, répondant à la menace couvant sous les écailles cuivrées de son cadet par un dédain contenu, son attention toute entière tournée vers l’Elfe qui l’accompagnait, ses prunelles de rubis le détaillant à l’instar d’une vulgaire pièce de viande. Qu’Eléderkan se croit permis de prononcer ce nom avec une telle légèreté, comme s’il voulait faire croire qu’il ne représentait rien à ses yeux … Le dragon, furieux, se détourna en direction de son Lié, dont les lèvres, bien étrangement, s’étaient lentement étirées en un fantomatique sourire. Piquant, mordant, mais indubitablement satisfait.

« Laisse-le passer, Melkor. »

Incompréhensible. Dès lors que cela concernait son frère ennemi, Martel faisait preuve d’une imprudence sans commune mesure. Mais il avait promis. Sauf si la vie du Moredhel se trouvait directement menacée, il n’interviendrait pas dans cet échange. Il n’avait d’autre choix que de lui faire confiance, si fou que cela paraisse. Même s’il n’était pas dit, selon lui, qu’Eléderkan Garaldhorf ne trouve pas la mort à la fin de cet entretien, selon la façon dont la situation évoluerait. Martel lui en voudrait, bien sûr, mais le Bronze ne comptait pas laisser qui que ce soit le blesser à nouveau. Aussi, dépliant sa lourde masse, il jeta un regard sombre à Thémos, avant de s’éloigner d’un pas pesant – presque boudeur – lui tournant le dos sans plus lui prêter attention.

**Pas maintenant, petit frère. Ce n’est pas l’heure de faire parler les crocs et les griffes. Laissons s’exprimer et s’affronter les esprits brillants, comme nos Liés aiment tant à le faire. Il sera toujours temps de se battre, plus tard.**

Le bout de la queue ondulant avec une provocation mesurée, il prit place dans le dos de son frère d’âme, s’allongeant à demi, conservant néanmoins la tête droite et le regard fixé sur le duo ennemi. La sensation du cœur de son Lié, battant entre ses côtes comme un oiseau affolé essayant de s’échapper de sa cage, elle, au moins, il pouvait la comprendre et l’analyser, même s’il se gardait bien de faire part de ses conclusions à son Elfe. Pas maintenant, encore une fois. Pas ici. Plus tard, peut-être. Mais certainement pas alors que celui-ci allait avoir besoin de toute sa clarté d’esprit pour mener cet échange. Il y avait des démons qu’on ne pouvait vaincre seul, et son adversaire du jour pourrait peut-être constituer la pierre d’achoppement qui lui permettrait d’ouvrir les yeux.

Le seul emploi de son nom de naissance avait suffit à décider Martel. Quoi qu’Eléderkan n’ait souhaité rien n’en laisser paraître, son choix avait été révélateur, reconnaissance tacite de ce qui les avait unis, de cette confiance qu’ils avaient partagé et qu’il lui avait accordé. Il n’était pas venu en tant qu’Haut Inquisiteur, ou en serviteur anonyme du Seigneur du Kaerl, il s’était présenté en tant qu’homme. Et cela, à ses yeux, représentait en soi une première victoire. Soucieux de ne pas perdre cet avantage, il déboucla le ceinturon de son épée et la laissa choir à terre, écartant les bras dans un fracas de métal qui vint se répercuter sur la voûte. Il serait toujours temps de la récupérer si les choses devaient dégénérer. Peut-être Eléderkan considérerait-il son geste comme une énième marque d’ego, mais il n’en avait cure. Ce dernier avait été, et était toujours aujourd’hui, une des rares personnes, sinon la seule, qui pouvait se targuer d’être son égal : il n’avait pas pour intention ni de le soumettre, ni de le rallier sous son étendard. Il désirait ... autre chose, sans toutefois parvenir à définir clairement quoi.

« Ainsi que Melkor l’a dit, je ne t’ai pas fait venir ici pour croiser le fer, ni pour te planter des couteaux dans le dos. J’ai beaucoup perdu ces dernières lunes - ces dernières années. Une par une, les choses que j’estimais m’être acquises m’ont été arrachées. »

L’ancien Exilé marqua une pause, fugitive, scrutant le visage de son vis à vis, imaginant sans peine les mille et unes réflexions qui pouvaient le traverser. Il était inutile d’enrober ses paroles dans un vernis dégoulinant de politesse, ou d’atermoyer indéfiniment. Les chaînes du passé … Il s’en libérerait aujourd’hui, sinon jamais.

« Des … erreurs – une grimace ourlée d’amertume déforma ses traits anguleux, un instant avant qu’il ne se reprenne – non, certaines injustices ont été commises, j’en suis pleinement conscient. Je suis déterminé à y remédier. C'est pour cette raison que je suis revenu. »

Martel soupira, détournant le regard sur l’épée abandonnée au sol. Paroles creuses et déclaration sans véritable substance, à l’inévitable double sens. Foutaises ! Fallait-il que ce soit si difficile, alors qu’il n’avait même pas encore évoqué son véritable objectif ? Il savait pertinemment qu’il n’obtiendrait pas son adhésion de cette façon là. Ils se connaissaient trop bien, l’un et l’autre. Leurs forces … Comme leurs faiblesses les plus inavouées.

« Nous retrouver face à face en ces lieux, cela ne fait-il pas remonter en toi la mémoire de toutes ces grandes choses que nous avons pu accomplir ensemble, Eléderkan, chaque fois que nous avons uni nos forces vers un même but ? J’ai besoin … » Il releva les yeux, accrochant sans frémir les iris de sylve de celui qui avait été pour lui, bien plus qu'un frère par le cœur. « J’ai besoin de te savoir de retour à mes côtés. Faisons table rase des différents qui nous opposent, si tu le veux bien. Pour le Màr ... »

‘‘Pour moi’’. Le long de ses cuisses, ses poings se serrèrent tandis qu’une vague de mépris aigre, entièrement tourné contre lui-même, écorchait vif son esprit. Il avait beaucoup trop parlé. Il n’avait pas eu l’intention de se montrer aussi … pitoyablement sentimental. Car Martel Dehlekna ne suppliait pas, jamais.


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MessageSujet: Re: [RP] Promesse d'Éclat(s)   [RP] Promesse d'Éclat(s) Icon_minitimeVen 12 Fév 2021 - 16:45



Ce dédale souterrain avait été un lieu d’intrigues, de glorieux souvenirs pour des étoiles en pleine ascension, l’antre de rires et de joyeuses conversations où fleuraient bon l’ambition et la grandeur. Aujourd’hui, dans la poussière de ces vieux jours auréolés d’un prestige désuet, tous ces beaux vestiges semblaient fanés. Les souvenances arboraient des couleurs fades et ternes, les émotions étaient sèches et sans saveur, et plus aucun rire ne s’élevait ici depuis des années. Personne ne paraissait avoir retrouvé l’accès à ce labyrinthe, depuis que les deux Maîtres Bronzes en avaient déserté les parages de même que scellé leur cœur à ce souvenir. Il régnait ici une ambiance délétère, suintant une doucereuse mélancolie et le malaise y croissait avec luxuriance, jusque dans les ombres et les toiles d’araignées. Personne n’avait dû avoir envie d’affronter les fantômes de cet abîme, pas même un Ardent plus sot que les autres. Car des fantômes, il y avait tant ici que le Kaerl Maudit lui-même devait en être jaloux.

Dans une autre vie, en un autre temps, Eléderkan aurait esquissé un demi-sourire cruel, rappel de la satisfaction à voir un autre que lui-même affronter ses vieux démons. Dans certaines cultures, les noms véritables étaient rares et précieux car ils possédaient un pouvoir intrinsèque. On ne pouvait en user à sa guise sans risquer de transformer le porteur du nom véritable en simple pantin de bois. Le nom de jadis, Rizzen, avait résonné plus froid qu’un glas. Mais Eléderkan ne croyait guère ni aux superstitions ni au folklore dénaturé des traditions orales. Un nom avait autant de poids que n’importe quel mot. Il s’agissait plutôt de savoir quand et comment l’utiliser, pour en faire une arme mortelle. Il n’avait pu que surprendre le léger tressaillement de son interlocuteur. Et si cela n’avait pas suffi à lui prouver que le coup avait porté, le grondement coléreux de Melkor trahissait toute la profondeur de la plaie ouverte. L’éternel dragon dans l’ombre de son maître, tel le monstre qui protégeait un autre monstre. Car n’étaient-ils pas eux-mêmes plus que des elfes, après tant d’années à partager leur âme avec une bête façonnée par la main divine, à transgresser les lois naturelles, à agir comme des prédateurs même parmi leurs semblables ? Le sourire de Martel en était une preuve.

Thémos avait abaissé son échine, avec une lenteur délibérée face à la rage contenue de son aîné qu’il se plaisait à attiser, posant enfin son postérieur sur les dalles poussiéreuse du souterrain. Ses pattes postérieures pliées, les antérieures fermement ancrées dans le sol, les serres toutes sorties, il approchait sa large tête cornue sous la haute voûte en ogives, tutoyant les filaments des arachnides et les reliquats de fresques peintes. Dans ses opales de feu tempêtaient toute la haine et la malveillance d’un démon, tandis qu’il fixait Melkor avec une avidité sournoise, presque avec gourmandise. Peut-être se demandait-il quel goût avait la chair et le sang de dragon. Peut-être essayait-il d’exacerber plus encore, avec ce talent inné qui le caractérisait, les émotions contradictoires qu’il sentait fourmiller sous l’armure écailleuse de son aîné. Il obligeait son cœur à battre avec la même lenteur prosaïque qu’il percevait chez son Lié, dans l’espoir de ne rien laisser transparaître de son propre trouble. Sous l’odeur acide et métallique de son hostilité remuait la nauséeuse et poignante soupe de ses peines.

Melkor le félon était enfin rentré à la maison. Jamais il ne le lui pardonnerait.

- La nostalgie ne fait pas partie de mes défauts, tu le sais bien.

A l’inverse de Thémos qui réfrénait ses pulsions de dévastateur patenté, Eléderkan avait opté pour l’habit nonchalant du négociateur qui prétendait ne rien entendre à cette symphonie-là. Martel aiguisait ses mots avec bien plus d’éloquence d’ordinaire. Eléderkan percevait dans ses hésitations le choix de mots douloureux, d’un aveu cadencé de notes suppliantes qui ne voudraient pour rien au monde se trahir. Qui auraient sans doute voulu que le maître-espion comprît tout cela, entre les lignes mélodiques, pour en dénicher le leitmotiv. Le seul vrai discours qui valait la peine d’être écouté. Paré d’une froide indifférente, Eléderkan avait cependant choisi de faire la sourde oreille. Il ne voulait pas de cette symphonie-là aujourd’hui. Elle arrivait trop tard. Ou trop tôt.

- Tu nous insultes tous les deux si tu crois que je vais obtempérer derechef après avoir écouté ta requête. Faire table rase des différents qui nous opposent, comme tu l’affirmes, ne nous servira guère quand nos dragons s’entretueront. Ne me fais pas l’affront de croire que ce serait aussi facile. Tu as demandé à me voir, je suis venu. Alors parlons, toi et moi. Car c’est tout ce que nous avons à nous offrir, pour le moment. Des mots.

Ils étaient là, partout autour d’eux, les fantômes de leur amitié. Ils avaient été amis, confidents, alliés, frères d’armes et de cœur, puis des parjures chacun leur tour, des rivaux, des meilleurs ennemis. Et c’était peut-être là que s’arrêterait leur histoire. Comment pourrait-il en être autrement ? Ils avaient trop vécu, trop vu des faiblesses de chacun, pour ignorer les risques d’une confrontation. Ils ne pourraient jamais être étrangers l’un à l’autre. Quelque part, Eléderkan le regrettait. Il aurait été ainsi plus facile d’abréger cette entrevue.

Durant cette tirade parsemée de légères notes ironiques, les babines de Thémos s’étaient incurvées en un rictus plein de crocs.

- Tu dis vouloir œuvrer pour le Màr, renchérit l’elfe d’Ys, en portant un regard pénétrant sur son ancien confrère. Je respecte ton vœu. Mais sais-tu si le Màr a réellement besoin de toi ? Certes, il n’est pas parvenu au sommet de sa gloire comme nous l’aurions rêvé mais il ne se porte pas plus mal qu’un autre royaume du Rhaëg. Que souhaites-tu accomplir pour la cité qu’un autre ne pourrait faire à ta place ? Te crois-tu indispensable ? Peut-être as-tu davantage besoin du Màr Tàralöm que celui-ci n’a besoin de toi. Reprendre les choses là où tu les as laissées, défaire ce qui a été fait, comme si tu pouvais tout arranger. Comme si pouvions tout recommencer… C’est un doux rêve. Je ne te savais pas à ce point sujet aux rêveries, pourtant.

Ils étaient perdus, séparés par un miroir déformant et ne savaient pas comment se retrouver.

D’aussi loin qu’il s’en souvienne, Martel avait voulu le pouvoir comme un loup enragé court après le soleil. Mais dans cette histoire, dès que le loup s’approchait de l’astre, il n’essayait pas de le capturer mais de le dévorer. Ce qui différait entre les deux elfes, cet écart qui s’était creusé au fil du temps, était notamment leur conception du véritable pouvoir. Eléderkan voyait dans l’exercice de celui-ci une forme de servitude. Il n’avait pas nécessairement envie de s’y soumettre, quand il pouvait agir tel un pilier de l’ombre, plaçant ses pions et modelant sa toile à sa guise. Certes, il lui manquait quelques gouttes de gloire pour resplendir mais il survivait. Passaient les saisons et les rois, il était toujours là et plus puissant que jamais. Le pouvoir suprême, en revanche : il n’imaginait pas pire récompense. Il laissait cette prison à d’autres. Et il regrettait que Martel ne l’ait pas compris plus tôt.

Une part d’Eléderkan se demandait s’il avait tort. S’il n’aurait pas mieux fait d’embrasser ses illusions de grandeur comme son camarade, de nourrir ses ambitions dans un poison plus puissant encore. Ainsi aurait-il peut-être accompli la quête ultime : la plénitude de l’âme. Il aurait été un géant. Le plus grand tyran de son temps. Le plus cruel conquérant depuis la disparition des Valherus. Jusqu’à l’irrémédiable chute. Mais au moins aurait-il vécu quelques instants dans la glorieuse jouissance d’un pouvoir plus grand que celui des dieux, s’il avait ensemencé sa folie jusqu’à la lie. Nul ne le saurait jamais. Le passé était révolu.

La vérité, c’est que nous aurions dû mourir tous les deux il y a longtemps. Nous sommes devenus trop dangereux pour ce monde.

Et le regret s’attardait en une amertume tenace sur son palais.
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MessageSujet: Re: [RP] Promesse d'Éclat(s)   [RP] Promesse d'Éclat(s) Icon_minitimeSam 13 Mar 2021 - 18:03

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Martel Dehlekna & le Bronze Melkor
Exilé du Màr Tàralöm


Theme Song :
heklAa – Alphée

S’enroulant autour d’eux comme tout autant de fantômes du passé, invisibles mais faisant sentir aux vivants la morsure de la présence, tout, dans l’atmosphère moite et lourde, jusqu’aux infinis grains de poussière, avait la saveur douce-amère du souvenir. Regrets doucereux, mémoire de ce qui avait été et de ce qui n’était plus ; aussi enivrants qu’écœurants. Intouchés, laissés à l’abandon depuis des années, oubliés comme leur jeunesse fugitive, c’était comme si les souterrains avaient retenu leur souffle dans l’attente du retour de leurs légitimes occupants. Nulle nouvelle génération d’aspirants ou de chevaliers ivres de rêve et d’orgueil n’était venue troubler leur repos, percer leurs mystères. Comment ne pas croire alors, l’espace d’un instant, que tout pourrait être effacé d’un simple claquement de doigt ? Qu’une vulgaire supplique serait à même de rectifier la trajectoire de leurs deux destinées afin de les rapprocher, pour qu’elles ne fassent à nouveau plus qu’une ?

Un mince sourire amer vint faire frémir les coins de ses lèvres, apparaissant et disparaissant d’un même mouvement. Le Moredhel ne s'était pas attendu à ce qu’Eléderkan se joigne à sa cause si facilement. Un grondement bas, indéchiffrable, résonna dans son dos, sans qu’il ne sache s’il lui était destiné à lui ou bien à Thémos, qui toisait toujours son aîné avec une morgue panachée d’avidité. Il ne se retourna pas, se refusant à quitter du regard son frère ennemi. Levon ne lui avait-il pas conseillé, lui également, de renoncer à ses attaches ; de renier tout ce qui n’avait désormais plus sa place dans ce monde qu’il aspirait à matérialiser ; d’oublier ses vieux serments pour en forger de nouveaux ? Il ne pouvait pas connaître alors les intentions de Martel à l’intention du Haut Inquisiteur. C’était sans doute mieux ainsi, sans quoi aurait-il certainement tenté de l’en dissuader, de crainte que le Clan ne perde ne serait-ce qu’un peu de sa main-mise sur lui.

*Tu as toujours su tourner aisément les pages de ton passé, mon frère, qu’importait le coût. Ou du moins était-ce ce que tu aimais à prétendre ...*

Il préféra néanmoins garder le silence, taisant ses pensées, choisissant de laisser l’autre Elfe poursuivre sur sa lancée. Car Eléderkan n’était pas homme à s’arrêter là. Dans son dos, Melkor clignait des yeux paresseusement, se prétendant peu soucieux de la joute verbale qui se déroulait devant lui, surveillant son cadet du coin de l'oeil. Les muscles bandés et sans en avoir l'air, il se tenait prêt à bondir au moindre signe de menace, ayant une conscience par trop aigüe de la soif de sang qu’irradiait Thémos. Oh, le Bronze lui en voulait, c’était une certitude, mais ses griefs étaient trop personnels pour venir impliquer son frère d’âme dans l’affaire. Ainsi qu’il le lui avait dit, s’il souhaitait se battre, alors se soumettrait-il à son désir ; mais plus tard, une fois que les deux bipèdes auraient réglé leur compte.

Au fond de lui, le dragon était intimement persuadé de sa victoire en cas d’affrontement. Il reconnaissait la fougue de son cadet tout comme son intelligence mordante, digne d’un renard. Il avait bien prospéré durant toutes ces années, profitant de son lien avec l’une des trop rares personnes à qui Martel accordait son intérêt et son plein respect. Thémos pouvait être fier de lui, incarnant le parangon de ce qu’un Bronze né d’Incarnates devait représenter. La puissance, la vivacité, la ruse. Sur ces deux derniers points, Melkor savait ne pas lui arriver à la cheville. Comme avec Vathek, il voulait bien admettre son évidente défaite, non sans en ressentir quelque humiliation. Mais pour ce qui était de la force brute, de la résistance ou même de la volonté …

Subtil avertissement, le Bronze dévoila ses crocs, luisant dans la pénombre à peine repoussée par la lumière vacillante des torchères. Qu’il ne fasse pas l’erreur de le penser faible. Une fois encore, en dépit de tout l’affection qu’il portait à Thémos, la survie et le bien-être de son Lié passerait avant tout. Si le sang devait couler, ainsi en serait-il. Même si pour cela Martel devait en venir à le détester : en dépit des vives émotions couvant sous ses iris de glace, il jugeait son Elfe bien trop rationnel pour haïr durablement l’autre moitié de son âme. Pourtant s’ouvrir ne serait-ce qu’un peu à la violence de ses désirs, couverts sous le noble et fallacieux nom ‘‘d’ambition’’, ne pourrait que se révéler positif pour l’Exilé.

Un jour ou l’autre … Tout cela devrait jaillir en pleine lumière.

Sous son masque de froide indifférence, comme si rien de tout cela ne le concernait, Eléderkan avait quant à lui repris la parole, évoquant sans détour la rage bestiale couvant sous les écailles des deux dragons et balayant d’un simple revers de main la requête de son frère ennemi. Melkor soupira, ouvertement mécontent, d’ors et déjà lassé. C'était prévisible. Martel marchait sur un fil tendu au dessus des abysses, et le Bronze n’était pas convaincu que cette entrevue apporterait à ce dernier autant de bien qu’il voulait bien le croire. Une simple bourrasque pouvait suffire à le faire chuter, irrémédiablement. Et il n’était pas prêt à laisser cela arriver. Il suivrait son frère d’âme jusqu’aux Enfers, plutôt que de le voir tomber sans réagir.

« … Tu as demandé à me voir, je suis venu. Alors parlons, toi et moi. Car c’est tout ce que nous avons à nous offrir, pour le moment. Des mots. »

Les mots. Il en avait trop longtemps oublié le pouvoir, et leur tranchant plus acéré qu’aucune épée. Lentement, le Moredhel acquiesça. Eléderkan ne comptait pas se laisser fléchir par l’évocation de quelques bons sentiments ou de plates excuses. Ce gouffre avide qui les séparait aujourd’hui était bien trop profond pour être comblé par si peu. Une part de lui rechignait néanmoins à utiliser demi-vérités et manipulations contre celui qui avait été son ami. Il lui paraissait mériter mieux que ça … Et sa victoire n’en serait-elle pas plus éclatante si elle se faisait par l’emploi d’une absolue sincérité ? N’était-ce pas cachotteries et ambitions masquées qui l’avaient mené dans cette situation inextricable ? Il fit claquer sa langue, contenant une vague d’exaspération, pas entièrement soufflée par son Lien avec Melkor.

« Je suppose que je devrais être reconnaissant que tu ne m’aies pas encore dénoncé auprès d’Iskuvar et que tu te sois donné la peine de te déplacer pour venir écouter ce que j’avais à dire. » Il secoua légèrement la tête, accrochant des reflets d’or sur sa chevelure pâle. « Mon but et mes valeurs fondamentales n’ont pas changé : seul le chemin, et la méthode pour y parvenir te paraîtront peut-être d'une autre nature. Tu sais ce que je désire faire du Màr ... Je croyais pouvoir y arriver seul : j’avais tort. »

Cet nouvel aveu, à la saveur acide et dérangeante sur sa langue, lui coûtait plus qu’il voulait bien le reconnaître. Mais pour autant il était convaincu de sa nécessité, du besoin que peut-être, Eléderkan avait de l’entendre. De cette confession, de la réalisation de ses propres faiblesses découlerait peut-être l’ouverture qui lui permettrait d’avancer vers la conclusion qu’il désirait. Malheureusement, s’il s’était préparé aux paroles cinglantes que son frère ennemi pourrait lui adresser, aux points sensibles qu’il viserait certainement à dessein, Martel fut surpris de constater la vive souffrance qu’il éprouva lorsque fut remise en cause son utilité véritable pour le Màr Tàralöm.

La gorge soudain nouée, presque nauséeux, il le fixa, le visage figé en un marbre inexpressif. Inutile de prétendre, l’autre Elfe le connaissait depuis trop longtemps pour s’y laisser prendre. Il lirait dans les muscles serrés de sa mâchoire, dans les fines rides marquant le contour de ses yeux, dans la raideur même de ses épaules. Il relâcha précautionneusement son souffle, puisant dans les flammes vengeresses de son Bronze pour endormir temporairement la douleur. Il ne céderait pas. Pas pour si peu.

Était-il réellement nécessaire et indispensable au Màr ? Que pouvait-il lui apporter que d’autres ne pourraient faire à sa place ? Que se passerait-il, s'il disparaissait, tout bonnement ? Ces questions, qui le hantaient sans relâche depuis son bannissement, depuis sa défaite sous l’oeil du Kaerl tout entier, ces doutes insidieux qui le rongeaient, il n’aurait pas du s’étonner que le Haut Inquisiteur les devine ... Et plus encore qu’il n’hésite pas à en faire usage contre lui.

« Je vois que tu n’as rien perdu de ta causticité légendaire. » Un sourire froidement ironique accompagna sa déclaration, s’effaçant bien trop vite, dévoré par une gravité frangée de désespoir. Que lui resterait-il comme raison de vivre, si le Màr n’avait en vérité, pas besoin de lui ? Si son utilité supposée n’était que factice chimère d’un esprit qui s’accrochait coûte que coûte à des objectifs irréalisables ? Devoir se justifier, encore et encore, n'était-ce pas la preuve que le Kaerl doutait de lui ?

**Tes ambitions sont-elles si fragiles qu’elles se laissent bousculer par la moindre tempête venue ? Penses-tu que le Clan Valherien aie conclu ce pacte juste pour obtenir un pion de valeur à manipuler ? Ils connaissent ton potentiel et ce que tu pourrais aisément leur faire gagner. Ce chien de traitre ne fait ça que pour te tester. Ne le sous-estime pas sous prétexte de votre amitié passée. Il ne te ménagera pas. Bats-toi maintenant et finissons-en.**

« Les rêves sont ce qui nous distingue des simples soldats : nous sommes incapables de vivre jour après jour en appliquant les ordres sans jamais les questionner, tu le sais très bien. Je ne mentirai pas en disant que ma volonté de me hisser au sommet est entièrement désintéressée et motivée par le seul désir de voir le Màr retrouver sa gloire passée. Je veux le pouvoir parce que je sais ce que vaux, et ce que je peux apporter au Kaerl. Je veux que justice soit faite et que ma vengeance trop longtemps écartée soit assouvie, je veux que mes ennemis paient. Il y a aura des dégâts collatéraux, comme il y en a toujours. C’est un risque à prendre, c’est inévitable. Je ferai ce qui doit être fait, j'en paierai le prix. Mais contrairement à d’autres, je ne piétinerai pas aveuglement le bien commun pour mon simple plaisir. Je n’abandonnerai pas la direction de la cité pendant des jours, non, des mois, pour courir après des mirages. Je ne laisserai pas le Concile s’entre-déchirer sans bouger le petit doigt pour la simple jouissance de voir le chaos se répandre. »

Frémissant après sa si longue tirade, le cœur battant à tout rompre, il était resté dangereusement calme tout au long de ses explications, la glace affrontant la sylve. Plus doucement, tâchant d’apaiser sa respiration, il poursuivit d’une voix basse, son expression trahissant imperceptiblement sa souffrance :

« J’ignore si le Kaerl a véritablement besoin de moi, Eléderkan. Mais j’ai poursuivi ces rêves pendant trop longtemps pour les abandonner à présent. Ils font partie de moi, tout comme je fais partie du Màr Tàralöm. C’est ici qu’est ma place, et nulle part ailleurs. Prête moi ta force, mon frère, comme tu l'as fait jadis. Tu es le seul à qui je ferais suffisamment confiance pour confier mes arrières. Haïs-moi, méprises-moi si tu le souhaites, tant que tu croiras en mes projets. »


L'on rencontre souvent sa Destinée
Par les chemins que l'on prend
Pour l'éviter
***

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Dernière édition par Oracle Tol Orëanéen le Jeu 15 Juil 2021 - 12:15, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [RP] Promesse d'Éclat(s)   [RP] Promesse d'Éclat(s) Icon_minitimeMer 2 Juin 2021 - 17:09



Yeux de braises flamboyant dans la semi-obscurité, long corps musculeux aux reflets de cuivre et d’airain, Thémos éprouvait ce qui aurait pu être appelée une crampe de l’esprit. S’il avait appris les bienfaits de la patience aux côtés de son Lié, il peinait toujours à dompter le feu ardent qui couvait sous sa parure d’écailles. La situation semblait en apparence parfaitement maîtrisée. Les deux dragons se flairaient à distance, respectueusement relégués dans l’ombre de leur bipède, tels des gargouilles menaçantes, des chiens de garde qu’Isashani ou Haskèl n’auraient pas renié, tout en se jaugeant d’un œil belliqueux. Un mot, une pensée, une étincelle et le chaos ferait sien ces souterrains, jusqu’à ébranler les fondations terrestres du Kaerl. Une partie de Thémos en rêvait, le palais alléché par le déluge de violence qui s’ensuivrait. Il avait toujours eu le goût du sang et de la cruauté, tout en cultivant un certain raffinement dans ses intrigues pour se repaître de chaque victoire comme il convient à un dragon de haut lignage. Il matérialisait les flammes qui habitaient le corps de l’elfe blanc d’Ys. On ne luttait pas impunément contre sa nature.

Une autre partie du Bronze, glacée mais ô combien sage, attendait. Les yeux rivés sur son aîné, imposant colosse silencieux, Thémos savait qu’il devait attendre. La mort ne prévenait pas, elle frappait aveuglément, sans pitié ni scrupules mais il fallait d’abord l’inviter à festoyer. Le banquet du chaos et de la mort commençait aujourd’hui. Ni lui ni Eléderkan ne devaient précipiter les choses. Il fallait laisser le temps aux dieux de prendre place, si tant est qu’ils apprécient le peu de révérence témoignée par ces sujets-ci. S’il était évidemment déçu de voir que Melkor ne répondait pas favorablement à ses provocations, du moins lui avait-il tiré une réaction, au moins un renfrognement. Son aîné restait fidèle à l’image qu’il donnait au monde : un être entièrement dévoué à son Lié, enchaîné à lui pour toute l’éternité. Thémos y voyait depuis toujours un signe de soumission infâmant mais il ne pouvait nier, qu’au temps de ses premiers mois d’existence, où sa mémoire ancestrale lui faisait défaut, il s’était inspiré de cette attitude, comme de tant d’autres chez Melkor, pour observer et étudier son propre Lié, le comprendre et le faire sien jusqu’à accepter leur lien. Trop de destinée se nouaient dans ces ténèbres poisseuses du dédale chtonien.

Et il n’était pas le seul à attendre. Immobile et drapé dans toute sa sévérité, Eléderkan, posé en juge, attendait le faux pas, l’étincelle, aussi inespérée que futile, qui ferait basculer l’entrevue. Pour le meilleur ou pour le pire, il était piégé dans ce rendez-vous plein de non-sens par sa trop grande curiosité et le tison, toujours pressant, de sentiments traîtres et refoulés depuis trop d’années. Plus froid en apparence d’un glacier du Vaendark, il attendait les révélations de Martel, prêt à les évaluer, sans lui laisser aucune prise en retour. Il laissa passer les piques de Martel comme si elles ricochaient sur lui. On ne tendait pas la main à un loup blessé prêt à mordre.

Il trahit son étonnement en haussant un sourcil. Arriver seul au pouvoir ? Il n’avait jamais vraiment osé imaginer que Martel puisse penser réussir seul, malgré toutes ses qualités. Un conquérant profitait des autres, ceux gravitant autour de lui, et des opportunités créées par les circonstances, pour arriver au pouvoir - même s’il devait demeurer seul aux commandes pour finir. Croire le contraire serait pure folie. Il ne savait plus trop comment il devait comprendre la confession de Martel, s’il fallait s’en réjouir ou s’en inquiéter. Il avait cru durant des années qu’il conseillait adroitement son ami, mais peut-être n’avait-il pas assez cru en la puissance du fol orgueil de ce dernier, car ce qui avait été perçu par des avis éclairés par l'un avait ressemblé à des jugements sans appels pour l'autre. Il était désormais trop tard.

Un Martel présomptueux, comme il le connaissait si bien. Il retrouvait là celui qu’il avait été auparavant. C’était presque trop simple, trop prévisible. Les ambitions de son ancien frère d’arme ne s’étaient pourtant pas émoussées mais aiguisées, au point de le rendre encore plus impitoyable. Mais aussi plus faillible. Plus désespéré, davantage assujetti à ses émotions et son orgueil blessé, voilà qui en faisait une proie de choix pour les intrigants.
Un basculement s’opéra soudain, mais pas de là que l’escomptait le Maître Bronze. Il se vit en train de contempler son ancien ami, cet homme qu’il croyait connaître aussi bien que lui-même, être le pantin de ses mains expertes, pour être finalement broyé par les ambitions d’autrui, ou même les siennes. Au fond, ne valait-il pas mieux que ce soit Eléderkan qui soit en charge de son destin, plutôt qu’un autre, bien moins respectueux et savant que lui ? Il s‘accorda un bref instant pour s’attrister de ce constat :  il en venait à considérer Martel presque davantage comme un pion que comme son égal aujourd’hui. Le temps avait fait son ouvrage, durcissant son cœur jusqu’à l’assèchement et dévoilant le gouffre séparant les deux frères qui se creusait, invisible, sans qu’ils s’en aperçoivent, depuis des années. Puis l’instant passa et la lame affûtée de son âme reprit sa parade mortelle.

Il réprima un ricanement en entendant la raillerie assassine envers l’attitude d’Iskuvar. C’était typique de Martel. Sa haine se cristallisait autour d’un seul homme, responsable de tous ses malheurs – ce qui n’était peut-être pas faux. Mais Alauwyr Iskuvar n’était pas Salvedaen Arkalin. Si la vie de l’elfe noir semblait s’être mise sur pause depuis le jour fatidique qui avait vu la mort de l’ancien Seigneur Hùriand et sa propre déchéance au profit d’Arkalin, les années avaient passées et la situation n’était plus la même. La guerre était loin et les combats faisaient désormais rage sur le terrain du commerce et de l’idéologie, là où les armes s’étaient tues. Martel ne pourrait pas tout régler par le fer, comme jadis et les dommages collatéraux seraient innombrables, peut-être insurmontables pour le Kaerl actuel.

- Tu n’as guère changé, toi non plus. Prisonnier du passé, de tes rêves, comme autrefois. Tu t’aveugles à la flamme de tes ambitions, avec la même arrogance, comme si tu pouvais compter sur tes acquis, sur ta seule force pour te hisser au sommet. Quelques relents d’orgueil subsistent sous ton vernis d’amère sagesse, malgré ton exil. Tu n’as pas entièrement perdu de ta superbe. Peut-être que la leçon n’a pas suffis à te faire entendre raison.

Une partie de ce portrait peu flatteur était fausse. Mais cela ferait son office. Thémos lui avait enseigné l’art de la provocation et il lui était aisé, ces derniers temps, de renouer avec la verve insolente, pleine de morgue, de ses confrères pirates.

Mais au moins, tu as des rêves.

° Les rêves sont par définition inaccessibles. Ils nous fuient et nous font miroiter des merveilles aussi creuses qu’un œuf mort-né. Rien ne sert de courir après. Rappelle-toi, mon frère, que nous ne sommes pas faits pour ces chimères. °

Son léger élan d’envie fut soufflé comme on mouche une chandelle.

- Tu me fais confiance. C’est là ta première erreur. Ta première faiblesse. Peux-tu être certain que je ne t’ai pas déjà vendu à un tiers ? Peux-tu être assuré d’être sous bonne garde, que ceux qui t’ont aidé à parvenir jusqu’ici ne seront pas ceux qui justement t’attendent la lame au clair ? Réfléchis bien. Je ne cherche pas à saper ton moral ni ton regain d’espoir, sois-en sûr, mais je t’invite à la réflexion. Pour ta sûreté.

Pourquoi le dénoncer quand il pouvait se servir de lui pour faire pression sur les Dominants un peu trop encombrants comme Aodren, surveiller de près les Valheriens ou asseoir davantage la dépendance d’Iskuvar vis-à-vis de son maître-espion et des secrets qu’il détenait ? Car, en toute sincérité, Eléderkan aussi aimait le pouvoir et en user à sa guise. Il avait su se montrer patient et naviguer en eaux troubles loin de la lumière, privé de gloire mais avec l’appétit vorace du serpent à jeun sinuant dans les zones d’ombres, là où le regard ne se porte pas. Le pouvoir, c’était jouer avec le feu jusqu’à s’y brûler. Il ne pouvait pas nier qu’il était doué à ce jeu, ni qu’il l’appréciait.

- Ai-je bien entendu ? Tu souhaites mon conseil, mon aide ? Permets-moi d’en douter, rétorqua Eléderkan avec un demi-sourire railleur, empreint de stupeur et de désillusion.

Son visage se ferma derechef et les ténèbres des lieux envahirent les émeraudes de ses yeux jusqu’à évoquer un soir d’orage. Une ivresse peu commune s’emparait de lui : l’envie folle de jouir du pouvoir qu’il avait sur Martel et de le manipuler, pour le faire payer, ce que l’instinct de Thémos le poussait à faire en dépit de toute raison. Le Bronze désirait faire souffrir Melkor et par extension Martel, mais Eléderkan connaissait les risques de ce petit jeu dangereux et ils n’en valaient pas la peine, aussi irrésistible soit cette  idée. Pour planifier ses prochaines actions, il préférait tempérer et pousser Martel à se dévoiler, jusque dans ses retranchements, pour enfin voir ses failles et s’y engouffrer. La voix plus tranchante que le verre brisé, le cœur plus dur que l’acier, l’Inquisiteur Suprême assena :

- Tu me demandes d’avoir foi en tes projets, ce qui revient à avoir foi en toi. C’est presque impossible. Je ne peux te haïr, car il m’est aussi dur de renier mon Lié que d’abjurer nos années de service ensemble sans me trahir. Sans nous trahir. Mais ne vas pas croire que notre amitié d’autrefois excuse tous les torts. Tu ne peux revenir ici, en tant que paria, après avoir désavoué tout ce qui faisait la grandeur de notre lien, pour exiger de moi quoi que ce soit. Précisément si tu n’es pas prêt à entendre une autre réponse que celle que tu attends. Quand j’ai su ton retour, je n’attendais plus rien de toi depuis longtemps. Je n’ai pas su voir ce qui nous séparait, de ta folie ou de mes réserves, des années auparavant. Si tu penses que les choses peuvent changer, que le Màr peut y gagner, qu’à cela ne tienne ! J’ai dit que je t’écouterai jusqu’au bout. Mais toi, seras-tu prêt à entendre ma réponse ? Sache qu’une bonne alliance se nourrit des désaccords. Un conseil n’a pas vocation à abonder dans le sens du conseillé, sinon ce n’est que flagorneries inutiles. Serais-tu enfin prêt à m’écouter ?

Bien qu’il ne l’admettrait jamais, voir Martel de retour redonnait un peu de son éclat au Màr Tàralöm. Enfin, des adversaires à sa mesure. Enfin, un peu du lustre du passé pour faire rejaillir la flamme. Enfin, leurs ennemis allaient de nouveau craindre leurs noms et murmurer dans les coulisses en se souvenant de l’ancienne alliance.

Des rêves, encore des rêves ineptes, il n’avait pas le droit de céder à ce chant de sirène.

- Comment es-tu rentré au Màr ? souligna Eléderkan après un court silence, plus méfiant que jamais, les yeux plissés dans l’ombre.
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MessageSujet: Re: [RP] Promesse d'Éclat(s)   [RP] Promesse d'Éclat(s) Icon_minitimeJeu 8 Juil 2021 - 20:40

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Martel Dehlekna & le Bronze Melkor
Exilé du Màr Tàralöm


Theme Song :
Vogel im Kafig (Part B, Instrumental) - Attack on Titan OST

Face à face avec son frère ennemi, uniquement éclairés par la lumière vacillante des torchères, il était aisé d’imaginer que s’effaçait sur leur visage les marques du temps. De se croire revenu à cette époque où ils brandissaient haut la bannière de leur arrogance, battant le fer encore chaud de leurs ambitions. Ô combien cela le hérissait-il, de percevoir sur sa langue le goût âcre d’une nostalgie qu’il n’aurait pas cru pouvoir éprouver un jour, de sentir courir sur sa peau et enfler dans ses veines un feu oublié !
Environné de toute part par ces vestiges de leur passé commun, quelque bête fauve endormie en lui s’agitait, éraflant et griffant les murailles de son esprit, cherchant à s’y frayer coûte que coûte un passage. Et Martel éprouvait soudain toutes les peines du monde à contenir cette pulsion qui lui susurrait à l’oreille d’agir, de se battre et de se saisir maintenant de ce qui lui appartenait.
Qu’importait l’action, qu’importeraient ses conséquences, il sentait son impatience grandir devant l’apparent détachement qu’Eléderkan lui opposait. Le Moredhel voulait le voir frémir et vaciller, ne serait-ce que ciller, il brûlait d’exposer au grand jour les pensées que le Haut Inquisiteur cachait derrière son masque de froide indifférence.  Combien de temps encore feindrait-il de ne pas comprendre ?

C’était là un délicat exercice d’équilibriste, mêlant les flammes avides de cette partie de lui qui résonnait en écho à celles de Melkor, et le carcan de glace dont il avait entouré son âme, son être même, depuis des années. Le pouvoir ne laissait aucune place au sentimentalisme, car c’était là failles et faiblesses que ses adversaires pouvaient employer à loisir contre lui.

Mais pouvait-il réellement lui en vouloir ? Après toutes ces années à poursuivre un chemin dont leurs objectifs respectifs les avaient inéluctablement écartés l’un de l’autre ? Il ne lui faisait pas confiance, et c’était aussi bien.

Forçant ses doigts à se détendre et son visage à rester lisse, en dépit des paroles cuisantes qui lui étaient assenées par Eléderkan comme tout autant de coups de couteaux, il se contenta de le dévisager calmement. Scrutant son expression, en quête de la moindre crispation, du moindre infime mouvement qui puisse le trahir. Rien. Absolument rien. L’autre Elfe, admirablement rompu à cet exercice, persistait à ne lui présenter qu’un masque théâtral parfaitement maîtrisé. Et pourtant, ce contrôle étroit qu’il exerçait sur lui-même lui en révélait bien assez. Ils se connaissaient trop bien pour qu’il soit dupe.
Tout comme il lisait très certainement en lui, l’inverse était tout autant vrai. Son frère ennemi avait beau feindre l’indifférence, il ne pouvait cacher l’éclat maintenant assombri de ses iris de sylve. Amertume, suspicion, vigilance … Martel aurait été bien fou de croire qu’il puisse encore exister autre chose entre eux. Il devait parvenir à piquer son intérêt, d’une façon ou d’une autre.

**Il a beau se contenir, il ne pourra pas résister indéfiniment. Il finira bien par se trahir. Et le plus tôt sera le mieux pour toi.**

Un grondement sourd enfla sous la voûte poussiéreuse, accompagné par le crissement désagréable de ses griffes sur les carreaux fendus. Irradiant d’un dédain assumé, Melkor avait lourdement changé de position, cherchant à maintenir les différents protagonistes de l’affaire dans un même et unique champ de vision. Qui céderait en premier dans cet affrontement de volonté ?

Ses naseaux s’élargissant, le dragon engloba du regard Thémos et son Lié, irrité par ce miroir déformé que l’autre couple d’âme sœur leur offrait. De lointains remugles de colère et de ressentiment, d’amour-propre meurtri, de tout ce qui pouvait couver sous ces blessures d’injustice, d’humiliation ou d’abandon mal cicatrisées … Un désir de vengeance, longtemps refoulé. Quitte à remuer les vieilles rancunes, le Bronze était d’avis d’enfoncer le coin et de crever l’abcès le plus rapidement possible. Il était d’ors et déjà las de voir son Elfe obligé d’enchaîner politesses fallacieuses et faux-semblants. La situation ne se débloquerait pas tant que les deux hommes n’auraient pas fait parler leurs cœurs, ou croisé leurs lames et fait couler leur sang. Et s’il devait advenir qu’ils s’affrontent l’un l’autre, alors il ne serait pas en reste dans la bataille qui suivrait.

*Cesse, Melkor.*

Pourtant, comme pour appuyer les réflexions du grand Bronze, Eléderkan s’était inopinément défait du vernis d’éducation et de cérémonie propres aux politiciens complaisants, pour oindre plutôt ses propos de la morgue provocatrice de l’ancien pirate. Foutaises. N’avait-il pas mieux à faire de son temps ?

« Tu n’as guère changé, toi non plus ... » avait-il ainsi commencé, laissant présager d’une suite dont l’Exilé pressentait qu’elle serait loin de le satisfaire … Et en effet, au fur et à mesure de ses insultes froidement assenées, les iris de Martel s’étaient lentement durcis jusqu’à prendre l’éclat tranchant du Stalhrim, jusqu’à ce que l’autre Elfe ne conclue sa tirade par un « Peut-être que la leçon n’a pas suffis à te faire entendre raison. » vaguement condescendant.

Prenait-il plaisir à le voir s’abaisser à quémander son aide, son retour à ses côtés ? Qu’il prenne le risque de se révéler à lui, qu’il aille jusqu’à lui admettre son impuissance, n’était-ce donc pas encore suffisant à son goût ? Que lui fallait-il de plus !? Eléderkan ne connaissait-il déjà pas mieux que quiconque les faiblesses méprisables qu’il cachait en son sein ? N’avait-il pas conscience de ce que cela lui coûtait ?

Justement. A dessein, celui qu’il avait considéré autrefois comme son alter ego prenait soin de remuer le couteau dans ses plaies, attentif à ce qui se produirait. En dépit de sa façade lisse, en apparence inexpugnable, le Moredhel percevait chez l'Inquisiteur Suprême, l’apparition, quasi imperceptible, des premières fissures, des premières failles. Le volcan grondait tout bas sous la glace, menaçant. Il suffirait de le pousser, juste encore un peu, pour qu’il explose, enfin. Sans répondre, Martel esquissa un rictus aigre, refoulant une fois de plus sa colère, et croisa les bras sur sa poitrine.

*Tu n’as pas idée de l'enfer que j’ai vécu ces derniers mois, Eléderkan ...*

Le fracas retentissant de dalles brisées trancha soudain le silence éphémère qui s’était inscrit sous la voûte poussiéreuse. Le bout de sa queue ondulant comme un fouet, Melkor fixa un regard rougeoyant sur Eléderkan. Message sous-entendu … Dont il devrait se contenter, pour l’instant. La conversation n’était pas terminée. Pas encore. Ses griffes s'enfonçant parmi les gravats, il s’obligea à reposer la tête sur ses pattes avant, s’efforçant d’ignorer le désir pressant de faire souffrir l’autre Elfe tout autant que celui-ci s’acharnait sur son Lié.

« Oh, la leçon a été particulièrement édifiante, je te remercie de t’en soucier. De celles que l’on ne rencontre qu’une seule fois dans une vie. »

*Et peut-être pourrons-nous passer aux choses sérieuses lorsque tu auras fini de te rabaisser ainsi … Si indigne de toi.*

Eléderkan s’était-il tellement habitué à sa position de conseiller auprès des puissants que ce petit ton donneur de leçon lui venait maintenant automatiquement ? Ses poings vinrent se crisper un peu plus, la sensation des ses ongles rentrant dans sa paume l’aidant à garder l’esprit clair, là où la possibilité non négligeable d’avoir lui-même passé sa tête dans un nœud coulant ne cessait de le hanter.

« Il n’est pas dans ton intérêt de me trahir, et tu le sais aussi bien que moi. Je ne pense pas t’avoir mal jugé. Quant à ma sécurité, sois-en convaincu, si j’ai pu me glisser jusqu’ici sans crainte, je saurai en repartir tout aussi aisément. Un bon stratège ne place jamais tous ses œufs dans le même panier. La seule variable inconnue, le principal danger se trouve face à moi, en ce moment même, cela je te l’accorde volontiers. Serais-je capable de te faire entendre raison, ou à défaut, trouverais-je les bons termes pour sceller un accord profitable entre nous ? »

Il écarta largement les bras, sa mâchoire contractée et son élocution un rien hâtive venant témoigner de sa forte tension intérieure. L’heure tournait et les prochaines minutes seraient déterminantes. Même avec Kasim pour l’avertir si d’aventures un trouble-fête décidait de s’inviter à leur petite réunion, l’Exilé ne voulait prendre aucun risque qui ne puisse être évité.

Enfin seulement, la façade impassible de son frère ennemi se fendilla suffisamment pour laisser voir ses véritables sentiments, tout ce que pouvaient lui inspirer ces rêves qu’il lui avait confié. Toute cette rage contenue de le savoir de retour, de penser, peut-être, qu’il ait pu échapper à sa toile pendant si longtemps sans se faire repérer …
Et quelque chose de plus profond, encore, mais que Martel ne parvenait à comprendre ou à définir, qui se lovait dans ces ténèbres obscurcissant ses iris de sylve. Cette douleur qui y était apparue des années auparavant, à la mort de la femme qu’Eléderkan avait aimé, et qui ne l’avait dès lors jamais totalement quittée … Il y avait là quelque chose … Quelque chose de similaire, impossible à saisir tout à fait.

*Aujourd’hui comme par le passé, tes émotions te dirigent, mon frère, et tu n’en as même pas conscience. Ne viens pas me parler de mes faiblesses quand les tiennes sont si criantes.*

Tout ce qui pouvait se cacher derrière son visage assombri et fermé ... Sourd au véritable message derrière ses propos. Et pourtant, s’il y avait un homme qu’il se savait incapable de battre, quel qu’en soit le domaine, c’était bien lui.

Aussi le Moredhel garda-t-il lèvres closes, le laissant vider son sac – car c’était bien de cela qu’il s’agissait. Les premières paroles un tant soit peu honnêtes que son ancien ami lui adressait depuis le début de leur rencontre. Ah ! Si péniblement douloureuses dans la vérité brute qu’elles contenaient, qu’elles ne pouvaient venir qu’alimenter la fureur de son propre ressentiment, trop profondément enfoui. De cet abandon, de ce rejet, qu’il avait éprouvé lorsqu’Eléderkan s’était détourné de lui … N’aboutissant ainsi qu’à un bien inévitable schisme entre eux, quand à son tour, Martel lui avait tourné le dos, alors que l’autre Elfe aurait eu besoin de lui et de son soutien.

« As-tu seulement eu jamais véritablement confiance en moi, Eléderkan ? Ce doute à mon égard, cette défiance envers mes projets, ne prend-elle pas racine bien plus loin que tu ne veux bien l’admettre ? Peut-être ai-je fait cette erreur fatale alors, de t'offrir ma pleine confiance ... De tout te confier, de mon passé à ce que je voyais pour mon avenir, pour notre avenir à tous les deux, pour celui du Màr Tàralöm tout entier. Tu y avais ta place légitime et un rôle bien défini. Pendant longtemps j’ai pensé que le chemin du pouvoir et de la réussite était solitaire. Que les autres n’étaient qu’entraves ou ennemis. Puis j'ai cru, un bref instant, que toi tu me comprendrais, que tu serais toujours là pour m'accompagner. Réponds-moi, honnêtement, toi en qui j'avais placé mes espoirs, ai-je eu tort ? J’aimerais réellement pouvoir me convaincre, à nouveau, qu’en vérité, je puisse avoir besoin de quelqu’un à mes côtés pour avancer. »

**Martel ...**

Les iris flamboyant d’une glace brûlante, incisive et violente, d’un mouvement brusque, il libéra de son cou le pendentif à la pierre de lune.

**Martel, ne fais pas ça !**

« Tu veux savoir comment je suis rentré au Kaerl ? Un seul mot vaut plus qu’un long discours : Oculus. »

Le Bronze avait relevé la tête, alarmé et anxieux. Lui qui avait si longtemps plaidé pour que son Lié se débarrasse de l’artefact ne s’attendait certainement pas à ce qu’il remette spontanément son meilleur atout à son frère ennemi. Avait-il perdu l'esprit ? Le pendentif maudit vacillant au bout de sa chaîne, entre ses doigts fins, le Moredhel le laissa tomber à terre, l’envoyant glisser au sol en direction d’Eléderkan, le regard soudain vide d’émotion.

« Pour qui sait où chercher, il est possible de trouver des souvenirs du passé particulièrement intéressants, tu n’es pas sans le savoir toi-même. Il se trouve que mon séjour au Vaendark n’a pas été vain. Oh, ne te fais pas prier, vas-y, prend-le. Je n’en ai plus besoin. Je dois cependant te prévenir qu’Oculus et le Clan Valherien risquent incessamment sous peu de venir te le réclamer. Il ne fallait rien de moins qu'un artefact Valheru pour m'offrir un passage sécurisé au Màr. Comme tu t'en apercevras en le prenant en main, il te protègera de toute forme de détection mentale ... Pouvoir évidemment alimenté par ta propre énergie vitale. »

Curieusement, là où il aurait du éprouver une forme ou l’autre de soulagement de s’être enfin libéré de ce fardeau, il ne ressentait qu’une lassitude étourdissante, pesant de plus en plus lourdement sur lui. Ses épaules se haussant avec une désinvolture qu'il était loin de ressentir, il releva lentement les yeux sur le Haut Inquisiteur. C'était en toute connaissance de cause et avec la plus parfaite franchise qu'il venait de lui offrir ce cadeau empoisonné, le laissant libre de s'en saisir ou non.


L'on rencontre souvent sa Destinée
Par les chemins que l'on prend
Pour l'éviter
***

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MessageSujet: Re: [RP] Promesse d'Éclat(s)   [RP] Promesse d'Éclat(s) Icon_minitimeVen 20 Aoû 2021 - 16:20



Des enfants ; ils n’étaient que des enfants armés de couteaux qui se chamaillaient pour une broutille. De puérils duellistes aux forces égales, bardés d’armes autrement plus dangereuses et mortelles, qui exhibaient leurs vieilles querelles envenimées par des années de silence et d’incompréhension, qui se faisaient face dans le noir avec des faux-semblants pleins la bouche. Pathétique, sordide spectacle, qui aurait dû leur faire honte à tous deux. Sans parvenir à identifier d’où lui venait cette prise de conscience, de Thémos ou de son inconscient, Eléderkan s’y accrocha pour la faire sienne. C’était son radeau dans la tempête, la lumière au milieu du bourbier des émotions contradictoires qui empoisonnaient son intelligence. Il devait garder la tête froide. Ce n’était rien de plus qu’une affaire, pas un drame sentimental. Une affaire se traitait donc avec logique et prudence, sans émotions.

Eléderkan détestait le reconnaître, mais Martel et lui avaient fait de cette entrevue une monumentale erreur. Dès le départ, ils avaient joué sur les affects, espérant faire fléchir l’autre grâce à ce qui les liait jadis, chacun jetant le blâme sur l’autre, exposant ses plaies sans pudeur, au mépris de leur intelligence. Une telle bêtise paraissait impensable, et pourtant, ils y avaient cédé. Mieux valait s’en apercevoir maintenant plutôt que jamais, et empêcher le poison de se répandre davantage.

° Fais-moi la grâce de reconnaître que cette faiblesse ne provient pas que de moi, mon frère °, lui susurra son Âme Sœur sans quitter sa posture ni quitter Melkor du regard.

Le Bronze trépignait toujours intérieurement, impatient de libérer serres et griffes, de crever enfin cet abcès pour se régaler d’une juste vendetta. Son esprit, enroulé étroitement autour de celui de son Lié, lui murmurait la douce prosodie de la tentation, de l’ivresse, de la rage… L’elfe se retint de couler un regard ombrageux au dragon. Aucune pensée n’aurait suffi à clore le débat. Ils savaient être tous deux responsables de ce malséant débordement émotif. Une question autrement plus importante demeurait : qu’en était-il de Martel ? Pourquoi agissait-il ainsi ?

- Tu ne m’apprends rien, commenta laconiquement Eléderkan en lissant son expression.

Plus les mots se déversaient de la bouche de son ancien frère, plus il sentait le poids des années accentuer leur pression, reposant en une chape de plomb et de fantômes sur son corps. Il n’était pourtant pas vieux, l’elfe d’Ys qui s’était égaré en piraterie avant de gagner les rivages des volcans, et le crépuscule de son existence se faisait lointain à mesure que le Regard de Flarmya fermait ses plaies. Même s’il s’interdisait le remords et les regrets, par nécessité autant que par désintérêt, il ne pouvait nier que l’exaltation de cette vie pesait néanmoins sur son âme. Peut-être devait-il mettre cet amer constat sur une trop grande lucidité, mais le monde qui l’entourait ne semblait plus pouvoir réellement le surprendre, à de rares exceptions près. Martel et lui se ressemblaient ne serait-ce que sur ce point : ils étaient devenus trop puissants, au point d’être leur propre ennemi, au point de ne plus voir, peut-être, l’usure des ans et des vicissitudes corroder leurs ambitions. Comment pourraient-ils rendre sa grandeur et sa prospérité au Màr, là où tant d’autres avaient échoué ? Comment briser un système qui se nourrissait de lui-même ? Pourquoi ne pas s’abreuver à cette lie tant qu’elle existait encore, plutôt que d’attendre une salvation improbable ? A eux deux, ils avaient cru pouvoir changer les choses, gagner en gloire et faire profiter le Kaerl de leur savoir. Ils avaient foi, sinon en un idéal, au moins en eux. Eléderkan s’était adapté, il était un survivant. Cependant, Martel avait conservé ce rêve même par-delà l’exil… Était-ce la réponse que Thémos et son Lié attendaient enfin ?

Tant de silences, tant de non-dits, d’incompréhensions, d’erreurs de jugements… Le gouffre était là, ouvert à leurs pieds, prêt à les happer. Tout ce qui les séparait, de la plus petite broutille au plus grave crime, bouillonnait dans ces profondeurs abyssales. Si l’un n’avait jamais été un homme facile à se livrer, l’autre avait manqué de clarté. Ils avaient tous deux méjugé l’ampleur de la discorde qui croissait peu à peu entre eux. Ils en payaient le prix aujourd’hui.

° Prends garde ! La mélancolie t’emporte. On te croirait prêt à embrasser Isashani en espérant expier quelque faute…
Je t’ai juré de vivre, de survivre envers et contre tout, le jour de notre Empreinte. Ne l’ai-je pas fait jusqu’à présent ?
Tu as tenu ta promesse, oui. Comme je tiendrai la mienne. Le jour de notre mort n’est pas encore venu, mon frère. Alors cesse de sombrer dans ce bourbier ! Le passé est révolu. °

Avec le dragon qui se dressait à ses côtés, sentinelle vigilante et force vive embrasant son âme, Eléderkan ne doutait pas qu’il saurait vaincre cette prise de conscience. Il l’acceptait, pour mieux la transmuter en arme. N’était-ce pas ainsi qu’il procédait à chaque fois ?

- Je sers le Màr Tàralöm avant tout, déclama-t-il, drapé dans sa dignité de Sang.

Un vœu pieu, que bien peu pouvaient réfuter sans preuves, que Martel n’oserait peut-être pas croire, où Eléderkan se moquait de lui-même. Le bien du Màr servait ses propres ambitions, alimentait sa prospérité personnelle, quelle différence y avait-il alors avec la mission d’assurer la stabilité du Kaerl ?

- Si mon ami s’écarte de la voie, refuse d’entendre raison et met en péril, et son intégrité et son Kaerl, que dois-je faire ?

Son regard effleura le pendentif qui avait glissé dans l’épaisse poussière à ses pieds. L’ultime tirade de Martel résonnait d’un écho furieux, empli de rancœur et de désillusion. Il ne parvenait pas à se remémorer l’exact moment où leurs chemins s’étaient séparés, mais il se souvenait parfaitement de chacune des occasions manquées, où leurs opinions divergentes avaient creusé l’abîme entre eux.

- Oculus, évidemment. Je n’en attendais pas moins d’eux.

Il aurait pu pousser ses recherches plus loin. Il aurait dû ne s’arrêter de chercher que lorsqu’il aurait enfin retrouvé une trace de l’exilé. Quitte à se priver de sommeil, à s’abreuver d’herbes à rêves, il n’aurait jamais dû mettre de côté cette affaire. Il l’avait pourtant fait, non par paresse ni désintérêt : un tel renégat en vie pouvait causer d’irrémédiables dégâts, la preuve en était aujourd’hui, face à lui, en chairs et en os. Il avait laissé le parjure lui échapper… Peut-être parce qu’il estimait, à l’instant où le dossier quittait la pile des affaires prioritaires, que Martel méritait sa chance dans l’exil, que la paix aux confins du monde lui permettrait d’avoir l’esprit plus clair. Que son ancien frère d’armes méritait, au fond, un peu de répit.
L’œil plus noir qu’un soir d’orage, Eléderkan barda son âme de remparts d’acier et de douves emplies de feu grégeois. La preuve en était cet inepte rendez-vous secret, il aurait dû tuer dans l’œuf ce sursaut d’empathie. Il avait appris à manier les émotions telles des armes, il aurait dû s’apercevoir plus tôt que les siennes manquaient d’affûtage. Les années avaient passées, et les deux anciens amis ne se devaient plus rien.

Il poussa légèrement du bout de la botte le bijou, s’attarda un instant sur sa finition - mais il ne commettrait pas l’erreur de s’en saisir -, laissant planer un court silence. Il laissait volontiers l’imagination de son interlocuteur travailler à sa place. Une habitude un brin mesquine qu’il avait développé en côtoyant Thémos et que favorisait son emploi de maître-espion. Ce bref répit lui permet également de digérer l’information pour le moins surprenante délivrée par l’elfe noir. Il avait envisagé beaucoup d’options – des Dominants ou même des sans-clans -, mais certainement pas que Martel s’allierait avec ceux qu’il méprisait le plus. Le désespoir pouvait pousser le plus brave ou le plus rusé à la folie. Il se refusait à l’avouer à son ancien compatriote, mais la réponse le déstabilisait. La vérité, douloureuse et exaspérante, c’est qu’il comprenait ce choix. Parce qu’il aurait peut-être opté pour une solution similaire s’il avait été acculé au ban de la société.

- Très bien, cessons-là cette querelle stérile, assena abruptement l’Inquisiteur, le regard rivé dans celui de son homologue, réendossant aussitôt son costume de stratège au cœur mécanique. Nous nous sommes suffisamment appesantis sur le passé, ne crois-tu pas ? Traitons cette affaire comme telle, une négociation entre gens civilisés, où seuls nos intérêts respectifs valent la peine d’être évoqués.

S’opposaient-ils parce qu’ils se haïssaient ? Parce qu’ils y étaient poussés par la nécessité, leur devoir, leurs ambitions ? Des années d’amitié pouvaient-elles racheter les profondes dissensions qui les séparaient ?

- Tu sembles déjà bénéficier d’alliés intéressants. En quoi mon aide te serait-elle utile ? Nos avis diffèrent sur moult sujets, mais nous n’avons pas su en discuter posément toi et moi pendant des années. Et notre confiance, pourtant si chère à nos yeux, nous a davantage desservis que toutes les intrigues de cours. Crois-tu que les années passées nous aient suffisamment marqués pour changer cet état de fait, et réconcilier nos idéaux ? Nous avons toujours eu des conceptions du pouvoir différentes, hélas nous nous en sommes aperçus bien tard.

Thémos se grandit encore, emplissant tout l’espace entre les arches de pierres, plus que jamais prêt à en découdre.

- Parlons affaires, malgré tout. Que pourrais-tu me proposer qui vaille la peine ? Quelle aide pourrais-je t’apporter, et dans quel dessein ?

Du bout du pied, il repoussa légèrement l’artéfact dans la direction de Martel. Une ébauche de demi-sourire, à mi-chemin entre l’indulgence et l’amusement, éclaira le faciès anguleux du Maître Bronze.

- J’ai néanmoins un conseil à te donner, gratuitement. Tu devrais conserver ceci, au cas où les choses ne tourneraient pas en ta faveur. Il faut se préparer à toute éventualité, même hors du champ de bataille, n’es-tu pas d’accord ?

Lui ferait-il la faveur d’une marque de soutien déguisée ? Eléderkan lui-même n’était plus si sûr de ses intentions en venant dans ce souterrain. Que voulait-il de son ancien frère d’armes ? Un levier contre le trône ? Un agent du chaos ? Un allié improbable ? Un rêve fou à poursuivre…
Rien de tout cela, et tout à la fois.
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Martel Dehlekna
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MessageSujet: Re: [RP] Promesse d'Éclat(s)   [RP] Promesse d'Éclat(s) Icon_minitimeJeu 26 Aoû 2021 - 20:34



‘‘ Through dark and light I fight to be
So close, shadows and lies mask you from me
So close, bathe my skin the darkness within
So close, the war of our lives no one can win

The missing piece I yearn to find
So close, please clear the anguish from my mind
So close, but when the truth of you comes clear
So close, I wish my life had never come near
So close.

Through dark and light I fight to be
So close, shadows and lies mask you from me.
’’


Aux yeux de Melkor, au vu de la tournure que leur face à face semblait prendre, sa conviction que rien de bon ne pourrait ressortir de la discussion ne faisait que se renforcer. Il n’était plus si sûr maintenant, que Martel, quoi qu’il ait pu en dire, soit prêt à payer le prix inévitable d’une telle déception. D’une séparation définitive et inéluctable d’avec celui qui avait été son confident et ami le plus proche … Qu’il soit prêt à encaisser le coût que représenterait le fait de voir Eléderkan s’élever, une fois de plus, contre lui, contre ses projets, contre ses rêves et ses ambitions … Qu’ils avaient autrefois partagé. De ce que la seule solution viable, si cela devait advenir, lui imposerait comme cicatrices sur la fragile trame de son esprit.
Tirer l’épée, et se battre, non pas pour vaincre ou prouver un quelconque point de vue … Mais pour survivre, assurer la pérénnité de ses projets. Il ne pourrait se permettre de le laisser en vie : Eléderkan était tout simplement trop influent, trop puissant … Trop proche de lui, de sa façon de pensée, et de raisonner.

Lorsque le Bronze regardait dans les yeux de Thémos, dressé là, menaçant, dans le dos de son Lié, il voyait en lui la même résolution, entachée peut-être d’une soif de sang reposant sur un désir de voir sa vengeance assouvie. Cela le rassurait, en quelque sorte, de savoir que l’autre n’hésiterait pas, que s’il devait advenir, l’affrontement ne fléchirait pas, que les sentiments de leurs âmes sœurs se noieraient dans la fureur et la violence … Jusqu’à ce qu’il soit trop tard, et que l’irréparable soit commis, enfin, et la question tranchée. Alors … Alors serait-il temps de considérer ses regrets, de voir l’ampleur de la perte. Ou peut-être pas. Peut-être le Moredhel se lancerait-il d’autant plus, à corps perdu, dans ce combat pour se hisser au sommet. Dans ce qui devrait certainement précipiter sa fin. Serait-ce par la main d’un tiers, ou bien par celle de Martel lui-même ?

Melkor soutint un moment le regard de son cadet, un grondement continuant à s’échapper sourdement de sa poitrine. Devait-il le laisser continuer à s’auto-détruire ?

Une fois de plus, ses griffes se contractèrent nerveusement, grinçant sur le marbre constellé de débris poussiéreux, si noir et obscur qu’il paraissait en avaler la maigre lumière des torches. Du chemin que prenait ses pensées, il se gardait bien d’en faire part à Martel. Le grand mâle n’avait jamais été particulièrement brillant pour tout ce qui concernait la stratégie, la politique ou le domaine purement intellectuel en général. Mais de ce qui étreignait son cœur, de ce qui tordait à présent les entrailles de son Lié, il ne le comprenait que trop bien et n’était pas sûr de l’accepter.

Sur un soupir, creusant ses côtes, le dragon se rabaissa au sol, les muscles de ses épaules saillant tandis qu’il toisait le couple qui leur faisait face. Eléderkan avait beau s’enrouler dans un voile de flegme et d’ironie, il finirait bien par céder. Plus que ça : il le devait, impérativement. Il voyait de nouvelles brèches se propager dans son armure au fur et à mesure que les mots de Martel, cinglant, venaient le frapper. Oeil pour œil, dent pour dent. Le Moredhel ne reculait pas face à la douleur, cherchant à déstabiliser son adversaire, à trouver l’ouverture par laquelle s’insinuer dans ses pensées, celle qui lui permettrait, à son tour, de faire ressortir toute la souffrance qu’il éprouvait. Percer, frapper là où il était le plus vulnérable, afin qu’il se dévoile, qu’il accepte de se présenter face à lui avec le visage, non pas de l’Inquisiteur Suprême, mais de celui qui avait été un frère par le cœur. Autrefois. Avant qu’une présupposée maturité – qui n’était rien de plus qu’illusoire – ne vienne les séparer.

Leurs âmes, elles, semblaient être restées piégées des années auparavant. Eléderkan lui asséna son serment de servir le Kaerl avant tout – avant ses propres ambitions, et Martel eut un souffle de dédain, croisant les bras sur son torse. A d’autres. Il lui était difficile d’avaler l’idée que celui qu’il avait connu puisse se satisfaire de n’être que le chien couchant de plus puissants que lui. Néanmoins …

« Et moi aussi. Tu ne vois peut-être que mes ambitions personnelles, mais je recherche également, à travers elles, le bien du Màr Tàralöm. »

Le fait que son adversaire se cache derrière une déclaration aussi creuse lui faisait pressentir que ce dernier commençait à perdre pied. Martel l’avait-il touché ? Ses prochaines paroles vinrent pourtant balayer toutes ses convictions, le bousculant impitoyablement, volant, l’espace de quelques interminables secondes, son souffle, et le poussant à fermer les yeux, l’image du pendentif traînant dans la poussière, imprimée sur sa rétine. Même à cette distance, pouvait-il toujours exercer son pouvoir sur lui ?

Si mon ami s’écarte de la voie, refuse d’entendre raison et met en péril, et son intégrité et son Kaerl, que dois-je faire ?

Le Moredhel percevait soudain, avec une douloureuse acuité, tous les influx nerveux que ses sens, par trop aiguisés, lui envoyaient. Le poids, lourd de tension contenue, de l’atmosphère confinée du corridor souterrain. Le son de leurs souffles, se mêlant parfois, avant de reprendre le rythme de leur propre danse. Le feu qui couvait, ses braises contenues sous l’armure d’écaille des dragons. L’odeur, musquée, mâle, étourdissante, qui émanait et irradiait de Melkor. Ses paupières se fermèrent, et son cœur s’accéléra, dans une expectative qui n’aurait pas déparée si son Bronze avait décidé de s’élancer pour remporter les faveurs d’une Reine. Ses lèvres s’entrouvrirent ; il étouffait. Il se propageait encore, furtivement, sournoisement, dans ses veines, le désir de conquérir, assujettir, enlever et triompher. Il voulait sortir vainqueur de cette entrevue, mais qu’espérait-il gagner exactement ?

La pensée, l’emplissant d’un brusque désarroi, fut aussitôt repoussée dans les tréfonds obscurs de son âme, et il se tourna vers son Lié, abaissant sur lui des yeux plus froids que la mort, captant son regard rougeoyant, intense et dévorant, dans l’attente, posé sur lui.

*Cesse.*

Tout cela venait-il réellement de son Bronze ?

Fugace, l’instant passa, tournant délibérément le dos à cette faiblesse qui menaçait de faire jour en lui, menaçait sa clarté d’esprit tout autant que la réussite de ses projets. Tandis qu’Eléderkan examinait le bijou, le Moredhel s’attacha à rétablir le calme en lui, à reprendre le contrôle de ses jambes qui paraissaient prêtes à se dérober sous lui.

Oui, il avait raison, en qualifiant leur petite joute verbale de querelle stérile. Martel ne pouvait pas se permettre de s’accrocher, vainement, à ce qui n’était plus. Son visage ayant retrouvé son impassibilité, il acquiesça silencieusement, scrutant l’expression de l’autre Elfe, cherchant à y trouver … Il ne savait exactement quoi. Une piste. Quelque chose. Qui puisse l’éclairer sur ce qui pourrait susciter l’intérêt de son adversaire. Que pourrait-il lui offrir qui le satisfasse ?

La remarque sur ses alliés lui arracha un sourire sombre. Le contrat qui l’unissait à eux était bien périlleux, reposant sur un équilibre instable, susceptible de s’écrouler à tout moment, sur la croyance que leur soutien envers lui pourrait se révéler profitable. Que cela soit véridique ou non importait peu, tant qu’eux en étaient convaincus. Ce n’était guère différent, au final, de ce que lui demandait Eléderkan … A ceci près que l’homme devant lui était fait d’une toute autre étoffe.

« Nos avis, nos conceptions même, divergent, certes, et c’est le fait de ne pas avoir su ouvrir les yeux sur ces différences qui nous a mené là où nous sommes. Est-ce pour autant trop tard ? N’est-ce pas au contraire le meilleur moment pour y remédier ? Ne trouves-tu pas ça paradoxal, que nous nous connaissions à présent bien mieux que des années auparavant ? »

Martel marqua une pause, saisissant le fin sourire qui étira les lèvres de son ancien ami alors que celui-ci repoussait, du bout du pied, le pendentif Valheru dans sa direction. Un conseil. Un cadeau. Une infime inflexion en sa faveur. Devait-il lui en être reconnaissant ? Il hésita, la mine assombrie, incertain de vouloir se soumettre à nouveau à sa magie avide, Melkor restant étrangement silencieux à ses côtés. Il serait toujours temps de le reprendre … Plus tard. Lorsque le cours de la discussion lui indiquerait s’il en aurait encore besoin ou non. En attendant, il resterait là, à terre, reposant au milieu des gravats, comme un symbole des enjeux de leur entrevue. Le Moredhel releva les yeux sur Eléderkan. Il devait saisir sa chance, profiter de cette main tendue. Mais cette proposition qu’il allait lui faire, comment y réagirait-il ?

« Tu connais mes projets. Ils n’ont pas changé. Tes réserves à leur égard n’ont pas changé. Seul qui nous sommes réellement est peut-être différent à présent. Sois mon garde-fou, mon conseiller, l’éminence grise veillant sur mes arrières, si c’est là la place qui te sied. A nous deux, vois-tu quoi que ce soit qui pourrait nous résister ? »

Il secoua la tête, ses traits se crispant sur une amertume douloureuse. Il s’était juré qu’il jouerait franc jeu avec lui, il ne se détournerait pas de cette résolution.

« J’ai passé un accord avec les Valheriens. L’une des clauses de ce contrat constitue en un procès public. Un jugement … de mes erreurs passées. » Sans qu’il ne puisse le contrôler, sa voix s’enroua sur ces derniers mots, et il contracta les mâchoires, refusant de laisser la fureur s’emparer de son âme. « Destiné à redorer ma réputation. A me redonner … une légitimité. »

N’était-ce là pas la preuve qu’Eléderkan attendait ? La preuve de sa détermination à agir, à avancer, la preuve de sa bonne foi ? Cette information serait bientôt de notoriété publique, et il ne lui coûtait rien de la lui révéler.

Il n’avait toujours pas la réponse à cette question, lancinante, qui vrillait inconsciemment ses nerfs et faisait courir des frissons sur sa peau. Qu’était-il venu chercher aujourd’hui ? Mais au moins savait-il ce qu’il avait à lui offrir. S’il pouvait regagner le pouvoir qui avait été sien autrefois, alors, si tel était le souhait d’Eléderkan, il serait l’astre rayonnant dans l’ombre duquel son frère par le cœur pourrait prospérer.


« Que ne jure pas de marcher dans les ténèbres
Qui n'a pas vu la tombée de la nuit. »

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MessageSujet: Re: [RP] Promesse d'Éclat(s)   [RP] Promesse d'Éclat(s) Icon_minitimeVen 1 Oct 2021 - 17:07



Dans un sursaut de mauvaise foi que n’aurait pas renié son Lié, l’Inquisiteur Suprême devait bien reconnaître un bénéfice à cette entrevue. Elle lui permettait d’aiguiser ses armes, d’affûter le tranchant de son verbe comme de ses émotions. De s’entraîner à faire face aux reliquats de son passé pour mieux en sortir grandi. L’an 919 semblait marqué du sceau du retour sur le terrain. Trop de temps passé dans les affres de la bureaucratie, à démêler les écheveaux des intrigues internes, des on-dit et des faits, lui faisait craindre d’avoir émousser ses sens. La confrontation avec ce vivant vestige de son passé le confortait dans la nécessité d’allier travail de terrain et de fond – ainsi que la sensation de manque. Celle d’être un acteur de la machination et non plus seulement son metteur en scène.

Alors que lentement s’effaçaient les frontières entre des sentiments qu’il avait cru révolus et ce qu’il était devenu, un nouvel être émergeait des eaux troubles peuplées de spectres. Eléderkan analysait d’un œil neuf les événements. Il assimilait le ressenti, déroutant et confus, qui l’avait d’abord saisi à sa retrouver face à son ancien frère d’armes. Par cette assimilation, il mettait à l’épreuve sa résilience, forçait son esprit à s’adapter à ces nouveaux paramètres. Car il était nécessaire d’évoluer sur des fondations souples et pérennes, qu’importait son ego ou ses fêlures, il lui fallait accepter tout cela pour devenir meilleur, plus fort, plus à même d’affronter pire monstre encore.

La douleur était là, tapie dans ses entrailles, rampant sous sa peau, aussi délicate qu’amère. Il pensait à elle comme à un poison, un de ceux dont il abreuvait son corps, goutte par goutte, tous les jours, pour renforcer son organisme et prévenir les risques d’un assassinat. Il serait d’abord affaibli, mais pas pour longtemps. Il l’acceptait.

Reflet l’un de l’autre, l’elfe et le dragon s’amusèrent un instant du miroir dont venait de s’armer l’exilé. Martel brandissait lui aussi son vœu pieu, celui de servir le Màr tout autant, voire plus, que ses propres intérêts. Puis son discours éveilla sa curiosité. Sa tirade sur leurs divergences réjouit son esprit analytique, qui y voyait l’enseignement des ans et la sagesse absurde de ceux qui ont tout perdu. Eléderkan ressentait avec davantage d’acuité toute l’ironie de la situation. Son frère ennemi et lui n’avaient peut-être jamais été aussi proches, paradoxalement. Balayant toutes ces années de camaraderie, ils parlaient ici enfin à cœur ouvert, sans fard, sans vains compromis pour épargner l’ego de chacun. Le parfum de la discorde empuantissait l’air du souterrain, attisant la faim vorace de Thémos. Pourtant les deux elfes ne s’étaient jamais aussi bien compris qu’en cet instant. N’était-ce pas le propre de ce labyrinthe, sous le Sanctuaire de Flarmya, que de faire éclater les vérités dans l’ombre ?

La chute fut dure. L’espoir palpitant de pouvoir s’autoriser à rêver de nouveau s’envolait vers le ciel tel une flèche, quand une partie de son être sombrait soudain, avalé par un gouffre béant de désarroi. Il s’accrocha alors à la colère, fidèle amie à laquelle son Lié se nourrissait déjà si souvent, pour ne pas se rompre entre ces deux contradictions. Il ne put empêcher son visage de trahir son trouble. Les yeux écarquillés, les lèvres pincées et blêmes, il accusa le coup. Aussitôt, il lança son esprit dans la bataille, cherchant les failles, les indices, n’importe quoi qui pourrait le mettre sur la voie. Il ne comprenait pas Martel. Ou il le comprenait trop bien…

- Un procès public, articula-t-il lentement.

Il crut percevoir un tressaillement chez son Lié, et se retint de lui jeter un coup d’œil. Il avança d’un pas, sondant le regard de son vis-à-vis, comme s’il cherchait la farce, la duperie, cachée derrière ce projet fou. Martel ne pouvait pas y croire. Sa bravoure lui avait toujours parue extraordinairement proche de la déraison, il en avait aujourd’hui la preuve.

- Comment Melkor a-t-il pris la chose ? Comment as-tu pu lui faire accepter que te plier à cette exigence n’allait pas te coûter la vie ? assena l’elfe d’Ys en plissant les yeux, les mâchoires serrées de rage. Mettre ton honneur en jeu, pourquoi pas : tu l’as déjà fait, et tu y as survécu. Mettre ta vie entre les mains de la justice du Màr… C’est une belle preuve de courage… Et de folie.

Dans son dos, lacérant le silence autour que les parois de pierre par ses couperets, Thémos quittait sa posture de gardien pour se rapprocher de son Lié. Un soubresaut irrégulier agitait sa vaste voilure. Sa longue serpentait sur les dalles en soulevant des nuages de poussière. Le museau placé juste au-dessus de la tête de son bipède, le Bronze éclairait les lieux de ses opales de feu, lesquelles restaient rivées sur son aîné de cuivre. Un effroi insidieux se répandait dans ses veines. Un rappel douloureux du duel dans la Fosse, avant cet exil stupide, affleurait à sa mémoire. Melkor ne devait pas s’éteindre dans un jugement rendu par des mammifères qui se prétendaient rois d’un tas de pierres. Un dragon ne méritait pas de mourir ainsi. C’était à lui que revenait de porter le coup fatal. Melkor était son frère, son rival, sa proie : ce serait à lui de décider s’il devait mourir, et comment. Il ne le perdrait pas.

- Tu as toujours été plus brave que sage, et je t’admirais jadis pour cela. Mais tu as quitté le Màr depuis longtemps, Martel. Les forces en présence ont quelque peu changé. C’est un pari risqué que tu vas tenter. Un procès public peut te réhabiliter dans un confort relatif, avec ton honneur sauf. Mais qui te dit que tes nouveaux amis vont te laisser vivre ? Qu'ont-ils à y gagner ? J’espère pour toi que leur serment vaut plus qu’une belle promesse.

Une tragédie mise en scène par des Valheriens devait valoir le coup d’œil, assurément. De quoi faire regretter à Eléderkan, une fois encore, que son ancien frère ne soit pas mort ce jour-là, dans la Fosse. Il aurait ainsi pu s’épargner des humiliations et des sévices inutiles. La justice du Màr Tàralöm n’avait jamais été tendre, ni avec les innocents ni avec les criminels. Etouffant la rage qui sourdait de tous ses muscles, le Maître Bronze puisa dans la puissance de son lien avec Thémos, dans la fureur silencieuse qui couvait en permanence sous ces écailles, pour raffermir sa détermination. Son rictus sardonique s'effaça. Sa voix se posa, sans émotion, tandis qu’il énonçait sa théorie sur l’avenir.

- Sache que si tu survis à ce procès, tu donneras beaucoup de pouvoir au Clan Valherien. L’équilibre précaire qui règne entre les Clans depuis quelques mois sera rompu. Tout mon travail risque d'être réduit à néant. Le Kaerl serait vulnérable... Nous n’avons aucune garantie que ton plan fonctionne. Mais nous pouvons peut-être compter sur une aide extérieure...

Tandis qu’il réfléchissait à voix haute, les yeux dans le vague, la grande machinerie de son esprit tournait à plein régime. Dans la toile de ses pensées se tissaient de nouveaux méandres, de nouvelles nuances, de quoi faire basculer la trame dans un tout autre thème. Il entrevoyait mille et une possibilités qui pourraient modifier les paramètres du procès. Laisser Martel affronter les juges sans autres armes que celles rapportées de l’exil et son amitié ambiguë avec les Valheriens allait le conduire à sa perte. Ainsi que probablement briser une partie des plans du maître-espion. Il était hors de question que cela se produise.

Nous…

Son souffle se suspendit. Le mot avait franchi ses lèvres sans qu’il y prenne garde. Le cœur de Thémos battait sourdement à travers leur lien.
Le temps reprit sa course. Un peu de poison, encore une goutte, vint se diluer dans son sang. Les yeux du Bronze furent zébrés d'un éclair céleste.
Ils acceptaient l'épreuve. Les dés étaient jetés.
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